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21 oct. 2018, 18:26
Les Maudits  PV 
Mercredi 17 Juin 2043 - Fin d’après-midi


Rey marchait d’un pas vif, poings et dents serrés. Il secouait la tête comme pour chasser un insecte indésirable, inépuisable source d’agacement pour celui qu'il a décidé de prendre en chasse. Cependant, ce n’était pas un être vivant qu'il voulait éloigner rageusement mais des émotions qui lui parasitaient le cœur et l’esprit. Encore. Pourquoi était-il toujours aussi vulnérable aux humeurs des gens ? Pourquoi devait-il sans cesse héberger leurs saletés de douleur et de colère en son sein ? Il n’avait jamais demandé cette aptitude, n’en voulait pas. Cette malédiction ne lui servait à rien et lui pourrissait l’existence.

Aujourd'hui était un jour assez banal finalement. Des cours, toujours aussi denses malgré la fin d’année qui approchait, des rires, des cris et des chamailleries. Et puis une dispute qui avait fait voler en éclat ce paisible train-train. Elle avait pris tant d’ampleur que le couloir menant à la bibliothèque avait été rapidement bondé, bloqué. Les cris des protagonistes s’étaient entendus d’un bout à l’autre de l’aile. Mais Rey avait perçu avant toute chose leur haine viscérale. Avant ce jour, il n’aurait jamais pu imaginer que l’on puisse ressentir ce genre de sentiments aussi négatifs. Leur fureur l’avait étouffé alors même qu’il s’était trouvé à plusieurs mètres d’eux. S’il ne s’était pas retenu au mur, il aurait surement été emporté par la foule. Et puis, le malaise passé, il s’était littéralement fait happer par cette rage. Complètement impuissant mais pourtant bien conscient de ce qui était en train de se passer, il avait assisté comme un acteur qui contemple sa propre perte, à sa totale perte de contrôle.

Une seule chose lui était alors venu à l’esprit : fuir. Fuir pour éviter de blesser ses amis. Fuir pour éviter d’aller frapper ces deux abrutis qui avait pourri sa journée. Fuir pour tenter de se libérer. Jusqu’à maintenant, il n’avait pas réussi à se débarrasser de cette haine étrangère quand bien même plusieurs heures s’étaient écoulées depuis l’évènement. Il arpentait seul le parc et avait perdu le compte de ses allers-retours entre la limite de la forêt portant encore les séquelles de la bataille de Poudlard et le château. Il avait veillé à rester loin des dragons des chinois, nul doute qu’il se serait fait dévorer vu l’hostilité qu’il dégageait. Tandis qu’il entamait son dixième trajets ou quelques chose comme ça, une ombre lui passa au dessus de la tête et alla se poser sur une branche d’un arbre près de lui. La magnifique créature faite d’un plumage profondément sombre aux extrémités violines le contempla d’un regard intelligent, ses cinq queues virevoltaient au rythme de la bise.

Le temps resta suspendu un instant, marquant la surprise du garçon face à la créature de lien de la chinoise qu’il portait plus ou moins secrètement en son cœur. Mais la fureur se rappela bien vite à lui. Que lui voulait donc le phénix chinois ? Était-il en train de le juger ? Il n’avait pas été choisi par Qiong pour l’accompagner dans les épreuves du tournoi, le narguait-il ?

- Qu’est ce que tu me veux, oiseau de malheur, cracha-t-il avec rage.
Dernière modification par Rey Sifferlen le 31 oct. 2018, 14:58, modifié 1 fois.

30 oct. 2018, 09:04
Les Maudits  PV 
I


« Nurhaci. C’est son nom. »

La voix douce de Qiong parvint aux oreilles de notre Poufsouffle par des chemins détournés ; si bien qu’il lui fallut s’y prendre à deux ou trois fois pour réaliser qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais tour de magie et que la petite aveugle était assise derrière l’arbre qui lui faisait face. Comme à son habitude, et malgré des circonstances particulièrement atténuantes, Qiong Xixia (ou Xixia Qiong selon la tradition chinoise) adressa un sourire appuyé à ce drôle d’inconnu qui venait d’insulter sa créature-de-lien. Le coeur tendre de cet enfant pardonnait facilement les écarts de conduite des occidentaux. A vrai dire, il pardonnait presque tout à n’importe qui et cela peu importe son horizon car Qiong n’aimait pas les conflits, d’aucune sorte. Elle était l’apaisement personnifié.

« Tu es en colère. C’est pourtant une belle journée. »

Perché au sommet de l’arbre, Nurhaci, le phénix à cinq queues de Qiong, observait la scène qui se jouait en bas avec une réelle méfiance. Il n’entendait pas qu’on s’en prenne à son sorcier-de-lien et se tenait prêt à intervenir si notre Poufsouffle dépassait les bornes. Encore fallait-il qu’il en soit capable maintenant que sa silhouette se reflétait dans les yeux laiteux de la petite chinoise. C’était en général à ce moment-là précis que les gens se retrouvaient complètement désarmés par la douce et délicate Qiong Xixia.

Par belle journée, Qiong n’entendait pas parler de la beauté des rayons de soleil qui se reflétaient à la surface du lac, le vert intense des feuilles qui dansaient à l’unisson dans la Forêt Interdite, ou encore le magnifique ciel bleu qui affinait la silhouette des montagnes au loin, car tout ceci, elle ne le voyait pas. Par belle journée, Qiong évoquait la caresse chaleureuse du soleil sur sa peau, le son frétillant des feuilles secouées par le vent, et le délicieux parfum de verdure qui entourait le domaine. Sans compter le plaisir simple d’être là, à ne rien faire, si ce n’est profiter de tous ces détails.

D’ailleurs, Qiong finit par détourner son regard éteint. Sa nuque appuyée contre l’arbre, elle ferma les yeux et, sans se départir de son adorable sourire, se mit à respirer à plein poumon.

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)

2 nov. 2018, 00:18
Les Maudits  PV 
Rey se figea, ne venait-il pas d’entendre une voix ? Une voix qui avait eu du mal à franchir les barrières mentales que la colère avait monté entre lui et l'extérieur. Une voix douce, aux accents musicaux qui lui avait semblé venu d'ailleurs. Il se retourna sur lui même, et ce n’est qu’en se décalant d’un pas qu’il la vit. Cette petite silhouette posée délicatement contre l’arbre, à l’opposé de sa position initiale. Qiong Xixia…

Le cœur du garçon rata un battement et toutes ses émotions s'entremêlèrent, se reflétant sur son visage sans aucune retenue. Rage, curiosité, colère, admiration, culpabilité, tendresse, peur, honte. Finalement, ce fut ces deux dernières qui prirent le dessus au moment où ses yeux se posèrent à nouveau sur le phénix à cinq queues de la petite chinoise. Mais que venait-il de faire ? Était-il devenu fou ? Son visage se décomposa et vira au gris. Aelle Brystile s’était faite renvoyer pour presque autant. Mais le renvoi n’était pas ce qu’il craignait le plus, il venait d’insulter la deuxième âme de la personne qu’il admirait le plus ici. Qu’est ce que Qiong allait bien penser de lui ? Idiot, idiot, idiot.

Une petite voix au fond lui murmurait insidieusement que rien de tout ça n’avait d’importance, qu’elle n’avait qu’à pas à être sur son chemin. La colère. Mais lorsqu’au son de sa voix, Rey tourna son regard d’ambre vers les opales de la chinoise, une vague d’apaisement se heurta à la montagne de rage qu’il tentait d’étouffer. Il sentait que ces émotions contraire luttaient férocement, la seconde, sans source d’alimentation, perdait lentement son pouvoir au détriment de la première. Finalement, la raison souffla les mensonges haineux et lui octroya un maigre répit. Il fit alors la seule chose sensée que le chaos de ses émotions enchevêtrées lui permettaient encore de faire, il s’inclina devant la créature fantastique, comme le lui avait appris son ami Eliott.

- Je suis désolé.

Puis il s’éloigna doucement, ne souhaitant pas déranger plus longtemps la paix de la douce chinoise. Mais à chaque pas qui l’éloignait d’elle, il sentait son aura chaleureuse diminuer et la colère, bien trop enracinée, reprendre vigueur. Il fit alors ce que n’importe quel noyé aurait fait à sa place, il retourna près d’elle chercher son oxygène. Il ignorait si il avait le droit de se tenir aussi proche de cette personnalité qui avait quasiment le rang de princesse à ses yeux, s’il n’offensait pas ainsi ses traditions et la bienséance. Les orientaux étaient si étranges à ses yeux. Et si précieux.

Il se laissa alors tomber dans l’herbe face à la chinoise, les bras en croix, les yeux tournés vers le ciel bleu. Ses paumes ouvertes tremblaient de la colère qu’il contenait, son cœur battait férocement de l’émotion qu’il avait de se tenir si proche de la fillette et pourtant, son esprit était apaisé. Il s’accrocha à cette paix que Qiong nourrissait sans en avoir conscience et la laissa l’envahir tout entier. Sa chaleur, sa bienveillance, était comme un baume, comme une lumière qui repoussait les cauchemars.

- Ce n’est pas ma colère, finit-il par dire, façon de se dédouaner de son comportement. Tu as raison, cette journée est belle et elle le serait restée si je n’étais pas… moi.

Il avait hésité sur la fin. Maudit. Voilà le mot qui assaillait son esprit à chaque fois que son empathie lui pourrissait la vie. Mais il lui semblait malvenu de parler de la sorte compte tenu de l’handicap de la chinoise. Il contempla son visage, puis ses yeux clos dont les paupières cachaient sa différence, son manque.


- Comment fais-tu, Qiong Xixia, pour être si calme, pour rayonner comme un soleil alors qu’on t’a pris une chose indispensable ?

Il y a quelques mois, il la pensait vulnérable. Mais la première épreuve à laquelle il avait assisté faisait passer ce qualificatif comme une insulte à son courage. Lui était vulnérable, elle...elle était insaisissable.
Dernière modification par Rey Sifferlen le 7 janv. 2019, 15:32, modifié 1 fois.

7 janv. 2019, 10:53
Les Maudits  PV 
II


« On ne m'a rien pris. Rien du tout, affirma Qiong avec douceur. »

Qiong avait bien compris que ce garçon avait évoqué sa cécité comme un élément qui n'avait pas toujours empoisonné sa vie. Ce que ce garçon ne savait pas, ou ne pouvait peut-être pas concevoir, c'est que Qiong n'avait jamais perçu le monde autrement qu'au travers de son obscurité infinie. Un détail loin d'être anodin. Qiong n'avait pas perdu la vue du jour au lendemain, elle ne l'avait jamais acquise. C'était très différent.

« Tout ce que nous pensons posséder n'est qu'un emprunt de la nature, poursuivit-elle, un sourire indulgent courbant ses jolies lèvres roses. Rien ne nous est acquis. Celui ou celle qui ne perçoit pas les choses ainsi ne peut pas se lier à une créature magique car il ou elle penserait la dominer quand, en réalité, la créature ne lui appartiendrait pas plus que le ciel ou la terre. Même ce fidèle Nurhaci, tel que tu le vois, m'accompagne. Il n'est pas ma propriété. »

Le phénix à cinq queues approuva les paroles de Qiong par un piaillement strident. Puis, retrouvant son immobilité, il poursuivit son observation silencieuse et minutieuse de la scène.

Qiong, qui éprouvait de la tendresse envers les élèves de Poudlard, rit de bon cœur, consciente que la philosophie chinoise, celle qui l'imprégnait jusqu'à la moelle, ne cadrait pas tout à fait avec les codes que leur enseignait leur société plus... matérialiste, disons.

« Excuse-moi. Ne va pas croire que je me moque de toi, mais vous, les occidentaux, êtes si émotionnels. C'est ce qui m'a le plus surpris, ici, et ce qui continue de me surprendre aujourd'hui. Comment faites-vous pour vous laisser tout le temps emporter par ce que vous ressentez ? »

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)

15 janv. 2019, 19:14
Les Maudits  PV 
Rey fut autant surpris par les mots de la chinoise que par la bienveillance et la sagesse qui en découlait. Elle n'aurait pas eu une voix si jeune, que les yeux fermés, il aurait pu croire au discours d'une vieille sage isolée dans une montagne d'un pays lointain. Du moins, c'était l'idée stéréotypée qu'il avait des sages et Qiong mettait bien à mal tous ses concepts. 

De sa cécité, elle s'engagea sur le lien avec la nature et celui qu'elle avait avec le magnifique phœnix. Le rouquin ne pouvait que réfléchir à cette vision de la vie qu'il n'avait jamais envisagé, à croire qu'il était lui-même aveugle.  De plus, il pensait à tord à priori, que la créature était comme une sorte d'âme sœur. Dans un sens, n'appartenait-ils pas l'un à l'autre ? Et cette vision était-elle également valable pour les gens ? Après tout, il était bien le fils de son père... A force de retourner la chose dans tous les sens, Rey sentit venir une migraine. Il avait du mal à tout comprendre contrairement au Phoenix qui le signala d'un cri. Il se sentit un peu ridicule et son esprit s'empara alors d'une nouvelle idée.

Se lier à une créature magique... Dans un sens, ne plus jamais être seul. Si le lien de Nurhaci et de Qiong en était un exemple, il ne pouvait que se laisser tenter par une telle éventualité. Mais il était loin de pouvoir y prétendre tant qu'il ne comprendrait pas profondément ce que l'étrangère essayait de lui transmettre. Peut-être un jour...Il garda cette idée dans un coin reculé de sa tête.

Le rire de Qiong le fit rougir, il était si beau. Rey serra les dents, il était si bête. La dernière phrase de la chinoise le ramena à ses préoccupations actuelles et il se renfrogna sans pour autant ressentir la moindre colère, juste par habitude, une réponse programmée lorsque ce sujet était abordé. Émotionnels. Voilà ce qu'elle pensait d'eux, de lui. Si seulement il savait faire autrement que de se laisser submerger par cette immensité d'émotions qui l'entourait et l'habitait, sa vie serait un peu moins chaotique parfois.

"Tu dis ça comme s'il était possible de tout contrôler. Ne penses-tu pas que si on était capable de faire ça, on ne l'aurait pas déjà fait ? Que je ne l'aurai pas déjà fait ? C'est déjà une vraie plaie de devoir se débattre avec ses propres émotions, je te raconte même pas ce que c'est quand tu récupères celles des autres. Une vraie malédiction..." souffla-t'il d'une traite, bousculé par la question de la fillette. 

Il se surprit à être aussi directe et honnête avec la chinoise. Mais si cela était si évident pour elle, peut-être était-elle la clé ? Peut-être pourrait-elle l'aider ? Si elle ne se considérait pas comme maudite malgré sa cécité, si elle était capable d'envisager les choses sous un angle très différent du garçon, Rey pourrait reconsidérer son empathie. Mais pas sans aide. Ni sans le moindre contrôle.

- Si tu sais comment ne pas se laisser emporter, alors je veux bien ton secret, ajouta-t-il d'une voix ferme, prêt à en découdre.