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21 déc. 2018, 15:52
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Mi-décembre. 21h, Poudlard.
Je dois te parler. Samedi, 12h, Chaudron Baveur. Beth.
C’était tout ce qu’il y avait d’écrit sur le petit papier chiffonné qu’avait reçu Sigmund, apporté par une petite Chouette hulotte. Un message très court en somme, mais c’était mieux que rien. Le sorcier n’avait pas eu de nouvelles de sa fille depuis leur dernière rencontre, en août. Recevoir un mot de sa part, aussi bref fut-il, le rassurait, même s’il ignorait tout de ce que sa fille souhaitait lui parler. Avait-elle besoin d’argent ? D’un toit où loger ? Revenait-elle définitivement en Angleterre ? Quoi qu’il en fût, il serait à ses côtés pour l’aider. C'était cela, être père.

Deux jours plus tard. 11h50, Chaudron Baveur.

C’était emmitouflé dans un grand manteau multicolore et avec un chapeau-parapluie enfoncé sur son crâne dégarni pour contrer le mauvais temps que Sigmund Charleston avait fait les boutiques, toute la matinée, afin de dégoter quelques cadeaux de Noël pour sa fille. Assez réaliste, il se doutait qu’il ne la reverrait pas de sitôt ; autant la couvrir de présents quand il la voyait. Il avait même trouvé quelques petites bricoles pour Elian. Peu avant midi, il franchit les portes du Chaudron Baveur, salua les personnes présentes dans le pub et s’installa, après avoir commandé un thé, à une petite table située au fond de la salle. 

Il eut le temps de boire son thé, d’en commander un deuxième puis un troisième, et de parler de la pluie et du beau temps et d’autres banalités avec pas moins de cinq autres clients du pub avant l’arrivée tant attendue de Beth Charleston.

La jeune femme franchit la porte du pub à la hâte, vraisemblablement consciente de son retard. Elle fit tomber sa capuche, dévoilant son visage doux et rond encadré de boucles blondes. Ses joues et ses yeux étaient rougis ; les uns par le froid, les autres, pour une raison encore inconnue. A l’instant où son regard croisa celui de son père, elle fondit sur lui et atterrit dans ses bras, en pleurs.

« Papa ! » gémit-elle en se blottissant contre lui. Interloqué, il se contenta de la serrer contre lui et de lui caresser les cheveux. Il adressa un léger sourire qui se voulait rassurant aux quelques personnes qui les entouraient et qui n’avaient pas manqué une miette de la scène, ce qui était aussi une manière de dire : « regardez ailleurs ! ». 

Entre deux sanglots, Beth lâcha un « Il m’a quittée ! » désespéré.

« Ah, euh, qui ça ? » l’interrogea non sans surprise Sigmund, avant de se rappeler qu’elle sortait avec un certain Lucas. C’était étrange ; il la serrait contre lui, lui caressait les cheveux, mais ce n’était pas comme d’habitude. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Sa fille ainsi blottie contre lui, il sentait une étrange petite boule entre eux deux, quelque chose qui faisait obstacle. C’était un peu comme un grand sac banane bien rempli, qui recouvrait entièrement le ventre de son enfant. Que… quoi ? Stupéfait, il saisit sa fille par les deux épaules et l’écarta légèrement pour la contempler. Elle avait un ventre tout rond à la manière d’une femme enceinte. Stupéfait, le sorcier posa ses deux mains sur son ventre. Combien de couches de vêtements y avait-il ? Muet de stupéfaction, il continua à tâter à plusieurs endroits avec ses mains, passant en revue dans sa tête tous les différents maux et maladies qui pouvaient aboutir à un abdomen aussi gonflé.

« Mais comment je vais faire moi, AVEC LE BÉBÉ ! se lamenta la jeune femme en posant à son tour ses mains sur son ventre.
- Je… tu… QUOI ?? »
24 déc. 2018, 15:09
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Un rêve. C’était un rêve. Ou un cauchemar, peut-être. Beth ne pouvait pas être enceinte, elle était bien trop jeune pour cela. Bien trop immature, instable. Comment un enfant pouvait-il avoir, puis élever, un autre enfant ? Cela n’avait aucun sens. Pourtant, la jeune Beth Charleston se tenait là, du haut de ses vingt ans, un ventre arrondi par une grossesse déjà bien avancée et les yeux remplis de chagrin, face à son père qui était totalement perdu et déstabilisé par cette situation nouvelle. Alors qu’il prenait tout doucement conscience de la réalité, de multiples questions jaillissaient dans son esprit.

Des explications. Il lui fallait des explications.

« … Papa ? » fit une petite voix hésitante. Papa. Cela faisait un peu plus de vingt ans qu’il était devenu père. Un rôle lourd de responsabilités qu’il avait tâché de remplir de son mieux. Cela n’était pas tous les jours facile ; il n’avait eu qu’une seule enfant mais elle avait à elle seule empli son quotidien du bonheur sous toutes ses déclinaisons mais aussi d’inquiétude et de doute, et ce depuis sa naissance jusqu’à cejourd’hui encore. On ne cesse jamais d’être parent. « Papa ? » répéta-t-elle en tirant timidement sur sa manche pour récupérer son attention. Beth. Beth, et ses petites boucles blondes flottant dans le vent. Beth, et son sourire tout en dents de lait. Beth, haute comme trois pommes, qui veut déjà faire comme les grands. Une petite fille pleine de joie de vivre, débordante d’énergie, avant une adolescence agitée et marquée par l’éloignement progressif avec un père qu’elle ne comprend pas et qui ne la comprend pas en retour. La petite fille avait d’adorables joues pleines, et un regard curieux et expressif. C’était la plus belle des enfants, la plus merveilleuse.

« Papa ! Réponds-moi… » gémit une nouvelle fois la petite voix. Sigmund ouvrit finalement les yeux. Le visage de sa fille était à seulement quelques centimètres du sien. Son regard planté dans le sien, il prit un moment pour la regarder, en silence. Ses yeux n’avaient plus la même lueur qu’autrefois. Toujours aussi vifs, leur éclat était toutefois différent. Ses joues s’étaient amincies, son visage, affiné. Plus la moindre dent de lait. C’était une femme qui se tenait désormais face à lui.

Mais cela ne changeait rien au fait qu’elle était terriblement immature et irresponsable.

Se rappelant du lieu où ils se trouvaient, il refoula sa colère pour prendre une voix calme et posée.

« Commence par le début, s’il te plaît, l’enjoignit-il.
- Quoi, quel début ?
- Ce bébé, il ne s’est pas fabriqué tout seul, à ce que je sache. C’est qui, le père ? Ce Lucas dont tu m’as parlé l’autrefois ? C’est lui qui vient de te quitter ? Et pourquoi ? Tu en es à combien de mois de grossesse ? Et bon sang, comment comptes-tu élever cet enfant ! Tu as un travail au moins, quelque chose de stable ? Rappelle-moi où tu vis, aussi ? Et diantre, Beth, tu n’es même pas mariée ! »

Beth laissa échapper un hoquet de surprise. Le regard que Sigmund lui rendit se fit un peu dur. Sa fille semblait oublier qu’il n’était pas devin et ne pouvait pas connaître chaque élément de sa vie si elle ne prenait pas la peine de répondre aux lettres qu’il lui envoyait et si elle ne lui rendait pas visite plus souvent –ou à défaut, lui fournir une adresse pour qu’il vint lui-même.

« Lucas Mercier. C’est le père. Tu sais, c’est le garçon dont je t’ai parlé la dernière fois. Et je comptais prendre mes responsabilités, moi ! Cela faisait un an que nous étions ensemble. Nous n’avions pas prévu d’avoir un bébé si tôt… enfin, bref. Puisque le bébé allait être là, on avait prévu plein de choses, il voulait m’épouser. Moi, j’étais aux anges. Je l’aimais, papa… On commençait à parler mariage, à prévoir la cérémonie et tout ce qui va avec –oh, je t’en aurais parlé ! Enfin, j’allais bientôt préparer les faire-part.  J’allais en parler, à maman et toi, j’attendais juste que ce soit un peu plus officiel, tu comprends ? »

S’il y avait eu encore un peu de thé dans sa tasse, Sigmund se serait probablement étouffé avec.

« Et comme nous allions nous marier, j’ai pensé qu’il était temps. Je t’ai dit que Lucas était un moldu, non ? Je ne m’en souviens plus. Enfin bref, je lui ai dit que j’étais une sorcière. Oh, si tu avais vu sa tête ! Il a d’abord cru à une blague… puis il était très en colère… il a demandé si notre enfant serait comme nous, un « monstre » ! Et je me suis mise à pleurer, je lui ai dit qu’il était égoïste, qu’il pouvait essayer de me comprendre… Mais il est juste parti, papa…

Nous habitions ensemble… Actuellement, je suis chez maman. Mais elle a refait sa vie, tu sais, avec l’autre gars. Ça y est, ils ont emménagé ensemble. Et lui, il a aussi des enfants, plus jeunes que moi. Il n’y a pas vraiment de place chez eux pour moi… Je me sens comme une intrus, même si maman affirme le contraire, et en plus elle est en colère contre moi pour le bébé…

Je crois que je vais rester au Royaume-Uni pendant un moment… Je me vois difficilement chercher un travail pour l’instant, le bébé est prévu pour début mars, et moi je commence à être fatiguée… Je veux juste me reposer et préparer son arrivée. »
24 déc. 2018, 16:08
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Beth avait quitté les genoux de son père pour s’asseoir face à lui. Ses mains croisées face à elle, elle semblait plus perdue que jamais. Calmement, alors qu’il bouillonnait intérieurement, Sigmund commanda deux thés et des petits gâteaux puis réfléchit à ce que lui avait révélé sa fille. Elle ne semblait voir les choses qu’à court terme, et ne parlait que peu de ce qui adviendrait après la naissance de l’enfant. Il n’était même pas certain qu’elle comprenait réellement les responsabilités que cela engendrait. Comme toujours, malgré son désir d’indépendance et ses initiatives –comme ses études en France, elle se reposait systématiquement sur ses proches lorsqu’elle éprouvait une difficulté. Naturellement, il était préférable pour le bien de son enfant qu’il en fût ainsi ; Sigmund et Ellen pouvaient largement l’aider, mais Beth devait apprendre à réfléchir par elle-même et essayer de trouver ses propres solutions, elle qui se prétendait mature et prête à devenir mère.

« Et ce moldu, Lucas, tu lui as reparlé, depuis ? s’enquit-il.
- Non…
- Peut-être reviendra-t-il, alors. Tu sais, c’est souvent compliqué pour les moldus de digérer une telle nouvelle ; admettre l’existence d’un monde tout autre, de sorciers et de créatures magiques, alors que ce ne sont que fables et légendes pour eux, dit-il d’une voix douce avant de prendre un ton plus dur. Tu me donneras le numéro de « téléphone » de ce garçon. Oh, non, mieux : son adresse. J’aurais bien deux mots à lui dire. »

La dernière fois qu’il avait adressé la parole à l’un des petits amis de sa fille, cela ne s’était pas très bien passé. Cette fois-ci, il ne serait pas tendre, puisqu’il était question du père de son petit-enfant à naître.

« Papa… tu m’aideras, n’est-ce pas ? Je ne peux pas rester indéfiniment chez maman…
- Actuellement, je n’ai pas un « chez moi » pour t’accueillir. J’ai rendu mon appartement quand j’ai été embauché à Poudlard, je vis là-bas désormais. Mais j’ai les moyens pour en louer un nouveau, voire même une petite maison à la campagne. Nous allons nous débrouiller, ne t’inquiète pas. En attendant, tu sais que tu peux compter sur ta famille. Tu peux aller chez ton grand-père, à Wettenhall, ou chez ton parrain, à Cardiff. Oh, c’est un peu petit, chez Evelyn, mais je suis certain qu’il serait ravi de t’accueillir en attendant de trouver une autre solution. »

A en juger par sa mine déconfite, Beth ne semblait pas totalement satisfaite des solutions que son père lui proposait. Il soupira, dépité. A quoi s’attendait-elle ? Elle débarquait, en prévenant bien évidemment au dernier moment, aux deux-tiers d’une grossesse imprévue, souhaitait-elle une solution miracle ? Dans d’autres circonstances, la nouvelle d’une grossesse aurait été appréciée et grandement fêtée. Sigmund adorait les enfants et n’attendait que le jour où il pourrait à nouveau serrer contre lui un nourrisson. Mais il ne se sentait pas prêt ; d’une part, à être grand-père, et d’autre part, à voir sa fille propulsée ainsi vers l’âge adulte. Certes, elle était majeure, mais dépendante financièrement de ses parents et souvent incapable de réfléchir par elle-même. Peut-être l’avait-il trop protégée pour qu’il en fût ainsi, il ne le savait pas vraiment. Le fait était qu’elle n’avait désormais plus le choix et devait prendre sa vie en main. Et pour l’un comme pour l’autre, c’était un grand changement qui s’opérait au sein de leur vie. Grand-père. Quand Sigmund imaginait  à quoi ressemblait un grand-père, il voyait un homme marqué par les années, des cheveux blancs, pourquoi pas une canne pour faciliter les déplacements. Il ne se reconnaissait en rien dans cette description : non, manifestement, il était encore jeune et frais comme un gardon.

« Beth… tu te rends compte, tout de même ? Un bébé… ! Ce n’est pas rien, c’est beaucoup de responsabilités, ce n’est pas facile d’élever un enfant.
- Je sais. Maman m’a déjà fait la morale, tu t’en doutes, non ? J’y ai réfléchi, papa. Je n’ai pas gardé le bébé sur un coup de tête. J’y ai réfléchi, encore et encore. Mais papa, à l’instant même où j’ai su que j’étais enceinte… j’aimais déjà mon enfant. Je n’avais pas d’autres solutions que de l’accepter dans ma vie, que de faire face à cette nouvelle réalité. Tu comprends ? Je l’aime. Je n’attends qu’une seule chose, jour après jour, épreuve après épreuve : pouvoir serrer ce petit être dans mes bras et lui crier mon amour. Je sais que tu ne m’en penses pas capable. Maman pense la même chose : tu vois, il vous reste quelques points communs. J’ai conscience que cela va être difficile, d’autant plus si je suis seule. Mais je n’abandonnerai pas pour autant. Tout ce que j’ai, mon amour, mon temps, mon énergie, je le donnerai à mon enfant. Je ne serai peut-être pas parfaite, mais je ferai de mon mieux. Je vous demande juste de m’aider, maintenant, le temps que ma situation se stabilise.

Mais après, tu verras, papa ! Je vais gérer comme une cheffe. Maman a dit qu’elle pouvait m’aider à trouver un travail au Ministère de la Magie. Je pense que je louerai un petit appartement dans un premier temps, après, on verra. J’aimerais aussi que Lucas prenne ses responsabilités. Non pas que je ne serais pas capable de m’occuper de mon bébé sans lui, mais je veux que mon enfant ait un père. C’est un discours qui peut paraître idéaliste. Tu me penses peut-être naïve. Oui, je le suis. Je ne dis pas que tout se passera exactement comme je le souhaite, que tout sera parfait. Mais je me sens prête à affronter les obstacles et à faire de mon mieux pour que tout se passe bien pour le bébé et moi.

C’est juste que… pour l’instant, je me sens un peu seule, tu vois… J’ai du mal à entrevoir des solutions pour tout, et en attendant d’avoir mon propre appartement, je n’ai pas non plus très envie de squatter chez des personnes qui n’ont pas forcément envie de s’encombrer avec une femme enceinte. Je sais que toi et moi, nous n’avons jamais été très proches. Mais… juste une fois, papa… »

Il saisit les mains de sa fille entre les siennes. Une larme silencieuse s’écrasa sur la table. 
« Beth… tu n’as jamais été seule. »

Oui, elle avait grandi. Sa merveilleuse fille.

~Fin~