Fanfic Portraits



ᴏʀᴛʀᴀɪᴛs
Genre [Autre] ; Mots [1769] ; Chap [1/?] ; MàJ [21/04/2021]
PROLOGUE



Dernière modification par Edwin Wellhister le 21 avr. 2021, 15:20, modifié 4 fois.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

Fanfic Portraits
PROLOGUE

Glenn, la quarantaine, était un homme solitaire qui préférait largement la compagnie des objets à celle des gens. A certains égards, l’on pouvait même dire de lui qu’il tirait plus de plaisir à parler aux morts à travers leur portrait qu’aux vivants. Pour une bonne raison, il aimait à penser que les tableaux étaient honnêtes, sans aucune arrière pensée comparés aux gens en dehors de sa petite maison. Souvent décrit comme un éternel original, parfois comme un fou, il n’avait que faire des jérémiades de ses semblables. Depuis sa jeunesse, on lui avait maintes et maintes fois répété que sa fascination morbide pour ces visages, ces paysages fixés à travers des pigments colorés aurait sa peau. Il n’en démentait pas, lui-même se trouvait un côté décalé de ses contemporains et s’il fallait que son travail ruine sa santé, alors il en serait ainsi. En attendant, il s’occupait de ces tableaux avec un soin tout particulier, presque intime tant il mettait du cœur à l’ouvrage, ses mouvements lents et assurés. Détacher les cadres et les polir, tirer les toiles, rajeunir les couleurs, parfois les sortilèges, combler les déchirures, épousseter les peintures. Ses journées étaient réglées sur une routine dont il ne se défaisait jamais, un planning défini et précis à la seconde. Chaque jour, ses objectifs étaient clairs et Glenn ne se laissait distraire que rarement par les futilités qui comblaient la vie de tant d’autres. Quand le travail le prenait, il lui arrivait fréquemment d’oublier de se nourrir ou de se laisser le temps pour quelques besoins vitaux. Durant ces moments là, ses cheveux poussiéreux et ses vêtements sales ajoutaient aux adjectifs dont on l’affublait une multitude d’autres sens. Ainsi, “original” devenait “étrange”, “bizarre”. L’ancien Serdaigle aurait été heureux de se voir présenté comme un être curieux et excentrique si seulement il s’en était soucié.

Ayant vécu seul pour la plus grande partie de sa vie, il n’avait jamais été très au fait des conventions sociales et ne prenait pas la peine d’écouter les gens quand il ne s’agissait pas de signer un contrat. Cette manie lui avait souvent valu quelques regards en coin et insultes à peine voilées, chuchotées à une oreille qu’il faisait mine de ne pas entendre. Les seuls qui pouvaient parler à cet homme et l’intéresser étaient les portraits, l’amoureux d’art écoutait toujours avec attention les jacasseries de quelques peintures. Il déplorait le manque d’intérêt qu’on leur portait, et s’il ne prenait pas la peine de prendre ses précautions quand il déplaçait un cadre pour s’en occuper, c’était uniquement parce qu’il était certain que personne ne remarquerait sa disparition. Il travaillait en silence et dans le calme, à l’abri des gens qui pollueraient, d'après lui, son travail. Il était rapide, consciencieux et la plupart du temps ses employeurs ne le remarquaient même pas avant qu’il ne vienne réclamer sa paie. Il entretenait des rapports privilégiés avec les peintures et savait des choses que personne d’autre ne saurait jamais. Pour toutes les peintures qu’il avait restauré, il pourrait écrire un livre ou deux sur toutes les anecdotes qu’il avait entendu au cours de sa carrière. Cependant, il ne lui était jamais venu à l’esprit de trahir les peintures, quoiqu’elles n’auraient pu lui en vouloir. Pour lui, elles étaient aussi vivantes que la masse grouillante d’hommes et de femmes dans les rues de Londres. Ainsi était-il tombé amoureux de l’une d’elle. Les tableaux n’avaient pas énormément de libre arbitre, leur conscience n’était pas entière dans ces cadres de bois et pourtant, cela ne l’empêchait pas de penser sans arrêt à cette jolie femme. Margaret avait vécu il y a des siècles et rien ne les reliait si ce n’était la place toute spéciale qu’elle avait sur un des murs de sa maison.

A sa mort, avait-il décidé, il deviendrait un portait pour vivre avec elle et partager sa vie pour de vrai. Elle avait souvent rejeté ses sentiments, clamant que le monde l’attendait dehors et qu’il ne pouvait pas passer sa vie accroché à un mirage de vie, que cela finirait par le lasser ou par le détruire. Cependant, rien de cela n’était encore arrivé et Glenn était toujours persuadé que le temps était compté jusqu’à ce qu’il puisse enfin la rejoindre. Le cadre vide sur un chevalet au milieu de son salon en était la preuve matérielle. Quand le temps serait venu, son enveloppe corporelle disparaîtrait, partirait en cendres, mais lui resterait bien vivant. Margaret passait souvent des heures à observer la toile vierge en soupirant. Il ne savait si c’était par tristesse de le voir s’accrocher à ce rêve plus qu’à son existence ou si elle s’imaginait simplement le jour où il pourrait enfin la rejoindre et l’embrasser. Cette idée n’avait pas quitté son esprit depuis qu’il l’avait vu dans sa jolie robe blanche, au milieu d’un champ de roses des années plus tôt et elle ne le quitterait pas. Le fervent adorateur se languissait en attendant cette heure et comblait les années par son travail. Il ne se laisserait partir que lorsqu’il aurait achevé son œuvre. Il faudrait des centaines d’années aux tableaux qu’il avait retapé pour avoir à nouveau besoin de soins et le quarantenaire était persuadé qu’un successeur s’en occuperait aussi bien que lui l’avait fait. Par conséquent, quand les contrats se tariraient et finiraient par ne plus affluer il n’y aurait plus de sens pour lui de rester dans cette vie et, donc, commencerait son existence en tant que souvenir coloré. Une existence sans fin qu’il passerait à chérir et aimer la femme de sa vie. Rien ne pourrait être plus beau que ce destin.

Pour le moment, du moins, attablé au meuble en acajou au milieu de son salon, il ne pensait pas à tout cela mais plutôt au contrat qu’il avait sous les yeux. Souriant doucement, il agita l’enveloppe comme un trophée.

- Margaret, je serais sûrement absent pour quelques semaines.
- Hm-hm (elle tourna les yeux vers lui et soupira longuement) Va donc, je t'attendrai.
- Tu ne te demandes pas pour quelle raison ?
- Si-si. Pour quelle raison, alors ?
- Poudlard ! (Il sautilla joyeusement jusqu’à sa mallette et entreprit d’y fourrer vêtements et matériel) Te rends-tu compte ? Une véritable mine de chefs d'œuvre. Le paradis pour les gens de ma profession, tu ne trouves pas ?

Sans attendre qu’elle ne lui réponde à nouveau, il passa un manteau en cuir délavé et une écharpe qui avait déjà eu plusieurs vies et rejoignit la porte dans un capharnaüm de bruits de métal, de verre et de bois. Il ne perdait jamais beaucoup de temps à faire ses bagages, cela allait de paire avec le fait qu’il ne les défaisait que rarement. Sa maison était un sanctuaire qu’il désertait une bonne partie de l’année si l’on en croyait la fine couche de poussière qui commençait déjà à s’installer depuis la dernière fois qu’il était rentré chez lui, cachant la couleur des meubles derrière un gris anthracite. Glenn ne faisait pas réellement attention à son environnement, au ménage ou à son rangement. Personne à part lui et sa bien aimée n’habitait cette maison ni n’y venait. Dans le quartier et avec la masse grandissante d’herbes dans son jardinet de devanture, l’on pouvait presque croire que la maison était inhabitée. Rares étaient ceux qui parvenaient à voir les filets de lumières s’échapper des volets fermement clos quand Glenn faisait l’honneur de sa présence. Encore une fois, son travail l’emmenait à un endroit où il lui serait difficile de faire les allers-retours constant de chez lui jusqu’au château. Il n’avait jamais cru bon de se munir d’une cheminée et prenait la plupart du temps un logement à louer près du lieu de son contrat. Cette fois-ci, ce serait soit à Poudlard lui-même, soit à Pré-Au-Lard. Il avait assez d’argent pour passer sa vie dans des hôtels ou des appartements à louer tout en gardant sa petite maison dans le centre de Londres alors il ne se privait pas de voyages.

Le château était gigantesque, tout comme dans son souvenir. Cela faisait plus de vingt ans qu’il n’y avait pas mit les pieds et pourtant il lui semblait ne l’avoir jamais quitté tant il se souvenait de chaque petit détail. Durant ses années étudiantes, il avait prit plaisir à apprendre chaque mur, chaque façade et ses tableaux. Aujourd’hui encore il se rappelait de chaque emplacement et si on lui avait parlé d’un tableau, il n’aurait pas fallut dix minutes pour qu’il sache exactement où aller. Comme un bibliothécaire au milieu d’une pile de livres, son savoir sur ces visages à jamais conservés dans les toiles était presque total. Il donnait de légers coup de tête dans le vide en passant devant les tableaux qui lui répondaient parfois d’un sourire ou d’un geste de la main. Ils se souvenaient de lui, il en était pratiquement certain. Elève, n’avait-il pas été le seul à s’intéresser autant à eux ? Il peinait à garder le rythme du concierge qui l’accompagnait. Une petite partie de lui aurait voulu lui dire qu’il n’avait pas besoin de son aide, qu’il suffisait simplement qu’il lui dise à quel tableau il avait à faire mais il était persuadé que l’autre ne connaitrait pas son nom. Sa démarche démesurément lente commençait à faire claquer le sang dans ses veines avec plus de force qu’avant. Frustré était le mot, il voulait se dépêcher, presque courir jusqu’à voir les dégâts du tableau qu’il devait reprendre.

- C’est lui ? demanda-t-il finalement quand ils s’arrêtèrent devant un tableau.
- Oui.
- C’est le seul ?
- Non. (Glenn hocha la tête à sa réponse et attendit qu’il continue) Mais c’est le seul en si mauvais état, vous commencerez par celui-ci.

Le tableau n’était pas que dans un sale état, en fait c’était un euphémisme. D’après ce qu’on lui avait communiqué dans la lettre, des élèves s'étaient amusés à lancer des bombabouses et une l’avait touché. Comme ils ne savaient pas s’occuper des tableaux, ils avaient lancé un simple Recurvite en pensant que ça irait mais c’était tout l’inverse. A la place de la tache laissée par la bombabouse se trouvait maintenant une tache grisâtre, le sort avait simplement décoloré la peinture et d’après son expérience, les sortilèges en auraient aussi été endommagés. L’habitant du cadre, qu'il avait déserté pour se réfugier chez son voisin, vociférait à propos d’enfants idiots et d’une douleur lancinante qu’il avait à la poitrine. Ses paroles saccadées donnaient une bonne image de l’étendue des dégâts affligés aux sorts et Glenn entreprit de décrocher avec douceur le cadre une fois que la peinture y fut revenue entièrement. La sensation du bois sous ses doigts lui tira un soupir de contentement.

- Où se trouve mon atelier ?

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)