31 août 2021, 00:27
 solo   ++  Une première
27 Juillet 2046
Sur le chemin entre Birmingham et Londres

PDV de Noémie
Deux heures trentes de trajet. C’est long. C’est long et je sais pas quoi te dire. Ton regard est fixé sur la route, peut-être pour ne pas me regarder. Quand je suis arrivé chez toi, tu m’as fixé pourtant. Puis tu m’as appelé Cora. Tu m’as pris pour Maman. C’était bizarre. J’ai dû te répondre que non, que j’étais sa fille, ta fille, votre fille. Que j’avais 12 ans. Tu as vite compris. J’ai compris que tu avais compris. Tu n’as rien dis. Je t’ai observé. C’est vrai que j’ai ton nez.

Je continue d’observer ton profil. C’est vrai que j’ai ton nez. Comme quoi, ton absence dans ma vie, n’a pas empêché tes gènes de s’exprimer.

Quand j’étais en face de cette porte, nous deux se fixant en silence, c’est ta nouvelle copine qui l’a brisé. « Chéri, c’est qui ? ». Elle est arrivée et s’est tu aussi. Pourquoi tout le monde se tait ? Ma génétique est-elle si lisible ? « Je vais dans la chambre Jon, je vous laisse discuter, ok ? ». Qu’est ce qu’elle est compréhensive. Tu m’as emmené dans le salon, m’a demandé si je voulais un verre d’eau. Au final, dans ce salon, on a fait des small talks. On évitait l’hippogriffe dans son enclos. On a été doués. On a tenu deux heures comme ça. En parlant de rien.

À un moment tu m’as demandé comment je suis venue. Comment je t’ai trouvé. Je n’ai fais que de te parler du bus que j’avais pris, de l’argent que j’avais économisé depuis six mois, pour le payer ce bus, puis je t’ai tendu une lettre, te parlant . Celle que Maman ne t’a jamais envoyé. Celle que j’ai retrouvé caché dans son journal intime. Il fallait tapoter le rythme de « Stairway to Heaven » sur la plume.

D’ailleurs cette chanson est en train de passer à la radio. Drôle d’invention ces voitures.

Je me mure dans mon silence. Tout ce qui s’est passé cet aprèm tourne en boucle, depuis quand j’ai tant de courage ? Ton adresse, elle était sur la lettre. Ton nom aussi. Jonathan Cornwell. Et quand tu as ouvert ta porte, tu as pris un visage.

Tu me ramènes à Londres, chez Maman, c’est gentil de ta part.

« Dis, tu écoutais souvent cette chanson avec Maman ? »
PDV Jon
Stairway to heaven. On s’était embrassé pour la première fois dessus avec ta mère. Pourquoi tu me poses la question ? Pourquoi tu reviens aussi ? Je hoche la tête, mes lèvres scellées.

Tu es comme ta mère, sauf le nez. Mais le reste. Tu ne parles pas de ton école, ni même de ce que fait ta mère, ni même de tes grands-parents. Tu es comme ta mère, pleine de secrets. Tu te ramènes, après douze ans. Pour moi c’était un jour banal, je n’imagine même pas tout ce qui se passait dans ta tête. Je n’imagine même pas. Que croyais-tu ? Que tu récupèrerais un père ? Mais petite, on ne peut pas changer douze ans d’absence. On ne peut pas les récupérer.

Je pourrais te dire que j’ai pensé à toi chaque jour de ses douze ans. Que j’ai pensé à toi pendant ces quatre-mille trois cent quatre-vingts jour. La vérité, c’est que la plupart du temps je t’avais oublié. Parfois oui, il me venait des prises de conscience. J’ai peut-être un enfant. Je me prenais à l’imaginer. Mais je ne sais rien de la vie de Cora, alors devant l’impossibilité de la tâche, j’arrêtais. Mais l’ignorance m’aidait à faire cet effort pour t’oublier.

Je t’ai tellement oublié, que je pense à avoir un enfant avec Claire. La femme blonde que tu as vue. Les Claire auront ma mort.

Je regarde la route. Dès que mon regard se pose sur toi, j’ai honte. J’ai honte d’avoir donné cet ultimatum à ta mère. Le lendemain, j’ai retourné Birmingham pour la retrouver. Tu ne le sais pas ça. Mais je reste le grand méchant de l’histoire. Celui qui a abandonné ta mère. Une voix dans ma tête, ma mauvaise foi, pourrait te dire que j’étais jeune. Mensonge. Mensonge. Mensonge.

Et il nous reste encore deux heure vingt de trajet. C’est long.

« Comment va ta mère ? »
Dernière modification par Noémie Claire-Cornwell le 13 janv. 2026, 15:26, modifié 1 fois.

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6ème année RP- préfète INRP de Septembre 2047 à Février 2048 et de nouveau à partir du 17 Avril 2051

31 août 2021, 00:30
 solo   ++  Une première
PDV de Noémie
Maman? Alors tu en as quelques chose à foutre ? Étonnant. J’aurais cru qu’après douze ans, tu l’aurais oublié. Je dois me tromper.

« Oui, elle va bien. »

Tu n’imagines même pas le parcours du combattant que ça a été pour que ça aille bien. Sept ans. Sept ans pour se remettre de ton ultimatum. Sept ans où j’ai vécu chez Papy et Mamie. Maman m’avait comme abandonnée. Oui, elle était là, mais je ne l’intéressais pas. Il n’y avait que toi dans sa bouche. Elle parle parfois de chagrin d’amour. Parfois de cette douleur. J’ y comprend rien. L’amour tout ça. Vous ressembliez à quoi amoureux ? Et l’as-tu seulement aimé ? Il n’y a qu’un moyen d’être sûre. Cette fois je te regarde frontalement. Je tourne ma tête. Pour de vrai. Tu me dois des réponses.

« Maman, tu l’as aimé ? Pour de vrai ? »
PDV de Jon
Si j’ai aimé ta mère ? Tu aurais dû me voir, quand elle a disparu. J’ai rarement autant pleuré de ma vie. Je ne ressemblais à rien. J’avais rarement ressenti de choses aussi fortes. Je n’ai jamais eu aussi peur. J’ai jamais autant regretté mes mots.

J’ai envie de pleurer maintenant.

« Oui »

Tu mérites plus qu’un oui. Tu mérites plus, mais je suis pas foutu de te dire plus. Tu mérites de savoir pourquoi, pourquoi nos histoires d’adultes ont détruit ton enfance. Pourquoi c’est pas juste. Je veux te dire tellement de choses, d’en justifier encore plus. Mais tout ça se perds. Les mots tourbillonnent, et je n’arrive pas à créer une phrase cohérente. C’est un pêle-mêle d’idées. C’est le bordel intégral. Pire que ma chambre d’ado.

Je devrais te dire plus. Je ne peux pas.

« Je suis désolé. »
PDV de Noémie
Désolé de quoi ? Pourquoi tu n’es pas clair ? Désolé d’être parti ? Désolé de ne pas avoir été là ? Il y a tant de raisons pour lesquelles tu pourrais être désolé. Et c’est à moi de comprendre pourquoi ?

Merci de l’aide. Franchement.

Il ne faut pas que je me laisse aller à l’amertume et la colère. Il ne faut pas que je rate cette première rencontre. Je ne sais même pas s’il y en aura d’autres. Dans le doute, il faut qu’on se dise tout. Et on a plus que deux heures quinze. Deux heures quinze pour combler douze ans de rien. Tu me le dois. S’il te plait. Soit plus clair pendant ces deux heures quinze. Donne-moi les réponses, que je n’ai jamais eu.

Alors je suppose qu’il faut que je tente. Que je tente de deviner tes énigmes.

« Désolé d’être parti ? »
PDV de Jon
Dans le mille. La question me coupe le souffle. Mes doigts se serrent sur le volant. Je ne sais pas. Je suis désolé pour tout. Tout ce que je t’ai fait en ne faisant rien. Comment l’inaction peut-elle autant blesser ?

Au moins Cora va bien. M’a-t-elle jamais aimée ? Je suppose que ce n’est pas le moment de retourner cette question dans tous les sens. Tu es là. À côté de moi.

Ma fille est à côté de moi.


La voilà la prise de conscience que j’aurais dû avoir plus tôt. Dès que je t’ai vu. Pourquoi ce n’est que maintenant que je réalise ? Je suis calme, mais putain. Je ne devrais pas l’être je crois. Bordel, ma fille est à côté de moi. C’est à moitié ma faute si tu es là. Ou à moitié grâce à moi ?

Il n’y a personne devant. J’ose enfin te rendre ton regard. Je me plonge dans le tien. Il est glacial, j’ai la chair de poule. C’est le même que Cora. Tu m’accuses je crois. Ou juste déterminée à avoir tes réponses. Je ne le soutiens pas, quelques secondes, et me revoilà fixer la route. Quel faible je fais. Même pas capable de regarder une gamine de douze ans. Il est beau l’homme adulte. Il est fort et il vient enfin de trouver ce qu’il devait dire.

« Désolé pour tout. Tout. Mon absence surtout je crois. Mais tout au final. Pour ta mère. Toi. Juste tout ce qui te vient en tête. Tout ce que tu as pu vivre à cause de moi. Désolé. »
Dernière modification par Noémie Claire-Cornwell le 31 août 2021, 00:43, modifié 1 fois.

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31 août 2021, 00:34
 solo   ++  Une première
PDV de Noémie
Tu parles enfin. J’hoche la tête. Tu es banal au final. Petite, je t’imaginais en héro, parfois un chevalier, parfois un super héros. Mais tu n’es qu’un homme. Même pas capable de faire de la magie. Comment tu vis sans ? M’apprendrais-tu ?

Tu t’es excusé, à ta manière. Je me sens plus légère. Je ne sais pas quoi dire. Tu es désolé. Tu sais qu’enfant, on m’appelait batarde ? Tu sais qu’ils ont traités maman de pute ? Non. Mais tu en es malgré tout désolé. Ça me touche.

« Merci. »

J’ai tellement d’autres choses à te dire maintenant. J’ai l’impression que tu m’as ouvert une porte, et je ne veux faire qu’une seule chose : m’engouffrer dedans, me jetter dedans. Peu importe la chute. Peu importe si le sol sera dur ou mou.

« J’ai des grands-parents de ton coté ? »
PDV de Jon
Tu t’interroges. Bien sûr que tu te poses ce genre de questions. Combien de temps elles ont trainés dans ta tête ? Et maintenant tu peux enfin avoir des réponses. Tu m’étonnes que tu les poses.

« Oui. Henry et Amelia. »

Qu’est-ce qu’ils vont m’en vouloir quand ils sauront. Je ne leur en ai jamais parlé de mon enfant hypothétique. Ni même qu’à un moment j’ai eu l’idée insensée que cette Cora était une sorcière. Que j’ai fait plein de recherches Google sur eux, mais qu’il était impossible de démêler le vrai du faux.

Ils n’ont pas éduqué un père absent et par conséquent irresponsable. Je peux tenter de panser la blessure, mais c’est comme mettre du scotch sur une maison effondré. J’ai tout cassé. Mais au moins je peux tenter de commencer à reconstruire les fondations.

« Je pars une semaine dans leur maison de campagne, avec Claire, la fille que tu as vue, en Aout. Tu veux venir ? Si Cora est d'accord bien sûr. Ils seraient contents de te rencontrer. Ou même de savoir à ton sujet. »
PDV de Noémie
Claire ? Qu’est-ce que tu as pour les Claires ? Désolé de tiquer sur ce détail. Ce que tu as dit était trop fou, pour que ça monte au cerveau tout de suite.

Partir en vacances avec toi ? Et tes parents ? Et ta copine ?

C’est une invitation dans ta vie ça. Mon cerveau, mon cœur et mes émotions font un bond. Je te regarde les yeux écarquillés. Tu veux bien de moi dans ta vie. On peut tout réparer, j’en suis sûre. J’ai un sourire, et les yeux humides. Étrange.

« … Oui, j’aimerais bien ça. Je lui demanderais. »

Je me sens complète. C’est étrange. Comme si cette moitié de moi que j’avais perdu, venait à moi. J’ai une moitié de famille en plus.

Je crois que je pleure.

À partir de là. Je t’inonde de questions. Tout et rien.

Tu as 34 ans. Tu codes des programmes. J’ai rien compris, mais tu m’as parlé d’ordinateurs. Tu avais l’air surpris du fait que je ne connaissais presque rien dessus. Tu m’as promis de me montrer tout ça. De m’apprendre à coder. « Le python ce sera le plus simple. » Tu as rigolé quand je t’ai demandé si tu parlais de serpents de compagnie.

Notre premier fou rire.
PDV de Jon
Je sais pas d’où tu sors. Tu ne connais rien à la technologie. J’aimerais te demander sur la sorcellerie. Mais ce serait ridicule, grossier. Je ne veux pas gâcher ce moment. Notre premier moment. Je veux tout rattraper au final. J’ai changé d’avis. Je veux te montrer tous ces films qui ont fait mon enfance. Te montrer des morceaux d’ukulélé. Tu m’as dit que tu avais récupéré le mien. T’engueuler quand je le devrais. Même si ça ne me ferait pas plaisir.

Laisse-moi récupérer ma place de père auprès de toi. Je ne serais pas parfait. Mais je ferais de mon mieux. J’ai douze ans de retard ? Mieux vaut tard que jamais.

On parle, on parle. On rigole. Au début du trajet, on retenait nos larmes de tristesse. Là on pleure de rire. Parfois on tâtonne sur nos mots, on veut parler des non-dits, mais on ne sait pas comment les prendre, par quel bout les attraper. Alors on les laisse pour notre prochaine rencontre. Il nous faut d’autres sujets de discussions pour la deuxième fois, et toutes celles d'après. On ne se connait pas, mais on veut se connaitre. L’un comme l’autre.

Tu finis par me montrer un bâtiment miteux de Londres. Je n’aime pas le quartier. Heureusement que ta mère t’as mise en pension.

Je suppose qu’il est l’heure du premier au revoir. On sort tous les deux de la voiture. Mais je dois tenter un truc. Je te tends mon numéro de téléphone avant de dire.

«- Hey, avant que tu partes, tu veux que je fasse les démarches administratives nécessaires pour rajouter Cornwell à ton nom ? Ou que je vois si c’est possible ? Enfin… c’est comme tu v…
-J’aimerais bien. »

Puis on a eu notre premier câlin. Et je me sens niais. Mais bien.

3a88fe-Marrainage
6ème année RP- préfète INRP de Septembre 2047 à Février 2048 et de nouveau à partir du 17 Avril 2051