Étincelles dans l'Ombre
Une note explicative se doit d'accompagner ce rp.
Il sera divisé en deux parties, contenant les deux mois distincts composant les grandes vacances.
[font=IM Fell English] PARTIE I
TOURNE, TOURNE, TOURNE DANS LE VIDE [/font]
____________________________________
Ϟ
Grandes Vacances,
Juillet,
Irlande
Personne n’avait rien à dit.
Silence s’était emparé de toutes les âmes.
Elle restait seule, à nouveau, avec les Ombres dissidentes et leurs chants lointains.
Tout lui semblait vide, d’un vide absolu et intersidéral.
Pas de mots à son arrivée.
D’un geste machinal de baguette, elle voulut faire monter sa valise.
Celle-ci s’échoua lamentablement sur le sol, s’agitant comme un poisson hors de l’eau aspirant à retrouver son milieu natal.
Rien.
Pas un son.
Comme si le temps s’était arrêté.
Comme si l’âge avait tout dévasté.
Comme si la pierre avait achevé les cœurs de statues de la terre entière.
Reprenant sa valise, elle la traîna en haut des escaliers.
Des vestiges de noël subsistaient.
Des chaussettes mal rangées, dépassant des tiroirs.
Une écharpe rouge et or roulée en boule comme un gros chat sur le sol.
Des feuilles de dessin et des fusains usés débordant du cadre soigneux de son bureau.
Elle se dirigea vers l’armoire, constatant avec un coup au cœur qu’elle était toujours dévastée.
Les larmes lui piquèrent à nouveau les yeux *traîtres* mais elle les refoula, comme toujours.
Une vielle photo jaunie tomba à terre.
Elle, petite, une écharpe rouge enroulée autour du cou, sagement assise sur le bord de la fenêtre à regarder la neige tomber.
Une plume gracieuse et chargée d’encre violette avait inscrit au dos : « Alison. Huit ans. »
Ses mots lui firent mal.
Elle se revit avec sa grand-mère, le jour de ses huit ans, son sourire lorsqu’elle lui apporta Maïna, sa baleine blanche.
Elle se replongea dans son sourire édenté et ébahi, portant la peluche comme un trophée et lui faisant faire le tour de la maison.
Elle se remémora les chuchotements puis les éclats de voix.
Elle s’était approchée.
Sa mère hurlait, avait sorti sa baguette et la pointait droit sur grand-mère...Un prénom est répété. Un prénom mais elle ne sait plus lequel. *Foutue mémoire.*
Un Recurvite remit sa chambre en état.
Au dehors, un grand soleil brillait.
Des éclats de rires partaient du salon.
Tout portait à la joie et la chaleur.
Et corbeau noir du soir attendant les mots des espoirs, la joie de les revoir fuit dans les eaux d’un miroir de moire.
Corbeau noir du soir.
C’était beau dit comme ça.
Comme toujours, dans les rêves.
Et puis on le croisait, le corbeau.
On voyait ses yeux hagards, son bec fermé, ses yeux rouge sang...
*28 mai 2045*
*28 mai 2045*
*28 mai 2045*
Elle secoua la tête, la vision rouge du sang ancien versé venant obstruer ses pupilles.
Et les Songes macabres revinrent.
Et le corps de chiffon éclaté sur le sol se mit à danser devant ses yeux.
Et le tigre blanc se convulsa de douleur en une horrible acrobatie.
Et les flèches s’enfoncèrent avec grâce et précision, lancées par des tireurs d’élites aux yeux bandés.
S’appuyant à sa chaise, elle se laissa tomber dessus face à son bureau.
Son fusain traça lentement des formes sur le papier.
*Rond.
Aspire.
Infini.*
Toujours la même forme et la même taille.
Des milliers recouvrant la feuille, débordant dans le vide, s’enroulant sans pourtant jamais de toucher.
*Rond.
Aspire.
Infini.*
Le calme de la réalité.
Un rituel, auquel s’accrocher, pour ne pas basculer dans une sombre folie.
Des gestes qui resteront inchangés et qui déjà sont inscrits dans ses paumes.
*Rond.
Aspire.
Inf...Fini*
Y avait plus de place sur la feuille.
Elle en reprit une autre répétant ces mêmes Pas sur le support.
*Rond.
Aspire.
Infini.*
Les ronds aspirant à l’infini.
Les ronds respirant à l’infini.
Les ronds aspirant l’infini.
Les ronds spirale a l’infini.
Rien que ça.
*Des Spirales à l’infini.*
Dernière modification par Alison Morrow le 22 août 2020, 12:39, modifié 12 fois.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Ce matin, tout s’était déroulé normalement.
Ce matin, elle s’était levée avec le soleil, mangé seule entourée de regards hostoles ou feignant de ne pas la voir.
Ce matin, elle s’était habillée en vitesse pour aller dehors.
Ce matin, elle avait dessiné sur son cahier presque fini des centaines de spirales.
Méthode simple.
Pour ne pas penser.
Au château.
À la rentrée.
Au stress de revoir tous les autres.
Puis il y avait eu un éclair vert dans la cheminée.
Il y avait eu des cris de protestation, d’autres de joie et quelques larmes.
Elle était rentrée discrètement, le cahier dissimulé sous des couches de vieilles feuilles et de poussiéreux croquis.
Et elle l’avait vue.
La grande, resplendissante, celle pour qui elle avait versé toutes les larmes du monde, le refuge de ses journées, le phare dans la nuit.
Grand-mère.
Un demi sourire en croissant de Lune étirait ses vieilles lèvres fatiguées.
Sa peau étrangement pâle, privée du soleil des lavandes, était ridée et sèche comme des vieux parchemins.
Ses yeux pétillaient d’une joie sans pareille et elle prenait un malin plaisir à essuyer ses pieds chaussés de sandales sur la moquette du salon.
Sa mère rouspétait silencieusement, les autres l’entouraient en prenant des nouvelles de sa santé.
Elle attendit dans la cage d’escalier que sa grand-mère la voit, lui fasse un clin d’œil puis l’exhorte à s’avancer.
Elle attendit.
Sa grand-mère passa dans la cuisine noire du thé et prendre des gâteau.
Ça ne la dérangeait pas.
Elle allait venir.
Elle attendit.
Son cœur battait toujours de cette joie folle à l’idée de revoir l’être aimé, comme si cet oiseau maladroit voulait s’envoler pour la retrouver.
Un sourire insolent dansait sur ses lèvres, replongeant dans le neutre pour fleurir de plus belle.
Elle attendait.
Les heures s’étiraient mais elle ne s’en rendait pas compte.
Juste le soleil déclinant lui fit remarquer que la journée touchait à sa fin.
La vieille sortit de la cuisine, salua tout le monde à la ronde.
Ses battements de cœur s’accélèrent tandis que ses lèvres remontaient assez pour dévoiler ses dents.
Elle se crut plus d’une fois noyée de bonheur, ensevelie sous une couche de joie, presque tentée de s’avancer pour saluer la grande.
Celle-ci la vit enfin.
Elle aurait voulu hurler de joie, laisser couler ses larmes de bonheur en se remémorant la lette.
*Les médecins ne savent pas quand je sortirai. Ou plutôt comment.*
Elle n’avait pas écrit mais elle avait eu monstrueusement peur, de ce sentiment qui s’enroule comme un calmar autour de votre cœur et sape peu à peu votre énergie jusqu’à ne laisser de vous qu’une coquille vide.
La tête blanche se tourna.
Puis la fumée verte à nouveau.
Et le cœur qui sombra dans les talons.
Elle se reprit, se sermonna avec joie, se répétant qu’elle allait revenir.
Elle revenait toujours.
Des minutes à nouveau.
Puis des heures.
Le sablier du temps continuait inlassablement son cours.
Son cœur ne battait plus que par nécessité.
Sa respiration hachée était celle de la tristesse.
Ses mains crispées étaient celles de la douleur.
Plus une once de gaité ne parcourait ce corps frémissant.
Elle mangea car il le fallait, ce soir là.
Toutes les discussions convergeaient vers grand-mère et elle était seule à ne pas pouvoir y prendre part.
Elle ne voulait pas croire que sa grand mère ait décidé de la laisser, sans lui témoigner un petit signe.
Il lui fallut pourtant se résigner.
Lysander Morrow l’avait oubliée.
Ce matin, elle s’était levée avec le soleil, mangé seule entourée de regards hostoles ou feignant de ne pas la voir.
Ce matin, elle s’était habillée en vitesse pour aller dehors.
Ce matin, elle avait dessiné sur son cahier presque fini des centaines de spirales.
Méthode simple.
Pour ne pas penser.
Au château.
À la rentrée.
Au stress de revoir tous les autres.
Puis il y avait eu un éclair vert dans la cheminée.
Il y avait eu des cris de protestation, d’autres de joie et quelques larmes.
Elle était rentrée discrètement, le cahier dissimulé sous des couches de vieilles feuilles et de poussiéreux croquis.
Et elle l’avait vue.
La grande, resplendissante, celle pour qui elle avait versé toutes les larmes du monde, le refuge de ses journées, le phare dans la nuit.
Grand-mère.
Un demi sourire en croissant de Lune étirait ses vieilles lèvres fatiguées.
Sa peau étrangement pâle, privée du soleil des lavandes, était ridée et sèche comme des vieux parchemins.
Ses yeux pétillaient d’une joie sans pareille et elle prenait un malin plaisir à essuyer ses pieds chaussés de sandales sur la moquette du salon.
Sa mère rouspétait silencieusement, les autres l’entouraient en prenant des nouvelles de sa santé.
Elle attendit dans la cage d’escalier que sa grand-mère la voit, lui fasse un clin d’œil puis l’exhorte à s’avancer.
Elle attendit.
Sa grand-mère passa dans la cuisine noire du thé et prendre des gâteau.
Ça ne la dérangeait pas.
Elle allait venir.
Elle attendit.
Son cœur battait toujours de cette joie folle à l’idée de revoir l’être aimé, comme si cet oiseau maladroit voulait s’envoler pour la retrouver.
Un sourire insolent dansait sur ses lèvres, replongeant dans le neutre pour fleurir de plus belle.
Elle attendait.
Les heures s’étiraient mais elle ne s’en rendait pas compte.
Juste le soleil déclinant lui fit remarquer que la journée touchait à sa fin.
La vieille sortit de la cuisine, salua tout le monde à la ronde.
Ses battements de cœur s’accélèrent tandis que ses lèvres remontaient assez pour dévoiler ses dents.
Elle se crut plus d’une fois noyée de bonheur, ensevelie sous une couche de joie, presque tentée de s’avancer pour saluer la grande.
Celle-ci la vit enfin.
Elle aurait voulu hurler de joie, laisser couler ses larmes de bonheur en se remémorant la lette.
*Les médecins ne savent pas quand je sortirai. Ou plutôt comment.*
Elle n’avait pas écrit mais elle avait eu monstrueusement peur, de ce sentiment qui s’enroule comme un calmar autour de votre cœur et sape peu à peu votre énergie jusqu’à ne laisser de vous qu’une coquille vide.
La tête blanche se tourna.
Puis la fumée verte à nouveau.
Et le cœur qui sombra dans les talons.
Elle se reprit, se sermonna avec joie, se répétant qu’elle allait revenir.
Elle revenait toujours.
Des minutes à nouveau.
Puis des heures.
Le sablier du temps continuait inlassablement son cours.
Son cœur ne battait plus que par nécessité.
Sa respiration hachée était celle de la tristesse.
Ses mains crispées étaient celles de la douleur.
Plus une once de gaité ne parcourait ce corps frémissant.
Elle mangea car il le fallait, ce soir là.
Toutes les discussions convergeaient vers grand-mère et elle était seule à ne pas pouvoir y prendre part.
Elle ne voulait pas croire que sa grand mère ait décidé de la laisser, sans lui témoigner un petit signe.
Il lui fallut pourtant se résigner.
Lysander Morrow l’avait oubliée.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Marchant entre les herbes folles, elle oubliait peu à peu le souvenir brûlant.
Seule et abandonnée.
Plus que jamais.
S’asseyant sur la vieille balançoire surplombant le « lac » des Morrow, son corps se mit à bouger, d’avant en arrière, inlassablement, à moins que ce ne fut le contraire.
Avant, elle était aimée de sa grand-mère.
Celle-ci l’avait toujours prise sous son aile face aux rumeurs des autres.
Elle lui offrait à chaque instant de ces magnifiques sourires qui éclairaient jusqu’aux ténèbres les plus noires.
Ce regard de glace n’avait pas été inventé.
Il n’y avait pas eu de magie , d’étincelle entre elles deux.
Que le silence assourdissant et le vide.
Elle n’avait jamais vu de cadavre.
Pour elle, la guerre et la chasse aux sorcières était une chose révolue, cruelle, enterrée avec les cadavres des victimes et des persécuteurs.
Arrière, Souvenirs immondes du corps immobile, des yeux grands ouverts sur le vide, de cette mâchoire qu’on devait actionner pour aider à guérir.
Arrière, pinces maudites qui n’avaient su extraire les flèches. Vous l’avez laissée mourir.
Avant elle était triste mais se complaisait dans ce vague à l’âme.
Elle peignait et dessinait, passait des jours mornes auprès de cette flaque d’eau, se mouvant au gré de sa volonté sur cette planche de bois reliée à l’arbre.
Elle avait menti à ses parents, à sa famille entière en se disant Rouge.
Elle avait menti à Anna en disant que les Voix s’effaçaient.
Elle voulait les préserver. Elle n’avait fait qu’échouer.
Avant elle était à Poudlard, dans ce château géant, rempli d’inconnus.
Elle s’y était accommodée, avait fait de magnifiques rencontres, celles de belles personnes aux pensées et actes sublimes.
Elle était piégée dans ce trou en Irlande, avec une envie de hurler coincée dans la gorge, bloquée entre la terre et le ciel, se rendant malade de ce faible vertige, regardant le paysage osciller comme un pendule.
Ses crayons étaient plein d’une vie douloureuse, mais de vie tout de même.
Ils dansaient sur le papier, créaient des formes, des paysages et des fleurs, des animaux et des êtres de couleur.
Ils étaient écrasés contre les feuilles, dessinant des spirales étranges, s’enroulant sans jamais se toucher, si identiques qu’on ne pouvait les distinguer les unes des autres.
Imagination a laissé la place au réconfort maladif de la routine.
Seule et abandonnée.
Plus que jamais.
S’asseyant sur la vieille balançoire surplombant le « lac » des Morrow, son corps se mit à bouger, d’avant en arrière, inlassablement, à moins que ce ne fut le contraire.
*Avant*
Avant, elle était aimée de sa grand-mère.
Celle-ci l’avait toujours prise sous son aile face aux rumeurs des autres.
Elle lui offrait à chaque instant de ces magnifiques sourires qui éclairaient jusqu’aux ténèbres les plus noires.
*Arrière*
Ce regard de glace n’avait pas été inventé.
Il n’y avait pas eu de magie , d’étincelle entre elles deux.
Que le silence assourdissant et le vide.
*Avant*
Elle n’avait jamais vu de cadavre.
Pour elle, la guerre et la chasse aux sorcières était une chose révolue, cruelle, enterrée avec les cadavres des victimes et des persécuteurs.
*Arrière*
Arrière, Souvenirs immondes du corps immobile, des yeux grands ouverts sur le vide, de cette mâchoire qu’on devait actionner pour aider à guérir.
Arrière, pinces maudites qui n’avaient su extraire les flèches. Vous l’avez laissée mourir.
*Avant*
Avant elle était triste mais se complaisait dans ce vague à l’âme.
Elle peignait et dessinait, passait des jours mornes auprès de cette flaque d’eau, se mouvant au gré de sa volonté sur cette planche de bois reliée à l’arbre.
*Arrière*
Elle avait menti à ses parents, à sa famille entière en se disant Rouge.
Elle avait menti à Anna en disant que les Voix s’effaçaient.
Elle voulait les préserver. Elle n’avait fait qu’échouer.
*Avant*
Avant elle était à Poudlard, dans ce château géant, rempli d’inconnus.
Elle s’y était accommodée, avait fait de magnifiques rencontres, celles de belles personnes aux pensées et actes sublimes.
*Arrière*
Elle était piégée dans ce trou en Irlande, avec une envie de hurler coincée dans la gorge, bloquée entre la terre et le ciel, se rendant malade de ce faible vertige, regardant le paysage osciller comme un pendule.
*Avant*
Ses crayons étaient plein d’une vie douloureuse, mais de vie tout de même.
Ils dansaient sur le papier, créaient des formes, des paysages et des fleurs, des animaux et des êtres de couleur.
*Arrière*
Ils étaient écrasés contre les feuilles, dessinant des spirales étranges, s’enroulant sans jamais se toucher, si identiques qu’on ne pouvait les distinguer les unes des autres.
Imagination a laissé la place au réconfort maladif de la routine.
*Avant*
*A moins que ce ne soit...*
*Arrière*
*Et les formes aux abois...*
*Avant*
*Mélange dans tout sens *
*Arrière*
*Mélange des sens*
*Avant*
*Arrière*
*Avant*
*Av...Arr...A...*
*Arrière...Oscille...Arrière...*
*S’arrête...Avant...Repart...Devant*
*Tourne...Arrière...Tombe...Derrière...*
*Avant...Inversé...Vertige...Torturée...*
*Avant*
*Avant*
*Avant*
*A...*
*Arrêt*
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Quelle heure était-il ?
Tard. Beaucoup trop.
Elle avait chaud.
Ou froid.
Ou peur.
Ou mal.
Elle n’arrivait pas à trouver le sommeil.
A chaque fois qu’elle croyait s’en saisir, il lui glissait sournoisement entre les doigts, s’évaporait en une brume invisible, s’enroulait autour des rayons de la Lune et s’enfuyait vers la lande.
Elle contemplait les étoiles, se remémorant des vieux souvenirs, grattant avec une mine de fusain Ses Spirales sur le bois rêche de la fenêtre.
Les petits points glacés.
Elle les aimait, pourtant, malgré toutes les douleurs qu’elles lui avaient infligé.
Un pan de sa mémoire se dévoila brusquement devant son enquête mentale.
De vieux livres à-moitié ouverts, couverts d’encre bleutée, parlant des mots compliqués de Nébuleuses, Astéroïdes, Comètes, Perséides.
Elle chassa ses fantômes d’astres, préférant ceux se déroulant sous ses paupières à demi ouvertes.
La lune ronde flottait dans la nuit, sphère évanescente et pure.
Ses cratères, elle les avait tant de fois caressés de ses yeux.
Ses reflets, elle s’était tellement usée les yeux à les apercevoir et les recréer.
« Salut, ma belle. »
Elle soupira d’extase devant la forme arrondie.
Juste le vent bruissant dans la lande, un ciel clair de tous nuages, les astres bondissant des uns aux autres.
Elle était aspirée par le ciel.
Elle ne voulait que rien ne s’arrête.
***
Yeux qui piquent.
Corps fatigué et mou.
Mains lâches et pendantes au bout de leurs os.
Tête lourde qui dodelinait.
*Oh, un Ange.*
Mais qu’est-ce que tu racontes ?!
*Ben ouais. Des cheveux d’argent. Un corps flottant dans les airs. Des vêtements de voile légers. Des yeux aux reflets de miel et de poussières d’étoiles. Un ange, quoi.
Il est sur un balai ton ange.
Yeux qui s’ouvrent d’un coup.
Corps qui se penche à la fenêtre pour mieux voir l’Apparition.
En effet.
Là, perçant les tissus de la Nuit sur un balai au bois clair et huilé.
De magnifiques cheveux voletant à cause du vent et de la vitesse.
Un sourire en croissant, éclipsant la Lune.
L’Ange s’arrêta en un magnifique dérapage contrôlé au bord de sa fenêtre.
Le croissant s’élargit encore un peu, tandis que les cheveux longs retombaient sur les épaules.
« Grand-mère !!! »
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
« Surprise, Einini ? »
Le cœur qui s’emballe, comme exhorté par le fouet du maître claquant sur la croupe des chevaux.
Les yeux qui picotent, s’embuent, refoulent leurs larmes, s’emplissent à nouveau.
Les poumons en feu qui hésitent entre le réconfort de l’apnée et la douceur de la respiration.
Les lèvres qui tremblent, s’étirent, se relâchent, comme un ressort se tendant et se détendant.
Elle n’avait plus de voix pour parler, juste ce sourire éphémère et entrecoupé.
Lysander Morrow ne l’avait pas oubliée.
Elle attendait sur son balai au-dessous de sa fenêtre.
Elle souriait et l’appelait Petit Oiseau.
Comme Avant.
« Tu as eu des cours de balai à Poudlard, n’est-ce pas Einini ?Allez, conduis-moi ce vieux bout de bois!»
Le cœur ralentit, les yeux s’écarquillèrent.
*C’est... Beaucoup trop Dangereux !!!*
Elle voulut reculer en secouant la tête, enlevant déjà ses mains de la lucarne.
Sa grand-mère sourit d’un air rassurant, fit basculer la vitre et lui tendit la main.
« On n’a qu’une vie Einini. La mienne a failli s’achever brusquement. Alors, promets moi une chose, d’accord ? Fait toujours ce qui te fait peur. »
T’es une lâche ou non ? T’es une faible ou non ? Tu veux lui faire plaisir ou non ? Tu veux être indigne de son sourire ou non ?
*Non !*
Bah t’attends quoi alors ?
Elle grimpa sur son lit, agrippa la main tendue, savourant sa force et ses callosités sous ses doigts fins, sauta un peu, puis se hissa hors de la chambre.
La lune éclairait doucement un paysage fantomatique empli de brume au loin.
Les étoiles luisaient comme de minuscules lucioles lointaines et immobiles. Le vent fouettait ses jambes nues, et virevolter sa légère chemise de nuit blanche.
Ses cheveux s’enroulaient en de superbes arabesques s’écrasant sur son corps, tel des dauphins joyeux s’échouant sur le sable.
Le sourire illumina définitivement son visage tandis qu’elle grimpait à l’avant du balai.
Le contact du balai l’apaisa un peu, et elle prit un instant pour chercher à le connaitre, peut-être aussi pour sentir une pulsation sous sa main.
Elle souffla, ferma un instant les yeux, faisant taire la tempête de ses doutes rugissant sous son crâne et tapa fermement du pied sur le toit.
Elles décollèrent, sans à-coup, s’élevant peu à peu dans le ciel d’ombre et de lumière, rejoignant les étoiles et les limites de l’atmosphère.
Ses mains étaient légères sur le bois, son corps penché en avant pour goûter à la fraîche saveur de la vitesse.
Elle savait où elle allait, reproduisant mentalement le chemin vers la plantation dans son esprit, s’imaginant courser les étoiles filante et jouer avec les nuages.
« Alors Einini, cette première année ? Je veux tout savoir. »
Elle sourit mais ne répondît pas tout de suite.
La lande défilait sous ses pieds à une allure folle, elle avait envie de crier de joie face à la Lune, de slalomer au milieu de ses rayons, de trouer la brume en de millions d’astres noirs.
Avez-vous déjà vu une plantation de lavande gouvernée par Nyx ?
C’était magnifique.
Les tiges dansaient au vent, s’enroulant langoureusement les unes aux autres, comme si elles se retournaient dans leurs sommeils.
Leur odeur flottait dans le vent, légère et suave, imprégnant jusqu’à la moindre parcelle de terre humide.
Elle revivait en cet instant.
Plus de mensonges.
Plus de sang.
Plus de Vide.
Juste Elles deux.
Descendant du balai, elle écouta à demi sa grand-mère édicter des phrases claires, appréciant plus la voix basse roulant d’un fort accent irlandais, que la nature des mots eux-mêmes.
Elle pénétra à la suite de la femme dans la maison, s’installant sur le fauteuil de velours vert, fermant les yeux pour mieux entendre le bruissement de l’eau qui frémissait dans une casserole et les crépitement du feu que sa grand-mère venait d’allumer dans la cheminée.
« Thé à la bergamote Einini ? »
Elle hocha la tête, le sourire un peu plus calme, appréciant la chaleur de ce qu’elle cherchait depuis longtemps sans en avoir conscience.
Un vrai moment de paix.
Le cœur qui s’emballe, comme exhorté par le fouet du maître claquant sur la croupe des chevaux.
Les yeux qui picotent, s’embuent, refoulent leurs larmes, s’emplissent à nouveau.
Les poumons en feu qui hésitent entre le réconfort de l’apnée et la douceur de la respiration.
Les lèvres qui tremblent, s’étirent, se relâchent, comme un ressort se tendant et se détendant.
Elle n’avait plus de voix pour parler, juste ce sourire éphémère et entrecoupé.
Lysander Morrow ne l’avait pas oubliée.
Elle attendait sur son balai au-dessous de sa fenêtre.
Elle souriait et l’appelait Petit Oiseau.
Comme Avant.
« Tu as eu des cours de balai à Poudlard, n’est-ce pas Einini ?Allez, conduis-moi ce vieux bout de bois!»
Le cœur ralentit, les yeux s’écarquillèrent.
*C’est... Beaucoup trop Dangereux !!!*
Elle voulut reculer en secouant la tête, enlevant déjà ses mains de la lucarne.
Sa grand-mère sourit d’un air rassurant, fit basculer la vitre et lui tendit la main.
« On n’a qu’une vie Einini. La mienne a failli s’achever brusquement. Alors, promets moi une chose, d’accord ? Fait toujours ce qui te fait peur. »
T’es une lâche ou non ? T’es une faible ou non ? Tu veux lui faire plaisir ou non ? Tu veux être indigne de son sourire ou non ?
*Non !*
Bah t’attends quoi alors ?
Elle grimpa sur son lit, agrippa la main tendue, savourant sa force et ses callosités sous ses doigts fins, sauta un peu, puis se hissa hors de la chambre.
La lune éclairait doucement un paysage fantomatique empli de brume au loin.
Les étoiles luisaient comme de minuscules lucioles lointaines et immobiles. Le vent fouettait ses jambes nues, et virevolter sa légère chemise de nuit blanche.
Ses cheveux s’enroulaient en de superbes arabesques s’écrasant sur son corps, tel des dauphins joyeux s’échouant sur le sable.
Le sourire illumina définitivement son visage tandis qu’elle grimpait à l’avant du balai.
Le contact du balai l’apaisa un peu, et elle prit un instant pour chercher à le connaitre, peut-être aussi pour sentir une pulsation sous sa main.
Elle souffla, ferma un instant les yeux, faisant taire la tempête de ses doutes rugissant sous son crâne et tapa fermement du pied sur le toit.
Elles décollèrent, sans à-coup, s’élevant peu à peu dans le ciel d’ombre et de lumière, rejoignant les étoiles et les limites de l’atmosphère.
Ses mains étaient légères sur le bois, son corps penché en avant pour goûter à la fraîche saveur de la vitesse.
Elle savait où elle allait, reproduisant mentalement le chemin vers la plantation dans son esprit, s’imaginant courser les étoiles filante et jouer avec les nuages.
« Alors Einini, cette première année ? Je veux tout savoir. »
Elle sourit mais ne répondît pas tout de suite.
La lande défilait sous ses pieds à une allure folle, elle avait envie de crier de joie face à la Lune, de slalomer au milieu de ses rayons, de trouer la brume en de millions d’astres noirs.
Avez-vous déjà vu une plantation de lavande gouvernée par Nyx ?
C’était magnifique.
Les tiges dansaient au vent, s’enroulant langoureusement les unes aux autres, comme si elles se retournaient dans leurs sommeils.
Leur odeur flottait dans le vent, légère et suave, imprégnant jusqu’à la moindre parcelle de terre humide.
Elle revivait en cet instant.
Plus de mensonges.
Plus de sang.
Plus de Vide.
Juste Elles deux.
Descendant du balai, elle écouta à demi sa grand-mère édicter des phrases claires, appréciant plus la voix basse roulant d’un fort accent irlandais, que la nature des mots eux-mêmes.
Elle pénétra à la suite de la femme dans la maison, s’installant sur le fauteuil de velours vert, fermant les yeux pour mieux entendre le bruissement de l’eau qui frémissait dans une casserole et les crépitement du feu que sa grand-mère venait d’allumer dans la cheminée.
« Thé à la bergamote Einini ? »
Elle hocha la tête, le sourire un peu plus calme, appréciant la chaleur de ce qu’elle cherchait depuis longtemps sans en avoir conscience.
Un vrai moment de paix.
Dernière modification par Alison Morrow le 10 déc. 2021, 17:49, modifié 1 fois.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Le thé fumait entre ses doigts, masquant un peu les senteurs de lavande, bruissant musicalement dans le vent.
Sa grand-mère attendait patiemment qu’elle se lance dans son récit des événements.
Sauf qu’elle n’avait aucune envie de le faire.
*Le passé c’est comme du feu. Si on souffle ne serait-ce qu’une seule fois dessus, on se brûle les doigts.*
Un beau feu envoûtant, auquel on donnerait tout pour le retenir, faire encore rougeoyer ses quelques braises.
Puis il finissait par s’éteindre en même temps que les souvenirs, ne laissant qu’un trou froid et vide dans la mémoire, où les suppositions tournaient, tournaient, tournaient sans fin en rond.
« Tu rêves, Einini ? »
Elle secoua la tête, heureuse, inspirant la fumée brûlante du thé.
« Je...J’suis à Poufsouffle comme je te l’avais écrit. »
Elle expira, tentant de faire diminuer le poids qui écrasait sa poitrine.
Elle n’était pas fière de la suite.
Les mots s’écoulèrent, en un torrent qu’elle avait de la peine à retenir, tandis que sa cuillère effectuait les Spirales réconfortantes dans l’eau bouillante.
La lettre de sa grand-mère, sa rencontre avec Anna, Noël, ses mensonges désastreux, la découverte du pot au rose, Ary, Lena, l’autre, les cauchemars, les professeurs, le Lac, le calmar, les dessins, la bibliothèque.
Elle n’arrivait plus à retenir les mots, les laissant s’échapper, se recroquevillant parfois, soupirant aussi.
Tout n’était pas classé dans le bon ordre, mais donnait un panorama plutôt juste de cette première année.
« Puis y-y a eu le v-v-v...vingt-huit m-mai... »
Et sa bouche resta grande ouverte, figée dans l’incapacité d’articuler un autre son.
Et le sang s’écoula à nouveau devant ses yeux.
Et les cris vrillèrent à nouveau ses oreilles.
Et l’horreur poignarda à nouveau son cœur.
Et les flèches s’enfoncèrent brusquement, soulevant le corps de la poupée-morte en un dernier spasme.
Et les pleurs, les peurs, la mort, le tigre, la femme, l’infirmier, l’absence des professeurs, la...
« Calme-toi Einini. Respire. »
Les yeux bleus outremer de sa grand-mère revinrent devant elle.
Contact avec la réalité.
« Ne t’enferme pas dans tes souvenirs. Ils blessent plus qu’ils ne réparent. »
Elle hocha lentement la tête.
Mais rien ne disparaissait de sa rétine. Tout était encore des Cramoisi et de Pourpre, borde du noir du sang séché et des flèches.
« J’-v-v-veux p-p-as en p-p-p-p... »
« D’accord Einini. Allez, viens, on va se coucher. »
Elle ouvrir à nouveau la bouche.
Rien à faire. Les Mots voulaient plus sortir.
Elle résista à l’envie de se frapper le ventre pour les expulser de sa langue où ils s’emmagasinaient.
*Foutu bégaiement ! Pourquoi j’parle plus ?!*
« J’écrirai à tes parents. N’aie pas peur. »
Cette phrase suffisait à l’apaiser avant.
Maintenant... Elle avait grandi
Sa grand-mère attendait patiemment qu’elle se lance dans son récit des événements.
Sauf qu’elle n’avait aucune envie de le faire.
*Le passé c’est comme du feu. Si on souffle ne serait-ce qu’une seule fois dessus, on se brûle les doigts.*
Un beau feu envoûtant, auquel on donnerait tout pour le retenir, faire encore rougeoyer ses quelques braises.
Puis il finissait par s’éteindre en même temps que les souvenirs, ne laissant qu’un trou froid et vide dans la mémoire, où les suppositions tournaient, tournaient, tournaient sans fin en rond.
« Tu rêves, Einini ? »
Elle secoua la tête, heureuse, inspirant la fumée brûlante du thé.
« Je...J’suis à Poufsouffle comme je te l’avais écrit. »
Elle expira, tentant de faire diminuer le poids qui écrasait sa poitrine.
Elle n’était pas fière de la suite.
Les mots s’écoulèrent, en un torrent qu’elle avait de la peine à retenir, tandis que sa cuillère effectuait les Spirales réconfortantes dans l’eau bouillante.
La lettre de sa grand-mère, sa rencontre avec Anna, Noël, ses mensonges désastreux, la découverte du pot au rose, Ary, Lena, l’autre, les cauchemars, les professeurs, le Lac, le calmar, les dessins, la bibliothèque.
Elle n’arrivait plus à retenir les mots, les laissant s’échapper, se recroquevillant parfois, soupirant aussi.
Tout n’était pas classé dans le bon ordre, mais donnait un panorama plutôt juste de cette première année.
« Puis y-y a eu le v-v-v...vingt-huit m-mai... »
Et sa bouche resta grande ouverte, figée dans l’incapacité d’articuler un autre son.
Et le sang s’écoula à nouveau devant ses yeux.
Et les cris vrillèrent à nouveau ses oreilles.
Et l’horreur poignarda à nouveau son cœur.
Et les flèches s’enfoncèrent brusquement, soulevant le corps de la poupée-morte en un dernier spasme.
Et les pleurs, les peurs, la mort, le tigre, la femme, l’infirmier, l’absence des professeurs, la...
« Calme-toi Einini. Respire. »
Les yeux bleus outremer de sa grand-mère revinrent devant elle.
Contact avec la réalité.
« Ne t’enferme pas dans tes souvenirs. Ils blessent plus qu’ils ne réparent. »
Elle hocha lentement la tête.
Mais rien ne disparaissait de sa rétine. Tout était encore des Cramoisi et de Pourpre, borde du noir du sang séché et des flèches.
« J’-v-v-veux p-p-as en p-p-p-p... »
« D’accord Einini. Allez, viens, on va se coucher. »
Elle ouvrir à nouveau la bouche.
Rien à faire. Les Mots voulaient plus sortir.
Elle résista à l’envie de se frapper le ventre pour les expulser de sa langue où ils s’emmagasinaient.
*Foutu bégaiement ! Pourquoi j’parle plus ?!*
« J’écrirai à tes parents. N’aie pas peur. »
Cette phrase suffisait à l’apaiser avant.
Maintenant... Elle avait grandi
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Elle s’ennuyait. Ferme.
Depuis quelques jours, qui lui paraissaient semaines, elle ne voyait plus que ses crayons, son aquarelle, et des spirales.
Ses spirales.
*4,5 centimètre de diamètre*
Ses parents n’avaient même pas hurlés comme à leur habitude pour la récupérer, un seul mot apporté par Godric avait suffit pour la faire rester avec sa grand-mère jusqu’à la fin des vacances.
Les premiers jours, elle en avait été comblée.
Puis, après avoir failli faire exploser un bouton en essayant de le transformer en scarabée, elle avait arrêté ses bêtises.
Elle passait le plus clair de son temps enfermée dans ses livres d’école, heureuse de les avoir achetés.
Les pages s’agrémentaient allègrement de spirales dans les coins ou les marges.
Elle avait du réfréner sa plume pour ne pas continuer à gâcher de l’encre et des parchemins.
Sauf que mis à part les spirales, elle n’avait plus goût à rien comme modèle.
Tous ses croquis terminaient immédiatement dans la poubelle, ou en boulettes humides car elle les avait transformés en oiseaux avant de les noyer dans l’arrosoir le plus proche.
Son carnet restait cependant intact, couvert de spirales jamais effacées.
Elle n’osait pas en arracher les pages de peur que sa grand-mère ne s’en rende compte et lui demande la vérité.
Qu’elle serait d’ailleurs bien en droit d’exiger.
Et alors, elle devrait parler du 28 mai.
Et de sa découverte dans la bibliothèque.
Elle toucha machinalement son carnet, dont elle avait légèrement découpé la couverture afin d’y glisser la photo.
Une réponse à l’énigme qu’était l’Autre.
*Erin...*
Elle secoua la tête, et continua à se morfondre dans ses pensées.
Le temps était en accord avec son humeur.
Rien ne bougeait, le soleil était de plomb, et seul quelques touffes de lavandes bruissaient au passage de sa grand-mère.
Des bourdons aux vols lourds et chargés de pollen effectuaient des trajets de fleurs en fleurs, souvent dépassés par les abeilles beaucoup plus minces.
Une goutte d’encre tomba sur sa paume.
Elle reposa la Plume qu’elle tenait figée dans la main depuis quelques minutes, la tapota contre le bord de l’encrier, sortir un chiffon pour l’essuyer et la posa à-côté d’elle.
Elle était un peu ennuyée de ne pas avoir de boîte dans laquelle ranger tout ça, et n’était absolument pas d’accord avec l’idée d’en demander une.
En grimaçant, elle tacha d’essuyer l’encre fraîche sur sa peau, qui ne fit une s’étaler un peu plus.
En un cercle.
Oh, pas totalement un cercle.
Mais de forme arrondie globalement.
Et un cercle évidé donnait une spirale.
Son regard se fit envieux, et elle songea à poursuivre la spirale.
Secouant légèrement la tête pour chasser ces pensées, elle envoya valser au bout de la table l’encrier et la plume, qui s’entrechoquèrent avec un bruit sourd.
Le livre de potions qu’elle avait sous le nez ne la passionnait plus.
Elle se saisit de botanique, l’ouvrit à la page cinquante-neuf et tenta de déchiffrer encore quelques mots malgré ses pensées s’éparpillant dans tous les sens.
C’était vain.
Elle ferma les yeux, observant les bourdons voler lentement, en faisant un boucan de tous les diables.
Un vol gracieux.
Léger. Élégant.
En spirale.
Sans qu’elle s’en rende compte un sourire béat apparut sur ses lèvres.
Spirale.
A.
L’Infini.
Quel bel assemblage de mots.
Depuis quelques jours, qui lui paraissaient semaines, elle ne voyait plus que ses crayons, son aquarelle, et des spirales.
Ses spirales.
*4,5 centimètre de diamètre*
Ses parents n’avaient même pas hurlés comme à leur habitude pour la récupérer, un seul mot apporté par Godric avait suffit pour la faire rester avec sa grand-mère jusqu’à la fin des vacances.
Les premiers jours, elle en avait été comblée.
Puis, après avoir failli faire exploser un bouton en essayant de le transformer en scarabée, elle avait arrêté ses bêtises.
Elle passait le plus clair de son temps enfermée dans ses livres d’école, heureuse de les avoir achetés.
Les pages s’agrémentaient allègrement de spirales dans les coins ou les marges.
Elle avait du réfréner sa plume pour ne pas continuer à gâcher de l’encre et des parchemins.
Sauf que mis à part les spirales, elle n’avait plus goût à rien comme modèle.
Tous ses croquis terminaient immédiatement dans la poubelle, ou en boulettes humides car elle les avait transformés en oiseaux avant de les noyer dans l’arrosoir le plus proche.
Son carnet restait cependant intact, couvert de spirales jamais effacées.
Elle n’osait pas en arracher les pages de peur que sa grand-mère ne s’en rende compte et lui demande la vérité.
Qu’elle serait d’ailleurs bien en droit d’exiger.
Et alors, elle devrait parler du 28 mai.
Et de sa découverte dans la bibliothèque.
Elle toucha machinalement son carnet, dont elle avait légèrement découpé la couverture afin d’y glisser la photo.
Une réponse à l’énigme qu’était l’Autre.
*Erin...*
Elle secoua la tête, et continua à se morfondre dans ses pensées.
Le temps était en accord avec son humeur.
Rien ne bougeait, le soleil était de plomb, et seul quelques touffes de lavandes bruissaient au passage de sa grand-mère.
Des bourdons aux vols lourds et chargés de pollen effectuaient des trajets de fleurs en fleurs, souvent dépassés par les abeilles beaucoup plus minces.
Une goutte d’encre tomba sur sa paume.
Elle reposa la Plume qu’elle tenait figée dans la main depuis quelques minutes, la tapota contre le bord de l’encrier, sortir un chiffon pour l’essuyer et la posa à-côté d’elle.
Elle était un peu ennuyée de ne pas avoir de boîte dans laquelle ranger tout ça, et n’était absolument pas d’accord avec l’idée d’en demander une.
En grimaçant, elle tacha d’essuyer l’encre fraîche sur sa peau, qui ne fit une s’étaler un peu plus.
En un cercle.
Oh, pas totalement un cercle.
Mais de forme arrondie globalement.
Et un cercle évidé donnait une spirale.
Son regard se fit envieux, et elle songea à poursuivre la spirale.
Secouant légèrement la tête pour chasser ces pensées, elle envoya valser au bout de la table l’encrier et la plume, qui s’entrechoquèrent avec un bruit sourd.
Le livre de potions qu’elle avait sous le nez ne la passionnait plus.
Elle se saisit de botanique, l’ouvrit à la page cinquante-neuf et tenta de déchiffrer encore quelques mots malgré ses pensées s’éparpillant dans tous les sens.
C’était vain.
Elle ferma les yeux, observant les bourdons voler lentement, en faisant un boucan de tous les diables.
Un vol gracieux.
Léger. Élégant.
En spirale.
Sans qu’elle s’en rende compte un sourire béat apparut sur ses lèvres.
Spirale.
A.
L’Infini.
Quel bel assemblage de mots.
[font=IM Fell English] FIN DE LA PARTIE I [/font]
Dernière modification par Alison Morrow le 21 août 2020, 20:46, modifié 1 fois.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
[font=IM Fell English] PARTIE II
ALWAYS KEEP AN EYE ON THE HORIZON [/font]
____________________________________
Ϟ
Irlande,
Maison de Lysander Morrow,
Août
*Spirale. Aspire. Infini.
Infini. Aspire. Aux. Spirales.
Spirales. A. L’infini. *
Infini. Aspire. Aux. Spirales.
Spirales. A. L’infini. *
Voilà ce qu’elle ressassait dans le noir, en espérant trouver le repos et ne pas céder à la tentation de prendre une plume pour dessiner ses spirales.
Elle n’était pas folle, car ce n’étaient pas des spirales quelconques.
C’étaient des spirales de 4,5 centimètres de diamètre, et ça faisait toute la différence.
Son corps repose sur un matelas moelleux, recouvert d’un drap fin sentant la lavande.
Elle est sous le toit, volets grands ouverts, porte fermée dans la chambre à laquelle elle est habituée.
Les murs sont de couleur lin, avec une bande couleur marron glacé sur une partie de la pièce. Une lampe en forme de coquille Saint-Jacques est accrochée au mur.
Le mobilier très simple est composé d’une commode en bois brun-roux, avec des poignées en forme de coquilles saint-Jacques, elles aussi, de couleur blanc nacré.
Il y a aussi un bureau, où repose une lampe de chevet banale légèrement jaune, bien ordonné.
Tout y est parfaitement symétrique, comme la dernière fois où elle y a touché.
Du papier à dessin est entreposé dans le coin gauche, disant écho au papier à lettre déposé à droite.
Le coin de l’encrier en verre fait écho à celui de la large feuille posé au milieu du bureau. Il est également aligné avec le petit pot en verre rempli d’eau qui attend patiemment l’arrivée de pinceaux. Les longs bouts de bois sont rangés méthodiquement dans un pot en bois, séparés des fusains et des crayons.
Les tâches d’encres fleurissant sur les bords du bureau se reflètent dans les pelures de gommes qui sont figées entre le bois et le vide, n’attendant qu’un souffle pour tomber au sol.
C’est un très beau bureau, personne ne pouvait nier cela.
Elle se redressa sur la couette et alla se poser sur la vieille chaise, face aux étoiles.
Des pans entiers de brume se reflétaient dans les vitres propres, et un rayon de lune éclairait le dessin inachevé.
Comme on pouvait s’y attendre, il représentait dans les moindres détails la vue qu’offrait la plantation de lavande depuis la fenêtre.
Les couleurs étaient sèches depuis bien longtemps, mais resplendissaient d’un éclat particulier sous la lumière nocturne.
L’image semblait adopter elle-même le temps qu’il faisait dehors, un nuage enroulant autour du ciel encore trop pâle des volutes obscures, se mouvant comme une photographie sorcière.
Les lavandes elle-mêmes semblaient se prêter au ballet, s’abandonnant corps et âmes à l’ombre des nuages.
Elle enfonça ses pieds un peu plus profondément dans la moquette crème.
Le contact chaud sous ses pieds la rassura un peu.
Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait peur.
Pas la même peur que Noël, pas la même peur que celle suivant Halloween lorsqu’elle croisait les élèves comme zombifiés dans les couloirs, pas la même peur que celle du 28 mai 2045.
Une autre, plus sourde, battant lentement au fond de son cœur.
Elle lui murmurait de s’enfuir, de ne pas succomber au étreintes de la Lune, de retourner se cacher sous le drap, de ne plus tourner ce regard morne et envieux vers les étoiles, de ne plus respirer ainsi, mais par la bouche, pour ne plus proférer un son, un murmure, un hoquet ou que savait-elle encore.
Puis elle se mit carrément à flipper.
Si ça se trouvait, les lavandes dansantes attendaient un souffle un peu plus vif pour sortir de terre, grimper aux fenêtres et l’étrangler dans leur odeur doucereuse.
Ou la Lune allait se dévoiler, belle, puissante, forte, lui coupant le souffle par sa beauté, la poussant à ouvrir la fenêtre, à se pencher vers elle pour essayer de la frôler de ses doigts, puis la regarder en ricanant se casser la figure et terminer brisée sur le sol.
Quelque chose comme ça.
Alors qu’elle reculait, une forme noire se découpa devant le soleil de Nyx.
Intriguée, elle s’approcha lentement, en contournant le bureau.
Son instinct lui hurlait à présent de s’enfuir, mais Curiosité la prit par la main pour ouvrir la fenêtre.
Mis à part la décalcomanie sur la Lune, tout semblait normal.
Le vent était un peu frais, l’air humide, les senteurs des fleurs enivrantes.
Puis elle fut percutée de plein fouet par une masse plumeuse et dure, qui l’a fit tomber au sol.
Son sang se glaça dans ses veines tandis que deux horribles yeux jaunes s’ouvraient face à elle.
La bestiole tendit une serre vers elle, reliée à un objet qu’elle n’identifie pas.
Sa bouche s’ouvrît brutalement et de ses entrailles s’échappa un cri strident, puissant, tandis qu’elle donnait des coups de poings et de pieds à l’oiseau.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Entre ses hurlements, elle aperçut rapidement un corps, des éclats argentés et une main se posant sous son épaule.
Paniquée, elle commença à la frapper de toutes ses forces avant de s’arrêter brusquement.
Sa grand-mère la fixait doucement, sa main pressant son épaule pour lui intimer de calmer les battements de son cœur et reprendre ses esprits.
*Est parti avec mes spirales, mon esprit.*
La bestiole repose à présent sur l’épaule de Lysander et lui jette un regard dégoûté.
Déroutée, elle l’observa un peu mieux.
C’était pas un hibou. Mais alors pas du tout.
Elle rougit de sa propre sottise.
Elle n’avait aucune raison d’avoir hurlé à la mort.
Deux yeux jaunes pâles, froids, placide, un corps élancé aux longues plumes brunes, un ventre crème duveteux, des serres plus fines qu’un hibou mais tout aussi pointues, un bec jaune franc.
« C’est quoi ce... Cet oiseau? »
Sa grand-mère qui était occupée à gratter le ventre de la créature qui ne le méritait certainement pas, parut surprise de la voir encore là.
La bestiole avait fermé les yeux de bonheur et claquait du bec pour lui demander de continuer.
« C’est un faucon, Einini. »
Elle sentit dans cette phrase toute l’absurdité de ce surnom.
Einini, Petit Oiseau, qui a peur de ses semblables.
Elle jeta un regard noir au faucon, qui le lui rendit bien et ébouriffa ses plumes.
Ne souhaitant pas prolonger le face-à-face douteux, elle ignora ostensiblement les yeux jaunes pour se tourner vers sa grand-mère, qui avait un large sourire en travers du visage et murmurait des paroles en irlandais à l’oiseau.
Elle eut l’impression, avec un pincement au cœur, que le piaf avait remplacé sa propre présence, la reléguant au second plan.
*Hors. De. Question. *
Elle allait lui prouver qu’on ne la supplantait pas seulement parce qu’on avait des yeux jaunes passablement stupides et des plumes marron repeintes en gris de crasse.
« Grand-mère ! »
Pour peu, elle aurait crié.
Mais elle n’en était pas à ce stade de la jalousie.
La sienne grondait fort dans son ventre et mordait à pleines dents son cœur, mais elle n’allait certainement pas se transformer en gamine geignarde pour coller l’oiseau dehors.
Lysander tourna ses yeux violets vers elle, avec un petit soupir exaspéré.
« On va en faire quoi ? »
Une lueur amusée s’alluma dans les orbes couleur lavande.
« Le nourrir, tout d’abord. Ensuite, on va le laver. Puis nous allons lire la lettre qu’il apporte. »
Son regard se posa successivement sur la patte entourée d’un fil, où un bout de papier tenant plus d’un brouillon froissé que d’une lettre, et les yeux jaunes pâles avec leur petit air supérieur infecte.
Grognant un assentiment, elle tourna les talons.
Pendant tout du long de la réponse, elle avait senti sa baguette magique la déranger étrangement.
Elle mourrait bien sur d’envie de transformer cet oiseau en scarabée, mais n’était pas sure que le sort s’appliqua aussi aux êtres vivants.
En verre à pied, alors ?
Une fois poussé par terre, elle avait gagné.
Sa propre idée la dégoûta.
À la place, elle descendit les escaliers en vitesse, le corps penché en avant, tête rentrée dans les épaules, cognant violemment son pied contre le mur pour manifester son mécontentement.
Une envie soudaine de tout saccager la prit, et elle dut se faire violence pour ne pas remonter en trombe et verser le contenu du bol d’eau qu’elle avait dans les mains sur la tête du faucon.
Elle imagina avec un rictus les yeux écarquillés stupidement, la bouche ouverte et muette de surprise, les plumes toutes collées diminuant la tête de moitié et rendant l’oiseau misérablement minable.
Puis le regard violet s’imposa à elle et elle renonça à cette idée. Définitivement.
Sa grand-mère la rejoint dans la cuisine, offrant quelques tranches de viande fumée à l’oiseau, qui goba le tout avec ce qui semblait être un roucoulement de plaisir.
Elle lui jeta un regard dégoûté et tendit le bol d’eau au bec fin, qui plongea dedans avec délice.
Elle aima regarder les petites ondulations causées par e bec, l’eau dégoulinant parfois légèrement du bec, la petite langue rose s’agitant avidement pour absorber le liquide translucide.
Sa grand-mère revint avec une bassine et du savon.
Les yeux du faucon s’écarquillèrent pour son plus grand bonheur et elle ne se lassa pas de frotter doucement avec du savon les plumes, surtout celles du crâne, les sculptant en des pointes un peu punk ridicules ou les plaquant en arrière pour imiter Seamus.
À chaque essai, sa grand-mère explosait de rire, surtout devant l’ai franchement offensé de l’oiseau d’être traité ainsi.
Mais encore, il n’avait rien vu venir.
Elle eut la joie de le sécher au sèche-cheveux.
Le faucon, qui avait déjà commencé à réordonner ses plumes humides avec force regards noirs se vit transformer en quelques instants en une immense boule de plume d’où deux yeux plissés et renfrognés dépassaient, un bec jaune tendit minuscule par le doublement de volume et des pattes semblant trop frêles pour le porter.
Elles étaient toutes les deux avachies sur la table tandis que la bestiole tentait de ranger correctement ses plumes.
Les larmes aux yeux, le souffle haletant, elle se tenait les côtes, le front appuyé contre la table pour résister à l’envie de le cogner contre le bois tellement elle riait, de ce rire aigu et passablement insupportable qu’elle n’avait pas eu depuis longtemps.
Ses lèvres peinaient à faire entrer de l’air dans son corps, celui-ci étant immédiatement expulsé par ses poumons.
Son rire devenait nerveux, il semblait inépuisable, plein d’une joie qu’elle croyait avoir oubliée.
Puis il se calma, devint hoquet, puis cessa complètement, la laissant un peu tremblante sur sa chaise, le regard fixé sur le bois, les mains comprîmes autour de ses côtés.
Des paroles lui revinrent prononcées pendant un orage déchirant le ciel impitoyablement.
Le souvenir d’Alyona s’imposa à elle.
La Grande Bleue, la magnifique rousse, avec sa voix qu’elle adorait, son sourire en croissant de Lune qui éclairait aussi bien que le soleil, ses cheveux flammes qui avaient eu des reflets d’eau à cause des vitres noyées de larmes, les perles de sel liquide roulant sur ses joues, contrastant avec le sourire.
Elle sentit comme un creux au fond de son cœur, une douleur sourde qui ne semblait jamais pouvoir être apaisée.
*Elle me manque...*
Relevant la tête, elle vit que sa grand-mère déchiffrait à la lueur de sa baguette la lettre.
S’approchant, elle essaya de lire par-dessus son épaule, mais sa petite taille l’empêcha de se dresser à la hauteur requise.
Reniflant de dépit, elle alla tenter sa chance près de l’oiseau, caressa lentement ses Plumes magnifiques, savourant la douceur du duvet recouvrant son ventre.
Elle arrêta assez tôt, le bec manquant sa main de peu.
Fusillant du regard le faucon qui semblait passablement énervé, elle attendit de savoir ce que racontait le mystérieux bout de papier.
À la lueur de la baguette, elle voyait ses contours détrempés et déchiquetés, comme s’il avait parcouru toute la terre entière pour leur parvenir.
Une encre bleue délavée qui avait dû être bleu marine à un moment se déployait sur le parchemin, d’une écriture un peu bancale, courant sur quelques lignes.
Puis sa grand-mère se tourna vers elle, vraisemblablement excitée et débordante de joie et d’énergie, courut chercher quelque chose, revint avec une valise, la lui flanqua dans les mains et prononça rapidement :
« On part Einini ! Je te donne quinze minutes pour préparer ta valise ! »
Devant son air ébahi, elle crut bon d’ajouter :
« Le temps file, tu sais... Oh, tiens, déjà dix secondes de perdues... Onze, douze, treize... »
Agrippant la poignée de la valise, elle remonta quatre à quatre les marches, manquant s’étaler de tout son long sur la dernière.
Elle ne savait pas quelle abeille avait piqué sa grand-mère, mais celle-ci paraissait foutrement sérieuse.
Paniquée, elle commença à la frapper de toutes ses forces avant de s’arrêter brusquement.
Sa grand-mère la fixait doucement, sa main pressant son épaule pour lui intimer de calmer les battements de son cœur et reprendre ses esprits.
*Est parti avec mes spirales, mon esprit.*
La bestiole repose à présent sur l’épaule de Lysander et lui jette un regard dégoûté.
Déroutée, elle l’observa un peu mieux.
C’était pas un hibou. Mais alors pas du tout.
Elle rougit de sa propre sottise.
Elle n’avait aucune raison d’avoir hurlé à la mort.
Deux yeux jaunes pâles, froids, placide, un corps élancé aux longues plumes brunes, un ventre crème duveteux, des serres plus fines qu’un hibou mais tout aussi pointues, un bec jaune franc.
« C’est quoi ce... Cet oiseau? »
Sa grand-mère qui était occupée à gratter le ventre de la créature qui ne le méritait certainement pas, parut surprise de la voir encore là.
La bestiole avait fermé les yeux de bonheur et claquait du bec pour lui demander de continuer.
« C’est un faucon, Einini. »
Elle sentit dans cette phrase toute l’absurdité de ce surnom.
Einini, Petit Oiseau, qui a peur de ses semblables.
Elle jeta un regard noir au faucon, qui le lui rendit bien et ébouriffa ses plumes.
Ne souhaitant pas prolonger le face-à-face douteux, elle ignora ostensiblement les yeux jaunes pour se tourner vers sa grand-mère, qui avait un large sourire en travers du visage et murmurait des paroles en irlandais à l’oiseau.
Elle eut l’impression, avec un pincement au cœur, que le piaf avait remplacé sa propre présence, la reléguant au second plan.
*Hors. De. Question. *
Elle allait lui prouver qu’on ne la supplantait pas seulement parce qu’on avait des yeux jaunes passablement stupides et des plumes marron repeintes en gris de crasse.
« Grand-mère ! »
Pour peu, elle aurait crié.
Mais elle n’en était pas à ce stade de la jalousie.
La sienne grondait fort dans son ventre et mordait à pleines dents son cœur, mais elle n’allait certainement pas se transformer en gamine geignarde pour coller l’oiseau dehors.
Lysander tourna ses yeux violets vers elle, avec un petit soupir exaspéré.
« On va en faire quoi ? »
Une lueur amusée s’alluma dans les orbes couleur lavande.
« Le nourrir, tout d’abord. Ensuite, on va le laver. Puis nous allons lire la lettre qu’il apporte. »
Son regard se posa successivement sur la patte entourée d’un fil, où un bout de papier tenant plus d’un brouillon froissé que d’une lettre, et les yeux jaunes pâles avec leur petit air supérieur infecte.
Grognant un assentiment, elle tourna les talons.
Pendant tout du long de la réponse, elle avait senti sa baguette magique la déranger étrangement.
Elle mourrait bien sur d’envie de transformer cet oiseau en scarabée, mais n’était pas sure que le sort s’appliqua aussi aux êtres vivants.
En verre à pied, alors ?
Une fois poussé par terre, elle avait gagné.
Sa propre idée la dégoûta.
À la place, elle descendit les escaliers en vitesse, le corps penché en avant, tête rentrée dans les épaules, cognant violemment son pied contre le mur pour manifester son mécontentement.
Une envie soudaine de tout saccager la prit, et elle dut se faire violence pour ne pas remonter en trombe et verser le contenu du bol d’eau qu’elle avait dans les mains sur la tête du faucon.
Elle imagina avec un rictus les yeux écarquillés stupidement, la bouche ouverte et muette de surprise, les plumes toutes collées diminuant la tête de moitié et rendant l’oiseau misérablement minable.
Puis le regard violet s’imposa à elle et elle renonça à cette idée. Définitivement.
Sa grand-mère la rejoint dans la cuisine, offrant quelques tranches de viande fumée à l’oiseau, qui goba le tout avec ce qui semblait être un roucoulement de plaisir.
Elle lui jeta un regard dégoûté et tendit le bol d’eau au bec fin, qui plongea dedans avec délice.
Elle aima regarder les petites ondulations causées par e bec, l’eau dégoulinant parfois légèrement du bec, la petite langue rose s’agitant avidement pour absorber le liquide translucide.
Sa grand-mère revint avec une bassine et du savon.
Les yeux du faucon s’écarquillèrent pour son plus grand bonheur et elle ne se lassa pas de frotter doucement avec du savon les plumes, surtout celles du crâne, les sculptant en des pointes un peu punk ridicules ou les plaquant en arrière pour imiter Seamus.
À chaque essai, sa grand-mère explosait de rire, surtout devant l’ai franchement offensé de l’oiseau d’être traité ainsi.
Mais encore, il n’avait rien vu venir.
Elle eut la joie de le sécher au sèche-cheveux.
Le faucon, qui avait déjà commencé à réordonner ses plumes humides avec force regards noirs se vit transformer en quelques instants en une immense boule de plume d’où deux yeux plissés et renfrognés dépassaient, un bec jaune tendit minuscule par le doublement de volume et des pattes semblant trop frêles pour le porter.
Elles étaient toutes les deux avachies sur la table tandis que la bestiole tentait de ranger correctement ses plumes.
Les larmes aux yeux, le souffle haletant, elle se tenait les côtes, le front appuyé contre la table pour résister à l’envie de le cogner contre le bois tellement elle riait, de ce rire aigu et passablement insupportable qu’elle n’avait pas eu depuis longtemps.
Ses lèvres peinaient à faire entrer de l’air dans son corps, celui-ci étant immédiatement expulsé par ses poumons.
Son rire devenait nerveux, il semblait inépuisable, plein d’une joie qu’elle croyait avoir oubliée.
Puis il se calma, devint hoquet, puis cessa complètement, la laissant un peu tremblante sur sa chaise, le regard fixé sur le bois, les mains comprîmes autour de ses côtés.
Des paroles lui revinrent prononcées pendant un orage déchirant le ciel impitoyablement.
* Plus jamais j'te laisserai pleurer sauf de bonheur. *
Le souvenir d’Alyona s’imposa à elle.
La Grande Bleue, la magnifique rousse, avec sa voix qu’elle adorait, son sourire en croissant de Lune qui éclairait aussi bien que le soleil, ses cheveux flammes qui avaient eu des reflets d’eau à cause des vitres noyées de larmes, les perles de sel liquide roulant sur ses joues, contrastant avec le sourire.
Elle sentit comme un creux au fond de son cœur, une douleur sourde qui ne semblait jamais pouvoir être apaisée.
*Elle me manque...*
Relevant la tête, elle vit que sa grand-mère déchiffrait à la lueur de sa baguette la lettre.
S’approchant, elle essaya de lire par-dessus son épaule, mais sa petite taille l’empêcha de se dresser à la hauteur requise.
Reniflant de dépit, elle alla tenter sa chance près de l’oiseau, caressa lentement ses Plumes magnifiques, savourant la douceur du duvet recouvrant son ventre.
Elle arrêta assez tôt, le bec manquant sa main de peu.
Fusillant du regard le faucon qui semblait passablement énervé, elle attendit de savoir ce que racontait le mystérieux bout de papier.
À la lueur de la baguette, elle voyait ses contours détrempés et déchiquetés, comme s’il avait parcouru toute la terre entière pour leur parvenir.
Une encre bleue délavée qui avait dû être bleu marine à un moment se déployait sur le parchemin, d’une écriture un peu bancale, courant sur quelques lignes.
Puis sa grand-mère se tourna vers elle, vraisemblablement excitée et débordante de joie et d’énergie, courut chercher quelque chose, revint avec une valise, la lui flanqua dans les mains et prononça rapidement :
« On part Einini ! Je te donne quinze minutes pour préparer ta valise ! »
Devant son air ébahi, elle crut bon d’ajouter :
« Le temps file, tu sais... Oh, tiens, déjà dix secondes de perdues... Onze, douze, treize... »
Agrippant la poignée de la valise, elle remonta quatre à quatre les marches, manquant s’étaler de tout son long sur la dernière.
Elle ne savait pas quelle abeille avait piqué sa grand-mère, mais celle-ci paraissait foutrement sérieuse.
Dernière modification par Alison Morrow le 10 déc. 2021, 17:54, modifié 2 fois.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Étincelles dans l'Ombre
Elle ouvrit les placards, enfouit dans la valise deux tee-shirts, deux jeans et un pantalon large en lin, saisit un vieux chapeau qui trainait dans le coin en doutant fortement de le mettre, ajouta une brosse à dent, un dentifrice et autre nécessaire de toilette.
Dès que ce fut fini, elle attrapa sa peluche, rajouta ses livres de cours, quelques parchemins, son écharpe, appréciant sa douceur et son odeur qui lui rappelait le château, et d’autre bricoles peu importantes.
Saisissant au dernier moment sa sacoche, elle y fourra une plume, de l’encre, sa boîte d’aquarelle avec beaucoup de doutes de s’en servir, son inséparable carnet, sa baguette et quelques cachets de cire.
Puis elle dévala les escaliers sans se retourner, persuadée d’avoir oublié les trois-quarts des affaires utiles.
Sa grand-mère l’attendait déjà en bas, et ne répondît à ses questions que par de minuscules sourires aussi énigmatiques que frustrants.
Le faucon avait fini de se ranger les plumes et attendait magistralement sur l’épaule de la femme.
Grinçant des dents, elle lui jeta un regard farouche tandis que sa grand-mère la flanquait dans la cheminée.
Quand elle se glissa à ses côtés, elle sentit clairement les bouts de plume lui fouetter le visage et les yeux méfiants se tourner vers elle.
Agrippant encore plus sa valise, entendant craquer la poignée, elle se demanda si elle était assez lourde pour assommer la bestiole si nécessaire.
La sonner, probablement.
Mais le faucon se détourna, préférant regarder droit devant lui à la manière d’un capitaine à la proue de son navire.
« Portsmouth !»
Puis la fumée verte les enveloppèrent et ils disparurent en une gerbe de flammes.
De la suie lui bouchait les yeux, le nez, la bouche.
Elle toussa, sentant son corps trembler dans l’effort pour chercher un peu d’air.
Ses yeux la piquaient si fort qu’elle avait l’impression qu’ils brûlaient dans ses orbites.
Très dignement, sa grand-mère posa un pied hors de la cheminée, tête haute, regard droit, épaules légèrement en arrière.
Elle ne put s’empêcher de se faire la réflexion qu’a ce moment, Lysander Morrow ressemblait plus au faucon qu’à une personne humaine.
Suivant du mieux qu’elle put sa grand-mère, elle trébucha sur une bûche et manqua lâcher sa valise.
La suie et la bandoulière de son sac lui comprimaient la poitrine, l’étouffant lentement mais sûrement.
Une fois hors de la cheminée, elle observa un peu mieux le décor où elles avaient atteri.
Une odeur rance de bière, d’huile et d’urine lui sauta à la gorge.
Elle frémit, persuadée de ne jamais réussir à détacher cette odeur immonde de la peau. Elle avait l’impression que tous ses potes étaient incrustés de crasse, l’empêchant d’avancer à une vitesse normal et la faisant tanguer.
Il lui fallut quelques secondes de plus pour remarquer que si elle était déséquilibrée, c’était à cause du plancher vermoulu et passablement défoncé qui couvrait le sol de l’endroit où elles étaient.
Sa grand-mère s’époussetait dans un coin, tout comme l’oiseau.
Ça ressemblait à un restaurant.
Elle observa lentement les tables rondes en bois vermoulu, les chaises bancales et empilées sur les tables, les lampes semblables à celles de cabines d’un bateau, les peintures craquelées de mer déchaînée étroitement enlacées dans leurs cadres écaillés.
Le sol était nu, le plafond menaçait de leur tomber dessus, tout était en ruine.
«Ah, c’est aussi sale que la dernière fois !», approuva Lysander avec un énorme sourire collé sur le visage.
Il était tellement géant, qu’il multipliait toutes les rides aux coins de ses lèvres et effaçait celles de son menton.
*Elle est devenue complètement barge ou...?*
Inspirant un grand coup l’air immonde, elle se dirigea vers sa grand-mère en secouant énergiquement ses vêtements.
Elle s’était rarement sentie plus crasseuse, miséreuse, déplorable et négligée.
Puis elle remarqua dans un coin une silhouette se découpant contre le mur taché d’humidité.
Toute entière cachée dans l’ombre, des pans de cape ou d’un autre vêtement large tombaient presque jusqu’à ses pieds, se perdant dans les ténèbres.
La panique fit accélérer son cœur.
*M-m-manteau noir ?*
Elle avait immensément peur.
Elle se souvenait, du sang du 28 mai, de la peur restant son étreinte autour d’elle, maintenant fermement les rênes de son cœur, le forçant à accélérer jusqu’à ce qu’il explose.
Elle vit les secondes ralentir, s’étirer, se raccourcir, se débattre au milieu des minutes de peur.
Sa respiration hachée détruisait lentement ses poumons, tandis que sa main se rapprochait le plus lentement possible de sa sacoche.
Au moindre geste brusque, elle était morte.
Et sa grand-mère avec.
Elle ouvrit la sacoche, fouilla silencieusement entre la plume qui lui piqua le doigt, l’encre, les feuilles du carnet, des bouts de papiers déchirés, des morceaux de parchemin sur lesquels elle avait griffonné des formes.
Ses doigts effleurèrent enfin le doux bois de sa baguette.
Soupirant de soulagement, elle l’agrippa plus fermement, avec l’impression que le bois battait au même rythme saccadé que son cœur.
La tirant brusquement de sa cachette, elle la tendit droit devant elle, se concentrant sur le sort qu’elle voulait utiliser, et se retint de hurler pour ne pas attirer l’attention.
« Gonflu... »
« Alison ! Arrête !»
Totalement déstabilisée, elle sursauta et arrêta sa formulation en plein milieu.
Pétrifiée, elle tendit sa baguette droit devant elle, la serrant à deux mains, terrifiée, tandis que le manteau noir s’approchait.
« Tiens tiens, qui m’as tu amené maman?»
Elle se figea, sa bouche s’ouvrant d’un coup comme celle d’un stupide poisson.
*Maman ?*
« Alison, je te présente ta tante, Anaë. Anaë, Alison. »
« Enchantée», enchaîna la femme avec un ton laissant supposer qu’elle s’en moquait de savoir qui était la gamine devant elle. « Et si on allait dehors pour discuter ? Cet endroit va terroriser la mioche. »
Sur ce, la personne tourna les talons et s’engouffra dehors.
Après un instant de réflexion, elle décida de ranger sa baguette et de suivre sa grand-mère qui s’aventurait déjà à l’air frais.
Plus que la Peur ou la Méfiance, Curiosité avait saisi sa main et l’entraîneur sur la pente vertigineuse des questions
Dès que ce fut fini, elle attrapa sa peluche, rajouta ses livres de cours, quelques parchemins, son écharpe, appréciant sa douceur et son odeur qui lui rappelait le château, et d’autre bricoles peu importantes.
Saisissant au dernier moment sa sacoche, elle y fourra une plume, de l’encre, sa boîte d’aquarelle avec beaucoup de doutes de s’en servir, son inséparable carnet, sa baguette et quelques cachets de cire.
Puis elle dévala les escaliers sans se retourner, persuadée d’avoir oublié les trois-quarts des affaires utiles.
Sa grand-mère l’attendait déjà en bas, et ne répondît à ses questions que par de minuscules sourires aussi énigmatiques que frustrants.
Le faucon avait fini de se ranger les plumes et attendait magistralement sur l’épaule de la femme.
Grinçant des dents, elle lui jeta un regard farouche tandis que sa grand-mère la flanquait dans la cheminée.
Quand elle se glissa à ses côtés, elle sentit clairement les bouts de plume lui fouetter le visage et les yeux méfiants se tourner vers elle.
Agrippant encore plus sa valise, entendant craquer la poignée, elle se demanda si elle était assez lourde pour assommer la bestiole si nécessaire.
La sonner, probablement.
Mais le faucon se détourna, préférant regarder droit devant lui à la manière d’un capitaine à la proue de son navire.
« Portsmouth !»
Puis la fumée verte les enveloppèrent et ils disparurent en une gerbe de flammes.
***
De la suie lui bouchait les yeux, le nez, la bouche.
Elle toussa, sentant son corps trembler dans l’effort pour chercher un peu d’air.
Ses yeux la piquaient si fort qu’elle avait l’impression qu’ils brûlaient dans ses orbites.
Très dignement, sa grand-mère posa un pied hors de la cheminée, tête haute, regard droit, épaules légèrement en arrière.
Elle ne put s’empêcher de se faire la réflexion qu’a ce moment, Lysander Morrow ressemblait plus au faucon qu’à une personne humaine.
Suivant du mieux qu’elle put sa grand-mère, elle trébucha sur une bûche et manqua lâcher sa valise.
La suie et la bandoulière de son sac lui comprimaient la poitrine, l’étouffant lentement mais sûrement.
Une fois hors de la cheminée, elle observa un peu mieux le décor où elles avaient atteri.
Une odeur rance de bière, d’huile et d’urine lui sauta à la gorge.
Elle frémit, persuadée de ne jamais réussir à détacher cette odeur immonde de la peau. Elle avait l’impression que tous ses potes étaient incrustés de crasse, l’empêchant d’avancer à une vitesse normal et la faisant tanguer.
Il lui fallut quelques secondes de plus pour remarquer que si elle était déséquilibrée, c’était à cause du plancher vermoulu et passablement défoncé qui couvrait le sol de l’endroit où elles étaient.
Sa grand-mère s’époussetait dans un coin, tout comme l’oiseau.
Ça ressemblait à un restaurant.
Elle observa lentement les tables rondes en bois vermoulu, les chaises bancales et empilées sur les tables, les lampes semblables à celles de cabines d’un bateau, les peintures craquelées de mer déchaînée étroitement enlacées dans leurs cadres écaillés.
Le sol était nu, le plafond menaçait de leur tomber dessus, tout était en ruine.
«Ah, c’est aussi sale que la dernière fois !», approuva Lysander avec un énorme sourire collé sur le visage.
Il était tellement géant, qu’il multipliait toutes les rides aux coins de ses lèvres et effaçait celles de son menton.
*Elle est devenue complètement barge ou...?*
Inspirant un grand coup l’air immonde, elle se dirigea vers sa grand-mère en secouant énergiquement ses vêtements.
Elle s’était rarement sentie plus crasseuse, miséreuse, déplorable et négligée.
Puis elle remarqua dans un coin une silhouette se découpant contre le mur taché d’humidité.
Toute entière cachée dans l’ombre, des pans de cape ou d’un autre vêtement large tombaient presque jusqu’à ses pieds, se perdant dans les ténèbres.
La panique fit accélérer son cœur.
*M-m-manteau noir ?*
Elle avait immensément peur.
Elle se souvenait, du sang du 28 mai, de la peur restant son étreinte autour d’elle, maintenant fermement les rênes de son cœur, le forçant à accélérer jusqu’à ce qu’il explose.
Elle vit les secondes ralentir, s’étirer, se raccourcir, se débattre au milieu des minutes de peur.
Sa respiration hachée détruisait lentement ses poumons, tandis que sa main se rapprochait le plus lentement possible de sa sacoche.
Au moindre geste brusque, elle était morte.
Et sa grand-mère avec.
Elle ouvrit la sacoche, fouilla silencieusement entre la plume qui lui piqua le doigt, l’encre, les feuilles du carnet, des bouts de papiers déchirés, des morceaux de parchemin sur lesquels elle avait griffonné des formes.
Ses doigts effleurèrent enfin le doux bois de sa baguette.
Soupirant de soulagement, elle l’agrippa plus fermement, avec l’impression que le bois battait au même rythme saccadé que son cœur.
La tirant brusquement de sa cachette, elle la tendit droit devant elle, se concentrant sur le sort qu’elle voulait utiliser, et se retint de hurler pour ne pas attirer l’attention.
« Gonflu... »
« Alison ! Arrête !»
Totalement déstabilisée, elle sursauta et arrêta sa formulation en plein milieu.
Pétrifiée, elle tendit sa baguette droit devant elle, la serrant à deux mains, terrifiée, tandis que le manteau noir s’approchait.
« Tiens tiens, qui m’as tu amené maman?»
Elle se figea, sa bouche s’ouvrant d’un coup comme celle d’un stupide poisson.
*Maman ?*
« Alison, je te présente ta tante, Anaë. Anaë, Alison. »
« Enchantée», enchaîna la femme avec un ton laissant supposer qu’elle s’en moquait de savoir qui était la gamine devant elle. « Et si on allait dehors pour discuter ? Cet endroit va terroriser la mioche. »
Sur ce, la personne tourna les talons et s’engouffra dehors.
Après un instant de réflexion, elle décida de ranger sa baguette et de suivre sa grand-mère qui s’aventurait déjà à l’air frais.
Plus que la Peur ou la Méfiance, Curiosité avait saisi sa main et l’entraîneur sur la pente vertigineuse des questions
Dernière modification par Alison Morrow le 24 août 2020, 14:35, modifié 2 fois.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.