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4 avr. 2020, 14:11
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
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PRÉAMBULE
Après sa capture par la 8ème lance d'Ursula Parkinson le 29 janvier 2045, Edward Penwyn est emmené dans le prison de granite au sein de la Citadelle. À la fin du 1er jour de captivité, il reçoit la visite d'Ursula Parkinson, la cheffe du Conseil des Sorciers en personne, qui va mener sur lui un interrogatoire des plus déplaisants. Forcé de parler sous l'emprise du Véritaserum, il finira par révéler contre sa volonté de précieuses informations sur l'organisation de résistance qu'il a formé une dizaine de mois plus tôt. 

Ce recueil d'histoires relate les moments passés par Edward Penwyn dans la prison de la citadelle. L'idée d'avoir causé la perte de ses amis les plus fidèles en révélant leur implication dans la résistance le ronge profondément. Ayant été brisé mentalement par la cheffe du Conseil des Sorciers, il broie du noir et commence peu à peu à sombrer dans la folie. Où se trouve la barrière entre imagination et réalité ? Comment être sûr que tout ce qu'il voit, entend est bien réel ? Il y a tant de questions qu'un prisonnier peut se poser dans un pareil enfer. La plus importante d'entre elles demeure : jusqu'à où un homme est-il prêt à renier ses convictions pour survivre ?


SOMMAIRE
  1. Une faim intenable
  2.  À travers un miroir [PV Diane Turner]
  3. La couleur de l'assassin
  4. L'exécution

À suivre : Les aventures vides.
Dernière modification par Edward Penwyn le 2 nov. 2020, 22:25, modifié 4 fois.

« Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! » #PouffyFamily

6 mai 2020, 17:48
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
1 | Une faim intenable

Le bruit que faisaient les pas d'Ursula Parkinson continuèrent de résonner pendant plusieurs secondes, et puis finalement vint le silence. Pendant un temps immensurable, Edward resta dans un état amorphe, incapable de penser ou de ressentir quoi que ce soit. Il était attaché à la chaise sur laquelle il s'était réveillé, la même chaise sur laquelle son sort avait été scellé contre son gré. Non seulement la cheffe du Conseil des Sorciers l'avait privé de sa liberté de mouvement en le faisant captif au sein même de la Citadelle, mais elle avait également détruit les derniers remparts de son être : elle lui avait fait révéler des informations qu'il aurait voulu à jamais lui taire. En se réveillant dans cette cellule, le sorcier savait qu'on chercherait à le faire parler par tous les moyens. Il avait imaginé subir des actes effroyables et innommables comme on avait pu lui rapporter au travers de rumeurs et de ragots. Il s'était même persuadé qu'il fallait refuser de manger quoi que ce soit jusqu'à se laisser mourir afin de n'ingérer aucun sérum de vérité qu'on aurait pu introduire dans son repas. Mais la cruauté des hommes - ou en l'occurrence ici des femmes - savait revêtir des aspects bien inimaginables. Sans qu'il ne pût faire quoi que ce soit, le Pénitent lui avait violemment plaqué la tête en arrière et lui avait fait ingérer une fiole de Véritaserum.

Pendant un temps qui lui parût être une éternité, Edward resta plongé dans un état de léthargie profond. Il se remémorait encore et encore l'effroyable scène dont il avait été la victime apathique et les vérités qu'on lui avait soutiré avec une violence certes non-physique mais si brutale pour l'âme. Son esprit lui appartenait certes de nouveau mais à l'intérieur, il n'était désormais plus que l'ombre de lui-même. Rongé par la culpabilité d'avoir trahi les siens, l'homme ne cessait de trembler, étant agité par des pulsions devenues incontrôlables. Était-ce vraiment le poids de sa conscience qui l'assaillait ainsi ou bien simplement le froid glacial de sa geôle ? Les deux phénomènes devaient sans doute s'entremêler pour le plonger dans un pareil état. À cet instant, il aurait sans doute dû paniquer de son état de prisonnier du Conseil des Sorciers. Il allait passer des mois, des années, peut-être le restant de ses jours dans cette cellule. Seulement, Edward n'arriver à penser qu'à la trahison qu'il venait de commettre. La répugnance qu'il s'inspirait était si grande : il avait été faible, s'était fait capturer comme l'affreux naïf qu'il était et demeurait en voulant s'assurer que tout le monde sortirait indemne du quartier général. Il avait avoué le moindre de ses secrets comme un couard à une cheffe du Conseil des Sorciers qui dans les prochains jours risquait de commettre l'irréparable et de s'en prendre à ses proches.

La tête toujours baissée vers le sol, les mains attachées le long de la chaise, le prisonnier n'entendit même pas la porte de la cellule s'ouvrir tellement sa tourmente accaparait ses pensées. Il ne perçut pas non plus le bruit d'un plateau en métal qu'on déposait sur le sol en granit à quelques mètres de lui. Ce n'est que lorsque l'emprise qu'exerçait les liens sur ses bras se relâcha et qu'il tomba en avant que le professeur remarqua qu'il n'était plus du tout seul dans la pièce. Il eut tout juste le temps de reconnaître la même tenue que portait l'homme qui lui avait fait ingérer le sérum de vérité que son épaule droite et sa tête vinrent heurter le granit glacé du sol. L'esprit toujours embrumé par les pensées qui le rongeaient, Edward vit une maigre lueur d'espoir en la présence du Pénitent. Ce personnage ne pouvait pas être si odieux que ça et pourrait bien lui dire le sort qui était réservé à ses amis, non ? La culpabilité de lui avoir fait subir un tel interrogatoire devait forcément le ronger tout comme celle d'avoir trahi ses proches provoquait en Edward un terrible dégoût de lui-même. Se servant des dernières forces qui lui restaient encore, il se releva aussi promptement qu'il le pouvait ; mais la porte de sa geôle s'était refermée.

Un cri déchirant sortit de la bouche de l'homme qui finit par tomber de nouveau sur les genoux. Ses épaules continuaient d'être parcourues de spasmes tandis qu'il observait la pitance qu'on lui avait apportée. Il était hors de question qu'il touche ne serait-ce qu'à une seule miette de ce repas puisqu'il était persuadé qu'il avait été assaisonné pour le réduire à jamais au silence. Ursula Parkinson n'avait plus aucun secret à lui soutirer hormis ceux que la magie l'empêchait de révéler. Plus rien ne la retenait de se débarrasser de lui. En un coup non-maîtrisé de la main droite, Edward fit s'envoler le plateau contre le mur le plus proche de la cellule. Il regarda avec une boule dans l'estomac le contenu du repas s'étaler contre le mur et observa pendant plusieurs secondes le liquide couler jusqu'au sol et se répandre dans toutes les directions.

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31 mai 2020, 01:26
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
Toute notion de temps commençait à disparaître peu à peu de l'esprit d'Edward Penwyn. Il était bien incapable de dire depuis combien de temps il était enfermé dans cette cellule. Les journées à cette période de l'année étant plutôt courtes et la Lune devant être presque entière, la lumière qui traversait les meurtrières de sa geôle ne lui donnait guère davantage d'informations. Seule la faim qui lui tiraillait l'estomac lui indiquait qu'il n'avait pas dépassé les deux jours de captivité.

Depuis qu'Ursula Parkinson l'avait laissé dans cette prison de granite, le sorcier avait refusé tous les plateaux qu'on lui avait amené. Il était hors de question de vivre une seconde fois l'humiliante expérience qu'il avait traversé, hors de question de révéler davantage de secrets et de trahir une nouvelle fois les personnes qui avaient confiance en lui. Seulement, si refuser de se sustenter une première fois avait été une chose plutôt facile, le faire les fois suivantes avait été bien plus difficile. Le mur à côté de la seule porte qui l'empêchait d'avoir accès à la liberté était parsemé de restes de nourriture que personne n'était venu nettoyer. La matière organique commençait à émettre une odeur de plus en plus forte, ravivant encore plus l'appétit d'Edward.

Si jeûner un jour pouvait être en général bénéfique pour le corps humain, il n'était pas fait pour tenir aussi longtemps. Son métabolisme ne voulait pas s'adapter à une interruption si violente d'apport nutritif et tout son corps lui hurlait de se nourrir. À plusieurs reprises, il s'était surpris à s'avancer doucement vers les restes de nourriture projetés contre le mur, mais il s'était rapidement repris. Il y avait toujours un risque élevé que la nourriture eusse été assaisonnée pour le faire parler ou pire encore. Une fois même, l'homme s'était étonné de voir à une dizaine de centimètres de son visage ses doigts pleins de bouillies ; il s'était alors empressé d'essuyer ça sur le mur et s'était éloigné à l'autre bout de la pièce pour diminuer la tentation. Pris de spasmes, l'estomac gargouillant, Edward se répétait sans cesse :

- « Allez Eddy... il faut que tu tiennes. Tiens le coup... tout en essayant sans succès de respirer le plus calmement possible. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le au moins pour elle... pour eux. »

Sa respiration se ralentit rapidement lorsque le prisonnier pensa à celle qui devait être morte de l'inquiétude à l'extérieur de ses murs. Diane. La mère de son futur enfant, celle qui avait su lui redonner foi en l'amour après des années d'errance. Elle l'avait quitté en lui disant « Moi aussi je t'aime Edward. Fais attention à toi s'il te plaît. », elle ne s'attendait certainement pas à ne plus le revoir. Combien de temps sa compagne avait-elle attendu dans leur appartement avant de comprendre qu'il ne viendrait pas ? L'attendait-elle encore d'ailleurs, ayant toujours l'espoir que son nounours pointe le bout de son nez ? Non. Elle devait être au chevet d'Erin et de Marlon, qu'il avait quitté en très mauvais état. Et si... et si quelque chose leur était arrivé ? Après tout, il avait été capturé par le Conseil des Sorciers, peut-être que ses amis aussi l'avaient été ? Si le visage du sorcier avait pu atteindre un degré de terreur supplémentaire, il l'aurait fait, mais force était de constater que le professeur était déjà bien terrifié.

Assis dos contre le mur, Edward plongea sa tête entre ses deux mains. En cet instant, seul son esprit lui appartenait encore et il était bien décidé à le tourmenter. Il s'était dit depuis la fin de son interrogatoire qu'il avait mené ses amis à la perte, mais la vérité était qu'il les avait mené à un triste destin bien avant cela. En fomentant une résistance contre le Conseil des Sorciers, il les avait incité à se mettre en danger, à devoir payer le prix fort si tout échouait. Comment avait-il pu placer ses idéaux avant la sécurité des personnes qui lui étaient le plus proches ? Tandis que son estomac grondait une fois de plus, il se répétait :

- « Allez, tiens le coup. Plus tu craqueras tard, et mieux ce sera pour tout le monde. »

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31 mai 2020, 12:27
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
Une paillasse qui ferait office de lit lui avait été apportée quelques heures plus tard. L'homme s'était assis sur le bord du lit et était resté là pendant un long moment. Ses épaules étaient voûtées et ses mains se cramponnaient tant bien que mal au rebord en bois. Exercer une pression importante, presque douloureuse, était la seule manière qu'il avait trouvé pour ne pas céder à la tentation et se jeter sur les restes des repas qu'il avait projeté dans tous les sens ; il s'agissait d'offusquer les crampes qu'il ressentait dans l'estomac en fournissant à son cerveau une douleur bien plus impressionnante. Ses deux mains étaient crispées, rendant tous les tendons et veines bien apparentes. À l'extrémité de celles-ci, ses ongles qui étaient d'habitude parfaitement entretenus et taillés ne ressemblaient plus à rien : ils avaient été rongés jusqu'à ce que la douleur provoquée ne devienne insupportable.

Penser pour oublier, pour tuer le temps avant que le temps ne le tue. Désormais, c'était le seul loisir qu'Edward détenait dans cette prison de granite. Il avait du temps pour penser, pour ruminer, pour s'en vouloir des chemins sinueux qu'il avait fait emprunter à sa vie, chemins qui l'avaient menés jusqu'à ce funeste destin. Dans une pareille situation, il ne pouvait que se morfondre des choix qu'il avait pris. Et les mauvaises décisions remontaient bien des années auparavant, il y a treize ans.

Sa vie aurait été bien différente si une décision avait été prise : celle de ne pas laisser partir Flora Fleurdelys, d'apprendre à mieux la connaître, refuser qu'elle s'en aille et tenter d'avoir un avenir commun avec elle. Il n'était pas au courant à l'époque qu'elle était enceinte - elle non plus d'ailleurs. Si il s'était battu pour elle, ils auraient pu avoir un avenir commun. Edward se serait battu pour avoir une carrière bien différente pour que sa famille ne manque de rien et puisse vivre confortablement. Il aurait pu élever son fils, Gabryel - ce serait-il appelé ainsi d'ailleurs ? -, aurait passé ses dimanches après-midi à se promener en plein milieu de Hyde Park, à jouer au foot ou à faire voler un cerf-volant. Il aurait pleuré à chacun des départs du garçon dans le Poudlard Express et l'aurait étreint à chacun de ses retours. Jamais il n'aurait formé une résistance si il avait eu une véritable famille à protéger. Non, jamais. Ou du moins, c'est ce qu'il était en train de se persuader en cet instant précis.

Le professeur se redressa avec difficulté, faisant craquer les moindres articulations de son corps. Ne pas boire pendant aussi longtemps l'avait fortement affaiblie, son corps était à la limite du point de rupture. Il entreprit de se diriger vers l'une des meurtrières afin de pouvoir profiter de la lumière du soleil avant que la nuit ne tombe et que la pièce redevienne glaciale. Néanmoins, ses jambes ne réussirent guère à le porter sur plus de quelques mètres et il finit par s'écrouler, son épaule droite heurtant violemment le sol. Edward resta allongé pendant plusieurs minutes, les yeux ouverts mais ne fixant rien de particulier.

Sa vie était foutue, il était allé bien trop loin en fondant cette résistance. Il ne pouvait que s'en vouloir des décisions qu'il avait prise, il aurait pu avoir une vie bien plus tranquille si il n'avait pas fait ses bêtises. Une silhouette féminine passa en périphérie de son champ de vision en agitant sa chevelure rousse mais disparut dès lors qu'Edward tenta de la regarder. Diane. Jamais il ne l'aurait rencontré si il n'avait pas pris toutes ses décisions. Jamais il n'aurait eu l'incroyable opportunité de partager sa vie, de vivre tous les jours - ou presque - à ses côtés, de la voir rire à chacune de ses blagues même si elles n'étaient pas forcément drôles ou même de pouvoir la contempler lorsqu'elle dormait. Ce n'étaient pas des mauvaises décisions qu'il avait prise, il s'agissait de bonnes décisions, car sans elles, jamais il n'aurait pu rencontrer sa compagne.

Il fallait qu'il se batte pour survivre, pour avoir la chance de pouvoir rencontrer l'enfant que Diane attendait et pouvoir la serrer de nouveau dans ses bras. Plaquant sa main droite sur le sol, l'homme se redressa - non pas sans difficulté - et savait ce qu'il lui restait à faire. Il se mit à genoux non loin de la porte d'entrée et racla avec le bord de sa paume la bouillie qu'il avait auparavant projetée sur le mur.

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2 juin 2020, 00:16
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
2 | A travers un miroir

Des heures, puis des jours et enfin des semaines. Un temps qui s'étirait encore et encore sans jamais vouloir se rompre et prendre ainsi fin. Dans cette boucle, la solitude était devenue sa meilleure amie et la suivait à chacun de ses mouvements. Pas un seul instant ne passait sans que son esprit ne se tourne vers Edward. Le matin, au réveil, elle étirait chaque jour son bras sur le lit dans l'espoir de ressentir une présence occupant cette place vide à ses côtés. Un bruit inhabituel lui faisait tourner la tête et accélérait les battements de son cœur mais il n'y avait jamais personne, l'endroit était à chaque fois désert. Son nom ne s'affichait plus sur l'écran de son téléphone qui, de son côté, ne s'allumait que rarement à présent. Elle avait bien pensé modifier l'appellation de certains contacts pour le voir écrit mais elle se serait complu dans une réalité mensongère. Le soir en s'endormant, elle priait pour que son lendemain soit différent. Elle priait pour que le cauchemar se termine enfin.
Cette résignation et cette impuissance étaient apparues au fil des jours. Peu après la disparition d'Edward, Diane ne tenait plus en place. La jeune femme passait des heures entières à arpenter les rues de la capitale, à questionner les habitants sur les coups de feu qu'ils avaient entendus ce 29 janvier. Mais toutes ses recherches et ses plans d'action ne menèrent à rien et son état de santé la rattrapa finalement. Sa grossesse ne lui permettait pas d'agir. Le fruit de leur amour l'empêchait de prendre la moindre initiative pour retrouver l'être qu'elle chérissait. Triste circonstance.

Cette nuit-là, Diane était retournée dans leur appartement londonien. Elle saisit l'une des clés de son trousseau et l'introduisit dans la serrure, lentement. Elle la tourna et s'arrêta un instant avant de décider d'enclencher la poignée et de pousser la porte d'entrée. Elle s'entrouvrit dans un grincement grave et la lumière artificielle du couloir éclaira faiblement la pièce qui s'offrait à elle. Sans prendre la peine d'allumer à l'intérieur, Diane ferma la porte derrière elle et s'enfonça un peu plus dans l'obscurité de l'appartement. Elle se déplaçait telle une ombre. Impossible de la distinguer du reste.
A chacune de ses visites, le mobilier et l'agencement des objets restaient identiques. Sa seule occupation consistait à se diriger vers la chambre à coucher pour y passer la nuit puis elle repartait aux premiers rayons du soleil. Elle n'était que de passage. Un simple fantôme hantant le lieu de ses souvenirs passés.

Une fois arrivée dans la pièce souhaitée, Diane ferma la porte. Elle colla son dos contre le bois de celle-ci et se laissa glisser jusqu'au sol. Elle se déchaussa et ramena ses genoux le plus près possible de son corps. Elle n'en pouvait plus. Elle voulait que tout cela cesse. Cette solitude, cet éloignement, cette ignorance quant à la situation d'Edward. Elle n'avait aucune idée de son état ni même du lieu où il se trouvait. A mesure que le temps passait, une pensée horrible tentait de s'immiscer comme elle le pouvait dans son esprit. Elle était chassée à chaque fois mais pour combien de temps encore ? Viendra un moment où la mort ne sera plus que la seule option. Et aussi sinistre soit-elle, elle allait devoir l'accepter. Mais pas tout de suite. Il était encore trop tôt pour s'y résoudre.
Pourtant, à cet instant précis, Diane ne pouvait s'empêcher d'y songer. Elle entoura ses jambes de ses bras et laissa retomber son menton contre sa poitrine. Son regard rivé vers le sol, elle ferma les yeux pour se plonger complètement dans le noir. Sans qu'elle ne puisse rien y faire, des larmes s'échappèrent de ses paupières closes. Ses pleurs étaient la seule chose qui brisait le silence qui l'entourait.

"Edward... Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu ne reviens pas ? Ses murmures étaient à peine audibles, même en tendant l'oreille. "J'ai..." Diane marqua une pause en passant la main sur son ventre et se reprit. "On a besoin de toi... S'il te plaît, rentre à la maison." Diane pleura de plus belle. "Je ne veux pas être loin de toi... J'y arrive pas Ed... Pardonne-moi...". Chacun de ses mots était entrecoupé de sanglots. Elle aurait tant aimé un signe. N'importe quoi.

Samedi 25 février 2045

Couleur : #134f5c - Gérant du CB : #633512
Nom de code au Réveil : Blaze
Du flouz, du flouz, encore et toujours du flouz ! - Team Picsou

12 juin 2020, 16:58
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
Assis contre un mur, Edward avait la tête plongée contre ses genoux. Cela faisait plusieurs heures - ou du moins de ce qu'il en pensait - qu'il était dans cette position à broyer du noir. Plus le temps passait et moins la rancœur présente dans son cœur s'estompait. Tout s'estompait d'ailleurs. Puisque rien ne se passait dans sa cellule, aucun événement ne venait peupler l'horizon de sa conscience. Après s'être ennuyé pendant une éternité, il n'était désormais qu'une coquille vide qui attendait que le temps passe.

Les rares occasions où il retrouvait un peu de lucidité, le prisonnier s'imaginait la vie que pouvait avoir ses proches en son absence. Ses premières pensées allaient bien-sûr à Diane. Il l'avait laissé en plan à une période de sa vie où elle avait le plus besoin de lui. Expérimenter la grossesse ne devait pas être facile, elle avait besoin de soutien et coincé ici, Edward ne lui était d'aucune aide. La connaissant - et c'est tout à fait normal -, elle devait être tétanisée à l'idée qu'il ait pu mourir ou pire encore. Son quotidien ne devait être que tracas, à s'inquiéter pour lui. La seule pensée qui arrivait à ne pas le faire sombrer dans la folie était que sa compagne n'était pas toute seule. Erin et Marlon devaient être là pour elle - même Arwen sa meilleure amie avait dû s'impliquer dans la grossesse de Diane pour la soulager et faire ce que son ami aurait fait si il avait pu être là.

Il y avait également sa mère, Deryn, pour qui Edward était la seule famille qui lui restait depuis la mort de son mari cinq ans plus tôt. Le sorcier avait l'occasion de lui rendre visite régulièrement - et de lui faire parvenir des lettres encore plus souvent. Avait-elle été informée de la disparition de son fils ou bien pensait-elle qu'il avait fini par se lasser d'elle pour vivre sa propre vie ? Peut-être pensait-elle qu'avec le climat actuel entre le monde magique et le non-magique, son enfant unique ne désirait plus lui parler ? Non, cette dernière proposition n'était pas viable, il l'espérait, car il avait passé de longues heures à la rassurer sur le fait qu'elle était l'une des femmes les plus importantes de sa vie et que jamais rien ne pourrait les séparer - ou du moins en sentiments puisque c'était raté pour la présence physique.

Il faisait nuit, ça, il le savait. Le peu de lumières que laissaient filtrer les meurtrières en journée étaient absentes. Une étrange sensation s'empara de l'homme, comme si une présence familière se trouvait dans la pièce. Il redressa la tête, la tourna dans tous les sens pour chercher la moindre trace de cette impression, mais il n'y avait rien. La folie le guettait, Edward le savait, mais comment avait-il pu imaginer une seule seconde qu'elle était là ? Elle lui manquait terriblement, il aurait donné le peu qu'il avait pour pouvoir la serrer de nouveau dans ses bras ou pouvoir sentir son parfum. Replongeant la tête contre ses genoux, il continua de se morfondre.

- « Edward... »

Non, il n'hallucinait pas... ou si ? Cette voix, c'était bien la sienne ; il l'avait bien entendu. Se redressant sur ses deux pieds aussi prestement que lui permettait son état de fatigue, il tourna en rond dans la salle, cherchant dans les moindres recoins pour voir d'où provenait ce bruit. Voyant que cela ne servait à rien, le prisonnier se mit alors à hurler :

- « DIANE ! DDIIAANNEE ! OÙ ES-TU ? »

Aucune réponse ne se fit entendre. Et si sa compagne ne l'entendait pas et passait à côté ? Il fallait qu'il saisisse cette opportunité, alors il se précipita vers la porte et la tambourina violemment avec la paume de sa main.

- « DIANE, JE SUIS LÀ, JE SUIS ICI ! » s'égosilla-t-il aussi fort qu'il pouvait pour se faire entendre.

Une fois de plus, aucune réponse. Des larmes coulèrent le long des joues d'Edward qui ne savait plus où il en était. Il n'arrivait plus à hurler et se contentait de cogner la porte. Lorsqu'il n'eut plus suffisamment d'énergies pour continuer son manège, il se laissa tomber au pied de la porte et continua de pleurer pendant un long moment, ses épaules tremblant sous le poids du chagrin.

Lundi 6 mars 2045

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« Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! » #PouffyFamily

25 juin 2020, 17:38
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
3 | La couleur de l'assassin


Les journées défilaient inexorablement sans qu'Edward Penwyn ait la moindre conscience du temps qui s'écoulait. La lucidité caractéristique de l'être humain avait presque disparue de sa conscience. Il passait ses journées reclus dans le même coin de sa cellule (aux pieds de la paillasse qui lui servait de lit) sans bouger ni penser. Même si aucun sévisse physique ne lui a été infligé, son corps est de moins en moins reconnaissable. Ayant perdu plusieurs kilos, le contour de ses os commencent à se dessiner sur ses côtes ; sa barbe qu'il entretenait si bien avant son emprisonnement est désormais un foisonnement incontrôlable de poils revêches ; ses ongles ne sont plus réguliers, il les a rongés sous le coup du stress. Tout dans son apparence montre que plusieurs mois se sont écoulés depuis le début de sa captivité.

Tout n'était que froideur dans la salle où il était retenu prisonnier. Tout le temps. Sauf cette nuit-là. En plein milieu de son sommeil, le prisonnier ressent une étrange sensation. Une chaleur - qu'il juge comme suffocante puisqu'ayant été habitué au gel si longtemps - envahit la salle. Paniqué à l'idée que sa dernière heure était venu et qu'on avait embrasé la salle pour l'y faire mourir, Edward se redresse immédiatement de son lit de fortune et regarde avec une lueur d'effroi sur le visage ce qui se passe dans la salle. Rapidement, il remarque qu'un immense brasero a été installé en plein milieu de la salle et ne menaçait pas de le brûler vif. Un sentiment de soulagement s'empara aussitôt de l'homme, qui relâcha la pression que la panique avait exercée sur ses épaules.

Néanmoins, le soulagement disparut dès lors qu'il remarque la présence d'une femme à côté des flammes. Ursula Parkinson. Sa geôlière était là et l'invitait à le rejoindre sur un tabouret disposé non loin d'elle. Ne pouvant pas mettre en colère la femme qui le retenait captif, Edward s'exécuta et se leva de son lit. Son coeur battait la chamade à cause de l'effroi qu'avait provoqué son abrupt réveil et son esprit n'était pas encore entièrement revenu du royaume du rêve et de la folie. En s'asseyant sur le tabouret, il remarque que la cheffe du Conseil des Sorciers a bien changé elle aussi. Jamais il n'aurait cru que son visage aurait pu être plus dur et plus froid que lors de leur dernière entrevue - celle où elle l'avait réduit à néant et violer une part profonde de son Être. Ses yeux rougis ne laissaient aucun doute sur le fait qu'elle avait pleuré avant de venir lui rendre visite, mais Edward préféra ne faire aucun commentaire. Il se contenta de lui dire d'une voix fatiguée, dépitée et dénuée de haine.

« Bonsoir Madame Parkinson »

« Bonsoir professeur, lui répond-elle sur un ton beaucoup moins fort que lors de leur seule et unique entrevue. »

Après l'avoir brièvement salué, la femme ne dit rien et se contente de regarder les flammes du brasier s'agiter. Seuls les quelques crépitements provoqués par une bûche qui se fend viennent interrompre le long silence installé entre eux deux. En attendant que la cheffe du Conseil des Sorciers ne parle, Edward décida de lever ses deux mains vers le brasier afin de profiter de sa chaleur.

« Petite, je pensais vivre pour l'éternité, poursuit-elle. Le monde me semblait si vaste. Les possibilités infinies. Mais les choses se sont très vite gâtées pour moi et aujourd'hui, je suis persuadée que la vie n'est qu'une lente agonie. »

Ces pensées étaient plutôt intimes. Pourquoi Ursula Parkinson était venu jusqu'à la cellule d'un homme qu'elle exécrait, à qui elle avait promis les pires souffrances pour lui parler de ses pensées profondes ? Certes, il lui était bien impossible dans sa situation de les répéter à qui que ce soit, mais elle devait bien avoir une armée de confidents pour l'écouter, non ? Ceux qui s'accaparaient le pouvoir par la force étaient bien seuls.

« Seriez-vous prêt à tuer pour sortir d'ici et retrouvez vos proches, professeur ?»

Il fut cloué à sa chaise lorsque la sorcière lui demanda si il était prêt à commettre un meurtre pour pouvoir retrouver sa liberté et ses proches. La bouche grande ouverte, Edward n'en revenait pas de ce que sa geolière venait de lui demander. Bouche-bée, il était bien incapable de lui répondre.

« Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! » #PouffyFamily

26 juin 2020, 11:37
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
Tuer un être humain pour pouvoir sortir de là ? Jamais Edward ne s'était dit au cours de ses trente quatre années d'existence qu'il pourrait tuer une personne. Pour lui, rien ne justifiait un meurtre, chaque vie avait sa propre importance et ce n'était pas en son pouvoir de choisir qui avait le droit de vivre ou de mourir. D'ailleurs, il était plutôt un fervent défenseur de la prison à vie plutôt que la peine capitale, jugeant que la mort était une peine bien trop facile pour quelqu'un ayant mérité un châtiment à la hauteur de ses crimes. Ironique, non ? Car désormais il était enfermé dans une prison et ne rêvait que de pouvoir s'échapper d'ici, que ce soit sur ses deux jambes ou bien les deux pieds en avant.

Le doute s'insinuait dans l'esprit du prisonnier. Pourquoi la cheffe du Conseil des Sorciers était venu le voir pour lui poser une telle question. Voulait-elle juger son sens de l'honneur ou bien lui proposait-elle vraiment une mission pour qu'il obtienne sa liberté ? Peut-être avait-elle des intentions cachées, car après tout, pourquoi voudrait-elle libérer le chef de la résistance ? Les interrogations qui défilaient dans sa tête pouvaient se lie sur son visage : ses sourcils se fronçaient tandis qu'il analysait la portée de chacune des réponses qu'il pouvait lui fournir. Au bout d'un long moment de réflexion, Edward finit par lui répondre :

« Je serai prêt à bien des choses pour revoir mes proches, Madame. Il laisse une quinte de toux s'échapper de sa gorge avant de reprendre : Seulement, le meurtre est un acte innommable. Je l'ai toujours envisagé comme étant la solution ultime, celle qui s'impose lorsqu'il n'y a plus d'autres choix. Il se doit d'être justifié. »

Son discours achevé, une panique s'empara d'Edward. Et si sa question avait été une proposition pour réellement le faire sortir ? Il aurait refusé la seule chance qu'on lui proposerait jamais de pouvoir sortir d'ici, de pouvoir de nouveau serrer dans ses bras la femme qu'il aimait et de pouvoir assister à la naissance de son enfant. Il était hors de question pour lui de laisser une telle opportunité.

« Qu'attendez-vous exactement de moi, Madame Parkinson ? »

Une nouvelle fois, un jeu de silence s'installa entre Ursula Parkinson et lui. Maîtresse dans cet art, elle laisse peser une certaine anxiété sur la conscience bien abîmée d'Edward. L'attente est si longue qu'elle nourrit l'impatience du sorcier. Finalement, la femme porte sa main à l'intérieur de son manteau et semble se saisir de quelque chose sans qu'il soit capable de savoir de quoi il s'agir.

« Que vous abattiez deux personnes pour moi et que vous me rameniez le corps de la plus jeune. »

Ce qu'elle tenait à la main sous son manteau est finalement dévoilé et Edward peut reconnaître le dos de deux photographies. Une violente nausée s'empara de l'homme. Ne fixant désormais plus le brasier, il regarde sa geolière avec une expression d'effroi sur le visage comme si il s'attendait à tout moment qu'elle se mette à rire et lui annonce que c'était un canular. Mais au lieu d'une telle chose, elle se contenta de poursuivre son discours et de dire :

« Bientôt deux mois que vous pourrissez ici et vous êtes méconnaissable. C'était un moindre mal, même si personne n'est censé connaître votre identité là où vous serez peut-être envoyé. »

Deux mois. Cela faisait deux mois qu'il était prisonnier des murs de la Citadelle. Seulement deux mois. Privé de repères, ce temps avait paru tellement plus long pour lui. Comment pourrait-il survivre davantage sans devenir fou dans cette geôle ? Restant perplexe à une telle proposition, le prisonnier ne trouve toujours pas la force de répondre.

« Je ne vous poserais pas deux fois cette question, acceptez-vous d'accomplir cette mission en mon nom en échange de votre remise en liberté ? »

Cette dernière phrase tomba sur Edward comme la lame d'une guillotine tombe sur un condamné à mort. Il n'avait pas le temps de réfléchir à cette proposition, la sorcière attendait une réponse immédiate. Comment pouvait-elle demander à un homme qui avait toujours été droit dans ses bottes de commettre un acte si abject sans lui laisser le temps de réfléchir ? Il ne connaissait pas l'identité des deux personnes qu'il devrait assassiner. Seulement qu'il devrait ramener le corps de la plus ... jeune.

« Le corps de la plus jeune..., répéta-t-il comme si le dire à haute voix changerait quelque chose. Vous voulez que je tue une enfant ? »

Oui, c'était bien ce qu'elle lui avait demandé. Le prisonnier soutint le regard de sa geolière, la défiant du regard. Elle lui proposait un terrible dilemme, un dilemme qui lui était impossible d'accepter, mais qui lui crevait le cœur de devoir refuser. Une stupeur incommensurable transparaissait sur son visage ; il ne savait pas quoi faire. Son regard balaya pendant plusieurs secondes à tour de rôle les photographies et les yeux dorés d'Ursula Parkinson. Après un long moment d'hésitation, il rassembla tout son courage pour ce qui allait être l'un des moments les plus difficiles de sa vie et répondit :

« À quoi bon être libre et retrouver mes proches si je ne peux même plus me regarder dans un miroir ? Non Madame, je n'accepterais pas d'assassiner aveuglément deux personnes. Et ceci même si je dois rester dans cette prison pour le restant de mes jours. »

La respiration haletante, un frisson s'empara de lui et traversa tout son dos. Bien incapable de pouvoir soutenir plus longtemps le regard de la sorcière, il détourna son attention vers le brasier en attendant avec anxiété sa réponse.

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8 sept. 2020, 15:38
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
Seulement, la demande implicite qu'il avait faite d'en savoir plus sur les raisons pour lesquelles Ursula Parkinson désirait qu'il s'en prenne à deux enfants se heurta à un mur invisible. Puisse-t-elle feindre l'ignorance ou bien n'avait-elle pas noté cette subtilité, sa geôlière lui adressa un sourire dont Edward n'arrivait pas à en saisir le sens. Était-elle ravie de voir qu'il n'était pas l'un de ces nombreux hommes capables à commettre les pire atrocités pour pouvoir recouvrir sa liberté ou bien riait-elle de celui qui était bien incapable de tout donner pour sentir de nouveau la chaleur enivrant des bras de sa femme ?

Tandis que la femme se levait et balançait les photographies dans le brasero - brasero qui s'embrasèrent aussitôt et se décomposèrent en une fumée noirâtre -, une pulsion de folie s'empara de nouveau du prisonnier. *Pourquoi cette bonne femme serait venue proposer à un prisonnier de faire une tâche pour devenir libre alors qu'elle aurait pu le demander à n'importe lequel de ses hommes ?* Sa dernière chance de liberté - si ça en était vraiment une - filait entre ses doigts. Il n'arrivait pas à comprendre si la proposition d'Ursula Parkinson était vraie, car après tout, pourquoi demander ça à un simple professeur d'Étude des Moldus ?

« Vous mentez encore plus mal que mes élèves de Poudlard, s'esclaffa-t-il de manière si hystérique que l'écho de ses rires se répercuta contre les murs de la cellule. Vous n'êtes pas venu me voir dans le but de m'offrir la liberté contre des meur... pour que je ... »

Tout son corps fut subitement pris de tremblements incontrôlables et une terrible nausée s'empara de sa tête. Il avait envie de vomir - même avec l'estomac peu rempli - en prenant conscience du ridicule de la situation et que la proposition qu'on lui avait faite n'était probablement que factice. Plus il alignait les mots, et moins il comprenait la situation laquelle la cheffe du Conseil des Sorciers l'avait plongée. Après avoir pris une bonne dizaine de seconde pour que sa respiration soit moins haletée et que son corps ne cesse de trembler frénétiquement, Edward enchaîna rapidement avant que la sorcière ne soit définitivement sortie de son cachot.

« À quoi bon vous servir d'un professeur de Poudlard, une personne qui n'est jamais allé sur le terrain, comme assassin alors que vous avez littéralement une armée à votre disposition ? Il s'éclaircit la gorge avant de reprendre : J'ai d'abord pensé que vous vouliez me tester, voir si je pourrais être à votre service. Mais... vous n'êtes pas sotte. Vous vous doutez bien que ce ne sont pas quelques mois de captivité qui vont me faire changer de convictions. »

Ne pouvant plus supporter à la fois la chaleur du brasero et l'angoisse que provoquait en lui le départ de la sorcière, le prisonnier rassembla le peu de courage qu'il lui reste, éloigna ses deux mains du feu et se leva droit comme un piquet pour regarder la femme de toute sa hauteur.

« Il ne reste plus qu'une possibilité. Vous êtes une fine stratège. Vous vouliez que le chef de la résistance commette un acte abject pour ébranler la résistance et jeter le discrédit dessus. Une lueur d'espoir et un sourire espiègle apparurent sur le visage d'Edward : Et cela ne veut dire qu'une chose. Ils n'ont pas disparu avec ma capture, et ils continuent de se battre. »

Il était sans doute fou, mais cette simple idée lui avait redonné des forces, du courage. Cela ne pouvait être que pour cela ! Si Ursula Parkinson était venu le tester, ça ne pouvait être que parce que Diane, Marlon et Erin continuaient de se battre pour créer un monde plus juste, un monde libéré de la tyrannie abjecte du Conseil des Sorciers. Le sourire sur le visage du sorcier s'intensifia ; il était fier que ses compagnons continuaient de lutter pour protéger ce en quoi ils croyaient. Tandis que le prisonnier jubilait dans son fantasme, la sorcière l'écoutait en silence sans se retourner. Pendant un long moment, elle ne dit rien, préférant laisser s'installer une fois de plus un profond silence entre eux deux.

« Votre vision est trop étriquée, professeur, déclare-t-elle sans se tourner, sans même faire le moindre mouvement d'ailleurs. Nous ne jouons pas au même jeu vous et moi. Vous et votre petite résistance courrez après vos chimères tandis que moi et mon armée courrons après un mal que vous et les vôtres n'arriveriez même pas à imaginer dans vos pires cauchemars. Vous ne connaissez absolument rien à la souffrance. C'est pour cette raison que vous êtes restés aveugles à celle qui se propageait lentement mais sûrement dans notre monde. »

Une fois de plus, elle laisse le silence se distiller dans la pièce comme si elle appréciait autant les silences dans une discussion que son contenu en lui-même. Edward ne pouvait s'empêche de grincer des dents en l'entendant qualifier l'opposition qu'il avait mené contre elle durant une demi-année comme futile et désuète. Elle aimait se présenter comme une sorcière au-dessus du lot, comme ci seule était suffisamment futée pour voir ce qui se tramait dans ce monde. Mais lui, tout ce qui lui importait, c'était l'unité de la communauté sorcière britannique dans son ensemble, avoir un monde dans lequel ses enfants puissent grandir sans avoir peur d'être persécuté pour leurs convictions. Un monde libre, libre des tyrans comme elle qui pensaient pouvoir imposer leurs lois sans avoir à en référer à qui que ce soit.

« Vous savez ce que les puissants craignent par-dessus tout ? Cessez de vous bercer d'illusions, vos foules dissidentes ne les effraient en rien. Ce qu'ils craignent c'est qu'une personne encore plus puissante frappe un jour à leur porte. »

Le prisonnier dut retenir un éclat de rire. Les puissants, vraiment ? Décidément, ils n'avaient pas la même définition de puissance, car le seul adjectif qu'il arrivait à mettre sur les gens qui se comportaient comme elle était tyrannique. Ceux qui n'avaient pas peur d'imposer leurs idées par tous les moyens en se moquant éperdument de la morale et du bon sens. Edward aurait bien souhaité s'époumoner à lui dire qu'elle était le Mal, que la société se porterait bien mieux sans elle, mais aucun son ne réussit à sortir de sa bouche. Son discours ne faisait aucun sens dans l'esprit embrumé et fatigué d'Edward. Parlait-elle d'elle-même ou bien de ses prédécesseurs ? Ursula pivote sa tête et rajoute :

« Ignatus et Leontius. Ces prénoms ne vous disent certainement rien mais leur nom forcément. Ce sont les dernières pousses de la famille Beurk. Ce sont elles que je compte bien faire exécuter pour mettre fin à cette lignée dégénérée. Leontius n'a de Beurk que le nom, à dix-neuf ans il est déjà le portrait craché de sa mère. Une certaine Eva Sepulveda. Je suis sûre que même vous, vous avez déjà entendu ce nom. Quant à Ignatus, il est le fruit d'un viol vieux de cinq ans. Le mien. »

Pendant quelques secondes, il resta bouche-bée face à ses révélations. Si le nom d'Eva Sepulveda ne lui était pas inconnu - il avait appris il y a quelques mois qu'elle était celle qui avait coordonné l'attaque sur le Chaudron Baveur - il ignorait tout de la vie familiale de la cheffe du conseil des sorciers hormis ce que le souvenir de George Weasley avait bien pu lui révéler. Ce n'était pas faute d'avoir essayé d'en savoir plus par le passé, mais elle semblait avoir disparu des radars pendant la plus grande partie de son enfance et de son adolescence. Peu à peu, l'homme reprend contenance et foudroie du regard la sorcière. Ce qu'elle lui avait demandé était abject, car même si les parents avaient commis de terribles crimes, il était hors de question que leurs enfants en subissent les conséquences.

« Les tuer ne ferait de vous qu'une personne encore plus abjecte. Il y a d'autres solutions pour les séparer définitivement de leur famille et blesser les Beurk. Seulement, vous vous contentez de la solution de facilité. »

Dans toute sa longue tirade, jamais Ursula Parkinson n'avait parlé du sort qu'avait subi ses camarades, et pourtant, elle aurait pu le faire volontiers pour le blesser dans son orgueil ; emprisonné ici, il n'aurait rien pu faire pour les aider et elle aurait pu se servir de ça pour le détruire davantage psychologiquement. L'espoir d'Edward était confirmé et il rayonnait de l'intérieur.

« Adieu Madame Parkinson, finit-il par dire d'une voix qui tentait d'être sèche. »

Par ses simples mots, il le savait, il signifiait son emprisonnement pour une très longue durée, mais il était hors de question d'accepter son odieux chantage. À quoi cela servirait-il de sortir de prison si il ne pouvait même plus se regarder dans un miroir à cause des crimes qu'il avait commis ? Dans tous les cas, il se perdait, mais il préférait suivre sa ligne de conduite et rester droit dans ses bottes. Elle lui sourit - serait-ce vraiment le dernier visage qu'il verrait de son vivant ? Le sien ? Avant même que la femme ne sorte définitivement de la geôle, Edward en profita pour se réchauffer une nouvelle fois du brasero - ayant peur qu'elle le fasse disparaître aussitôt qu'il était arrivé. Des mots résonnèrent derrière lui, des mots qui étaient sans doute destinés à le blesser dans son égo, mais l'espoir qu'il gardait en lui que ses amis étaient encore libres et continuaient de lutter l'empêcha de vaciller. La lutte continuait, qu'il soit là ou non, et tôt ou tard, Ursula Parkinson devrait répondre de ses crimes.

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8 sept. 2020, 15:44
V | Derniers jours d'un condamné  RP++ 
4 | L'exécution

Après un temps qui semble être une éternité...

Les jours qui avaient suivis la dernière visite d'Ursula Parkinson avaient été terribles pour le psychique d'Edward Penwyn. Inlassablement, il s'était répété mentalement la scène, une cruelle scène qui avait marqué le glas de ses espoirs de liberté et l'avait fait plongé au plus bas. Il aurait pu mentir à cette femme, lui dire qu'il accéderait à chacune de ses requêtes si ça avait pu lui permettre de pouvoir respirer de nouveau l'air extérieur. Mais le peu de temps qu'il avait passé en tant que prisonnier ne l'avait pas encore profondément marqué, Edward s'était cramponné à ses valeurs. À quoi bon retrouver sa liberté si il ne pouvait plus se regarder dans un miroir ? Son idéalisme l'avait pousser à refuser le marché, récusant tout projet de meurtres sur des enfants, qu'ils soient innocents ou non.

De ses journées, l'homme n'avait plus rien à faire. Si il avait passé les premiers temps de sa captivité à ruminer les décisions qu'il avait prises et qui l'avaient mené jusqu'à cette geôle, ou même à échafauder des plans farfelus pour pouvoir sortir de cette pièce, il n'avait désormais plus rien pour s'occuper l'esprit. Le professeur occupait ses journées en comptant le nombre de carrés de granite qui formaient le plafond, en donnant des noms aux marques incrustées dans la pierre (oh, celle-ci ressemble étrangement à un lapin) ou en faisant les mêmes exercices physiques qu'il faisait quotidiennement avant sa capture.

Si Edward avait eu un miroir pour contempler son reflet, il ne se serait probablement pas reconnu. Sa barbe qui d'ordinaire était impeccablement taillée foisonnait dans tous les sens et s'était asséchée avec le temps. Ses cheveux, ils lui tombaient jusqu'au haut du coup et étaient désormais bien gras. Malgré les exercices qu'il faisait pour se tenir occupé, son corps était devenu bien frêle par rapport à ce qu'il avait pu être - seule la peau lui restait sur les os. Une odeur nauséabonde se dégageait de lui, mais il avait fini par s'habituer pour totalement l'ignorer. Tout le charme que l'homme avait su construire au fil des années avait disparu, il n'était plus que l'ombre de lui-même, un homme sur lequel il ne se serait même pas retourné dans la rue à moins que ce ne soit pour lui donner une pièce.

Dorénavant, le seul repère temporel que pouvait avoir le prisonnier était le temps vécu. Un temps dilaté par rapport à la réalité, un temps qui s'accélérait lorsqu'il avait l'esprit qui vagabondait et ralentissait quand il se morfondait sur sa situation. Au fur et à mesure que le temps s'écoulait - il lui était maintenant impossible de compter en heure, en jour ou en mois, cette notion étant devenue bien trop abstraite - Edward remettait de plus en plus en cause la décision qu'il avait prise lors de son dernier entretien avec une personne humaine. Après tout, tuer des enfants issus d'une famille aussi néfaste n'était qu'un faible prix à paye par rapport à sa liberté ? À chaque fois qu'il pensait ça - ou du moins dans les premiers temps -, l'homme s'en voulait et révoquait une nouvelle fois cette possibilité. Mais plus le temps s'écoulait, plus son esprit devenait affligé par la captivité et plus cette éventualité s'insinuait dans son esprit.

Le Moi intérieur luttait, essayait de se raccrocher à ce qu'il avait de meilleur en lui. À sa famille. À ses amis. À Diane. À son enfant à naître - était-il peut-être déjà né ? Mais plus le temps s'écoulait, plus il essayait de garder leurs visages en mémoire et plus ils s'effaçaient de son esprit. Ils ne finiraient bientôt par n'être plus qu'une évocation que sa folie aurait décidé de conserver pour le tourmenter. Après que son physique l'ait lâché et ne le représentait plus, ce serait bientôt au tour de son psychique de suivre. Edward Penwyn ne serait bientôt plus Edward Penwyn. Il ne serait qu'un vulgaire prisonnier enfermé en plein milieu de la Citadelle, un homme n'ayant de sa vie d'avant plus que le nom.

« Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! » #PouffyFamily