Gravité, t’arrive-t-il de Chuter ?
Co-écrit avec la
Plume de Yuzu Ame
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[ 3 DÉCEMBRE 2042 ]
Escaliers du 7ème Étage, Poudlard
Charlie, 13 ans.
2ème Année

∞
Plume de Yuzu Ame
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[ 3 DÉCEMBRE 2042 ]
Escaliers du 7ème Étage, Poudlard
Charlie, 13 ans.
2ème Année

∞
Promesse.
Je lui avais donné ma promesse de la recontacter. *J’la tiens*. Mes pas résonnaient dans ma tête — comme si j’étais en train de me marcher dessus — je le faisais exprès pour remplir le plus possible mon esprit, pour le saturer dans tous les sens, y ajouter tellement de trucs inutiles que ça éloignait le Noire.
J’avais même dû éloigner Solwen ; et moi. *Doucement*. Je savais déjà que le Noire attendait que j’abandonne, laissant ma conscience prendre le contrôle à un moment de fatigue. Le Noire attendait que je sois seule dans mon lit, cette nuit. Je le savais, puisqu’il s’était calmé dès que Solwen avait disparu. La Tour avait soufflé si fort pendant qu’Elle était là. Bordel, elle était déchainée aujourd’hui.
*Harmonie*. Mes doigts s’écrasaient dans mes paumes, j’étais fatiguée de repousser mes larmes ce soir ; j’avais même perdu pendant un instant, comme un rappel d’une guerre perdue d’avance. *J’te. Déteste*. Alors que mes pas fracassaient mes pensées, je ressentais un nœud de haine, sourd. Un rouage incontrôlable qui me donnait envie de chialer de toutes mes forces. Je ne me comprenais pas, j’avais déjà pleuré tout l’océan qui se cachait en moi avant ma promesse chez Papa. *Je. Te. Déteste*. Bordel, je ne comprenais pas la limite de ce foutu océan, il ne se finissait donc jamais ?! *M’laisseras pas tranquille ?*. BON DIEU ! *’VEUX T’PERCER OCÉAN !*.
— Merde !
Le temps de cligner des yeux.
Je tombais. *Avant !*. Le sol se rapprochait de mes yeux, mes genoux étaient vides de force. *m’les a pétés !*. Mon genou droit n’existait plus. Mes bras se lancèrent brusquement, avant même d’y penser ; mais c’était trop tard. « HA ! ». Une douleur éclata dans mes coudes, balançant un violent éclair dans mes épaules. Puis dans mon crâne.
Un craquement. Mes yeux tellement proches du sol, sans le toucher. *Han*. Je ne m’étais pas éclaté la tête. Mes yeux étaient grands ouverts, surtout sur l’ombre qui grossissait sur le sol juste en face de moi.
Brusquement, un énorme truc m’écrasa le crâne. « Han ! ». Ça m’avait échappé, tellement aigu. Ma gorge bouillonnait, c’était le moment pour l’éruption. *t’casser*. Un grognement rauque explosa de ma bouche, en tourbillon. Grave. Tellement. Tout mon corps s’actionna.
Poussant sur ma douleur des coudes, je me retournais en me jetant sur le dos. Une fraction de seconde, le temps de balayer tout l’espace qui se cachait dans mon dos. *Rien*. Je…
Mes bras partirent en arrière, mon dos se cassa en deux en se cambrant totalement, mon crâne s’envola comme pour s’arracher de mon corps. « B… ». Je ne pouvais pas parler, j’avais la respiration coupée ; et un foutu sac à dos planté dans la colonne vertébrale.
*’Dieu d’bordel*. J’avais totalement oublié ce sac. Même si j’avais le dos complètement tordu par la forme, je relâchais mes muscles à même le sol, me couchant de tout mon long, la tête en arrière. *Abrutie*. Il m’avait vraiment fait peur quand il avait basculé sur mon crâne. *Un sac…*. Je ne faisais plus attention à rien, ce soir. J’oubliais tout, sauf ce que je voulais profondément oublier.
Allongée comme ça — ma respiration qui s’agglutinait tout doucement en me torturant — j’avais envie de me confronter au Noire. Mes doutes revenaient tout le temps. Et si je m’étais trompée ? *’était pas elle qui m’cherchait bordel*. C’était impossible.
Et pourtant… je doutais tellement. *Non*. J’espérais. C’était ça.
— Fillette ?
Mon cou craqua vers le mot. *Ah…*. Ce n’était qu’un tableau. « Vous n’avez pas le droit de fouler le sol en cette heure ». Ma respiration crachotait. *Tss…*.
En m’aidant de mes mains — tremblantes — je relevais mon dos pour tenter une position assise. « Han ». J’aimais la lumière tamisée du château en pleine nuit.
— Comment avez-vous chu ?
*Chu ?*. Je sentais mes pensées se tendre vers le gars du tableau. *Ç’fait longtemps*. Je n’étais pas sûre, mais ce mot me rappelait quelque chose avec Papa. Mon esprit était un peu occupé par cette idée, alors je rentrais dans ce jeu qui m’attirait.
Tout en essayant de soulager mes coudes, je vérifiais ce qu’il y avait en face de moi. *C’tout ?*. J’avalais ma bave pour essayer de mieux respirer.
Il y avait des escaliers en face de moi, et j’étais sur un palier. C’était foutrement ridicule. « Avez-vous ingurgité votre langue ? ».
— Non…
Ma réponse chevaucha presque sa question, je le dominais, à dos de sa volonté. « C’est juste que… ». La douleur dans mes poumons pulsait. Je levais une main en articulant mes doigts dans la direction de la marche la plus haute, invisible. « Je… ». Je n’avais pas fait attention aux marches, j’avais sûrement pensé qu’il y en avait encore. Ouais, je voulais encore monter. *Pt’être continuer jusqu’au ciel*. Cette pensée me donnait envie de sourire, quelque part. Ma main s’abaissa lentement. « J’suis juste maladroite ». Et ma tête se dirigea vers mon interlocuteur imprimé.
Il me regardait avec ses yeux brillants. *Hm…*. Ses prunelles reflétaient bizarrement la lumière lunaire, c’était comme un reflet de papier. « C’est un trait bien ennuyant pour une Gryffondor ». Mes mains pendantes entre mes cuisses, je maintenais son fantôme de regard. *Peut-être*. Depuis mon arrivée à Poudlard, j’avais toujours eu l’impression que les tableaux n’avaient pas de regard ; ils avaient uniquement des yeux qui leur donnait l’autorisation de regarder, mais rien de plus. Rien de réel en fait. C’était peut-être pour ça que les tableaux ne m’avaient jamais intéressée. *Bien*. Je détournais mes yeux du gars-imprimé.
Tirant mes jambes vers ma poitrine, je poussais dessus pour me relever tout doucement. Ma respiration me faisait encore mal. Et mon dos. Et mes coudes. *’raiment abrutie*. Les deux lanières du sac à dos me faisaient mal aux épaules, alors qu’il était tout léger. Les lanières étaient deux fines cordes noires, c’était peut-être pour ça ; c’était mal foutu.
Enfin debout, je me retournais lentement. L’entrée de la Salle Commune était juste en face. *Merde*. J’allais devoir m’expliquer à la Grosse Dame pourquoi je rentrais bien trop tard ce soir. *Pas trop cette nuit*. Je n’avais même pas pu m’entrainer après le départ de Solwen, je savais que c’était inutile ce soir.
Bien trop de Noire. *Non !*. Mon crâne se secoua pour entrechoquer mes pensées.
J’avançais de quelques pas — ignorant délibérément le gars-imprimé pour qu’il ne me parle plus — jusqu’en face du grand tableau.
*Et merde*. La Grosse Dame dormait, et elle avait l’air d’être dans un sommeil de profondeur dégoutante. Un petit soupir glissa sur mes lèvres, je pris une inspiration en levant la tête, me tordant le cou. Tous les tableaux étaient silencieux, tout le monde était en train de dormir.
J’espérais que Solwen était bien arrivée dans son dortoir.
Mon regard dévala le mur, gracieusement, jusqu’au gros tableau. Et ma gorge ardente claqua.
— Vélane !
Je l’avais prononcé avec force, mais en murmurant ; c’était un mélange bizarre. Aussi bizarre d’absence de réaction de la Grosse Dame, elle dormait tranquillement dans une position assise incompréhensible. « ‘fait chier… ». Un soupir accompagna mes mots.
J’étais en train de me ridiculiser, je détestais me cacher comme ça, mais je ne pouvais pas dormir toute seule ce soir. Ma pièce était trop dure à supporter cette nuit.
Je voulais essayer de me glisser dans le lit de Yuzu, ou au moins la savoir proche de moi ; c’était une très bonne idée. Je repris une inspiration, et ma gorge gonfla d’impatience : « Vélane ! ». Bien plus fort. Mais pas assez. Aucune réaction, comme si je criais du vent. Tout était emporté. *La barbe…*. Ouais, ce soir tout était emporté. Mes mots, Solwen, mes promesses ; je les voyais partir, mais je les retiendrais. Mes poings se serraient, déclenchant une douleur sourde dans mes coudes. Je n’allais quand même pas me mettre à hurler…
Ma tête se pencha. Je ne quittais pas du regard la respiration tranquille de la Grosse Dame. C’était régulier, beau. Sa poitrine montait autant qu’elle descendait, au millimètre près. Elle devait avoir un joli cœur, bien équilibré, j’aimerais bien respirer comme elle. Une pensée éclaboussa dans mon crâne. *Et si…*. Je n’avais jamais touché un tableau. *Oh*. Est-ce qu’ils pouvaient ressentir le toucher ?
Ma langue sortit foutre sa salive sur mes lèvres séchées. J’étais obligée d’essayer, je devais toucher la Grosse Dame. J’imaginais une texture granuleuse, qui correspondait plus ou moins aux différentes formes qui lui permettaient de survivre. Peut-être même qu’il y avait différents niveaux, des couches qui étaient plus bombées au premier plan ; mais ça devait être très subtil, cette peinture n’était pas non plus en relief. *Une seconde*.
Je me rendais compte que ma main droite lévitait en face de moi, en direction du gros tableau. Mes doigts étaient froissés, tendus comme si j’étais en train de tenir quelque chose de toutes mes forces. Il n’y avait rien, à part l’air. Sans bouger ma main, je replantais mon regard sur la Grosse Dame. *Et si elle m’avalait ?*. Toucher un tableau autorisait peut-être à rentrer dedans. *N’importe quoi*. Tout le monde savait que les personnages des tableaux étaient morts. La Grosse Dame était morte. *Mais…*. Pourtant, ce n’était pas la Grosse Dame qui m’inquiétait, mais le tableau en lui-même.
Les tableaux étaient sûrement créés avant que les personnages rentrent dedans. Alors quand est-ce que le lien était créé avec le tableau ? Il suffisait de le toucher de son vivant ? *La Grosse Dame a choisi son tableau avant d’crever*. Cette grosse peinture était son tombeau.
D’un rapide coup d’œil, je vérifiais autour de moi s’il y avait des tableaux avec plusieurs personnes dedans. *Ouais*. Juste là-bas, trois femmes qui dormaient les unes sur les autres. Mon regard revint sur la Grosse Dame. *Ça existait*. Au fond, peut-être que les tableaux étaient juste lisses. *M’fait chier*. Je devais arrêter de réfléchir, si c’était dangereux, ça ne serait pas là.
Ma main se décrispa, et s’avança doucement vers le grand tableau. Mes doigts étaient écartés, ma paume grande ouverte ; je voulais toucher le plus largement possible. Plus que quelques centimètres. *’vais bien voir*. Ça se trouve, c’est comme un tapis, très doux.
Je commence à sentir la chaleur m’attaquer l’esprit. *C’n’est qu’un tableau*. Je ne comprenais pas mes pensées ce soir, elles n’avaient aucun sens. Ma main était très proche, je commençais à ressentir l’odeur du tableau à travers la pulpe de mes doigts. *Presque*. Peut-être que ça n’était pas une mauvaise idée d’être aspirée, si ça pouvait faire taire mon Regard ; et le sien. *Noire*. Bordel. « Vélane ! ».
Brûlure.
Ma main sursauta. Ainsi que tout mon corps. Je rabattis mon bras contre mon cœur dégagé de sa place. *’on dieu d’merde !*. « Oui Vélane ! ». Le réveil en sursaut de la Grosse Dame m’avait retourné le crâne. Mes paupières allaient éclater. « Ces créatures ensorceleuses d’hommes ! Ah si seulement ! ». *T’arrives quoi ?!*. Elle ne me regardait même pas, la Grosse Dame délirait toute seule. Me rendant compte que je ne respirais plus, je relâchais mes poumons. « Si seulement ! ». Aussi furtivement que tout à l’heure, je regardais autour de moi pour vérifier qu’elle ne réveillait personne en beuglant comme ça. *Personne*. Mon visage se reconcentra sur le tableau. *Personne ne se réveille*. « Ah ! ». Elle n’était pas en train de crier, c’était que dans ma tête. La Grosse Dame faisait comme moi, elle murmurait très fort ; et se parlait totalement à elle-même, je n’avais aucune idée de ce qui lui arrivait. Je détendis mon corps encore brûlant.
— Vous.
*’Dieu*. Elle me fixait de son grand regard sans regard. « Vous jeune fille ». *’t’arrives quoi ce soir ?!*. Depuis le début de cette soirée, plus rien n’avait de sens ! « Il est dans mes convictions que vous tomberiez sous le charme d’une Vélane ». *Hein ?*.
— Hein ?
*Qu’est-c’tu…*. Un rire bien trop fort explosa dans l’air. La Grosse Dame était en train d’éclater de rire grassement, comme une foutue bourge. *L’est… complètement tarée !*. Un déclic de porte fit frissonner ma peau, je connaissais beaucoup trop bien ce son. Alors que son rire dégoûtant se calmait, le gros tableau de la Grosse Dame pivota. *Vite*. Et même avec des douleurs partout, je jetais mon corps dans le trou en un seul bond ; mon sac frappa contre mon dos à l’atterrissage. *’j’suis d’dans !*. Mes jambes se lancèrent en avant, à travers ce petit couloir sombre juste avant la Salle Commune.
Derrière moi, j’entendais le tableau grincer dans l’autre sens, se refermant. Le rire de la Grosse Dame n’était plus qu’un vieux fantôme. « Merlin, qu’est-ce ? Mais il fait nuit noire ! ». *Que…*. Sa voix me paraissait différente, ou plutôt comme d’habitude. Je m’arrêtais pour regarder derrière moi.
Clac.
La Grosse Dame s’était refermée. L’entrée n’était plus qu’une bouche sans contour, sans lumière.
— Charlie ?
*Yuzu !*. Je l’avais reconnue avant même de me retourner. Mon cou pivota, et mon regard croisa ses yeux sombres, presque aussi sombres que la bouchée fermée de la Grosse Dame. J’étais encore loin d’elle, mais je voyais déjà les petites lumières qui dansaient dans son regard ; ça lui faisait ça qu’avec moi, je le savais. *Oh oui !*. La présence éveillée de Yuzu était la meilleure chose qui pouvait m’arriver ce soir, j’en étais sûre. Et tout disparu avec cette prise de conscience : la Grosse Dame, les tableaux, la douleur.
Un petit sourire redessina la courbe de mes lèvres face au regard sombre. Elle était assise au fond de la Salle Commune, dans le petit coin où il y avait le bureau, comme pour ne pas être dérangée. Un manuel et des parchemins étaient posés en face d’elle, mais j’avais l’impression qu’elle ne faisait que s’occuper sans trop se concentrer, puisque sa plume était dans sa main sans que la pointe soit imbibée d’encre. *Bizarre*. « Tu m’attendais ? ». *Mais bien*. Ça me plaisait, le non-sens pouvait donner de belles choses, parfois. « Ouais, je savais que tu viendrais ». Le dessin de mon sourire s’élargit encore plus. *J’te crois*. Le reste de mon corps tourna dans sa direction, et commença à aller vers elle. « Ah ouais ? ». Mon ton de voix était légèrement ironique, puisque j’aimais voir son visage se froisser avec cette espèce de retenue spéciale ; comme si elle cherchait à ne pas me blesser.
— Yuki… se justifia-t-elle en pointant la fenêtre du doigt, les couloirs sont gelés…
— Carrément.
Mes jambes avalèrent les quelques mètres qui nous séparaient, et je posais rapidement mes lèvres sur les siennes. Ce n’était que maintenant que je la saluais, la nuit. *Tss…*. Les cours nous prenaient tellement de temps, alors je n’imaginais même pas la torture que serait la septième année ; c’était dommage.
Yuzu m’offrit un léger sourire, puis baissa les yeux sur ses affaires. J’en fis de même, tout en posant une main sur son épaule. *Oh la pauvre*. C’était un parchemin à rendre, avec beaucoup de questions et aucune réponse rédigée. C’était comme un parchemin vierge qui se tenait sur ce manuel, tout était encore à faire. « Hm… ». Ça concernait un cours de Sortilèges. *J’crois*. Ma tête se rapprocha un peu.
— C’est trop dur… Charlie.
Ses bras s’écartèrent très fort cette fois-ci, comme si elle abandonnait totalement ses réflexions. Ou plutôt qu’elles les laissaient enfin s’échapper.
— Arrrrgh ces Anglais ont le talent… nan, ce n’est pas un talent, ils sont juste décidés à me prendre la tête bêtement. Nan mais la magie c’est la magie… Je les détestes, arrrrgh ! Ils rendent toute la magie… elle fit une pause où son corps s’avachit, je le sentis sous ma main droite, alors je fis glisser mon pouce sur sa robe en plusieurs va-et-vient, absurdement compliquée !
Elle avait presque hurlé. Ma tête pivota rapidement vers l’entrée des dortoirs, par réflexe ; on était seules ici, et il ne fallait pas que d’Autres viennent, ça gâcherait tout. « Gueule pas, ça s’rait chiant que quelqu’un arrive ». Je voulais chuchoter, mais ma voix s’éleva normalement ; comme si la différence entre son presque-cri et mon chuchotement était bien trop grande pour être alignée, on s’était donc alignée autrement, et naturellement. Mon visage revint vers sa caboche sombre. *Toujours*. Ses cheveux magnifiques. « Désolée… ». Son ton poussa ma bouche à répondre directement.
— T’excuses pas…
— Tss, cette magie n’a aucun sens ! déclara-t-elle d’une voix toujours trop forte.
Je ne pus pas retenir un soudain rire, alors je le laissais résonner dans notre espace, violemment ; il éclaboussa même ses cheveux, un peu. *Ah merde*. Les échos de mon rire faisaient encore bouger ma mâchoire lorsque je retirais ma main de son épaule pour la passer sur ses filins noirs, tout le long de sa douce chevelure ; comme de l’eau. J’aimais bien ce mouvement.
Un sourire plaqué sur le visage, je lui faisais remarquer d’un ton ironique : « Tu gueules encore ». J’entendais les échos en moi, qui se calaient entre le glissement de ses cheveux. *Ouais*. Ses cheveux… Oh, Ses cheveux. *Harmonie*.
Mon sourire tomba, il s’était pété la gueule. Le mouvement de ma main s’arrêta aussi. « Tu peux continuer si tu veux ». *Attends*. Et si je lui parlais de Solwen ? *Peut-être ?*. Yuzu me ressemblait, peut-être qu’elle verrait la même beauté insolente que j’avais vue sur ses cheveux ou même sur son visage. Et peut-être même sur sa peau. *’Dieu, sa peau*. C’était ce que je préférais chez elle, la peau. *J’crois*. Il y avait quelque chose d’unique dedans.
— Charlie ?
Mes paupières frappèrent mes yeux, m’offrant le regard de Yuzu qui me dévisageait. Je n’avais même pas senti ma main qui s’était faite tirer par les cheveux de filins ; ma paume s’éleva, et je repris mon mouvement de haut en bas, commençant par le haut de ses cheveux.
Ça ne changeait rien au regard sombre qui me transperçait, mais qui se détourna du mien. Ainsi, je pouvais l’observer autant que je le voulais. Le feu de la Salle Commune brillait légèrement dans ses prunelles. « Qu’est-ce qui t’arrive ? » souffla-t-elle en chuchotant. Je voulais lui parler de Solwen, je le voulais vraiment. *Connaître ton avis sur elle*. Bordel, j’avais besoin de lui partager l’Elle.
— J’étais avec une fille.
Le chuchotement attire le chuchotement, j’avais fait comme elle. Je sentais mes doigts glisser contre la cascade de ses cheveux, je sentais ma respiration bizarre dans les couloirs de mes poumons, je sentais la force de mes mots qui venaient de danser.
Le feu de la Salle Commune explosa dans le regard de Yuzu. *Que…*. D’une puissance si forte que les flammes se calcinaient entre elles, tellement noires qu’elles se mélangeaient à la nuance qui me rongeait. *Bon Dieu…*. Les flammes se faisaient assassiner, j’entendais leurs hurlements agoniser. *Je…*. Elles se faisaient écraser. Non. Brûler ! Brûler par ces ténèbres beaucoup plus brûlantes qu’elles ! Merde ! Qu’est-ce qui était en train de se passer ?!
Mes yeux clignèrent. Et tout disparut. « Han… ». Jetée par mon regard, je retombais dans mon corps. Mes yeux clignèrent plusieurs fois, et je repris conscience de ce qui m’entourait.
Ma main était bloquée dans les filins. Et le regard de Yuzu ne m’était pas accessible. Elle avait tourné la tête vers ses parchemins. *Bon Dieu !*. J’avais eu un moment d’absence horrible. Ma cervelle était tellement fatiguée que je me perdais dans mes pensées les plus dures. *Aller dormir*. J’aimerais tellement proposer à Yuzu de dormir avec elle, pour passer cette nuit dans la tranquillité ; sans que le Noire me serre le cou.
Mais d’abord, Solwen.
— Une Serdaigle, continuais-je en essayant de lui transmettre sa beauté dès maintenant, qui s’appelle Solwen.
Il n’y avait que la caboche sombre offerte à mon regard. Et ça me faisait chier de parler à des cheveux, alors je détachais ma main de ses filins, puis je me déplaçais sur la gauche pour me baisser au niveau de son visage. *Besoin d’ton regard*. Je voulais savoir ce qu’il y avait tout au fond de son âme.
Je posais une main sur la table, et je fléchis un genou vers le sol. « Hé, Yuzu ? ». Elle releva un peu la tête vers moi. *Oh !*. Et je faillis m’éclater au sol. « Yuzu ?! ». Mon ton était presque désaccordé, encore plus chuchoté qu’avant. Le regard qui me fixait, là, juste en face de moi, n’était pas le regard que je connaissais. Il était fermé, comme la toute première fois que je l’ai croisé. Totalement clos, hermétique, protégé. Mon esprit s’était bloqué, et je ne comprenais plus rien. Pourquoi est-ce qu’elle me regardait comme ça ?
— Hummm ?
*Oh*. Son visage était fermé, mais je m’en foutais de ça. C’était sa façon de me regarder qui me faisait mal. *Qu’est-c’que j’ai fait pour mérit…*. Ma pensée se fit trancher.
*Que…*. Ses prunelles se transformèrent brusquement, en un seul instant, comme si l’état précédent n’avait jamais existé. Toute la fermeture de son regard s’envola, les stores s’étaient pétés, à nouveau. *Oh…*. Mes genoux me faisaient mal. Ma respiration s’accéléra. Mais je n’y faisais pas attention, puisque le regard de Yuzu était redevenu normal. Pourtant, mon esprit était toujours aussi silencieux. J’étais paralysée. Je revoyais encore l’Autre-regard en superposition.
— Désolée Charlie… Je suis fatiguée… chuchota sa douce voix.
Une de ses mains se posa au niveau de son front, qu’elle massa durement. Elle soupira, aussi, d’un soupir atrocement long. Son regard s’était cassé, alors ma concentration se déplaça sur sa belle bouche ; qui n’avait rien à voir avec celle de Solwen. *Solwen…*. Bordel, ce n’était pas une très bonne idée d’en parler, au fond ; mais je ne savais toujours pas pourquoi, j’étais toujours paralysée.
D’un mouvement brusque, Yuzu se leva de sa chaise. J’eus le réflexe de me relever en même temps, sans rien contrôler. Ma tête basculait vers arrière ; Yuzu était tellement plus grande que moi, j’avais du mal à m’en rendre compte. La main masseuse quitta son visage pour enfin me laisser le champ libre à l’atteinte. Je ne comprenais pas vraiment ce qui était en train de se passer, mais son visage m’attendrit. *Yuzu…*. Ses traits se tordaient comme ça à chaque fois qu’elle était pas loin de chialer. Et je détestais ça. De tout mon cœur.
Je me lançais toute entière contre son corps, pour l’enlacer de toutes mes forces. *J’sais*. Elle n’aimait pas ça, mais je savais que ça la calmait à chaque fois. Son menton me chatouillait le haut du crâne, et son corps dur — toujours raidi comme une barre de fer — me poussait à serrer encore plus fort.
J’attendais qu’elle mette ses bras autour de moi, à son tour. *Allez*. C’était le moment d’accepter mon câlin, elle avait merdé, alors elle allait l’accepter. Elle était dans l’obligation maintenant. *ALLEZ !*.
Deux pressions, deux petits corps bien longs se posèrent dans mon dos, me traversant les omoplates de haut en bas, de part en part. *Enfin*. Elle avait accepté, j’étais presque soulagée.
Je fermais les yeux un instant, me rappelant à quel point j’avais de la chance de l’avoir trouvée. *C’est moi qui suis désolée*. J’étais trop fatiguée ce soir, je ne comprenais plus rien aux regards. Solwen m’avait aveuglée avec sa beauté. *Tss…*. Un léger rire m’échappa. *T’es trop belle abrutie…*. Ouais, elle me faisait rire, cette foutue pensée qui n’avait aucun sens.
L’étreinte se desserra du côté de Yuzu, alors j’en fis de même. « Pourquoi tu ris ? » chuchota la Japonaise. J’aimais beaucoup quand elle chuchotait, ses mots devenaient tellement plus intéressants. Je fis un petit pas en arrière, la lâchant complètement. Et je lui répondis en essayant d’utiliser une douce voix, moi aussi chuchotée :
— C’est rien…
Je décidais de ne plus lever mes yeux vers son regard pour aujourd’hui, je ne voulais plus rien voir. Être à ses côtés me suffisait. C’était tout ce que je voulais.
En levant une main vers l’entrée du dortoir, je continuais à murmurer.
— J’vais poser mon sac et…
Bon Dieu, j’avais oublié la montre qui pourrissait au fond du sac. Je l’avais prise dans mon dortoir, sur une table de chevet au hasard. *Laquelle déjà ?*. Et je ne savais plus du tout sur la table de quelle gryffonne j'avais prise cette montre. Ça me donnait encore plus envie de rire, mais je me retenais. *C’vraiment n’importe-quoi ce soir*. En plus, en pleine nuit, toutes les tables de chevet devaient avoir la même gueule… Je clignais des yeux, pensant à tous ces clones boisés qui m’attendaient dans le dortoir. *’Dieu*.
Je me mordais la lèvre inférieure pour ne pas éclater de rire.
— Et… je n’arrivais plus à chuchoter, avec cette foutue envie de faire éclater mon rire dans tout le château, j’vais… l’poser et… j’reviens avec toi.
— Il ne va pas s’échapper si tu le poses là.
Son bras apparut dans ma vision, alors je suivis ce qu’elle pointait. *Le sol*. C’était tout simplement le sol.
Mon envie de rire était en train de se calmer un peu, puisque je connaissais cette intonation dans la voix de Yuzu. Je savais qu’elle voulait dire : « J’ai besoin de te parler ». La montre attendra. *Bien…*.
Sur ma gauche, il y avait une autre chaise. Je retirais une lanière de mon épaule pour jeter le sac de l’autre main.
Le regard de la Japonaise était planté sur moi, c’était très facile à ressentir, et c’était comme si elle allait m’engueuler pour une bêtise, alors que pas du tout. *Dommage*. J’aurais vraiment aimé qu’elle soit ma grande sœur.
De tout mon poids, je m’assis lourdement sur la chaise qui faisait face à la cheminée de la Salle Commune. C’était parfait, comme ça je n’étais pas tentée de croiser le regard de Yuzu. Un long soupir écarta mes lèvres. *Bien*. J’étais prête, dans ce silence.
La danse du silence, des flammes. J’entendis ma sœur s’asseoir, et le silence reprit la suite. Je savais déjà de quoi elle voulait me parler, j’en étais même sûre ; alors il fallait que je me décide à l’aider.
— Solwen… je m’arrêtais une seconde, elle est belle.
*Ouais*. J’essayais de penser aux raisons qui m’avaient poussée à la revoir. Je devais trouver, et vite. Peut-être était-ce l’envie, mais l’envie n’était pas une raison que j’aimais, c’était une raison qui n’avait aucun sens. *Moi*. Je faisais les choses par nécessité, alors qu’est-ce qui m’était nécessaire chez Solwen ?
— Et donc ?
*Et… donc ?*. C’était une bonne question. J’essayais d’y répondre en ce moment même, Yuzu. *Douée en magie*. Elle devait m’apprendre quelque chose sur la magie ? *Non*. Ça ne concernait pas la magie. *Ah oui !*. Ma tête s’inclina sur la gauche, toujours dans l’observation du feu gigotant. *J’devais t’dessiner !*. Mais j’avais complètement oublié de le faire. *J’crois*. Le dessin… C’était nul, et je ne l’avais même pas fait.
C’était dur de trouver une raison quand elle était loin, cette Solwen. Pourtant, j’étais sûre que si elle était juste en face de moi… *J’t’en trouverais plein d’raisons Yuzu*. Ouais, c’était horriblement dur, de loin.
— Charlie ?
— Ouais ?
— Et donc ?
J’avalais ma bave. Si je ne donnais pas de réponse intéressante, je savais que Yuzu n’allait pas comprendre. *J’comprends pas moi-même !*. J’avais chaud. Bordel, j’étais dans la merde.
— Et donc…
Ma voix chuchotait, et fricotait aux abords du murmure.
Je sentais mes joues se froisser, et mes traits se tordre de frustration. Ça me faisait tellement chier de ne rien trouver que mes orbites piquaient ! *Bordel !*. Je n’arrivais pas à expliquer ! Ça n’avait aucun sens !
— Elle… ma bave séchait dans ma bouche, est belle…
Le silence que je ne voulais pas s’installa confortablement ; tout en me plantant ses dents dans la gueule. *J’sais pas bordel !*. J’avais l’impression d’avoir tout oublié, alors que je savais ce qu’elle représentait. Je revoyais ses cheveux, ses yeux, son nez, ses joues, sa peau, ses doigts… Ses doigts étaient d’une beauté déchirante. Mais rien n’en ressortait. *’fait chier*. Je me rendais compte qu’il n’y avait rien à expliquer concernant Solwen ; je devais simplement lui montrer, peut-être, un jour.
— Ok.
Elle était déçue, je le sentais dans son mot blessant. *J’sais*. En fait, je n’avais aucune idée de… *De quoi ?*. Je ne savais pas. Ma bouche s’articula encore une fois, bloquée par sa propre pensée.
— Vraiment très belle…
*Ferme-ta-gueule-Charlie*. Ses doigts… *’chier !*.
— Ok…
Je voulais arrêter, c’était bon, on avait fait le tour. « C’est tout ? ». *C’est tout*. C’est tout. Ces deux mots s’étaient placardés dans mon crâne. *C’est tout*. Ouais, c’était tout.
— Ouais…
Un reniflement — qui n’était pas larmoyant — s’échappa de Yuzu. J’avais une furieuse envie de croiser son regard pour lui montrer qu’elle pouvait lire dans le mien, mais je n’en avais pas la force maintenant ; et je ne pourrais pas me retenir de la lire, elle. Je préférais rester silencieuse, cachée en moi-même. Maudissant ma propre nullité. *Et merde…*.
Je lui avais donné ma promesse d’un Hibou, à Solwen, c’était vrai. *J’tiens mes promesses !*. Mes yeux clignèrent face au feu qui se foutait de ma gueule en dansant. Ouais, je lui avais donné ma promesse, mais je ne lui avais pas dit quand. J’avais le temps. Ma promesse durait pour toujours.
— Holàlà… Tu peux m’aider à faire ce devoir stupide ?
*Sans-aucun-sens*. Je n’aurais pas dû parler de Solwen, j’étais vraiment abrutie.
Tout mon corps se sentait mal à l’aise face à Yuzu, et mal envers Solwen. Un soupir emmena toute la haine que j’avais contre moi pour essayer de répondre d’une voix douce : « Pas besoin de d’mander... ». Tout en me tournant vers Yuzu, je me rendais compte qu’on n’avait pas eu besoin d’Autres pour tout gâcher, je m’en étais bien occupée toute seule.
« Bienvenue chez Toi »