La Nuque du Lyre SOLO

[ 24 MARS 2045 ]
Un Coin en retrait, Bibliothèque, Poudlard

Charlie, 15 ans.
3ème Année Double


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Juste est-ce que c’est mieux que j’l’envoie ou ça s’ra moins efficace ?

Face à moi, la gueule baissée de Nejma est toujours aussi fourrée dans son bouquin, comme un foutu meuble inutile et qui ne me sert à rien. *Juste oui ou non*. Ses cheveux blonds me cachent un peu son visage, mais je vois très bien sa petite bouche en pleine torture par ses dents.

Charlie, je soupire en laissant tomber mon dos contre le dossier — dur — de la chaise, mon regard se détourne de sa blondeur. *’t’sers à rien*. Elle a utilisé mon prénom, c’est qu’elle ne va pas me répondre. « Je. » Un tac voyage jusqu’à mes yeux pour les attirer. Tac. « ne. » Tous les doigts de sa petite main regroupés qui tapent doucement sur la table à la mesure de ses mots. Tac. « sais. » J’entends sa langue claquer dans sa bouche. *’t’sers vraiment à rien du tout !*. Une énorme envie de lui faire fermer sa gueule me donne chaud. Tac. « pas. » Mon crâne s’enflamme d’un coup, sans avertir, sans pensées. Juste une flamme.
Je frappe d’un coup sur la table. Mon dos se redresse. Je me rapproche.

Mais-comment-toi-tu-peux-pas-savoir-si-c’est-mieux-d’lui !

Shhht ! grogne la blondeur, en tordant sa nuque.

La bouche bloquée, ma phrase coupée ; mon regard se plante sur ce qu’il y a derrière Nejma. Des Autres à la gueule d’abrutis qui nous fixent comme des foutus tableaux. *’r’garde moi ça*. J’avais gueulé. *Pas grave*.
Ma chaleur avait explosé aussi vite qu’elle s’était envolée — bordel, j’aimerais que le Hibou s’envole avec autant de facilité.

Je fais doucement glisser mes yeux sur la Serdaigle, la gueule à nouveau foirée dans son bouquin. J’approche ma tête de la sienne — tordant mon dos-de-douleur — et je lui parle plus avec une voix plus basse. Un peu plus douce.

Si tu sais pas si… les mots se bloquent dans ma conscience, ils sont en train de tous se mélanger, gueulant dans ce silence de bibliothèque, je reprends ma phrase,on a reporté, mais il en sait rien lui. J’lui avais dit qu’il recevrait rapidement un hibou.

Rapidement ? Je lui avais vraiment dit ça ? *’s’en fous*. Il avait ma promesse, c’était le plus chiant.

En gros, tu vas lui envoyer un truc du genre : « Salut, à l’année prochaine, salut » ?

Ouais, j’complique pas comme toi.

« Ouais, j’complique pas comme toi », m’imite-elle en tordant sa petite tronche, mais je ne fais déjà plus attention à elle, j’avais pris ma décision.
Je tords ma nuque à l’extrême. L’énorme plafond de la bibliothèque s’étale devant mes yeux, pendant que j’écrase mon dos contre le dossier. *Ouais…*. Lui dire un truc tout simple, juste pou « Et c’est toi qui dis ça », la voix passe en fond de mes pensées, je souffle simplement : « Shhht, tais-toi ».

Lui envoyer deux-trois mots rapides, juste pour qu’il sache que je tiens mes promesses. Juste ça. Pas compliqué. *Rien d’compliqué*.
Bizarre. Mon corps est… *’rien*. Je me sens bizarrement calme. Alors que j’essaye d’y penser de toutes mes forces, à Aodren. Rien. Le calme beaucoup trop calme.
Face aux jolis ornements du plafond, je me demande si c’est vraiment normal que mon corps soit aussi silencieux.
Même pas un petit picotement quelque part.
*Tss…*.




Pendant que l’émeraude était figé sur le plafond, les yeux de jais en profitaient pour toiser Charlie, loin de ses prunelles vertes.
Le regard de Nejma était d’une intensité toute relative, aussi profond que désinvolte ; c’était sa manière à elle de regarder la Rouge et Or, sa manière — à elle — d’analyser les expressions qui pouvait trahir cette peau sombre.
Pourtant, d’après ce corps statique, tout semblait croire que l’important se passait dans ses pensées ; et Nejma n’était pas douée pour deviner celles-ci.
L’agacement tordit sa fierté.
Le visage de Charlie était entièrement tourné vers le haut, elle n’arrivait déjà pas à y déceler des émotions quand il était là, alors comment pouvait-elle faire sans ? Impossible.
Des bruits de craquement émanaient de sa fierté ; les émotions de Nejma voltigeaient aussi vite et haut que celles de Charlie.
Alors que pouvait-elle faire face à ce long cou, fiché d’une simple mâchoire à son extrémité, qui la narguait dans son incapacité ? Rien.
Sa fierté couinait en quelques gémissements désespérés.
Ou agir. Simplement.

T’écris juste qu’il attende, hein ?

Libération.
Peu importe si la Rouge et Or ne répond pas, peu importe si son visage reste le miroir du plafond, peu importe tout le reste ; tant qu’elle avait le dernier mot.
Son regard d’un sombre-rare reste planté dans le cou silencieux. Quelques secondes s’écoulent. Et sa fierté qui sautillait gaiement se colore à nouveau d’une brume noirâtre ; étouffante.
C’est rapide, c’est tellement véloce ! Alors sa bouche crache tout en angoisse : « Charlie ? »

Ouais, qu’il attende.

Et cette réponse qu’elle voulait — qu’elle attendait — comme étant exactement de cette forme-ci, ne lui plaisait plus finalement. Elle lui paraissait bien trop jetée, comme une ordure dans une poubelle ; juste pour s’en débarrasser. « Tu sais qu’c’est pas l’moment, hein ? » sa fierté essaye de s’en sortir dans la brume épaisse, elle se débat avec énergie.
Le silence lui répond, comme une évidence.
Le long cou est immobile.

Vraiment. J’te jure qu’t’as pas encore l’nivea…

Je sais.

La brume s’arrête, elle aussi se mets à regarder ce cou sombre affublé d’une simple mâchoire. La fierté semble moins noire, plus éclatante. *J’sais qu’tu sais*. Mais elle avait besoin de l’entendre. La fille au regard de jais se sentais soudainement bien mieux, ses doigts caressent inconsciemment les stries de la table.
L’intonation de Charlie était sincère, et même une Serdaigle comme Nejma pouvait l’entendre.

Mais j’te dépasse bientôt.

*N’importe-quoi*. Le cœur girouette, la Bleu et Bronze plisse ses paupières ; lui donnant un air effrayant dans les faibles lueurs de la Bibliothèque. Elle sait de quoi Charlie parle. Elle sait que c’est important pour la gryffone tout autant que pour elle. Elle sait beaucoup de choses, Nejma, mais elle a beau savoir, son cœur ne peut pas s’empêcher de détester cette *Putain* d’idée. Charlie, elle, la dépasser ? Impossible.
C’est impossible.
Alors qu’au fond, elle sait.
L’image du Rouge Cramoisi et de la Sous-Directrice prédominent sa vision, elle ne voit plus Charlie, et son cœur se serre dans sa cavité étroite. Elle le sent arriver, l’étouffement. *Putain*. Par réflexe, sa main se dirige vers le revers de sa robe. Il faut qu’elle s’arrache. Vite. La fiole. Vite. Se jeter hors de lui ! VITE !

Bien.

Ses tremblements cessent, tel un clignement.
Elle relève ses yeux — quand est-ce qu’ils se sont déplacés ? — vers la gryffonne ; qui se lève de sa chaise. « J’vais l’écrire, j’arrive », et qui dit une phrase toute simple. Vraiment simple.
Son cœur se calme, il n’y a plus à s’en faire. Elle la arrachée. Brute. Simple. Le doute cinglant laisse place à la reconnaissance embaumante, alors qu’elle se rends compte que ce n’est que Charlie. *C’n’est rien putain*. Ce n’est que son amie.

Oh, ‘dieu.

Lentement, le regard de jais s’accroche à la grande Rouge et Or, puis suit la direction approximative que pointe son visage : une rangée de grandes fenêtres, de l’autre côté de la Bibliothèque, tout là-bas. À travers les carreaux et la nuit pouvait s’apercevoir une pluie épaisse, frappant le château de sa colère.

‘Vaut mieux qu’t’aille demain ‘y pleut trop là.

Charlie, ignorant parfaitement les mots de Nejma, s’éloigne vers les fenêtres.
Une grimace au visage — et de sa place en retrait, seule — le Serdaigle fait mine de se replonger dans son manuel de Sortilèges, mais garde un œil plein de curiosité sur la longue queue de cheval.

Au bout de quelques secondes, elle aperçoit Charlie revenir. Le regard sombre reste planté sur sa double-page, mais cela ne l’empêche pas de surveiller l’avancée à l’orée de sa vision.

Il pleut pas.

Nejma tourne la page de son livre, faisant mine de ne pas avoir entendu cette provocation. La Rouge et Or se laisse lourdement tomber sur sa chaise, non sans laisser un long soupir atteindre quelques mèches de la chevelure blonde. « Il pleut salement », corrige-t-elle en fixant son émeraude sur les quelques boucles jaunes.

— Tss… un sifflement qui pourrait provenir de Nejma, comme de Charlie.



Le lendemain matin, très tôt, le pluie ayant cessé, un Hibou prit son Envol de la Volière.

𝄞

[font=Trebuchet MS]F I N[/font]

« Bienvenue chez Toi »