Inscription
Connexion

26 août 2018, 23:37
Fondoir de l'Être  SOLO 
[ CONTEXTE ]


[ 21 JUIN 2043 ]
Charlie, 13 ans.
2ème Année


« Je suis toujours autant blotti contre toi, moitié. Peut-être même plus, toujours bien plus »
N.O.T. REILAVAC


Image


Pourquoi tu tournes ?


Je suis figée. Le soleil anglais se reflète à l'intérieur de la fumée, à travers un halo complètement possédé. Flippant. Comme si c’était la première fois que notre soleil avait l’autorisation de danser avec cette fumée chinoise, comme s’il avait attendu ça toute sa vie. Comment cette créature arrive à créer de la fumée sans s’étouffer avec ? Aucune idée. Son museau crache encore et encore, frappant le soleil nouveau-né ; elle ne sait donc que frapper, cette créature ?

Tu t’malaxes ?


Je ne bougerais pas. Je resterais plantée ici, entre Qiong et ce truc ; on avait la réponse de la créature : elle ne nous donne pas le droit de l’approcher. Il faut changer de stratégie, celle-là a foiré, mais elle avait un bon début. *Pas b'soin d'elle*. Ma baguette est inutile, je le comprends maintenant que je vois l’énorme corps. Ce n’est pas parce qu’il est gros que je me sens impuissante, mais c’est bien parce qu’il maîtrise sa masse. Il la rend ample et souple, me donnant l’impression de pouvoir se déplacer comme un serpent : avec vivacité et agilité. Et pas du tout comme une créature de sa taille : avec lenteur et brutalité.

Tu m’regardes, Yuzu ?


Je réfléchis, mais je sais déjà qu'on est foutues. Si on ne peut ni l’approcher, ni l’attaquer, on peut encore moins se défendre. *Bon Dieu…*. Je ne me pose plus de questions sur ce que fait Qiong, je me suis trompé de cible depuis le début. Mes yeux se détournent de la fumée virevoltante pour se planter derrière moi, vers les tribunes. Le soleil est accroché là-bas, et il m’aveugle de toutes ses forces. Pour moi, les tribunes ne sont qu’un amas de silhouettes noires. Les élèves. Les adultes. Et les responsables. Les tribunes nous regardent sans que je puisse les regarder. Ils nous scrutent d’un regard lointain, et je comprends enfin. Ce n’est pas le dragon qu'il faut combattre. *C’est vous*. Bordel.

Alors ferme les stores. J’vais ouvrir le ciel.


Je sens une main me toucher, et j’oublie les tribunes noires, notre cible, la créature. Tout s’efface pour ne laisser qu’un regard d’opale, presque dégoutant, à chaque fois déroutant ; la surprise de l’absence de pupille est toujours présente et je crois qu’elle le sera pour toujours. Cette surprise est souvent mauvaise, dure ; sauf maintenant. Son regard vide est doux, chaud. « Il tient autant à ses écailles que toi et moi tenons à notre peau ». Elle se déplace en m’abandonnant délicatement ; presque imperceptiblement. Je ne l’aurais pas remarqué si son opale n'avait pas quitté mon regard. « Je… ». La créature n’est pas notre ennemi, Qiong se trompe.

Tes ch’veux ressemblent à ceux d’Yuzu. Et aux miens aussi.


« Je ne souhaite pas lui faire du mal, et pourtant je le dois ». Je suis concentrée sur sa voix, j’en saisis toutes les nuances et subtilités, et je me demande ce qu’elle va foutre avec autant de calme. *Non ! C’est pas la bête qu’il faut toucher !*. Qiong se trompe. « Il n’y a pas d’autre solution. Nous devons accepter qu’il nous fasse mal en retour… ». Elle se trompe tellement. On ne faire mal à personne. J’ouvre la bouche et je me rends brusquement compte de mes lèvres trop sèches, douloureux ; j’ai l’impression qu’elles ont été coupées des centaines de fois sur toute la longueur. Je sors ma langue pour mouiller ces cratères de douleur. *Qiong*. Je fais un pas vers ma partenaire avant qu’un violent souffle me balaye la tronche. *Oh*. Mes membres se bloquent.
Aucune ombre, le soleil est derrière moi ; mais j’ai l’impression d’être dans le noir. Aucun manque, l’air est autour de moi ; mais j’ai l’impression de m’étouffer. *Q…*. Aussi brusquement que le souffle, mon cou se tord dans un craquement.

C’est là qu’faut r’garder. Là où ça n’bouge pas.


*Bon dieu d’merde*. Énorme. Gigantesque. Écrasant. Trop. Je ne bouge plus. Je ne fais plus. Je ne pense plus. Il pourrait m’avaler par son nez, et je ne ferais rien. Je ne peux rien faire. Trop écrasant. Tout est énorme. Ses dents, ses écailles, sa couleur. Éclatante. Et son regard. *Je…*. Son regard. J’entends une voix, je crois que c’est celle de Qiong. Je ne comprends pas ce qu’elle dit. Je me sens si mal que je pourrais vomir. Non, je vais vomir.

Touche pas le feu. Tu le sais, pas vrai ?


La fumée sort de ses yeux enflammés. Ou alors c’est son regard qui n’est que fumée. *Qiong*. Je ne bouge pas alors que je veux courir. Qiong est aveugle et je l’envie. J’aimerais me crever les yeux que continuer à affronter son regard de flamme. Il me regarde, et même s’il ne me regarde pas, je sais qu’il me regarde. Le Dragon.

N’importe quoi ! J’peux l’comprendre et en faire c’que j’veux.


Perçant. Je me sens absente de moi et présente dans le feu du Dragon. J’ai foutrement envie de pisser, c’est le seul lien que je garde avec mon corps. Ce Dragon me tétanise, surtout son regard. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ce Dragon est horrible. Il a fait des choses horribles. *J’te vois*. Je le sais. Est-ce qu’il me voit, lui ?

J’l’ai pété ton foutu peigne.


Un souffle brûlant m’arrache la gorge, je cligne plusieurs fois des yeux. Le Dragon ne me regarde plus, même si son regard est planté sur moi. *Faut s’bar…*.
Un bras laiteux. Si blanc qu’il rendrait jaloux les nuages et ferais hurler la neige. Je remonte à l’origine avec un regard trop lent pour mon esprit trop réveillé. « Qiong ? ». Je ne sais pas si j’ai ouvert la bouche. Mes lèvres me font mal. Je tombe en restant debout. Le bras de la Chinoise est tendu, il me parait enroulé de pureté ; tendu face à la saleté du regard de flamme. Un regard qui sent, et qui a des dents. *Q…*

Quoi ?! T’AS DIT QUOI ?!


Mes yeux s’écarquillent brusquement. Ma bouche trop sèche s’ouvre sans produire le moindre petit son. Mon regard s’affole alors que mon corps se bloque encore une fois. Je regarde Qiong, sa main puis le Dragon. Qiong. Main. Dragon. Les mots de ma partenaire explosent dans mon crâne.

ARRÊTE !


Elle va se faire bouffer la main ! *Tu vas…*. Elle veut se faire bouffer la main. Je réintègre mon corps, je sens chacune des pulsations de mon sang, et le bordel de mon cœur. Je manque d’air, je manque de temps, je manque de moi. *T’sacrifier ?*. Elle fait ça pour l’épreuve ? Elle fait ça pour qui ? Sans son bras, elle ne pourra plus faire de magie. Mes lèvres me font mal. On a chacune notre façon de l’utiliser la magie, mais là, il n’est plus question de façon ou même de magie. En cet instant, il n’existe que la confiance. Soit je lui fais confiance, soit je l’arrête.
Alors que je ne fais confiance à personne, et je n’arrête jamais avant d’avoir fini.
Je suis perdue.

Tu n’t’arrêtes pas. Pourtant, t’arrêter, c’est continuer.


La chaleur. Le soleil. Le halo qui danse dans ma cervelle. La fumée rouge. L’herbe rouge. Les tribunes noires. Noires ? *Noir*. Je déteste le noir. Mes propres mots éclatent l’un après l’autre dans mon esprit. Ils tournent et se rentrent dedans sans se casser. Je m’entends parler à Qiong. Moi de maintenant, moi de tout à l’heure. Tous mes moi mélangés ; et je comprends que c’est moi, uniquement moi. C’est moi qui lui ai demandé comment approcher le Dragon sans le provoquer. Mon regard se plante sur le bras d’opale. En fait, c’est moi qui ai voulu que le Dragon soit juste en face de notre tronche. *Merde*.
Ouais, c’est moi qui ai tendu la main de Qiong.

Pourquoi penser à tant de choses en même temps ?


Les tribunes noires nous regardent. Qiong leur montre son bras de lait. Noir et blanc, le contraste doit être beau ; je dois regarder.
Je n’y arrive pas, mais je comprends. C’est moi qui n’ai rien compris, pas Qiong. Ma partenaire comprend si vite, alors que j’ai si peur de la comprendre. Pourtant, c’est bien moi qui aime manipuler, c’est moi qui aime jouer avec les crânes. C'est ce que je croyais. En fait, j’ai toujours joué avec les plus nuls, et ça me fait chier de m’en rendre compte encore une fois. Une fois de trop. Trop.

Mais pourquoi penser à tant de choses en même temps ?! POURQUOI ?!


Je lève ma main droite le plus lentement possible avant de poser mon regard dessus, la trace noire sur mon index brille dans mon esprit. Peut-être que c’est le soleil qui la fait briller si fort ? Ou peut-être que c'est moi. Je ne donnerais pas ce bras-là. Avec ma main droite, je saisis le bras de Qiong et je le recule délicatement, avec toute la douceur que je pouvais y mettre. Mes lèvres pulsent de douleur. Tout aussi lentement, je lève mon bras gauche vers la gueule du Dragon. Comment est-ce que j’allais jouer du piano après ? *Tribunes*. Je continuerais d’en jouer.
Mon bras tremble, je viens de le remarquer. Je tremble sans réussir à m’arrêter.

Ouais, enchantée.


Mon regard se plante enfin dans les flammes, alors que je sens mes tremblements encore plus forts. Ces yeux terrifiants ne vont pas attendre les tribunes noires, ils ne vont rien attendre du tout. Je ne jouerais plus du piano, et je tuerais ce Dragon. Ma bouche entière hurle de douleur silencieuse. Je ne détournerais pas le regard des flammes du Dragon. S’il doit faire mal à quelqu’un, c’est à moi qu’il fera mal ; pas à Qiong. *Tribunes noires*. Je serre mon bras droit autour de celui de la Chinoise pour le garder en retrait. Mon autre bras est tendu vers les dents de flammes ; il tremble toujours, je le sens.
Je crois que je n’ai rien à perdre.
Je suis avec Qiong, mais au final je reste toujours un peu seule.

Charlie, mais tu peux m’appeler Aelle.

Je n’ai pas besoin de ma main gauche. Je n’ai pas besoin de jouer du piano.

Ça m’était sorti de la tête que j’avais réalisé tous mes rêves en les détruisant.

Ma main s’arrête de trembler.

Et mes yeux se mettent à rougir.
Dernière modification par Charlie Rengan le 16 févr. 2021, 03:19, modifié 2 fois.

*Transplanage*

7 sept. 2018, 02:43
Fondoir de l'Être  SOLO 
Mes lèvres ne sont plus sèches, elles sont mouillées par mes propres larmes. Ce n’est pas une cascade, ni un torrent ; juste quelques pestes incontrôlables, détestables. Mes larmes face à ses flammes. Je ne sais pas lequel des deux est le plus fort ; ce n’est pas important. Au final, c’est le Dragon qui décide qui est le plus fort, et personne d’autre. C’est lui qui a le Pouvoir, mais je ne tremble pas. Je n’ai rien à perdre à part ma main gauche, et elle n’a jamais servi à rien à part faire des bras d’honneur.

J’déteste mon prénom, c’est tout.


Je n’entends rien, mais je vois si bien. *Trop*. Les dents de flamme ont une taille presque fausse, comme si elles étaient trop grosses pour être réelles. Pourtant, je vois l’effilochage du temps sur ces dents. Je vois les stries des années et les impacts des horreurs. Je vois la réalité calquée de mon esprit trop petit, bien trop étroit. Je me sens si petite, tellement plus qu’avec les Autres ; et si ridicule, à l’inverse total des Autres. J’ai foutrement chaud, je pourrais presque fondre en moi-même. Je manque d’air, je crois que je ne respire plus.

J’le déteste autant que toi.


Les dents grossissent et prennent une place si grande. Je ne vois qu’elles, je pourrais devenir Elles. Dure, lacérée, mais si forte. Je déteste lire, mais je me rends compte que ces dents sont un livre sans mots ; elles pourraient en raconter, des choses.

J’déteste tout.


Chaque impact, chaque rainure pourrait vider des centaines de plumes.

Et j’mens toujours.


Alors que ma propre plume resterait silencieuse.

Même à moi-même.


Je pourrais en dire des choses…

Alors que j’voudrais pas.


Mais ça serait totalement inutile.

J’aimerais tout avoir.


Ma main gauche est la seule histoire que je pourrais écrire.

J’aimerais ne rien avoir.


Mais personne ne la lira.

J’veux juste un truc.


Surtout pas moi-même.

Peut-être que…


Je ne dois penser à rien.

Rien d’autre.


Je dois attendre…

Plus rien.


J’ai peur.

Juste…


Trop peur.

DE RIEN






Mes yeux se ferment si fort. *Bon dieu !*. Je sens une brûlure tellement intense dans mon bras gauche qu’aucun son n’explose de ma bouche. Mes lèvres ne s’entrouvrent même pas. Mes pieds décollent du sol.
Je n’ouvre pas les yeux de peur d’y trouver mon bras déchiqueté. *Bras ?*. Ce n’est que ma main qu’il devait bouffer, pas mon bras entier. Alors pourquoi tout mon bras me fait foutrement mal ?! Je n’ai pas d’appui, mon corps lévite. C’est si long, c’est si court.
Une douleur explose dans mon bassin.

Tout est mélangé, écrabouillé dans mon crâne. Le Dragon a parlé, je l’ai entendu. Je ne respire plus alors que j’ouvre la bouche si grande. L’envie de me tortiller éclate dans mon esprit, je me sens à l’étroit dans mon propre corps. *’dieu d’merde !*. Mon dos se cambre à l’extrême, je sens l’herbe trop sèche me couper la peau. Ma main droite s’écrase sur la terre et pousse contre elle. Je dois me relever, aller chercher de l’air là-haut, le plus haut possible. Mes yeux sont ouverts ?

Je vois tout.


Le Dragon s’envole. J’ai un brusque mouvement de recul, alors qu’un feu éclate dans mes poumons. *L’AIR !*. Martyrisant ma gorge, j’ouvre la bouche encore plus grande pour me brûler encore une fois les poumons. Bordel, que j’aime cette brûlure ; elle si parfaite dans sa douleur. C’est une douleur de vie. J’ai si peur de m’évanouir.
Le Dragon disparait. Et mes poumons crament. Je tousse bruyamment, sans la moindre envie de me relever. *'rdel, qu'j'ai mal*. Un reflet explose dans ma tête. Tous mes muscles se crispent, et mon regard se jette sur l’éclat. Incompréhension dans la plus pure compréhension. Je comprends tout, et plus rien. L’écaille habille l’herbe bizarrement, c’est un contraste tellement énorme qu’ils donnent l’impression d’être faits l’un pour l’autre. L’écaille et l'herbe. L'écaille. L'écaille.

Mon corps se décrispe, alors que mes yeux tombent sur mon bras gauche. Je sens mon cœur sursauter dans ma poitrine en me déclenchant une bouffée de chaleur. *Re… Qu…*. Mes doigts. Mes ongles. Ma main. Mon avant-bras. Tout est là. Foutrement là !

Tu m’abandonnes, maintenant. Pas vrai ?


Mon cœur se calme, alors que je pensais qu’il allait s’emballer. Je suis si calme, mais j’ai très mal ; sans savoir où. Le bruit est partout, maintenant. Le silence s’est cassé, à l’intérieur de moi. Tout s'accélère, comme pour rattraper un foutu retard. Une voix douce. Ma tête se tourne d’un mouvement vif. *Qiong*. Elle parle, et parle encore ; et je n’ai jamais été aussi attentive à ses mots. Elle prend une voix étrange pour continuer de parler, pendant que je me rends compte du sourire qui est plaqué sur mon visage ; d’un claquement de mâchoire, je l’efface sans effort. Mon esprit assimile tout ce que me dit Qiong, et je comprends tout. Je ne suis pas ailleurs, je suis bien ici. La haine que j’ai pour le Dragon est immense, mais j’ai l’impression de le respecter tout autant. Je me sens bizarre.
La Chinoise change de position et laisse même échapper un rire. *Oh…*. Non, ce n’est pas un seul rire, mais plusieurs. Elle rit réellement, et j’ai envie de me mettre à rire comme elle ; mais je n’y arrive pas. Sa douce voix se plaque contre mon crâne, encore une fois. Je ne sais pas quoi penser, mon esprit commence à tout rejeter ; j’ai eu trop d’attaquants en si peu de temps. Ma bouche s’ouvre et j’entends ma propre voix trop éloignée : « J’ai-juste-envie-d'dormir-Qiong ».

Ouais, je t’abandonne.


Le soleil est trop fort. Je pousse sur mes muscles pour me relever ; en étant sûre de ne pas y arriver. *Haa…*. Je me trompe, mon corps se tient déjà sur mes pieds ; mes talons écrasant l’herbe. Ma gorge brûle, mais j’ai mal quelque part d’autre. *Bordel*. Je ne sais pas où. En tirant sur mes talons douloureux, j’arrive à me tourner vers ma partenaire. Mes poumons se remplissent, mais je manque tellement d’air.

D’accord.


*Ouais*. Je tends ma main vers Qiong ; tous mes doigts sont pointés vers elle. Mes lèvres s’étirent, je veux absolument l’aider.

Je me demande pourquoi la Chinoise brille autant dans mon crâne. J’ai envie de la prendre dans mes bras et de la serrer jusqu’à qu’elle se mette à manquer d’air, elle aussi.


*Transplanage*