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18 oct. 2020, 15:43
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Vendredi 24 mars 2045 — dîner
Grande Salle — Poudlard
4ème année



Je l’ai retrouvé complètement par hasard. A vrai dire, j’étais en train de faire du rangement dans le coin m’étant réservé, au dortoir. Le rangement m’aide à ne pas songer à *Elowen*. J’enlève les livres un à un, les tas de parchemins, les plumes abandonnées, les babioles ; je pose tout cela près de moi et je range objet par objet, concentrée pour ne pas penser. Cette fois-là, le jour où j’ai retrouvé le livre de cet idiot de Sifferlen, j’ai même rangé mon étagère deux fois de suite — au cas où mes pensées recommencent à venir m’ennuyer. Il me fallait bien cela pour sortir de ma tête ce que m’a dit la fille au sommet de la tour d’Astronomie.

Je l’avais complètement oublié, ce livre ! Lorsque je me suis souvenu qu’il appartenait au capitaine de l’équipe de Quidditch, j’ai voulu le balancer ou l’abandonner dans la Salle Commune pour que son propriétaire le retrouve. Mais finalement… En voyant le titre de l'ouvrage de Frewd, je n’ai pas pu résister à l’envie de le relire. Il faut dire que mon propre exemplaire se trouve toujours à la Maison, j’ai oublié de le récupérer durant les vacances. Alors quitte à avoir un livre sur les bras, autant m’en servir.

Une semaine pour le lire, le lire et le relire. À mon plus grand désappointement, je me suis rendue compte au bout de plusieurs chapitres que j’avais écrit quelques remarques dans la marge du livre à l’aide d’une plume, comme j’ai l’habitude de le faire avec mes propres ouvrages. Ce qui m’a dérangé, c’est le fait que Sifferlen pourra lire ce que j’ai écrit. Mais je me suis rassurée en me disant que de toute manière, il ne captera rien à mes réflexions trop approfondies pour lui. Lorsque je m’en suis rendue compte, j’ai aussitôt utilisé mon carnet.

Je n’ai pas envie de me retrouver face à ce garçon. Nos précédentes rencontres ne se sont pas fort bien déroulées. Mais lors de nos précédentes rencontres, j’étais presque incapable de parler, contrairement à aujourd’hui. Je me sens bien plus confiante pour faire face à Sifferlen. Mais tout de même… Je crains me retrouver face à lui. Il est étrange, ce gars. Il dit et fait des choses étranges ; comme pleurer devant moi, par exemple. Ou me faire ressentir de la compassion alors qu’il n’y aucune raison pour que je ressente cela pour lui. Je peux le détester, accepter qu’il me dégoûte et me fait pitié, mais pas compatir pour lui, absolument pas. A chaque fois qu’il m’a approché, c’était pour m’emmerder. C’est un emmerdeur. Un emmerdeur que je ne comprends pas, c’est encore pire qu’un Autre. Mais ce livre n’est pas à moi, je me dois de lui rendre. C’est comme les promesses ; il m’a prêté son livre, j’ai accepté qu’il me le prête, je dois donc lui rendre — j’aimerais baffer la Aelle que j’étais en novembre pour avoir accepté de s’enfermer dans cette promesse.

Le repas touche à sa fin. Du coin de l’oeil, je surveille le garçon. Je le surveille depuis quelques jours, à vrai dire, en quête du meilleur moment pour aller le voir. Aucun moment n’est le bon ; à chaque fois, quelque chose ne va pas. Aujourd’hui également, quelque chose ne va pas : la tronche de ce gars. Je ne peux pas me la voir, elle me donne envie de lui balancer son livre de loin et de me barrer en courant. Mais je ne peux pas faire ça. Et puis la Grande Salle est un bon lieu : ici, il ne pourra rien faire et moi non plus. Les professeurs qui dînent là-bas seront nos gardes-fous. Même si moi, je n’ai aucun problème pour me contrôler — non, non, je doute de Sifferlen, pas de moi.

Une fois la salle un peu vidée, je dépose mes couverts, termine mon verre de jus de citrouille et me lève, mon sac sur l’épaule. Je farfouille dans ce dernier pour en ressortir le livre du garçon. Je n’ai nulle envie de m’éterniser.

Mon coeur bat un peu trop fort. Merlin, ce que je peux détester aller vers les Autres. Ils me regardent toujours comme une bête curieuse, me jugent, me jaugent et Sifferlen ne sera certainement pas le dernier à faire tout cela à la fois. Je le sais : je le connais. *Fonce et réfléchis pas !*. Ma tête ordonne, mon corps obéit. J’avance à grands pas et ne m’arrête qu'une fois derrière le garçon. De cette façon, je le domine. C’est très plaisant. J’ignore tous les Autres qui l’entourent, me concentre seulement sur l’éclat rougeoyant de sa chevelure.

Un petit toussotement — je m’éclaircis la gorge pour attirer son attention. Déjà, mon coeur se révolte à l’idée que mes yeux rencontrent les siens. Je dresse le menton, prends une attitude digne, garde le dos droit.

Sifferlen, cette fois-ci tu ne m’humilieras pas.

Je fulmine comme un sale gosse.

5 déc. 2020, 17:18
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Vendredi 24 mars 2045
Petit déjeuner
3ème année

A l'instant même où il avait ouvert les yeux ce matin, Rey avait eu la désagréable impression que cette journée allait être particulièrement pénible. Comme un sixième sens qui se développait spontanément mais ne restait en un corps plus de quelques secondes. Vraisemblablement, il avait eu un pressentiment. Pressentiment qui se mua en certitude lorsqu'après que la Gazette du sorcier ait fait irruption dans la Grande salle, à l'heure comme toujours, une nuée de regards curieux se rivèrent sur des élèves bien précis dont lui, s'accompagnant de chuchotements désagréables. La biscotte beurrée qu'il tenait à la main se figea dans les airs, à l'orée de sa bouche lorsqu'il capta ses regards.

- Ils ont quoi tout à coup ? demanda-t-il à Eliott assis en face de lui tout en reposant sa malheureuse biscotte intacte.

Son meilleur ami n'eut pas le temps de répondre, un poufsouffle à côté d'eux le fit pour lui en tendant au rouquin la Gazette du sorcier dont la Une du jour titrait "L'arme secrète des Moldus capturée. Jusque là, rien ne permettait de faire un lien avec lui. Pour autant qu'il sache, il n'avait rien à voir avec cette affaire. Il prit néanmoins le temps de lire l'article qui, de toute façon, l'intéressait. Après tout, c'était son monde qui était menacé depuis le début de l'année, savoir que le menace s'allégeait était une bonne chose. La première ligne de l'article refroidit néanmoins ses ardeurs. Allons bon, un moldu était une arme à lui tout seul, drôle d'idée. Encore de quoi alimenter les querelles idiotes des élèves. Il continua néanmoins sa lecture jusqu'à la moitié où il se tendit instantanément. Le journal se froissa à l'endroit où sa main, presque un poing à présent, le tenait. Ses yeux parcoururent plusieurs fois les mêmes mots comme si à force de les lire, ils avaient le pouvoir de les changer. En vain. Le nom Kyrill Sifferlen ne s'effaçait pas. Au contraire, il s'imprimait insidieusement au fond de ses rétines. Kyrill Sifferlen était devenu un "héro des temps modernes" pour avoir enlever un moldu. C'était à vomir.

- Goule des temps modernes oui ! s'emporta-t-il en rendant avec un peu trop de vigueur le journal à son propriétaire qui en perdit une partie de son bol de céréales. Ca m'a coupé l'appétit, on se voit plus tard, dit-il à Eliott d'un ton sec avant de se lever et partir sous les grognements du poufsouffle appauvri et les regards inquisiteurs. Un frisson le parcourut et il rentra la tête dans ses épaules. Il avait tout à coup l'impression d'être une bête curieuse et ce sentiment ne lui plaisait pas du tout.

***


Vendredi 24 mars 2045
Dîner

Un nom de famille en commun dans un journal et le tour était joué. En une journée, on lui avait collé mille étiquettes en plus de celles qu'il avait déjà accumulées cette année, des plus insultantes au plus élogieuses en fonction de l'avis politique des élèves, qui étaient bien souvent plus celui de leurs parents, Rey y aurait mis sa main au feu. Si les sobriquets, regards noirs ou chuchotements sur son passage avaient été les actions les plus téméraires des élèves, Rey s'en serait plutôt bien sorti. Malheureusement pour lui, certains n'en étaient pas restés là et étaient venus lui chercher des noises ou tout simplement le déranger en plein cours. Le garçon ne savait pas vraiment lesquels l'avaient énervé le plus. Ceux qui l'avaient agressé sans savoir ce que lui pensait de tout ça ou ceux qui l'avaient félicité pour avoir le même nom qu'un homme qu'il détestait. A la fin de la journée, ne restait de lui qu'une boule de nerfs sur pied. Il espérait que le diner passerait vite pour qu'il puisse se soustraire définitivement aux rumeurs dans les dortoirs.

Concentré sur son assiette tout le long du repas, il ne décrocha pas un mot et fit mine de ne voir et n'entendre personne. Même quand il sentit une présence dans son dos, il ne se retourna pas. Avec un peu de chance, la personne changerait d'avis et s'en irait d'elle-même sans qu'il n'ait à interrompre son repas. Pas la peine de se rajouter ce désagrément, il en avait eu bien assez durant cette longue journée. Quelques uns aujourd'hui avaient fait mine de l'approcher avant de se raviser. Celui-là ferait pareille. Il devait faire pareil. Mais non. Un toussotement dans son dos cherchant très certainement attirer son attention noya ses maigres espoirs. Les doigts du garçon se serrèrent férocement sur la fourchette avant qu'il ne la posa sagement sur le côté de son assiette. Il tourna à demi son visage, juste assez pour avoir une vue sur la personne qui l'interpellait mais pas suffisamment pour lui témoigner un réel intérêt.

Un sourire sarcastique étira ses lèvres en voyant à qui il avait à faire. Aelle Bristyle. Il ne manquait plus qu'elle.

- Quoi ? Toi aussi tu es venu m'insulter ou me jeter un truc à la figure ? Demanda-t-il faussement d'une voix où suaient la lassitude et l'agacement. Ou bien alors tu veux me féliciter peut-être ? Jusqu'à ce que je te dise que je déteste ce fameux "héros des temps moderne" et là, je deviens un traître.

Le blanc qui s'en suivit le fit se retourner un peu plus, juste pour mieux savourer la tête de Bristyle. Mais au lieu de se satisfaire d'avoir couper l'herbe sous le pied de cette sorcière dont l'expérience lui avait appris de s'en méfier, Rey avisa le livre qu'elle tenait à la main. Son livre, à lui. Le livre qu'il lui avait prêté il y avait plusieurs mois de ça déjà. Celui qu'elle venait du coup... lui rendre ? *Nom d'une bouse de dragon...*pensa t-il en se décomposant mentalement.

- Ah ! s'exclama-t-il de manière un peu forcée, se sentant tout à coup très bête. Tu... tu l'as aimé ?" demanda-t-il affreusement gêné en se passant une main dans sa tignasse de feu, veine tentative pour rattraper la situation. Il détourna le regard, trop honteux pour soutenir les prunelles de la poufsouffle.
Dernière modification par Rey Sifferlen le 14 déc. 2020, 00:00, modifié 1 fois.

7 déc. 2020, 18:25
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Sifferlen ne pourra avoir que trois réactions lorsqu’il prendra conscience que je suis derrière lui : m’ignorer, me demander ce que je lui veux ou me rembarrer. Mon raisonnement ne peut pas être démonté et je sais déjà quelle réponse je lui donnerai en fonction de sa réaction : je lui balancerai son livre s’il m’ignore ; je lui balancerai son livre s’il me demande ce que je lui veux ; je lui balancerai son livre après l’avoir insulté s’il me rembarre. L’affaire ne prendra qu’une minute tout au plus et je pourrais m’en aller rapidement.

Évidemment, rien ne se passe comme je l’avais prévu. Je ne m’attendais pas à ce que le garçon m’attaque et me balance tous ces méchants mots à la figure, sur un ton très désagréable qui plus est. Vexée et relativement agacée, je me renferme aussitôt et mon visage ne se fait que plus sombre. Mon regard déjà bien peu amène se fronce et j’affiche une face mécontente. Si j’étais un temps soit peu empathique, j’aurais compris que le garçon est énervé à cause de l’article parut dans le journal ce matin, mais le fait est que je ne suis pas empathique et que je me fous de la façon dont il a bien pu vivre cet événement.

Lorsque je me suis levée dans l’optique de lui rendre son livre, je n’ai à vrai dire pas pensé qu'aller le voir aujourd’hui n’était pas une très bonne idée — je n’ai pensé qu’à moi puisque je suis la seule qui importe. J’ai entendu, comme tout le monde, les rumeurs qui ont couru et qui courent sur Sifferlen — je ne les avais pas comprises, jusqu’à ce qu’Aodren m’attrape après le déjeuner pour me faire lire la Gazette du Sorcier. À chaque fois qu’il se passe un truc intéressant, il m’en fait le résumé. Aujourd’hui, il s’en est donné à coeur joie en agrémentant son discours de quelques commentaires déplacés : « En plus tu connais Sifferlen, toi ! Il est dans ta Maison ! Et puis je sais que tu lui as déjà parlé, alors tu pourrais peut-être… ». Je n’ai jamais su ce que je pourrais peut-être faire puisque je me suis échappée dès que j’ai compris qu’Aodren allait se montrer agaçant. Je ne sais rien de plus de cette histoire que ce que mon frère m’en a dit, et à vrai dire je n’en ai absolument rien à faire que le père, ou l’oncle, ou le frère de Sifferlen soit un héros ou quelque chose dans le même genre. Ce qui est intéressant, par contre, c’est que Sifferlen déteste l’homme dont parle l’article... Bah ! cela n’a aucune sorte d’importance pour moi.

Un rictus me déforme le visage quand Sifferlen se retourne après avoir aperçu le livre dans mes mains. Avec un temps de retard, il a dû comprendre qu’il était en train de dire de la merde et qu'il m’attaquait pour que dalle. Dommage qu’il s’en soit rendu compte trop tard. Son comportement m’a agacé et je n’en éprouve qu’un mépris plus grand pour ce garçon qui n’a décidément rien pour plaire.

« Vas te faire foutre, Sifferlen, rétorqué-je avec hargne. Si t’as envie de te défouler parce qu'une personne que tu détestes récolte tous les lauriers que t’auras jamais, fais-le sur quelqu’un d’autre, pas sur moi. »

Me penchant en avant, je jette le livre sur la table me fichant qu’il atterrisse dans une assiette ou qu’il renverse un verre. Je ramène mon regard brûlant sur le garçon.

« J’l’avais déjà lu, pour info’ ! »

C’est dommage. S’il ne m’avait pas agressé, je suis certaine que j’aurais répondu avec un peu plus de subtilité à sa question — parce qu’évidemment que j’ai aimé ma lecture. Mais comme d’habitude, Rey Sifferlen prend un malin plaisir à tout gâcher.

Je fulmine comme un sale gosse.

15 déc. 2020, 00:26
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Bristyle. Cette tornade d'émotions incapables d'aligner deux mots sereinement quelques mois auparavant en alignait maintenant beaucoup trop à son goût. Et quels mots ! Des conneries plus grosses quelles. Quelle absurdité de croire qu'il était jaloux de ce type et encore plus que le garçon veuille le moindre laurier pour quoi que ce soit. Elle se confondait avec lui. Et puis quoi, enlever un moldu qui allait probablement se faire torturer et tuer valait d'être féliciter ? La poufsouffle était donc de ce bord là. Voilà encore quelque chose qui ne le faisait pas regretter d'avoir abandonner l'idée de se rapprocher d'elle, même pour de fausses bonnes raisons. Ils étaient incompatibles. Il allait cyniquement le lui faire remarquer quand elle commit l'impensable.

- Eeeh, fais gaffe ! s'écria-t'il tandis qu'elle lançait son livre sur la table pleine de grands dangers pour un objet de ce genre.

Il récupéra in-extremis le bouquin avant que ne se renverse sur lui une assiette pleine de sauce qu'il avait déséquilibré dans sa chute. Bristyle n'avait même pas de respect pour l'auteur qu'elle appréciait tant. Cette fille était une honte. Jamais Rey n'aurait pris le risque d'abimer un livre non seulement qu'on lui avait plus ou moins généreusement prêté, mais aussi qu'il appréciait. Parce que oui, elle avait aimé son livre ; qu'elle le dise tel quel ou avec son mépris habituel, ça ne faisait pas un doute. Ce qu'il lui signifia, juste pour le plaisir de l'agacer en répondant à sa place.

- Donc c'est que tu l'as aimé, affirma t-il. En même temps, Frewd est un génie. Dommage que tu ne le respectes pas en balançant ses livres comme ça.

Avait-il envie d'en rajouter davantage ? Pas vraiment. Ce bref échange avec Bristyle lui suffisait amplement. Qui sait ce qu'elle pourrait lui balancer comme vacherie encore s'il poussait plus loin la "discussion". Il aurait pu s'excuser pour l'avoir mal accueilli, mais sa réponse et son geste ne lui en donnait pas du tout envie. Et puis quoi encore ? Il n'avait pas son ego mais il avait quand même un minimum de fierté.

Rey n'en revenait d'ailleurs pas. Bristyle était assez exceptionnelle dans son genre. D'un côté, elle était comme tous les autres avec ses idées toutes faites sur les gens sans les connaître, ces mêmes autres qu'elle semblait mépriser à longueur de temps, et d'un autre, ses idées toutes faites étaient souvent uniques en leur genre. Suffisamment pour qu'il ne retienne que les siennes. De tout ce qu'il avait entendu aujourd'hui, ce fut probablement ces mots à elles qui l'agacèrent le plus. Il le lui aurait bien balancé en pleine figure, ce qu'il pensait d'elle lui aussi. Mais il savait qu'il le regretterait plus tard. Ah ! Au fond, il était tout aussi irrécupérable qu'elle.

- Heureusement que Frewd est plus pragmatique et intelligent que nous deux réunis, marmonna-t-il pour lui même en contemplant la couverture.

Qu'elle l'entende ou pas lui importait peu. Qu'elle reste là ou retourne d'où elle venait aussi. Si elle voulait parler de Frewd, elle le ferait et peut-être qu'il lui accorderait son temps, c'était bien la seule chose dont il accepterait de parler ce soir. Si elle préférait l'insulter autant qu'il l'ignore.

16 déc. 2020, 11:19
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Un rictus moqueur me déforme le visage. À chaque fois que ce garçon l’ouvre, il me prouve un peu plus qu’il ne me connaît pas. Le pire, c’est certainement le fait qu’il cherche à me faire croire le contraire. Il affirme toujours de grandes choses à mon propos. Des mensonges qu’il doit prendre pour la vérité. Aujourd’hui, son mensonge me fait secouer la tête : selon lui, je ne respecte pas Edgar Frewd. Le Frewd qui a été l’un des premiers à me faire comprendre que la Magie est bien plus que ce qu’elle paraît être. Rares sont ceux qui méritent mon respect ; Frewd en fait partie, depuis quasiment toujours. Oh, je ne respecte pas l’homme qu’il est, après tout je ne le connais pas, mais je respecte le Chercheur, je respecte ses textes, ses écrits, ses expériences, ses théories, qu’elles soient farfelues ou non. C’est tout de même incroyable que Sifferlen croit qu’en jetant un simple livre je lui manque de respect. Ferait-il partie de ces incompréhensibles personnes qui pensent que le livre est l’auteur ? Merlin, ce que c’est affligeant.

Je plisse des yeux au murmure du garçon. S’il s’était contenté de m’insulter — ce qu’il fait en me disant moins pragmatique et intelligente que Frewd — je pense que je n’aurais pas pu me contrôler. Sans doute aurais-je attrapé le livre qu’il tient entre ses fichues mains et que je le lui aurais envoyé dans la tronche ; cela aurait été très satisfaisant. Mais il ne se contente pas de m’insulter ; il s’inclut dans le lot. C’est très étonnant qu’il parle d’un nous et qu’il nous mette dans le même panier. Et puis, il a l’air comme accablé. Je ne comprends pas pourquoi il dit ça ni pourquoi il le dit sur ce ton. Encore cette histoire de journal ? Je grimace. Je n’ai aucune envie qu’il se confie à moi ou quoi ce que ce dans le même genre. Déjà, ce serait très étrange qu’il le fasse, mais ce serait aussi très gênant.

J’attends une seconde, puis une deuxième. Il ne rajoute rien de plus. J’en conclus qu’il a terminé, qu’il ne va pas se lamenter et je me sens bien mieux tout à coup. C’est que j’ai des choses à dire, moi, et que je n’aurais pas aimé qu’il m’empêche de le faire en partant dans un discours assommant.

« Bien sûr que je l'ai aimé, » rétorqué-je.

Je me redresse et croise les bras sur ma poitrine. C’est dommage que nous soyons dans la Grande Salle. Si j’avais eu l’intention d’avoir une conversation plus longue avec Sifferlen, je lui aurais ordonné que l’on aille discuter dans le hall. Là, le regard des Autres me perfore. Je dois me faire violence pour ne pas réagir, mais cela ne m’empêche pas de distribuer quelques regards noirs quand je croise une paire d’yeux curieuse.

« Frewd a tout mon respect, avoué finalement sans la moindre honte. Ce livre, c’est pas Frewd. C’est qu’un livre. Et puis t’as mérité que je te le balance de cette manière. » Et s’il n’est pas content, c’est la même chose. « Et puis, Frewd est plus pragmatique et intelligent que toi, c’est vrai. »

Et de moi également, certes. Je ne dépasse pas encore Frewd. Mais si l’intelligence se calculait en fonction de l'immensité de notre savoir, ce qui n’est absolument pas le cas, je le dépasserais très bientôt.

Je fulmine comme un sale gosse.