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13 avr. 2020, 19:50
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
31 Octobre 2044
Peu après 00h00
Suite de A en cracher nos tripes

PV @Aelle Bristyle


Rey avançait d'un pas résolu sur le chemin menant à l'infirmerie. Son cœur tambourinait d'amertume et la douleur qui l'enserrait allégeait celle qui commençait à se manifester de plus en plus violemment dans sa main. Mais à choisir, il aurait préféré qu ça soit cette dernière qui l'emporte, elle était bien plus supportable. Aliénor était-elle restée dans les toilettes ? Avait-elle rejoint la salle commune ? Lui en voulait-elle à mort ou avait-elle un peu compris la situation dans laquelle il se trouvait ? La retrouverait-il un jour ? Cette dernière question le hantait plus que les autres. Le garçon était quasi certain qu'il serait obligé d'effacer ce moment avec elle de ses souvenirs. Mais s'il faisait ça, il ne se rappellerait pas qu'elle était plus blessée que ce qu'il pensait. Il continuerait de l'ignorer sans se préoccuper de ce qu'elle ressentait. Il perdrait son amie. Il sentit la migraine s'ajouter à ses autres douleurs.

Alors qu'il grimpait les escaliers qui menait au troisième étage, des détonations de plus en plus forte le tirèrent de ses pensées. Étrange. Ces feux d'artifices étaient drôlement longs et particulièrement bruyants. Ce constat ne l'empêcha cependant pas de continuer son chemin. Après tout, il se passait toujours des choses bizarre à Poudlard. Lorsqu'il poussa les portes de l'infirmerie, il prit soin d'être le plus discret possible. Quelques personnes dormaient dans les lits aux draps blancs immaculées, ou tout du moins, faisaient semblant. Il se rendit directement auprès de l'adulte qui pourrait s'occuper de sa blessure. Quelques coups de baguettes plus tard, ses os se remettaient tout seul en place. Tandis que l'infirmier repartait vers son bureau pour lui trouver une potion censée alléger son mal de crâne et la douleur, un patronus d'une petite bestiole, une fouine peut-être, s'approcha de l'homme. Ce dernier parti précipitamment, laissant le rouquin avec sa douleur et une vague de suspicion. Qu'est ce qui pouvait bien requérir d'urgence l'infirmier ?

Sa réponse ne trouva de réponse que bien plus tard, quand des élèves, certains blessés et d'autres portant des blessés, affluèrent par groupe dans l'infirmerie rendant l'atmosphère suintante et étouffante. D'abord paralysé par cette vague de peur et de souffrance, il ne put qu'observer la pièce se remplir. Puis, sans qu'il ne sache vraiment comment, les émotions s’estompèrent et il ne ressentit plus que l'anxiété. Rey chercha alors à comprendre ce qu'il s'était passé. Glanant des informations par-ci par-là, il put peu à peu remettre en ordre les événements qui venaient de se dérouler dans la salle de bal. Il réalisa à peine que dans leur malheur, Aliénor et lui avaient eu de la chance. Non, il était bien plus préoccupé à espérer ne voir aucun visage familier parmi les blessés. Celui de Drian n'apparut jamais ce qui le rassura un peu. Ni celui d'Emy, de Vanellia, de Kevin ou encore de Jeffrey. Malgré les souffrances que vivaient ses camarades autour de lui, il ne put s'empêcher d'être soulagé. Face à tant de douleur, c'était comme-ci son empathie, saturée, était mise en off.

Son soulagement fut néanmoins de courte durée quand un visage inconscient, bien connu cette fois-ci, apparut. Bristyle. Une angoisse perfide et nauséabonde lui contracta immédiatement les tripes. Une de celle égoïste qui ne prend que celui qui craint les conséquences plus pour lui que pour la victime. Si Bristyle était dans cet état, ses chances pour conserver ses précieux souvenirs avec Ali passaient de maigres à nulles. Encore plus grave, sa famille pourrait être mise en danger. *Putain de néo-mangemorts !*. Un jeune homme se tenait près d'elle, son frère si il ne se trompait pas. Rey hésita mais l'angoisse fut la plus forte, il devait savoir ce qu'il en était et à quelle point tout était fichu.

- Elle... Elle va bien ? demanda-t-il d'une voix mal assurée lorsqu'il fut à leur hauteur. Elle va s'en sortir ?

Si le fils Bristyle pouvait lire dans ses pensées, il lui aurait surement casser la gueule. Mais il ne pouvait voir que l'angoisse sur le visage du rouquin, qui, si elle était déplacée, restait véritable.
Dernière modification par Rey Sifferlen le 4 mai 2020, 19:23, modifié 2 fois.
14 avr. 2020, 18:16
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Merci pour tes Mots, cher partenaire. 
Ma réponse en deux partie : une pour Aelle et une pour son frère, Aodren. Aelle est bien trop mal pour apporter quoi que ce soit au texte, pauvre chose qu'elle est. Ao prend le relai. 


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Aodren Bristyle, 16 ans
Sixième année, Serpentard
Grand frère d’Aelle


31 octobre 2044
Infirmerie — Poudlard
4ème année



Elle pleure. Elle pleure sans bouger. Les larmes coulent le long de ses tempes et mouillent l’oreiller. Elle pleure sans bruit, sans tressaillir. Il ne l’a jamais vu pleurer aussi calmement. Parfois, son visage se tord subitement et Aodren comprend qu’elle ressent une vive douleur quelque part, il ne sait où. Alors il serre ses doigts autour de sa petite main froide comme pour lui dire : je suis là, auprès de toi. Sauf qu’il est inutile, il ne sert à rien. Il le sait, il le comprend, mais il refuse de bouger, de s’éloigner, de s’en aller. Il refuse de laisser couler ses larmes, il l’a déjà trop fait, tout comme il refuse de s’apitoyer, demain sera bien assez tôt pour cela.

Il l’a trouvé inerte dans la salle de bal, près des adultes. Elle était là, abandonnée sur le sol, montrant son visage blafard au ciel, ses jolis cheveux châtains poisseux de sang. Elle était là, inerte, comme *morte*. Le souffle court, les paupières closes. Tremblante. *Comme morte*. Il a cru mourir. Mais il est trop misérable pour crever. Il la cherchait depuis un long moment, mais la folie qui se jouait autour de lui l’a empêché de mener à bien ses recherches. Oh, il en a aidé des jeunes élèves, il en a envoyé des sortilèges. Et tout cela pour quoi ? Pour retrouver sa soeur inerte sur le sol, *comme morte*.

Et les voici, désormais. Elle, pleurant sans un bruit ; lui, retenant ses larmes, à son chevet.
On lui a administré des soins. Aodren n’a même pas suivi l’affaire, il a été incapable de regarder, préférant se retourner pour ravaler la bile qui lui montait le long de la gorge. On lui a juste indiqué quelques mots.
Traumatisme crânien.
Épaule démise.
Et les risques de… De quoi ? Il ne s’en rappelle même pas. L’infirmier parlait, parlait, et lui il acquiesçait, murmurait des « Oui, monsieur » et des « Je comprends », mais il n’a rien compris, il n’a rien retenu.

Aelle est dans un état déplorable. Elle est si petite dans ce grand lit blanc. Ses cheveux sont encore rouges, sur son visage d’anciennes traces de larmes. Son déguisement qu’elle porte toujours, ce magnifique déguisement de calmar, dans un état lamentable, ses tentacules pendouillant lamentablement, dépassant de sous la couverture blanche. De ses yeux à demi-ouverts, elle le regarde mais ne semble pas le voir. Elle a du sang sur le visage, ci-et-là, les traces du combat auquel elle n’a semble-t-il même pas participé. En parfait, reflet, Aodren a conscience d’avoir une mine au moins aussi terrible, à ceci près qu’il est debout, lui, bien vivant. Il porte toujours son costume de vampire, à présent déchiré, sale, puant. Ses cheveux sont noir d'ébène, ramenés en arrière sur son crâne. Le maquillage lui donne un air blafard qu’il aurait de toute manière eu, poudre blanche ou non. Sous ses yeux, le maquillage a coulé, laissant des traînées noires qui ont la forme de ses larmes — celles qu’il n’a pu retenir quand il a retrouvé Aelle.

La voix le surprend. Il était tellement pris dans l’observation minutieuse de sa soeur, peinant à la quitter du regard, qu’il n’avait pas entendu le garçon arriver. Sifferlen. Aodren le reconnait instantanément, comment en aurait-il pu être autrement ? Le capitaine des Hel's n’est pas une personne que l’on ignore, surtout pas lorsque, comme Aodren, on est passionné de Quidditch. Mais ce soir, le jeune n’a pas envie de parler, il n’a pas envie de sourire, il n’a envie de rien. Il accorde un regard plein de tristesse au garçon, trouvant tout de même la force de s’étonner : Aelle le connaît donc ? Il a l’air inquiet pour elle. Aodren déglutit, ravale ses larmes, mais ne peut contrôler le trémolo perceptible dans sa voix :

« S’en sortir, ouais. » La gorge nouée, il se tait. *Chiale pas, chiale pas*. En une inspiration, il se donne de la force. « Elle est un peu blessée, ça ira. »

Lui même n’y croit pas, nom de Merlin ! L’angoisse, terrible, lui enserre soudainement les poumons. Sa main se crispe sur celle d’Aelle qui n’a aucune réaction, qui ne montre rien, qui ne dit rien. Du revers de la manche, Aodren essuie les larmes qui s’accumulent dans ses yeux.

*

Aelle



Plus de ciel, au-dessus de moi.
Plus de lune.
Je ne sais pas très bien ce que je regarde. Une surface blanche, toute blanche. Elle aurait dû être pure, cette surface, mais elle ne l’est pas. Chaque pointe de douleur qui explose dans mon crâne en un éclair sombre éclabousse la blancheur, la salit, l’avilit. Je ne sais même pas pourquoi je songe à la surface au-dessus de moi, je me fous de la blancheur, je me fous des murmures qui parlent dans mon crâne, du bourdonnement dans mes oreilles, de ne pas savoir où je suis. Je me fous de tout cela, il n’y a qu’une seule chose qui m’importe. La douleur, la douleur. Elle est trop forte, Merlin, trop forte. Elle martèle mon crâne, elle lui tape dessus de toutes ses forces, le roue de coups. Mon esprit est comme engourdi dans la mélasse de ma douleur, mes pensées s’entortillent les unes autour des autres, elles font des nœuds. Elles pèsent trop lourd, mes pensées. Elles m’appuient sur l’esprit. Est-ce possible ? Que mes pensées me soient physiquement douloureuses ? Oui, ça l’est, puisqu’elles le sont actuellement.

Un visage passe au-dessus de moi. A moins que ce ne soit autre chose, mais cela ressemble à un visage. Je crois que c’est mon frère. J’ai oublié son prénom ; peu importe. Il est là, c’est le plus important. Ce doit être sa main que je sens dans la mienne. C’est agréable, c’est chaud.

Il y en a un qui fait le fou dans mon corps, qui se fiche de la douleur de ma tête ou de l’entortillement de mes pensées. Mon coeur s’agite comme un bienheureux, créature libre, qui s’en donne à coeur joie. Je crois qu’il a peur, mon coeur. Il se serre comme lorsque je suis effrayée, il sursaute, il s’agite. Mais moi, je ne sais pas très bien ce que je ressens. Moi, j’ai mal à la tête. Moi, je n’arrive pas à penser, ni à réfléchir. Alors ce que fait mon coeur, je m’en contrefous.

Je fulmine comme un sale gosse.
23 avr. 2020, 01:15
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Rey ne croyait rien des paroles du serpentard. Il pouvait voir sans peine cette grimace qui tordait le visage de son vis-à-vis. Il pouvait voir qu'il se retenait de pleurer. En vain. Une chape de plomb tomba dans l'estomac du poufsouffle. Lourde, très lourde. A son angoisse que les propos de Bristyle n'avait fait qu'accentuer, s'y ajouta la culpabilité. Cette vicieuse lui tordit le cœur, il la détesta immédiatement. Les cheveux de Aelle était poisseux de sang, son demi-regard semblait éteint, vide. Il n'avait pas besoin d'être infirmier pour savoir qu'elle était dans un sale état. Quant à savoir si elle s'en sortirait... Probablement. Mais pas aujourd'hui. Peut-être même pas demain. La détresse de son frère le mettait au supplice, elle lui jetait à la face tout ce qui était devenu tordu chez lui. Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être égoïste et de penser d'abord à sa famille.

- Je repasserai plus tard, articula-t-il, n'en pouvant plus de contempler ce gâchis, autant d'Aelle que de lui-même. Il voulait filer en vitesse de cette salle trop blanche et trop pleine de corps meurtries, de ces silences et de ces larmes qui ne lui appartenaient pas. S'enfuir loin des Bristyle qui réduisait ses espoirs en charpie et le faisait se sentir comme un monstre sans cœur. 

Pourtant, la porte franchit et loin derrière lui ne suffit pas à l'apaiser. Non, les visages délabrés des Bristyle, frère et sœur, s'étaient imprimés sur ses rétines. Même si physiquement il était déjà loin de l'infirmerie, son esprit y demeurait coincé.

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Rey dormit mal cette nuit là, et très peu. Le bal, son altercation avec Aliénor, le ballet des corps blessés dans l'infirmerie, les Bristyle. Tout tournait en boucle dans sa tête, rabâchant son impuissance sans cesse. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, aussi fort qu'un tambour de guerre. Une guerre qui semblait être déjà perdue. Il se recroquevilla dans son lit, prit ses genoux entre ses bras et y enfouit sa tête. Là, dans le secret de ses draps, il fut secoué de sanglots violents. Il ne s'endormit que bien plus tard, à bout de force et de nerfs.
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02 Novembre 2044
Aux alentours de 14h



Discrètement, Rey se faufila dans l'infirmerie aux lits toujours bondés de blessés gémissants. Il serra les dents à peine franchis les portes, le cœur frémissant. Remis du choc de cette vague immense de souffrance et d'angoisse subit moins de deux jours plus tôt, son empathie fonctionnait à nouveau, peut-être était elle encore plus sensible. Il aurait préféré rester engourdis évidemment. Le garçon avait déjà bien à faire avec ses propres angoisses et sa culpabilité pour se taper celle des autres. Mais à priori, il n'avait pas son mot à dire.

Il déambula souplement entre les lits et entre les visiteurs, vérifiant en un instant si des visages connus pouvant l'intercepter n'étaient pas en vu et s'éclipsant au dernier instant. Le garçon avait répété l'exercice plusieurs fois la veille et encore une fois ce matin, il devenait bon à ce jeu là. Hier, il avait failli se faire repérer par Emelyne qui rendait visite à une amie probablement. La faute à Bristyle ça. Elle avait beau être alité, il n'avait jamais vu autant de monde à ses côtés. Son frère déjà ne la lâchait pas d'une semelle, et il n'était pas question pour le poufsouffle de lui refaire face. Puis il y avait eu cette serpentard, Thalia et encore son frère. A chaque fois, Rey avait fait demi-tour. Il ne voulait voir que Aelle et uniquement elle.

Le rouquin, qui ne s'attendait même plus à ce qu'elle soit seule, fut bien surpris de constater l'espace vide autour de la fille abîmée. Elle avait les yeux fermées, peut-être dormait-elle. De près, sa respiration semblait plus calme, son visage moins terne que lorsqu'elle avait été amenée le soir du bal. De toute évidence, elle n'allait pas mourir. Une petite flamme d'espoir s'alluma dans son esprit. Mais elle resta flammèche. Certes Bristyle était en vie, mais les séquelles qu'elle aurait à son réveil lui était inconnu, encore moins son temps de guérison. Il n'avait jusqu'aux vacances de Noël pour avoir des résultats. Pour montrer qu'il était capable d'utiliser les émotions des autres. Même pas deux mois. Il fallait déjà pour ça être capable d'approcher sa cible. Il avait choisi Aelle car elle avait tendance à rejeter tout le monde. Si il arrivait à la mener vers lui, le changement serait directement probant, ses efforts se verraient bien plus que s'il s'était attaqué à quelqu'un de plus doux. Et puis, il s'était dit qu'il aurait moins de remord ainsi. Ce potentiel atout se transformait dans les circonstances actuelles une montagne quasi-infranchissable à gravir.

Le sorcier s'assit sur la chaise tirée devant le lit et sortit le bouquin qu'il avait pris le soin d'amener avec lui. Un bouquin de Frewd évidemment. Il y avait glissé un petit mot pour Aelle au cas où il n'aurait pas réussi à la voir seule. *Tu me le rendras quand tu pourras, signé Rey S.* Il aurait juste déposé le livre avant de s’éclipser. Il ferait peut-être de même si elle ne se réveillait pas d'ici quelques minutes. En attendant, il tourna les pages en silence, relisant un passage qu'il avait apprécié. Au départ, il n'avait acheté ce livre que dans l'intention de trouver un point commun avec la sorcière. Finalement, certains passages l'avaient réellement captivé. Comme quoi... le monde était bien étrange.
27 avr. 2020, 13:28
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
2 novembre 2045 — vers 14 heures
Infirmerie — Poudlard
4ème année



Derrière mes yeux fermés s’agitent les vagues de ma douleur. Languissantes, puissantes. Elles vont et elles viennent, sans égard pour mon crâne qui gémit à chacun de leur passage. La douleur part de ma tête, quelque part sur la gauche, et s’infiltre jusqu’au plus profond de mon cerveau, tout au milieu, comme si elle essayait de le perforer. Les potions que me donnent l’infirmier sont destinées à les apaiser et à résorber mon traumatisme crânien, mais moi je ne ressens aucun changement. J’ai toujours aussi mal. Quand j’ouvre les yeux, la lumière me transperce le crâne. Quand j’écoute, les bruits me défoncent les tympans. Alors je suis obligée de fermer les yeux, d’oublier le bruit aux alentours et d’attendre, attendre inlassablement que ce putain de temps finisse de couler.

Je n’essaie pas de dormir. Si j’ai envie de me reposer, je sais que je n’aurais pas le choix, je m’endormirais. C’est ce que j’ai fait une bonne partie de la matinée. Pour le moment, j’attends que Thalia arrive. Ao était là ce matin, mais il est parti pendant que je dormais. Il n’est pas revenu. Je me demande ce qu’il fait. Je n’ai pas envie de rester toute seule. Quand je suis seule, j’ai envie de pleurer. Quoi que lorsque Thalia est là, j’ai aussi envie de pleurer. J’ai toujours envie de pleurer, en fait. Je me demande si c’est également un symptôme du traumatisme crânien. On aurait pu me prévenir : vous allez chialer à la moindre frustration et en plus, vous ne saurez même pas pourquoi. Mais non, personne ne me l’a dit.

Zikomo bouge près de moi. Il est roulé en boule près de ma tête, à demi caché par les couvertures. Je n’ai pas demandé l’autorisation qu’il reste, mais je m’en fous de l’avis de l'infirmier. Zikomo reste avec moi la nuit, quand Ao et Thalia doivent s'en aller, et je me sens mieux. Il ne m’empêche pas de pleurer, cependant, au contraire. Mais ce n’est pas grave. Je bouge légèrement la tête pour que son pelage me caresse l’oreille. Ainsi, j’ai comme l’impression que ma douleur est moins puissante, qu'elle fait moins de ravage.

Un léger bruit me sort de mon esprit. Une page que l'on tourne. Un sourire s’inscrit d’office sur mes lèvres, petit sourire léger, petit sourire tendre ; destiné à Thalia, comme s’il disait : j’suis contente que tu sois là. Et je le suis réellement. Tout à coup, mon corps se décrispe et s’écoule dans mon coeur un torrent d’apaisement. J’ouvre lentement les yeux, prête à affronter la douloureuse lumière juste pour poser mes yeux sur Elle. A chaque clignement de paupière, ma vision se fait plus claire. Et le corps flou que je prenais pour celui de Thalia, assise à côté de moi un livre à la main, se retrouve être celui de… *Sifferlen ?*.

Un sursaut me force à ouvrir grand les yeux, mon coeur s'emballant. Putain, mais qu’est-ce qu’il fout là ? Difficilement, une grimace sur le visage, je me redresse. Je jette un coup d’oeil à Zik pour être certaine de ne pas le réveiller. Il dort toujours, son nez enfoui entre ses pattes. Rassurée, j’offre un regard interrogateur au garçon qui est à mon chevet. J’étais tellement persuadée que c’était Thalia… Je n’ai pas revu le garçon depuis qu’il m’a demandé de l’accompagner au bal, et je ne comptais après tout pas le revoir aussi tôt. Mes pensées sont stoppés par ce que voient mes yeux entre ses mains : un livre de Frewd ; je pourrais les reconnaître les yeux fermés. Mon intérêt grandit. C’est vrai qu’il apprécie Frewd, j’avais oublié.

Quelques secondes passent durant lesquelles je me contente de le regarder, l’esprit ailleurs. Je ne sais pas ce qu’il me veut, mais je sais que moi je ne veux pas lui parler. Je ne peux pas lui parler. Un soupir au bord des lèvres, j’offre un dernier regard las à Sifferlen avant de fermer les yeux. Je ramène mon coude sur mon visage pour me protéger de la lumière qui dépasse même la barrière de mes paupières pour me malmener. Peut-être que si je reste ainsi, si je ne dis rien… Peut-être partira-t-il ? Je n’ai pas envie de sa pitié. Et s’il est là, c’est seulement parce qu’il a pitié. Peut-être se dit-il : j’ai voulu l’inviter au bal (conneries !), je me dois donc d’aller m’enquérir de son état. Mais je n’en ai rien à foutre de lui. Qu’il s’en aille ! Merlin, fait que Thalia arrive bientôt, je n’ai pas envie de faire d’efforts aujourd’hui. Je ne vais pas y arriver, je le sais.

Je fulmine comme un sale gosse.
4 mai 2020, 01:01
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Alors que Rey arrivait à la fin de sa page, un infime mouvement prêt de la tête de la sorcière attira son attention. Il n'y avait pas fait attention en arrivant mais il percevait à présent le lent rythme d'une respiration tranquille de ce qu'il avait pris pour un oreiller. Le drôle de renard bleu de Bristyle était blotti contre la fillette, et disparaissait à demi sous les couvertures. Le garçon savait peu de chose sur cette créature, il n'en connaissait ni sa nature, ni sa provenance. Il avait juste capté quelques bribes de conversation à son sujet. Les mots "parle", "Zikomo", "bleue", "gentil" étaient ce qui revenait le plus souvent. Mais pour une créature aussi atypique et exceptionnel, le garçon devinait qu'il y avait plus, bien plus derrière ce corps d'animal. Et cela l'effrayait un peu. Il craignait de croiser un regard plus intelligent que lui qui le percerait à jour aisément. Pour l'instant, la créature dormait, comme la dernière fois où il avait demandé Aelle d'être sa cavalière. Ça lui allait très bien. Qu'il restât donc ainsi.

*Où en étais-je ? Ah !* Le garçon se pencha à nouveau sur son livre et les mots s'imprimèrent dans son crâne à mesure que ses yeux glissaient dessus. Il avait pourtant déjà lu ce passage mais il prenait étrangement plaisir à le redécouvrir encore une fois. Il tourna la page, puis une autre et finit par sentir le poids d'un regard sur lui. Il leva la tête et ses yeux rencontrèrent le visage ahuris de la poufsouffle qui avait ouvert les yeux entre temps. Il ne dit rien, se contenta de l'observer avec une tranquillité toute feinte. Au fond de sa cage thoracique, son cœur sonnait les tambours de guerre. Maintenant que le dragon l'avait découvert, il n'avait pas le droit à la moindre erreur s'il voulait ressortir victorieux de ce combat. Pour autant, le garçon attendit sans broncher qu'elle finisse de se redresser. Ce simple mouvement lui arracha une grimace qui n'échappa ni à Rey, ni à ses angoisses secrètes. Il y avait-il seulement encore un enjeu à ce combat ou le dragon était-il finalement déjà à terre ? Le regard de la sorcière se fit interrogateur et le rouquin comprit qu'elle attendait une explication à sa présence. L'ayant un peu cerné, quelque chose de concis et précis était probablement tout ce qu'elle voulait. L'essentiel. L'excuse pour l'approcher. Le mensonge qu'elle ne comprendrait pas.

- J'ai amené ça pour toi, dit-il en soulevant le livre auquel elle venait justement de s’intéresser. Je me suis dit que ça pourrait t'occuper et te changer les idées.

Elle ne répondit pas, se contenta de le fixer un moment avant de fermer les yeux à nouveau et de les couvrir de son bras. Rey comprit immédiatement qu'elle lui disait à sa façon "Dégage". Une autre version de celui qu'elle lui avait servi ce fameux jour. Loin de se vexer, un mince sourire soulagé étira ses lèvres. Aelle était encore Aelle. Ce qu'il avait appris sur elle, ce qu'il savait d'elle semblait être toujours là. Elle n'était pas plus docile qu'avant. Juste plus...silencieuse peut-être. Ce détail n’interpella pour autant pas le garçon. Après tout, elle n'était pas allongé dans un lit de l'infirmerie pour rien. Si elle n'avait pas besoin de parler pour lui dire de partir, pourquoi ferait-elle cet effort ? Jusque là, tout était aussi normal que possible. Mais n'en déplaise à la sorcière, Rey n'avait pas l'intention de partir tout de suite. Il était un peu rassuré mais si Bristyle était toujours apte à rester sa cible, alors il devait continuer son office dès maintenant, sous certaines conditions.

- Ne t'inquiète pas. Si ton frère ou Gil'Sayan se pointent, je leur laisserai la place, lui dit-il.

En effet, avec ces deux là dans les parages, toute interaction avec elle serait vouée à l’échec. Sa présence l'agacerait au plus haut point et lui n'aurait aucune marge de manœuvre, ne pourrait créer aucun rythme. De plus, il se doutait qu'elle n'attendait qu'eux. Il avait vu comme Aelle pouvait s'éveiller près de Thalia et comme elle s'apaisait dès que son frère se tenait à ses côtés. D'autres élèves allumaient une lueur dans son regard mais ils n'étaient qu'un tout petit nombre. Et ces autres là, à qui Rey n'avait pas encore réussi à percer le secret, il ne les laisserait pas forcément passer. Quoiqu'il en soit, lui affirmer qu'il ne serait pas un obstacle à ces deux là, à ses désirs donc, jouerait normalement en sa faveur. Mais qui c'est ? Bristyle était encore une boîte de pandore dont les réactions à son contact restaient à découvrir.

- T'as une meilleure tête qu'il y a deux jours, asséna-t-il de but en blanc.

Encore une fois, Rey se contentait d'affirmer. Il ne lui demandait rien. Ne la sollicitait pas. N'attendait aucune réponse. Il posait d'ailleurs déjà à nouveau son regard sur les pages noircies d'encre pour en extraire les significations. Il ne faisait pas semblant, sinon Bristyle le comprendrait. Un faux lecteur, pour elle qui dévore les livres, elle le percerait sans nulle doute à jour. Et même si ce n'était pas le cas, le garçon ne prendrait pas ce risque. Non, plutôt que de la fixer dans l'attente d'une réaction, il se contenta de lire, la libérant du feu de son regard et de son attention.
6 mai 2020, 13:05
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Me changer les idées.
Soulevant légèrement mon coude, je jette un coup d’oeil au livre que tient le garçon entre ses mains. Je ne vois pas le titre, impossible de savoir lequel des bouquins de Frewd il s’est dégoté. Je me demande si c’est l’un de ceux qui sont restés à la maison. Cela fait presque six mois que je n’ai pas remis les pieds dans ma chambre. Je n’ai que deux exemplaires de Frewd à Poudlard et je les ai assez lu et relu pour le moment. Peut-être que… *Non*. La pensée s’impose. Non, tu ne demanderas rien à Sifferlen, et ce, pour deux raisons. La première, c’est que cet abruti pourrait croire que je lui accorde de l’intérêt, ce qui est totalement faux. Et la seconde, c’est tout simplement que j'ai un mal de crâne carabiné et que lire est bien la dernière chose que j'ai envie de faire. De toute façon, je n’y arrive pas. Hier, j’ai vaguement essayé de lire quelques pages, mais j’ai été incapable de me concentrer, de comprendre. Et mon mal de tête, Merlin… Je n’ai jamais eu aussi mal. J’avais un tambour dans la tête et il frappait de grands coups, de grands coups terriblement piquants. Si lire me fait aussi mal, je ne veux plus jamais lire. *Autant crever*, pensé-je, une boule dans la gorge.

Les mots de Sifferlen m’arrachent à mes pensées. Je pose mon regard sur lui, mon coude désormais posé davantage sur mon front que sur mes yeux. *Qu’est-ce qu’il fait là ?*. Je n’en ai aucune idée. J’ai beau l’écouter, j’ai beau le regarder, essayer de le comprendre, je ne trouve pas cette réponse. Vient-il seulement m’amener un livre de Frewd ? Mais pourquoi, nous ne sommes pas amis lui et moi. Je n’ai pas d’ami et j’en veux pas. Ce mec n’est qu’un joueur de Quidditch un peu trop fier. Il ne m’intéresse pas. *Mais il lit Frewd*. Ouais, bah tout ceux qui lisent Frewd ne sont pas forcément intéressants.

J’en ai marre de penser. Je n’arrive plus à suivre les filaments de mon esprit. Il fait n’importe quoi, il s’entortille, il fait des nœuds, il me perd dans le dédale de mes pensées. C’est n’importe quoi ce qu’il se passe dans ma tête. Fronçant légèrement les sourcils, je me force à rester concentrer sur Sifferlen. Il a baissé la tête et il est reparti à sa lecture. Peu importe, ses précédents mots tournent encore dans ma tête, au milieu de toutes mes autres pensées. Elles sont bizarres, ces paroles. Il est bizarre, ce gars.

*Parler ou pas parler ?* ; lui répondre ou l'ignorer ? J’ai bien vu ce que ça faisait de l’ouvrir ces dernières heures : un ramassis de mots s’échappait de mes lèvres, parfois même cela ne voulait rien dire. Ai-je réellement envie de parler pour lui ? Mais si je ne l’ouvre pas, ne restera-t-il pas là pour toujours ? Merlin merci, je n’ai pas envie de me taper sa tronche plus longtemps.

« T-tu me…, » balbutié-je en ôtant mon coude de mon visage.

Le mot me quitte. Je me racle la gorge pour feindre une voix encombrée, mais la vérité c’est que mon coeur s’emballe furieusement et qu’un désespoir grimpe tout le long de mon corps pour s’imposer dans ma tête. *J’vais pas y arriver*. Non, je ne vais pas y arriver. J’ai envie de pleurer, tout à coup. *Pas maintenant !*. Non, je ne veux pas pleurer, pas devant lui. Je dois me retenir. Je ferme brièvement les yeux, inspire profondément.

« Tu… M’espi… » Ma voix est lente, articulée, débile. « Espionne ? »

Je détourne le regard pour ne pas tomber sur les prunelles pleines de pitié du garçon. Je ne le supporterais pas. Déjà que j’ai du mal à accepter celle d’Aodren et de Thalia. Je ne peux pas supporter celle d’un parfait inconnu. Que cet inconnu soit Sifferlen ou non. Merlin, ne peut-il tout simplement pas s’en aller ? Pourquoi doit-il se pointer maintenant, aujourd’hui ? Je n’ai pas la force de lui faire face aujourd’hui. Je me sens minable, pitoyable, nulle. Profondément idiote, à ne plus savoir parler, à ne plus pouvoir exprimer mes pensées. Alors c’est ça, être enfermée ? Enfermée à l’intérieur de soi ? Je ne le supporterais pas longtemps.

Je fulmine comme un sale gosse.
23 mai 2020, 01:07
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Lorsque la voix d'Aelle résonna à ses oreilles, le garçon leva à nouveau ses prunelles d'ambre vers elle. Sa voix s'éteignit sans libérer le secret de ses pensées. Le garçon se contenta d'attendre, intrigué par ce qu'elle souhaitait lui dire. Une insulte ? Une réflexion désagréable ? Ou alors un remerciement ? Rey doutait fortement de cette dernières éventualités. Ça serait bien trop inhabituel. L'avait-il jamais entendu dire merci à qui que ce soit pendant qu'il l'observait ? Pas de mémoire. Si seulement l'infirmerie n'était pas un marécage de souffrance et d'angoisse, il aurait peut-être pu ressentir ses sentiments à elle, anticiper. Mais ce n'était qu'un empathe, il n'avait pas le choix ni de ce qu'il prenait, ni de quand, ni de qui. Il avait déjà beaucoup de mal à ne pas se laisser submerger, penser pouvoir déchiffrer ce qui se passait dans le cœur de la sorcière était juste utopique. L'Homme lui demandait de faire l'impossible.

Ses mots avaient du mal à sortir, elle semblait lutter. Rey n'eut pour autant pas le temps de s'en inquiéter, il se crispa instantanément lorsque la question se révéla enfin. Tu m'espionnes ? Ses mains se fermèrent plus férocement sur les pages de son livre ce qui ne fit qu'accentuer leur tremblement et il braqua immédiatement son regard écarquillé sur le bouquin de peur de trahir son trouble. La panique qui avait fait accélérer son pouls se manifesta avec force et lui intima de ficher le camp au plus vite. Seule la force de l'habitude le retint visser à sa chaise. Il inspira profondément, puis expira longuement. Plusieurs fois. Il finit par se calmer et put enfin à nouveau réfléchir. Le garçon se demandait ce qu'il avait dit ou fait qui aurait pu lui mettre la puce à l'oreille. Était-ce la mention de Gil'Sayan ? Ou alors lui dire qu'elle avait meilleure mine l'avait fait cogiter outre mesure. En y réfléchissant bien, il pourrait faire passer tout ceci pour des concours de circonstance. Même Frewd ?

Deviner le pourquoi du comment Aelle en était arrivé à cette conclusion l'aurait franchement aidé pour la suite car il s'agissait de ne pas se tromper ni dans sa réponse ni dans son attitude. Selon ses raisons, il pourrait la détromper rapidement, ou pas. Mais à bien y réfléchir, ce n'était pas forcément sa meilleure option. Une réponse négative trop franche pouvait le trahir ou même la blesser. Une réponse ironique aussi. Changer de sujet pourrait l'énerver et ne rien dire du tout n'aurait pas de sens. Comment pourrait bien réagir Aelle si il lui confirmait ses soupçons ? Et si il se contentait de le lui demander ?

- Quelle réponse te déplairait le plus ? lui demanda-t-il d'une voix calme qui tranchait avec le stress qui lui tordit d'un seul coup le ventre, sans quitter les pages de son livre des yeux bien qu'il ne les lisait plus du tout à présent.

Le rouquin laissa passer quelques secondes de silence avant de la regarder à nouveau. Pour ménager son effet. De manière mesurée, il s'adossa à la chaise et ferma le livre d'un coup sec d'une main avant de le poser sur la table de chevet, montrant ainsi à la poufsouffle qu'elle avait à présent toute son intention. Voilà un brusque changement après lui avoir laissé de l'intimité en plaçant les pages d'encre comme barrière entre eux. Inconsciemment, il imitait exactement l'Homme, avec ses questions qui torturaient le cerveau et son sens de la mise en scène, faisant vivre à la fille ce que lui même avait vécu. Rey esquissa un petit sourire, juste un mouvement du coin de ses lèvres vers le haut, et tenta de garder un visage serein et neutre. Pourquoi ne s'était-il pas contenter de dire qu'il se trouvait à l'infirmerie au moment où elle y avait été amenée ? Cela aurait probablement suffit. Non, il fallait qu'il fasse tordu. Peut-être parce que le défi, bien qu'il l'angoissait, le grisait aussi. Ce brin d'excitation face au danger. Danger de tout fouttre en l'air encore plus que ce que ces psychopathes d'élèves avaient failli faire le soir du bal. Face à cette audace qui le ferait avancer d'un pas ou reculer de dix, comme dans une danse.
29 mai 2020, 14:40
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Il me laisse quelques secondes de répit durant lesquelles il ne dit rien. Je l’entends bouger, mais n’ose pas me retourner pour vérifier ce qu’il fait. Je ne veux pas croiser son regard, surtout pas. Si seulement il pouvait s’en aller, me laisser tranquille. Je n’ai pas la force de supporter une conversation, surtout pas avec lui qui va profiter de ma *faiblesse* pour se moquer de moi. Sifferlen n’est pas un garçon qui m’intéresse, il n’est même pas le genre de personne que j’aime écouter. Il n’est rien du tout et je ne sais toujours pas ce qu’il fait là et je ne sais toujours pas quoi en penser.

J’ai mal au crâne, nom de Merlin. J’ai un tambour dans la tête. A chaque vague de douleur, ma vision se brouille un peu plus. Je suis obligée de fermer les yeux parce que la lumière me perfore les yeux. Mais tant que le garçon est là, je ne peux ni fermer les yeux ni me reposer pour diminuer mon mal de crâne. Non, je suis obligé de réfléchir, de penser et de me poser tout un tas de questions auxquelles je n’ai pas les réponses. Et si j’ai bien appris une chose depuis que je suis à l’infirmerie, c’est que réfléchir, penser, me poser des questions, regarder, lire ou même essayer de parler me fait terriblement mal à la tronche, aux yeux et me fatigue plus que nécessaire. Voilà ce que je suis devenue. Une poupée de douleur, destinée à supporter les piques que m'envoie mon corps, subir les folies de ce réceptacle. Tout ça parce que je me suis pris un coup sur la tête. Merlin, une sorcière de qualité n’aurait jamais subi cela. Loewy n’a jamais subi cela, j’en suis persuadée.

Sifferlen prend la parole sans que je ne m’y attende. Sans pouvoir les contrôler, ma tête et mes yeux se tournent vers lui et je ne peux m’empêcher de grimacer quand une vague de douleur déferle dans mon crâne. Ses paroles et son regard me permettent d’oublier, une petite seconde, combien j’ai mal. *Réponse qui m’déplairait ?*. C’est débile de me demander ça. Silencieusement, je l'observe déposer son livre sur ma table de chevet. Je pourrais tourner la tête pour vérifier le titre sur le dos du bouquin, mais je n’en ai pas la force. Je me contente de surveiller le garçon dont le regard fait s’accélérer les battements de mon coeur.

Je ne peux pas réfléchir à ce que je vais dire. J’en suis tout bonnement incapable. Si je veux pouvoir parler, si je veux pouvoir survivre à cette conversation sans crever sur place, je dois arrêter de penser sinon je vais finir par fondre en larmes ou faire une crise de panique. Et aucune de ces deux solutions n’est envisageable face à ce garçon. Je prends une grande respiration pour me donner du courage ; ou tout simplement pour me donner de l’espoir, celui de réussir à parler.

« Aucune. »

Le mot s’échappe simplement de ma bouche, mais ma voix est tellement réduite, tellement faible que j’ai peur que le garçon n’ait rien entendu. Peu importe, qu’il se débrouille. Mes propres mots m'étonnent. Je pensais donner une réponse telle que : « Un mensonge » ou alors « Toutes tes paroles me déplaisent » — celle-là, je l’aurais sortie si j’avais pu dire une phrase complète —, mais finalement rien de cela n’est sortie de ma bouche. Et je me rends compte que ce que j’ai dit est l’entière vérité : quoi qu’il dise, cela ne me déplaira pas. Pourquoi ? Tout simplement parce que je ne me rappelle même pas de ce que je lui ai dit pour que l’on en vienne à ça. Mon souvenir m’échappe, je m’entends parler, je me vois parler, mais je ne me souviens plus de ce que je lui ai dit. Cela aurait dû m’inquiéter, mais non. Je suis comme une étrangère dans mon propre corps, dans mon propre coeur. Ou dans mon propre monde, peut-être. Tout ce qu’il se déroule autour de moi n’a tellement pas d’importance.

*Sauf Zik* me rappelle mon esprit.
Oui, sauf Zik.
Sans quitter Sifferlen du regard, je monte ma main jusqu’à pouvoir toucher le petit Mngwi qui dort paisiblement à mes côtés— ou peut-être n’est-il plus endormi ? Je ne sais pas. Peu importe. Dépêche-toi de parler, Sifferlen, je n’arrive pas à penser et si tu te tais plus longtemps, j’oublierais ce que je viens de dire.

Je fulmine comme un sale gosse.
10 juin 2020, 00:25
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Aucune. Rey resta un instant surpris de cette réponse soufflée si faiblement qu'il l'avait plus lu sur les lèvres de la fille qu'entendu. Il se demanda même s'il avait bien compris mais il n'y avait que peu de doute possible. Qu'allait-il faire de ça ? En vérité, malgré son petit numéro, il n'avait pas du tout pensé à la suite, s'attendant à une réponse bien plus négative. Non. Là, rien ne lui déplairait. Que répondre ? Son cerveau tournait à plein régime pour trouver à nouveau la bonne réponse. Celle qui lui permettrait de continuer son entreprise. Décidément, la sorcière avait le don pour le rendre muet, à défaut de pouvoir laisser sa spontanéité s'exprimer. Il aurait probablement anéanti ses chances dès le début s'il avait dit la première chose qui lui traversait l'esprit. La demande de cavalière pour le bas n'avait pas été très concluante sur ce point même s'il s'y attendait. Il devait faire mieux. Le garçon devait réfléchir et clairement, il trouvait ça chiant.

Du coup, la question demeurait. Que répondre ? La vérité finalement ? Qu'il l'espionnait bel et bien ? Cela lui paraissait bien étrange, encore plus venant de Bristyle. Néanmoins, l'envie irrésistible d'arrêter son cinéma et de tout déballer le prit d'un coup d'un seul, face à la sorcière blessée qui lui donnait le feu vert, le prenait à contre-pied et finalement semblait si fragile dans ses draps blancs. Quel risque pouvait-il bien prendre à enfoncer une porte qu'elle lui ouvrait volontairement ? Tous ses faux-semblants, ses gesticulations, ce n'était pas lui. Il étouffait dans ce rôle qu'il s'obligeait à remplir. Juste se relâcher une seconde.

- La réponse est ou-que j'étais là quand tu es arrivée blessée, le soir du bal, prononça-t-il à toute vitesse, se rattrapant sur son début de réponse.

Le regard bicolore de Aliénor s'était imposé à son esprit, se superposant à celui de la poufsouffle alitée. Crétin ! Qu'il étouffe donc, il le devait à sa famille, il le devait à ses amis. Il n'avait pas le choix ! Rey serra les dents. Il se trouvait d'une faiblesse déplorable et comme il pouvait être naïf. Bien sûr que ça lui déplairait de savoir qu'il l'espionnait, elle était juste probablement trop amochée pour aligner deux et deux. Ou alors elle était bien plus maligne que lui et prêchait le faux pour savoir le vrai. Non mais quel crétin ! *Reprend-toi Rey, c'est pas le moment de craquer, laisse ton honnêteté au placard, pour le bien de ceux que tu aimes.*

La garçon ébouriffa machinalement d'une main sa tignasse de feu. Il avait capté l'attention de Bristyle, il devait en profiter, créer une brèche, l'agrandir d'une façon ou d'une autre. Et surtout pas se vautrer en étant un peu trop lui même. Être égoïste, ranger sa culpabilité et ses remords. Encore une fois il se répéta pourquoi il avait choisi Bristyle : hostile, désagréable, inconnue. Principalement inconnu. Il ne l'a connaissait pas, il n'avait pas de lien avec elle, il n'avait donc rien à perdre. Le garçon laissa de côté le regard larmoyant du grand-frère, il ne devait surtout pas penser à lui. D'une façon tout à fait paradoxale, il mettait tous ses espoirs, l'avenir de sa famille qu'il estimait devoir protéger du haut de ses treize ans, entre les mains d'une parfaite inconnue. Enfin, plus si inconnu depuis qu'il se renseignait sur elle. Ce qu'il ne devait surtout pas avouer !

- Une coïncidence. C'est tout. Et depuis, j'me sens concerné par ton état. J'espère juste que tu vas mieux... et si c'est pas le cas, que tu iras mieux. dit-il pour compléter sa première réponse. Et si je peux un peu y aider, ajouta-t-il en désignant vaguement le livre de la main, alors tant mieux.

Mêler le mensonge et la vérité, il paraissait que c'était la meilleure façon de faire passer la pilule. C'était répugnant. Bien sûr qu'il se sentait concerné par son état, ça l'avait même fait complètement flipper. Mais pas pour elle. Rien que pour ça, Rey se détestait. De plus, il savait au fond que s'il ne s'inquiétait pas autant de ce que l'Homme pourrait faire, il aurait été réellement préoccupé par l'état de sa camarade. Il était dénaturé et enseveli par ses propres contradictions. Venait-il t'entamer une danse avec Bristyle, avec l'Homme ou avec lui-même ?
17 juin 2020, 12:03
 RPG++  Le ballet des corps  PV : A.B. 
Heureusement, la réponse de Sifferlen ne tarde pas. S’il avait mis quelques secondes de plus pour parler, je crois que je n’aurais pas compris sa réponse. Mais je la comprends et instantanément me revient en tête la question que je lui avais posé pour que l’on en arrive là. « Tu m’espionnes ? » lui ai-je demandé. Et apparemment, non. Non, il ne m’espionne pas mais il était là le soir du bal. Dans l’infirmerie. Je ne me rappelle absolument pas de cette soirée. C’est le noir complet. Mon premier souvenir de l'après-bal remonte à mon réveil, le lendemain d'Halloween. Je ne veux pas y repenser. C’était le pire réveil de ma vie, le plus douloureux, le plus angoissant, le plus flippant. J’ai une vague pensée pour Gabryel qui a hanté mes rêves cette nuit-là. Penser à lui me réconforte.

Difficilement, je force sur mes yeux pour avoir une meilleure vision du garçon. Assis près de moi comme il est, on pourrait presque croire qu’il est un vieil ami venu me rendre visite. Sauf qu’il n’est pas un vieil ami et que ce n’est pas une visite qui l’amène ici. C’est quelque chose de plus dérangeant, quelque chose qui me déplaît fortement. Mais j’ai mal à la tronche, je n’y vois pas clair, je me sens aussi molle qu’un chewing-gum et j’ai des potions dans l’estomac qui fond déjà effet. Alors je me fous ardemment de ce qui me déplaît actuellement. D’ailleurs, je ne ressens aucun agacement dans mon coeur. Seulement un vide déstabilisant et une lassitude extrême qui me fatigue par sa seule existence.

Je trouve que Sifferlen parle beaucoup. Pas comme le gosse insupportable de Serdaigle dont le nom ne me revient pas, mais comme un garçon qui parle pour ne rien dire. Ses mots n’ont aucune consistance pour moi. Mais sa voix n’est pas désagréable, alors ça ne me dérange pas.

Mon regard capte, alors que mon attention commençait à s’effilocher, le geste que Sifferlen fait en direction de la table basse. Je me rappelle soudainement qu’il y a posé son livre. Je trouve enfin la force de tourner la tête pour le regarder. C’est douloureux, mais déjà la douleur se présente comme une vieille amie. Ça me fait flipper. Est-ce que cela signifie qu’elle sera là pour toujours, que j’aurais toujours l’impression qu’une barre de fer me traverse le crâne ? J’ai peur, j’ai peur. Je me concentre pour repousser la bouffée d’angoisse qui m’enserre le coeur. Je tends la main dans un geste très lent pour attraper le bouquin et enfin je peux lire le titre. Un sourire s’épanouit sur mon visage. Le premier, je crois, depuis le moment où Thalia est venu et m’a serré dans ses bras. *J’l’ai pas, c’ui-là*. Je le connais, mais je ne l’ai pas à Poudlard. Je ne l’ai pas lu depuis… Je suis trop fatiguée pour calculer.

Avec lassitude, j'ouvre la bouche, le coeur au bord des lèvres ; vais-je bégayer cette fois ? ou ne pas trouver mes mots ? ou ne pas réussir à articuler ? La question me hante à chaque fois que je veux l'ouvrir. Alors je commence à prendre l'habitude de ne rien dire du tout. Mais là, face à ce regard de braise, je suis bien obligé de dire quelque chose.

« Je... veux pas de ta… »

Pitié.
C’est un mot simple, pourtant. C’est un mot très dérangeant, qui fait mal à une certaine partie du coeur, qui me met mal à l’aise et qui me donne envie de repousser Sifferlen, mais c'est un mot simple. J’ouvre la bouche, mais je n’arrive pas à sortir le mot.

« De ta… »

Merde.
C’est frustrant. Et la frustration amène trop souvent les larmes, ces derniers temps. Alors peu importe. *Peu importe*. Ce n'est pas grave, Sifferlen comprendra tout seul ou alors il ne comprendra pas et je m’en contrefiche.

« Par contre, baragouiné-je en levant mes yeux lourds de fatigue et de douleur sur le garçon, je… Je garde le livre. »

Je laisse retomber l’oeuvre de Frewd sur mon torse et referme mes bras dessus. Enfin, parce que la pression sur mon crâne est bien trop difficile à soutenir, je ferme les yeux. L’obscurité apaise légèrement les vagues de douleur. Près de moi, Zikomo remue, comme s’il se doutait que j’avais besoin de son réconfort, de sa présence, de sa chaleur. Je décale ma tête pour que ma joue repose sur son pelage. Voilà, comme ça je suis bien.

- Fin -
Dernière modification par Aelle Bristyle le 10 juil. 2020, 15:10, modifié 1 fois.

Je fulmine comme un sale gosse.