Retour à la réalité
17 juillet 2044 à 8h37, chambre de Katherine
Elle était revenue. Revenue chez elle, dans la maison où elle avait toujours vécu. Elle avait retrouvé ses parents. Elle avait retrouvé Chan. Elle avait retrouvé sa grand-mère. Mais rien, non, plus rien n'était comme avant. Tout ce qui la faisait tenir quand elle était ici n'était plus. Un seul regard vers sa famille avait suffit. Un seul regard vers Chan lui avait fait comprendre qu'il la détestait. Un seul regard vers sa grand-mère lui avait fait comprendre que celle-ci était malade. Un seul regard vers ses parents lui avait fait comprendre que la maladie de Grand-Maman Lee était très grave et qu'ils le savaient depuis longtemps. Ils le savait et ils ne lui avaient rien dit. Elle aurait pu s'y préparer, essayer d'être forte psychologiquement. Mais à présent, elle avait juste l'impression que tout son monde avait explosé et qu'elle se retrouvait propulsée de force dans les ruines de son ancienne vie.
La jeune fille était couchée sur son lit et observai la pièce immense où elle avait dormi pendant onze ans. Les murs blanc cassé dépourvus de la moindre décoration, le parquet sombre datant d'avant la naissance de son arrière arrière grand-mère, les grandes fenêtres à carreaux, les poutres apparentes au plafond, le vieux lustre allumé, la grande armoire en bois travaillé, le miroir en pied style baroque, les draps bleu sombre du lit. Ce décor lui était à la fois familier et étranger. Les petits lits à baldaquin de son dortoir lui manquaient. Tout comme le tapis râpeux devant son lit et la petit cheminée. Elle avait au départ détesté la proximité étouffante de toutes ces filles autour d'elle, mais à présent, cette marée de Gryffonnes surexcitées lui manquait. Ici, dans cette pièce froide et sans âme, elle était toute seule.
Avant, elle avait un Chan qui courait partout dans sa chambre, qui lui sautait dessus et qui voulait tout le temps jouer avec elle, faire comme elle, suivre son exemple. Maintenant, le petit garçon la fuyait comme la peste et s'était même dégagé brutalement quand elle avait essayé de lui parler et de lui demander ce qui n'allait pas. La brunette ne l'avait jamais vu aussi froid et distant. Que s'était-il passé pour qu'il soit comme ça ? Étais-ce parce qu'elle n'était pas revenue à Noël ou pendant les autre vacances ? Parce qu'elle n'avait pas écrit ? Mais dans ce cas, lui non plus, alors qu'elle le lui avait fait promettre. Ce n'est tout de même pas une excuse pour ne pas avoir écrit... l'avertit sa conscience. Elle le savait, mais elle avait aussi prévenu son petit frère qu'elle ne voulait pas envoyer de lettre en premier parce que ça la mettait mal à l'aise. Ce n'était pas la vraie raison, mais comment dire à un gamin de cinq ans qu'on ne veut pas écrire de lettre en premier pour ne pas inciter ses parents à vous envoyer eux aussi des lettres pour répondre à la place dudit gamin de cinq ans ? Katherine ne voulait plus avoir de contact avec ses parents et ça lui avait semblé être une bonne méthode. Mais ça a complètement foiré. Super, la méthode !
Grand-Maman Lee lui avait pourtant bien dit que ça ne fonctionnerait pas. Mais elle ne l'avait pas écoutée, persuadée d'avoir raison. Elle s'en mordait les doigts à présent.
Elle repensa à l'état dans lequel se trouvait sa grand-mère. D'après sa mère, elle était comme ça depuis la chute du ministère. Les évènements du 2 mai l'auraient trop stressée et lui aurait causé un infarctus. D'après ce que Katherine avait compris, Grand-Maman Lee aurait dû faire du sport pour éviter la récidive, mais le vieille dame ne bougeait plus de son fauteuil dans le salon, complètement épuisée au moindre mouvement. Elle avait à peine levé la tête en voyant sa petite fille. «C'est la fin», avait-t-elle entendu dire dire son père à sa mère.
C'était la fin. La jeune fille savait très bien ce que cela signifiait. Sa grand-mère allait bientôt mourir. Quand, elle ne savait pas. Elle savait juste qu'elle devait profiter le plus possibles des instants passés avec Grand-Maman Lee. Elle étouffa un sanglot dans son oreiller.
Dernière modification par Katherine Bailey le 2 mai 2020, 12:22, modifié 1 fois.
Rien n'est plus semblable à l'identique que ce qui est pareil à la même chose.
Peut-être bien qu'il se passe quelque chose avec Edmund.
#0F144D — 5ème Année RP — 16 ans
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Retour à la réalité
Une heure plus tard.
La brunette s'était endormie, épuisée d'avoir tant pleuré. Son sommeil était agité et ses yeux bougeaient vite derrière ses paupières. Ses rêves, peuplés d'ombres noires et de cimetières, la faisait s'agiter de plus en plus et de nouvelles larmes roulèrent le long de ses joues. Agitée, elle se tournait et se retournait dans son lit, tandis que l'image de sa grand-mère dans cercueil prenait forme dans son esprit. Elle se réveilla en hurlant, la scène toujours imprimée dans son cerveau.
-Katherine ! Que se passe-t-il ? Je t'ai entendue crier.
La jeune fille sursauta en entendant sa mère lui parler. Elle ne l'avait pas entendue arriver. Elle lave les yeux vers elle, encore secouée par cet atroce rêve. Sa mère était impeccable dans son kimono bleu, les cheveux tirés sèchement en arrière. Tout dans sa mise était parfaitement étudié, jusqu'au moindre plis, la moindre mèche, même sa manière de se tenir était parfaite. Rien ne dépassait, on aurait dit qu'elle se préparait à recevoir de la visite. À 9h30 du matin ? Laisse-moi rire ! Ce ne serait pas "convenable" de recevoir des gens à cette heure et gnagnagna... Se rendant compte que sa mère attendait une réponse, elle répondit, neutre :
-Ça va, c'était juste un cauchemar.
Katherine se passa la main dans les cheveux pour tenter de les recoiffer un peu. Ses doigts peignèrent les cheveux qui, autrefois, formaient encore sa frange. Elle releva aussitôt la tête et vit que sa mère scrutait avec une sorte de moue les mèches qu'elle tenait. Celles-ci étaient bien plus courtes que le reste de sa chevelure, qui avait encore poussée et lui arrivait presque aux genoux. Cela devenait de plus en plus encombrant et elle devrait sans doute raccourcir un peu sa tignasse. Pourtant, ce n'était ce qui l'inquiétait à cet instant précis. Quand sa mère ouvrit la bouche, la fillette comprit ce qui allait se passer.
-Viens avec moi.
Le sang de la jeune fille se glaça. L'air autoritaire de sa mère la dissuada cependant de protester. Elle se leva, la tête basse et les épaules voutées, et suivit sa mère.
Rien n'est plus semblable à l'identique que ce qui est pareil à la même chose.
Peut-être bien qu'il se passe quelque chose avec Edmund.
#0F144D — 5ème Année RP — 16 ans
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Retour à la réalité
En route pour la salle de bain.
Trainer les pieds n'était même pas envisageable. Une femme comme Eldora Bailey ne le supporterait pas, non, ne le souffrirait pas. Oui, c'était le bon terme. La jeune fille avait envie de vomir. Elle avait pourtant cru pouvoir y échapper... Sa mère n'en avait pas parlé, trop absorbée qu'elle était par le changement de politique et toutes les précautions que le ministère avaient employé pour écarter les moldus du monde magique. Leur statut de né-sorcier leur assurait pourtant une bonne protection, mais sa mère n'aimait pas le changement. Et il était de notoriété publique que les Bailey appréciaient les moldus.
Mais la perfection avait apparemment plus d'importance que tout ça. Katherine ne se rappelait même pas un jour où sa mère s'était retrouvée en peignoir ou avec les cheveux décoiffés. Tout devait toujours être en ordre avec elle, même les jeux se devaient d'avoir des règles bien nettes, un temps contrôlé à la minute près, un endroit bien défini prévu à l'avance. Aucune marge à l'improvisation ou à la créativité. C'était étouffant. Elle n'en pouvait plus. Plus, plus plus. Elle serra les poings et une larme silencieuse s'écoula le long de sa joue. Elle ne l'essuya pas. Que sa mère la voit. Qu'elle voit toutes les autres qui menaçaient de s'échapper. Qu'elle comprenne. Qu'elle se rende compte de ce qu'elle ressentait. Comme si ça allait changer quoi que ce soit...
-Que fais-tu ?
La jeune fille releva les yeux, surprise. Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle s'était arrêtée. Elle se remit en marche, les yeux rivés au sol. Environ deux minutes plus tard, sa mère s'arrêté pour ouvrir la porte de la salle de bain et fit signe à sa fille d'entrer à sa suite. La porte se referma, émettant un grincement. Ce bruit sonna comme une sentence. Katherine ne savait que trop bien ce qui allait suivre. Elle ne pourrait pas l'empêcher. Elle était l'enfant, sa mère était l'adulte. C'était comme ça que ça fonctionnait.
-Approche
La fillette de douze ans obéis et se plaça près du miroir. Sa mère attrapa les ciseaux. Un nouvelle larme coula sur la joue. Les ciseaux s'ouvrirent. Ses lèvres tremblèrent. Non. Elle ne pouvait pas la laisser faire ça, elle ne pouvait pas la laisser la faire redevenir comme avant. Elle n'avait plus cinq ans, elle avait le droit de décider, de choisir ce qu'elle voulait faire de son apparence. C'était sa vie, ses cheveux.
-Non.
Sa mère se figea.
-Pardon ? Qu'as-tu dit ?
-J'ai dit non.
Sa voix trembla. Elle avait déjà tenu tête à sa mère, elle le faisait tout le temps, mais jamais ça n'avait été aussi important, jamais elle ne s'était sentie aussi mal à l'idée que sa mère puisse avoir le dessus. Elle ne voulait plus jamais connaître ça. Ne voulait plus jamais être traitée comme une poupée qu'il faut montrer. Ne voulait plus que l'on gouverne ses actes.
Sa génitrice haussa un sourcil parfaitement épilé, mais ne tint pas compte de l'injonction. Les lames ouvertes s'approchèrent et elle lui attrapa la poignée de cheveux qui avait formée son ancienne frange.
-NON ! ARRÊTE ! LAISSE-MOI TRANQUILLE ! hurla la jeune fille, affolée.
Elle repoussa vivement les bras qui tentaient vainement de la maintenir avec une rage telle que sa vision se troubla. Elle continua à crier, à demander à ce qu'elle la laisse, à ce qu'elle arrête de toujours être aussi coincée, de ne jamais lui laisser le choix de quoi que ce soit, de faire comme si elle n'était qu'un objet. Elle pleurait, tremblait, des sanglots la secouait. Elle ne se contrôlais plus et ce fut bientôt la panique qui régit ses actions. Elle gesticulait en tout sens, alors même que sa mère s'était écartée. Son cerveau s'était déconnecté, elle ne savait plus ce qu'elle faisait, ce qu'elle devait faire. Qu'avait-elle ? Pourquoi n'arrivait-elle plus à diriger ses bras, à contrôler son corps, ses paroles ?
-JE TE DÉTESTE ! JE TE HAIS ! VA TE FAIRE... cria-t-elle.
Une douleur cuisante sur sa joue la stoppa net. Ses yeux s'écarquillèrent. Devant elle, la femme qu'elle détestait le plus au monde la fixais avec colère, sa main encore levée.
-Maintenant, tu te mets là et tu ne bouges plus. Tu vas faire ce que je te dis, cracha-t-elle, furibonde.
Katherine obéit, pâle comme la mort, à part la grosse marque rouge sur sa joue. Sa mère ne l'avait frappée.
Rien n'est plus semblable à l'identique que ce qui est pareil à la même chose.
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