Les 1001 plaies
Sur le modèle de la Pensine du professeur Loewy, les 1001 plaies relatent le passé d'Ursula Parkinson à travers une succession d'épisodes postés dans un désordre chronologique. Pour aider le lecteur, qui passerait par là, à replacer chaque épisode dans un contexte chronologique, le sujet est doté d'un index.
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Les 1001 plaies
A tout éventuel lecteur, je te mets en garde : par bien des aspects ce texte est douloureux. Si tu es très jeune, n'oublies pas que tout ceci n'est qu'une fiction. Je reste à ta disposition, par hibou, si tu as outrepassé cet avertissement et que tu souhaites parler à quelqu'un de ce que tu viens de lire.
3 mars 2024. Quelque part, dans les profondeurs du ministère de la Magie.
La puissance phénoménale de la créature faisait battre le vieux cœur d’Allister Bulstrode à un rythme anormalement élevé. Le ministre de la Magie jubilait intérieurement. Il s’efforçait toutefois de conserver un masque de rigidité, conscient des regards tournés vers lui. Sa réputation d’homme inflexible ne permettait aucun écart, pas même devant l’arme fantastique que le Laboratoire de la mort promettait de mettre entre ses mains d’ici un an et demi.
Pour être fantastique, elle l’était. De toute son existence, Bulstrode n’avait jamais rien vu d’aussi redoutable que cet Obscurus.
*
« Ah, vous voilà enfin ! s’exclama le sombre Caractacus Beurk. »
Dallan Blackwave devait regretter sa trop grande expressivité. Bouche bée, il snoba le directeur du Laboratoire de la mort, le dépassa sans même le saluer, tandis que ses jambes, portées par il-ne-sait-quelle-force, descendaient marche après marche les gradins qui entouraient le terrible phénomène.
Contenu dans une bulle protectrice (qu’une dizaine de langues-de-plomb maintenaient fébrilement, baguettes levées) un amas d’éclairs aveuglants et une matière noire en furie s’entrechoquaient violemment. Dallan accusait le coup. Un Obscurus, ici, dans le Département des mystères... c’était inimaginable ! Au comment ? succéda très vite un pourquoi ? que Beurk envoya boulé en le mettant face à une réalité encore plus déroutante.
« Cet Obscurus a besoin de plus d’espace pour pouvoir exprimer tout son potentiel destructeur. Pensez-vous pouvoir concevoir, je ne sais pas moi, une salle aussi grande que celle-ci avec toutes les protections nécessaires ? »
« Pardon, articula Dallan en tournant son regard vers le visage grêlé du directeur du Laboratoire de la mort. »
« Je veux une salle plus grande avec toutes les protections nécessaires pour contenir cet Obscurus, répéta Beurk avec une impatience à peine dissimulée. »
Le cerveau de Dallan tournait à plein régime, en tout cas l’hémisphère qui n’était pas paralysé par la découverte de l’Obscurus.
« Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous, il me semble, répondit-il en reportant son attention sur l’effroyable créature. »
« C’est pourtant un ordre, rétorqua une autre voix. »
Dallan tourna la tête et manqua de sursauter en découvrant la silhouette massive du ministre de la Magie assise dans les gradins, quelques mètres sur sa gauche. Allister Bulstrode avait beau afficher soixante-huit balais à son compteur et présenter quelques marques avancées de l’âge, il n’en était pas moins aussi massif que dans sa jeunesse. Dallan déglutit. Il n’était pas très à l’aise avec cette idée, mais le regard acéré de Bulstrode et ses propres impératifs lui rappelèrent qu’il n’était pas en position de négocier, encore moins de perdre le poste qu’il avait décroché deux mois auparavant.
« Tout le monde dit que vous êtes un génie, commenta Beurk. C’est le moment de vous illustrer monsieur le directeur du Laboratoire de l’espace. »
*
Elle souffrait le martyre. Elle avait l’impression qu’un troupeau entier d’éléphants lui était passé dessus, piétinant son corps jusqu’à briser plusieurs de ses os. La douleur ne partait plus. Elle souffrait, c’était ça de vivre.
Elle n’osait pas ouvrir ses yeux tuméfiés. Elle était allongée sur un sol étonnement chaud, de la pierre chaude. Elle tenta malgré tout de saisir la couverture qu’elle sentait poser sur son corps nu mais elle réalisa en un éclair que son bras était cassé et elle étouffa un cri de douleur en se roulant en boule. Elle pleura. Elle pleurait tout le temps lorsqu’elle se réveillait de cet effroyable cauchemar.
C’est alors que quelque chose d’inoubliable se produisit.
Une main chaude glissa sous sa joue pour soutenir sa tête. Quelqu’un bascula doucement son corps endoloris jusqu’à ce que sa joue repose contre une paroi ferme mais souple aussi, sa nuque soutenue par un bras puissant. Boum-boum. Boum-boum. Boum-boum. Elle ne devait jamais oublier ce battement de cœur. Boum-boum. Boum-boum. Boum-boum.
« Je vais te sortir de là, lui dit la voix chaude de l’homme. Je ne sais pas dans combien de temps, je ne sais pas comment, mais je vais te sortir de là, je te le jure. Alors je t’en supplie, pour l’amour du ciel, tiens bon. »
Ursula outrepassa la douleur et ouvrit les yeux. Il lui fallut attendre que ses yeux fassent la mise au point au milieu de toutes ces larmes, qu’ils comprennent qu’elle le regardait d’en bas, contre sa poitrine, alors seulement ils détaillèrent le visage de cet homme aux grands yeux verts. Lui aussi pleurait. C’était la première fois qu’elle voyait un homme pleurer. Alors elle se remit à pleurer elle aussi, vaincue par la douleur et le désespoir.
Tu ne reverras jamais la lumière du jour, se disait-elle.
*
Dallan Blackwave serra les dents alors que la petite de peut-être huit ou neuf ans perdait connaissance contre sa poitrine, le cœur dévoré par la culpabilité.
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Les 1001 plaies
Vendredi 17 mars 2045.
Ses mains tavelées et sèches glissent entre mes seins, sans aucune tendresse. Elles poursuivent leur travail minutieux le long de mes côtes, enfoncent légèrement leurs doigts osseux entre les os et l’estomac. Je serre les dents, mais la douleur est là, partout, depuis toujours. Les mains de la vieille guérisseuse ne font que la raviver.
Je relève la tête et croise le regard de Caireen. Elle est préoccupée et elle ne parvient pas à me le cacher. Son visage d’habitude si lumineux n’est qu’un masque de pâleur en cet instant. Son regard vacille, elle préfère baisser les yeux sur la silhouette de la vieille guérisseuse plutôt que de devoir soutenir mon regard une seconde de plus. Les choses semblent bien mal embarquées, c’est certainement ce qu’elle doit penser. Je tourne la tête vers l’âtre de la cheminée où brûle de magnifiques flammes turquoises et je me demande, si tout comme elles, je ne vais pas m’éteindre d’un claquement de doigts, faute de combustible.
« Le mal se propage, déclare la guérisseuse en refermant soigneusement les pans de ma robe de chambre. »
Je saisis machinalement la ceinture en satin et la noue autour de mon ventre.
« Combien de temps ? »
« Difficile à dire, quelques mois, quelques années, c’est déjà un mira... pardonnez-moi... répond la guérisseuse, troublée, en se tournant vers son attirail éparpillé sur la table. »
Je regarde l’octogénaire mettre de l’ordre dans ses affaires d’un coup de baguette magique : chaque outil retrouve sa place dans la mallette puis c’est au tour de la mallette de disparaître à l’intérieur de la besace cousue main que le vieille femme accroche à son cou, non sans une nervosité qu’on ne saurait attribué à l’âge. Elle a peur de moi. Peur de ce qu’elle s’apprêtait à dire. Mais à quoi bon ?
« Oui, c’est déjà un miracle que je sois encore en vie. »
« Ursula ! s’emporte Caireen, les lèvres tremblantes. »
Nous nous observons. Je lui souris pour la désarmer et comme je m’y attends, la voilà qui se rassoit sur sa chaise, vaincue. Son expression anéantie me fait mal au coeur, mais je prends sur moi de ne rien montrer. Ce n’est pas le moment. Il reste tant à faire en un temps... incertain. Je dois me montrer forte.
« Si madame veut bien m’excuser, déclare la vieille femme en s’inclinant. »
« Merci Andrea, bonne nuit. »
« Bonne nuit, madame. »
La guérisseuse referme la porte de la chambre derrière elle. Le silence est tel que je peux entendre le cliquetis régulier de l’horloge de l’autre côté de la pièce. Tic-tac, tic-tac, tic-tac... le temps s’écoule, inexorablement, pour moi comme pour tout le monde. Personne ne sait quand sa partie va se terminer, personne n’y pense réellement, le corps est programmé pour chasser cette question le plus loin possible de peur de susciter la paralysie. Et pourtant, tout pourrait bien s’arrêter demain ou dans une seconde. Ce qui vaut pour moi vaut pour les autres.
Je me lève, fait craquer mes orteils en appréciant la caresse du tapis moelleux sous mes pieds nus, puis je m’approche de Caireen. Instinctivement, sans que nous ayons besoin de nous parler ou d’échanger le moindre regard, elle comprend. Elle se penche assez pour que son front s’appuie contre mon ventre. C’est sa façon de me dire qu’il ne peut pas en être ainsi, qu’elle est désolée. Alors je glisse ma main dans ses cheveux et l’arrête sur sa nuque découverte : ma façon à moi de lui dire, ce n’est rien, tu n’y es pour rien.
Caireen relève la tête, ses grands yeux marron embués de larmes levés vers moi. Je lui souris puis je me détourne, le coeur un peu plus lourd. C’est absurde, mais je pense à Edward Penwyn et aux idées noires qui doivent habiter son esprit même par les nuits les plus calmes.
Je n’ai aucune envie de dormir. Je ressens le besoin de me changer les idées, d’avancer ce qui peut l’être pour ne pas céder aux cris d’alarme de mon coeur.
« Tu ferais mieux d’aller te recoucher Cai, dis-je en attrapant mon manteau noir. »
« Où tu vas comme ça ? me demande-t-elle, un brin surprise par mon initiative. »
« Voir si notre prisonnier a envie de sortir. »
Désarmée, une fois encore. Désarmer l’autre, sans cesse, pour ne pas avoir à être désarmée soi-même.
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Ses mains tavelées et sèches glissent entre mes seins, sans aucune tendresse. Elles poursuivent leur travail minutieux le long de mes côtes, enfoncent légèrement leurs doigts osseux entre les os et l’estomac. Je serre les dents, mais la douleur est là, partout, depuis toujours. Les mains de la vieille guérisseuse ne font que la raviver.
Je relève la tête et croise le regard de Caireen. Elle est préoccupée et elle ne parvient pas à me le cacher. Son visage d’habitude si lumineux n’est qu’un masque de pâleur en cet instant. Son regard vacille, elle préfère baisser les yeux sur la silhouette de la vieille guérisseuse plutôt que de devoir soutenir mon regard une seconde de plus. Les choses semblent bien mal embarquées, c’est certainement ce qu’elle doit penser. Je tourne la tête vers l’âtre de la cheminée où brûle de magnifiques flammes turquoises et je me demande, si tout comme elles, je ne vais pas m’éteindre d’un claquement de doigts, faute de combustible.
« Le mal se propage, déclare la guérisseuse en refermant soigneusement les pans de ma robe de chambre. »
Je saisis machinalement la ceinture en satin et la noue autour de mon ventre.
« Combien de temps ? »
« Difficile à dire, quelques mois, quelques années, c’est déjà un mira... pardonnez-moi... répond la guérisseuse, troublée, en se tournant vers son attirail éparpillé sur la table. »
Je regarde l’octogénaire mettre de l’ordre dans ses affaires d’un coup de baguette magique : chaque outil retrouve sa place dans la mallette puis c’est au tour de la mallette de disparaître à l’intérieur de la besace cousue main que le vieille femme accroche à son cou, non sans une nervosité qu’on ne saurait attribué à l’âge. Elle a peur de moi. Peur de ce qu’elle s’apprêtait à dire. Mais à quoi bon ?
« Oui, c’est déjà un miracle que je sois encore en vie. »
« Ursula ! s’emporte Caireen, les lèvres tremblantes. »
Nous nous observons. Je lui souris pour la désarmer et comme je m’y attends, la voilà qui se rassoit sur sa chaise, vaincue. Son expression anéantie me fait mal au coeur, mais je prends sur moi de ne rien montrer. Ce n’est pas le moment. Il reste tant à faire en un temps... incertain. Je dois me montrer forte.
« Si madame veut bien m’excuser, déclare la vieille femme en s’inclinant. »
« Merci Andrea, bonne nuit. »
« Bonne nuit, madame. »
La guérisseuse referme la porte de la chambre derrière elle. Le silence est tel que je peux entendre le cliquetis régulier de l’horloge de l’autre côté de la pièce. Tic-tac, tic-tac, tic-tac... le temps s’écoule, inexorablement, pour moi comme pour tout le monde. Personne ne sait quand sa partie va se terminer, personne n’y pense réellement, le corps est programmé pour chasser cette question le plus loin possible de peur de susciter la paralysie. Et pourtant, tout pourrait bien s’arrêter demain ou dans une seconde. Ce qui vaut pour moi vaut pour les autres.
Je me lève, fait craquer mes orteils en appréciant la caresse du tapis moelleux sous mes pieds nus, puis je m’approche de Caireen. Instinctivement, sans que nous ayons besoin de nous parler ou d’échanger le moindre regard, elle comprend. Elle se penche assez pour que son front s’appuie contre mon ventre. C’est sa façon de me dire qu’il ne peut pas en être ainsi, qu’elle est désolée. Alors je glisse ma main dans ses cheveux et l’arrête sur sa nuque découverte : ma façon à moi de lui dire, ce n’est rien, tu n’y es pour rien.
Caireen relève la tête, ses grands yeux marron embués de larmes levés vers moi. Je lui souris puis je me détourne, le coeur un peu plus lourd. C’est absurde, mais je pense à Edward Penwyn et aux idées noires qui doivent habiter son esprit même par les nuits les plus calmes.
Je n’ai aucune envie de dormir. Je ressens le besoin de me changer les idées, d’avancer ce qui peut l’être pour ne pas céder aux cris d’alarme de mon coeur.
« Tu ferais mieux d’aller te recoucher Cai, dis-je en attrapant mon manteau noir. »
« Où tu vas comme ça ? me demande-t-elle, un brin surprise par mon initiative. »
« Voir si notre prisonnier a envie de sortir. »
Désarmée, une fois encore. Désarmer l’autre, sans cesse, pour ne pas avoir à être désarmée soi-même.
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