Pare la Pluie de mon Cœur SOLO

[ QUELQUES JOURS AUPARAVANT ]

[ FIN NOVEMBRE 2042 ]
Couloirs, 4ème Étage, Poudlard

Charlie, 13 ans.
2ème Année


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Les poings serrés et les lèvres écrasées, mon cœur fait des sursauts. *Pourquoi tu m’racontes n’importe-quoi ?!*. Cette Poufsouffle est une foutue grosse menteuse ; aussi grosse qu’elle est grande. Ma nuque est presque entièrement repliée en arrière, ses yeux sont tellement hauts. *Menteuse !*. Et sa tronche sans expression me donne envie de la déglinguer.

N’importe quoi !

Son regard aussi clair que foncé se lève au ciel, il disparait de ma vue. *C’est ça, tu mens !*. Ce qu’elle me disait était impossible. Comment une telle chose pouvait arriver ? Pourquoi après tout ce temps ?
Je prends conscience de ma respiration, qui cliquète comme une foutue roue de fer lancée dans une ruelle toute cabossée de mon quartier. Ma mâchoire est tellement serrée que je fais des étincelles sur le bitume. Ce truc qui me sert de corps est enflammé. « Bah, crois c’que tu veux t’façon ».
Mon sourcil gauche se lève.
Elle abandonnait ses mensonges ou elle se foutait de ma gueule ? *Mais pourquoi elle ferait ça ?*. Je n’arrivais pas à trouver la moindre raison, et je ne voulais lui en trouver aucune. Elle m’avait abandonnée. C’était Elle. De SA FAUTE !

C’juste pas possible, alors arrête d’raconter des conneries, grincent mes dents alors que… *Non…*. Je tremble. *Bon Dieu*. Je suis en train de trembler, et mon nez se met à piquer. *NON !*. Plus aucune larme pour elle ! Mon souffle laboure mes poumons, pour me retenir de couler comme une vieille flaque. « Bon ». Je me jette sur le regard bizarre qui me toise *de tellement haut*. C’est quoi son problème à celle-là ? Pourquoi est-ce qu’elle vient me dire tout ça ? Pourquoi est-ce qu’elle me regarde comme ça ? *Comme toi*. Non… Rien à voir. « J’dois aller chercher mon manuel », crache sa bouche dégueulasse avant de disparaître.

*Tu… Non*. Son grand corps se barrait, et son dos me tirait la langue.
Bizarrement, le feu de ma poitrine se calme un peu, pendant une mesure. *La barbe…*. Pour mieux exploser. « Hhha ! ». Une éclaboussure qui s’écrase sur mon cœur, qui me frappe de quelques gouttes violentes. Je sens leurs formes arrondies, et leurs courbes si belles, tellement froides. Le truc qui palpite dans ma poitrine n’a plus de nom, il vient de se faire kidnapper par le passé. « Arrh… ». J’étouffe. Il faut que j’arrête ça !
Je ne veux pas penser à elle ! Je ne veux pas rester là, plantée comme une abrutie avec toutes mes questions qui ne me laisseront pas dormir.
Je me le suis promis. Je ne veux plus d’elle.
Ma bouche vomit des mots : « T'es certaine qu’c’était elle ? ». Comment en être sûre ? Comment la croire, elle, cette Autre de l’enfer ? Comment elle sait ça ? D’où est-ce qu’elle a entendu cette information ? Comment elle m’a trouvée aussi vite ?

Oublie c’que j’t’ai dit, sa voix qui résonne aussi lointaine que les murs réverbérants.

*Non !*. Je ne veux pas oublier ! Oublier ne servait à rien ! J’avais essayé d’oublier pendant une année entière ! Mais ça ne servait à rien ! *N’y pense pas, bon Dieu !*. Mes pas s’activent d’eux-mêmes, ils se jettent derrière cette grande fille.
Il fallait qu’elle réponde à mes questions ! *J’t’en…*. Silence.
Juste qu’elle réponde à ce que je voulais. Bordel, mon cœur est en train de fondre.

Je rattrape la Poufsouffle en la contournant pour lui barrer le passage. Son regard bizarre se pose sur moi, toujours aussi crétin que tous les Autres regards.

Elle a dit quoi exactement ?!

Ma voix s’emballe, je ne contrôle plus mon intonation. *Réponds !*. Tout ce que je voulais, c’était une réponse, ou deux. Ou toutes ? « Pff… ». *M’laisse pas comme ça !*. C’est cette fille et sa grande main qui me tenait la gorge, et je ne pouvais rien faire pour me défendre ou fuir ; parce que je ne fuirais pas.
Ses coups de mots ne me font pas peur, même si je meurs.
Les gouttes sur mon cœur sont d’acide, l’unique éclaboussure est corrosive. Elle coule, coule. Une seule fois giclée pouvait me faire aussi mal ? *’Dieu…*. Mais comment j’avais survécu quand elle m’avait noyée de son océan ?

J’sais plus moi...

J’avale ma salive, pendue à ses lèvres pourries. *Son regard !*. J’arrache mes yeux pour les jeter un peu plus haut, dans sa couleur-sans-nom. « Elle te cherchait en gros ». *Mais…*.

Mais…

*C’est impossible…*. Pas vrai ? *C’EST IMPOSSIBLE !*. « T’façon elle est bizarre, j’te disais juste ça comme ça ». *Hein ?*. « Que… ». Mon feu s’éteint, et l’acide qui m’habite tourne la tête.
Mes sourcils se froncent si fort qu’ils apparaissent dans ma vision, frappés de noir, prêts à sauter sur cette gorge.

Pour qu'tu saches.

Parle pas d’elle comme ça, et ma bouche qui grogne, et ma voix qui a mué dans les profondeurs de mon corps, et un souffle pur qui alimente mon cœur, et mes muscles qui se contractent de torpeur, et mon crâne qui ressent cette foutue douleur.

Bah... et sa bouche qui bouge encore, dégoûtante. Elle me donne envie de vomir, sa gueule. « Tout l’monde le dit qu’elle est bizarre ». *Tout l’monde ?*. Mais… qu’est-ce qu’elle racontait comme merde avec sa grande bouche de peste ?!

Rien à foutre des autres.

C’est à son tour de froncer ses sourcils, mais ils ne sont rien face aux miens. Ridicule, abrutie. Même si elle est grande, je la ferais retourner à l’état de minuscule en un seul coup de pied. *Pour qui tu t’prends sale trainée ?*. Je ne suis plus dans mon corps ; ailleurs. Loin. Juste écrasée sur ce regard-de-merde qui osait dire des choses pas vraies. *Vraiment ?*. Des gros mensonges de menteuse ! Qui osait penser qu’elle était bizarre ? Elle ne l’était pas ! Elle était beaucoup, même trop de choses ; mais pas bizarre. Ce mot ne lui allait pas du tout. Qu’est-ce qu’ils avaient tous à penser ça ? Les foutus gryffons. Les pouffys. Les Serpentards de merde. Il manquait plus que les Serdaigles. *Elle est pas bizarre !*. C’était eux qui l’étaient tous. Penser comme eux était bizarre, ouais.
Penser comme cette fille en face de moi était vraiment la plus grande des bizarreries.
Et la grimace sur sa grande gueule de pouffy n’arrangeait rien. Elle avait l’air d’une énorme abrutie. Je lui éclaterais son visage à mains nues si elle osait la critiquer encore une fois. *Pourquoi ?*. Je suis ailleurs, enfoncée dans une Tour d’émotions que j’avais presque oublié.
*Je n’ai pas oublié*. Ma respiration est coupée.

Bref.

C’est ça.

Son regard-de-hauteur reste dans le mien pendant un instant, et finit par disparaître. Il s’en va. Elle se casse. *C’est ça, ouais*. La pouffy me contourne et s’éloigne dans le couloir, bouffée par la grande gueule du château.
Je reste plantée à ma place, mes pieds enfoncés contre la pierre que j’allais utiliser pour lui sauter dessus. *Dommage*. J’avais vraiment envie de la frapper, cette foutue grande.
J’expire si fort que je sursaute. « ‘Dieu ! »

Un mal de crâne percute mes sens.
*Mais…*. Je baisse les yeux sur mes mains, qui tremblent. *Qu’est-c’qui…*. Je me sens mal. J’ai envie de vomir. Mes intestins font des nœuds, et mon cœur reste silencieux. *Pourquoi ?*. Qu’est-ce que je fais ? *Mais pourquoi ?*. Je me demande ce que j’essaye de faire en étant plantée là, seule au milieu de ce couloir.
J’ai…
Ma main cogne contre ma poitrine, et je serre ce cœur que je ne touche pas de mes doigts aussi fragiles que du cristal.
Je me demande pourquoi je la défends, elle. *’barbe…*. J’ai chaud. *Bon dieu…*. J’ai mal.

Bordel.

Je me demande vraiment si tu mérites que je subisse tout ça, Aelle.



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« Bienvenue chez Toi »