2 juil. 2020, 09:41
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
J’écoute, religieusement. Rhys est le premier à prendre la parole. Il évoque l’école de magie chinoise sans que je ne parvienne à me souvenir d’un tel nom parmi les professeurs rencontrés sur place. Dai Hong Dao, cette horrible bonne femme rencontrée à notre retour du Japon. Celle-là même qui nous a permis de revenir à Poudlard. J’enregistre cette information dans un compartiment de ma mémoire et poursuis mon écoute attentive, quoi qu’assombrie par la noirceur de ce qui m’est raconté. Poudlard attaqué ? Cette nouvelle me glace le sang, bien plus que le froid qui se propage le long de mes jambes.

Grand-père avait-il imaginé, en m’envoyant ici, qu’un jour Poudlard serait victime d’une attaque ? Certainement pas. Auquel cas, je suppose, il n’aurait jamais placé un fragment de l’Amulette entre ces murs… la suite me le confirme. Je reste un moment stupéfaite par ce que j’entends : tous les directeurs réunis ici, grand-père qui semble n’avoir aucune assise sur la situation, le ministère de la Magie britannique déchu de ses droits, le Royaume-Uni sortit de la Confédération internationale des sorciers. S’en est si choquant que je n’entends pas la question que Rhys me pose. Tout du moins mon cerveau l’enregistre mais le cataclysme des révélations bloque l’afflux massif de mes pensées. Je fronce les sourcils, comme à chaque fois qu’une migraine se prépare.

Bien que je continue d’écouter le récit de Rhys, je détourne le regard, de plus en plus angoissée. Jamais dans l’histoire, les directeurs des grandes écoles de magie ne se sont réunis pour défendre l’un d’eux… pourtant, nombre de ces écoles ont déjà été attaquées par le passé. Qu’est-ce qui a changé entre temps ? Je l’ignore, mais mon instinct me dit que quelque chose ne colle pas sans que je n’arrive à comprendre quoi exactement.

Je sors de ma torpeur lorsque Rhys m’indique gentiment que je risque d’attraper froid. Je le gratifie d’un sourire et m’empresse de chausser mes sandales avant d’attraper des engelures.

C’est au tour d’Aelle de prendre la parole. Elle m’évoque des événements antérieurs à ceux qui ont conduit aux changements topographiques s’étendant à perte de vue. L’omniprésence de l’école de magie chinoise depuis quelques temps m’étonne mais je me garde bien de le commenter. Je ne peux simplement pas m’empêcher de me pencher sur Aelle pour lui caresser le visage, replacer une mèche de cheveux derrière son oreille, et lui répondre :

« Ta curiosité n’a aucune limite, hm ? »

Je lui souris et me redresse sans la quitter du regard. Il y a chez cette enfant tout un pan de ressemblances avec la petite fille que j’étais au même âge. Toute la tendresse que je ressens pour elle et tout la reconnaissance que j’éprouve pour son courage indéniable repasse au second plan quand mon cerveau me restitue la question de Rhys sur l’état de la Confédération. Me reviennent les échos de mon dernier séjour au Japon… l’avertissement d’Ururu, les tergiversations du ministère de la Magie japonais… la menace de la Chine impériale…

Je lance un regard craintif à Rhys et j’acquiesce, en espérant qu’il comprendra cette réponse, même à retardement. Je fais ensuite volte-face et m’enfonce le long de la pente, d’une dizaine de pas environ. J’observe cet horizon nouveau, saisie d’une angoisse de plus en plus palpable. Je tente de me calmer en posant ma main valide sur mon ventre et en reprenant le contrôle de ma respiration. Inspire et expire Erza… inspire et expire.

« La terre est une entité vivante, dis-je en haussant un peu la voix de peur que le vent glacé ne l’entrecoupe. Elle grouille de vie quel que soit le moment de l’année. Nous autres, les mages de terre, nous apprenons dès nos premières années d’étude que le plus infime changement dans sa composition quelque part peut avoir de lourdes répercussions ailleurs. Quand l’homme dérange le cours naturel de la vie, il n’en résulte en général rien de très bon. »

Je pivote de côté et regarde tour à tour Rhys et Aelle.

« Nous naissons de la terre et retournons à la terre, tous autant que nous sommes, mais chacune de nos existences n’est qu’un grain de sable à l’échelle de sa propre existence. »

Je regarde la couche de neige amoncelée autour de mes pieds gelés.

« Poudlard n’est pas née île. Je ne comprends pas pourquoi grand-père lui a fait enduré ça… il devrait savoir que… »

Pour savoir, il savait… jamais rien ne lui échappe. Rien. Une illumination me saisit et je marche droit sur Rhys et Aelle, mon rythme cardiaque soudain plus rapide.

« Tu dis que mon grand-père a envoyé un agent de liaison pour savoir si votre ministère était bien attaquée, c’est bien ça ? »

J’ai besoin de la confirmation de Rhys avant que mon regard ne glisse vers Aelle. Je serre les dents.

Le Manitou suprême de la Confédération internationale des sorciers n’avait pas besoin d’un agent de liaison pour savoir qu’un ministère placé sous sa juridiction était l’objet d’une attaque… un sortilège assurait cette tâche depuis que grand-père l’avait lui-même mis en place au cours de l’année 2025.

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
2 juil. 2020, 13:54
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Le jour où rencontré Erza Nyakane, j’avais l’impression de n’être qu’une gamine qui ne savait pas grand chose. Pendant notre duel, elle me l’a d’ailleurs fait comprendre : ma magie de première année était absolument incapable de rivaliser avec la sienne et malgré tous mes efforts elle nous a laminé ce jour-là. Je pensais que je serais incapable de me sentir à son niveau, mais dès notre seconde rencontre elle m’a fait comprendre que son pouvoir ne faisait pas d’elle un être supérieur. Nyakane, elle me fait oublier que je suis une gamine. Aujourd’hui, comme la dernière fois que je l’ai vu. Je pose des questions et elle n’hésite pas à me répondre avec sincérité — c’est du moins l’impression que j’en ai. Cette sensation est agréable, je ne peux m’empêcher de la comparer avec celle que je ressens face à Loewy : la directrice m’intimide, m’écrase même parfois. Mais Nyakane n’est pas du tout comme Loewy.

Nyakane, elle est du genre à m’approcher juste pour me sourire et replacer une mèche derrière mon oreille. D’habitude, je n’aime guère que l’on me touche, mais avec Nyakane, cela ne me dérange pas. Mon coeur sursaute et je ne peux que sourire avec ravissement, comme une enfant idiote.

Le coeur battant j’écoute ce qu’elle me raconte, ce qu’elle m’apprend et tout à coup me vient l’envie de dire à Saunders de dégager pour me laisser seule avec elle, pour qu’elle m’apprenne encore plus de choses, qu’elle me parle de la magie des golems, de la magie de la terre, de tout ce que je ne connais pas, des terres de son enfance et de tout ce qu’elle sait. Mais ce n’est certainement pas le moment, alors je refrène ma curiosité, enfonce les mains dans mes poches et me contente d’écouter calmement et d’enregistrer la moindre de ses paroles.

Un jour, Nyakane m’a dit qu’avec ma magie j’étais capable de faire bien plus de choses qu’elle avec la sienne. Mais je ne suis pas d’accord. Avec ma magie, je ne sais pas écouter la terre et encore moins la comprendre. Et ça doit être quelque chose d’être reliée à tout ça, avec tout ce qui grouille sous mes pieds ! Cela doit être fabuleux.

Plongée comme je le suis dans mes pensées et mon admiration, je manque de louper l’air angoissé de la femme. Je le remarque quand elle revient soudainement vers nous, l’air pressé, comme si elle avait compris quelque chose. Quoi ? je suis bien en peine de le savoir. La question qu’elle pose à Saunders fait référence à une chose qui s’est passé ce jour-là, dans la Grande Salle, quand tous les directeurs et directrices étaient rassemblés. Mais moi, j’étais trop occupée à lutter avec mon coeur battant et mes yeux qui n’arrêtaient pas de se tourner vers Chu-Jung pour suivre avec attention une conversation que je ne comprenais de toute façon pas ; je n’ai donc aucune idée de ce à quoi elle fait référence.

Pourtant, les souvenirs de cette journée se réveillent peu à peu. Je me souviens de quelques vagues paroles, de l’inquiétude des élèves, de ce qu’il se disait à la table des grands. « Tu comprends ce qu’ils racontent ? » ai-je demandé ce jour-là à Aodren ; je ne savais pas alors qu’il était encore tout choqué de la vision d’un Lupus Malfoy sans vie et qu’il ne savait pas plus que moi ce qui était en train de se passer.

Curieuse, je tourne mon regard vers le professeur de vol, attendant avec impatience sa réponse. Tout ce que je peux apprendre sur Issa Sidiki me passionne. Je me souviens de cet homme comme d’une présence irrémédiablement écrasante, mais tellement fascinante ; cela ne m’étonne même pas que Nyakane soit sa petite fille, elle a quelque chose de lui, je crois. Je me demande ce qu’elle dira quand elle saura que c’est le vieil homme qui a rendu son corps à Zikomo. Elle sera ravie, j’en suis persuadée.
4 juil. 2020, 20:31
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Les souvenirs de jeunesse de Rhys lui remontaient au fur et à mesure que la jeune Bristyle répondait et questionnait Erza. Pas de ce qu'elle racontait précisément, il n'avait connu que le départ de la délégation chinoise à sa propre arrivée en tant que professeur, mais cette curiosité juvénile que lui-aussi, avait eu lorsqu'il était adolescent. Les années passent, les générations évoluent mais finalement, ils sont tous pareils.
Il avait approuvé les paroles de l'élève d'un signe de tête. Il se tourna vers elle comme pour l'encourager.

- Oui nous pouvons te raconter tout ce que tu veux savoir mais autour d'un chocolat chaud. Enfin Miss Bristyle pourrait sûrement t'en dire plus que moi, malgré ce qu'elle veut bien nous faire croire.

Le trentenaire avait bien vu qu'il avait contrarié Erza mais avant qu'il ne puisse vraiment réagir, la femme se dirigea vers l'adolescente. Il observa cette scène remplie de tendresse, un peu en retrait, avec discrétion. Il ne voulait pas troubler par sa présence, ce moment à la limite de l'intime. Cette complicité qui émanait des deux protagonistes dégageait une telle aura que n’importe qui pouvait la ressentir. Rhys aurait pu éprouver de la jalousie. Non pas parce qu'il voulait lui aussi échanger des cajoleries, mais d'avoir un jour le privilège de connaitre ce type d'attachement. Pur, simple, bienveillant. Il l'avait vécu, il fut un temps mais ce n'était plus le cas. Peut-être que ça ne l'avait jamais été d'ailleurs. Il resta donc volontairement éloigné pour qu'elles en profitent.

Lorsque le moment de grâce fut passé, Erza, après avoir assimilé les bribes, mais néanmoins bouleversantes informations, fut en proie à ce que l'on pouvait appeler une crise de panique. Il n'aurait jamais pensé que son récit puisse à ce point atteindre la femme. Il aurait voulu se montrer rassurant, avoir un geste réconfortant, voir même l'étreindre pour la calmer, mais il n'osa pas. Il ne voulait pas qu'elle interprète ses intentions comme mauvaises. Toutefois, il ne pouvait pas rester là les bras ballants sans rien faire. Il se rapprocha et d'une simple main posée sur son bras, voulait lui signifier qu'il était là si besoin.

Rhys enleva sa main assez brusquement puis fit quelques pas en arrière, instinctivement, lorsque la sorcière africaine entreprit de répondre aux questions de la Poufsouffle. Il était lui aussi curieux de savoir. Il regarda les deux filles et écouta attentivement. Bon nombre de pensées fusèrent. Ils avaient transformé, modifié presque radicalement l’apparence de Poudlard! Quelles en seraient les conséquences? Si ce qu'Erza disait était vrai, alors ils devraient subir la colère de la nature. Il frissonna à cause du blizzard mais aussi, à cause de cette idée. Lorsqu'elle s'interrompit pour évoquer son grand-père, Rhys fronça un peu les sourcils car il comprenait qu'elle avait délibérément arrêté de parler comme si elle en avait trop dit, qu'elle réfléchissait à voix haute, ou bien encore, qu'elle s'était rendue compte de ce qu'elle disait devant des étrangers.

Mais ce qui surprit le plus le professeur de Vol ce fut sa dernière question qui demandait une confirmation de ce qu'elle avait entendu. Il effectua une grimace, mélange d'incompréhension, de surprise mais aussi de doute.

Hésitant, il lui répondit, tout en jetant des coups d’œil à Aelle.

- Euh...oui. D'après l'émissaire, ils ont reçu un document stipulant la chute du Ministère. Pourquoi? Quelque chose ne va pas, Erza? J'ai dit quelque chose d'incorrect?


Rhys, loin de se douter de ce qu'il en était réellement, espérait ne pas avoir provoqué un sujet de dispute familiale. Si Sidiki ne l'avait pas dit à sa petite fille, puisque visiblement elle ne savait pas, c'est qu'il avait une bonne raison non? Le secret professionnel par exemple?

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.

"Si le mal brille dans toute sa splendeur, c'est devant le pire que le bien prend toute sa valeur." Oxmo Puccino
9 juil. 2020, 09:14
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Je suis soudain prise d’un vertige. Le genre de vertige qui vous contraint à vous accrocher au premier bras venu ; en l’occurence celui de Rhys. Il me faut quelques secondes pour retrouver le contrôle de moi-même à coup de travail respiratoire et de yeux fermés. La confirmation de Rhys a ouvert une brèche dont j’aurais préféré ne rien savoir, mais c’est chose faite à présent. Lorsque je rouvre mes yeux, je détaille longuement le regard intense, ferme, de Rhys avant de chercher celui d’Aelle, d’une profondeur insondable. Je remercie Rhys pour son aide et m’écarte doucement de lui en prenant conscience que mes jambes tremblent de froid (à moins que ce ne soit de peur ?)

« J’aurais dû enfiler une paire de chaussettes et des chaussures plus adaptées. Rentrons, si vous n’y voyez pas d’inconvénients. Il y a quelque chose que je dois vous dire. Quelque chose que vous devrez garder pour vous. »

Je saisis Rhys par le bras et Aelle par la main puis je les fusille du regard, sans réellement savoir s’ils y décèleront une quelconque menace. A ce jeu-là, grand-père est bien plus doué que moi.

« Vous me promettez de ne rien révéler à personne ? Il me faut deux confidents, mais surtout deux cerveaux prêts à tourner à plein régime. Je peux compter sur vous ? Avec votre aide, je me dis que j’arriverais peut-être à y voir un peu plus clair dans… »

Je jette un regard circulaire autour de nous pour m’assurer qu’aucune oreille indiscrète ne surprendra ce qui suit. Mais un souvenir des Oreilles à rallonge me revient — de drôles d’objets à mon humble avis mais essentiel à tout fouineur qui se respecte ; ce qui ne manque pas entre les murs de Poudlard si l’école n’a pas tant changé que ça — et d’instinct, j’exerce une légère pression pour rapprocher Rhys et Aelle de moi.

« … dans les manigances de mon grand-père, dis-je, à mi-chemin entre le son normal de ma voix et un murmure. Ne connaissez-vous pas un endroit au chaud et au sec où nous pourrions nous entretenir sans être les victimes d'oreilles indiscrètes ou être importunés par d’autres pensionnaires de l’école ? C’est très important. »

J’observe les deux à tours de rôle.

« J’accepte de boire tout le chocolat chaud que vous voudrez si l’un de vous nous trouve un tel endroit… et si possible de quoi me réchauffer les pieds. »

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
15 juil. 2020, 08:35
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Lorsque Erza fit un petit malaise et se rattrapa au bras de Rhys, celui-ci la maintint fermement. Par un tour de passe-passe, il plaça son bras libre derrière son dos pour la soutenir, tandis que l'autre était agrippé par la sorcière. Rhys la contempla lorsqu'elle ferma les yeux, tiraillée par de nombreuses émotions que le trentenaire pouvait déchiffrer. Il espérait juste que les jambes de la femme la supporteraient encore un peu, mais au cas où, il serait là. Quand elle rouvrit les yeux et fixa ceux de Rhys, il soutint son regard. Non pas par défi, mais dans son cas, pour s'assurer qu'elle allait bien. Il s'inquiétait de plus en plus pour elle. Enfin, elle reprit un peu ses esprits et s'éloigna. Rhys resta néanmoins sur le qui-vive, prêt à bondir au cas où l'Africaine défaillirait de nouveau.

Il ne fit aucun commentaire lorsqu'elle évoqua sa tenue estivale, inadaptée pour l'hiver glacial écossais. A vrai dire, il était tellement concentré sur son état physique qu'il n'avait entendu que vaguement.

La femme saisit de nouveau ses interlocuteurs ce qui ramena Rhys à se focaliser sur elle. Il se demandait bien ce qui la mettait dans cet état mais le ton employé et surtout le regard noir qu'elle leur lança, le dissuadèrent de tout questionnement. Elle avait eu le même regard que sa mère lui faisait, quand il était petit, avant de le réprimander. Sa sœur en avait d'ailleurs hérité, surtout lorsqu'elle voulait étudier et que ses frères l'en empêchaient à cause de leurs bêtises. Rhys fronça les sourcils et comprit que l'heure était grave. Il eut un léger pincement au cœur quand elle remit en cause la confiance qu'elle pouvait avoir en eux.

- Mon cerveau est un peu gelé mais je ferais de mon mieux.

Même si ce n'était pas le moment, Rhys tenta une pointe d'humour. Il savait qu'il y avait de fortes chances que cela ne soit pas compris mais l'atmosphère devenait pesante.

Alors que la femme rapprocha l'élève et le professeur d'elle, Rhys avait les idées qui fourmillaient. Les manigances de Sidiki? C'était donc pour ça qu'elle se sentait mal. Il y avait quelque chose de louche là-dessous. Quelles étaient ces fameuses manigances? Rhys avait bien compris qu'ils allaient le savoir bien assez tôt. Ou, du moins, connaitre ce que Erza savait. Le professeur se dit que l'homme qu'il avait rencontré, n'était peut-être pas celui qu'il croyait, vu l'air grave qu'affichait la sorcière. Rhys réfléchit rapidement. Il parla à voix basse aux deux filles.

- Nous aurions pu aller à une salle sur demande, je ne sais pas si vous connaissez. Elle n'apparait que pour les gens qui en ont besoin et se matérialise sous la forme la plus adaptée à nos désirs. Seulement, cela nous fait retourner au château et les élèves vont commencer à émerger. J'ai bien peur qu'on ne passe pas inaperçus.

Surtout une inconnue, accoutrée de la sorte, avec le professeur de Vol à son bras et Aelle Bristyle à l'autre. Le portrait de famille aurait été étonnant et peu discret. Et puis une autre sorcière étrangère pouvait être dans les parages. Rhys n'avait pas envie de la rencontrer de si bon matin.

- Au bout du parc, au dessus des vestiaires, il y a mon bureau. Nous aurons de quoi nous réchauffer, soyez-en sûres. Il n'y aura pas d'élèves pour nous déranger, je le saurais assez vite s'il y en avait dans les parages et quand bien-même, ils savent qu'il ne faut pas me gêner. De toute manière, la pièce est soumise à de nombreux sortilèges, passibilis compris.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.

"Si le mal brille dans toute sa splendeur, c'est devant le pire que le bien prend toute sa valeur." Oxmo Puccino
15 juil. 2020, 13:46
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
J’ai l’impression d’être seule au monde, et mon coeur se serre douloureusement, lorsque Nyakane et Saunders se rapprochent. La première s’est seulement raccrochée au second, ce n’est absolument rien et de toute façon je suis persuadée que le professeur ne connaît pas l’Africaine comme moi je la connais, mais je ne peux m’empêcher d’être étouffée par un brusque sentiment de jalousie. Je m’en défaits laborieusement en détournant le regard.

L'angoisse de Nyakane m'arrache à mes émotions et me fait froncer les sourcils. La légèreté du moment que nous passons finit par totalement disparaître. Il se trame quelque chose. Mon regard passe de Saunders à l’Africaine et de Nyakane à Saunders. Une petite part de moi-même, celle qui a conscience que notre monde est vraiment en train de faire n’importe quoi, celle qui se souvient que Nyakane vient tout juste de sortir de l’infirmerie, et la même qui ne fait que penser au fait que j’étais au Japon il y a deux jours à peine, cette petite part de moi est effrayée parce qu’elle comprend que ce qui est en train de passer par la tête de Nyakane peut être grave. Mais d’un autre côté, et c’est cette part de moi qui m’a fait accepter l’aide de Dai Hong Dao peu importe les conséquences, est seulement excitée. Et amplement rassurée : j’avais raison, Nyakane n’en a vraiment rien à faire de mon âge, contrairement à tous les autres adultes.

Je me laisse embarquer par la femme, ne pouvant m’empêcher de jeter un regard à Saunders. S’il comprend mieux que moi ce qu’il se passe, il le cache bien. Mes doigts se serrent autour de la main fraîche de Nyakane. Et mon idiot de coeur s'agite un peu plus follement.

Une promesse, elle demande une promesse. Moi, je serais prête à lui promettre n’importe quoi. D’être sa confidente, son cerveau, son repaire, tout ce qu’elle désire. Alors avant même qu’elle ne termine sa phrase, je hoche la tête avec force. *Oui ! Oui !*, je ne sais pas ce que je pourrais bien apporter à la conversation, mais mille fois oui. Mon mouvement ne cesse qu’au moment où elle regarde autour d’elle, comme si elle avait peur qu’on la surprenne. Je m’approche d’elle, les yeux écarquillés et bouche bée. Les manigances de mon grand-père. Dire que je ne comprends rien est un euphémisme. *Vot’ grand-père est super, il ne manigance rien du tout*, ai-je envie de dire. Mais je me retiens, parce que je n’en sais absolument rien, que Nyakane le connaît mieux que moi et surtout parce que je lui fais aveuglément confiance : si elle dit qu’il est louche, alors il est louche.

Un endroit chaud et sec. Je connais ! La Salle-sur-demande. Mon coeur sursaute, j’ouvre la bouche pour offrir une réponse à Nyakane, même si dans la Salle-sur-demande il n’y aura pas de chocolat chaud, mais Saunders parle avant moi. Je lui jette un regard en biais, un regard noir. Monsieur pense que la Salle-sur-demande n’est pas l’endroit le plus indiqué. Je ne peux m’empêcher de grimacer en me souvenant de l’asiatique qui y a élu domicile, mais de toute façon, ce n’est pas comme si on pouvait tomber sur elle. Mon frère m’a dit que c’était impossible. À la place, Saunders propose son bureau. Certes. C’est moins loin. Mais cela ne me plait pas.

« On croisera peut-être des élèves sur le trajet, interviens-je en jetant un regard en biais à Saunders, mais c’est sûr et certain qu’on sera pas dérangé dans la Salle-sur-demande. On peut pas pénétrer dans une salle déjà occupée, sauf si la personne l’autorise. »

Mes yeux se posent sur la femme. Après tout, c’est à elle de prendre la décision. Je ne sais même pas pourquoi je suis intervenue ; je me fous de l’endroit où nous nous rendons et après réflexion, plus vite nous serons arrivés plus vite je pourrais en savoir plus sur Issa Sidiki. Peu importe l’endroit, tant que je suis avec Erza Nykane. Avec un léger sentiment de honte, je me rends compte que si j'ai proposé la Salle-sur-demande malgré ce qu'en a dit Saunders, c'est juste pour avoir l'occasion de dire quelque chose, quelque chose d'intelligent, pour être celle qui a raison et qui propose une solution à l'Africaine.
16 juil. 2020, 09:54
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
« Par tous les cieux, vous êtes donc incapables de vous mettre d’accord ? dis-je, surprise mais aussi agacée par leur manque d’initiative. »

Encore une autre caractéristique chez ces anglais qui me laisse perplexe : ce flegme, ce détachement permanent face à l’urgence. Le pire dans tout ça, c’est que les anglais en sont fiers au point de l’ériger au rang de vertu. Je soupire et balaie les environs, à la recherche d’une réponse, d’une opportunité à saisir. Je regarde à gauche à droite, devant moi, je me retourne, quand l’évidence me saute aux yeux — étonnant qu’elle n’ait pas sauté aux yeux de Rhys et d’Aelle mais je suppose que pour eux, un endroit loin des oreilles indiscrètes est nécessairement un endroit éloigné de la foule qui afflue déjà très certainement vers la Grande Salle pour y prendre son petit-déjeuner.

« Là ! Ça sera parfait ! »

Ni une ni deux, j’embarque mes deux têtes de mule et les pousse à l’intérieur de la serre n°4. Je m’assure d’en bloquer l’entrée en apposant ma main sur la terre, faisant croître un monticule jusqu’à ma taille juste derrière la porte. Désormais, la magie des occidentaux ne leur sera d’aucun secours pour ouvrir cette porte.

Il règne une atmosphère singulière dans la serre. La température y est beaucoup plus chaude qu’à l’extérieur — ce qui me convient parfaitement. En me retournant, je m’attarde sur les longues rangées de plantes vivaces qui garnissent les tranchées de terre molle et humide. Il y a parmi ces spécimens des espèces qu’il vaut mieux ne pas approcher de trop près, la terre de cet endroit est chargée de mises en garde.

« Ne vous laissez charmer par aucune de ces plantes, elles sont dangereuses. Venez, j’aperçois des tabourets là-bas. »

En effet, à l’autre bout de la serre, un large rectangle accueille tables en bois et une demi-douzaine de tabourets. J’en attrape un, puis deux, puis trois, et les place de sorte à former un cercle rapproché. Je repère une porte au verre opaque, l’ouvre discrètement, et réalise qu’elle connecte cette serre à une autre, plongée dans une pénombre voulue. Je referme aussitôt la porte, à peu près sûre que personne ne nous surprendra par là sans devoir allumer une lumière que nous remarquerons aussitôt. Je retourne près du cercle de tabourets et m’assois en essayant de faire abstraction des parfums enivrants de certaines plantes et du froid qui semble s’être arrêté au niveau de mes cuisses.

Je cherche mes mots en regardant par terre.

« Je vais peut-être vous en demander beaucoup, mais je dois recoller les morceaux du puzzle coûte que coûte, dis-je avant d’arrêter mon regard sur Aelle, à qui je ne peux m’empêcher de servir un sourire réconfortant et une caresse sur ses mains. Pardon pour l’agitation. Je ne veux pas t’effrayer. Mais j’ai besoin de toi et j’ai besoin que tu m’expliques comment Zikomo est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Je tourne mon visage vers Rhys sans délaisser les mains d’Aelle. Mon grand-père est le Manitou suprême de la Confédération internationale des sorciers. Crois-moi quand je te dis qu’il n’avait pas besoin d’envoyer un agent pour savoir que votre ministère était la cible d’une attaque. Il a lui-même mis en place un système de détection la première fois que nous nous sommes rencontrés toi et moi. Ce qui veut dire qu’il a joué la comédie devant vous tous… je ne comprends pas encore pourquoi, mais je suis inquiète. J’ai besoin que tu te souviennes de son attitude ce jour-là, du moindre détail à son sujet dont tu puisses te remémorer. S’il te plaît. »

Je les regarde, lui et Aelle, à tour de rôle.

« S’il vous plaît. »

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
16 juil. 2020, 18:23
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Je me suis tellement habituée à une Nyakane patiente que lorsqu’elle perd son calme je me retrouve écrasée par la surprise — ou par la crainte ? Dans la Salle-sur-demande, Dai a dit qu’elle n’avait pas la même aura que son grand-père. Je suis d’accord dans le sens où la sienne est moins écrasante, mais je la trouve tout de même aussi… Majestueuse que celle d'Issa Sidiki, d’une façon différente. C’est peut-être pour cela que je reste bouche bée face à son impatience, ma jalousie de gamine réduite à rien du tout dans mon corps, et que je me laisse embarquer sans ne rien dire, sans même oser jeter un regard au professeur de vol.

Finalement, Nyakane choisit l’une des serres. L’idée ne m’avait même pas traversé l’esprit et ma foi on ne peut pas dire qu’elle soit mauvaise. J'observe avec admiration l’Africaine bloquer la porte à la seule force de sa magie, rendant hermétique notre petit lieu de réunion. Mon coeur bat follement dans ma poitrine. Je suis tellement excitée, tellement impatiente de savoir ce qu’il se passe et tellement heureuse d’être là où je suis, avec Erza (même si Saunders est là). Je n'ai qu'un regret : que Zikomo soit absent. Je le maudis de toujours gambader à droite et à gauche, il s’en mordra les pattes lorsque je lui raconterais tout ça.

En prenant garde de ne pas toucher les plantes qui nous entourent, je m’assoie sur le tabouret désigné par l’Africaine. Le regard que je pose sur les plantes est admiratif : je ne suis jamais rentrée dans cette serre et je me sens particulière de pouvoir le faire avec une année d'avance. Je m’arrache difficilement à mon observation lorsque la femme prend la parole.

D’une caresse sur les mains et d’un sourire, elle me rassure. Mon coeur en perd son rythme. Parfois, je suis effrayée de tout ce que fait mon coeur ces derniers temps. Comment est-il possible que j’aime autant cette femme que je ne connais presque pas ? Le moment n’étant pas adéquat pour ce genre de questionnement, je fais taire mes pensées, accorde un sourire à la femme, hoche la tête quand elle me regarde et écoute attentivement ce qu’elle a à nous dire.

Lui raconter comment Zikomo est devenu ce qu’il est devenu… Très bien, je ne comptais de toute manière pas le cacher, mais Saunders ? Tout raconter devant lui ? Je suis assez réticente, mais j’imagine que si Nyakane me demande de le faire, c’est qu’elle lui fait confiance ou un truc dans le genre.

« C’était le lendemain du coup d’état, commencé-je d’une voix lente en me concentrant, déterminée à ne pas bégayer une seule fois et à ne pas oublier un seul mot durant mon petit discours. Le 2 mai. Ou le 3, je sais plus. C’est… Bah c’est votre grand-père qui m’a convoqué, avoué-je en haussant les épaules. Quand je suis arrivée, il était déjà avec Zikomo, ça se voyait qu’ils se connaissaient. »

Les sourcils froncés, les yeux baissés sur le bout de mes chaussures, j’essaie de me souvenir en détail de ce qu’il s’est passé ce jour-là. Issa Sidiki a rendu son corps à Zikomo. Ce qu’il a fait ce jour-là… Jamais je ne pourrais assez le remercier. Si cet homme n’est pas ce qu’il dit être, aurais-je toujours le droit de lui en être reconnaissante ?

« Sidiki… Il m’a raconté le but de votre… Escapade, dis-je du bout des lèvres en jetant un regard en biais à Nyakane. Il m’a dit que vous étiez au Japon à cause de cette mission qu’il vous a confié et que… » Je secoue la tête. « Enfin, c’est pas le sujet. Il m’a dit que Zikomo avait demandé à rester avec moi jusqu’à ce que je veuille plus de lui. »

Je pose un regard halluciné sur la femme, oubliant Saunders, le contexte et tout le reste, le coeur battant la chamade et un sourire ravi sur les lèvres, n’arrivant toujours pas à croire après tout ce temps que le Mngwi ait réellement préféré rester avec moi plutôt que de rentrer chez lui.

« Avec moi, gloussé-je, c’est fou, non ? Zikomo est vraiment… Je… L’aime beaucoup. » Gênée de me confier devant tant de personnes, je détourne le regard. « Je vous ai jamais remercié de me l’avoir envoyé ce jour-là, mais je vous en suis super reconnaissante. »

Suis-je réellement obligée de parler de ça maintenant ? Sourcils foncés, je me racle la gorge, croise les bras sur ma poitrine et me redresse. Je ne vais pas me mettre à chialer, non plus.

« Bref, j’ai accepté qu’il reste bien sûr ! J’ai dit que jamais Zikomo sera un fardeau pour moi et que je le protégerais envers et contre tout. Et là, Sidiki a posé une fiole à côté de Zik. Dessus, il y avait écrit… Une seule goutte et… Je m’en souviens plus, mais un truc qui disait qu’il allait retrouver son corps. »

L’histoire s’est déroulée il y a plusieurs mois désormais, mais je suis toujours aussi étonnée par ce qu’il s’est passé. Et dire que ce jour-là, j’ai eu une goutte de l’élixir le plus rare au monde à portée de main.

« Zikomo m’a dit que c’était de l’Élixir de Longue-vie. »

Je coule un regard en direction de Nyakane, le coeur serré en me souvenant de sa déception de l’autre jour. Nous n’avons pas reparlé du marché que j’ai passé avec Dai Hong Dao et j’espère qu’elle ne m’en reparlera pas. A chaque fois que je pense au regard que l’Africaine m’a lancé en apprenant la vérité, j’ai l’impression de mourir sur place.

« J’ai versé la goutte sur son corps et là… » Un grand sourire m’étire les lèvres. « Zikomo est devenu… Réel. J’ai pu le toucher et tout ça ! Il est super doux, vous savez ! Puis il a des dents très pointues, mais il me fait jamais mal. »

Je lève les yeux vers la femme et rajoute d’une voix tendue, hésitant à me confier :

« Je sais pas ce qu’a fait votre grand-père, mais il a rendu son corps à Zik. Sans rien vouloir en retour, il l’a fait ! Je sais pas pourquoi, soufflé-je en haussant les épaules, mais c'est la meilleure chose qui me soit arrivée. »

*et de faire votre connaissance, aussi*, aurais-je aimé rajouter, mais je préfère mourir plutôt que d'avouer cela à voix haute.
16 juil. 2020, 21:25
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Dire que Rhys fut surpris du volte-face de la femme serait un euphémisme. Son étonnement passa directement à l'exaspération et l'homme se braqua. Ses muscles se tendirent. La tension pouvait se lire jusque sur son visage. Il aurait pu bluffer et faire semblant auprès des autres mais il n'en avait aucune envie. Avant qu'il puisse répliquer, Erza les emmena vers la serre la plus proche. Il la suivit silencieusement mais demeurait sur la défensive. Erza ne s'en rendrait peut être pas compte mais elle venait de remettre toutes les barrières de Rhys, qu'elle avait réussi à faire tomber depuis plusieurs minutes. Il la regarda bloquer la porte dans un mélange d'émotions. C'était une des seules fois où il la voyait pratiquer sa magie de manière maîtrisée, c'était incroyable. Mais il restait tout de même sur la défensive.
"Les plantes pouvaient être dangereuses". Comme les femmes, pensa l'homme aux cicatrices. Elles peuvent être séduisantes mais cacher en elles un mal profond.

Il s'assit toujours, sans un mot, sur le tabouret installé par la sorcière. Il croisa les bras lorsqu'elle s'adressa à lui. Il essaya de rester de marbre mais ce qu'elle lui apprit, fêla son masque de gros dur. Il allait pour farfouiller dans sa mémoire quand l’adolescente répondit en premier à l'autre sorcière.

Rhys écouta attentivement le récit de la Poufsouffle. Il faisait osciller son regard entre les deux demoiselles. C'était donc comme cela qu'elles se connaissaient. Du moins, Rhys comprit que Sidiki était le dénominateur commun entre beaucoup de relations. Le professeur ne saisissait pas tout ce qui concernait le compagnon de la jeune Bristyle, mais il aurait dû se douter que se cachait là-dessous une forme de magie dont il n'avait pas le secret. Rhys arqua les sourcils à la mention de l’Élixir-de-Longue-Vie. Il en avait entendu parler comme tout sorcier qui se respecte, mais pour lui c'était de l'ordre de légende. Ainsi c'était donc réel. Et aux mains d'un sorcier, en qui, sa propre petite-fille doutait. La jeune fille continua sur sa lancée mais l'esprit de Rhys vagabondait. Il essayait de réunir toutes les pièces du jeu, comme un joueur de Quidditch analysant le dernier match de son adversaire, mais il n'y arrivait pas.

Le silence se fit lorsque après sa longue tirade, la blonde se tut. C'était à lui de raconter tout ce qu'il savait. Seulement il ne voyait pas quoi raconter de plus.

- Je pense t'avoir tout dit. Nous étions tous sur les nerfs, il y avait de nombreuses personnalités autour de la table, nous essayions les collègues et moi, de nous tenir prêts au cas où il y aurait eu un esclandre. Je t'avouerais que je n'ai pas plus fait attention à lui plutôt qu'à un autre. Cela s'est passé comme je te l'ai dit: le meneur de l'attaque contre l'école nous a signifié qu'il y en avait eu d'autres. M.Sidiki s'est proposé d'envoyer un agent de liaison, ce que Kristen accepta. Il a sorti une plume et a écrit directement sur la table. Après il a été question d'une Académie des Arts de quelque chose, en rapport avec les Lignées du Nord. Comme je t'ai dit, je n'ai pas spécialement pris en considération ce qu'il se disait.

Rhys réfléchit pour tenter de se remémorer la scène.

-Maintenant que tu le soulignes, contrairement à d'autres, il n'eut pas l'air troublé par cette révélation. Je m'étais fait la réflexion qu'il savait garder son calme et sang-froid en toutes circonstances. Il avait l'air un peu las de tout ça. Il a ajouté cependant que si cette école existait avec les enfants de mages noirs, comme j'évoquais tout à l'heure, alors pour lui , il y avait bien plus alarmant que des attaques contre les écoles de Magie dans le monde.

Rhys serra la mâchoire, préoccupé.

-La suite tu la connais, le visage de l'émissaire est apparu -je ne l'ai pas vu- pour nous donner le retour. Si tout cela était vrai, puisque apparemment c'était une mascarade. Rien de plus que je ne me souvienne.

Il y avait toujours ces histoires de Stoyanov mais Rhys n'aurait, en aucun cas, pu lui expliquer de quoi il en retournait puisque lui-même n'avait pas saisi leur importance.

Une fois fini, Rhys se leva, s'adossa à une table et recroisa les bras et les pieds.

- Bien maintenant, dis nous clairement ce qu'il en est. Personne dans cette serre ne pourra revenir sur ce qu'il a raconté. Miss Bristyle et moi-même t'avons dit ce que nous savions. A ton tour.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.

"Si le mal brille dans toute sa splendeur, c'est devant le pire que le bien prend toute sa valeur." Oxmo Puccino
20 juil. 2020, 18:20
 28.01.2045  Les Merveilles de Poudlard
Aelle est la première à s’exprimer. Fidèle à son habitude, elle me relate les faits de façon décousue. Je prends plaisir à l’écouter, à apprécier le lien solide qu’elle semble avoir réussi à nouer avec Zikomo. Tant est que mon sourire demeure sur mes lèvres quand elle aborde l’utilisation de l’Elixir de Longue-Vie malgré l’angoisse qui me saisit. L’usage de l’Elixir de Longue-Vie est régenté par des règles bien précises ; des règles que grand-père a lui-même enfanté et parmi lesquelles ne figure pas la possibilité de l’utiliser sur une créature de l’Autre-Monde, celui des rêves et des illusions.

En plaçant Zikomo sous la protection d’Aelle, j’espérais pouvoir protéger la petite au cas où nos ennemis remonteraient par je ne sais quel miracle jusqu’à elle. A aucun moment, il n’avait été convenu de donner une consistance de chair au Messager des rêves. Mais grand-père en avait décidé autrement lors de son dernier passage sous les toits de Poudlard… quelque chose avait changé, je ne pouvais pas savoir quoi, mais quelque chose avait profondément changé pour que grand-père contrevienne à ses propres règles.

Rhys emboîte le pas à Aelle. Son expression, soudain plus ferme, me fait dire que j’y suis sans doute aller un peu fort avec lui et Aelle. Je ressens aussitôt de l’embarras et préfère l’écouter en détournant le regard vers la rangée de plantes voraces. Le fait d’entendre le nom des Lignées du Nord remue de vieux ressentiments dans mes entrailles. Je conserve néanmoins un calme apparent et écoute attentivement le récit de Rhys. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi grand-père a joué la comédie autour de l’attaque du ministère britannique et Rhys ne se souvient de toute façon d’aucun détail anormal au sujet de grand-père.

Je reste perplexe. J’entends Rhys se lever et sens même le contact brûlant de son regard sur moi. Pour le moment, je ne me sens pas d’affronter son regard sans doute aussi lourd de reproches que sa voix. Je préfère rassembler mes pensées et établir mon propre récit depuis le début.

« Quand le Parti pour l’Unité Magique a pris le pouvoir en Afrique du Sud, il y a maintenant trois ans et demi, grand-père a eu peur que ses représentants ne s’emparent du bien le plus précieux du pays : l’Amulette des Cinq Chamanes dont on dit qu’en échange de dix ans de sa vie, son possesseur gagne le droit d’invoquer les Cinq Chamanes légendaires et leurs légions de morts. Une telle arme, si elle était entrée en possession de ces gens peu recommandables aurait, à coup sûr, changer l’équilibre en Afrique. Il m’a demandé de voler l’Amulette et de la diviser en plusieurs morceaux qu’il m’a fallu ensuite remettre à une liste de personnalités éparpillées un peu partout dans le monde. Un de ces morceaux est ici, à Poudlard. Tout au long de mes voyages, je n’ai cessé d’être pourchassé par les agents du Parti. Je devais maintenir une vigilance constante. Où que j’aille, quoi que je tente, ils étaient toujours en mesure de me retrouver. Je dois d’être encore en vie à une longue liste d’amis sur qui j’ai pu compter pour me tirer de très mauvais pas… »

Je relève le menton et regarde Aelle.

« C’est au Japon, dernière étape de mon voyage, que j’ai compris que le Parti jouissait de moyens qui dépassaient largement ses capacités techniques et financières. Par un coup du destin, j’ai appris qui tirait les ficelles en coulisse… ce nom ne vous dira peut-être rien, mais le clan Sylla est à l’oeuvre depuis le début de cette histoire. Je ne serais pas surprise d’apprendre qu’ils ont réussi à truquer l’élection qui a conduit le Parti pour l’Unité Magique au pouvoir dans mon pays. »

Je trouve le courage de lever les yeux vers Rhys, un regard désolé.

« Le clan Sylla fait parti des Sept Lignées du Nord. Mon grand-père est un homme craint et très respecté sur notre continent… jusque là, les Sylla n’avaient jamais essayé de s’en prendre à lui. Mais quelque chose a changé… comme si, tout d’un coup, il était devenu vulnérable à leurs yeux… le pire, c’est que les actes que vous venez de me décrire leur donnent raison. »

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)