Telle une Étincelle
[ FIN FÉVRIER 2045 ]
Salle des Trophées, 3ème Étage, Poudlard
Charlie, 15 ans.
3ème Année Double

∞
Les yeux plissés, Charlie fait sauter son regard de nom en nom.
La fierté de Poudlard est alignée devant ses yeux, mais la faible luminosité de la pièce lui entrave sa vue déjà vacillante. *Jen… Ja…*. Le reflet incessant des différents métaux contribue lui aussi à la gêne visuelle. *Jade ?*. Les noms ne sont pas toujours contrastés sur leurs supports. *‘chier !*.
D’un geste habitué, la Rouge et Or dégaine sa baguette.
— Lumos.
Une intonation aussi claire que le feu des reflets, se malaxant en un mélange homogène avec l’humidité ambiante ; une cohabitation quasi-fusionnelle entre les deux inverses. Pourtant, le sortilège n’arrange rien. Absolument rien. *Et merde…*.
Un profond soupir s’échappe de Charlie, prenant la forme d’une buée étoilée sur la surface vitreuse fricotant avec sa bouche. Le sortilège d’Allumage de baguette crée un reflet incessant contre la vitre, d’un bleu intense, bien plus aveuglant que l’infime éclat des métaux. « Nox ». L’arme retourne dans son fourreau avec une précision telle que son extrémité s’engouffre dans l’étroit anneau sans l’assistance des yeux émeraude.
La vue est peu sollicitée par la gryffonne. Ainsi, les seules fois où son utilisation se fait essentielle, la concentration qu’elle lui attribue se fait en dépit de son ouïe et de son toucher ; alors que ces deux derniers s’harmonisent parfaitement lorsqu’ils sont ensemble.
Le regard à nouveau plissé à l’extrême, Charlie parcourt les noms à la recherche du seul qu’elle souhaite trouver. La vitrine titanesque qui lui fait face regroupe tous les trophées en forme de plateau. Certains sont en argent, d’autres en or, et quelques-uns en inconnu.
C’est entre toutes ces écritures, ces congratulations, ces noms et désignations en tout sens que le regard de la Rouge et Or sautille avec impatience.
∞
Mon dos commence à gueuler.
Me tenir courbée comme une abrutie depuis… *Trop longtemps* est la pire chose que je dois supporter aujourd’hui. Je ne peux pas m’accroupir, sinon je ne peux plus voir la rangée que je fouille, et je ne peux pas non plus me tenir droite à cause de ma foutue tête qui dépasse cette foutue rangée de merde. « Rhhaa… ».
Je me redresse d’un coup. *’trop d’noms*. Mes deux mains se posent sur mes reins pour craquer le peu de force qu’il reste dans mes cervicales en feu. *Beaucoup trop*. Mon crâne bascule en arrière. Je force sur mes jambes pour ne pas perdre l’équilibre.
Ces rangées n’en finissent pas, et à chaque fois que je lis un nom, je suis sûre d’en avoir sauté un. Ça ne va jamais finir si je continue comme ça.
J’expire aussi bruyamment que le silence me le permet.
Tous mes muscles se contractent. Mon œil gauche se ferme ; un instant glisse sur l’eau qui traine dans cet air étouffant. *J’te sens*. Et je relâche tout d’un coup.
— Tss… les rangées interminables de noms écrits en bien trop petit s’allongent dans mon crâne. *J’avance pas*. Elles me donnent l’impression de basculer de quelques degrés sur la gauche, lentement, avec régularité ; puis de revenir d’un coup à leur droiture d’origine, pour recommencer à tomber encore une fois. À l’infini. « ‘dieu… ». En prenant une inspiration molle, je tords encore une fois mon dos pour continuer où… *Où ?*. Les plateaux sont partout.
Ma bouche se tord.
*J’en étais où ?*. Les lettres se mélangent en une bouillie de couleurs majestueuses. Blanc, jaune, gris. Majestueuses, mais fatigantes. Si ça continue, je vais directement aller lui demander. *’pour l'effet d'surprise, qu'il aille bien s’faire foutre*.
Dernière modification par Charlie Rengan le 7 juin 2020, 20:41, modifié 2 fois.
« Bienvenue chez Toi »
Telle une Étincelle
S'éteindre dans un éclair chaste.


Cette salle brille de mille feux malgré la faible luminosité. Chaque trophée semble vouloir rappeler sa présence d'une manière qui n'appartient qu'à lui. Chacun veut exprimer sa fierté immense, cependant ce ne sont que de vulgaires bouts de métal insupportablement vaniteux. Ils clament leur Grandeur à ceux qui les regardent naïvement ; et charment ostensiblement d'autres qui tentent de les ignorer. C'est idiot et vain, ils sont si attirants, personne ne peut les éviter, on se retrouve faible en un reflet. On est obligé d'observer une once de leur Splendeur.
*Merde !* J'ai une foutue crampe à l'épaule droite, mon corps frêle est comprimé entre deux vitrines. Je ne suis pas à l'aise dans ce coin étriqué, mais je n'ai aucune envie de me mouver dans une position plus confortable.
Ces centaines voire milliers de morceaux de ferraille me dégoûtent, tous ayant provoqué la reconnaissance, la fierté. Ces murs devraient être détruits, rien de ceci ne devrait exister. Toutes ces récompenses m'oppressent plus que je ne le suis et m'horripilent à tous niveaux.
Quelqu'un parle soudainement, ou plutôt murmure. *Une Fille.*
Une Autre qui vient encore m'emmerder. *Putain...* Grande et mince, même élancée. *C'qu'elle...* Des cheveux si noirs, plus que tout, dégringolants jusqu'au bas de son dos. Je ne parviens pas à apercevoir ses yeux. *Est...* Elle se déplace sur la pointe des pieds, on pourrais croire qu'elle vole à quelques millimètres au dessus du sol ; comme si elle avait peur de briser la Nuit qui s'annonce bientôt. *Belle.*
Magnifique. On dirait... comme...
Une pierre d'Étoile.
Pas une poussière, parce que ce n'est presque rien une poussière, mais un morceau d'Étoile échoué. Par la beauté des Astres, et non leur caractère infâme à regarder de haut, à juger, à hanter les Ombres. Mais elle, je ne sais qui est-elle. *C'qu'une Autre !* Elle est comme Eux, je ne devrais même pas m'intéresser à elle. *'L'cherche un truc.* Elle renonce ? Elle continue sa quête. Elle se parle à elle-même. *Ridicule.* Elle sait plus ?
Elle Sait, puis elle Oublie.
Rêve inouï.
Rêve inouï.
Un océan de tourments semble la traverser un instant, comme une vague qui s'abat sur le sable puis disparaît pour céder sa place à la suivante. C'est une litanie sans fin qui est incontrôlable.
Pourquoi dois-je l'étudier ? Elle n'est rien. Rien. Elle est simplement jolie, *beauté transcendante*, non, juste jolie, mais elle est sûrement autant imbé... *Conne !* Que ces trophées dégoulinants de véhémence. *Dégage de ma tête !* Va-t'en, sors de cette pièce et de mon esprit, laisse-moi seule. Au lieu de ça, elle se rapproche indubitablement, comme si rien ne pouvait la ralentir dans sa course. Elle ne semble toutefois ne pas m'avoir vue, et je profite généreusement de cet avantage.
Finalement, je préfère la compagnie du butin sans nom amassé ici, que celle de cette Fille-trop-belle.
*Stop.* Je ne dois pas succomber à son apparence trompeuse. Mon attitude est intolérable. J'essaye de tout mon possible de chasser ces pensées désobligeantes. En désespoir de cause, je songe au moins qu'elle ne m'a toujours pas repérée, et je ne bouge pas d'un centimètre. Mon corps est entièrement figé. Dois-je lui dire quelque chose ? *De dégager.* Mais d'abord, ma stupide curiosité souhaiterait connaître la raison de sa présence entre les parois de verre de cet endroit. Je prends une grande inspiration silencieuse.
- ...
*Qu'est-ce que tu fous là ? Qu'est-ce que tu fous là ? Qu'est-ce...* Aucun son ne s'échappe de ma bouche. Mes cordes vocales refusent de vibrer pour produire ne serait-ce qu'une parole. Seules mes lèvres se sont séparées pour laisser s'évader les Mots qui ont refusé ; et j'ai maintenant la bouche béante. Pas le moindre son a osé imposer sa loi au Silence. Je me force à fermer ma machoire en priant pour que l'Autre soit privée de cet scène désolante. Et sans pouvoir m'en empêcher, je fais la seule chose qui m'est permise : je l'observe sans rien dire, je la détaille longuement.
Je la Vois.
Elle est Belle.
Elle est Belle.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
Telle une Étincelle
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"Mon Reflet dans cette Flaque, mais j'peux plus me voir, ça m'rappelle trop toi"
Nekfeu, Elle pleut
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C'est si étrange, la Vie.
Si beau.
Si horrible.
Une Antithèse, somme toute.
D'habitude, tu apprécies tout ce qui relève de l'Etrange. Mais la Vie est l'exception qui confirme la règle. Tu ne l'aimes pas.
Et le Mot est bien faible par rapport à ce que tu penses de cette entité abstraite et capricieuse, tel un enfant mal éduqué, qui pleurniche dès qu'il n'obtient pas ce qu'il veut.
En fait tu la hais, la Vie.
Et elle semble te haïr, elle aussi, c'est d'ailleurs la seule chose que vous devez avoir en commun.
Cette Rage.
Cette Hostilité.
Mais tout vous sépare, pourtant.
Surtout un détail.
Tu es faible.
Elle est forte.
Dommage, dommage...
♞
Tu as enfermé les images dans ta tête, et elle s'entrechoquent dans un bruit sourd, jusqu'au malaise, jusqu'à la Fin. Ces songes t’asphyxient, elles te noient dans un Lac aux Reflets bien étranges. Lui aussi, tu n'aimes pas son côté étrange. Il t'agace profondément, à se moquer de toi indéfinement, tu broierais une brique à la main s'il le fallait, pour un jour effacer son petit air narquois et victorieux, qui semble te demander "Qui est le meilleur?". Mais tu es trop faible pour contrer tout cela. Tout ce qui t'agresse. Tout ce qui t'écorche. Tout ce qui te blesse. Tout ce qui te tue.
♞
Perdue au fins fonds des couloirs dans l'Antre de la Prison Noire, tu entends soudains quelques sons qui s'échappent. Ils sont tout proches. Tu es très curieuse de savoir qui sont donc ces Semblables, mais tu ne veux pas qu'ils t'observent ou te remarquent. Les Mots que tu as cru entendre n'en étaient pas. C'était des Bribes, et prononcés par une même voix. Tu ne la reconnais pas. *Sûrement une 3ème année*. Et justement. Quand tu ne sais pas, tu veux en apprendre plus en temps normal. Mais là, tu ne veux pas que l'on te voie. Tu veux être Seule, Paisible.
♞
Ta taille fine te permet de te dissimuler avec aisance derrière la carcasse d'un meuble sur lequel repose un trophée à la forme étrange et argentée. Tu es dans l'Ombre désormais, ce qui n'est pas pour te déplaire, tu hais la lumière, alors c'est comme cela, tapie telle une taupe dans l'obscurité, que tu sembles avoir trouvé ta place. *Cachée*. Peut-être est-ce préférable, en ces temps difficiles, pour ne pas dire effrayants, pour tous les *Sang-de-Bourbes* comme toi... Tu ne sais pas ou tu vas, car étant née-moldue *Sang-de-Bourbe*, tu sens que tu n'es pas la bienvenue dans cet univers qui semblait pourtant si beau, au premier abord. Tes rêves sont rapidement venus se briser par la faute d'un idiot de Serpentard qui a sorti les Mots de l'Insulte *Sang-de-Bourbe*, créant une Spirale, qui peu à peu s'est épaissie. Avec d'autre Mots. Faible. Bipolaire. Toutes ces cases dans lesquelles on tente de te ranger avec une intention difficile à cerner, mais l'idée semble tout droit sortie des tentacules du Mal, qui jettent sur toi une Haine qui en s'abattant sur ton corps *faible*, créent une sorte de pluie d'émotions douloureuses, avec Angoisse, Mépris, Dégoût, Impuissance, entre autres. Cette pluie t'a fait douter de toi-même, et il n'y avait peut-être rien de pire pour que tes pensées s'affaissent et laissent place aux Démons qui tyrannisent ton cerveau et ton Lambeau de Cœur. Tout ça, tu ne veux pas que ça recommence. *Jamais* Et pourtant, rien ne change, comme une boucle un disque rayé, l'Histoire se répète, éternellement semble-t-il.
Car tu es faible.
Pour l'éternité.
♞
En fait, il n'y a pas une mais Deux Semblables.
L'Une est Blonde. L'Autre est Brune.
L'Une est minuscule et frêle L'Autre est Grande, effroyablement Grande
Tout semble les différencier, physiquement du moins, et pourtant elles sont là. L'une et l'autre, telles des Âmes que l'on a accrochées par le fils du Destin. Étonnamment, voir ces deux Âmes contrairesne te choque pas, bien au contraire. Tu es fascinée par tant de beauté, tant de grâce.
L'Une est Silence, l'Autre est Bribes.
L'Une est calme, l'Autre est Tempête.
*C'est beau putain*
Tu aimerais tant te rapprocher, pour arracher comme tu le fais à l'accoutumée les traits des visages, pour mieux lire dans les Pensées de ces deux filles que tout Sépare, que tout unit.
Mais tu restes dans ton coin.
Tu ne veux pas manquer un tel spectacle.
Une telle Apothéose.
Ce serait bien dommage.
De Briser ce rythme, car tu n'es quant à toi pas plus qu'une poussière produite par la Nature, une *Autre* peut être même, tu ne sais pas, tu ne sais plus.
Mais tu sais une chose.
Face à toi ce tient une valeur qui varie selon chaque Personne.
La Beauté.
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Résurgence
Telle une Étincelle
S’accumuler comme un tonnerre à sa limite –
Puis – s’écrouler – grandiose
Alors que la Création se cache –
Voilà qui serait – Poésie –
Emily Dicksinon
______
Les Tréfonds sont vides.
Vides.
De toute existence. De toute vie. De tout espoir. De toute lueur. Les Tréfonds sont vides de Toi.
Tu n’as plus rien. Tu ne ressens plus. Ton cœur bat, le sang circule, tes poumons se gonflent, tes yeux clignent.
Mais tu te sens étrangère à l’appel des Tréfonds.
Bel Appel. Belle supplique.
Murmure fugace et inconscient.
Triste sort.
Les Tréfonds dansent au plus profond de toi. Les Tréfonds, c’est cette noirceur qui guette à l’orée de ta conscience, qui gagne du terrain chaque seconde.
Les Tréfonds, la partie de ton âme que tu dissimules à tous, à toi-même.
Les Tréfonds qui aujourd’hui te refusent et dont l’absence se fait cruellement ressentir.
La raison qui t’a poussée ici est obscure. Sans doute inspirée par tes noires pensées, tu n’y songes même plus.
Elle a fui ton esprit aussitôt apparue, et pourtant tu as obéi à son injonction.
Tu as oublié son objectif, mais tes muscles ont réagi à son appel. Comme si son essence même, son cœur, qui avait été conçu en premier, n’avait finalement pas tant d’importance — comme si ce pour quoi elle avait été créée était futile.
La raison qui t’a poussée à te lever de ton lit, à te mettre en marche, est une raison anonyme. Une raison parfaitement stupide, sans aucun doute.
A présent, tu avances. Où vas-tu ? Seul ton inconscient le sait.
Tes jambes se meuvent seules, sans même que tu ne l’aies désiré. Et quand bien même tu aurais préféré te tenir plutôt dans ton Dortoir que dans ce Couloir obscur, ton Inconscient n’en aurait eu que faire. Il t’aurait fait venir tout de même. Il t’aurait fait avancer tout de même.
Et aurait ignoré ton esprit se rebellant. Et ton cœur battant.
Ton Inconscient a ressenti ce vide. Il a vu à quel point les Tréfonds étaient proches. Il a vu que tu risquais de te noyer en toi-même, de sombrer dans ta propre conscience. Il a vu que s’il n’agissait pas tu te perdrais dans ce Rien plus puissant que tout.
Ton Inconscient a lu la lettre que tu dissimules sous ton oreiller.
Et il s’est agité.
« Réveille-toi », a-t-il grondé dans tes rêves.
« Tu dois te ressaisir », a-t-il murmuré dans tes moments de semi-inconscience.
« Tu n’es plus la Gamine que tu te plais à montrer aux Autres », exhortait-il depuis le plus profond des Tréfonds dont il était issu.
« Kyana », a-t-il supplié alors que tu gardais le regard fixé sur un Ailleurs que toi seule pouvais voir.
Tes pieds, comme lors de toutes ces nuits vides de sens, foulent les pierres glaciales. Parcourent sans honte ces lieux presque sacrés, profanent par leur simple présence un univers trop froid, trop profond.
Tu as obéi à ton Inconscient-qui-ne-se-trompe-jamais. La Lune seule savait où il te menait, vers qui il te poussait.
Mais l’idée de voir quelqu’un, l’idée d’articuler des sons, l’idée même de te rappeler de l’existence des Autres, t’était absolument abstraite. Qui donc aurait pu être là, maintenant ? Quel crétin aurait pu se dresser sur cette route que tu parcourais les yeux presque fermés, te fiant seulement à la perception qu’avaient tes sens du Monde ? Comment auraient-ils pu se permettre de te croiser ?
Tout était noir. Tout était sombre. Un pas après l’autre, telle une âme errante, tu oscillais entre le Rêve et la Vie. Tout était beau, plongé dans cette pénombre.
Combien d’escaliers descendus ? Combien de portes franchies ? Combien de couloirs traversés ?
Même ton Inconscient n’en savait rien.
Et soudain,
La lueur sur les Coupes.
Le scintillement des yeux de Celle-aux-cheveux-d’ébène.
Le mouvement furtif dans l’ombre *Autre*.
Et les mèches de neige.
Symboles de cauchemars, symboles de douleur.
A cause de ces mèches de neige, tu as arraché la peau de tes mains sur la pierre.
A cause de ces mèches de neige, tu as pleuré.
A cause de ces mèches de neige, tu as fui.
Ton Inconscient te pousse à avancer. Ton Inconscient t'oblige à entrer dans son champ de vision, à te dresser devant elle.
Ton Inconscient force les Mots à s’arracher de ta bouche.
Le sifflement qui s’échappe, la plainte que tu reconnais dans ta voix, est terrible. Ton timbre est toujours plus rauque, toujours plus éraillé. Tes poings sont serrés, et sur tes phalanges luit la cicatrice de ce qui fut une douleur intense.
Et ton cœur bat si fort.
Puis – s’écrouler – grandiose
Alors que la Création se cache –
Voilà qui serait – Poésie –
Emily Dicksinon
______
Février 2045,
Salle des Trophées, Poudlard,
2ème année.
Salle des Trophées, Poudlard,
2ème année.
Les Tréfonds sont vides.
Vides.
De toute existence. De toute vie. De tout espoir. De toute lueur. Les Tréfonds sont vides de Toi.
Tu n’as plus rien. Tu ne ressens plus. Ton cœur bat, le sang circule, tes poumons se gonflent, tes yeux clignent.
Mais tu te sens étrangère à l’appel des Tréfonds.
Bel Appel. Belle supplique.
Murmure fugace et inconscient.
Triste sort.
Les Tréfonds dansent au plus profond de toi. Les Tréfonds, c’est cette noirceur qui guette à l’orée de ta conscience, qui gagne du terrain chaque seconde.
Les Tréfonds, la partie de ton âme que tu dissimules à tous, à toi-même.
Les Tréfonds qui aujourd’hui te refusent et dont l’absence se fait cruellement ressentir.
La raison qui t’a poussée ici est obscure. Sans doute inspirée par tes noires pensées, tu n’y songes même plus.
Elle a fui ton esprit aussitôt apparue, et pourtant tu as obéi à son injonction.
Tu as oublié son objectif, mais tes muscles ont réagi à son appel. Comme si son essence même, son cœur, qui avait été conçu en premier, n’avait finalement pas tant d’importance — comme si ce pour quoi elle avait été créée était futile.
La raison qui t’a poussée à te lever de ton lit, à te mettre en marche, est une raison anonyme. Une raison parfaitement stupide, sans aucun doute.
A présent, tu avances. Où vas-tu ? Seul ton inconscient le sait.
Tes jambes se meuvent seules, sans même que tu ne l’aies désiré. Et quand bien même tu aurais préféré te tenir plutôt dans ton Dortoir que dans ce Couloir obscur, ton Inconscient n’en aurait eu que faire. Il t’aurait fait venir tout de même. Il t’aurait fait avancer tout de même.
Et aurait ignoré ton esprit se rebellant. Et ton cœur battant.
Ton Inconscient a ressenti ce vide. Il a vu à quel point les Tréfonds étaient proches. Il a vu que tu risquais de te noyer en toi-même, de sombrer dans ta propre conscience. Il a vu que s’il n’agissait pas tu te perdrais dans ce Rien plus puissant que tout.
Ton Inconscient a lu la lettre que tu dissimules sous ton oreiller.
Et il s’est agité.
« Réveille-toi », a-t-il grondé dans tes rêves.
« Tu dois te ressaisir », a-t-il murmuré dans tes moments de semi-inconscience.
« Tu n’es plus la Gamine que tu te plais à montrer aux Autres », exhortait-il depuis le plus profond des Tréfonds dont il était issu.
« Kyana », a-t-il supplié alors que tu gardais le regard fixé sur un Ailleurs que toi seule pouvais voir.
Tes pieds, comme lors de toutes ces nuits vides de sens, foulent les pierres glaciales. Parcourent sans honte ces lieux presque sacrés, profanent par leur simple présence un univers trop froid, trop profond.
Tu as obéi à ton Inconscient-qui-ne-se-trompe-jamais. La Lune seule savait où il te menait, vers qui il te poussait.
Mais l’idée de voir quelqu’un, l’idée d’articuler des sons, l’idée même de te rappeler de l’existence des Autres, t’était absolument abstraite. Qui donc aurait pu être là, maintenant ? Quel crétin aurait pu se dresser sur cette route que tu parcourais les yeux presque fermés, te fiant seulement à la perception qu’avaient tes sens du Monde ? Comment auraient-ils pu se permettre de te croiser ?
Tout était noir. Tout était sombre. Un pas après l’autre, telle une âme errante, tu oscillais entre le Rêve et la Vie. Tout était beau, plongé dans cette pénombre.
Combien d’escaliers descendus ? Combien de portes franchies ? Combien de couloirs traversés ?
Même ton Inconscient n’en savait rien.
Et soudain,
Éclat.
La lueur sur les Coupes.
Le scintillement des yeux de Celle-aux-cheveux-d’ébène.
Le mouvement furtif dans l’ombre *Autre*.
Et les mèches de neige.
Symboles de cauchemars, symboles de douleur.
A cause de ces mèches de neige, tu as arraché la peau de tes mains sur la pierre.
A cause de ces mèches de neige, tu as pleuré.
A cause de ces mèches de neige, tu as fui.
Ton Inconscient te pousse à avancer. Ton Inconscient t'oblige à entrer dans son champ de vision, à te dresser devant elle.
Ton Inconscient force les Mots à s’arracher de ta bouche.
« Toi… »
Le sifflement qui s’échappe, la plainte que tu reconnais dans ta voix, est terrible. Ton timbre est toujours plus rauque, toujours plus éraillé. Tes poings sont serrés, et sur tes phalanges luit la cicatrice de ce qui fut une douleur intense.
Et ton cœur bat si fort.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Telle une Étincelle
Je me mens. Je sais que j’aimerais le garder, ce foutu effet de surprise. Peu importe la douleur ou la quantité totalement affolante de noms, j’aimerais arriver face à elle et lui sortir d’un coup. Juste pour voir son regard prendre ses petites allures de sourire caché. Et pousser encore plus l’amélioration de ma magie. Toujours plus.
Cette simple idée me donnait la motivation de chercher toute la nuit, bien après le couvre-feu et les interdits. Je devais savoir si la rumeur était vraie. *’p’t’être pas aujourd’hui*. Même si ça allait prendre plusieurs jours, ce n’était pas grave. *J’dois m’grouiller*. Pas grave, ouais, mais le plus vite possible m’arrangerait.
Le temps me manquait tellement.
Je plisse mes yeux pour aligner les lettres le plus vite possible. *Jortin*. Sautant de plateau en plateau brillants et colorés. Après, je passerais à ceux en forme de coupe, là-bas. *Tesso. Vlayin. Leith*. Même si mon dos hurlait de douleur, je devais le faire taire. *Ferme-là*. Il doit juste fermer sa… *Hein ?*.
Merde, je ne suis plus concentrée.
Ma nuque tire sur tous les cordages corporels accrochés à mon bassin. *Concentre-toi !*. Et mes yeux s’écrasent encore une fois contre les noms. *Fula. Baxrendhel. Restfall. Lewdang*. Vide. J’en ai fini avec cette vitrine, alors je lance mon regard sur la prochaine
fille.
Un brusque sursaut incontrôlé me fait reculer d’un pas. « Bordel ! ». Je sens mon talon droit s’écraser par terre. Et j’entends mon cœur reprendre un rythme normal — il s’était arrêté de vivre pendant une fraction de seconde.
Des yeux *foutrement* bleus me fixent, là, écrasés dans l’espace minuscule entre deux vitrines. *Mais !*. Sans même réfléchir, je crache à son bleu : « Mais qu’est-c’tu fous ?! ». Ma bouche est tordue, mes sourcils durement froncés contre mes yeux énervés. *Abrutie !* Elle n’a pas le droit de se cacher comme ça !
La poussée de mon cœur étant calmée, je quitte son *’tellement* bleu pour regarder l’alentour de cette tarée. Elle était noyée au cœur de l’obscurité, le noir lui bouffait la gueule comme une gangrène. Tellement de noir assis sur un bloc de blanc ; tout était tellement blanc sur elle. *’jolie*. Tarée.
— Toi…
*MAIS !*. Tout mon corps vrille vers cette voix, juste derrière moi.
Par réflexe, je dégaine ma baguette et la pointe en face. Là. Elle est juste devant moi.
Sur sa tronche, un bleu comme l’Autre-de-blanc. Ma colère se mélange à de l’agacement, et prend une place bien plus grande dans mon corps. *’s’foutent d’ma gueule ?!*. Je suis en train de rêver ? Je suis dans mon lit ?
— Lumos !
Son bleu se met à briller de mon propre bleu-d’arme. Éclatant.
*Bordel*. Non, je ne rêve pas. Ce truc qui brûle dans ma poitrine est trop réel, et cette fille, là, je ne l’ai jamais vue ; pourquoi mon crâne inventerait des nouvelles gueules ? « Qu’est-c’qui s’passe, ‘bon Dieu ! ». Je m’entends grogner, à deux doigts de faire valdinguer cette doublure-de-la-blancheur.
Cette simple idée me donnait la motivation de chercher toute la nuit, bien après le couvre-feu et les interdits. Je devais savoir si la rumeur était vraie. *’p’t’être pas aujourd’hui*. Même si ça allait prendre plusieurs jours, ce n’était pas grave. *J’dois m’grouiller*. Pas grave, ouais, mais le plus vite possible m’arrangerait.
Le temps me manquait tellement.
Je plisse mes yeux pour aligner les lettres le plus vite possible. *Jortin*. Sautant de plateau en plateau brillants et colorés. Après, je passerais à ceux en forme de coupe, là-bas. *Tesso. Vlayin. Leith*. Même si mon dos hurlait de douleur, je devais le faire taire. *Ferme-là*. Il doit juste fermer sa… *Hein ?*.
Merde, je ne suis plus concentrée.
Ma nuque tire sur tous les cordages corporels accrochés à mon bassin. *Concentre-toi !*. Et mes yeux s’écrasent encore une fois contre les noms. *Fula. Baxrendhel. Restfall. Lewdang*. Vide. J’en ai fini avec cette vitrine, alors je lance mon regard sur la prochaine
fille.
Un brusque sursaut incontrôlé me fait reculer d’un pas. « Bordel ! ». Je sens mon talon droit s’écraser par terre. Et j’entends mon cœur reprendre un rythme normal — il s’était arrêté de vivre pendant une fraction de seconde.
Des yeux *foutrement* bleus me fixent, là, écrasés dans l’espace minuscule entre deux vitrines. *Mais !*. Sans même réfléchir, je crache à son bleu : « Mais qu’est-c’tu fous ?! ». Ma bouche est tordue, mes sourcils durement froncés contre mes yeux énervés. *Abrutie !* Elle n’a pas le droit de se cacher comme ça !
La poussée de mon cœur étant calmée, je quitte son *’tellement* bleu pour regarder l’alentour de cette tarée. Elle était noyée au cœur de l’obscurité, le noir lui bouffait la gueule comme une gangrène. Tellement de noir assis sur un bloc de blanc ; tout était tellement blanc sur elle. *’jolie*. Tarée.
— Toi…
*MAIS !*. Tout mon corps vrille vers cette voix, juste derrière moi.
Par réflexe, je dégaine ma baguette et la pointe en face. Là. Elle est juste devant moi.
Sur sa tronche, un bleu comme l’Autre-de-blanc. Ma colère se mélange à de l’agacement, et prend une place bien plus grande dans mon corps. *’s’foutent d’ma gueule ?!*. Je suis en train de rêver ? Je suis dans mon lit ?
— Lumos !
Son bleu se met à briller de mon propre bleu-d’arme. Éclatant.
*Bordel*. Non, je ne rêve pas. Ce truc qui brûle dans ma poitrine est trop réel, et cette fille, là, je ne l’ai jamais vue ; pourquoi mon crâne inventerait des nouvelles gueules ? « Qu’est-c’qui s’passe, ‘bon Dieu ! ». Je m’entends grogner, à deux doigts de faire valdinguer cette doublure-de-la-blancheur.
« Bienvenue chez Toi »