Dissonance
Quatrième année
Je ne sais pas trop ce que je fais. Je marche sans vraiment faire attention à ce qu'il se passe autour de moi, plongée dans mes pensées, me déplaçant, sans réfléchir à mes pas, de la salle du cours qui vient de se finir à la bibliothèque. Ça m'arrive de plus en plus souvent ces temps-ci de me noyer dans mes réflexions et de perdre le fil de la réalité. En fait, ça m'arrive surtout depuis l'Incident.
Je n'aime pas trop y penser, parce que ça me rappelle que je ne suis en sécurité nulle part, même pas à Poudlard, et que les méchants sont partout, et ça me rend surtout un peu -beaucoup- parano. Si d'habitude je ne sens pas quand je change, parce que c'est progressif, à partir de ce jour de Mai, j'ai bien vu que j'avais vraiment changé. Avant, je voyais le monde en rose, pensant bêtement que le mal était du passé, et que tout irait bien maintenant parce que peace and love. Aujourd'hui, je me rends compte que je me berçais d'illusions enfantines, et ça me fait peur. Si je continue à vivre relativement normalement, à lire, à passer du temps avec Lyn à rire, travailler, papoter ou manger des chocogrenouilles, je vois que je ne suis plus tout à fait la moi d'avant. Les bruits trop sonores ou trop brusques me font peur, je stresse quand il y a trop de monde autour de moi, je suis de nouveau effrayée par le noir et je fais plus régulièrement des cauchemars. Mais j'essaye de faire des efforts pour que ça affecte le moins possible mon quotidien, sinon bonjour l'amie sympa que je ferais pour Lyn. Quand je sens que je suis sur le point de paniquer, je fais les exercices que Maman m'a expliqué, c'est à dire principalement des trucs de respiration et de positivisme, et ça marche plutôt pas trop mal pour le moment.
Ce qui me permet surtout de rester normale, c'est de tout faire exactement comme avant, c'est à dire prendre du temps pour aller à la bibliothèque pour chercher un nouveau roman à lire avant de dormir ou pour travailler calmement, continuer à faire tout pareil avec Lyn, passer du temps avec Taun, écrire à Papa et Maman... Et là, mon objectif du moment c'est d'aller me chercher une nouvelle lecture du soir à la bibliothèque puis peut être y avancer un peu mon devoir de Botanique à rendre dans quelques jours.
Mon esprit attire soudainement mon attention sur un point de la foule, et me tire de mes réflexions. Tout d'abord, je ne comprends pas ce que j'ai pu voir, il n'y a que des élèves occupés à papoter et chahuter, rien d'inhabituel. Pourtant, au moment où je m’apprête à poursuivre mon chemin, je comprends. Parce que je La vois. Juste là. A quelques mètres de moi. *Toi*
Mes jambes cessent soudain de fonctionner, je m'arrête en plein milieu du couloir, un sentiment très étrange se faisant lentement une place dans ma poitrine. Mon regard se floute.
∞
Fin Décembre 2042
Ça fait maintenant presque un mois que je guette un hibou de ta part quotidiennement, et ça fait presque un mois que je suis quotidiennement déçue. Dès qu'un hibou arrive à la maison je croise les doigts, mais soit il vient de Lyn, soit il est pour Maman. J'ai l'impression que tu m'as oubliée, ça fait un peu mal.
Février 2043
Je m'étais rassurée sur l'absence de hibou de ta part en me disant que c'était les fêtes, que tu étais peut être de retour chez toi et que tu n'avais pas pensé, dans toute cette agitation, à m'écrire. Mais avec le retour à Poudlard depuis plus d'un mois, je suis un peu obligée de me rendre à l'évidence : tu m'as oubliée. Et moi je ne peux rien faire parce que je n'ai pas ton nom, donc aucun moyen de t'écrire. Puis si ça se trouve, ta promesse n'était que du vent, en fait tu ne veux pas me parler ou me revoir. Je ne sais pas trop ce que je dois croire. Je pense que je vais attendre encore un peu, peut être que tu finiras par penser à moi, qui sait.
Juillet 2043
Je t'en veux. Je t'en veux vraiment beaucoup. Si tu ne voulais pas me revoir, tu aurais dû le dire clairement au lieu de me laisser espérer comme une idiote. Parce que oui, après quasiment huit mois sans aucun signe de vie, je continue à guetter un hibou venant de toi. Je suis trop bête.
Octobre 2043
Je n'en pouvais plus de cette incertitude, alors je t'ai laissé un petit mot dans ta pièce, j'espère que tu le liras.
Ça fait maintenant presque un mois que je guette un hibou de ta part quotidiennement, et ça fait presque un mois que je suis quotidiennement déçue. Dès qu'un hibou arrive à la maison je croise les doigts, mais soit il vient de Lyn, soit il est pour Maman. J'ai l'impression que tu m'as oubliée, ça fait un peu mal.
Février 2043
Je m'étais rassurée sur l'absence de hibou de ta part en me disant que c'était les fêtes, que tu étais peut être de retour chez toi et que tu n'avais pas pensé, dans toute cette agitation, à m'écrire. Mais avec le retour à Poudlard depuis plus d'un mois, je suis un peu obligée de me rendre à l'évidence : tu m'as oubliée. Et moi je ne peux rien faire parce que je n'ai pas ton nom, donc aucun moyen de t'écrire. Puis si ça se trouve, ta promesse n'était que du vent, en fait tu ne veux pas me parler ou me revoir. Je ne sais pas trop ce que je dois croire. Je pense que je vais attendre encore un peu, peut être que tu finiras par penser à moi, qui sait.
Juillet 2043
Je t'en veux. Je t'en veux vraiment beaucoup. Si tu ne voulais pas me revoir, tu aurais dû le dire clairement au lieu de me laisser espérer comme une idiote. Parce que oui, après quasiment huit mois sans aucun signe de vie, je continue à guetter un hibou venant de toi. Je suis trop bête.
Octobre 2043
Je n'en pouvais plus de cette incertitude, alors je t'ai laissé un petit mot dans ta pièce, j'espère que tu le liras.
Novembre 2043
Ça fait un mois que je retourne dans la pièce quasiment tous les jours, mon papier n'a pas bougé et je n'ai aucun signe de toi. Je l'ai récupéré, je laisse tomber...
∞
Un an plus tard, je n'ai toujours pas eu de signe. Et pourtant, elle se tient là, juste devant moi... Mon corps est un mélange de sentiment. J'ai la nausée, presque envie de pleurer, et en même temps, je lui en veux. Je lui en veux à mort. Dire qu'elle m'avait traitée de menteuse à plusieurs reprises, alors que moi, contrairement à elle, j'avais tenu ma promesse. Elle pouvait bien me faire des reproches tiens.
Plus je la regarde, et plus la tristesse accumulée pendant les mois de son silence se transforme en une colère qui me vrille le ventre. Je suis dégoutée, dégoutée qu'elle m'ait oublié aussi vite, dégoutée de la voir se tenir là comme si de rien n'était, mais surtout dégoutée de moi même d'avoir été assez bête pour attendre un signe de sa part pendant aussi longtemps.
Pour la première fois de ma vie, j'ai les jambes qui tremblent tellement je suis en colère. J'ai envie de dégager, de lui tourner le dos et de ne plus jamais l'approcher tellement je lui en veux, et pourtant mes jambes ne bougent pas. Je reste là, à l'observer, si tranquille, complètement inconsciente des sentiments que sa vision fait naître en moi.
Alors je serre les poings. Je les serre très fort parce que j'ai envie de crier pour décharger ce sentiment qui me fait si mal, et parce que j'ai envie de pleurer. De rage ou de tristesse je ne sais même plus. Je sais juste que je lui en veux et que je ne sais même pas si je pourrai lui pardonner de n'en avoir rien eu à faire de moi pendant deux ans et de ne pas s'en rendre compte, de ne pas réaliser que par sa simple présence elle vient de me faire extrêmement mal.
Voilés par la colère, mes yeux n'arrivent plus à voir les siens de cette si belle couleur Émeraude que je voyais avant. Pour moi ils sont devenus couleur Poison. *Je t'en veux, tu ne sais même pas à quel point...*
Pour la première fois de ma vie, j'ai les jambes qui tremblent tellement je suis en colère. J'ai envie de dégager, de lui tourner le dos et de ne plus jamais l'approcher tellement je lui en veux, et pourtant mes jambes ne bougent pas. Je reste là, à l'observer, si tranquille, complètement inconsciente des sentiments que sa vision fait naître en moi.
Alors je serre les poings. Je les serre très fort parce que j'ai envie de crier pour décharger ce sentiment qui me fait si mal, et parce que j'ai envie de pleurer. De rage ou de tristesse je ne sais même plus. Je sais juste que je lui en veux et que je ne sais même pas si je pourrai lui pardonner de n'en avoir rien eu à faire de moi pendant deux ans et de ne pas s'en rendre compte, de ne pas réaliser que par sa simple présence elle vient de me faire extrêmement mal.
Voilés par la colère, mes yeux n'arrivent plus à voir les siens de cette si belle couleur Émeraude que je voyais avant. Pour moi ils sont devenus couleur Poison. *Je t'en veux, tu ne sais même pas à quel point...*
Dernière modification par Solwen Estendle le 17 nov. 2020, 23:32, modifié 2 fois.
"If your absence doesn't bother them, then your presence never mattered to them in the first place"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” Le Petit Prince
Dissonance
[ MI-DÉCEMBRE 2044 ]
Couloir du 1er Étage, Poudlard
Charlie, 15 ans.
3ème Année Double

∞
Couloir du 1er Étage, Poudlard
Charlie, 15 ans.
3ème Année Double

∞
Professeure Montmort prodiguait ses connaissances aux nombreux élèves de Troisième Année en des gestes élégants et une éloquence fluide, la classe qui lui faisait face était fragmentée en deux occupations : ceux qui écoutaient et ceux qui s’écoutaient.
Pourtant, de ces extrêmes s’extirpait un simili entre-deux : c’était ceux qui rôdaient, avec la capacité d’être présents en deux points au même instant. Un exploit atteignable uniquement grâce au tissage d’un Lien entre les deux ; de la complexité de mélanger deux concepts différents pour en faire qu’un seul, parfaitement harmonieux.
Ainsi, à l’extrême droite du premier rang — opposé à la fenêtre — un regard émeraude serpentait entre les rayons du coucher de soleil, pendant que ses oreilles écoutaient attentivement les dires de la Professeure d’Histoire de la Magie.
Durmstrang, et sa noirceur, était au cœur du sujet.
Pourtant, de ces extrêmes s’extirpait un simili entre-deux : c’était ceux qui rôdaient, avec la capacité d’être présents en deux points au même instant. Un exploit atteignable uniquement grâce au tissage d’un Lien entre les deux ; de la complexité de mélanger deux concepts différents pour en faire qu’un seul, parfaitement harmonieux.
Ainsi, à l’extrême droite du premier rang — opposé à la fenêtre — un regard émeraude serpentait entre les rayons du coucher de soleil, pendant que ses oreilles écoutaient attentivement les dires de la Professeure d’Histoire de la Magie.
Durmstrang, et sa noirceur, était au cœur du sujet.
∞
Les poussières du soleil en déclin, flottantes sous les flots d’une eau enflammée par cet orbe d’or. Fort de sa taille, il se couchait sur l’horizon allongé. Je le regardais en train de tomber au ralenti. *S’couche tôt*. Ces derniers jours, le soleil s’enfuyait avant la dernière heure de cours, il laissait derrière lui les traces de sa jaunisse sur la poussière rocheuse prise en fragrant délit de lévitation.
Pourtant, depuis hier, je ne pouvais pas m’empêcher de voir le jaune du soleil en bleu, comme le Lumos. La couleur complémentaire du jaune est le bleu, et c’est exactement pour ça que le Lumos est bleu ; j’étais sûre de ma théorie même si elle restait débile, puisque la vraie couleur de soleil n’était pas le jaune.
J’imaginais que le Sorcier qui avait inventé le sort n’en avait rien eu à foutre de la vraie couleur du soleil. Il avait juste tourné sa grosse tête vers la plus puissante source de lumière, puis avait fini par invoquer son inverse pour le compléter, ce bleu. *C’débile*.
Cette conclusion sans grande importance que j’avais eu m’était revenue à cause de l’éducation dans l’école Magique Russe. Elle était très stricte et contraignante, comme le bleu du Lumos : complémentaire et moitié du soleil, mais sans la chaleur qui allait avec. C’était dommage.
J’imaginais que les élèves de Durmstrang devaient être très sensibles à la douceur et *Les câlins et… tous ces trucs-là*. Ils cherchaient à se compléter.
Est-ce qu’ils en rêvaient ?
Je n’en avais aucune idée, mais j’imaginais bien qu’ils en cauchemardaient. Peut-être que c’était pour ça qu’ils étaient si forts au Quidditch ; ça devait leur faire du bien de s’envoler en laissant tout derrière eux. *Tss… Débile*. Mon crâne chauffait.
*N’importe-quoi*. Mes pensées ne s’arrêtaient jamais ; parfois c’était intéressant, alors que d’autres fois, je n’y comprenais moi-même rien du tout. Mais j’aimais tous ces courants que je sentais dans mon esprit, c’était foutrement bien.
Le soleil continuait à tomber derrière l’énorme meuble montagneux, son unique œil exorbité. Et l’école Russe ne quittait pas mon esprit.
*C’doit être chiant d’être là-bas*. Au travers des poussières dorées, je sentais l’air froid de Durmstrang — bleu glacé — qui s’engouffrait comme un fourbe au travers des fenêtres en plomb. Je voyais les énormes pierres qui n’étaient pas marron-moche comme ici, mais juste noires. Noir. La vraie couleur complémentaire du soleil blanc, le noir profond.
Je n’avais même pas besoin d’écrire le cours, je retenais tout avec les images détaillées qui me remplissaient le crâne. Les pierres de Durmstrang étaient parfaitement taillées dans mes yeux, petites et alignées avec une perfection flippante. Elles étaient comme des milliers de petits yeux morts, les paupières éternellement collées. Rien n’était éclairé, les couloirs dans la pénombre, et les journées étaient aussi courtes que le froid était dur. Aucune bestiole ne cour…
— Et n’oubliez pas de prendre vos devoirs avant de sortir !
*C’est ça !*. Je clignais des yeux plusieurs fois.
L’heure était passée vite. Et j’avais glissé contre elle. *Bien*.
M’arrachant au regard du soleil en agonie, je fis basculer mes yeux sur le parchemin posé sous ma main droite. J’y avais griffonné quelques mots importants sur l’école Russe, juste pour m’en rappeler en cas d’oubli ; même si je retenais sans rien effacer.
Les Autres faisaient un gros bordel en rangeant leurs affaires.
*Juste…*. Une pensée éclair. Traversée. D’une dernière griffure, j’ajoutais le mot « intéressant » pour résumer l’école Durmstrang.
— Bien…
Puis je fis comme tous les Autres : ranger mes affaires qui étaient déjà bien agencées sur mon bureau ; c’était donc fini en quelques mouvements.
J’étais dans les dernières à sortir du cours, et la grimace de Nejma me confirmait parfaitement ça. Sa gueule toute entière était en train de clignoter d’un seul message : « Ça fait bien trop longtemps qu’j’attends, mais j’vais faire semblant d’bien l’prendre », et ce message informulé aurait dû m’énerver, mais il y avait une pensée trop importante qui vibrait dans mon crâne : je comprenais son message. C’était chiant d’attendre.
*Bien…*. Un rire de gamine résonna au loin en se répercutant sur les murs comme s’il devenait de plus en plus taré à chaque rebond. *Faudrait qu’on trouve où est-ce qu’il… Qu’il soit seul*. Les bruits qui m’entouraient étaient en train de s’écraser sous mes pieds. Je me concentrais.
Nejma, mes pensées et mes jambes qui s’avançaient. C’était tout.
— Salut.
Je sentis un soubresaut dans ma joue gauche, incontrôlé : la bouche de la blonde était bizarrement serrée. *Bien*. Elle avait appris quelque-chose. J’en étais sûre. « Salut, bien ta journée ? ». Une question sans en être réellement une, j’essayais juste de comprendre avant même qu’elle m’explique.
— D'la merde, ouais.
Sa petite bouche crispée, et son regard moins fuyant que d’habitude. Ça avait l’air d’être une mauvaise nouvelle. *’fait chier*. On devait y aller.
— Tss… j’espérais que ce n’était rien de grave. On ne pouvait de toute façon pas se mettre à parler en plein milieu de ce foutu couloir qui résonnait aussi fort qu’un gong. On devait d’abord chercher la…
Silence.
Les autres mots retombaient dans ma gorge, dégringolant le long de ma trachée. Nejma était en train de fixer un point sur ma gauche qui avait l’air d’être plus important que moi. Ça se voyait qu’elle ne réfléchissait pas, qu’elle n’était pas dans ses pensées ; c’était juste de l’observation. Même pire : de la scrutation.
Alors, en abandonnant définitivement mes mots — comme par réflexe — je tournais mon regard vers ce point tellement intéressant. *Tss…*.
— Elle a quoi c’te meuf ?
Et alors que les mots de Nejma traversaient mon esprit, un autre truc se jeta dans mon crâne pour accompagner le tout. Là.
Juste en face. Une couleur. D’un bleu aussi glacé que les couleurs de Durmstrang, aussi scintillant que le Lumos-sans-chaleur, aussi perçant que le faux-inverse-du-soleil.
Un bleu foutrement Dur.
« Bienvenue chez Toi »
Dissonance
Mon regard te quitte rapidement pour se déporter de quelques centimètres, parce que j'en sens un autre sur moi qui me fixe. Et je ne me suis pas trompée, le regard de la fille qui se tient à tes côtés est planté en plein sur mon visage. Je n'aime pas la manière dont elle m'observe, j'ai le sentiment qu'elle me prend de haut. Je la vois te parler, puis tu me vois. Et à ce moment-là, pour la première fois depuis deux ans, mes yeux et les tiens plongent les uns dans les autres. Tu me reconnais, je le vois. Mais je refuse d'en voir plus, je refuse de voir ce qui se déroule dans tes iris. Je m'en tape simplement en fait, je suis tellement en colère contre toi que là tout de suite je n'ai même plus envie d'entendre parler de toi.
Je retrouve soudainement le contrôle de mes jambes, je replace mon sac sur mon épaule, jette un dernier coup d’œil à celle que je suppose être ton amie, qui me regarde toujours de la même manière, puis je fais demi-tour. Tant pis pour le passage à la Bibliothèque, j'irai tout à l'heure, ça ne presse pas tant que ça par rapport à mon envie de marcher le plus vite possible loin de toi. C'est d'ailleurs ce que je fais, je tourne les talons et m'éloigne le plus vite possible de vos deux silhouettes, perdues au milieu de la foule d'élèves qui bavardent sans cesse. Je marche tellement vite que si je voulais accélérer, il faudrait que je me mette à courir, ce que je ne ferai pas, parce que je déteste qu'on me regarde *Trop stressant*
Au bout de quelques instants, je me suis déjà bien éloignée de toi et je sens mon dos se détendre légèrement en sachant que tu ne peux plus me voir. Je voudrais mettre encore plus de distance entre nous, rejoindre la salle commune où tu ne pourras jamais être et trouver du réconfort auprès de Lyn. Cependant, mon corps ne me laisse pas faire, ma respiration se hache, je n'arrive plus à prendre l'air qu'il me faut pour marcher si vite, et je sens un poing de côté naître dans ma poitrine. *Qu'est-ce que...* Je ne comprends pas ce qui m'arrive, quand je cours d'habitude je parcours une bien plus grande distance avant de m'essouffler, comment est-ce possible que j'ai perdu ma respiration aussi vite ? En voulant remettre les cheveux qui me tombent devant la figure derrière mes oreilles, mes doigts trouvent la raison de mon essoufflement. Je pleure.
Pour la première fois de ma vie, je pleure de rage et non pas de tristesse. Ou peut-être un peu des deux mêlés, je ne sais pas, mais là tout de suite peu m'importe, je sens toujours la même colère vriller mon ventre. La sensation est atroce, j'ai le sentiment que ma poitrine est tellement compressée que je n'arrive pas à respirer. J'étouffe, ma respiration est hachée et j'ai réellement l'impression d'avoir mal au cœur, comme si toute ma colère s'y était dirigée et menaçait de le faire exploser. Alors je m'arrête quelques instants, dans un repli du couloir, à l'abris des élèves qui y passent. Je pose mon sac au sol, puis j'appuie mon front sur la pierre froide du mur. *Respire calmement... Un... Deux... Trois...* Ça me fait du bien, mais j'ai toujours mal, d'une douleur bizarre, qui vient du cœur. Je ne comprends même pas pourquoi te voir m'a fait si mal.
En soi, on ne se connaît même pas, ou très peu, mais j'ai eu ce sentiment que peut être on pourrait devenir amies. En dehors de Lyn, ici je n'ai pas vraiment d'amis proches, je ne sais plus comment on fait pour tisser un lien comme ça avec des gens. Alors j'ai espéré pouvoir me lier d'amitié avec toi. Et visiblement, j'ai espéré trop fort parce que maintenant je suis déçue et je me sens mal. Mais surtout idiote. J'avais envie d'espérer recevoir un petit signe de toi, ça m'aurait touchée. Plus le temps passait, plus je me forçais à continuer à espérer, parce qu'arrêter revenait à me dire que j'avais espéré pour rien avant, et que je ne vaux même pas le coup qu'on m'envoie un hibou. Même si je sais que c'est bête, parce qu'il y a déjà des gens qui tiennent à moi et m'écrivent, ça m'aurait touchée que tu le fasses, qu'une quasi-inconnue le fasse.
Je me rends compte qu'une partie de ma colère est également dirigée vers moi, parce que même si je sais pourquoi j'ai mal, je ne comprends pas, je ne réussis pas à saisir comment j'ai pu imaginer si vite et sans raison une amitié entre nous deux. Avec deux ans de recul, je me rends compte que j'ai une nouvelle fois été trop sensible. On se connaissait à peine et j'ai tout de suite été trop à fond, parce que je ne sais jamais gérer mes émotions. Et là je n'ai pas géré du tout, je me suis brûlée toute seule.
Au fil de mes réflexions, ma colère doucement laisse la place à la tristesse. Je t'en veux toujours beaucoup de m'avoir ignorée pendant deux ans, mais je me rends compte que j'ai beaucoup trop espéré et que c'était très bête de ma part. Je me suis une fois de plus laissée guider par mes émotions au lieu d'utiliser ma tête, et on voit où ça nous mène. J'essuie doucement l'eau salée qui continue à mouiller mes joues, puis je reprends mon sac et pose sa bandoulière sur mon épaule droite, prête à retourner à la salle commune.
Je retrouve soudainement le contrôle de mes jambes, je replace mon sac sur mon épaule, jette un dernier coup d’œil à celle que je suppose être ton amie, qui me regarde toujours de la même manière, puis je fais demi-tour. Tant pis pour le passage à la Bibliothèque, j'irai tout à l'heure, ça ne presse pas tant que ça par rapport à mon envie de marcher le plus vite possible loin de toi. C'est d'ailleurs ce que je fais, je tourne les talons et m'éloigne le plus vite possible de vos deux silhouettes, perdues au milieu de la foule d'élèves qui bavardent sans cesse. Je marche tellement vite que si je voulais accélérer, il faudrait que je me mette à courir, ce que je ne ferai pas, parce que je déteste qu'on me regarde *Trop stressant*
Au bout de quelques instants, je me suis déjà bien éloignée de toi et je sens mon dos se détendre légèrement en sachant que tu ne peux plus me voir. Je voudrais mettre encore plus de distance entre nous, rejoindre la salle commune où tu ne pourras jamais être et trouver du réconfort auprès de Lyn. Cependant, mon corps ne me laisse pas faire, ma respiration se hache, je n'arrive plus à prendre l'air qu'il me faut pour marcher si vite, et je sens un poing de côté naître dans ma poitrine. *Qu'est-ce que...* Je ne comprends pas ce qui m'arrive, quand je cours d'habitude je parcours une bien plus grande distance avant de m'essouffler, comment est-ce possible que j'ai perdu ma respiration aussi vite ? En voulant remettre les cheveux qui me tombent devant la figure derrière mes oreilles, mes doigts trouvent la raison de mon essoufflement. Je pleure.
Pour la première fois de ma vie, je pleure de rage et non pas de tristesse. Ou peut-être un peu des deux mêlés, je ne sais pas, mais là tout de suite peu m'importe, je sens toujours la même colère vriller mon ventre. La sensation est atroce, j'ai le sentiment que ma poitrine est tellement compressée que je n'arrive pas à respirer. J'étouffe, ma respiration est hachée et j'ai réellement l'impression d'avoir mal au cœur, comme si toute ma colère s'y était dirigée et menaçait de le faire exploser. Alors je m'arrête quelques instants, dans un repli du couloir, à l'abris des élèves qui y passent. Je pose mon sac au sol, puis j'appuie mon front sur la pierre froide du mur. *Respire calmement... Un... Deux... Trois...* Ça me fait du bien, mais j'ai toujours mal, d'une douleur bizarre, qui vient du cœur. Je ne comprends même pas pourquoi te voir m'a fait si mal.
En soi, on ne se connaît même pas, ou très peu, mais j'ai eu ce sentiment que peut être on pourrait devenir amies. En dehors de Lyn, ici je n'ai pas vraiment d'amis proches, je ne sais plus comment on fait pour tisser un lien comme ça avec des gens. Alors j'ai espéré pouvoir me lier d'amitié avec toi. Et visiblement, j'ai espéré trop fort parce que maintenant je suis déçue et je me sens mal. Mais surtout idiote. J'avais envie d'espérer recevoir un petit signe de toi, ça m'aurait touchée. Plus le temps passait, plus je me forçais à continuer à espérer, parce qu'arrêter revenait à me dire que j'avais espéré pour rien avant, et que je ne vaux même pas le coup qu'on m'envoie un hibou. Même si je sais que c'est bête, parce qu'il y a déjà des gens qui tiennent à moi et m'écrivent, ça m'aurait touchée que tu le fasses, qu'une quasi-inconnue le fasse.
Je me rends compte qu'une partie de ma colère est également dirigée vers moi, parce que même si je sais pourquoi j'ai mal, je ne comprends pas, je ne réussis pas à saisir comment j'ai pu imaginer si vite et sans raison une amitié entre nous deux. Avec deux ans de recul, je me rends compte que j'ai une nouvelle fois été trop sensible. On se connaissait à peine et j'ai tout de suite été trop à fond, parce que je ne sais jamais gérer mes émotions. Et là je n'ai pas géré du tout, je me suis brûlée toute seule.
Au fil de mes réflexions, ma colère doucement laisse la place à la tristesse. Je t'en veux toujours beaucoup de m'avoir ignorée pendant deux ans, mais je me rends compte que j'ai beaucoup trop espéré et que c'était très bête de ma part. Je me suis une fois de plus laissée guider par mes émotions au lieu d'utiliser ma tête, et on voit où ça nous mène. J'essuie doucement l'eau salée qui continue à mouiller mes joues, puis je reprends mon sac et pose sa bandoulière sur mon épaule droite, prête à retourner à la salle commune.
Dernière modification par Solwen Estendle le 1 juin 2020, 01:26, modifié 2 fois.
"If your absence doesn't bother them, then your presence never mattered to them in the first place"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” Le Petit Prince
Dissonance
— Solwen ?
Un chuchotement qui trébuche bien avant d’atteindre la sensibilité de cette Dureté. Il se casse la gueule à mi-chemin, et il commence à revenir en rampant, répandant ses boyaux un peu partout sur la pierre du château. *’dieu…*. Ça fait tellement longtemps.
Et aussi légèrement qu’une feuille se pose sur une flaque, le souvenir de ma promesse montre ses petites dents. Blanches. Droites. Dégoulinantes de bave. *’m’r’garde pas comme ça*. Elle m’insulte en silence. Une dureté d’accusation. *J’sais*. Ce foutu hibou. *J’t’ai promis*. J’ai totalement oublié de lui envoyer. Et elle le voit dans mes yeux. Elle m’accuse dans son bleu.
Je ne sais plus si je la regarde, elle, ou si je me regarde, moi ; debout, sans ma parole. Je me suis dit plein de fois que je devais le faire ; il y a longtemps. *C’juste que…*. Ça fait beaucoup trop longtemps.
Son bleu est différent. Avant, il ne me regardait pas comme ça. *Arrête*. Comme une sale peste. *Arrête !*.
Elle se retourne. *Tu… m’as entendue ?*. Elle s’en va. « Charlie ? ». Elle me parle ? *Nejma*. Un camion se fracasse dans mon crâne.
— Hein ?
Je tords ma tête vers la droite, plus bas, là où le regard noir de Nejma me dévisage. « 't'arrives quoi, là ? ». L’image de moi-même, debout, sans ma parole et sans avoir respecté ma foutue promesse ne disparaît pas ; mais le voile est translucide, et je vois très bien les yeux confus de la Serdaigle. « C’est juste une… ». Une quoi ? *Juste…*. Une fille-qui-me-rappelle-à-quel-point-je-n’ai-aucune-parole. *’fait chier*. Tout ça date tellement. Je me sens bizarre. J’ai toujours respecté toutes mes promesses. « …une Serdaigle ». Mais, foutue litanie de pensée, tout ça date tell…
— Tu t’fous d’ma gueule ?
Son intonation troue le voile de ma conscience, mon esprit se ferme. Toute ma concentration se jette sur Nejma. Seule, là, en face de moi. *’surtout pas qu’elle s’énerve*. Je connais cette tonalité dans sa voix, alors il ne faut pas que je me foire. « J’voulais dire qu’elle est dans ta maison, tu l’as jamais vue ? ».
— Change pas d'sujet.
Juste pour vérifier où le bleu est passé, je jette un coup d’œil sur ma gauche. *Merde*. Solwen s’éloigne vraiment. Elle slalome entre les Autres. *P’tite*. Je ne l’ai pas bien vue, mais j’ai l’impression qu’elle n’a pas changé.
Mon regard retourne sur Nejma. J’ai trouvé quoi lui dire. « Elle joue du piano ». Aussitôt, ses sourcils se froncent, elle sait ce qu’est le piano pour moi. Sa colère s’affaisse, et c’est tout ce qui compte.
— Comme toi ?
C’est à mon tour de froncer les sourcils. Comment est-ce qu’elle jouait déjà ? Je fouille dans mon esprit à la recherche de quelques notes. Fantomatiques. Tellement glissantes. *’me rappelle même plus*. Les souvenirs sont trop vieux, couverts de poussière, ils étouffent ma gorge sèche.
Je décide de lui dire une autre vérité : « Personne n’joue comme moi », pendant que je vérifie que la joueuse-de-piano ne s’éloigne pas trop. *’l’est vraiment en colère*.
— Bah… T’façon ça change pas qu’elle a envie d'te buter.
*Ouais*. Je dois vérifier que la Dureté dans ses yeux est bien réelle.
— Bouge pas.
Un ordre pour Nejma, je sais qu’elle m’écoute quand elle est calme. « T’es pas sérieuse, là ? ». Même quand elle n’est pas d’accord.
Je serre un peu plus fort les manuels contre ma poitrine, et je me lance dans la direction des Autres. « Tu casses les couilles ». Solwen a totalement disparu. Elle a couru ? *’doit être par là-bas*. Bordel…
— 'tarde pas ! résonne une dernière fois la voix de la blonde, accompagnant mes pas de son intonation crispée.
Je trace entre les murs, sans devoir esquiver les Autres puisqu’ils se retirent d’eux-mêmes. *Mais t’es où ?*. Je ne suis plus sûre de lui avoir promis un hibou ou juste un nouveau rendez-vous dans la pièce. *Oh… c’te vieille pièce…*. Bon Dieu. Ma mâchoire se serre.
Je n’aime pas tous ces souvenirs, alors j’espère que c’est le hibou ; juste pour que ma promesse ne soit pas périmée. Ça me ferait chier de devoir accepter le manquement à ma parole. *’faut que j’fasse la promesse d’plus faire d’promesses*. Surtout aux Autres. *’sert plus à rien t’façon*. Ils ne sont plus rien.
Mais…
Où est-ce qu’elle est passée ?!
— Solwen ?
Elle ne s’est pas cachée quand même ? *Non… Si ?*. Une inspiration gonfle mes poumons, puis je fais tout claquer sur ma langue.
— Solwen !
Quelques regards se tournent vers moi. Alors j’y cherche le bleu-de-Dureté.
Un chuchotement qui trébuche bien avant d’atteindre la sensibilité de cette Dureté. Il se casse la gueule à mi-chemin, et il commence à revenir en rampant, répandant ses boyaux un peu partout sur la pierre du château. *’dieu…*. Ça fait tellement longtemps.
Et aussi légèrement qu’une feuille se pose sur une flaque, le souvenir de ma promesse montre ses petites dents. Blanches. Droites. Dégoulinantes de bave. *’m’r’garde pas comme ça*. Elle m’insulte en silence. Une dureté d’accusation. *J’sais*. Ce foutu hibou. *J’t’ai promis*. J’ai totalement oublié de lui envoyer. Et elle le voit dans mes yeux. Elle m’accuse dans son bleu.
Je ne sais plus si je la regarde, elle, ou si je me regarde, moi ; debout, sans ma parole. Je me suis dit plein de fois que je devais le faire ; il y a longtemps. *C’juste que…*. Ça fait beaucoup trop longtemps.
Son bleu est différent. Avant, il ne me regardait pas comme ça. *Arrête*. Comme une sale peste. *Arrête !*.
Elle se retourne. *Tu… m’as entendue ?*. Elle s’en va. « Charlie ? ». Elle me parle ? *Nejma*. Un camion se fracasse dans mon crâne.
— Hein ?
Je tords ma tête vers la droite, plus bas, là où le regard noir de Nejma me dévisage. « 't'arrives quoi, là ? ». L’image de moi-même, debout, sans ma parole et sans avoir respecté ma foutue promesse ne disparaît pas ; mais le voile est translucide, et je vois très bien les yeux confus de la Serdaigle. « C’est juste une… ». Une quoi ? *Juste…*. Une fille-qui-me-rappelle-à-quel-point-je-n’ai-aucune-parole. *’fait chier*. Tout ça date tellement. Je me sens bizarre. J’ai toujours respecté toutes mes promesses. « …une Serdaigle ». Mais, foutue litanie de pensée, tout ça date tell…
— Tu t’fous d’ma gueule ?
Son intonation troue le voile de ma conscience, mon esprit se ferme. Toute ma concentration se jette sur Nejma. Seule, là, en face de moi. *’surtout pas qu’elle s’énerve*. Je connais cette tonalité dans sa voix, alors il ne faut pas que je me foire. « J’voulais dire qu’elle est dans ta maison, tu l’as jamais vue ? ».
— Change pas d'sujet.
Juste pour vérifier où le bleu est passé, je jette un coup d’œil sur ma gauche. *Merde*. Solwen s’éloigne vraiment. Elle slalome entre les Autres. *P’tite*. Je ne l’ai pas bien vue, mais j’ai l’impression qu’elle n’a pas changé.
Mon regard retourne sur Nejma. J’ai trouvé quoi lui dire. « Elle joue du piano ». Aussitôt, ses sourcils se froncent, elle sait ce qu’est le piano pour moi. Sa colère s’affaisse, et c’est tout ce qui compte.
— Comme toi ?
C’est à mon tour de froncer les sourcils. Comment est-ce qu’elle jouait déjà ? Je fouille dans mon esprit à la recherche de quelques notes. Fantomatiques. Tellement glissantes. *’me rappelle même plus*. Les souvenirs sont trop vieux, couverts de poussière, ils étouffent ma gorge sèche.
Je décide de lui dire une autre vérité : « Personne n’joue comme moi », pendant que je vérifie que la joueuse-de-piano ne s’éloigne pas trop. *’l’est vraiment en colère*.
— Bah… T’façon ça change pas qu’elle a envie d'te buter.
*Ouais*. Je dois vérifier que la Dureté dans ses yeux est bien réelle.
— Bouge pas.
Un ordre pour Nejma, je sais qu’elle m’écoute quand elle est calme. « T’es pas sérieuse, là ? ». Même quand elle n’est pas d’accord.
Je serre un peu plus fort les manuels contre ma poitrine, et je me lance dans la direction des Autres. « Tu casses les couilles ». Solwen a totalement disparu. Elle a couru ? *’doit être par là-bas*. Bordel…
— 'tarde pas ! résonne une dernière fois la voix de la blonde, accompagnant mes pas de son intonation crispée.
Je trace entre les murs, sans devoir esquiver les Autres puisqu’ils se retirent d’eux-mêmes. *Mais t’es où ?*. Je ne suis plus sûre de lui avoir promis un hibou ou juste un nouveau rendez-vous dans la pièce. *Oh… c’te vieille pièce…*. Bon Dieu. Ma mâchoire se serre.
Je n’aime pas tous ces souvenirs, alors j’espère que c’est le hibou ; juste pour que ma promesse ne soit pas périmée. Ça me ferait chier de devoir accepter le manquement à ma parole. *’faut que j’fasse la promesse d’plus faire d’promesses*. Surtout aux Autres. *’sert plus à rien t’façon*. Ils ne sont plus rien.
Mais…
Où est-ce qu’elle est passée ?!
— Solwen ?
Elle ne s’est pas cachée quand même ? *Non… Si ?*. Une inspiration gonfle mes poumons, puis je fais tout claquer sur ma langue.
— Solwen !
Quelques regards se tournent vers moi. Alors j’y cherche le bleu-de-Dureté.
« Bienvenue chez Toi »
Dissonance
- Solwen ?
Alors que je m'apprêtais à sortir de mon recoin, je m'immobilise immédiatement. *Lyn ?* Je sais immédiatement que non, ce n'est pas la jolie Serdaigle. Primo, parce qu'elle n'est sûrement pas là, secundo parce que ce n'est pas son genre de m'appeler en plein milieu d'un couloir, et tertio parce que ce n'est pas du tout sa voix tout simplement. Celle qui vient de prononcer mon prénom a une voix féminine et assez aiguë, mais le timbre est très différent de celui de Lyn dans lequel on peut déceler sans souci sa bonne humeur, sa joie de vivre, son sourire.
Cette voix là, je la connais, et en même temps je ne la connais pas. Je ne l'ai pas entendue beaucoup, pourtant avec ce qu'il s'est passé il y a quelques minutes, je sais exactement à qui elle appartient. Honnêtement, je ne pensais pas que tu quitterais la Serdaigle qui t'accompagnait pour me suivre. *Pourquoi l'aurais-tu fait ?*
Je sais que tu es juste à côté, ta voix ne venait pas de loin. Je t'imagine au milieu du couloir, observant tous les visages autour de toi, visages qui t'observent eux aussi devant ton comportement inhabituel. Je sais également que de là où tu es, tu ne peux pas me voir. En me rendant compte que tu étais tout près, je me suis reculée plus profondément dans mon repli de couloir, de telle sorte que je n'ai plus qu'un tout petit angle de vue sur ce qu'il se passe en dehors. Tant que je ne te vois pas, tu ne peux pas m'apercevoir, et tout va bien. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de te parler. Même si je suis un peu triste à l'idée de te laisser seule, plantée là à me chercher, observée par tous les élèves passant, ce n'est rien à côté de ce que ton silence m'a fait. Dans une minute ou deux, tu auras abandonné l'idée de me trouver, tu partiras rejoindre ton amie et après quelques instants en sa présence, je suis persuadée que je serai déjà sortie de ta tête. J'attends juste que tu t'en ailles, que je puisse retourner à ma salle commune.
- Solwen !
Tu recommences. Tu as parlé plus fort cette fois. Et soudain je ne suis plus si sûre que tu partes aussi vite, sans m'avoir trouvée.
Entendre ta voix prononcer mon prénom me donne un sentiment étrange. A la fois une sorte de contentement à l'idée que tu t'en souviennes, parce que tu aurais pu l'oublier tout comme tu m'as zappée, et une espèce de gêne. On ne m'appelle quasiment jamais par mon prénom, alors le fait que tu le fasses, plantée en plein milieu d'un couloir qui plus est, me fait bizarre.
Mais surtout tu me fais un peu de peine. Si la première fois que tu m'as appelée j'étais sûre de ne pas vouloir te rejoindre, cette fois j'hésite. Je sais que rester cachée te ferait de la peine, mais je ne sais pas si j'ai le courage de te parler. Je n'ai pas envie que tu sois triste, et je n'ai pas envie de l'être non plus.
Hésitante, je m'approche doucement du couloir pour te voir, tout en restant dissimulée par le mur. En balayant du regard les élèves qui passent, je te repère rapidement. Tu es la seule immobile, à observer ceux qui passent autour de toi, dans l'espoir, je le sais, de trouver mon visage parmi eux.
Alors je décide de sortir. Je me faufile parmi les élèves et m'approche de toi. J'en profite pour te regarder. Depuis la dernière fois, tu as bien grandi. Tu me sembles vraiment grande par rapport à moi. Je sais que je suis encore assez petite, mais quand même. Lorsque je suis plus proche de toi, je me concentre sur ton visage, qui me semble de plus en plus haut. J'ai le sentiment que tu as changé, ton visage n'est plus tout à fait le même, et pourtant je n'arrive pas à définir ce qui a changé, c'est trop léger. Ou alors ce sont mes souvenirs qui ne sont pas assez précis, je ne sais pas.
Lorsque je ne suis plus qu'à quelques pas de toi, je sens une boule de nervosité naître dans mon ventre. Je m'accroche de mes deux mains à la bandoulière de mon sac comme si elle pouvait m'empêcher de tomber. Je lève la tête pour observer tes yeux, mais je n'ose pas te regarder plus de quelques instants. Alors je concentre mon regard sur mes pieds, remonte la bretelle de mon sac et m'approche un tout petit peu plus de toi.
- Je suis là.
Je ne sais pas quoi ajouter alors je n'ajoute rien, je n'ai pas le cœur à faire des efforts. Je lève la tête quelques instants pour te regarder, pas très assurée.
Alors que je m'apprêtais à sortir de mon recoin, je m'immobilise immédiatement. *Lyn ?* Je sais immédiatement que non, ce n'est pas la jolie Serdaigle. Primo, parce qu'elle n'est sûrement pas là, secundo parce que ce n'est pas son genre de m'appeler en plein milieu d'un couloir, et tertio parce que ce n'est pas du tout sa voix tout simplement. Celle qui vient de prononcer mon prénom a une voix féminine et assez aiguë, mais le timbre est très différent de celui de Lyn dans lequel on peut déceler sans souci sa bonne humeur, sa joie de vivre, son sourire.
Cette voix là, je la connais, et en même temps je ne la connais pas. Je ne l'ai pas entendue beaucoup, pourtant avec ce qu'il s'est passé il y a quelques minutes, je sais exactement à qui elle appartient. Honnêtement, je ne pensais pas que tu quitterais la Serdaigle qui t'accompagnait pour me suivre. *Pourquoi l'aurais-tu fait ?*
Je sais que tu es juste à côté, ta voix ne venait pas de loin. Je t'imagine au milieu du couloir, observant tous les visages autour de toi, visages qui t'observent eux aussi devant ton comportement inhabituel. Je sais également que de là où tu es, tu ne peux pas me voir. En me rendant compte que tu étais tout près, je me suis reculée plus profondément dans mon repli de couloir, de telle sorte que je n'ai plus qu'un tout petit angle de vue sur ce qu'il se passe en dehors. Tant que je ne te vois pas, tu ne peux pas m'apercevoir, et tout va bien. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de te parler. Même si je suis un peu triste à l'idée de te laisser seule, plantée là à me chercher, observée par tous les élèves passant, ce n'est rien à côté de ce que ton silence m'a fait. Dans une minute ou deux, tu auras abandonné l'idée de me trouver, tu partiras rejoindre ton amie et après quelques instants en sa présence, je suis persuadée que je serai déjà sortie de ta tête. J'attends juste que tu t'en ailles, que je puisse retourner à ma salle commune.
- Solwen !
Tu recommences. Tu as parlé plus fort cette fois. Et soudain je ne suis plus si sûre que tu partes aussi vite, sans m'avoir trouvée.
Entendre ta voix prononcer mon prénom me donne un sentiment étrange. A la fois une sorte de contentement à l'idée que tu t'en souviennes, parce que tu aurais pu l'oublier tout comme tu m'as zappée, et une espèce de gêne. On ne m'appelle quasiment jamais par mon prénom, alors le fait que tu le fasses, plantée en plein milieu d'un couloir qui plus est, me fait bizarre.
Mais surtout tu me fais un peu de peine. Si la première fois que tu m'as appelée j'étais sûre de ne pas vouloir te rejoindre, cette fois j'hésite. Je sais que rester cachée te ferait de la peine, mais je ne sais pas si j'ai le courage de te parler. Je n'ai pas envie que tu sois triste, et je n'ai pas envie de l'être non plus.
Hésitante, je m'approche doucement du couloir pour te voir, tout en restant dissimulée par le mur. En balayant du regard les élèves qui passent, je te repère rapidement. Tu es la seule immobile, à observer ceux qui passent autour de toi, dans l'espoir, je le sais, de trouver mon visage parmi eux.
Alors je décide de sortir. Je me faufile parmi les élèves et m'approche de toi. J'en profite pour te regarder. Depuis la dernière fois, tu as bien grandi. Tu me sembles vraiment grande par rapport à moi. Je sais que je suis encore assez petite, mais quand même. Lorsque je suis plus proche de toi, je me concentre sur ton visage, qui me semble de plus en plus haut. J'ai le sentiment que tu as changé, ton visage n'est plus tout à fait le même, et pourtant je n'arrive pas à définir ce qui a changé, c'est trop léger. Ou alors ce sont mes souvenirs qui ne sont pas assez précis, je ne sais pas.
Lorsque je ne suis plus qu'à quelques pas de toi, je sens une boule de nervosité naître dans mon ventre. Je m'accroche de mes deux mains à la bandoulière de mon sac comme si elle pouvait m'empêcher de tomber. Je lève la tête pour observer tes yeux, mais je n'ose pas te regarder plus de quelques instants. Alors je concentre mon regard sur mes pieds, remonte la bretelle de mon sac et m'approche un tout petit peu plus de toi.
- Je suis là.
Je ne sais pas quoi ajouter alors je n'ajoute rien, je n'ai pas le cœur à faire des efforts. Je lève la tête quelques instants pour te regarder, pas très assurée.
"If your absence doesn't bother them, then your presence never mattered to them in the first place"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” Le Petit Prince
Dissonance
Cette foutue promesse aux contours troublés, aussi connus qu’inconnus.
*Mais bordel… T’es où ?*. Dans l’alentour de ma vision, les pupilles me fixaient sans la moindre gêne, comme d’habitude, avec la même insistance. Si je voulais me débarrasser d’un regard en particulier, il me suffisait de le fixer à mon tour ; et son numéro de cirque commençait.
Le regard — en un aller-retour rapide — faisait semblant qu’il venait juste d’arriver sur moi, puis il prenait un air entre la surprise stupide et l’ahurissement crétin, puis il se détournait finalement comme si de rien était, sans oser revenir.
Tout ce cirque de merde était en train de se jouer en face de moi, en boucle, alors que je fouillais tous les regards pour chercher celui *Dur* qui m’intéresse.
Aucun signe.
Personne. Rien.
*’chier !*. Il fallait que je la voie. Je devais régler ça tout de suite. *’me suis trompée de couloir*. Le doute gangrenait toutes mes pensées. Je n’étais plus sûre de ma promesse, ni du couloir, ni du fait que Solwen soit une création de mon imagination. *Nejma la…*. J’arrête de réfléchir. J’avale une grosse bouchée d’air, que j’expulse aussitôt. Bruyamment.
Cette fille est réelle. Je le sais.
Alors soit elle court très vite, soit je me suis juste trompée de couleu — *’loir*. Je pose mon index et mon majeur contre ma paupière droite pour la malaxer. *’juste aller chez les bleus*. Me planter là-bas, et la demander à n’importe qui en face de sa Salle Commune. Elle aura déjà eu un peu le temps de réfléchir. « Tss… ». Je dois la voir.
Ça me fait chier de savoir que c’est l’unique chose que je dois faire, et le plus rapidement possible. J’ai l’impression d’être comprimée tant que ce n’était pas fait.
Ouvrant à nouveau mes deux yeux, je fais un — unique pas. « Oh ». Là.
Émergente.
La Dureté au milieu des Autres ; qui disparaissaient doucement. *Elle a…*. Je vois encore très bien mon environnement, mais il perd de sa saveur.
Là. Cette Dureté, se rapprochant *’l’est proche !*, me rappelant des choses que je ne comprends pas. *Elle a changé ?*. Je suis sûre qu’il y avait quelque chose de différent. Avant, ce n’était pas ça que je voyais. *’c’pas d’ça que... ’me rappelle pas*.
Dans mes souvenirs, cette Dureté était plus douce — mon regard quitte le sien pour observer tout son visage — et beaucoup moins jolie que ce que j’avais en face.
Elle se rapproche encore. *C’est…*.
J’avais beau détester les Autres, la beauté de cette Autre-ci était incomparable. Unanime. Aussi clair que Do est Do, et que Dragon est Feu ; incontestable. Elle a des traits d’une harmonie parfaite. *’sauf ta bouche*. Bizarre.
Je laisse mon regard prendre encore plus d’ampleur pour détailler son corps ; camouflé par des couches de vêtements, je vois pourtant bien les courbes de sa fine silhouette *’p’tite*. Alors je laisse toutes les pièces s’assembler, sa Dureté, son visage et son corps. Je la vois dans son entièreté. *’avais totalement oublié*.
L’harmonie qui se tient là me laisse sans voix, elle pourrait presque ressembler à une de mes compositions.
Ses petites mains se tiennent contre elle-même, une lanière de je-ne-sais-pas-quoi. Je ne fais pas attention aux détails, c’est l’entièreté qui est absorbante. Elle bouge beaucoup, et je me tais encore plus. J’ai l’impression que je vais déranger cet art-sur-pattes si je dis ou pense quelque chose. Alors j’attends, regardant avec concentration.
Elle s’approche encore.
J’attends.
— Je suis là.
Une voix, qui bouffe toute ma rêverie.
Je réintègre mon corps violemment.
*Oh*. Du sang est en train de pulser dans mes tempes. *Hein ?*. J’ai chaud. *’dieu*. J’ai tellement chaud.
D’une lenteur que je ne contrôle pas, je baisse les yeux sur mon corps ; étranger. *’ai chaud*. Tellement plus étranger que d’habitude. Il me trahissait tous les jours, mais aujourd’hui était une trahison nouvelle. *Qu’est-ce qui…*. Pas aussi dégoûtante que les Autres. Je n’avais pas mal, je ne m’étouffais pas, je ne m’aveuglais pas ; c’était juste mon sang, foutrement chaud. J’avais l’impression de le sentir tourner dans mon corps.
*Elle est là !*.
Tout ça dure une fraction de seconde, je crois. Alors je propulse mon regard plus haut, en plein dans cette Dureté-traitresse.
— Solwen…
J’ai la sensation d’avoir dépassé quelque-chose, dans mon crâne et dans mon corps. Je peux bien réfléchir maintenant. *Bizarre*. Quelque-part, je n’aime pas ce que cette Dureté *molle, t’es en train de…*. Ma conscience trébuche. *T’as…*. Je me rends compte que sa Dureté est rouge.
*‘lle a pleuré ?*. Un peu gonflé, son regard. Je n’avais rien remarqué de loin. *La promesse !*. Tout me revient !
Une grimace incontrôlée tord mon visage. *Qu’est-ce qu’il m’est arrivée ?!*. J’ai eu un foutu moment d’absence ! *Concentre-toi. Pas grave*. Ça faisait tellement longtemps que ça ne m’était pas arrivé.
Ses yeux ont été compressés. Le pire étant son expression qui mélangeait trop de choses. Je vois sa bouche, plus fine que tout à l’heure. Je vois ses sourcils qui tremblent. De peur ? De tristesse ? De colère ? Je n’en sais foutrement rien, je ne ressens pas grand-chose. Le froid commence à revenir.
En temps normal, je n’en aurais rien à foutre d’elle. *’jolie*. Mais pas maintenant, une promesse se tient entre nous. Je balaye la grimace de ma gueule, sans réussir à effacer mes sourcils froncés. *’fais chier c’te beauté*.
Je ne sais pas, alors je vais demander. J’avale ma salive.
C’est aussi simple que ça.
— T’es fâchée ?
Une petite seconde, je laisse mon regard détailler son *joli* visage ; puis le reste. Les courbes, les jointures, les couleurs et les ombres. *Bien*.
En inspirant profondément, mes yeux se plantent à nouveau dans son bleu-de-beauté. *’comme du saphir ?*.
Ouais, je me rappelais enfin d’elle, maintenant. Elle dépassait la beauté d’Adaline, de Karasu, de Ruby et même de l’Autre-aux-yeux-de-ciel.
Ouais, Solwen était la personne la plus foutrement jolie de toute l’Angleterre.
*Mais bordel… T’es où ?*. Dans l’alentour de ma vision, les pupilles me fixaient sans la moindre gêne, comme d’habitude, avec la même insistance. Si je voulais me débarrasser d’un regard en particulier, il me suffisait de le fixer à mon tour ; et son numéro de cirque commençait.
Le regard — en un aller-retour rapide — faisait semblant qu’il venait juste d’arriver sur moi, puis il prenait un air entre la surprise stupide et l’ahurissement crétin, puis il se détournait finalement comme si de rien était, sans oser revenir.
Tout ce cirque de merde était en train de se jouer en face de moi, en boucle, alors que je fouillais tous les regards pour chercher celui *Dur* qui m’intéresse.
Aucun signe.
Personne. Rien.
*’chier !*. Il fallait que je la voie. Je devais régler ça tout de suite. *’me suis trompée de couloir*. Le doute gangrenait toutes mes pensées. Je n’étais plus sûre de ma promesse, ni du couloir, ni du fait que Solwen soit une création de mon imagination. *Nejma la…*. J’arrête de réfléchir. J’avale une grosse bouchée d’air, que j’expulse aussitôt. Bruyamment.
Cette fille est réelle. Je le sais.
Alors soit elle court très vite, soit je me suis juste trompée de couleu — *’loir*. Je pose mon index et mon majeur contre ma paupière droite pour la malaxer. *’juste aller chez les bleus*. Me planter là-bas, et la demander à n’importe qui en face de sa Salle Commune. Elle aura déjà eu un peu le temps de réfléchir. « Tss… ». Je dois la voir.
Ça me fait chier de savoir que c’est l’unique chose que je dois faire, et le plus rapidement possible. J’ai l’impression d’être comprimée tant que ce n’était pas fait.
Ouvrant à nouveau mes deux yeux, je fais un — unique pas. « Oh ». Là.
Émergente.
La Dureté au milieu des Autres ; qui disparaissaient doucement. *Elle a…*. Je vois encore très bien mon environnement, mais il perd de sa saveur.
Là. Cette Dureté, se rapprochant *’l’est proche !*, me rappelant des choses que je ne comprends pas. *Elle a changé ?*. Je suis sûre qu’il y avait quelque chose de différent. Avant, ce n’était pas ça que je voyais. *’c’pas d’ça que... ’me rappelle pas*.
Dans mes souvenirs, cette Dureté était plus douce — mon regard quitte le sien pour observer tout son visage — et beaucoup moins jolie que ce que j’avais en face.
Elle se rapproche encore. *C’est…*.
J’avais beau détester les Autres, la beauté de cette Autre-ci était incomparable. Unanime. Aussi clair que Do est Do, et que Dragon est Feu ; incontestable. Elle a des traits d’une harmonie parfaite. *’sauf ta bouche*. Bizarre.
Je laisse mon regard prendre encore plus d’ampleur pour détailler son corps ; camouflé par des couches de vêtements, je vois pourtant bien les courbes de sa fine silhouette *’p’tite*. Alors je laisse toutes les pièces s’assembler, sa Dureté, son visage et son corps. Je la vois dans son entièreté. *’avais totalement oublié*.
L’harmonie qui se tient là me laisse sans voix, elle pourrait presque ressembler à une de mes compositions.
Ses petites mains se tiennent contre elle-même, une lanière de je-ne-sais-pas-quoi. Je ne fais pas attention aux détails, c’est l’entièreté qui est absorbante. Elle bouge beaucoup, et je me tais encore plus. J’ai l’impression que je vais déranger cet art-sur-pattes si je dis ou pense quelque chose. Alors j’attends, regardant avec concentration.
Elle s’approche encore.
J’attends.
— Je suis là.
Une voix, qui bouffe toute ma rêverie.
Je réintègre mon corps violemment.
*Oh*. Du sang est en train de pulser dans mes tempes. *Hein ?*. J’ai chaud. *’dieu*. J’ai tellement chaud.
D’une lenteur que je ne contrôle pas, je baisse les yeux sur mon corps ; étranger. *’ai chaud*. Tellement plus étranger que d’habitude. Il me trahissait tous les jours, mais aujourd’hui était une trahison nouvelle. *Qu’est-ce qui…*. Pas aussi dégoûtante que les Autres. Je n’avais pas mal, je ne m’étouffais pas, je ne m’aveuglais pas ; c’était juste mon sang, foutrement chaud. J’avais l’impression de le sentir tourner dans mon corps.
*Elle est là !*.
Tout ça dure une fraction de seconde, je crois. Alors je propulse mon regard plus haut, en plein dans cette Dureté-traitresse.
— Solwen…
J’ai la sensation d’avoir dépassé quelque-chose, dans mon crâne et dans mon corps. Je peux bien réfléchir maintenant. *Bizarre*. Quelque-part, je n’aime pas ce que cette Dureté *molle, t’es en train de…*. Ma conscience trébuche. *T’as…*. Je me rends compte que sa Dureté est rouge.
*‘lle a pleuré ?*. Un peu gonflé, son regard. Je n’avais rien remarqué de loin. *La promesse !*. Tout me revient !
Une grimace incontrôlée tord mon visage. *Qu’est-ce qu’il m’est arrivée ?!*. J’ai eu un foutu moment d’absence ! *Concentre-toi. Pas grave*. Ça faisait tellement longtemps que ça ne m’était pas arrivé.
Ses yeux ont été compressés. Le pire étant son expression qui mélangeait trop de choses. Je vois sa bouche, plus fine que tout à l’heure. Je vois ses sourcils qui tremblent. De peur ? De tristesse ? De colère ? Je n’en sais foutrement rien, je ne ressens pas grand-chose. Le froid commence à revenir.
En temps normal, je n’en aurais rien à foutre d’elle. *’jolie*. Mais pas maintenant, une promesse se tient entre nous. Je balaye la grimace de ma gueule, sans réussir à effacer mes sourcils froncés. *’fais chier c’te beauté*.
Je ne sais pas, alors je vais demander. J’avale ma salive.
C’est aussi simple que ça.
— T’es fâchée ?
Une petite seconde, je laisse mon regard détailler son *joli* visage ; puis le reste. Les courbes, les jointures, les couleurs et les ombres. *Bien*.
En inspirant profondément, mes yeux se plantent à nouveau dans son bleu-de-beauté. *’comme du saphir ?*.
Ouais, je me rappelais enfin d’elle, maintenant. Elle dépassait la beauté d’Adaline, de Karasu, de Ruby et même de l’Autre-aux-yeux-de-ciel.
Ouais, Solwen était la personne la plus foutrement jolie de toute l’Angleterre.
Dernière modification par Charlie Rengan le 20 févr. 2021, 14:49, modifié 1 fois.
« Bienvenue chez Toi »
Dissonance
Lorsque tes yeux se baissent vers moi, mon regard croise le tien, mais je ne lui laisse pas le temps de s'accrocher à ton vert et détourne immédiatement les yeux vers le sol. Au même moment, je t'entends souffler mon prénom.
- Solwen…
Le monde se coupe autour de moi. Je ne sais pas ce que je fais là. Je me sens nulle. Je m'étais promis que si tu avais le culot de revenir comme si de rien n'était après qu'autant de temps ce soit écoulé, je t'ignorerais un peu, que tu comprennes ce que ça fait. Et pourtant, me voilà, plantée devant toi, revenant vers toi au premier signe de ta part à mon intention. Parce que je ne veux pas te faire de peine en te fuyant. Comme si tu méritais que je m'en préoccupe... Comme si, toi, tu t'étais préoccupée de ce que tu me faisais.
Et en même temps, ai-je le droit de te reprocher ton absence et ton silence ? Ai-je le droit de t'en vouloir ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Tu n'as pas tenu ta promesse, certes, mais qui suis-je pour te le reprocher ? Justement, personne. Pour toi, je ne suis rien, et je le sais. Ça fait mal alors que, théoriquement, tu n'es pas grand chose pour moi non plus, à tout casser on s'est vues deux fois. C'est rien. Mais pour moi c'est déjà beaucoup, ça comptait pour moi. Tu représentais mon espoir de réussir à être normale pour une fois, et réussir à me faire une nouvelle amie.
J'aimerais arrêter le temps, rentrer à la maison et demander à Papa et Maman ce que je dois faire de ça, ce que je suis censée faire avec ces sentiments qui me bouffent. Je n'en peux plus de ce mélange impitoyable de colère et tristesse qui me ronge. Je ne demande qu'à t'oublier, mais je peux pas, parce que tu m'as promis, et que contrairement à toi je n'oublie pas les promesses.
- T’es fâchée ?
Un soufflement s'échappe de mon nez et un sourire amer déforme mes lèvres. *Qu'est-ce que t'en penses ?*
J'ai envie de pleurer. Evidemment que je suis fâchée. Et je me déteste d'être fâchée. Je devrais m'en foutre de ton silence, de savoir que tu m'as oubliée. Mais je ne m'en fous pas. Parce que je ressens ton silence comme un signe que je ne mérite pas ton intérêt, que me faire une promesse ne vaut pas plus que du vent. Moi qui n'ai déjà pas grande confiance en moi, ça, ça fait vraiment mal. Pas parce que c'est toi, mais par ce que ça représente. Par la manière dont ça me fait me sentir, par la façon dont ça ronge mon estime de moi.
Mes jambes tremblent.
Je veux partir.
Là, juste là, je rêve d'être capable de Transplaner, pour pouvoir disparaître. Mais c'est pas possible, surtout pas à Poudlard. J'aimerais au moins avoir un bouton on/off pour mes émotions. Là encore, je peux rêver.
Alors je ne fais qu'hausser les épaules. Je n'ose même pas te regarder à nouveau, par peur de ce que je pourrais voir dans tes yeux. Et par peur de ce que ça me ferait. Il est hors de question que je me mette à pleurer devant toi, j'ai encore ma fierté.
D'un air que j'espère désinvolte malgré la raideur évidente qui marque mes mouvements, je remonte inutilement la bretelle de ma bandoulière, replace ma mèche de cheveux rebelle derrière mon oreille droite, et m'accroche à la sangle de mon sac, un peu trop fort pour que ce soit naturel, mais pas assez pour masquer le tremblement de mes mains.
J'ouvre la bouche une première fois pour te répondre, mais aucun son ne sort, j'ai la gorge trop sèche. Alors j'avale ma salive, et, en me raclant la gorge discrètement, je remonte mon regard vers une des fenêtres du couloir. Tout pour ne pas te regarder.
- A ton avis ?
Le son de ma voix me déplaît, il est faible et plus cassé que je ne l'aurais voulu. En l'entendant, Maman aurait tout de suite compris que j'ai pleuré. J'espère juste que tu ne comprendras pas, je ne veux pas que tu saches. J'ai pas envie de ta pitié, ni que tu t'excuses parce que tu vois que je suis triste.
J'ai juste envie de disparaître. Me retrouver ailleurs. Loin de toi et de ton regard.
- Solwen…
Le monde se coupe autour de moi. Je ne sais pas ce que je fais là. Je me sens nulle. Je m'étais promis que si tu avais le culot de revenir comme si de rien n'était après qu'autant de temps ce soit écoulé, je t'ignorerais un peu, que tu comprennes ce que ça fait. Et pourtant, me voilà, plantée devant toi, revenant vers toi au premier signe de ta part à mon intention. Parce que je ne veux pas te faire de peine en te fuyant. Comme si tu méritais que je m'en préoccupe... Comme si, toi, tu t'étais préoccupée de ce que tu me faisais.
Et en même temps, ai-je le droit de te reprocher ton absence et ton silence ? Ai-je le droit de t'en vouloir ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Tu n'as pas tenu ta promesse, certes, mais qui suis-je pour te le reprocher ? Justement, personne. Pour toi, je ne suis rien, et je le sais. Ça fait mal alors que, théoriquement, tu n'es pas grand chose pour moi non plus, à tout casser on s'est vues deux fois. C'est rien. Mais pour moi c'est déjà beaucoup, ça comptait pour moi. Tu représentais mon espoir de réussir à être normale pour une fois, et réussir à me faire une nouvelle amie.
J'aimerais arrêter le temps, rentrer à la maison et demander à Papa et Maman ce que je dois faire de ça, ce que je suis censée faire avec ces sentiments qui me bouffent. Je n'en peux plus de ce mélange impitoyable de colère et tristesse qui me ronge. Je ne demande qu'à t'oublier, mais je peux pas, parce que tu m'as promis, et que contrairement à toi je n'oublie pas les promesses.
- T’es fâchée ?
Un soufflement s'échappe de mon nez et un sourire amer déforme mes lèvres. *Qu'est-ce que t'en penses ?*
J'ai envie de pleurer. Evidemment que je suis fâchée. Et je me déteste d'être fâchée. Je devrais m'en foutre de ton silence, de savoir que tu m'as oubliée. Mais je ne m'en fous pas. Parce que je ressens ton silence comme un signe que je ne mérite pas ton intérêt, que me faire une promesse ne vaut pas plus que du vent. Moi qui n'ai déjà pas grande confiance en moi, ça, ça fait vraiment mal. Pas parce que c'est toi, mais par ce que ça représente. Par la manière dont ça me fait me sentir, par la façon dont ça ronge mon estime de moi.
Mes jambes tremblent.
Je veux partir.
Là, juste là, je rêve d'être capable de Transplaner, pour pouvoir disparaître. Mais c'est pas possible, surtout pas à Poudlard. J'aimerais au moins avoir un bouton on/off pour mes émotions. Là encore, je peux rêver.
Alors je ne fais qu'hausser les épaules. Je n'ose même pas te regarder à nouveau, par peur de ce que je pourrais voir dans tes yeux. Et par peur de ce que ça me ferait. Il est hors de question que je me mette à pleurer devant toi, j'ai encore ma fierté.
D'un air que j'espère désinvolte malgré la raideur évidente qui marque mes mouvements, je remonte inutilement la bretelle de ma bandoulière, replace ma mèche de cheveux rebelle derrière mon oreille droite, et m'accroche à la sangle de mon sac, un peu trop fort pour que ce soit naturel, mais pas assez pour masquer le tremblement de mes mains.
J'ouvre la bouche une première fois pour te répondre, mais aucun son ne sort, j'ai la gorge trop sèche. Alors j'avale ma salive, et, en me raclant la gorge discrètement, je remonte mon regard vers une des fenêtres du couloir. Tout pour ne pas te regarder.
- A ton avis ?
Le son de ma voix me déplaît, il est faible et plus cassé que je ne l'aurais voulu. En l'entendant, Maman aurait tout de suite compris que j'ai pleuré. J'espère juste que tu ne comprendras pas, je ne veux pas que tu saches. J'ai pas envie de ta pitié, ni que tu t'excuses parce que tu vois que je suis triste.
J'ai juste envie de disparaître. Me retrouver ailleurs. Loin de toi et de ton regard.
"If your absence doesn't bother them, then your presence never mattered to them in the first place"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” Le Petit Prince
Dissonance
Et sûrement la personne qui évitait le plus mon regard de tout le Royaume-Uni.
À chaque fois que je frôlais les perspectives de son bleu, que je commençais à effleurer ses rouages qui cliquetaient, elle s’arrachait avec dureté. *Tss…*. Il restait plus que ce foutu rouge qui était la mer autour de ses deux îles de regard ; et cette mer était la seule chose qu’elle ne pouvait pas me cacher. Pour le reste, elle ne m’autorisait rien du tout. *C’est pas…*. J’étais laissée de côté, sur le récif, comme une vieille algue oubliée. *Pas l’droit*. Oubliée ?
Impossible. Je n’y crois pas. Cette mer ne serait pas rouge si c’était le cas.
Alors quand sa bouche beaucoup trop fine — en concert avec son joli nez — se tord comme un chiffon usé, dégueulasse, sale après tant de temps ; je comprends. *Solwen…*. Elle n’a rien oublié, elle. Rien, de rien.
Et plus le temps passait, moins elle oubliait. Tout s’était gonflé en se décuplant. Les îles de ses yeux avaient grandi, mais n’oubliaient pas l’algue déposée sur son récif. *J’suis pas ça*.
Je me trompais encore, ce n’était pas une algue.
Pour elle, je ne suis pas une vulgaire algue.
Je suis une île, moi aussi, à côté de la sienne. Un gros bloc de sable qui devenait énorme avec le temps, tellement gros qu’elle avait peur de me regarder, peur de voir ce que la vieille algue était devenue. *Je… ‘sais pas*.
Je comprends sans comprendre. Qu’est-ce que je lui avais dit pour qu’elle soit comme ça avec moi ? Qu’est-ce que je lui avais fait pour qu’elle m’en veuille autant ? Quand je la regarde, cette *Serdaigle* aux traits tellement harmonieux, ça me rappelle un piano. Mais j’ai arrêté le piano.
Ma mâchoire se serre.
Ses jolis traits me rappellent cette promesse, aussi. Pour le reste, je n’arrive à me souvenir de rien. *’chier*. Sainte-Mangouste m’avait tuée.
J’avale ma salive, alors qu’elle hausse les épaules — le regard tellement fuyant que je ne vois presque plus son visage. Je n’aime pas cette sensation que je ressens, qui rampe dans mon sang. Comme une pointe de haine qui s’installe.
J’expire longuement, sans faire de bruit, mais je me rends compte que mon menton s’est baissé vers elle, et que mon visage s’est contracté.
Bordel, j’ai comme une envie d’attraper ce petit corps et de le secouer si fort. Tellement fort. Jusqu’à ce qu’il me demande Pourquoi. Pourquoi je fais ça ? Et je lui répondrais que je fais exactement ce qu’il me fait : quelque-chose que je ne comprends pas. Alors il n’a pas à comprendre.
Comme ça, je pourrais voir ce que ça fait sur son joli visage, l’incompréhension. Est-ce que sa magnifique peau va rester aussi lisse ? Est-ce que ses beaux yeux vont continuer à me fuir comme la peste ? *’peste*. Non. Je ne suis pas une peste.
Pas moi.
— À ton avis ?
Sa voix cassée…
*’pourquoi ?*. Pourquoi est-ce qu’elle me fait ça ? *Alors que j’comprends pas*. Je ne sais pas ce que je suis devenue pour son île, mais elle ne veut pas me le montrer. Son île est dure de Dureté, même si elle se ramollit, je l’entends à sa voix, à son souffle.
Elle est trop Dure contre moi, elle ne veut rien me montrer de ce je suis pour elle, et elle ne veut pas voir elle-même ce que je suis devenue, là. *’pas l’droit*. La Pointe de haine me laboure, là, quelque-part, dans ce corps que je tais.
Si moi, j’avais menti pour cette vieille promesse oubliée, alors elle, elle était en train de me mentir tout de suite, devant ma tronche. *’mérite pas qu’tu sois comme ça*. J’ai envie de me casser, loin d’elle et de tous ses reproches qu’elle tait. *Dis-moi !*. Pourquoi je ne mériterais pas de savoir ? *Gueule !*. Pourquoi ?!
J’attrape mes yeux et les arrache de cette gueule tordue.
Loin.
Sur cette fenêtre bien loin que je regarde sans voir.
Ma respiration accélérée se tasse. Je calme ce corps qui ne m’écoute pas. Traître. D’une nouvelle façon, aujourd’hui. Entre mon corps et l’Autre, je ne me sentais pas bien. *’foutus traîtres*. Je m’en fous des Autres ; ils ne sont pas logiques, ils ne disent pas ce qu’ils pensent, ils ne font jamais ce qu’ils disent. Que des abrutis. Moi, je ne suis pas comme eux.
Jamais je ne le serais. *Tu vas m’dire*.
Lentement, mon regard crisse jusqu’au bleu-caché, entouré d’un rouge qui brille toujours plus. *Tu vas parler*. Pour elle et tous ceux qui n’ont jamais osé parler.
Mais je n’ai pas besoin de ses mots-de-menteuse. Je n’ai pas besoin qu’elle parle pour ne rien dire. Moi, je saurais tout rien qu’en enfonçant son bleu. Et moi, je veux savoir ce que cette menteuse est pour moi. *’c’te promesse*. Qu’elle ne mérite plus.
— Regarde-moi.
*’arrête de m’mentir*. Ma voix est dure, comme un ordre sans choix ; même si mon spectre d'aigu me fait chier.
Mes sourcils contractés, mes mains souples, prêtes à dégainer, mon regard plongé dans l’attente de l’île. Et mon corps foutrement gonflé.
À chaque fois que je frôlais les perspectives de son bleu, que je commençais à effleurer ses rouages qui cliquetaient, elle s’arrachait avec dureté. *Tss…*. Il restait plus que ce foutu rouge qui était la mer autour de ses deux îles de regard ; et cette mer était la seule chose qu’elle ne pouvait pas me cacher. Pour le reste, elle ne m’autorisait rien du tout. *C’est pas…*. J’étais laissée de côté, sur le récif, comme une vieille algue oubliée. *Pas l’droit*. Oubliée ?
Impossible. Je n’y crois pas. Cette mer ne serait pas rouge si c’était le cas.
Alors quand sa bouche beaucoup trop fine — en concert avec son joli nez — se tord comme un chiffon usé, dégueulasse, sale après tant de temps ; je comprends. *Solwen…*. Elle n’a rien oublié, elle. Rien, de rien.
Et plus le temps passait, moins elle oubliait. Tout s’était gonflé en se décuplant. Les îles de ses yeux avaient grandi, mais n’oubliaient pas l’algue déposée sur son récif. *J’suis pas ça*.
Je me trompais encore, ce n’était pas une algue.
Pour elle, je ne suis pas une vulgaire algue.
Je suis une île, moi aussi, à côté de la sienne. Un gros bloc de sable qui devenait énorme avec le temps, tellement gros qu’elle avait peur de me regarder, peur de voir ce que la vieille algue était devenue. *Je… ‘sais pas*.
Je comprends sans comprendre. Qu’est-ce que je lui avais dit pour qu’elle soit comme ça avec moi ? Qu’est-ce que je lui avais fait pour qu’elle m’en veuille autant ? Quand je la regarde, cette *Serdaigle* aux traits tellement harmonieux, ça me rappelle un piano. Mais j’ai arrêté le piano.
Ma mâchoire se serre.
Ses jolis traits me rappellent cette promesse, aussi. Pour le reste, je n’arrive à me souvenir de rien. *’chier*. Sainte-Mangouste m’avait tuée.
J’avale ma salive, alors qu’elle hausse les épaules — le regard tellement fuyant que je ne vois presque plus son visage. Je n’aime pas cette sensation que je ressens, qui rampe dans mon sang. Comme une pointe de haine qui s’installe.
J’expire longuement, sans faire de bruit, mais je me rends compte que mon menton s’est baissé vers elle, et que mon visage s’est contracté.
Bordel, j’ai comme une envie d’attraper ce petit corps et de le secouer si fort. Tellement fort. Jusqu’à ce qu’il me demande Pourquoi. Pourquoi je fais ça ? Et je lui répondrais que je fais exactement ce qu’il me fait : quelque-chose que je ne comprends pas. Alors il n’a pas à comprendre.
Comme ça, je pourrais voir ce que ça fait sur son joli visage, l’incompréhension. Est-ce que sa magnifique peau va rester aussi lisse ? Est-ce que ses beaux yeux vont continuer à me fuir comme la peste ? *’peste*. Non. Je ne suis pas une peste.
Pas moi.
— À ton avis ?
Sa voix cassée…
*’pourquoi ?*. Pourquoi est-ce qu’elle me fait ça ? *Alors que j’comprends pas*. Je ne sais pas ce que je suis devenue pour son île, mais elle ne veut pas me le montrer. Son île est dure de Dureté, même si elle se ramollit, je l’entends à sa voix, à son souffle.
Elle est trop Dure contre moi, elle ne veut rien me montrer de ce je suis pour elle, et elle ne veut pas voir elle-même ce que je suis devenue, là. *’pas l’droit*. La Pointe de haine me laboure, là, quelque-part, dans ce corps que je tais.
Si moi, j’avais menti pour cette vieille promesse oubliée, alors elle, elle était en train de me mentir tout de suite, devant ma tronche. *’mérite pas qu’tu sois comme ça*. J’ai envie de me casser, loin d’elle et de tous ses reproches qu’elle tait. *Dis-moi !*. Pourquoi je ne mériterais pas de savoir ? *Gueule !*. Pourquoi ?!
J’attrape mes yeux et les arrache de cette gueule tordue.
Loin.
Sur cette fenêtre bien loin que je regarde sans voir.
Ma respiration accélérée se tasse. Je calme ce corps qui ne m’écoute pas. Traître. D’une nouvelle façon, aujourd’hui. Entre mon corps et l’Autre, je ne me sentais pas bien. *’foutus traîtres*. Je m’en fous des Autres ; ils ne sont pas logiques, ils ne disent pas ce qu’ils pensent, ils ne font jamais ce qu’ils disent. Que des abrutis. Moi, je ne suis pas comme eux.
Jamais je ne le serais. *Tu vas m’dire*.
Lentement, mon regard crisse jusqu’au bleu-caché, entouré d’un rouge qui brille toujours plus. *Tu vas parler*. Pour elle et tous ceux qui n’ont jamais osé parler.
Mais je n’ai pas besoin de ses mots-de-menteuse. Je n’ai pas besoin qu’elle parle pour ne rien dire. Moi, je saurais tout rien qu’en enfonçant son bleu. Et moi, je veux savoir ce que cette menteuse est pour moi. *’c’te promesse*. Qu’elle ne mérite plus.
— Regarde-moi.
*’arrête de m’mentir*. Ma voix est dure, comme un ordre sans choix ; même si mon spectre d'aigu me fait chier.
Mes sourcils contractés, mes mains souples, prêtes à dégainer, mon regard plongé dans l’attente de l’île. Et mon corps foutrement gonflé.
« Bienvenue chez Toi »
Dissonance
Je ne sais pas combien de temps je reste à fixer cette fenêtre avant que tu ne parles. J'ai l'impression que de nombreuses minutes s'écoulent, mais je suis persuadée que le temps me joue des tours et que seules quelques secondes se sont glissées dans cet instant. Mais ces secondes sont foutrement longues.
Le tremblement de mes jambes ne fait qu'augmenter, et j'ai froid. Le bout de mes doigts est glacé, comme à chaque fois que j'oscille entre le stress et la peur. Cette sensation est affreuse, j'ai l'impression d'être en train de creuver, à avoir du mal à respirer, à bouger et à avoir si froid. Je veux juste que ça s'arrête. *Parle et laisse moi partir* Je ne demande qu'à filer, retourner dans ma salle commune et n'en sortir que lorsque je serai certaine de ne plus te croiser, ou que te voir ne me fera plus rien.
Mais je sais très bien qu'au fond de moi ce n'est pas ce que je souhaite. J'ai pas envie d'aller me planquer dans un coin et t'éviter pour le reste de notre scolarité. Je sais que ça ne résoudra rien et que ça ne m'aidera pas. Ça n'apportera rien de bon. Mais dieu que j'en ai envie. Après tout, sur le coup, fuir est toujours la solution la plus simple. Mais là, non, je ne peux pas me permettre de m'enfuir. Ça fait tellement de temps que j'attends -que je t'attends- que je ne peux pas juste me barrer quand ça arrive enfin. *Pas maintenant*
Au moment où je m'apprête à relever les yeux pour croiser ton regard, pour essayer de comprendre, ta voix tranche le silence. On ne dirait même pas ta voix tellement elle est différente de celle qui m'a appelée il y a quelques minutes. Elle est dure, cinglante.
- Regarde-moi.
*Pardon ?* Ma mâchoire se contracte immédiatement et mes poings se serrent autour de ma bandoulière, au point où mes ongles s'enfoncent sèchement dans mes paumes. Je n'apprécie pas la manière dont tu viens de me parler. Comme si j'étais la méchante dans l'histoire.
Ma tête se tourne brusquement, mon regard se précipite dans le tien, et ma bouche s'ouvre sans que je puisse la contrôler.
- Ne me parle pas comme ça.
Ma voix n'a plus rien de celle que j'avais tout à l'heure. Elle n'a pas cassé. Elle a claqué, sèche. Enfin je m'affirme.
En deux mots, tu viens de tout changer. La tristesse qui me broyait le ventre s'est noyée dans les vagues de la rage qui m'envahit, son écume remontant jusque dans mes yeux. L'intégralité de mon corps a cessé de trembler, et je n'ai plus froid. J'ai chaud, je bouts, et tous mes membres sont tendus sous la colère. Son feu m'embrase et je n'ai plus peur. T'as franchi la limite.
Personne n'a le droit de me parler de cette manière, et certainement pas toi. C'est déjà la deuxième fois que tu me traites injustement, et crois-moi, il n'y en aura pas de troisième.
Mon regard te transperce, et je vois que ta posture est aussi tendue que la mienne. Toi aussi tu es énervée. Et je ne comprends pas pourquoi. Tu es celle qui m'a ignorée et oubliée, t'as pas le droit d'être en colère, tu n'as pas le droit de me parler comme ça. Ma respiration est rauque, bloquée par la rage que j'essaye de refouler depuis tout ce temps et que tu viens d'embraser.
Si j'écoutais la rancœur qui m'étouffe, je te balancerais tout ce que j'ai sur le cœur. Que tu comprennes. Que tu comprennes que tu n'as pas le droit de me parler comme ça, que tu n'as pas le droit d'être énervée, de me regarder avec tes yeux poisons comme si j'étais affreuse et que je t'avais fait souffrir.
Mais à quoi ça servirait ? *Ça m'ferait du bien* Là tout de suite ça me soulagerait de te crier dessus. Mais c'est pas moi, je ne fais pas ça. Je ne cries pas sur les gens, et je ne vais certainement pas commencer aujourd'hui. Parce que ça n'arrange jamais rien. A la place, je prends une lourde inspiration, les yeux toujours rivés dans les tiens, teintés d'un vert toxique qui m'écœure. Je hais ce que je vois dans ton regard, et je déteste encore plus que ce soit tourné vers moi. Parce que j'ai rien fait pour le mériter.
Les dents plantées dans l'intérieur de la joue, je continue à te dévisager. Je ne baisserai pas les yeux. Tu veux que je te regarde ? Ok, je te regarde. Ne viens pas te plaindre si ce que tu trouves au fond de mes yeux ne te plais pas. Parce que si c'est là, c'est entièrement de ta faute.
Le tremblement de mes jambes ne fait qu'augmenter, et j'ai froid. Le bout de mes doigts est glacé, comme à chaque fois que j'oscille entre le stress et la peur. Cette sensation est affreuse, j'ai l'impression d'être en train de creuver, à avoir du mal à respirer, à bouger et à avoir si froid. Je veux juste que ça s'arrête. *Parle et laisse moi partir* Je ne demande qu'à filer, retourner dans ma salle commune et n'en sortir que lorsque je serai certaine de ne plus te croiser, ou que te voir ne me fera plus rien.
Mais je sais très bien qu'au fond de moi ce n'est pas ce que je souhaite. J'ai pas envie d'aller me planquer dans un coin et t'éviter pour le reste de notre scolarité. Je sais que ça ne résoudra rien et que ça ne m'aidera pas. Ça n'apportera rien de bon. Mais dieu que j'en ai envie. Après tout, sur le coup, fuir est toujours la solution la plus simple. Mais là, non, je ne peux pas me permettre de m'enfuir. Ça fait tellement de temps que j'attends -que je t'attends- que je ne peux pas juste me barrer quand ça arrive enfin. *Pas maintenant*
Au moment où je m'apprête à relever les yeux pour croiser ton regard, pour essayer de comprendre, ta voix tranche le silence. On ne dirait même pas ta voix tellement elle est différente de celle qui m'a appelée il y a quelques minutes. Elle est dure, cinglante.
- Regarde-moi.
*Pardon ?* Ma mâchoire se contracte immédiatement et mes poings se serrent autour de ma bandoulière, au point où mes ongles s'enfoncent sèchement dans mes paumes. Je n'apprécie pas la manière dont tu viens de me parler. Comme si j'étais la méchante dans l'histoire.
Ma tête se tourne brusquement, mon regard se précipite dans le tien, et ma bouche s'ouvre sans que je puisse la contrôler.
- Ne me parle pas comme ça.
Ma voix n'a plus rien de celle que j'avais tout à l'heure. Elle n'a pas cassé. Elle a claqué, sèche. Enfin je m'affirme.
En deux mots, tu viens de tout changer. La tristesse qui me broyait le ventre s'est noyée dans les vagues de la rage qui m'envahit, son écume remontant jusque dans mes yeux. L'intégralité de mon corps a cessé de trembler, et je n'ai plus froid. J'ai chaud, je bouts, et tous mes membres sont tendus sous la colère. Son feu m'embrase et je n'ai plus peur. T'as franchi la limite.
Personne n'a le droit de me parler de cette manière, et certainement pas toi. C'est déjà la deuxième fois que tu me traites injustement, et crois-moi, il n'y en aura pas de troisième.
Mon regard te transperce, et je vois que ta posture est aussi tendue que la mienne. Toi aussi tu es énervée. Et je ne comprends pas pourquoi. Tu es celle qui m'a ignorée et oubliée, t'as pas le droit d'être en colère, tu n'as pas le droit de me parler comme ça. Ma respiration est rauque, bloquée par la rage que j'essaye de refouler depuis tout ce temps et que tu viens d'embraser.
Si j'écoutais la rancœur qui m'étouffe, je te balancerais tout ce que j'ai sur le cœur. Que tu comprennes. Que tu comprennes que tu n'as pas le droit de me parler comme ça, que tu n'as pas le droit d'être énervée, de me regarder avec tes yeux poisons comme si j'étais affreuse et que je t'avais fait souffrir.
Mais à quoi ça servirait ? *Ça m'ferait du bien* Là tout de suite ça me soulagerait de te crier dessus. Mais c'est pas moi, je ne fais pas ça. Je ne cries pas sur les gens, et je ne vais certainement pas commencer aujourd'hui. Parce que ça n'arrange jamais rien. A la place, je prends une lourde inspiration, les yeux toujours rivés dans les tiens, teintés d'un vert toxique qui m'écœure. Je hais ce que je vois dans ton regard, et je déteste encore plus que ce soit tourné vers moi. Parce que j'ai rien fait pour le mériter.
Les dents plantées dans l'intérieur de la joue, je continue à te dévisager. Je ne baisserai pas les yeux. Tu veux que je te regarde ? Ok, je te regarde. Ne viens pas te plaindre si ce que tu trouves au fond de mes yeux ne te plais pas. Parce que si c'est là, c'est entièrement de ta faute.
Dernière modification par Solwen Estendle le 3 mars 2021, 18:41, modifié 2 fois.
"If your absence doesn't bother them, then your presence never mattered to them in the first place"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” Le Petit Prince
Dissonance
— Ne me parle pas comme ça.
Et, pendant un instant, je ne vois plus ma pointe de haine. *Ne… quoi ?*. Elle a totalement disparu. Volatilisée, bouffée par ce bleu foutrement Dur. *Comme…*. Bordel, tellement Dur.
Je n’arrive plus à cligner des yeux, je cherche la pointe dans les recoins de ses montagnes bleues. Il doit bien y avoir une trace, quelque-part. Au milieu de toutes ses foutues stries à l’allure de béton. *Comme quoi ?!*. Mais elle n’est nulle part, cette pointe, toutes les aspérités sont fermées. Épaisses. Je ne peux pas avancer là-dedans. Je suis bloquée. C’est impo…
Bon Dieu.
La pointe. Elle est là. Enfoncée dans mes propres yeux.
Et je ne vois plus qu’elle.
De haine.
*QUOI ?!*. Mes poings se serrent si fort que j’entends mes phalanges craquer. Dans tout ce gigantesque bordel de bleu, la grande composition de ma haine rugit. Partout. *QUE J’TE PARLE PAS COMME ÇA ?!*. Ma bouche s’agite, mais rien ne sort. Mon crâne hurle, mais tout se tait.
J’avance.
Sans savoir de combien, ni comment, mais j’avance pour m’enfoncer encore plus dans le Dur bâtiment de bleu. Plein de béton qui ne rebondit pas. Mes pensées qui se jettent vers elle s’écrasent contre son mur. Lamentablement. *HÉ ! J’TE PARLE SALE MENTEUSE !*. Ma main droite se lève, agglutinée comme une masse. *QU’EST-C’TU SAIS D’MOI, SOLWEN ?! HEIN ?!*. Elle me vomit par son bleu. Je suis dégueulasse à l’intérieur, aussi sale qu’une trainée d’peste. Je suis bloquée. *Sale*. Je n’arrive plus à bouger. *Tellement sale*.
C’est donc comme ça qu’elle me voit ? Dégoûtante. Puante. Une vraie peste. *C’est c’que j’suis pour toi ?*. Ça ? Mais, elle, elle continue d’être aussi brillante. Tellement jolie de son bleu ; qui me dégoûte, qui me rejette, qui me repousse. J’ai envie de lui casser son bleu. En un seul coup. Lui casser la gueule pour faire disparaître ce vomit qu’elle me jette dessus. *’dieu… ‘t’sais même pas c’que ça fait d’crev…*. Bordel. Je ne vois plus rien.
J’ai fermé les yeux.
Silence. *Bien… Solwen…*. Tout est tellement silencieux. *‘j’sais maint’nant*. Et je prends conscience de mon corps.
Tendu à l’extrême vers l’avant. Ma masse de doigts en arrière, prête à frapper. Ma jambe gauche contractée, prête à enchainer. Qu’est-ce que je foutais ?
Ridicule.
Et moi ? Qu’est-ce que j’en faisais de mes promesses, moi ? Qu’est-ce que j’en faisais des promesses de moi à moi ? *Bordel*.
D’un coup, chaque petit muscle de mon corps se déraidit. Plus aucune boule de haine ne gonfle mes articulations. *Crever les Autres*. C’est ma promesse.
Mon regard caché par la barrière de mes paupières, je tourne mon visage sur la gauche, vers le haut. *Jamais*. Je laisse la peau de mon cou effleurer l’air, refroidir ma gorge, puis descendre sa glace vers ma poitrine. Je calme tout mon corps, même si je le sens encore brûlant.
*’me suis contrôlée*. J’ai envie de sourire, dans ma tête. C’est la première fois que j’arrive à écraser ma haine ; elle s’agite sous ma semelle comme un poulpe à moitié crevé. Ses tentacules trop faibles essayent d’étouffer mon mollet, mais elle a oublié que mon souffle était bien plus haut. Caché à côté de mon cœur.
*’fatiguée…*. Pourtant, je suis consciente que ce n’est qu’une demi-victoire. Ma haine, je l’avais écrasée en l’abandonnant dans le bleu. Je m’étais étalée de tout mon long sur ses stries, prête à tout étouffer, à tout détruire ; mais je me suis arrachée au dernier moment, laissant ma peau haineuse dans le bleu.
Je ne pouvais plus y retourner.
Ma haine ne s’attendait pas à ce que je me dissèque d’elle ; et moi non plus. Mais maintenant, elle était plus vigilante. Elle m’attendait là-bas, je le savais. Je l’entendais gémir.
Mes poumons expirent un air plein de crasse, pour mieux inspirer des senteurs plus pures. *J’me sens tellement fatiguée*. Une odeur me rappelle que je suis très proche de Solwen. *Tu…*. C’était elle qui la dégageait ? *N’importe-quoi*. Je dois rêver.
Le menton haut, les yeux toujours fermés ; j’enfonce mes mains dans les grandes poches de mon uniforme.
Moi, je n’écoute que moi.
Je dis ce que je pense.
Et je fais ce que je dis.
J’avais respecté ma promesse envers moi. Alors je devais respecter ce que je lui avais dit, à elle. *’m’en souviens plus du tout*. Mais avant, je devais lui dire ce que je pensais. Après, ce sera le moment de faire.
J’ouvre la bouche d’une voix douce, presque comme un murmure.
— T’as même pas r’marquée qu’j’étais pas au château l’année dernière, pas vrai ?
Mes yeux s’ouvrent lentement, difficilement, comme si j’avais dormi une nuit entière.
Ma gorge me fait mal, elle me donne l’impression d’avoir crié toute la journée.
Face à moi, la haute fenêtre est plutôt jolie. Mais ce qui m’intéressait, c’était l’orée de mon rega *Oh*.
Je recule d’un pas.
Le bleu était bien trop proche, je m’étais trop avancée. Alors je surveille qu’elle ne s’approche pas trop. Et je veille à ce que mes yeux ne croisent plus jamais son trop joli bleu-de-ma-haine.
Et, pendant un instant, je ne vois plus ma pointe de haine. *Ne… quoi ?*. Elle a totalement disparu. Volatilisée, bouffée par ce bleu foutrement Dur. *Comme…*. Bordel, tellement Dur.
Je n’arrive plus à cligner des yeux, je cherche la pointe dans les recoins de ses montagnes bleues. Il doit bien y avoir une trace, quelque-part. Au milieu de toutes ses foutues stries à l’allure de béton. *Comme quoi ?!*. Mais elle n’est nulle part, cette pointe, toutes les aspérités sont fermées. Épaisses. Je ne peux pas avancer là-dedans. Je suis bloquée. C’est impo…
Bon Dieu.
La pointe. Elle est là. Enfoncée dans mes propres yeux.
Et je ne vois plus qu’elle.
De haine.
*QUOI ?!*. Mes poings se serrent si fort que j’entends mes phalanges craquer. Dans tout ce gigantesque bordel de bleu, la grande composition de ma haine rugit. Partout. *QUE J’TE PARLE PAS COMME ÇA ?!*. Ma bouche s’agite, mais rien ne sort. Mon crâne hurle, mais tout se tait.
J’avance.
Sans savoir de combien, ni comment, mais j’avance pour m’enfoncer encore plus dans le Dur bâtiment de bleu. Plein de béton qui ne rebondit pas. Mes pensées qui se jettent vers elle s’écrasent contre son mur. Lamentablement. *HÉ ! J’TE PARLE SALE MENTEUSE !*. Ma main droite se lève, agglutinée comme une masse. *QU’EST-C’TU SAIS D’MOI, SOLWEN ?! HEIN ?!*. Elle me vomit par son bleu. Je suis dégueulasse à l’intérieur, aussi sale qu’une trainée d’peste. Je suis bloquée. *Sale*. Je n’arrive plus à bouger. *Tellement sale*.
C’est donc comme ça qu’elle me voit ? Dégoûtante. Puante. Une vraie peste. *C’est c’que j’suis pour toi ?*. Ça ? Mais, elle, elle continue d’être aussi brillante. Tellement jolie de son bleu ; qui me dégoûte, qui me rejette, qui me repousse. J’ai envie de lui casser son bleu. En un seul coup. Lui casser la gueule pour faire disparaître ce vomit qu’elle me jette dessus. *’dieu… ‘t’sais même pas c’que ça fait d’crev…*. Bordel. Je ne vois plus rien.
J’ai fermé les yeux.
Silence. *Bien… Solwen…*. Tout est tellement silencieux. *‘j’sais maint’nant*. Et je prends conscience de mon corps.
Tendu à l’extrême vers l’avant. Ma masse de doigts en arrière, prête à frapper. Ma jambe gauche contractée, prête à enchainer. Qu’est-ce que je foutais ?
Ridicule.
Et moi ? Qu’est-ce que j’en faisais de mes promesses, moi ? Qu’est-ce que j’en faisais des promesses de moi à moi ? *Bordel*.
D’un coup, chaque petit muscle de mon corps se déraidit. Plus aucune boule de haine ne gonfle mes articulations. *Crever les Autres*. C’est ma promesse.
Mon regard caché par la barrière de mes paupières, je tourne mon visage sur la gauche, vers le haut. *Jamais*. Je laisse la peau de mon cou effleurer l’air, refroidir ma gorge, puis descendre sa glace vers ma poitrine. Je calme tout mon corps, même si je le sens encore brûlant.
*’me suis contrôlée*. J’ai envie de sourire, dans ma tête. C’est la première fois que j’arrive à écraser ma haine ; elle s’agite sous ma semelle comme un poulpe à moitié crevé. Ses tentacules trop faibles essayent d’étouffer mon mollet, mais elle a oublié que mon souffle était bien plus haut. Caché à côté de mon cœur.
*’fatiguée…*. Pourtant, je suis consciente que ce n’est qu’une demi-victoire. Ma haine, je l’avais écrasée en l’abandonnant dans le bleu. Je m’étais étalée de tout mon long sur ses stries, prête à tout étouffer, à tout détruire ; mais je me suis arrachée au dernier moment, laissant ma peau haineuse dans le bleu.
Je ne pouvais plus y retourner.
Ma haine ne s’attendait pas à ce que je me dissèque d’elle ; et moi non plus. Mais maintenant, elle était plus vigilante. Elle m’attendait là-bas, je le savais. Je l’entendais gémir.
Mes poumons expirent un air plein de crasse, pour mieux inspirer des senteurs plus pures. *J’me sens tellement fatiguée*. Une odeur me rappelle que je suis très proche de Solwen. *Tu…*. C’était elle qui la dégageait ? *N’importe-quoi*. Je dois rêver.
Le menton haut, les yeux toujours fermés ; j’enfonce mes mains dans les grandes poches de mon uniforme.
Moi, je n’écoute que moi.
Je dis ce que je pense.
Et je fais ce que je dis.
J’avais respecté ma promesse envers moi. Alors je devais respecter ce que je lui avais dit, à elle. *’m’en souviens plus du tout*. Mais avant, je devais lui dire ce que je pensais. Après, ce sera le moment de faire.
J’ouvre la bouche d’une voix douce, presque comme un murmure.
— T’as même pas r’marquée qu’j’étais pas au château l’année dernière, pas vrai ?
Mes yeux s’ouvrent lentement, difficilement, comme si j’avais dormi une nuit entière.
Ma gorge me fait mal, elle me donne l’impression d’avoir crié toute la journée.
Face à moi, la haute fenêtre est plutôt jolie. Mais ce qui m’intéressait, c’était l’orée de mon rega *Oh*.
Je recule d’un pas.
Le bleu était bien trop proche, je m’étais trop avancée. Alors je surveille qu’elle ne s’approche pas trop. Et je veille à ce que mes yeux ne croisent plus jamais son trop joli bleu-de-ma-haine.
« Bienvenue chez Toi »