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23 mai 2018, 23:21
 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 
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December, 2040
Dans l'appartement de Cardiff


Derrière les barres en métal du balconnet, Elian Kernac'h tenait un flacon à bulles de savon dans une main et un but de Quidditch miniaturisé dans l'autre, soufflant en son centre pour réaliser des bulles de toutes les couleurs. Il les observait prendre de l'altitude avec une fascination non dissimulée. Sa grande sœur avait bien voulu le laisser la déranger dans sa chambre à la seule condition qu'il restait sur son balconnet, le temps que la dispute entre leurs parents passe. Elle essayait de réviser ses Aspics, parmi les feuilles de parchemins disséminées sur son lit aux couleurs verte et argent. « J'arrive pas à retenir les différentes tailles des chaudrons ! » s'énerva soudain Edith en balançant un énorme manuel à travers la petite pièce. Le bruit couvrit à peine les éclats de voix. En transe dans sa contemplation de bulles, Elian n'avait même pas réagi. « Va chercher mon livre, l'elfe de maison ! » Cette fois-ci, le petit garçon se retourna sur lui-même et fixa sa grande sœur, interdit. « Dépêche-toi, si tu veux pas finir comme tes bulles ! L'une d'elles choisit ce moment pour éclater dans un "Plop" sonore. Elian s'activa alors à l'intérieur de la chambre pour ramasser le manuel de potions et le poser lourdement sur le lit à côté d'Edith. « Pourquoi ils se crient dessus ? demanda-t-il timidement.
— Comme d'habitude, pour des broutilles... Laisse-moi travailler maintenant.
— Je peux t'aider ? » se réjouit-il, même s'il pensait déjà connaître la réponse. A sa grande surprise, sa sœur lui tendit un parchemin.
« Interroge-moi sur le sérum de Vérité.
— D'accord ! Que peux-tu me dire sur son créateur ?
— Mh... Il était chauve ? » Elian éclata de rire. « N'importe quoi, il a des cheveux au-dessus des oreilles ! »
— Ça s'appelle une calvitie, crétinus. C'est le début du chauvinisme.
— Du chauvinisme ? » Elian fronça les sourcils, essayant de se souvenir s'il avait déjà entendu parler de cette condition.

Leur échange de questions et de réponses continua pendant plus de dix minutes, entrecoupé parfois par un flot d'insultes provenant d'une autre pièce. Lorsqu'un calme apparent s'installa enfin, Edith prit un air sérieux et agité. « Bon il faut que je te dise quelque chose, approche. » Elian s'exécuta en se postant à son niveau, elle était toujours assise en tailleur sur son lit. « Papa refuse qu'on te mette au courant, mais tu es assez grand pour comprendre. Ils sont en train de régler les derniers papiers... pour leur divorce. » Elian faisait un peu peur, à la fixer sans réaction. « Tu comprends ? C'est Maman qui part vivre ailleurs. » Il se passa encore un temps avant qu'Elian ne réagisse enfin : « Et elle revient quand ?
— Sérieusement, je dois t'expliquer ce qu'est un divorce ? Merlin... »
Le garçon haussa les épaules en baissant les yeux, un peu honteux de ne pas comprendre où est-ce qu'elle voulait en venir. « On ne reverra sûrement plus Maman, ou alors beaucoup moins. Elle change de ville parce qu'elle n'aime plus Papa. » Edith illustrait chacun de ses mots avec des gestes comme si elle parlait à une personne malentendante. Lorsqu'Elian réalisa enfin la signification de cette discussion, ses yeux s'humidifièrent. Edith descendit de son lit et le tint dans ses bras. Le moment semblait étrange, voire complètement surréel. Même s'il ne comprenait pas tout, le garçonnet savait que les choses allaient changer pour chacun d'entre eux et il y avait de quoi avoir peur.

Guidé surtout par l'instinct, Elian se dégagea et se précipita hors de la pièce pour rejoindre ses parents dans leur salon. Sa mère lui jeta un coup d’œil distrait avant d'échanger un regard froid avec son père. Il sentit Edith s'approcher derrière lui et poser une main sur son épaule, silencieusement. « Tu lui as expliqué ? » s'enquit leur père. Edith acquiesçât en déglutissant. « Bon alors dit au revoir à ta mère Elian, tu ne la reverras pas avant très longtemps », fit leur père, dans sa direction. Le garçonnet hésita devant l'attitude de sa mère, visiblement prise au dépourvu. Il sentit Edith le pousser légèrement derrière son dos, l'obligeant à s'approcher, confus et incapable de la regarder dans les yeux. Absolument rien ne lui venait, comme à chaque fois avec elle. « Au revoir, murmura-t-il seulement avant de tourner les talons pour se cacher derrière Edith.
Au revoir... » répéta celle-ci dans un ricanement moqueur. Leur mère rougissait. Que pouvait-elle bien penser, ressentir ? Elle prit enfin la parole à l'encontre de leur père, de sa voix douce et grave : « J'ose espérer que les juges sorciers comprendront leur erreur quand ils verront ce que tu auras fait de notre fils, si jamais il survit à tes côtés dans le monde magique... » Leur père plissa les yeux. « Pourquoi, tu veux soudainement être une mère pour lui ? » Elian observa Edith s'éloigner dans le couloir et disparaitre derrière la porte de sa chambre. C'était peut-être la meilleure chose à faire, alors il l'imita et s'enferma dans la sienne. Les voix s'élevèrent de nouveau, leur donnant raison. Ce ne fut que le lendemain matin, pour la première fois depuis plusieurs mois, que l'appartement retrouva un calme religieux.
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En RP : Quatrième année

« And you've just had some kind of mushroom
And your mind is moving low.
Go ask Alice, I think she'll know. »
look alive, sunshine
。 *
 ・*。・

24 mai 2018, 00:35
 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 
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April, 2042
Parc de Roath, Cardiff


Dans le parc de Roath, bordé par un petit bassin sur lequel la tour d'un clocher immaculé semblait flotter sur l'eau turquoise, Elian Kernac'h donnait à manger aux canetons. Plus rien exister d'autre autour de lui. Ils semblaient aussi jeunes et inexpérimentés que lui. L'horloge indiquait midi et quelques Moldus avaient déjà sorti leur repas aux tables de pique-nique. Lui n'avait plus rien pour manger à présent qu'il avait tout donné à la famille canard. Le vent balançait l'eau calmement sur la rive, au rythme de sa propre respiration. Le garçon aux cernes marquées était enfin parvenu à atteindre une certaine sérénité rarement égalée depuis qu'il avait achevé ses deux premiers trimestres à l'école de sorcellerie Poudlard. Penché sur la rambarde sur ses avant-bras, il profitait des premiers rayons de soleil chauds sur son visage terne en essayant de ne penser à rien d'autre qu'à cette sensation vivifiante. Une voix provenant du banc derrière son dos le ramena sur Terre. « On y va, je vais être en retard. » Elian restait silencieux et immobile devant l'ordre de son père. « Elian, on y va maintenant, réitéra ce dernier, avec une once d'impatience cette fois. Tu m'entends ? ajouta-t-il fermement devant l'absence de réaction de son fils.
— Mais j'aimerais bien rester encore un peu », finit par répondre celui-ci d'une petite voix, les yeux fermés. Agacé, son père s'approcha de lui pour mieux l'observer. Une expression inquiète était affichée sur son visage. « Je dois aller au travail. On reviendra demain, d'accord ? » Elian n'était absolument pas d'accord mais il savait qu'il ne fallait pas discuter. Il se redressa alors avec toute la mauvaise volonté possible, adressa un geste d'adieu aux canards et finit par rejoindre son père, les yeux rivés au sol.

En chemin, Elian demanda à son père si des créatures magiques pouvaient se trouver dans le lac de Roath et possiblement mettre en péril les cannetons du parc. « Tu as pris ta potion ce matin ? » se contenta-il de lui répondre machinalement en évaluant d'une main sa température, sur son front. « Il vaut peut-être mieux que tu restes au lit aujourd'hui. » Elian, qui n'avait aucune envie de passer l'après-midi au bureau de son père, voyait pour la première fois une voie de sortie se dessiner tandis qu'ils empruntaient le pont. « Je me sens un peu faible », répondit-il en essayant de paraître aussi naturellement fatigué possible. Ce n'était vraiment pas dans sa nature de mentir, mais quelque chose avait changé en lui depuis qu'il avait rencontré tous ces différents camarades sorciers à Poudlard... Ils lui avaient peut-être inconsciemment appris quelque chose, car à force d'observer l'usage qu'ils faisaient de leur liberté loin de leurs parents, il s'était mis à douter, à remettre en cause les choses et donc à réfléchir davantage à sa propre éducation. Les traits de son père se crispèrent, comme s'il se plongeait lui-même dans une intense réflexion. Il maugréa dans sa barbe, davantage à lui-même : « Je savais que tu n'aurais pas dû sortir ce matin... Je vais contacter Leslie, et il faudra qu'on retourne voir un médicomage... » Leslie était sa baby-sitter, une Moldue étudiante qui lui adressait rarement la parole - lui rappelant à bien des égards sa grande sœur. Il s'en voulait de donner du souci à son père, car même si ce dernier s'efforçait de lui cacher ses problèmes de gallions depuis un certain temps, Elian avait bien remarqué qu'il ne faisait plus que des achats alimentaires depuis un certain temps. « Alors je ne pourrais pas faire mes devoirs de Métamorphose si elle me garde... songea-t-il soudain en fixant le sol.
— Il ne vaut mieux pas... Je ne souhaite pas expliquer à ta baby-sitter qu'elle garde un petit sorcier qui sera bientôt capable de la transformer en grenouille... Tu vas te reposer et Leslie sera là pour veiller sur toi pendant mon absence ».

Une fois les consignes données, son père repartit à l'usine de fabrication de chaudrons. Leslie le regarda de haut en mâchant son chewing-gum. « T'as pas l'air malade » conclut-elle. Elian cligna plusieurs fois des yeux d'un air ahuri.« Vous avez toujours pas de télé à c'que j'vois. Trop bizarroïde. » Elle s'installa ensuite dans le canapé, tournant le dos au garçon qu'elle était censée garder. « Heureusement que j'ai pensé à ramener mes magazines. » Elle lui fit un geste de la main pour l'inciter à déguerpir, sans même le regarder. Elian n'avait pas planifié ce qu'il allait faire, mais refusait de dormir en sachant que cette affreuse Moldue était en liberté chez lui. « C'est quoi tes magazines ? » lui fit-il sur le ton de la discussion en s'approchant du canapé derrière son dos. Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de lire des journaux Moldus. Leslie le toisa du regard un instant et continua sa lecture, alors il se contenta de regarder la page de couverture de celui qu'elle tenait entre les mains et qui annonçait la naissance cachée scandaleuse d'un bébé royal en grosses lettres. « Pf, n'importe quoi », laissa-t-il échapper en se détournant pour s'approcher de la fenêtre du salon, même lui n'était pas capable de croire en ces bétitses.

Il commençait à pleuvoir, mais c'était une averse passagère comme il y en avait tous les jours à Cardiff. « Dis, t'es pas un peu grand pour te faire garder ? » entendit-il soudain derrière lui. Il garda le silence, la question le troublant plus que de raison. « Oh, tu parles plus ? héla-t-elle.
— C'est que... J'ai que douze ans... répondit-il timidement.
— Excuse-moi mais... c'est grand douze ans. A ton âge, je sortais avec mes copines toute seule après les cours.
— Mes amis habitent loin.
— Nul... T'as pas d'amis dans cette ville ? »
C'était étrange, toutes ces questions... Depuis le temps qu'elle le gardait, elle n'avait jamais pris la peine d'en savoir plus sur lui. « Non. J'en avais quelques-uns avant, mais on est dans des écoles différentes maintenant. » Et surtout dans des mondes différents. « Ton père s'inquiète beaucoup pour toi, t'es malade ? J'veux dire, t'as le cancer ou quelque chose du genre ?
— Le quoi ? »
Il avait beau chercher, il ignorait totalement en quoi consistait cette maladie. « Laisse tomber, c'est pas comme si j'm'en souciais. » Elle redevenait enfin elle-même, bien qu'elle continuait à lever les yeux de son magazine en pensant être discrète : Elian pouvait voir son reflet dans la vitre. Il esquissa soudain un geste pour s'éloigner et rejoindre sa chambre, mais la voix de sa baby-sitter le retint. « Ta grande sœur m'a demandé de lui donner de tes nouvelles, si jamais je te revoyais. » Cette phrase totalement inattendue se répéta plusieurs fois dans sa tête avant qu'il ne puisse réagir. Sans perdre de temps, le jeune sorcier prit place à côté de Leslie sur le canapé, la mine soudainement réjouie : Edith ne l'avait pas oublié. « Elle m'a dit de te dire qu'il fallait pas que tu te fasses d'illusion. Elle te contacte uniquement pour s'assurer que tu n'es pas mort empoisonné par tes médicaments. » Elle voulait sûrement parler des potions que son père lui faisait ingérer tous les jours. Un peu déçu, il fixa ses genoux. « Alors dis-moi, t'es mort ou pas ? » Elian arqua un sourcil, c'était probablement une tentative assez maladroite visant à égayer l'atmosphère. « Pourquoi elle ne m'envoie pas plutôt un hib- euh une lettre ? corrigea-t-il au dernier moment.
— T'as pas reçu sa lettre ? » Il secoua la tête de gauche à droite et Leslie poussa un juron. « C'est ton creepy de père qui a dû te la prendre !
— Mon quoi de père ?
répéta Elian, incrédule.
— T'as jamais fouillé dans les affaires de tes parents ?
Il hocha de nouveau la tête négativement. « Ben c'est le moment ! Il a un bureau ? »

Elian était terrifié, il savait que son père ne lui aurait jamais caché son courrier et que, de toute façon, fouiller les affaires de quelqu'un d'autre était mal, d'autant plus que Leslie allait sûrement tomber sur des affaires assez peu communes pour une Moldue. Il regarda alternativement sa baby-sitter et le sol, paniqué. « D'accord j'vais le faire pour toi, c'est pour ton bien après tout...
— Non, attend ! Je sais où il met le courrier. »
Avec une angoisse intense logée au creux du ventre, il se dirigea dans la chambre de son père et s'y enferma à clé pour éviter les yeux trop curieux de sa baby-sitter. Lui-même n'avait pas le droit de se trouver ici mais, quelque part, le fait qu'il y avait une possibilité pour que quelque chose lui appartienne dans la pièce lui enlevait tout sentiment de culpabilité. « Vérifie bien s'il y a un double-tiroir ! » entendit-il derrière la porte. Ce conseil ne lui fut pas utile, puisqu'il trouva directement un petit tas de lettres adressées à son nom sur le bureau. Son père lui faisait réellement confiance pour avoir laissé en évidence quelque chose qu'il ne voulait pas qu'il voit. La main tremblante, il se précipita pour ouvrir la première lettre, ses yeux se posant directement sur la signature : celle de sa mère. Elle lui posait des questions sur sa rentrée, sur sa perception du monde magique, et surtout sur son état de santé. Un filtre flou de larmes menaçant de tomber lui brouilla la vue, mais il se dépêcha d'ouvrir la seconde lettre à son nom. Finalement, les quatre missives se ressemblaient, exceptée la dernière qui avait l'originalité de l'inviter en France pour les vacances d'été. Incapable de réfléchir convenablement, il remit tout en place en reniflant, essuya ses yeux d'un revers de bras et sortit de la chambre en prenant soin de rester devant la porte pour la barrer. « Il n'y avait que la dernière lettre d'Edith que je n'avais pas encore lu... Tu pourras lui transmettre que tout va bien ? », prononça le garçonnet en évitant le regard de Leslie. Cette dernière s'arrêta de mâcher et fronça les sourcils. « C'est vraiment le cas, tu vas bien ? » Elian la fixa soudain droit dans les yeux. « Oui, tout va bien. » Peu importe les méthodes que son père employaient, elles ne servaient qu'à le protéger, et rien d'autre ne devait le rendre plus heureux. Son père avait des raisons pour le tenir éloigné de ces lettres, il devait savoir que ce n'était que paroles dans le vent de la part de sa mère. Et pourtant, Edith avait fait l'effort de passer par Leslie pour le contacter.
Sans savoir pourquoi, ses pensées s'étendirent jusqu'aux canetons du parc de Roath observés un peu plus tôt dans la journée. Ils avaient semblé si paisibles et comblés entre eux, suivant leur mère d'une façon si naturelle, sans réfléchir... Le garçon sourit d'un air distrait : ne pas s'en remettre à son père pour ces questions, c'était le considérer comme un ennemi souhaitant le tenir éloigné du reste de sa famille. Son père n'était pas un ennemi, il ne pouvait pas jouer contre lui, puisqu'il avait toujours été de son côté. Comment avait-il pu douter une seule seconde. Ces lettres n'existaient pas.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 28 avr. 2021, 19:01, modifié 4 fois.

En RP : Quatrième année

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31 août 2018, 15:02
 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 
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Late August, 2043
Port de Cardiff

Sur les quais de l'un des ports de Cardiff, assis sur une borne d’amarrage, un blondinet cachait son visage sur ses genoux. Le soleil tapait sur sa nuque et réchauffait son crâne. Les pieds dans les cordages entremêlés, sa réflexion arrivait à un dénouement : il ne souhaitait pas que les vacances se finissent. Toujours plié en deux, Elian Kernac’h tourna sa tête pour observer la frégate remplie de touristes rentrer lentement au port. Certains Moldus arboraient des appareils en tous genres pour capturer des paysages que le garçon avait la chance de côtoyer tous les jours lorsqu'il ne se trouvait pas dans sa nouvelle école pour sorciers, située dans le nord du pays. C’était compliqué de grandir dans le monde Moldu en étant un sorcier. Elian devait par exemple se retenir de promener Solal, un crapaud assez fainéant qu’il ne quittait jamais, sur le bord de la promenade. Le bateau s’était immobilisé, déversant bientôt un flot de personnes aux visages rouges et aux chapeaux bien trop plats au goût d'un petit sorcier. Sa baby-sitter, Leslie, ne tarda pas à le rejoindre, deux glaces à la main. « Fraise, c’est bien ça ? » Il se redressa et acquiesçât frénétiquement de la tête. « Merci ! » Depuis sa dernière garde, elle avait curieusement changé d’attitude à son égard. Bien moins distante, elle proposait sans arrêt des promenades dans les rues du centre-ville de Cardiff ou des goûters au parc. Cette fois-ci, elle avait insisté pour se rendre au port en gardant secrète cette destination à son employeur, le père d'Elian. « On va rester un peu ici d’accord ? » Elian n’avait pas vraiment d’autre choix que de répondre par l’affirmative, il appréciait de toute façon ce lieu qui lui était formellement interdit depuis qu’une mouette avait eu le malheur de se poser sur sa tête. Son père l’avait transformée en un tas de plumes. « Il faut que je te dise pourquoi je voulais absolument t’emmener ici », lui dit Leslie.

La baby-sitter observa autour d’elle comme si elle était suivie tandis qu'Elian s'afférait à engloutir sa glace avant qu'elle ne fonde complètement sur sa main. « Edith m’a donné rendez-vous… Enfin, elle t’a donné rendez-vous. » Elian avala trop vite un gros morceau de fraise glacée et s'étouffa à moitié. Il mit un certain temps avant d'intégrer cette information. Sa grande sœur, à Cardiff ? D’après ce qu’il savait, elle n’avait pas remis les pieds ici depuis plus d’un an. « Tu es sûre ? » Il se leva et enjamba les cordages. « Pourquoi elle ne vient pas directement à l’appartement ? Et pourquoi elle te parle à toi au lieu de m’envoyer des hiboux ? » Elian connaissait la réponse à ces deux questions : leur père faisait barrage. « Des hiboux ? Wow, tu vis au Moyen-Âge. » Voilà qu’il devenait imprudent... A s’emporter de la sorte, le garçon avait oublié qu’il s’adressait à une Moldue. Heureusement, elle ne s'arrêta pas sur ce détail et continua ses explications. « Elle m’a juste envoyé un mot pour me donner un lieu, une date et une heure. » Le cœur d’Elian s’était comme arrêté, s'apprêtait-il vraiment à revoir Edith ? Intenable, il faisait des allers-retours le long des barques retournées, l'odeur saline accentuant son mal de ventre provoqué par l'angoisse de l'attente.

« Par Merlin qu’est-ce que t’es pâle ! » Le garçonnet trembla un peu en entendant le son de cette voix qui lui était devenue si peu familière. « C’est la maison de Poufsouffle qui te met dans cet état ? A Serpentard on t’aurait jamais autorisé à avoir une tronche pareil ! » Elle parcourut les deux derniers mètres qui les séparaient pour l’enlacer, puis elle reprit, à l’égard de la baby-sitter : « Merci Les', on fait comme on a dit : on se retrouve ici dans une heure. » Cette dernière s'éloigna, la mine inquiète, les laissant seuls parmi un flot d'inconnus traversant les docks du port de Cardiff. Elian restait muet, les questions se mélangeaient dans sa tête et il voulait par-dessus tout entendre ce qu’Edith avait à dire. « C’est fou comme les gosses grandissent vite, je ne t'aurais pas reconnu si Leslie n'avait pas été là. » Le garçon esquissa un sourire : elle lui ressemblait beaucoup, même si elle avait pris davantage les traits de leur mère que de leur père. « Comment ça se passe, la vie à Paris alors ? » demanda-t-il sur le ton de la discussion, essayant peut-être d'en savoir un peu plus sur leur mère d'une façon détournée.

Elle l'incita à marcher, entamant la promenade sur les dalles en pierres, vers le rebord de la jetée où la plupart des bateaux étaient amarrés. « Le magasin fonctionne à merveille, qui aurait cru que les Moldus avaient besoin d'autant de boutons de manchettes ? Comment ça se passe avec le cher père ? » Elian réfléchit à sa réponse qui, il le devinait, allait peser réellement sur la suite de leur discussion. « On se débrouille plutôt bien tous les deux. C'est plus facile de s'en sortir comme je vis à Poudlard le reste de l'année.
— Pas trop dur la séparation quand tu pars au château ? » Edith s’immobilisa pour mieux le scruter de haut en bas, elle arborait une expression inquiète. « C'était difficile au début, mais je crois qu'on commence à avoir l'habitude. » Confronté au silence, il changea de sujet : « Merci d'être venue, je savais bien que tu ne m'avais pas complètement oublié. » Il n'y avait pas une pointe d'ironie dans ses paroles. Edith reprit sa marche, son petit frère la suivant de près.

« J'ai proposé à maman que tu viennes vivre chez nous, tu pourras être scolarisé à Beauxbâtons, c’est une superbe école de magie. Tu peux aussi aller dans un collège moldu si la magie ne t’intéresse pas. » Elian fit les gros yeux, comment était-il possible de ne pas s'intéresser à la magie ? « Non merci, j’aime trop Poudlard... Et puis si je dois apprendre une nouvelle langue, je préfère apprendre le Gobelbabil que le français. » Il distingua un rictus, presque imperceptible, sur le visage d’Edith. Elle-même avait adoré ses études dans l'école de magie britannique, elle ne pouvait donc pas lui en vouloir de rester chez son père s'il mettait en avant cet argument. « Sans compter que j’ai des amis maintenant, ils sont super chouettes ! continua Elian avec entrain, sa sœur perdant automatiquement son sourire.
— C’est ça, j’vois pas qui serait assez fou pour t’accepter dans son cercle... Mais bon tant mieux si t’as des "amis". » Elle avait mimé des guillemets avec ses doigts, pour souligner le fait qu'elle ne le croyait pas. « Tu ne me crois pas ? Je suis allé chez mon meilleur copain le mois dernier, on a des crapaud avec nos prénoms, enfin lui il a un crapaud qui s'appelle Elian et moi j’ai un crapaud qui s'appe-
— Chut ! » Elle avait placé un doigt sur sa bouche. Ce contact stoppa automatiquement tout mouvement de sa part. « Tu me fais déjà mal au crâne, j’me souviens pourquoi j’suis partie maintenant », fit-elle en se pinçant l'arrête du nez. Elian comprenait les sarcasmes de sa sœur, il y était habitué depuis toujours, mais cette fois-ci il baissa les yeux au sol, se sentant réellement fautif. Edith sembla le remarquer reprenant immédiatement : « T’inquiète, j’suis pas partie à cause de toi. C'était pour pas que maman soit seule, c’est tout. Et puis j’suis contente de te revoir. » C’était comme s’il lui avait fallu réaliser un effort considérable pour se faire pardonner. Le petit sorcier acceptait tout venant d'elle, car elle lui donnait bien trop peu de choses. Il lui adressa un sourire reconnaissant pour avoir prononcé ces paroles. « C’est cool pour ton copain, j'espère que tu te laisses pas trop marcher sur les pieds, faut s'imposer directement à Poudlard sinon t'es qu'une crotte de Doxy le reste de ta scolarité. Je peux te donner des informations sur les profs - enfin ceux de mon époque qui sont encore en fonction. Mais d'abord, il faudrait qu’on trouve le moyen de se capter sans que papa soit au courant. » Ils s’accoudèrent sur le muret longeant la promenade, observant l’horizon bleue et ses reflets d'or. Un air frais ébouriffa leurs cheveux blonds. « Quand je suis à Poudlard, j'attends toujours tes lettres. Tu m'as écris que deux fois l'année dernière », avoua Elian. Edith se détourna, le faisant deviner qu’elle n’était pas insensible à cette confession. « J'ai été très occupée avec le magasin... Dis, t’es sûr que tu veux pas me suivre à Paris ? » Elian se mit à rire un peu jaune, il ignorait si elle était réellement sérieuse. Ce n'était pas qu'il refusait catégoriquement de mettre un pied dans un pays qu'il ne connaissait pas, mais la question de leur mère devait se poser. Elle semblait être absente de toutes les démarches qu'Edith avait entrepris pour reprendre contact. « Je veux bien venir pendant les vacances... Tu sais, papa fait de son mieux, il prend soin de moi. » Elian n’osait pas lui parler du fait que leur père cachait ses lettres. Edith était le genre de sorcière qui démarrait au quart de tour, si elle avait eu cette information, elle aurait sûrement réussi à transplanner jusqu’à Paris avec lui. « D'ailleurs tu ne veux pas le voir ? » Sa grande sœur sembla un moment perdue dans ses pensées. Elle ne lui répondit qu'après un certain temps de réflexion. « C’est lui qui ne veut pas me voir. » Le petit sorcier ne comprenait pas ce qu'elle entendait par là. Elle sembla le deviner à son silence et clarifia : « Si tu étais parti avec maman au moment du divorce, papa t'en aurait voulu et aurait refusé te voir aussi, comme il le fait avec moi. Mais tu l’as choisi, alors t’es son chouchou. Même avant t’étais son chouchou, remarque. C’est pas pour rien que t’as un parrain et pas moi. » Il n’avait jamais pensé à ce fait, mais il savait qu’elle avait raison. « Je veux bien te prêter Sigmund, c’est un peu ton parrain aussi de toute façon, il nous aime bien tous les deux. » Edith acquiesçât très subtilement en plissant narquoisement les yeux. Le petit sorcier savait que Sigmund et lui partageaient quelque chose qu'Edith et lui ne pourrait pas avoir. « Trop aimable. » Elle soupira, posant sa tête entre ses mains sur la rambarde, pensive. Elle devait être fatiguée de son voyage. « Arrête d’être trop gentil d’accord ? C’est pas bien, tu vas te faire dévorer. » Elian regarda de nouveau en contre-bas comme s’il avait fait une grave erreur, il vit les vagues s'écraser doucement contre la paroi. « Solal m’a déjà dit que j’étais gentil, lui aussi. Mais il considère que c’est une qualité. Et moi je suis d'accord avec lui. » Edith se redressa, la mine un peu plus détendue. « Solal ? Ah oui, ton "ami". » Elle fit de nouveau le mime des guillemets, mais quelque chose disait au Poufsouffle que ce n’était pas pour la même raison que précédemment, affichant un sourire taquin et levant les sourcils d'un air séducteur. « C’est un gars de Poufsouffle aussi Solal ? En tout cas je pense pas que ce soit une qualité pour toi, t'es trop entouré de vautours p'tit. » Elian la fixa avec étonnement, éludant la fin de ses paroles.« Non, Solal est à Serdaigle.
— Ah, fit seulement Edith, avant de reprendre après un nouveau moment de réflexion : Comment ça se fait que tu sois ami avec un gars de Serdaigle ? Tu t’es rendu compte que les élèves de Poufsouffle valaient pas le coup ? » Elian commençait à fulminer, même s’il ne laissait rien paraître. « Non, il est spécial à mes yeux, c’est tout.
— Ah, fit-elle encore, cette fois-ci avec un rictus insupportable.
— Quoi ? » C’était la première fois qu’il employait un ton aussi sec, Edith avait même sursauté légèrement. « Non rien, je suis contente de savoir que tu es pas tout seul, c’est tout… » Son petit frère la fixait droit dans les yeux, comme s'il était prêt à la pousser par-dessus bord. « Tu ne pensais pas qu’on pouvait m’apprécier ? » Elle ressemblait tellement à leur père à cet instant, à s'inquiéter pour lui de façon disproportionnée. « Hein ? Non. Non non non c’est pas ça. » Elian sentait que ses yeux commençaient à lui piquer, il renifla un bon coup avant de se reprendre. « Ben tu vois c’est pour ça qu’il est spécial pour moi, Solal. Lui il essaye de me comprendre au lieu de me sourire d’un air congescendant. » Il scruta sa réaction de côté, bien qu'il s'était détourné d'elle comme si elle venait de commettre une trahison. « Condescendant. » se contenta-t-elle de corriger. A une époque, une dispute entre eux aurait probablement éclaté, mais elle se contentait de l'observer avec une attention digne d'un professeur en pleine notation. Avec fierté, aussi. « Pourquoi tu me fixes ? » Elian était silencieusement content de ne pas avoir provoqué une dispute, ils se revoyaient pour la première depuis trop longtemps. « Laisse tomber. En fait, j’ai l’impression que tu es très proche de ce gars, et c’est bien que tu puisses compter sur lui. » Elian plissa les yeux, incertain. « Je te juge pas, tu es comme tu es, puis on est en 2043. » La peur du garçon s'avéra fondée, il s'empressa de la contredire comme si c'était une mission de haute importance. « C’est pas mon amoureux ! » C'était comme si Edith venait de gagner quelque chose, elle se retenait de sourire, se mordant la lèvre. « Ah. » Elle lui adressa un clin d’œil. « Arrête, c’est mon meilleur ami. » se sentit-il obligé de préciser, plus fermement, les bras croisés. « Wow, t’es vraiment sur la défensive. » Elle venait de lui faire un nouveau clin d’œil. Elian, rouge comme une écrevisse, se détourna pour observer dans les détails le bois du bateau qui tanguait en face de lui. Que sa sœur pouvait être pénible à comprendre plus vite que lui les choses.

« Je vous dérange ? » Les deux têtes blondes se tournèrent simultanément en direction de la voix, elle avait surgi sans prévenir derrière eux. Accusatrice, bourrue, cette voix était celle de leur père. Elian se détacha de la rambarde et resta figé d'émotion. Ses yeux se posaient parfois sur sa sœur, espérant peut-être trouver la force de dire quelque chose. « Qu'est-ce que tu fais, Edith ? » finit par demander le sorcier barbu. « Bonjour Papa. » Son visage mutin restait fermé, elle refusait de se démonter devant lui. « Je passais dans le coin, je me suis dit qu'il était temps de venir vous voir. » Elle savait mentir, mais cette fois-ci elle semblait plutôt vouloir que son père comprenne qu'elle lui mentait ouvertement. Leur père acquiesçât d'un air menaçant. « Combien a coûté l'honnêteté de Leslie ? Pas trop dur les finances ? » demanda Edith en croisant les bras. Elian comprenait à présent. Sa baby-sitter venait de rapporter ce petit rendez-vous. « Bon, si tu n'as rien d'intelligent à me dire, je récupère mon fils. » Il tendit la main, et Elian regarda de nouveau sa sœur qui plongea ses yeux dans les siens en retour. Elle semblait vouloir lui dire quelque chose, mais Elian n'était pas Legilimens, il émit seulement l'hypothèse qu'elle regrettait de ne pas avoir eu le temps de lui dire certaines choses. C'était un regret qu'ils partageaient. Il l'enlaça brièvement devant l'impatience de son père, surprenant au passage la voix d'Edith lui murmurer à l'oreille : « A bientôt. » De retour dans le petit appartement de Cardiff, Elian n'adressa plus la parole à Leslie, qui essaya tant bien que mal de se faire pardonner de bien des manières les jours suivants. Il avait su que son salaire avait été augmenté. Lors du dîner suivant la venue d'Edith, cette après-midi là, son père ne lui posa aucune questions sur ce qu'il s'était passé ou sur ce que ses enfants s'étaient dits. C'était comme s'il refusait le fait qu'Edith était réellement venue jusqu'à Cardiff, derrière son dos. La fin des vacances fut beaucoup plus silencieuse entre eux. Au final, le petit sorcier n'eut jamais autant envie de retourner à Poudlard pour espérer recevoir des nouvelles de sa grande sœur, et peut-être même de leur mère...

En RP : Quatrième année

« And you've just had some kind of mushroom
And your mind is moving low.
Go ask Alice, I think she'll know. »
look alive, sunshine
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 ・*。・