Essore ton coeur
[ 13 DÉCEMBRE 2045 ]
Couloirs du 5ème Étage, Poudlard
Charlie, 16 ans.
4ème Année

∞
Couloirs du 5ème Étage, Poudlard
Charlie, 16 ans.
4ème Année

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Dans les boyaux des couloirs, une voix aux teintes aigues s’entend rebondir contre les murs.
Voix plutôt aigue, en effet, mais qui dispose d’une portée puissante et d’un coffrage rare. À l’image d’un dragon encore jeune, son cri est strident, mais l’amplitude profonde de son futur réceptacle s’entend déjà dans son diapason.
Un diapason aux couleurs Rouge et Jaune, accompagné d’une toute autre voix, aux allures lourdes et à la tonalité grave. Un dragon adulte, pour sûr. Bleu et Bronze.
— J’peux juste pas. En fa…
— Tu vas m’sortir tes vieilles excuses, coupe la voix à la teinte puissante — parlant plus fort — le coffrage du couloir donnant encore plus d’ampleur à sa voix, qui semble détenir la propriété de tous les Couloirs du château, et m’casser le crâne toute la journée. Pour au final accepter juste avant l’couvre-feu.
Le grand corps de Charlie détonait incroyablement avec la petitesse extrême de Nejma Hoster. Ainsi, pendant qu’elles traversaient les couloirs côte à côte, la gryffonne semblait arquée de toute sa hauteur sur la Serdaigle, ses pas légèrement de côté dans une tentative de faire un face à face tout en marchant, prête à la dévorer ; quant à Nejma, quelques livres serrés contre sa poitrine, le défilement de la roche au niveau du sol semblait beaucoup l’intéresser.
Une pointe de réflexion pointait néanmoins sur son visage encore affublé des rondeurs de l’enfance. À l’inverse total de son aînée.
— Tu ’casses les couilles.
Une rapide moue de dépit — tout à fait accoutumée — traverse les traits de Charlie.
— Et pour ta réponse ? Avant l’couvre-feu princesse, ça m’arrangerait.
Nejma prit une grande inspiration, pour soupirer d’autant plus fort ; de sorte à être bien audible. Elle n’aimait pas ce surnom ridicule, elle le haïssait même, Charlie aussi le savait parfaitement. Pourtant, jamais elles n’en avaient posé de mots dessus, car certaines choses se faisaient naturellement entre elles : la Soif du savoir, par exemple.
Et cette Soif l’emportait toujours sur leurs émotions.
Leurs pas rapides résonnaient entre les murs, les deux sorcières étaient accordées sur le même rythme. Des pas amples, gracieux, frottant à peine avec le sol pour Charlie ; des pas durs, lourds, frappants le sol pour Nejma, il était difficilement imaginable qu’une si petite adolescente puisse faire tant de bruit. Comment fait-elle pour ne pas se tasser les genoux ? se demanderait n’importe quel passant, le regard ahuri.
Après quelques courtes secondes de silence, la voix grave défonça l’air de son impulsivité : « Toi », un mot craché, d’un ton qui se voulait comme une évidence. « Tu peux l'faire », des mots qui n’étaient pas accompagnés des yeux de son hôte, le sol semblait très intéressant aujourd’hui. Les livres s’étouffaient entre ses bras, cette Serdaigle — poussées par ses émotions — avait de la force.
Charlie ne quittait pas un seul instant du regard cette petite caboche blonde. Il y avait beaucoup de cheveux, mais sa hauteur lui permettait également de saisir les traits de son visage d’en-haut.
— Mais moi j’en suis incapable.
— Incapable ?
Un crachat qui frappe l’air d’un écho jumeau. Deux mots prononcés très différemment, mais avec la même intention de le cracher.
Le corps de la Rouge et Or s’arque tellement sur Nejma qu’il l’englobe de son ombre. « Menteuse » souffle l’ombre.
La Serdaigle croque ses lèvres, creusant encore plus les profondes marques sur celles-ci. *Ouais…* légère pensée de Rouge. Elle ne répondait pas, Charlie savait que c’était le signe de départ du temps. La course ralentie du silence.
Charlie, une moue d’amertume sur le visage, lance rapidement sa main vers le bras de la blonde ; aussi vite que leurs pas s’enchainent sur la pierre. Vite. La main va toucher, elle y est presque. Le corps de la gryffonne est presque entièrement tourné sur sa gauche, orienté sur Nejma.
— T’es juste décidée à m’faire chier jusqu’au couvr…
Sensation.
Un éclair, là, vite. *Que…*.
VITE.
Sur le flanc droit.
PLUS VITE.
Les paupières clignent une seule fois.
Une seule fois de trop.
Premier Pas Réservé.
« Bienvenue chez Toi »