Cri d'épouvante
Lundi 11 Septembre 2045
SOUFFRANCE
SOUFFRANCE

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@Kyana Lewis
@Kyana Lewis
« Que veux-tu que je devienne si je n’entends plus ton pas, est-ce ta vie ou la mienne qui s’en va, je ne sais pas. »
Changer l'eau des fleurs
LUNDI MATIN, L'EMPEREUR, SA FEMME ET LE P'TIT PRINCE...
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Et un jour, on se dit que c'est fini, qu'on a tout fait pour éviter le pire, mais que le destin en a eut rien à foutre. Tous ces efforts pour qu'au final ça se termine par un échec cuisant, et on regrette encore et encore. On revoit alors chaque chose qu'on a pu dire, chaque action qu'on a pu faire et on voudrait les faire disparaître, les changer, revenir dans le passé pour qu'aucun mal ne soit fait. Mais c'est trop tard, n'est-ce pas. Et on est bon qu'à ressasser l'instant, se torturer avec des "j'aurais dû" qui jamais ne disparaîtront.
Ils ont tous pleuré, sauf toi. Même maman qui ne l'aimait plus ou Walter qui n'a jamais prit la peine de le rencontrer. Toi, tu avais déjà tout vidé à l'hôpital et tu avais beau te forcer, plus rien ne s'écoulait de tes glandes lacrymales. Mais de toute façon pleurer te faisait terriblement mal à l’œil gauche, et douleur engendrant tristesse, c'était une boucle infinie qui finissait toujours en hurlement de contrariété, ou bien en endormissement suite à un épuisement. Et tu as ainsi passé tes journées, à geindre pendant des heures, jusqu'à la fin de ton séjour à l'hôpital. Depuis, ça te trottait dans la tête, ça te brûlait le cœur. Tu n'arrivais plus à rien, ne sortais de ta chambre que pour grignoter, et les adultes te laissaient tranquille, semblant se ficher éperdument de ton sort.
C'est Darla qui t'a finalement accompagné au train, la seule qui a fait un effort pour surmonter la peine. Sur le quai, ça lui a fait remonter des souvenirs, et elle a fini par éclater en sanglots. Tout le monde vous regardait comme si vous étiez de bien drôles créatures. Mais dans le fond, c'était plus toi qu'ils fixaient avec une curiosité maladive. Tu as bien cru que t'allait dégueuler de stress et les regardais tous avec une envie atroce de leur crever les yeux.
À Poudlard, ça n'a pas changé. Cette première semaine fut des plus misérables et putain ce que tu les détestes, tous ces regards qui dévorent ta face rongée par une colère des plus noire. Ils fixent tous d'un air hagard l'énorme pansement qui te recouvre l’œil gauche, comme s'ils souhaitaient tirer dessus pour faire découvrir la blessure presque cicatrisée. La vérité, c'est que ça leur fait peur, cet énorme bandeau blanc. Que sait-on de ce qu'il cache, au juste ? Un trou ? Un morceau de verre ? Même toi, tu ne le sais pas. Tu n'as pas osé le retirer toi-même et te regarder dans un miroir. Ça te fait bien trop peur.
"Faudra attendre presque deux mois." Qu'il a dit, l'infirmier. "Disons début septembre, quand ça aura arrêté de saigner. Il y a de grand risque pour que ça s'infecte ou que ça se rouvre, la plaie est vraiment profonde." Alors tu as attendu, et toutes les semaines, on venait changer le pansement. Maintenant, les presque deux mois sont passés, et tu ne peux empêcher ta main de trembler, alors que tu n'oses pas lever les yeux vers le miroir. Les toilettes sont vides, les Autres mangent. *Et si plus jamais je ne pourrais me regarder dans un miroir ?* Tu finis tout de même par lever les yeux, et palper le tissu avec appréhension. Ton cœur bat à une allure irréelle, alors que tu prends une énorme bouffée d'air. Et ton doigt soulève délicatement le pansement, avant de le retirer complètement et de le faire tomber dans l'évier juste devant toi.
"On a réussi à sauver l’œil, mais tu risques d'avoir une cicatrise jusqu'à la fin de ta vie." La lumière, même tamisée, semble te brûler la rétine. Après presque deux mois de noir complet s'en est atroce, et tu clignes des paupières pendant quelques minutes. L’œil voit. Mais quand enfin il s'habitue à la luminosité, ce qu'il aperçoit dans le miroir le fait trembler. Une énorme cicatrice te barre la partie gauche de ton visage, de ton sourcil jusqu'à ta pommette. Il reste encore une grosse croûte rouge tout du long, mais la douleur n'est plus.
Quand enfin tu sors des toilettes, après avoir jeté le pansement dans une poubelle, ta lèvre est prise de tremblement. Balafrée, voilà l'objectif qui te conviendrait le mieux à présent. Il roule dans ta tête en boucle, alors que tu fais quelques pas dans le couloir. Et alors tout te revient. Il est mort sous tes yeux, c'est de ta faute. Tout est de ta faute. Toujours de ta faute. Comme une colère sourde qui forme une énorme boule dans ta gorge. Elle te crispe tellement que tes jambes refusent d'avancer. Tout ça, c'est insurmontable.
Alors d'un coup, tu expulses.
Alors d'un coup, tu hurles.
Un hurlement atroce.
Qui te fait vriller.
La Balafrée.
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
Cri d'épouvante
Pouvoir ramasser les mots par terre
Et les jeter comme des pierres
Contre les parois plongées dans le noir
Pour en faire sortir les choses qui blessent
Grâce à la parole, réussir à s'armer.
FAUVE ≠ — Cock Music Smart Music / RAG #1
_____
Un hiver glacial pour un été chaleureux ; voilà tout ce à quoi tu aspirais.
Un hiver sombre, envahi par les ténèbres de l’absence et du manque pour un été caressant et plein de douceur ; c’étaient tes seuls souhaits.
Ton pas émet un son clair sur la pierre nue. Tes talons frappent le sol un peu trop violemment, formant un écho dans le couloir vide de toute présence, t’entourant de mille réponses murmurantes. Tu avances, l’esprit égaré entre tes souvenirs et tes rêves d’avenir, entre tes espoirs et tes prières. Tu avances, sans réellement te soucier de la direction que tu prends ou même de là où tu viens, tu poses seulement un pied devant l’autre en attendant de rencontrer un quelconque obstacle, trop occupée par tes pensées pour te soucier de ton environnement.
11h37, une heure semblable à toutes les autres. Une heure où l’air glisse dans les couloirs, une heure où le Soleil risque un œil prudent dans les ténèbres du Château. Une heure où tu sens palpiter le jour, où les élèves travaillent, où le Monde se tait, pendant quelques courts instants.
C’est une heure que tu trouves belle, malgré tout. Une heure qui d’ordinaire te fait froncer le nez et soupirer, mais qui aujourd’hui t’apporte un étonnant sentiment de calme, de sérénité, qui te fait un bien fou. Ta feuille où s’ébattent, épars, les quelques mots que tu as su y apposer dans la main droite, ta plume dans la gauche, tu songes.
C’est une heure propice aux instants de vie, une heure qui appelle aux sourires et à la joie. Une heure à laquelle, quelques mois auparavant, tu n’aurais pas prêté la moindre attention, mais qui aujourd’hui fait battre ton cœur un peu plus fort.
A cette heure-là, étrangement plus qu’aux autres, tu te sens bien, et tu sens les Mots monter, tels un torrent, du plus profond de ton cœur.
Les lueurs, les ambiances, et le silence parfois ponctué de bruits sourds, t’inspirent une folle envie d’écrire. Comme des centaines de fois ces derniers mois, tu désires seulement laisser ta plume courir sur le papier, et épancher cette soif de souvenirs, cette envie de te connaître.
Ton imagination voit tout, sent tout, entend tout ; elle s’emplit de centaines d’idées. Comme un immense vase, elle retient le vague son du vent d’automne au-dehors, l’odeur du Château lui-même, et les brusques flashes de ta mémoire lorsque tu passes devant un lieu qui te rappelle quelques fugaces instants de tes précédentes années. Elle se souvient de tout et alors, lorsqu’enfin elle est prête à déborder, elle te force à t’arrêter.
Imagination, en un dernier effort, saisit l’idée de l’été qui répare et te fait ouvrir les yeux que, malgré toi, tu avais conservés clos depuis quelques temps. Telle un fantôme, en réalité, tu étais immobile depuis une bonne minute. Tu étais là, face à cette porte, attirée sans doute par les sentiments contradictoires qui suintaient de la Gamine.
Silencieuse, à l’instar de ton Amie délicate, de ton Ombre en qui tu as placé tant d’amour, tu observes, la bouche fermée et sourcils légèrement froncés, l’Autre qui se tient à quelques mètres de toi.
Tu la regardes d’un œil perplexe, l’enfant qui déroule son bandage, tu la fixes sans savoir quoi faire. *Elle.. elle fout quoi ? Pourquoi est-ce qu’elle a un truc pareil sur l’visage ?*
Les Mots continuent d’affluer aux portes de ta conscience, y frappant timidement. Qu’écriras-tu sur cette Gamine ? Oseras-tu saisir ta plume alors même que sa douleur s’échappe d’elle par vagues qui la submergent ?
Elle se fait terrasser par une Houle dévastatrice. Elle se fait envahir par la haine et l’envie de Briser, l’envie d’Anéantir ; et toi, tu es là, seule témoin de sa déchéance, à contempler son visage détruit, sa bouche qui vient de se fermer, à repasser en boucle l’écho de sa voix brisée et débordante de désespoir. Tu ne sais pas comment réagir, comment lui annoncer ta présence sans que sa Houle ne se retourne contre toi.
Cette Enfant-Océan, cette Enfant pleine de Vagues, est pourtant jolie. Une Enfant petite et frêle, qui se trouve défigurée par la terrible cicatrice qui court sur son visage. *Pourquoi elle cache pas cette marque ?*
Sans montrer ton trouble, tu plantes ton regard d’hiver dans le sien, plus sombre. Tu hésites à parcourir son visage, à la détailler de haut en bas ; te ravises. Au lieu de cela, tu entrouvres les lèvres pour lui souffler une question qui tiraille ton esprit :
Tu serres dans ta main la plume noire, inspires lentement. L’idée qu’un nouveau cri lui échappe ne t’effleure pas un instant et, pleine d’espoirs, tu la fixes.
*S'il-te-plaît.*
Et les jeter comme des pierres
Contre les parois plongées dans le noir
Pour en faire sortir les choses qui blessent
Grâce à la parole, réussir à s'armer.
FAUVE ≠ — Cock Music Smart Music / RAG #1
_____
1er septembre 2045,
Couloirs, Poudlard,
3ème année.
Couloirs, Poudlard,
3ème année.
Un hiver glacial pour un été chaleureux ; voilà tout ce à quoi tu aspirais.
Un hiver sombre, envahi par les ténèbres de l’absence et du manque pour un été caressant et plein de douceur ; c’étaient tes seuls souhaits.
Ton pas émet un son clair sur la pierre nue. Tes talons frappent le sol un peu trop violemment, formant un écho dans le couloir vide de toute présence, t’entourant de mille réponses murmurantes. Tu avances, l’esprit égaré entre tes souvenirs et tes rêves d’avenir, entre tes espoirs et tes prières. Tu avances, sans réellement te soucier de la direction que tu prends ou même de là où tu viens, tu poses seulement un pied devant l’autre en attendant de rencontrer un quelconque obstacle, trop occupée par tes pensées pour te soucier de ton environnement.
11h37, une heure semblable à toutes les autres. Une heure où l’air glisse dans les couloirs, une heure où le Soleil risque un œil prudent dans les ténèbres du Château. Une heure où tu sens palpiter le jour, où les élèves travaillent, où le Monde se tait, pendant quelques courts instants.
C’est une heure que tu trouves belle, malgré tout. Une heure qui d’ordinaire te fait froncer le nez et soupirer, mais qui aujourd’hui t’apporte un étonnant sentiment de calme, de sérénité, qui te fait un bien fou. Ta feuille où s’ébattent, épars, les quelques mots que tu as su y apposer dans la main droite, ta plume dans la gauche, tu songes.
C’est une heure propice aux instants de vie, une heure qui appelle aux sourires et à la joie. Une heure à laquelle, quelques mois auparavant, tu n’aurais pas prêté la moindre attention, mais qui aujourd’hui fait battre ton cœur un peu plus fort.
A cette heure-là, étrangement plus qu’aux autres, tu te sens bien, et tu sens les Mots monter, tels un torrent, du plus profond de ton cœur.
Les lueurs, les ambiances, et le silence parfois ponctué de bruits sourds, t’inspirent une folle envie d’écrire. Comme des centaines de fois ces derniers mois, tu désires seulement laisser ta plume courir sur le papier, et épancher cette soif de souvenirs, cette envie de te connaître.
Ton imagination voit tout, sent tout, entend tout ; elle s’emplit de centaines d’idées. Comme un immense vase, elle retient le vague son du vent d’automne au-dehors, l’odeur du Château lui-même, et les brusques flashes de ta mémoire lorsque tu passes devant un lieu qui te rappelle quelques fugaces instants de tes précédentes années. Elle se souvient de tout et alors, lorsqu’enfin elle est prête à déborder, elle te force à t’arrêter.
Imagination, en un dernier effort, saisit l’idée de l’été qui répare et te fait ouvrir les yeux que, malgré toi, tu avais conservés clos depuis quelques temps. Telle un fantôme, en réalité, tu étais immobile depuis une bonne minute. Tu étais là, face à cette porte, attirée sans doute par les sentiments contradictoires qui suintaient de la Gamine.
Silencieuse, à l’instar de ton Amie délicate, de ton Ombre en qui tu as placé tant d’amour, tu observes, la bouche fermée et sourcils légèrement froncés, l’Autre qui se tient à quelques mètres de toi.
Tu la regardes d’un œil perplexe, l’enfant qui déroule son bandage, tu la fixes sans savoir quoi faire. *Elle.. elle fout quoi ? Pourquoi est-ce qu’elle a un truc pareil sur l’visage ?*
Les Mots continuent d’affluer aux portes de ta conscience, y frappant timidement. Qu’écriras-tu sur cette Gamine ? Oseras-tu saisir ta plume alors même que sa douleur s’échappe d’elle par vagues qui la submergent ?
Elle se fait terrasser par une Houle dévastatrice. Elle se fait envahir par la haine et l’envie de Briser, l’envie d’Anéantir ; et toi, tu es là, seule témoin de sa déchéance, à contempler son visage détruit, sa bouche qui vient de se fermer, à repasser en boucle l’écho de sa voix brisée et débordante de désespoir. Tu ne sais pas comment réagir, comment lui annoncer ta présence sans que sa Houle ne se retourne contre toi.
Cette Enfant-Océan, cette Enfant pleine de Vagues, est pourtant jolie. Une Enfant petite et frêle, qui se trouve défigurée par la terrible cicatrice qui court sur son visage. *Pourquoi elle cache pas cette marque ?*
Sans montrer ton trouble, tu plantes ton regard d’hiver dans le sien, plus sombre. Tu hésites à parcourir son visage, à la détailler de haut en bas ; te ravises. Au lieu de cela, tu entrouvres les lèvres pour lui souffler une question qui tiraille ton esprit :
« Dis, Enfant-Océan… j’peux t’écrire ? »
Tu serres dans ta main la plume noire, inspires lentement. L’idée qu’un nouveau cri lui échappe ne t’effleure pas un instant et, pleine d’espoirs, tu la fixes.
*S'il-te-plaît.*
Sincèrement navrée, chère Plume Patiente, pour l'attente que je t'ai fait subir.
Voici ma Gamine ! Pleine de questions, encore une fois — ne me l'abîme pas trop, d'accord ?
Voici ma Gamine ! Pleine de questions, encore une fois — ne me l'abîme pas trop, d'accord ?
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Cri d'épouvante
Tu hurlais.
Après l’énorme inspiration, tout cet air dans tes poumons t’étouffait. Il y en avait trop, il gonflait ton ventre comme s’il allait le faire exposer. Alors tu t’es arrêté dans ce couloir, avec ce ventre trop lourd, trop plein de vide et cette gorge terriblement serrée. Tu t’es arrêtée, tes mains ont tremblé et tu as ouvert la bouche. Si grand, tellement grand que tout l’air est sorti d’un coup. Il a surgi avec une violence hors norme, tapant sur tes cordes vocales et les faisant vibrer comme les cordes d’une harpe. Mais ce n’est pas une douce mélodie qui a franchit tes lèvres. Un hurlement déchirant, plus rauque qu’il n’était aiguë, et plus faible qu’il n’était puissant. Un cri épouvantable qui résonnait contre les murs de pierre, projetant son désespoir de couloir en couloir, de salle en salle, et ainsi dans tout le château. C’était comme mille voix qui criaient ensemble, alors que tu étais bien seule. Sous la force de l’air, ton corps s’était penché en avant, tes yeux s’étaient fermés et tes paupières, si fortes étaient-elles closes, avaient fini par lâcher une larme bien maigre mais brillante d’une glaciale lueur.
Tu hurles.
Contre tout et n’importe quoi. Contre cette injuste Vie et cette pauvre Mort. Contre tous ces gens qui depuis des jours te voient sans te voir, qui à vrai dire ne regardent que le bandeau blanc et la douleur qui déforment ton visage. Contre tous ces yeux, mais aussi contre toutes ces bouches. Bouches qui parlent dans ton dos, chuchotent aux oreilles, ricanent, lâchent des essoufflements de peur ou des glapissements d’horreur. Ou encore ses doigts qui pointent, qui montrent, qui dénoncent, et font de grands gestes en remuant l’air.
Contre Ruby, mais rien n’est de sa faute. Tu cris parce qu’elle ne sait pas, et combien de fois vous étiez vous promis de tout vous dévoiler l’une l’autre. Tu cris et tu aimerais tellement qu’elle l’entende, qu’elle vienne et te prenne dans ses bras. Sentir son parfum réconfortant et la serrer si fort jusqu’à ce que vous ne fassiez plus qu’un. Tu hurles, tu fais beaucoup de bruit pour enfin disparaître.
Contre ton père qui est parti comme ça, sans prévenir. Partie comme il est venu, n’est-ce pas. La Vie a pris sa flamme aussi rapidement qu’elle lui a insufflé son premier souffle. Et désormais, lui, il ne peut plus crier, contre le monde et les monstres. Alors tu le fais à sa place, tu cris pour ton père.
Tu as hurlé.
Et maintenant, c’est fini, ton souffle s’est éteins. Tes yeux s’ouvrent de nouveau, clignent pour que le gauche fasse la mise au point. Il a du mal, reste dans le flou, mais l’autre distingue pour lui l’ombre qui devant toi se tient à présent. D’où sort-elle, cette silhouette, elle se tient bien droite devant toi. Et tu le vois, son regard, ses terribles yeux farfouillant ton visage et qui luttent tant bien que mal pour ne pas te dévisager. Comme les Autres. Tous les mêmes.
Quand tu la découvres, ton cœur fait un bond et la fureur s’amplifie avec la détresse. Et toi qui croyais en avoir fini avec tout cet air, mais non, il faut croire, ça se remplit en discontinu. Tu sèches la larme d’un mouvement à t’en arracher la peau et plonges ton regard de glace dans le siens, s’y accroches comme pour le réduire en miette.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu m’veux toi ? Qu’est-ce que tu fous là ?
Tu as de nouveau hurlé. Hurler à son visage, crachant les mots comme tu pourrais lui broyer le visage de tes poings. Tu ne vois plus que le Rouge , ce terrible rouge mêlé au plus sombre des Noir.
Après l’énorme inspiration, tout cet air dans tes poumons t’étouffait. Il y en avait trop, il gonflait ton ventre comme s’il allait le faire exposer. Alors tu t’es arrêté dans ce couloir, avec ce ventre trop lourd, trop plein de vide et cette gorge terriblement serrée. Tu t’es arrêtée, tes mains ont tremblé et tu as ouvert la bouche. Si grand, tellement grand que tout l’air est sorti d’un coup. Il a surgi avec une violence hors norme, tapant sur tes cordes vocales et les faisant vibrer comme les cordes d’une harpe. Mais ce n’est pas une douce mélodie qui a franchit tes lèvres. Un hurlement déchirant, plus rauque qu’il n’était aiguë, et plus faible qu’il n’était puissant. Un cri épouvantable qui résonnait contre les murs de pierre, projetant son désespoir de couloir en couloir, de salle en salle, et ainsi dans tout le château. C’était comme mille voix qui criaient ensemble, alors que tu étais bien seule. Sous la force de l’air, ton corps s’était penché en avant, tes yeux s’étaient fermés et tes paupières, si fortes étaient-elles closes, avaient fini par lâcher une larme bien maigre mais brillante d’une glaciale lueur.
Tu hurles.
Contre tout et n’importe quoi. Contre cette injuste Vie et cette pauvre Mort. Contre tous ces gens qui depuis des jours te voient sans te voir, qui à vrai dire ne regardent que le bandeau blanc et la douleur qui déforment ton visage. Contre tous ces yeux, mais aussi contre toutes ces bouches. Bouches qui parlent dans ton dos, chuchotent aux oreilles, ricanent, lâchent des essoufflements de peur ou des glapissements d’horreur. Ou encore ses doigts qui pointent, qui montrent, qui dénoncent, et font de grands gestes en remuant l’air.
Contre Ruby, mais rien n’est de sa faute. Tu cris parce qu’elle ne sait pas, et combien de fois vous étiez vous promis de tout vous dévoiler l’une l’autre. Tu cris et tu aimerais tellement qu’elle l’entende, qu’elle vienne et te prenne dans ses bras. Sentir son parfum réconfortant et la serrer si fort jusqu’à ce que vous ne fassiez plus qu’un. Tu hurles, tu fais beaucoup de bruit pour enfin disparaître.
Contre ton père qui est parti comme ça, sans prévenir. Partie comme il est venu, n’est-ce pas. La Vie a pris sa flamme aussi rapidement qu’elle lui a insufflé son premier souffle. Et désormais, lui, il ne peut plus crier, contre le monde et les monstres. Alors tu le fais à sa place, tu cris pour ton père.
Tu as hurlé.
Et maintenant, c’est fini, ton souffle s’est éteins. Tes yeux s’ouvrent de nouveau, clignent pour que le gauche fasse la mise au point. Il a du mal, reste dans le flou, mais l’autre distingue pour lui l’ombre qui devant toi se tient à présent. D’où sort-elle, cette silhouette, elle se tient bien droite devant toi. Et tu le vois, son regard, ses terribles yeux farfouillant ton visage et qui luttent tant bien que mal pour ne pas te dévisager. Comme les Autres. Tous les mêmes.
Quand tu la découvres, ton cœur fait un bond et la fureur s’amplifie avec la détresse. Et toi qui croyais en avoir fini avec tout cet air, mais non, il faut croire, ça se remplit en discontinu. Tu sèches la larme d’un mouvement à t’en arracher la peau et plonges ton regard de glace dans le siens, s’y accroches comme pour le réduire en miette.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu m’veux toi ? Qu’est-ce que tu fous là ?
Tu as de nouveau hurlé. Hurler à son visage, crachant les mots comme tu pourrais lui broyer le visage de tes poings. Tu ne vois plus que le Rouge , ce terrible rouge mêlé au plus sombre des Noir.
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
Cri d'épouvante
Les yeux vrillés dans les siens, tu te sens hésiter, vaguement, durant un court instant.
Comme si ta certitude de bien faire, comme si ton envie d’apprendre, s’étaient évaporées en des sentiments plus sombres, des émotions plus vives et douloureuses, engendrées par la vision de l’Autre Gamine.
Ton cœur manque un battement, puis deux, et tu fronces les sourcils, un peu inquiète.
Comme si ton désir d’écrire, ta curiosité née du hurlement plein de douleur, s’étaient changés en une étrange errance, un flottement assez incertain.
Tu clignes des yeux, une fois, puis deux, et tes pensées s’agitent, gagnées par ce mélange de tâtonnements et d’affirmations.
Comme si ta volonté d’apprendre cette Enfant-Océan, de calmer ses vagues et sa Houle, s’étaient mués en une hésitation peu colorée, sans réelle consistance, prêtes à être brisées en une infinité de morceaux coupants, prêtes à t’infliger une multitude de meurtrissures.
Ton buste s’incline un peu vers l’avant, comme contrôlé par ces mille hésitations, comme dirigé par la peur qui s’insinue doucement, vil poison, jusqu’au plus profond de ton cœur. Tes épaules tombent, incapables de résister aux vagues successives de colère et de haine expulsées par la Gamine. Tu baisses les yeux, avant qu’un nouveau flot de détresse te submerge.
Chaque mot expulsé par cette Enfant est une manière de se libérer. Chaque parole est une façon de se sentir mieux, moins lourde ; un moyen de décharger un poids insoutenable qu’elle tâche vainement de soutenir sur ses frêles épaules.
Tu recules sous la violence de ses mots, songes un instant que tu aurais pu prononcer ces paroles, il y a à peine quelques mois. Maîtriser sa colère, sa hargne, semble être un combat permanant que tu comprends malgré toi. Sans cesse obligée de mener cette bataille en elle-même, mais également forcée de se protéger à l’extérieur, de dresser entre elle et les Autres des remparts les plus solides possible, la Gamine paraît sombrer chaque seconde un peu plus. Tu la vois se noyer dans ses propres mots, s’égarer sans même s’en rendre compte, tâchant de te repousser de ses paroles qui, au départ violentes et pleines de haine, se trouvent à présent maladroites, comme un appel à l’aide.
Tu voudrais lui murmurer qu’elle sortira de tout ça. Qu’elle survivra à sa douleur, quelle qu’elle soit. Tu voudrais affirmer que même si à cet instant elle se perd et peine à se retrouver, même si elle a l’impression de se vider de son humanité, que même si les fossés entre l’humanité et elle se creusent de plus en plus, un jour elle redeviendra réelle, pleine et prête à faire face à l’Univers et à ses coups terribles.
La mélancolie, s’emparant soudainement de ton cœur, te fait chanceler. Incapable de soutenir le regard de l’Enfant-Océan et de tenir tête à tes propres émotions, tu recules d’un pas, puis deux, détournes le visage et l’inclines vers le sol de pierre.
*J’ai été comme ça moi aussi*
Tu déglutis avec difficulté ; ton dos ploie un peu plus.
*J’ai été comme ça moi aussi*
“Mais j’ai survécu, putain, Gamine. J’ai survécu, j’m’en suis remise, j’ai su retrouver un semblant d’équilibre toute seule. J’aime pas voir les gens qui s’battent pas. J’aime pas quand ils se servent de leur hargne comme seul bouclier, parce que c’est c’que j’ai fait et qu’au final c’est une attitude des plus faibles. J’ai relevé la tête, j’me suis relevée ; tuer les cœurs et les esprits des Autres n’aide pas, en réalité, tu sais ? On se sent mieux, un peu, pendant quelques courts instants, quand on le fait, mais au final ça n’sert à rien. Ça rend seulement la culpabilité plus aiguë, plus désagréable à supporter au quotidien.
Toi aussi tu ouvriras les yeux sur le Monde et ses Beautés. Mais pour ça, faut qu’tu laisses tomber ton masque de haine et qu’tu acceptes tes faiblesses ; qu’tu les transformes en forces.”
Tu serres le poing un peu plus fort autour de ta plume, redresses les épaules.
*Espoir Blues, putain. Espoir Blues.*
Tes yeux plongent dans son regard déroutant.
*Qu’est-c’que j’veux ?*
Tu hoches lentement la tête, cherches tes mots pendant quelques secondes.
Un petit sourire, léger, vient étirer tes lèvres. Craignant une réaction violente, un coup *c’est c’que j’aurais fait*, tu la contemples, sans esquisser le moindre mouvement.
Comme si ta certitude de bien faire, comme si ton envie d’apprendre, s’étaient évaporées en des sentiments plus sombres, des émotions plus vives et douloureuses, engendrées par la vision de l’Autre Gamine.
Ton cœur manque un battement, puis deux, et tu fronces les sourcils, un peu inquiète.
Comme si ton désir d’écrire, ta curiosité née du hurlement plein de douleur, s’étaient changés en une étrange errance, un flottement assez incertain.
Tu clignes des yeux, une fois, puis deux, et tes pensées s’agitent, gagnées par ce mélange de tâtonnements et d’affirmations.
Comme si ta volonté d’apprendre cette Enfant-Océan, de calmer ses vagues et sa Houle, s’étaient mués en une hésitation peu colorée, sans réelle consistance, prêtes à être brisées en une infinité de morceaux coupants, prêtes à t’infliger une multitude de meurtrissures.
Ton buste s’incline un peu vers l’avant, comme contrôlé par ces mille hésitations, comme dirigé par la peur qui s’insinue doucement, vil poison, jusqu’au plus profond de ton cœur. Tes épaules tombent, incapables de résister aux vagues successives de colère et de haine expulsées par la Gamine. Tu baisses les yeux, avant qu’un nouveau flot de détresse te submerge.
Chaque mot expulsé par cette Enfant est une manière de se libérer. Chaque parole est une façon de se sentir mieux, moins lourde ; un moyen de décharger un poids insoutenable qu’elle tâche vainement de soutenir sur ses frêles épaules.
Tu recules sous la violence de ses mots, songes un instant que tu aurais pu prononcer ces paroles, il y a à peine quelques mois. Maîtriser sa colère, sa hargne, semble être un combat permanant que tu comprends malgré toi. Sans cesse obligée de mener cette bataille en elle-même, mais également forcée de se protéger à l’extérieur, de dresser entre elle et les Autres des remparts les plus solides possible, la Gamine paraît sombrer chaque seconde un peu plus. Tu la vois se noyer dans ses propres mots, s’égarer sans même s’en rendre compte, tâchant de te repousser de ses paroles qui, au départ violentes et pleines de haine, se trouvent à présent maladroites, comme un appel à l’aide.
Tu voudrais lui murmurer qu’elle sortira de tout ça. Qu’elle survivra à sa douleur, quelle qu’elle soit. Tu voudrais affirmer que même si à cet instant elle se perd et peine à se retrouver, même si elle a l’impression de se vider de son humanité, que même si les fossés entre l’humanité et elle se creusent de plus en plus, un jour elle redeviendra réelle, pleine et prête à faire face à l’Univers et à ses coups terribles.
La mélancolie, s’emparant soudainement de ton cœur, te fait chanceler. Incapable de soutenir le regard de l’Enfant-Océan et de tenir tête à tes propres émotions, tu recules d’un pas, puis deux, détournes le visage et l’inclines vers le sol de pierre.
*J’ai été comme ça moi aussi*
Tu déglutis avec difficulté ; ton dos ploie un peu plus.
*J’ai été comme ça moi aussi*
“Mais j’ai survécu, putain, Gamine. J’ai survécu, j’m’en suis remise, j’ai su retrouver un semblant d’équilibre toute seule. J’aime pas voir les gens qui s’battent pas. J’aime pas quand ils se servent de leur hargne comme seul bouclier, parce que c’est c’que j’ai fait et qu’au final c’est une attitude des plus faibles. J’ai relevé la tête, j’me suis relevée ; tuer les cœurs et les esprits des Autres n’aide pas, en réalité, tu sais ? On se sent mieux, un peu, pendant quelques courts instants, quand on le fait, mais au final ça n’sert à rien. Ça rend seulement la culpabilité plus aiguë, plus désagréable à supporter au quotidien.
Toi aussi tu ouvriras les yeux sur le Monde et ses Beautés. Mais pour ça, faut qu’tu laisses tomber ton masque de haine et qu’tu acceptes tes faiblesses ; qu’tu les transformes en forces.”
Elle écrira cela plus tard, je crois, lorsqu'elle osera songer de nouveau à cette rencontre. Elle essaiera vaguement de poser des mots sur ce mélange de désespoir et d'envie de tout affronter, tant bien que mal. —
Tu serres le poing un peu plus fort autour de ta plume, redresses les épaules.
*Espoir Blues, putain. Espoir Blues.*
Tes yeux plongent dans son regard déroutant.
*Qu’est-c’que j’veux ?*
« C’que j’veux c’est… t’écrire. »
Tu hoches lentement la tête, cherches tes mots pendant quelques secondes.
« Mais t’écrire, Toi, et toi seule. Pas la Gamine derrière laquelle tu t’caches, pas la fille qui fait mal tout l’temps à tout l’monde et surtout à elle-même, Toi. »
Un petit sourire, léger, vient étirer tes lèvres. Craignant une réaction violente, un coup *c’est c’que j’aurais fait*, tu la contemples, sans esquisser le moindre mouvement.
« Tu… tu voudrais bien, Enfant-Océan ? »
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Cri d'épouvante
Dans le couloir, il y a désormais Deux, alors qu'avant s'élevait Un. Dans le couloir, les grandes fenêtres laissent passer une douce lumière de début d'après-midi, éclatante et transcendante. Mais les vapeurs sombres qui forment ton corps semblent aspirer la moindre nitescence, les engloutir avec une avidité malsaine. Et doucement, les lueurs se meurent et dans le couloir, il n'y a plus que du noir. Qui t'entoure et te frappe, la secoue et la drape. Les deux êtres qui désormais se regardent, s'égarent dans leurs regards. L'une semble jaune et l'autre rouge. L'une chante des louanges à la lune quand l'autre tombe et se vautre.
- Non.
Jaune.
L'autre ne se rend pas compte. Crois savoir, comme tous, dit des mots, pour tous. L'autre pense que cela passera, que ce n'est qu'une phase. Mais je vais vous le dire, moi, ce que Tu ne peux raconter. Je vais vous décrire, moi, tout ce que Tu as fait. La Gamine, horrible être, tu n'es rien d'autre que rancœur, haine et désespoir. Tu ne sais rien des véritables normes, celles qu'on dit Bien et celles qu'on dit Mal. Pour Toi, seul existe la souffrance, elle est synonyme de ta vie. Tout ce que tu vis, tout le monde le vit, alors il est normal de réagir de la sorte. Faire exploser la colère, comme Maman. Tordre les cous, comme les Autres. Ne rien montrer de ses faiblesses, comme Papa. L'autre croit que tu vas ignorer la douleur, passer outre, oublier toutes les mœurs. Elle n'a pas compris. Elle n'a rien compris. Mais toi, toi tu sais. Toi, tu as appris qu'il faut s'en nourrir, pour être plus fort, pour s'en sortir. Cette douleur, elle a toujours été là, et elle ne te quittera pas. Tu es maître de tes peines, à présent. Tu es plus forte, plus grande, et elle ne le sait pas. Elle ne croit pas en la violence.
- Tu racontes que d'la merde, tu sais rien de moi. J'te dirais jamais rien sur moi, par contre sur toi...
Rouge.
Tu vois opaque, ta voix siffle et tes poings se serrent. L'Autre ne sait que débiter des conneries et la colère monte et hurle, remplie ton être d'une vive chaleur. Une chaleur qui te dit que tout est possible, qui te ferait croire à l'irréel. Une chaleur qui t'enivre et te délivre. Elle, elle dit vouloir écrire, mais elle aurait mieux fait d'apprendre à parler avant de tracer des idioties sur le papier. Elle se croit invincible, mais tu sais manier la parole et le discours. Ô discours, ce tyran ! Gorgias, que tu ne connais point Gamine, disait "la parole peut faire cesser la peur, dissiper le chagrin, exciter la joie, accroître la pitié." Gorgias disait, mais ce qu'il n'expliquait pas, c'est que la parole peut être fatale à celui qui la reçoit. Sans pitié, sans cœur, déchirante. Elle peut amener aux larmes ou aux armes, détruire et sculpter. Et cette autre qui ne sait qu'écrire, vas y, compte-lui tes mots qui brillent d'une puissance bien supérieure !
- Rien que dans ton regard, on aperçoit le vide. Tu ne brilles pas toi, tu t'enfermes dans tes croyances. Tu n'es qu'une coquille vide, sans but, bon qu'à errer et faire comme les autres. T'es un mouton, en fait, tu sers à rien, t'es là pour faire jolie. Tu m'fais pitié, avec ton pauvre stylo et ton bout de papier. Tu sers juste à écrire les histoires des autres, incapable de t'inventer la tienne. T'es comme la plume à laquelle tu t'accroches ; tu seras jamais rien d'autre qu'Une parmi tant d'Autre.
- Non.
Jaune.
L'autre ne se rend pas compte. Crois savoir, comme tous, dit des mots, pour tous. L'autre pense que cela passera, que ce n'est qu'une phase. Mais je vais vous le dire, moi, ce que Tu ne peux raconter. Je vais vous décrire, moi, tout ce que Tu as fait. La Gamine, horrible être, tu n'es rien d'autre que rancœur, haine et désespoir. Tu ne sais rien des véritables normes, celles qu'on dit Bien et celles qu'on dit Mal. Pour Toi, seul existe la souffrance, elle est synonyme de ta vie. Tout ce que tu vis, tout le monde le vit, alors il est normal de réagir de la sorte. Faire exploser la colère, comme Maman. Tordre les cous, comme les Autres. Ne rien montrer de ses faiblesses, comme Papa. L'autre croit que tu vas ignorer la douleur, passer outre, oublier toutes les mœurs. Elle n'a pas compris. Elle n'a rien compris. Mais toi, toi tu sais. Toi, tu as appris qu'il faut s'en nourrir, pour être plus fort, pour s'en sortir. Cette douleur, elle a toujours été là, et elle ne te quittera pas. Tu es maître de tes peines, à présent. Tu es plus forte, plus grande, et elle ne le sait pas. Elle ne croit pas en la violence.
- Tu racontes que d'la merde, tu sais rien de moi. J'te dirais jamais rien sur moi, par contre sur toi...
Rouge.
Tu vois opaque, ta voix siffle et tes poings se serrent. L'Autre ne sait que débiter des conneries et la colère monte et hurle, remplie ton être d'une vive chaleur. Une chaleur qui te dit que tout est possible, qui te ferait croire à l'irréel. Une chaleur qui t'enivre et te délivre. Elle, elle dit vouloir écrire, mais elle aurait mieux fait d'apprendre à parler avant de tracer des idioties sur le papier. Elle se croit invincible, mais tu sais manier la parole et le discours. Ô discours, ce tyran ! Gorgias, que tu ne connais point Gamine, disait "la parole peut faire cesser la peur, dissiper le chagrin, exciter la joie, accroître la pitié." Gorgias disait, mais ce qu'il n'expliquait pas, c'est que la parole peut être fatale à celui qui la reçoit. Sans pitié, sans cœur, déchirante. Elle peut amener aux larmes ou aux armes, détruire et sculpter. Et cette autre qui ne sait qu'écrire, vas y, compte-lui tes mots qui brillent d'une puissance bien supérieure !
- Rien que dans ton regard, on aperçoit le vide. Tu ne brilles pas toi, tu t'enfermes dans tes croyances. Tu n'es qu'une coquille vide, sans but, bon qu'à errer et faire comme les autres. T'es un mouton, en fait, tu sers à rien, t'es là pour faire jolie. Tu m'fais pitié, avec ton pauvre stylo et ton bout de papier. Tu sers juste à écrire les histoires des autres, incapable de t'inventer la tienne. T'es comme la plume à laquelle tu t'accroches ; tu seras jamais rien d'autre qu'Une parmi tant d'Autre.
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
Cri d'épouvante
On a peur, on a honte, on est triste d’être humain
FAUVE ≠ — TUNNEL
_____
*Elle va accepter, j’le sais*
Pleine de certitudes et de bonne volonté, tu n’envisages pas un instant que l’Autre te repousse. Sûre de son besoin de parler, de révéler, tu te tiens immobile, le dos droit. Tu sens l’air entrer dans tes poumons, doucement, au rythme où ta poitrine s’élève, le monde glisser jusque dans ton cœur, en sortir quand tu expires.
Débarrassée de ta douleur, de ta haine, de cette terreur ancrée dans chacune de tes cellules, tu n’es plus qu’une petite fille qui ne comprend plus. Sans plus aucune raison de contempler le Monde d’un œil noir, tu n’oses envisager que les Autres continuent de le faire. Tu n’oses penser qu’ils empoisonnent encore l’univers de leur venin plein de ténèbres, qu’ils diffusent dans l’air, dans l’infinité d’étoiles leurs mots durs et leurs paroles aux accents de désespoir.
Les sourcils vaguement froncés, tu contemples la Gamine sans savoir que faire. Pourquoi ce pressentiment qui saisit ton cœur ? Pourquoi les battements désordonnés qui agitent ta poitrine ? Pourquoi cette soudaine envie de lui tourner le dos, de fuir en plaquant tes mains sur tes oreilles, de te rouler en boule dans un coin de couloir et de laisser ta terreur te terrasser ? Pourquoi cette aura de ténèbres qui s’agite tout autour d’elle, qui se déploie depuis son cœur jusqu’aux cieux ?
Ton souffle s’accélère, ta gorge se noue, tes dents se serrent, et tu résistes à l’envie de plaquer tes poings contre tes yeux. Dissimuler le monde est la meilleure des solutions qui s’offrent à toi. Faire disparaître l’Univers pour qu’il ne reste plus que toi et tes pensées, pour que tu te sentes enfin en sécurité, hors d’atteinte des mots haineux, loin des regards pleins de jugement, est une idée qui t’attire terriblement. *Si j’fuis j’risquerai plus rien. Et si j’m’enferme dans ma tête, j’aurai plus rien à craindre* ; tu serres un peu plus ta plume dans ta paume, tâchant d’y puiser un peu de force. Le morceau de parchemin, comme une feuille morte, s’envole et retombe sur le sol glacial. Dans un silence débordant de tension, tu te figes davantage, sans même oser respirer.
*Elle va m’tuer, j’crois* ; le déferlement de haine te noie. Soudainement, tu réalises ton infini besoin des ténèbres de Petite Ombre, de ton désir de te blottir dans ses bras, de tenir sa main et de hurler au froid de lâcher ton cœur. Perdant pied, mêlant la réalité dans laquelle tu tiens à peine debout, et les cauchemars qui te tourmentent chaque nuit, incapable de faire face à l’onde qui te traverse – te renverse –, tu ne sais même plus prononcer le moindre son.
Ses paroles, pendant quelques secondes qui te paraissent infinies, tournent en boucle dans ton esprit sans avoir aucun sens. Ils survolent tes pensées, s’y mélangent pour former un incompréhensible amas de mots entassés les uns sur les autres. Tu chancelles, essaies de prendre une profonde inspiration sans réellement y parvenir, tes paupières se ferment brièvement pour contenir la multitude d’émotions qui s’étreignent toutes ensemble.
*Par contre sur toi…* tu secoues la tête, réfrènes l’envie de hurler qui vient enserrer ta poitrine. *Par contre sur toi…* tu voudrais arracher ces mots trop vrais de ton cœur, les oublier et ne plus jamais avoir affaire à eux. *Par contre sur toi…*, inspiration. *Tu n'es qu'une coquille vide*, expiration. La Nébuleuse-Enfant a su toucher juste.
Sans même la regarder, le regard fixé sur le parchemin toujours tristement posé sur la pierre, tu ajoutes en un murmure :
Entière.
FAUVE ≠ — TUNNEL
_____
*Elle va accepter, j’le sais*
Pleine de certitudes et de bonne volonté, tu n’envisages pas un instant que l’Autre te repousse. Sûre de son besoin de parler, de révéler, tu te tiens immobile, le dos droit. Tu sens l’air entrer dans tes poumons, doucement, au rythme où ta poitrine s’élève, le monde glisser jusque dans ton cœur, en sortir quand tu expires.
Débarrassée de ta douleur, de ta haine, de cette terreur ancrée dans chacune de tes cellules, tu n’es plus qu’une petite fille qui ne comprend plus. Sans plus aucune raison de contempler le Monde d’un œil noir, tu n’oses envisager que les Autres continuent de le faire. Tu n’oses penser qu’ils empoisonnent encore l’univers de leur venin plein de ténèbres, qu’ils diffusent dans l’air, dans l’infinité d’étoiles leurs mots durs et leurs paroles aux accents de désespoir.
Les sourcils vaguement froncés, tu contemples la Gamine sans savoir que faire. Pourquoi ce pressentiment qui saisit ton cœur ? Pourquoi les battements désordonnés qui agitent ta poitrine ? Pourquoi cette soudaine envie de lui tourner le dos, de fuir en plaquant tes mains sur tes oreilles, de te rouler en boule dans un coin de couloir et de laisser ta terreur te terrasser ? Pourquoi cette aura de ténèbres qui s’agite tout autour d’elle, qui se déploie depuis son cœur jusqu’aux cieux ?
Ton souffle s’accélère, ta gorge se noue, tes dents se serrent, et tu résistes à l’envie de plaquer tes poings contre tes yeux. Dissimuler le monde est la meilleure des solutions qui s’offrent à toi. Faire disparaître l’Univers pour qu’il ne reste plus que toi et tes pensées, pour que tu te sentes enfin en sécurité, hors d’atteinte des mots haineux, loin des regards pleins de jugement, est une idée qui t’attire terriblement. *Si j’fuis j’risquerai plus rien. Et si j’m’enferme dans ma tête, j’aurai plus rien à craindre* ; tu serres un peu plus ta plume dans ta paume, tâchant d’y puiser un peu de force. Le morceau de parchemin, comme une feuille morte, s’envole et retombe sur le sol glacial. Dans un silence débordant de tension, tu te figes davantage, sans même oser respirer.
*Elle va m’tuer, j’crois* ; le déferlement de haine te noie. Soudainement, tu réalises ton infini besoin des ténèbres de Petite Ombre, de ton désir de te blottir dans ses bras, de tenir sa main et de hurler au froid de lâcher ton cœur. Perdant pied, mêlant la réalité dans laquelle tu tiens à peine debout, et les cauchemars qui te tourmentent chaque nuit, incapable de faire face à l’onde qui te traverse – te renverse –, tu ne sais même plus prononcer le moindre son.
Ses paroles, pendant quelques secondes qui te paraissent infinies, tournent en boucle dans ton esprit sans avoir aucun sens. Ils survolent tes pensées, s’y mélangent pour former un incompréhensible amas de mots entassés les uns sur les autres. Tu chancelles, essaies de prendre une profonde inspiration sans réellement y parvenir, tes paupières se ferment brièvement pour contenir la multitude d’émotions qui s’étreignent toutes ensemble.
*Par contre sur toi…* tu secoues la tête, réfrènes l’envie de hurler qui vient enserrer ta poitrine. *Par contre sur toi…* tu voudrais arracher ces mots trop vrais de ton cœur, les oublier et ne plus jamais avoir affaire à eux. *Par contre sur toi…*, inspiration. *Tu n'es qu'une coquille vide*, expiration. La Nébuleuse-Enfant a su toucher juste.
« J’suis Une, au moins, alors. J’ai la chance d’exister ; de vivre. J’suis p'tètre vide, mais j'me noie pas dans mes propres mots, je m’sers pas de la douleur des Autres pour oublier la mienne. »
Sans même la regarder, le regard fixé sur le parchemin toujours tristement posé sur la pierre, tu ajoutes en un murmure :
« J’suis entière, moi. »
Entière.
Entière.
Entière, réellement ?
— DOUTES —
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Cri d'épouvante
Elle semble perdue dans ses rêves, l'Autre. Elle pense sans doute que le monde est beau, encore imprégnée de la douce innocence de l'enfance. Alors que toi, ça fait des années que tu t'es réveillé, que tu es enfin rentrée dans le grand cauchemar de la vie. La vrai.
Elle, elle ne voit pas les lourds nuages qui arrivent, menaçant. Elle ne voit pas les feuilles mortes qui tombent comme des pierres sur le sol aride. Elle n'entend pas les pleurs et les cris de douleur qui résonne dans le vent. Elle ne sent pas les larmes glacées du ciel lui tomber sur le bout du nez, ou encore les immenses mains de la misère se serrer autour de sa gorge.
Non, Elle, elle ne voit que ce qu'elle veut voir. Elle voit les derniers rayons de soleil avant que s'avance la tempête. Elle ne voit que la fleur d'été, qui demain sera recouverte par le givre. Elle entend les rires discrets des âmes en secret. Elle ne voit que les sourires qui bien souvent ne servent qu'à cacher les maux intérieurs. Elle est obnubilée par la lueur de la flamme qui bientôt s'éteindra pour laisser place au noir.
*Elle dit n'importe quoi. P'tain, mais elle a rien compris !* Elle n'existe pas. C'était ça que tu voulais lui dire. Mais non, elle se raccroche à ce qui lui plaît, ce qui lui correspond ou du moins ce qu'elle pense lui correspondre. Son existence ne compte pas, elle est noyée au milieu des autres, invisible dans la foule. Elle n'est pas entière, puisqu'elle n'est rien. Fin.
Elle baisse les yeux. C'est comme si la colère avait décuplé tes sens. Tu vois ses phalanges se serrer d'avantage et tout son corps se recroqueviller misérablement. Ça te fait un bien fou.
- Eh, pourquoi tu me regardes plus dans les yeux ? C’est ça qui te fait peur ? Tu pointes de l’index la cicatrice qui te barre l’œil gauche. Hein ? C’est ça qui t’effraie ? Eh, j’te parle sale emmerdeuse !
Tu tends la main et pousse violemment son épaule droite. D’un coup sec, comme pour réveiller ce corps qui te semble mort, cette fameuse coquille vide qui ne sert plus à grand chose dans ce monde mouvant. Tu ramènes ta main un temps, la regardes droit dans les yeux elle et sa foutue plume, essaye de croiser son regard fuyant. S’en deviendrait presque un jeu, ça t’amuse la Violence.
Et puis de nouveau, tes deux mains viennent cogner ses épaules, plus durement encore, presque pour la faire tomber, ou du moins reculer. Et en même en temps, effectue un pas vers elle, puis un deuxième, les prunelles fixent, glaciales.
- Eh, t’as plus d’force ou quoi ? Tu tiens même pas debout, pauvre idiote. Alors quoi, j’te fais peur, c’est ça ?
Elle, elle ne voit pas les lourds nuages qui arrivent, menaçant. Elle ne voit pas les feuilles mortes qui tombent comme des pierres sur le sol aride. Elle n'entend pas les pleurs et les cris de douleur qui résonne dans le vent. Elle ne sent pas les larmes glacées du ciel lui tomber sur le bout du nez, ou encore les immenses mains de la misère se serrer autour de sa gorge.
Non, Elle, elle ne voit que ce qu'elle veut voir. Elle voit les derniers rayons de soleil avant que s'avance la tempête. Elle ne voit que la fleur d'été, qui demain sera recouverte par le givre. Elle entend les rires discrets des âmes en secret. Elle ne voit que les sourires qui bien souvent ne servent qu'à cacher les maux intérieurs. Elle est obnubilée par la lueur de la flamme qui bientôt s'éteindra pour laisser place au noir.
*Elle dit n'importe quoi. P'tain, mais elle a rien compris !* Elle n'existe pas. C'était ça que tu voulais lui dire. Mais non, elle se raccroche à ce qui lui plaît, ce qui lui correspond ou du moins ce qu'elle pense lui correspondre. Son existence ne compte pas, elle est noyée au milieu des autres, invisible dans la foule. Elle n'est pas entière, puisqu'elle n'est rien. Fin.
Elle baisse les yeux. C'est comme si la colère avait décuplé tes sens. Tu vois ses phalanges se serrer d'avantage et tout son corps se recroqueviller misérablement. Ça te fait un bien fou.
- Eh, pourquoi tu me regardes plus dans les yeux ? C’est ça qui te fait peur ? Tu pointes de l’index la cicatrice qui te barre l’œil gauche. Hein ? C’est ça qui t’effraie ? Eh, j’te parle sale emmerdeuse !
Tu tends la main et pousse violemment son épaule droite. D’un coup sec, comme pour réveiller ce corps qui te semble mort, cette fameuse coquille vide qui ne sert plus à grand chose dans ce monde mouvant. Tu ramènes ta main un temps, la regardes droit dans les yeux elle et sa foutue plume, essaye de croiser son regard fuyant. S’en deviendrait presque un jeu, ça t’amuse la Violence.
Et puis de nouveau, tes deux mains viennent cogner ses épaules, plus durement encore, presque pour la faire tomber, ou du moins reculer. Et en même en temps, effectue un pas vers elle, puis un deuxième, les prunelles fixent, glaciales.
- Eh, t’as plus d’force ou quoi ? Tu tiens même pas debout, pauvre idiote. Alors quoi, j’te fais peur, c’est ça ?
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
Cri d'épouvante
Le grain du papier est tout juste visible dans la semi-pénombre du couloir. Le sol glacé vaguement éclairé par les quelques timides rayons du Soleil ne parvient pas à rendre à la feuille la lumière qui paraissait l’auréoler lorsque tu la tenais entre tes doigts pâles. Les quelques mots déjà tracés se fondent dans l’ombre, illisibles ; et tant mieux. L’Autre ne sait pas que tu as écrit ces lettres, elle ne les a pas vues ; et tant mieux.
Tu fais un pas en arrière, prête à fuir la colère de la Comète au teint de ténèbres. Désireuse d’échapper à ses mots auxquels tu ne veux pas croire, espérant une lueur venue t’épargner le déferlement de sa haine, tu tournes le visage à droite, puis à gauche. Les yeux toujours rivés au sol mais l’esprit cherchant tant bien que mal une solution pour éviter ses coups et ses regards assassins, tu serres les dents puis clignes des paupières.
*J’suis vraiment entière ?*
Ton esprit s’égare durant un instant – ou quelques heures ? – ; Elle disparaît. Tu suis chacun des morceaux de ton âme égarés durant les mois qui ont constitué ta seconde année, revois ceux qui se sont brisés à la lecture de la lettre de Maë, ceux qui se sont envolés dans le ciel nocturne à la rencontre avec Ange. Tu te rappelles des mains de Bristyle apposées si brutalement contre tes épaules, de la dernière fois que tu as tiré des notes du violon de Maman, des cauchemars qui ont habité tes nuits les dernières semaines avant ton retour à Edimbourg. Autant de morceaux de cœur, d’éclats de vie, à jamais perdus.
Le mensonge entaille brutalement ton être tout entier. Tu sais que les mots proférés sont absurdement faux. Tu sais que tes affirmations prononcées d’une voix faible – si faible – ne sont rien que des paroles vides de sens et parfaitement futiles. Tu sais que l’Autre évitera leur tranchant bien trop aisément, qu’elle se jouera d’eux pour mieux te blesser.
Sa volonté de faire du mal, à tous prix, son désir de détruire, peu importe le prix à payer, t’effraie terriblement. Dans ses yeux fous, tu te vois ; tu reconnais la haine bouillonnante qui avait submergé ton cœur voilà plusieurs mois. Et, plus que tout, tu voudrais fuir cette vision. Pour ne plus avoir à contempler ta chute et l’enfer traversé pendant tant d’éternités. Dans ses yeux fous, tu comprends son infini souhait de détruire le monde et de s’élever au-dessus de ses ruines, triomphante. Dans ses yeux fous, tu te rappelles de toutes les paroles crachées sur ces pauvres Autres qui n’avaient rien demandé, tu te souviens de la peau de tes phalanges déchirée contre la pierre du mur, tu te souviens de tes fuites éperdues dans les couloirs de l’Ecole pour échapper à Leurs regards à tous. Dans ses yeux fous se trouve le reflet de Lewis, la gamine totalement perdue dans ses propres pensées, entre les fantômes de son passé et ses angoisses pour l’avenir.
Et lorsque ses mots atteignent ton cœur avec un son de destruction absolue et quasi-irrémédiable, tu chancelles. Tes oreilles n’entendent plus rien mais ton esprit, lui, comprend tout. Plus clair que jamais, il saisit chaque expression de la fille, note ses gestes violents et son visage bien trop pâle.
L’évidence s’impose à ton être avant même que le reste de ses paroles ne te parvienne. *Parce que j’en suis pas capable. Parce que j’veux pas m’voir à travers toi, bordel.*
Ses mains repoussent violemment tes épaules, te font trembler des pieds à la tête. Comme une ancre dans le présent, un moyen de t’accrocher au Monde, tu gardes tes yeux froids fixés sur la feuille de parchemin qui paraît désormais si lourde, échouée au sol ; formes tant bien que mal une barricade contre la violence qui s’abat sur l’intégralité de ton corps.
T’es pitoyable, pauvre idiote . Arrête avec tes airs de gamine paumée, pauvre idiote. Bats-toi contre cette Autre qui se croit si puissante, triste Lueur. Abîme une nouvelle fois tes phalanges pour détruire son arrogance et son besoin de faire mal, Gamine Haineuse. A la seule force de tes maux’ots, prouve-lui que tu es reconstruite, Enfant-Combat.
Indiquant du menton sa cicatrice, tu serres les dents pour ajouter :
Un nouveau pas en arrière, pour se trouver hors de ses mains ravageuses. Un nouveau pas en arrière, pour échapper à sa colère.
Pauvre idiote ;
Triste Lueur ;
Gamine Haineuse ;
Enfant-Combat.
Ils sont beaux, ces Noms. Ils sont Vrais.
Tu fais un pas en arrière, prête à fuir la colère de la Comète au teint de ténèbres. Désireuse d’échapper à ses mots auxquels tu ne veux pas croire, espérant une lueur venue t’épargner le déferlement de sa haine, tu tournes le visage à droite, puis à gauche. Les yeux toujours rivés au sol mais l’esprit cherchant tant bien que mal une solution pour éviter ses coups et ses regards assassins, tu serres les dents puis clignes des paupières.
*J’suis vraiment entière ?*
Ton esprit s’égare durant un instant – ou quelques heures ? – ; Elle disparaît. Tu suis chacun des morceaux de ton âme égarés durant les mois qui ont constitué ta seconde année, revois ceux qui se sont brisés à la lecture de la lettre de Maë, ceux qui se sont envolés dans le ciel nocturne à la rencontre avec Ange. Tu te rappelles des mains de Bristyle apposées si brutalement contre tes épaules, de la dernière fois que tu as tiré des notes du violon de Maman, des cauchemars qui ont habité tes nuits les dernières semaines avant ton retour à Edimbourg. Autant de morceaux de cœur, d’éclats de vie, à jamais perdus.
Le mensonge entaille brutalement ton être tout entier. Tu sais que les mots proférés sont absurdement faux. Tu sais que tes affirmations prononcées d’une voix faible – si faible – ne sont rien que des paroles vides de sens et parfaitement futiles. Tu sais que l’Autre évitera leur tranchant bien trop aisément, qu’elle se jouera d’eux pour mieux te blesser.
Sa volonté de faire du mal, à tous prix, son désir de détruire, peu importe le prix à payer, t’effraie terriblement. Dans ses yeux fous, tu te vois ; tu reconnais la haine bouillonnante qui avait submergé ton cœur voilà plusieurs mois. Et, plus que tout, tu voudrais fuir cette vision. Pour ne plus avoir à contempler ta chute et l’enfer traversé pendant tant d’éternités. Dans ses yeux fous, tu comprends son infini souhait de détruire le monde et de s’élever au-dessus de ses ruines, triomphante. Dans ses yeux fous, tu te rappelles de toutes les paroles crachées sur ces pauvres Autres qui n’avaient rien demandé, tu te souviens de la peau de tes phalanges déchirée contre la pierre du mur, tu te souviens de tes fuites éperdues dans les couloirs de l’Ecole pour échapper à Leurs regards à tous. Dans ses yeux fous se trouve le reflet de Lewis, la gamine totalement perdue dans ses propres pensées, entre les fantômes de son passé et ses angoisses pour l’avenir.
Et lorsque ses mots atteignent ton cœur avec un son de destruction absolue et quasi-irrémédiable, tu chancelles. Tes oreilles n’entendent plus rien mais ton esprit, lui, comprend tout. Plus clair que jamais, il saisit chaque expression de la fille, note ses gestes violents et son visage bien trop pâle.
« Pourquoi tu m’regardes plus ? »
L’évidence s’impose à ton être avant même que le reste de ses paroles ne te parvienne. *Parce que j’en suis pas capable. Parce que j’veux pas m’voir à travers toi, bordel.*
Ses mains repoussent violemment tes épaules, te font trembler des pieds à la tête. Comme une ancre dans le présent, un moyen de t’accrocher au Monde, tu gardes tes yeux froids fixés sur la feuille de parchemin qui paraît désormais si lourde, échouée au sol ; formes tant bien que mal une barricade contre la violence qui s’abat sur l’intégralité de ton corps.
« Tu tiens même pas d’bout. »
T’es pitoyable, pauvre idiote . Arrête avec tes airs de gamine paumée, pauvre idiote. Bats-toi contre cette Autre qui se croit si puissante, triste Lueur. Abîme une nouvelle fois tes phalanges pour détruire son arrogance et son besoin de faire mal, Gamine Haineuse. A la seule force de tes maux’ots, prouve-lui que tu es reconstruite, Enfant-Combat.
« Dégage, p’tain. J’en ai rien à faire, de ton truc. »
Indiquant du menton sa cicatrice, tu serres les dents pour ajouter :
« Et m’touche pas. J’veux pas d’ta haine, je t’ai rien fait. »
Un nouveau pas en arrière, pour se trouver hors de ses mains ravageuses. Un nouveau pas en arrière, pour échapper à sa colère.
Pauvre idiote ;
Triste Lueur ;
Gamine Haineuse ;
Enfant-Combat.
Ils sont beaux, ces Noms. Ils sont Vrais.
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J'espère, Chère Plume, que tu pardonneras ce retard.
J'espère, Chère Plume, que tu pardonneras ce retard.
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ent‘r‘êvée
Cri d'épouvante
La haine, la pire de toutes les vermines. Comme l'un de ces Endoparasite qui vivent et se développent à l'intérieur même de certains insectes, se nourrissent de leur fluide intérieur et qui finissent par tuer inévitablement leur hôte. Cette même haine, qui durant tant d'années avait continué silencieusement de grandir en toi, se sustentant de chacun de tes maux, de tes larmes et de tes colères, était aujourd'hui à son apogée. Elle te transformait en tous les monstres qui avaient un jour croisé ton chemin, craquelant ta répugnante carcasse humaine pour laisser paraître un trou béant, d'où sortait d'immondes larves, comme un épais liquide noir. Tu étais devenue une infâme charogne, prête à tuer pour étancher ton insatiable faim. Tu voulais réduire à néant le moindre bonheur présent autour de toi. C'était con pour la rousse en face de toi. Apparue au mauvais moment, au mauvais endroit. Celle-là allait payer pour tous les autres et pour toutes les fois.
Tu voyais la peur dans son regard perdu, ou du moins espérais-tu que ce soit ça qui brillait au fond de ses prunelles. Pas besoin de la connaître pour éprouver un dégoût et une haine féroce contre elle. *Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste...* Tu nourrissais cette colère à coup de sifflements et de gestes brusques, la faisant reculer à chaque fois que tu mettais un pied devant l'autre. C'était si satisfaisant de voir cette fille plus âgée se recroqueviller face à toi. Ta grande taille te conférait un pouvoir dont tu appréciais grandement l'utilisation.
Bien que tu continuais à opérer ta parade d'intimidation sur elle, tu restais vigilante à la moindre chose qui pourrait potentiellement se retourner contre toi, ou au contraire, dont tu pourrais te servir pour l'enfoncer davantage. Tu remarquais alors le bout de papier dans l'une de ses mains, et dans l'autre sa jolie plume. C'est plus fort que toi, n'est-ce pas immonde charogne, que d'étaler ta colère sur le monde jusqu'à détruire la moindre esquisse de sourire ? Tu ne peux t'empêcher de faire du mal, sous prétexte que cela te procure un bien fou, alors que la vérité, charogne, c'est que cela ne te rend que plus addict. Mais fais gaffe, ça fini toujours par te retomber sur la gueule.
- Non, j'fais ce que je veux. C'est clair Carotte ?
Tu la pousses de nouveau dans la pénombre du couloir, avant de tendre le bras et lui arracher le papier des mains. Tu entends un craquement alors que la feuille se déchire en deux, un bout restant dans sa main raidie. Tu la regardes droit dans les yeux, lèves tes deux mains tenant soigneusement le reste de papier et le déchires méticuleusement sans ciller du regard. Tu te régales silencieusement de ce bruit discret que fait le parchemin, alors qu'un petit sourire satisfait vient clore au coin de tes lèvres. Tu déchires une fois, puis deux, puis trois, jusqu'à ce qu'il ne reste que des confettis blanc opaque dans tes paumes. Avec un calme souverain, tu tends les mains au-dessus de sa tête, et laisses s'échapper les morceaux de papier. Tu les regardes virevolter et se coincer dans la chevelure de l'autre.
- T'as vu Carotte, il neige !
Tu voyais la peur dans son regard perdu, ou du moins espérais-tu que ce soit ça qui brillait au fond de ses prunelles. Pas besoin de la connaître pour éprouver un dégoût et une haine féroce contre elle. *Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste...* Tu nourrissais cette colère à coup de sifflements et de gestes brusques, la faisant reculer à chaque fois que tu mettais un pied devant l'autre. C'était si satisfaisant de voir cette fille plus âgée se recroqueviller face à toi. Ta grande taille te conférait un pouvoir dont tu appréciais grandement l'utilisation.
Bien que tu continuais à opérer ta parade d'intimidation sur elle, tu restais vigilante à la moindre chose qui pourrait potentiellement se retourner contre toi, ou au contraire, dont tu pourrais te servir pour l'enfoncer davantage. Tu remarquais alors le bout de papier dans l'une de ses mains, et dans l'autre sa jolie plume. C'est plus fort que toi, n'est-ce pas immonde charogne, que d'étaler ta colère sur le monde jusqu'à détruire la moindre esquisse de sourire ? Tu ne peux t'empêcher de faire du mal, sous prétexte que cela te procure un bien fou, alors que la vérité, charogne, c'est que cela ne te rend que plus addict. Mais fais gaffe, ça fini toujours par te retomber sur la gueule.
- Non, j'fais ce que je veux. C'est clair Carotte ?
Tu la pousses de nouveau dans la pénombre du couloir, avant de tendre le bras et lui arracher le papier des mains. Tu entends un craquement alors que la feuille se déchire en deux, un bout restant dans sa main raidie. Tu la regardes droit dans les yeux, lèves tes deux mains tenant soigneusement le reste de papier et le déchires méticuleusement sans ciller du regard. Tu te régales silencieusement de ce bruit discret que fait le parchemin, alors qu'un petit sourire satisfait vient clore au coin de tes lèvres. Tu déchires une fois, puis deux, puis trois, jusqu'à ce qu'il ne reste que des confettis blanc opaque dans tes paumes. Avec un calme souverain, tu tends les mains au-dessus de sa tête, et laisses s'échapper les morceaux de papier. Tu les regardes virevolter et se coincer dans la chevelure de l'autre.
- T'as vu Carotte, il neige !
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
Cri d'épouvante
TW sang sur la fin du post.
Son regard te détaille et son poison se mêle à ton sang, souillant irrémédiablement ton être. Sa force, sa volonté ; toute cette puissance suintante de haine, t’atteint en une vague qui submerge toutes tes vaines tentatives de résistance. Pitoyable, tu trembles tandis qu’elle te détaille, et que ses mots glissent sur toi comme de glaciales sentences, comme de violentes affirmations que ton esprit veut croire à tous prix.
Tout est déconnecté. Tes pensées, tes espoirs qu’elle dégage – qu’elle fasse demi-tour et se barre, tes angoisses et même ton corps qui, s’il le pouvait, aurait fui, ou bien se serait effondré. Toute raison déserte ton être vide de toute volonté, toute envie t’abandonne pour ne laisser plus qu’une enveloppe charnelle.
La froideur qui se dégage de celle qui te fait face te pétrifie. Le plaisir malsain qu’elle prend à provoquer toute cette angoisse en toi ne fait que l’amplifier, de même que ses yeux sans humanité qui te transpercent de part en part.
Telle une automate, la couleur de ta peau devenue terreuse et ton corps se mouvant comme l’une de ces armures qui peuplent l’Ecole, tu recules un peu plus, terminant de céder à la haine de l’Autre. Un pas, un second, et bientôt une myriade d’autre viennent t’entraîner loin d’elle et de son corps qui te répugne. Tout en elle est une source de peur.
Tes enjambées se succèdent, les pierres défilent au coin de ta vision, le Monde devient monochrome et tu te trouves brusquement face à un mur.
TW —
Ton regard se voile un peu plus, ton poing – indépendant de ta volonté, s’affirme soudainement – et s’écrase contre celui-ci. La peau se déchire, une trace de sang apparaît sur la roche centenaire.
La pensée que tes phalanges ont déjà subi ce châtiment, le souvenir que tu t’étais promis de ne jamais recommencer, ressurgissent soudainement. La Vague les balaie tous.
Un nouveau coup vient ébranler ton corps, et diffuse une nouvelle douleur dans tout ton bras. Le liquide vermeil goutte peu à peu sur le sol, mais tu n’en as cure.
Tout, tant qu’elle ne reparaît pas au coin du Couloir. Tout, même les pires maux du monde, pour qu’elle ne soit qu’un mauvais rêve qui disparaîtra lorsque le jour se lèvera à nouveau.
Pas un mot n’est proféré ; pas une parole n’est prononcée. Les mots n’ont pas besoin d’être abîmés – et ton cœur le sait très bien, au fond.
Son regard te détaille et son poison se mêle à ton sang, souillant irrémédiablement ton être. Sa force, sa volonté ; toute cette puissance suintante de haine, t’atteint en une vague qui submerge toutes tes vaines tentatives de résistance. Pitoyable, tu trembles tandis qu’elle te détaille, et que ses mots glissent sur toi comme de glaciales sentences, comme de violentes affirmations que ton esprit veut croire à tous prix.
Tout est déconnecté. Tes pensées, tes espoirs qu’elle dégage – qu’elle fasse demi-tour et se barre, tes angoisses et même ton corps qui, s’il le pouvait, aurait fui, ou bien se serait effondré. Toute raison déserte ton être vide de toute volonté, toute envie t’abandonne pour ne laisser plus qu’une enveloppe charnelle.
La froideur qui se dégage de celle qui te fait face te pétrifie. Le plaisir malsain qu’elle prend à provoquer toute cette angoisse en toi ne fait que l’amplifier, de même que ses yeux sans humanité qui te transpercent de part en part.
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Un frémissement ébranle la colonne vertébrale, annonciateur du début de la Destruction totale. Un premier tremblement pour prévenir de l’effondrement du reste de l’âme. Les yeux cillent, le cœur s’arrête quelques fractions de secondes, puis revient au galop, fracassant les côtes qui l’abritent. La peur glace l’intégralité des cellules qui s’immobilisent brusquement ; elles palpitent au rythme du son qui court, comme une dernière pensée, comme une marche funèbre, au fond de l’esprit. Les ombres embrasent bientôt tout, obscurcissent la vision déjà brouillée de cette étrange eau salée qui déborde des billes couleur d’aigue-marine. Le monde tournoie un instant, puis tout se stabilise étrangement.
Le temps semble ralentir. L’Enfant s’immobilise, soudainement métamorphosée en statue de pierre – son teint prend la même couleur. Tout paraît se passer lentement, comme si l’instant s’étirait. Elle a déjà vécu des Filaments de ce genre, mais les images qu’elle parvient à se remémorer ont de douces couleurs. Jamais la douleur ne s’est éternisée de cette manière, palpitant dans son corps au même rythme que son cœur ; jamais la terreur n’a habité l’entièreté de son esprit comme elle le fait aujourd’hui.
Tout est détraqué, dans l’Être aux cheveux rougeoyants parsemés de flocons aux couleurs de Mots. Tout est détraqué, depuis ce contraste habituellement saisissant entre les yeux d’hiver et la chevelure de feu, en bataille – qui semble ternir peu à peu, à mesure que l’Immobilité s’installe, jusqu’aux paroles qui auraient d’ordinaire jailli de sa bouche naturellement et qui forment un barrage dans sa gorge, en un nœud très peu agréable mais dont elle ne sait se défaire.
Le passé n’a plus de sens ; les réminiscences qui parviennent à la maintenir à la surface lorsqu’elle se sent partir sont parfaitement impuissantes. La vague est trop violente.
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Un frémissement ébranle la colonne vertébrale, annonciateur du début de la Destruction totale. Un premier tremblement pour prévenir de l’effondrement du reste de l’âme. Les yeux cillent, le cœur s’arrête quelques fractions de secondes, puis revient au galop, fracassant les côtes qui l’abritent. La peur glace l’intégralité des cellules qui s’immobilisent brusquement ; elles palpitent au rythme du son qui court, comme une dernière pensée, comme une marche funèbre, au fond de l’esprit. Les ombres embrasent bientôt tout, obscurcissent la vision déjà brouillée de cette étrange eau salée qui déborde des billes couleur d’aigue-marine. Le monde tournoie un instant, puis tout se stabilise étrangement.
Le temps semble ralentir. L’Enfant s’immobilise, soudainement métamorphosée en statue de pierre – son teint prend la même couleur. Tout paraît se passer lentement, comme si l’instant s’étirait. Elle a déjà vécu des Filaments de ce genre, mais les images qu’elle parvient à se remémorer ont de douces couleurs. Jamais la douleur ne s’est éternisée de cette manière, palpitant dans son corps au même rythme que son cœur ; jamais la terreur n’a habité l’entièreté de son esprit comme elle le fait aujourd’hui.
Tout est détraqué, dans l’Être aux cheveux rougeoyants parsemés de flocons aux couleurs de Mots. Tout est détraqué, depuis ce contraste habituellement saisissant entre les yeux d’hiver et la chevelure de feu, en bataille – qui semble ternir peu à peu, à mesure que l’Immobilité s’installe, jusqu’aux paroles qui auraient d’ordinaire jailli de sa bouche naturellement et qui forment un barrage dans sa gorge, en un nœud très peu agréable mais dont elle ne sait se défaire.
Le passé n’a plus de sens ; les réminiscences qui parviennent à la maintenir à la surface lorsqu’elle se sent partir sont parfaitement impuissantes. La vague est trop violente.
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Telle une automate, la couleur de ta peau devenue terreuse et ton corps se mouvant comme l’une de ces armures qui peuplent l’Ecole, tu recules un peu plus, terminant de céder à la haine de l’Autre. Un pas, un second, et bientôt une myriade d’autre viennent t’entraîner loin d’elle et de son corps qui te répugne. Tout en elle est une source de peur.
Tes enjambées se succèdent, les pierres défilent au coin de ta vision, le Monde devient monochrome et tu te trouves brusquement face à un mur.
TW —
Ton regard se voile un peu plus, ton poing – indépendant de ta volonté, s’affirme soudainement – et s’écrase contre celui-ci. La peau se déchire, une trace de sang apparaît sur la roche centenaire.
La pensée que tes phalanges ont déjà subi ce châtiment, le souvenir que tu t’étais promis de ne jamais recommencer, ressurgissent soudainement. La Vague les balaie tous.
Un nouveau coup vient ébranler ton corps, et diffuse une nouvelle douleur dans tout ton bras. Le liquide vermeil goutte peu à peu sur le sol, mais tu n’en as cure.
Tout, tant qu’elle ne reparaît pas au coin du Couloir. Tout, même les pires maux du monde, pour qu’elle ne soit qu’un mauvais rêve qui disparaîtra lorsque le jour se lèvera à nouveau.
Pas un mot n’est proféré ; pas une parole n’est prononcée. Les mots n’ont pas besoin d’être abîmés – et ton cœur le sait très bien, au fond.
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Ashley a détruit ma Gamine ! Alors qu’elle venait de se reconstruire, ce n’est pas croyable quand même.
Bon, il semblerait que ça soit la fin. Lorsqu’elle retrouvera la raison, elle va aller soigner tout ça j’imagine ; puis elle se rendra en cours, comme si de rien n’était. J’espère seulement pour elle qu’elle ne croisera plus ta Protégée avant longtemps. Cela vaudrait mieux pour sa santé mentale encore trop fragile.
Enfin, merci pour tout ça. Ce fut un beau moment tout de même ; nous écrirons à nouveau bientôt, je l’espère – si Elles nous le permettent.
Ashley a détruit ma Gamine ! Alors qu’elle venait de se reconstruire, ce n’est pas croyable quand même.
Bon, il semblerait que ça soit la fin. Lorsqu’elle retrouvera la raison, elle va aller soigner tout ça j’imagine ; puis elle se rendra en cours, comme si de rien n’était. J’espère seulement pour elle qu’elle ne croisera plus ta Protégée avant longtemps. Cela vaudrait mieux pour sa santé mentale encore trop fragile.
Enfin, merci pour tout ça. Ce fut un beau moment tout de même ; nous écrirons à nouveau bientôt, je l’espère – si Elles nous le permettent.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée