Pour une poignée de caillasse
Lundi 25 juillet 2050
LONDRES
LONDRES
La musique tonne et gronde dans le salon, fait trembler le meuble sur lequel se trouve le tourne-disque, les fenêtres vibrent quand les cymbales et les tambours s'excitent. Lorsque la guitare entame son solo, le son couvre même le bruit des pieds qui frappent sur le parquet.
Christopher se déhanche au rythme de la musique. Ses chaussettes glissent sur le parquet dans une chorégraphie qui n’a aucun sens. Il sautille pour enfiler son pantalon en cuir, une pièce précieuse et coûteuse qu'il ne sort de son armoire que lorsqu’il a envie que tout soit parfaitement moulé là où il le faut. Torse nu, il se met à siffler quand la guitare atteint les notes les plus aiguës, les yeux levés sur le grand miroir dans lequel son corps se reflète.
« Tchic, tchic, pom ! » chantonne-t-il pour reproduire le son de la batterie, non sans mimer au passage les gestes du musicien.
Christopher plonge les doigts dans un pot de cire qui flotte à côté du miroir. Il s’en badigeonne généreusement le haut du crâne pour donner à ses cheveux la forme voulue, soit un parfait équilibre entre « je suis trop bien coiffé » et « je n’ai pas vu un miroir depuis six semaines ». Après de longues minutes à passer ses doigts dans ses mèches fines, à tirer sur ses cheveux, à les tapoter et les enrouler autour de ses doigts, il s’éloigne pour regarder le résultat final. Son reflet lui renvoie un sourire ravageur.
« Parfait, » conclut Christopher, sa voix à peine discernable par-dessus celle de Jase Whitaker qui chante à tue-tête dans le salon.
Sans cesser de se déhancher, le sorcier s’observe une dernière fois dans le miroir avant d’aller chercher dans son armoire un tee-shirt et une chemise qu’il enfile sans s’arrêter une seule seconde de chanter les paroles du dernier tube du groupe sorcier Unikorn.
Après avoir glissé ses pieds dans une paire de bottes stylisées, Christopher revient devant le miroir qui occupe une place centrale dans son appartement : dans l’entrée, pour pouvoir s’observer en sortant de chez lui mais aussi en rentrant. Avant de quitter son appartement, il vérifie que le col de sa chemise est bien plié, que les pans ouverts retombent bien sur ses hanches. Ses yeux glissent le long de son bras droit recouvert de tatouages. Il a un sourire satisfait. Il aime ce que le reflet lui renvoie. Il lui adresse d’ailleurs un clin d’œil, à ce reflet, avant d’éteindre la musique d’un coup de baguette et de récupérer d’un Accio le colis qui attendait sagement à côté de la porte d’entrée.
La porte claque derrière lui, bientôt suivit du craquement caractéristique d’un transplanage. Et si ce bruit réveille le marmot de l’appartement d’à côté ? Tant pis, il n’avait pas qu’à brailler toute la nuit et réveiller Christopher.
TINWORTH
L’embrun lui apporte l’odeur de l’océan. Les mains sur les hanches, Christopher se dresse au-dessus de l’infinie étendue céruléenne. Il respire à pleins poumons, bercé par le bruit des vagues qui se fracassent contre la falaise en-dessous de lui et par le claquement des pans de sa chemise malmenée par le vent. Le soleil règne en maître au-dessus de Tinworth, la chaleur de l’été a repoussé l’habituel climat nuageux de l’Angleterre et Christopher en est heureux. Il aime quand la lumière se reflète dans les vagues et que la température le pousse à vouloir abandonner baguette et vêtements pour aller plonger dans l’eau. Il jette un regard envieux à la plage en contrebas sur laquelle se devinent des silhouettes allongées sur leur serviette ou barbotant dans l’eau. Mais il n’est pas ici pour passer du bon temps, aussi se détourne-t-il de ce spectacle pour s’enfoncer dans les rues du village sorcier.
Tinworth est un village qui lui est agréable avec ses façades claires, ses balcons et ses balustrades. Mais contrairement aux touristes et habitants qu’il croise sur son chemin, Christopher n’observe ni la belle architecture ni le magnifique paysage de l’océan qu’il laisse dans son dos. Concentré sur son objectif, il remonte la rue principale du village, son colis sous le bras, et ne ralentit que lorsqu’il aperçoit la silhouette familière de son client adossé contre la façade d’un bâtiment. Dès que leurs regards se croisent, ce dernier lui fait un signe de la main auquel Christopher ne répond pas.
C’est bien connu : nous ne sommes jamais mieux cachés qu’à la vue de tous et personne ne pourrait se douter de ce qui les amène réellement ici, tous les deux. Au mieux passeront-ils pour de vieux amis qui s’échangent des souvenirs ou pour d’honnêtes voisins qui se rendent mutuellement service. Mais bien qu’habitué à ces transactions en plein air, Chris n’en demeure pas moins extrêmement prudent. Il n’a pas la moindre envie que le Conseil ou qui que ce soit d’autre vienne mettre son nez dans ses affaires.
C’est pour cela qu’en arrivant près de Lionel et ses cheveux filasses, Lionel qui a un sourire plein de trous et qui parle toujours d’une voix enrouée comme s’il était constamment malade, Christopher le salue d’un grand coup dans l’épaule avant de lui saisir la main dans une poigne assurée. Comme s’ils étaient de vieux amis. Comme s’il ne détestait pas l’esprit étriqué de Lionel et sa profonde, désespérante, affligeante bêtise.
« Lionel, ça fait une éternité, mon vieux !
— Salut, Chris ! fait le sorcier dégingandé qui a tout juste le temps de resserrer ses doigts autour des siens avant que Christopher ne récupère sa main. Bien ou bien ? »
Puisqu’il n’a aucune intention de répondre à cette question d’une idiotie sans nom — mais Lionel n’a jamais été autre chose qu’un idiot doublé d’un mauvais type ; heureusement qu’il a sa bourse pour compenser —, Christopher lui fourre le colis entre les bras en jetant un regard autour de lui.
« Le prix n’a pas changé, indique-t-il en lui offrant un grand sourire pour feindre l’amitié et donner le change devant une petite famille qui passe devant eux à ce moment-là.
— Les prix changent jamais, » bougonne Lionel.
Il fouille dans le revers de la cape crasseuse dans laquelle son corps rachitique se noie.
« Tiens. »
Christopher récupère au vol la bourse qu’il lui lance. Il éprouve une joie sans nom en sentant son poids dans sa main et en entendant les pièces teinter ; une joie vorace qui lui chuchote : j’en veux davantage. Puisque l’on est jamais mieux servi que par soi-même, le sorcier ne se gêne pas pour ouvrir la bourse sous le regard vexé de Lionel. Il compte rapidement les gallions avant d’empocher le tout.
« Le compte est bon, affirme Christopher d’une voix traînante.
— Évidemment, tu croyais quand même pas que…
— À plus, Lionel. Je te recontacte quand j’ai un truc intéressant.
— Euh, oui, avec plaisir et n’oublie pas de…
— Au revoir, Lionel. »
Adossé contre le mur, Christopher croise les jambes et feint d'observer les touristes qui descendent la rue jusqu’à l’océan. Il attend que Lionel se détourne et s’en aille, ce qu’il finit par faire au bout de quelques secondes. Alors seulement Christopher tourne la tête pour le suivre du regard, voulant s’assurer qu’il disparaisse bel et bien, et sans faire d’esclandre s’il vous plaît.
Mais comment ne pas faire d’esclandre quand on est un petit voyou cupide incapable de ne pas loucher sur ce qui brille ? Christopher se redresse en voyant Lionel ralentir au passage d’une femme dont toute la tenue, toute l’allure, tout le maintien hurle : je porte sur moi l’équivalent de la moitié de ton salaire de responsable de bar. Et Lionel a dû en arriver à la même conclusion, tout idiot soit-il, car il la suit du regard quand elle passe près de lui et son sourire se teinte d’idées amorales.
« Ah ! En voilà un cou qui brille bien ! fait-il de sa voix enrouée en s’approchant d’elle. Cinquante pièces pour vot’ collier, là, ça vous tente jolie demoiselle ? »
Foutu crétin ! éructe Christopher en sentant la moutarde lui monter au nez. Pourquoi faut-il que cet idiot se fasse remarquer alors qu’il porte sous le bras une œuvre d’art volée qui leur vaudrait à tous les deux de sérieux ennuis ? Agacé, Christopher s’éloigne subitement de la façade sur laquelle il était appuyé pour tenter de désamorcer la catastrophe qui se profile.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse

Rien ne saurait perturber la journée d’Alice.
Cela arrivait bien trop fréquemment ces dernières semaines. Aujourd’hui, Alice passerait donc la journée qu’elle désirait passer. Et celle ci commencerait avec la visite d’un potentiel futur appartement pour sa nouvelle vie d’étudiante. Sans Aliosus, cette fois, puisqu’il s’agissait d’une initiative personnelle. Si l’appartement était à son goût, Alice en parlerait à son cousin adoré.
Mais puisque l’architecte de ce village avait eu la brillante idée de ne point offrir de vue sur la mer, la visite fut bien vite écourtée.
Comme le fut celle de l’appartement suivant. Alice n’avait aucune intention de se lever chaque matin en faisant des acrobaties pour éviter une poutre. L’architecte de Tinworth était d’une incompétence jamais vue.
Pour autant, Alice ne se laisserait pas décourager. La journée était belle. La température était supportable et le Soleil ne lui avait pas encore laissé de vilaines morsures. Il était parfaitement hors de question de laisser une infime déception assombrir sa journée. Celle ci serait parfaite. Dédiée à elle, et personne d’autre.
Alors, avant de quitter la demeure de cousin Daniel et Bedelia, Alice s’était apprêtée pour que le reflet que lui renvoie le miroir soit à la hauteur de sa personne
Sur un fond de Chopin murmuré par le gramophone, elle avait alors choisi de porter une de ces robes préférées, crée juste pour elle par son couturier. Toute en dentelle brodée et de tulle fin, elle épousait ses formes avec une élégance étudiée, d’un bleu orage, comme disait monsieur Félicien. Un genre de bleu qu’il situe entre ardoise adoucie et ciel d’orage en attente.
Les motif floraux cousus effleuraient le tissu comme une caresse. Le décolleté était juste assez bas pour lui permettre de porter une parure sans être indécent.
Et cette parure, ah… discrète, mais précieuse. Un collier de perles serties d’or pâle, formant un ruban délicat qui soulignait la ligne de sa clavicule. Un cadeau de Thomas pour ses seize-ans.
A sa main, quelques bagues anciennes ayant appartenues à tante Pauline mais qui lui étaient désormais trop douloureuses pour qu’elle puisse les porter. La pauvre femme ne supportait plus le contact de quoi que ce soit tant elle s’était amaigri ses dernières années.
Quant à ses cheveux, Alice les avait laissés libres, sauvages. Sa longue chevelure tombait en vagues fluides sur ses épaules nues, domptée juste ce qu’il fallait pour ne pas sembler négligée. Une boucle plus rebelle que les autres effleuraient sa tempe. Alice avait décidé de la laisser faire à sa guise.
Oui, son reflet dans le miroir lui plaisait. Elle pinça sa robe entre ses doigts pour jouer avec le mouvement du tissu autant que pour s’assurer que ses souliers en cuir glacé se mariait à sa tenue. C’était le cas, bien sûr. Alice ne faisait jamais de fautes vestimentaires. Elle ne pouvait pas se le permettre.
Ses lunettes de soleil aux verres fumés sur le bout de son nez, un sourire subtil aux lèvres, Alice marchait dans les rues de Tinworth. Elle avait envie, très envie de marcher sur le bord de la plage. Écouter le chant de la mer. Laisser les embruns salés embrasser chaque pore de sa peau. Peut-être même se permettrait-elle la folie de retirer ses souliers pour sentir le sable sous ses pieds ?
La réalité se rappela à elle d’une bien cruelle manière.
Alors qu’elle passait à côté d’un badaud dont elle n’accorda pas la moindre attention, ce dernier l’alpagua au sujet de sa jolie parure de perle.
Alice se tourna vers lui, les lèvres entrouvertes, ses sourcils haussés par dessus ses lunettes. Du bout du doigt, elle les abaissa juste assez pour regarder l’homme qui avait eu le culot de s’adresser à elle de la sorte.
Quel affreux personnage.
« Cinquante… pièces ? » répéta Alice avec indignation. Son regard d’argent coula le long de l’homme avant de s’accrocher à nouveau à son visage. A ses affreuses dents, ou du moins ce qui semblaient encore lui rester. Elle recula d’un pas pour mettre de la distance entre eux, sa main glissant jusqu’à sa parure pour la protéger autant des mains que des yeux.
Voilà que ses sourcils haussés se braquèrent avec tant d’indignation que de colère. De quel droit osait-il s’adresser à elle en ces termes affreux ? Pourquoi diable voudrait-il lui acheter son collier de perle ? Qu’en ferait-il ? S’agissait-il d’une manœuvre pitoyable pour entamer la discussion ?
Oh, qu’il aille au diable. Alice n’avait pas que cela à faire. Elle avait une plage à arpenter.
« Gardez vos malheureuses cinquante pièces et offrez vous les services d’un dentiste. »
Et la voilà déjà prête à reprendre son chemin.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Pour une poignée de caillasse
À voir sa tenue et son allure, Christopher s'était persuadé que la jolie demoiselle allait rougir, balbutier et se reculer en jetant des coups d'œil angoissés autour d'elle. Après tout, quand on porte une telle robe et que l'on marche comme elle marche, on donne l'impression à ceux qui nous entourent que nous ne sommes absolument pas armée pour affronter les aléas de la vie — ou l'intervention impromptue d'un petit voyou au sourire lubrique qui a des vues sur notre joli collier. Mais voilà, la jeune femme, parce que oui elle paraît extrêmement jeune, n'a pas sa langue dans sa poche. Lionel recule comme si elle l'avait frappé. Christopher a suffisamment côtoyé Lionel pour savoir qu'il y a certains sujets à ne pas évoquer avec lui. Ses dents en font partie.
Est-ce par curiosité déplacée qu'il ralentit le pas ou à cause du plaisir coupable de voir une personne qui est clairement née avec une cuillère en argent dans la bouche se dépatouiller avec un malfrat de bas étage tel que Lionel ? Quoi qu'il en soit, un sourire moqueur et étonné aux lèvres, Christopher ralentit bel et bien le pas, une main négligemment enfoncée dans sa poche, curieux de voir la réaction de Lionel... Et surtout celle de la femme. Il faut dire que ses yeux ont glissé le long de sa chevelure anormalement blanche et que cette couleur étonnante a allumé une alarme dans sa tête. Mais chaque chose en son temps.
D'abord, surveiller Lionel qui ouvre la bouche et la referme comme si l'intervention de la sorcière lui avait ôté toute capacité mentale. Et c'est certainement le cas. Mais voilà, Lionel n'a pas qu'une bouche, il a également des jambes, et il les utilise pour la suivre quand elle fait mine de s'en aller.
« Eh ma petite dame ! s'exclame-t-il trébuchant sur son propre pied. J'ai plus besoin d'vot' collier qu'un soin pour mes dents. Vous v'lez pas qu'on aille discuter, vous et moi ? »
Quel idiot, songe Christopher en croisant le regard gêné, ou peut-être bien effrayé, d'un petit vieux qui longe une façade pour ne pas avoir à s'approcher de Lionel. Il va rameuter tout le village avec ses conneries. Christopher en a assez vu et tant pis pour son plaisir de voir cette bourgeoise en difficulté. Impossible désormais d'ignorer les regards qui se tournent vers eux. D'autant que lui, il ne voit qu'une seule chose : le colis rectangulaire que l'homme tient encore sous le bras et qu'il aurait dû ramener chez lui avant de parler à qui que ce soit. Christopher n'est pas du genre à voler au secours des jeunes demoiselles, mais deux choses le motivent aujourd'hui à hâter le pas et à avaler les mètres qui le séparaient encore de la scène : la parure blanche qui court dans le dos de la sorcière, d'une part, et la nécessité d'éviter que Lionel attire l'attention sur lui, d'autre part. Alors Christopher intervient et il le fait avec sa nonchalance habituelle.
En quelques pas, il se retrouve sur Lionel ; passant à côté de la femme, il ne lui jette pas le moindre regard. Il se contente de poser sa main à plat sur le torse de son client — non sans grimacer de dégoût parce que sa cape est vraiment crasseuse et qu'il n'a pas envie que quoi que ce soit de Lionel touche ou frôle son précieux pantalon. La main à plat sur sa poitrine, donc, il le repousse sans la moindre difficulté.
« Allez, Lionel, lance-t-il d'une voix légère, tu vas la laisser tranquille, elle n'est pas intéressée par ton offre.
— Mais Chris, t'as pas vu les pierres qu'elle a aut...
— Dégage, Lionel. »
Son regard s'enfonce dans celui de son client, il n'a pas besoin d'être menaçant pour donner l'impression qu'il l'est réellement. Christopher est bien des choses, mais il n'est certainement pas un beau-parleur et quand il dit quelque chose il s'attend à ce qu'on l'écoute et à ce qu'on lui obéisse. Peut-être est-ce cela que Lionel voit dans son regard. Ou peut-être agit-il seulement avec lâcheté. Quoi qu'il en soit, il se met à reculer en marmonnant dans sa barbe inexistante, le regard fuyant. Oui, se dit Christopher, un lâche doublé d'un misérable.
« Bon, bon, fait Lionel en jetant par-dessus l'épaule de Chris un regard envieux vers la jeune femme. Mais quand même, tu ne crois pas q...
— Au revoir, Lionel, articule Christopher d'une voix forte.
— Oui, oui, mais...
— Au revoir, Lionel. »
Il ne le répétera pas trois fois. Au bout de trois, ce serait se laisser insulter. Et Christopher n'aime vraiment pas se faire insulter. Ça, Lionel le voit parfaitement dans son regard. Aussi abandonne-t-il sa quête vaine et s'éloigne-t-il en ronchonnant. Il remonte la rue non sans jeter des regards dans son dos pour s'assurer que Christopher ne le suive pas — parce qu'il en serait capable, il a déjà levé la main sur Lionel une ou deux fois. Pour lui remettre les idées en place, c'est tout. Certaines personnes ont besoin qu'on leur remette les idées en place.
Maintenant que l'élément perturbateur est parti, Christopher se sent beaucoup moins sur le qui-vive. Tout va bien, Lionel s'est tiré et l'œuvre d'art également. Plus rien ne peut l'incriminer. Il se sent beaucoup, beaucoup plus léger. Et c'est pour cela qu'il se tourne vers la jeune fille. Son regard la scanne dans son entièreté. Du haut vers le bas puis du bas vers le haut. Un sourcil moqueur se soulève sur son front. Une phrase toute indiquée apparaît dans son esprit. Sonnera-t-elle comme insultante ? Peut-être. Est-ce le but souhaité ? Peut-être.
« Vous faites tâche dans un village comme celui-ci habillée comme... Ça. »
Typiquement le genre de tenue qu'aurait pu mettre Annabelle. Très joli, au demeurant, même si la dentelle et la tulle ce n'est pas exactement les matières que préfère Christopher. Elle est bien habillée, ça oui. Guère étonnant, venant d'une Sangblanc.
Est-ce par curiosité déplacée qu'il ralentit le pas ou à cause du plaisir coupable de voir une personne qui est clairement née avec une cuillère en argent dans la bouche se dépatouiller avec un malfrat de bas étage tel que Lionel ? Quoi qu'il en soit, un sourire moqueur et étonné aux lèvres, Christopher ralentit bel et bien le pas, une main négligemment enfoncée dans sa poche, curieux de voir la réaction de Lionel... Et surtout celle de la femme. Il faut dire que ses yeux ont glissé le long de sa chevelure anormalement blanche et que cette couleur étonnante a allumé une alarme dans sa tête. Mais chaque chose en son temps.
D'abord, surveiller Lionel qui ouvre la bouche et la referme comme si l'intervention de la sorcière lui avait ôté toute capacité mentale. Et c'est certainement le cas. Mais voilà, Lionel n'a pas qu'une bouche, il a également des jambes, et il les utilise pour la suivre quand elle fait mine de s'en aller.
« Eh ma petite dame ! s'exclame-t-il trébuchant sur son propre pied. J'ai plus besoin d'vot' collier qu'un soin pour mes dents. Vous v'lez pas qu'on aille discuter, vous et moi ? »
Quel idiot, songe Christopher en croisant le regard gêné, ou peut-être bien effrayé, d'un petit vieux qui longe une façade pour ne pas avoir à s'approcher de Lionel. Il va rameuter tout le village avec ses conneries. Christopher en a assez vu et tant pis pour son plaisir de voir cette bourgeoise en difficulté. Impossible désormais d'ignorer les regards qui se tournent vers eux. D'autant que lui, il ne voit qu'une seule chose : le colis rectangulaire que l'homme tient encore sous le bras et qu'il aurait dû ramener chez lui avant de parler à qui que ce soit. Christopher n'est pas du genre à voler au secours des jeunes demoiselles, mais deux choses le motivent aujourd'hui à hâter le pas et à avaler les mètres qui le séparaient encore de la scène : la parure blanche qui court dans le dos de la sorcière, d'une part, et la nécessité d'éviter que Lionel attire l'attention sur lui, d'autre part. Alors Christopher intervient et il le fait avec sa nonchalance habituelle.
En quelques pas, il se retrouve sur Lionel ; passant à côté de la femme, il ne lui jette pas le moindre regard. Il se contente de poser sa main à plat sur le torse de son client — non sans grimacer de dégoût parce que sa cape est vraiment crasseuse et qu'il n'a pas envie que quoi que ce soit de Lionel touche ou frôle son précieux pantalon. La main à plat sur sa poitrine, donc, il le repousse sans la moindre difficulté.
« Allez, Lionel, lance-t-il d'une voix légère, tu vas la laisser tranquille, elle n'est pas intéressée par ton offre.
— Mais Chris, t'as pas vu les pierres qu'elle a aut...
— Dégage, Lionel. »
Son regard s'enfonce dans celui de son client, il n'a pas besoin d'être menaçant pour donner l'impression qu'il l'est réellement. Christopher est bien des choses, mais il n'est certainement pas un beau-parleur et quand il dit quelque chose il s'attend à ce qu'on l'écoute et à ce qu'on lui obéisse. Peut-être est-ce cela que Lionel voit dans son regard. Ou peut-être agit-il seulement avec lâcheté. Quoi qu'il en soit, il se met à reculer en marmonnant dans sa barbe inexistante, le regard fuyant. Oui, se dit Christopher, un lâche doublé d'un misérable.
« Bon, bon, fait Lionel en jetant par-dessus l'épaule de Chris un regard envieux vers la jeune femme. Mais quand même, tu ne crois pas q...
— Au revoir, Lionel, articule Christopher d'une voix forte.
— Oui, oui, mais...
— Au revoir, Lionel. »
Il ne le répétera pas trois fois. Au bout de trois, ce serait se laisser insulter. Et Christopher n'aime vraiment pas se faire insulter. Ça, Lionel le voit parfaitement dans son regard. Aussi abandonne-t-il sa quête vaine et s'éloigne-t-il en ronchonnant. Il remonte la rue non sans jeter des regards dans son dos pour s'assurer que Christopher ne le suive pas — parce qu'il en serait capable, il a déjà levé la main sur Lionel une ou deux fois. Pour lui remettre les idées en place, c'est tout. Certaines personnes ont besoin qu'on leur remette les idées en place.
Maintenant que l'élément perturbateur est parti, Christopher se sent beaucoup moins sur le qui-vive. Tout va bien, Lionel s'est tiré et l'œuvre d'art également. Plus rien ne peut l'incriminer. Il se sent beaucoup, beaucoup plus léger. Et c'est pour cela qu'il se tourne vers la jeune fille. Son regard la scanne dans son entièreté. Du haut vers le bas puis du bas vers le haut. Un sourcil moqueur se soulève sur son front. Une phrase toute indiquée apparaît dans son esprit. Sonnera-t-elle comme insultante ? Peut-être. Est-ce le but souhaité ? Peut-être.
« Vous faites tâche dans un village comme celui-ci habillée comme... Ça. »
Typiquement le genre de tenue qu'aurait pu mettre Annabelle. Très joli, au demeurant, même si la dentelle et la tulle ce n'est pas exactement les matières que préfère Christopher. Elle est bien habillée, ça oui. Guère étonnant, venant d'une Sangblanc.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
Et dire que certains s’étonnaient encore du caractère versatile d’Alice. Qu’ils viennent. Qu’ils viennent marcher avec elle. Qu’ils soient là, du matin au soir et constatent que si Alice passait de la joie à la colère, ce n’était pas de son fait.
A un moment ou un autre, tout, absolument tout se mettrait en place pour gâcher sa journée. Une averse lorsque ses boucles étaient dociles, un coup de vent le jour où elle décidait de porter une robe a volant, ou bien un malappris édenté dès qu’elle consentait à porter des bijoux.
Alors oui. Oui, Alice était versatile, mais ce n’était point de sa faute.
Et voilà qu’il continuait à l’approcher ! N’avait-elle pas été assez explicite ? Devait-elle en plus s’abaisser à devenir grossière ? Sortir sa baguette et le menacer de déchausser les dents qu’il lui restait ?
Alice s’apprêtait à se tourner à nouveau pour corriger le malotru lorsqu’un homme prit les devants. Alice le suivit du regard, ses deux sourcils haussés de surprise. Une main sur le torse de celui qui répondait au doux de Lionel - comme son arrière-grand-père paternel, quelle horrible homonyme - il le repoussait sans ménagement.
Ils se connaissaient, tout les deux. Un Lionel, et un Chris. Ah, encore un homonyme, et celui ci bien moins agréable aux oreilles d’Alice puisqu’il s’agissait du surnom de son premier et dernier petit ami. Le même qui avait embrassé une autre devant toute l’école réunie. Qui que soit ce Chris ci, Alice ne l’aimerait point, quand bien même il agissait aujourd’hui comme un chevalier en armure de cuir.
Alice n’avait nullement besoin d’un chevalier. Cette intervention la contrariait fortement. Fort heureusement, elle tirait une grande satisfaction de voir ce Lionel ainsi remis à sa place.
Menton dressé, sourcils froncés et doigt sur sa jolie parure de perles, Alice observait l’échange comme on contemple un feu mourir. Elle n’aurait plus à supporter l’édenté, puisque ce cher monsieur venait de lui faire comprendre qu’il était temps de partir. Et c’est ce qu’il fit, son colis sous le bras.
Quel curieux duo.
L’homme en cuir - qui diable portait du cuir en plein mois de Juillet - se tourna enfin vers elle, et le visage d’Alice se défroissa. Un peu. Juste un peu, car voila qu’il la dévisageait des pieds à la tête. Alice espérait que ce regard etait contemplatif, et qu’il ne le serait que pour sa jolie robe de créateur.
Et voilà que finalement, il osait lui dire qu’elle faisait tâche, habillé comme ça.
S’étaient-ils lever ce matin avec pour projet de lui gâcher l’entièreté de sa journée ?
De la même manière que lui, Alice laissa couler son regard sur l’homme, jusqu’à s’arrêter quelques secondes sur son pantalon. Elle leva juste les yeux par dessus ses lunettes glissées sur le bout de son nez blanc.
« Et vous, vous portez un pantalon en cuir, en… Été.»
Il était parfaitement hors de question de laisser un tatoué en cuir et en arrogance lui dire qu’elle faisait tâche.
A un moment ou un autre, tout, absolument tout se mettrait en place pour gâcher sa journée. Une averse lorsque ses boucles étaient dociles, un coup de vent le jour où elle décidait de porter une robe a volant, ou bien un malappris édenté dès qu’elle consentait à porter des bijoux.
Alors oui. Oui, Alice était versatile, mais ce n’était point de sa faute.
Et voilà qu’il continuait à l’approcher ! N’avait-elle pas été assez explicite ? Devait-elle en plus s’abaisser à devenir grossière ? Sortir sa baguette et le menacer de déchausser les dents qu’il lui restait ?
Alice s’apprêtait à se tourner à nouveau pour corriger le malotru lorsqu’un homme prit les devants. Alice le suivit du regard, ses deux sourcils haussés de surprise. Une main sur le torse de celui qui répondait au doux de Lionel - comme son arrière-grand-père paternel, quelle horrible homonyme - il le repoussait sans ménagement.
Ils se connaissaient, tout les deux. Un Lionel, et un Chris. Ah, encore un homonyme, et celui ci bien moins agréable aux oreilles d’Alice puisqu’il s’agissait du surnom de son premier et dernier petit ami. Le même qui avait embrassé une autre devant toute l’école réunie. Qui que soit ce Chris ci, Alice ne l’aimerait point, quand bien même il agissait aujourd’hui comme un chevalier en armure de cuir.
Alice n’avait nullement besoin d’un chevalier. Cette intervention la contrariait fortement. Fort heureusement, elle tirait une grande satisfaction de voir ce Lionel ainsi remis à sa place.
Menton dressé, sourcils froncés et doigt sur sa jolie parure de perles, Alice observait l’échange comme on contemple un feu mourir. Elle n’aurait plus à supporter l’édenté, puisque ce cher monsieur venait de lui faire comprendre qu’il était temps de partir. Et c’est ce qu’il fit, son colis sous le bras.
Quel curieux duo.
L’homme en cuir - qui diable portait du cuir en plein mois de Juillet - se tourna enfin vers elle, et le visage d’Alice se défroissa. Un peu. Juste un peu, car voila qu’il la dévisageait des pieds à la tête. Alice espérait que ce regard etait contemplatif, et qu’il ne le serait que pour sa jolie robe de créateur.
Et voilà que finalement, il osait lui dire qu’elle faisait tâche, habillé comme ça.
S’étaient-ils lever ce matin avec pour projet de lui gâcher l’entièreté de sa journée ?
De la même manière que lui, Alice laissa couler son regard sur l’homme, jusqu’à s’arrêter quelques secondes sur son pantalon. Elle leva juste les yeux par dessus ses lunettes glissées sur le bout de son nez blanc.
« Et vous, vous portez un pantalon en cuir, en… Été.»
Il était parfaitement hors de question de laisser un tatoué en cuir et en arrogance lui dire qu’elle faisait tâche.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Pour une poignée de caillasse
Maintenant que Lionel est parti, la rue a retrouvé son calme. Bien que concentré sur la sorcière qui lui fait face, Christopher se permet de scanner les environs du regard pour s'assurer que personne ne fait attention à lui plus que nécessaire. Il y a un bien ce petit vieux qui les observe sans avoir l'air de le faire à quelques mètres de là, mais il a plus l'air du pauvre passant qui profite du grabuge pour faire une pause sur le chemin de sa balade quotidienne vers l'océan que d'un curieux qui aurait compris quel grand secret cache Christopher. Les autres passants ont poursuivit leur chemin et ne restent désormais autour d'eux que des touristes qui n'ont rien vu de la scène s'étant produite un peu plus tôt.
Soulagé, Christopher peut donc observer à loisir la victime de l'avidité de Lionel. Une Sangblanc, donc. C'est évident, avec une chevelure pareille et une peau aussi blanche — c'est presque dérangeant, une telle blancheur. Tellement inhabituel que c'est étrange. Même s'il présente un visage tout à fait moqueur, ses yeux plissés avec malice, Christopher n'en est pas moins alerte : impossible de ne pas l'être quand son chemin croise celui d'une personne dont le nom a défrayé la chronique il y a quelques années et qui fait encore parler de lui de temps à autres, dans les bons cercles — entendre par là les cercles dont Christopher reste éloigné, tant que cela est possible.
Son joli nez ne se fronce pas et elle ne détourne pas la tête d'un air offusqué en faisant voler ses cheveux par dessus son épaule. Dommage, se dit Christopher qui aurait bien aimé assister au spectacle d'une petite bourgeoise hors d'elle. Parfois, il fait exprès de faire sortir Annabelle de ses gonds, parce que voir s'énerver en public une femme qui est toujours bien apprêtée et qui n'a jamais un geste ou un mot plus haut que l'autre est particulièrement jouissif. De temps en temps, il essaie également avec sa mère, mais celle-ci est bien trop rodée dans l'exercice du paraître pour qu'il obtienne un quelconque résultat. Il suffit de voir cette Sangblanc-là pour savoir qu'elle ne s'offusquera pas à la première bravade. Mais ce n'est pas grave, Christopher a tout le temps du monde, aujourd'hui : il est en congé.
Pas de nez qui se froisse, donc, mais un regard qui dévale tout son corps à lui. Christopher se redresse légèrement, un sourire en coin ; quelle regarde donc ! Il a même choisi le pantalon parfait pour qu'elle puisse observer à loisir tout ce qu'elle a envie d'observer. Il attend patiemment qu'elle y aille de son petit commentaire. Quand elle le regarde par-dessus ses lunettes qui cachent la couleur de ses yeux, ce geste est si bien maîtrisé qu'il se persuade qu'elle s'entraîne tous les matins devant sa glace pour pouvoir reproduire à la perfection cette façon de faire passer tout son jugement à travers une seule mimique. C'est parfaitement réussi. Mais les gens comme elles réussissent souvent ce genre de choses et cela ne signifie absolument rien, aussi Christopher ne sent-il pas visé par son jugement.
Ses pensées insolentes éclatent quand elle le gourmande d'une réplique qui lui fait ouvrir grand les yeux. Et qu'y a-t-il de répréhensible dans le fait de porter un pantalon en cuir en plein été ? Il abandonne toute velléité de la faire sortir de ses gonds, son attention désormais entièrement rassemblée sur son vêtement préféré de toute sa garde-robe — qui est tellement fournie qu'il a dû faire subir à son armoire un sortilège d'extension récemment. Les bras écartés autour de son corps, Christopher ne cache rien de son étonnement, pour ne pas dire de son choc.
« C'est une pièce d'Edgard Gomba ! » se révolte-t-il d'une voix trop aiguë. Il baisse les yeux sur ses jambes, bien moulées dans un tissu qui n'est décidément pas apprécié à sa juste valeur. « Évidemment que je le porte en été ! Ce serait un crime d'attendre l'hiver pour le sortir du placard ! »
La matière aurait pu rendre la chaleur insupportable, c'est vrai, et c'est vrai aussi que Christopher ne porterait pas ce pantalon s'il devait passer ses vacances dans le sud de la France. Mais dans le sud de l'Angleterre ? La température est tout à fait acceptable et si elle se demande s'il transpire sous ce cuir d'une excellente qualité (il espère tout de même qu'elle ne se pose pas la question), il pourrait lui assurer que non, absolument pas, ni transpiration ni jambes qui gonflent !
Soulagé, Christopher peut donc observer à loisir la victime de l'avidité de Lionel. Une Sangblanc, donc. C'est évident, avec une chevelure pareille et une peau aussi blanche — c'est presque dérangeant, une telle blancheur. Tellement inhabituel que c'est étrange. Même s'il présente un visage tout à fait moqueur, ses yeux plissés avec malice, Christopher n'en est pas moins alerte : impossible de ne pas l'être quand son chemin croise celui d'une personne dont le nom a défrayé la chronique il y a quelques années et qui fait encore parler de lui de temps à autres, dans les bons cercles — entendre par là les cercles dont Christopher reste éloigné, tant que cela est possible.
Son joli nez ne se fronce pas et elle ne détourne pas la tête d'un air offusqué en faisant voler ses cheveux par dessus son épaule. Dommage, se dit Christopher qui aurait bien aimé assister au spectacle d'une petite bourgeoise hors d'elle. Parfois, il fait exprès de faire sortir Annabelle de ses gonds, parce que voir s'énerver en public une femme qui est toujours bien apprêtée et qui n'a jamais un geste ou un mot plus haut que l'autre est particulièrement jouissif. De temps en temps, il essaie également avec sa mère, mais celle-ci est bien trop rodée dans l'exercice du paraître pour qu'il obtienne un quelconque résultat. Il suffit de voir cette Sangblanc-là pour savoir qu'elle ne s'offusquera pas à la première bravade. Mais ce n'est pas grave, Christopher a tout le temps du monde, aujourd'hui : il est en congé.
Pas de nez qui se froisse, donc, mais un regard qui dévale tout son corps à lui. Christopher se redresse légèrement, un sourire en coin ; quelle regarde donc ! Il a même choisi le pantalon parfait pour qu'elle puisse observer à loisir tout ce qu'elle a envie d'observer. Il attend patiemment qu'elle y aille de son petit commentaire. Quand elle le regarde par-dessus ses lunettes qui cachent la couleur de ses yeux, ce geste est si bien maîtrisé qu'il se persuade qu'elle s'entraîne tous les matins devant sa glace pour pouvoir reproduire à la perfection cette façon de faire passer tout son jugement à travers une seule mimique. C'est parfaitement réussi. Mais les gens comme elles réussissent souvent ce genre de choses et cela ne signifie absolument rien, aussi Christopher ne sent-il pas visé par son jugement.
Ses pensées insolentes éclatent quand elle le gourmande d'une réplique qui lui fait ouvrir grand les yeux. Et qu'y a-t-il de répréhensible dans le fait de porter un pantalon en cuir en plein été ? Il abandonne toute velléité de la faire sortir de ses gonds, son attention désormais entièrement rassemblée sur son vêtement préféré de toute sa garde-robe — qui est tellement fournie qu'il a dû faire subir à son armoire un sortilège d'extension récemment. Les bras écartés autour de son corps, Christopher ne cache rien de son étonnement, pour ne pas dire de son choc.
« C'est une pièce d'Edgard Gomba ! » se révolte-t-il d'une voix trop aiguë. Il baisse les yeux sur ses jambes, bien moulées dans un tissu qui n'est décidément pas apprécié à sa juste valeur. « Évidemment que je le porte en été ! Ce serait un crime d'attendre l'hiver pour le sortir du placard ! »
La matière aurait pu rendre la chaleur insupportable, c'est vrai, et c'est vrai aussi que Christopher ne porterait pas ce pantalon s'il devait passer ses vacances dans le sud de la France. Mais dans le sud de l'Angleterre ? La température est tout à fait acceptable et si elle se demande s'il transpire sous ce cuir d'une excellente qualité (il espère tout de même qu'elle ne se pose pas la question), il pourrait lui assurer que non, absolument pas, ni transpiration ni jambes qui gonflent !
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
Avec l’assurance de celle qui sait ce que ses mots provoquaient, Alice croisa les bras pour contempler ce Chris justifier son choix vestimentaire. Quoi que, le terme justifier n’était peut-être pas le plus adapté. Non. Il l’expliquait. Il le glorifiait, invoquant le nom d’un obscur créateur qui, c’était évident, serait scandalisé de savoir que l’une de ses pièces était portée en Été, et subissait les exsudations d’un client trop fier d’exposer ses richesses textiles.
Sans parler de la déformation de la matière en cas de gonflement des jambes.
« C’est une belle pièce, j’en conviens », admit finalement Alice, sa tête se penchant sur le côté pour admirer les coutures. Elle même portait du cuir, parfois… mais pas en Été. Sauf pour voler, puisque sa tenue de vol était intégralement conçu en cuir. Cependant, cela n’avait rien à voir avec un choix vestimentaire : c’était un gage de sécurité.
Le regard d’Alice poursuivit son chemin et remonta le long du bras de l’homme, là où l’encre décorait sa peau, jusqu’à disparaître sous sa chemise. Elle n’en comprenait pas le sens, mais se permit tout de même de l’observer. Quelques secondes. Pas assez pour être impolie.
Et, finalement, elle regarda à nouveau l’homme.
Cet homme qui avait appelé l’autre malandrin par son prénom.
Le souvenir des mots qu’il avait eu pour elle et son collier l’agacèrent presque aussitôt, si bien qu’elle se sentit toucher à nouveau ses jolies perles. Peut-être s’agissait-il d’un piège ? Que l’autre, ce… Lionel s’était faufilé dans son dos pour commettre son larcin à présent qu’Alice était occupée à…
A quoi, au juste ?
A parler dentelle et cuir avec un parfait inconnu dans la rue d’un village côtier ? Cela n’avait pas le moindre sens.
« Si vous désirez porter du cuir en été sans avoir des allures de … rockeur égaré, je vous conseille de vous adresser aux couturiers français, monsieur. J’ignore qui est cet Edgard Gomba, mais je peux vous affirmer qu’il serait attristé de savoir que vous abîmer sa création. Personne ne vous a prévenu que le cuir se dessèche au contact du Soleil et de la chaleur ? Sans parler de vous pavaner avec en bord de Mer ! » Alice haussa gravement les sourcils. Elle n’avait pas prit ce point en compte, il lui était soudain évident. « Lorsque vous achetez une pièce de créateur, il ne vous vient pas à l’esprit de vous informer sur la matière que vous allez porter ? Non, bien sûr. Je suis persuadée que vous ne pensez qu’à l’allure que vous renverra votre miroir, n’est-ce pas ? Oh, Grands Ancêtres… » Elle soupira, ses bras se dépliant à nouveau le long de son corps. D’un geste las, mais toujours élégant, Alice désigna le pantalon. « J’ose espérer que vous savez qu’il faut le nourrir, votre cuir. »
Circée… la voilà rendue à devoir parler de l’entretien d’un pantalon de cuir avec un parfait inconnu.
Sans parler de la déformation de la matière en cas de gonflement des jambes.
« C’est une belle pièce, j’en conviens », admit finalement Alice, sa tête se penchant sur le côté pour admirer les coutures. Elle même portait du cuir, parfois… mais pas en Été. Sauf pour voler, puisque sa tenue de vol était intégralement conçu en cuir. Cependant, cela n’avait rien à voir avec un choix vestimentaire : c’était un gage de sécurité.
Le regard d’Alice poursuivit son chemin et remonta le long du bras de l’homme, là où l’encre décorait sa peau, jusqu’à disparaître sous sa chemise. Elle n’en comprenait pas le sens, mais se permit tout de même de l’observer. Quelques secondes. Pas assez pour être impolie.
Et, finalement, elle regarda à nouveau l’homme.
Cet homme qui avait appelé l’autre malandrin par son prénom.
Le souvenir des mots qu’il avait eu pour elle et son collier l’agacèrent presque aussitôt, si bien qu’elle se sentit toucher à nouveau ses jolies perles. Peut-être s’agissait-il d’un piège ? Que l’autre, ce… Lionel s’était faufilé dans son dos pour commettre son larcin à présent qu’Alice était occupée à…
A quoi, au juste ?
A parler dentelle et cuir avec un parfait inconnu dans la rue d’un village côtier ? Cela n’avait pas le moindre sens.
« Si vous désirez porter du cuir en été sans avoir des allures de … rockeur égaré, je vous conseille de vous adresser aux couturiers français, monsieur. J’ignore qui est cet Edgard Gomba, mais je peux vous affirmer qu’il serait attristé de savoir que vous abîmer sa création. Personne ne vous a prévenu que le cuir se dessèche au contact du Soleil et de la chaleur ? Sans parler de vous pavaner avec en bord de Mer ! » Alice haussa gravement les sourcils. Elle n’avait pas prit ce point en compte, il lui était soudain évident. « Lorsque vous achetez une pièce de créateur, il ne vous vient pas à l’esprit de vous informer sur la matière que vous allez porter ? Non, bien sûr. Je suis persuadée que vous ne pensez qu’à l’allure que vous renverra votre miroir, n’est-ce pas ? Oh, Grands Ancêtres… » Elle soupira, ses bras se dépliant à nouveau le long de son corps. D’un geste las, mais toujours élégant, Alice désigna le pantalon. « J’ose espérer que vous savez qu’il faut le nourrir, votre cuir. »
Circée… la voilà rendue à devoir parler de l’entretien d’un pantalon de cuir avec un parfait inconnu.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Pour une poignée de caillasse
Le sourire de Christopher s'étire et il est satisfait : c'est une très belle pièce, même, et il est ravi que la jeune femme en convienne après avoir fait preuve d'un tel jugement. Peut-être ira-t-elle de son petit compliment, désormais, et qu'elle s'extasiera devant le nom du créateur qu'il a cité. Une sorcière si bien apprêtée et provenant d'une famille aussi riche, qui ne doit jamais faire toucher sa si précieuse peau par autre chose que des tissus de qualité et extrêmement onéreux, elle doit certainement connaître Edgard Gomba, c'est évident. Il a toute une ligne de vêtements féminins qui ressemblent à ce qu'elle porte là, de la dentelle en veux-tu en voilà et autres froufrous dont sont friandes les femmes comme celle-là.
Les yeux de Christopher suivent la course des siens, aussi la voit-il observer son pantalon, puis son bras tatoué, sans qu'elle ne se concentre outrageusement dessus — elle est bien éduquée, comprenez-vous. Il laisse faire sans chercher à se mettre en avant, mais il se redresse inconsciemment comme pour lui laisser l'occasion d'en regarder davantage. Ce ne serait pas la dernière à lancer quelques coups d'œil effarés à ses nombreux tatouages. Les gens effarés par Christopher pullulent dans les cercles de la haute. Christopher adore jouer avec ces gens-là. Est-ce pour cela qu'il choisit souvent des vêtements qui dévoilent ses tatouages quand il doit se rendre à l'un de ces dîners mondains qu'il exècre mais qu'adore la famille Hangoover ? Peut-être bien.
Allons donc, les compliments ! Les excuses d'avoir traîné dans la boue une aussi belle pièce ! Christopher les attend sincèrement, aussi est-il profondément affligé et quelque peu déstabilisé lorsque la jeune bourgeoise reprend la parole sans la moindre intention ni de lui présenter des excuses, ni de lui faire des compliments. Et elle ne connait même pas Edgard Gomba ! Mais où se vêtit-elle donc, cette fille-là ? Christopher ravale son sourire, une moue lui étire les lèvres vers le bas. Les couturiers français, voilà ce qu'elle lui propose ? Pour garder la face, le sorcier coince machinalement le pouce dans la poche de son pantalon — même s'il l'avait voulu, il aurait difficilement pu y rentrer autre chose qu'un doigt tant le tissu est serré, mais ceci il ne l'avouerait pour rien au monde.
Et elle parle, elle parle, elle critique et le visage de Christopher se transforme en une belle grimace outrée qu'il ne cherche pas à cacher. Sa bouche exprime son désaccord, ses yeux s'arrondissent et il entrecoupe le discours de la jeune femme par des « que... ! » et autre « tss ! », mais il est encore trop poli pour véritablement lui couper la parole. Et puis elle parle de son miroir et de la relation très intime que Christopher a avec ce dernier ; elle en parle d'une telle façon que cela lui fait comprendre qu'elle pense que c'est inconvenant d'acheter une pièce de créateur seulement pour avoir belle allure.
« Mais vous me prenez pour qui ? réplique Christopher quand elle lui laisse l'occasion de le faire en prenant soin de croiser les bras sur son torse et de carrer les épaules. Parce que je porte du cuir en été, vous me pensez assez idiot pour ne pas savoir prendre soin d'une matière aussi sensible ? Et vous croyez quoi, que je balance mon pantalon dans un coin de pièce en rentrant chez moi, que je laisse le sel le ronger et la chaleur le dessécher ? »
Christopher fait un ample geste dramatique du bras pour appuyer son propos. Si le ton monte et que sa voix part de nouveau légèrement dans les aigus, c'est parce que Christopher prend particulièrement soin de ses vêtements, surtout des pièces les plus précieuses qu'il a en sa possession. Et aussi parce qu'il ne supporte pas que cette jeune femme porte un jugement simplement à cause de son apparence. Alors certes, il apprécie à sa juste valeur d'être qualifié de rockeur égaré, même si elle ne l'a pas dit pour le complimenter, mais qu'elle le croit incapable seulement parce qu'il n'a pas des manières aussi guindées qu'elle l'agace particulièrement. Christopher est absolument certain qu'elle le juge ainsi parce que cette Sangblanc tient en très haute estime son propre rang... Et donc qu'elle méprise le sien.
« Évidemment, madame qui porte de la dentelle et de la tulle a une idée bien plus précise que moi de la façon dont il faut s'occuper de son pantalon en cuir. »
Il ponctue sa phrase d'un geste de la main qui englobe la tenue entière de la jeune femme.
« Alors allez-y, l'encourage-t-il en faisant un pas insolent vers elle. Allez-y, dites-moi comment nourrir mon cuir. Un rockeur égaré comme moi, ça a sans nul doute besoin des précieux conseils d'une dame aussi bien apprêtée que vous. »
Et si sa voix a emprunté des nuances arrondies à l'accent précieux qu'on prête à la bourgeoisie, c'est sans doute parce que Christopher n'a pas la colère méchante, mais plutôt insolente et narquoise. Aussi préfère-t-il se moquer de ce qui l'agace que d'y crier dessus. Sur ce, il adresse un sourire ironique à la dame qui osé sous-entendre qu'il n'était qu'un rustre qui ne savait pas s'occuper de sa garde robe.
Les yeux de Christopher suivent la course des siens, aussi la voit-il observer son pantalon, puis son bras tatoué, sans qu'elle ne se concentre outrageusement dessus — elle est bien éduquée, comprenez-vous. Il laisse faire sans chercher à se mettre en avant, mais il se redresse inconsciemment comme pour lui laisser l'occasion d'en regarder davantage. Ce ne serait pas la dernière à lancer quelques coups d'œil effarés à ses nombreux tatouages. Les gens effarés par Christopher pullulent dans les cercles de la haute. Christopher adore jouer avec ces gens-là. Est-ce pour cela qu'il choisit souvent des vêtements qui dévoilent ses tatouages quand il doit se rendre à l'un de ces dîners mondains qu'il exècre mais qu'adore la famille Hangoover ? Peut-être bien.
Allons donc, les compliments ! Les excuses d'avoir traîné dans la boue une aussi belle pièce ! Christopher les attend sincèrement, aussi est-il profondément affligé et quelque peu déstabilisé lorsque la jeune bourgeoise reprend la parole sans la moindre intention ni de lui présenter des excuses, ni de lui faire des compliments. Et elle ne connait même pas Edgard Gomba ! Mais où se vêtit-elle donc, cette fille-là ? Christopher ravale son sourire, une moue lui étire les lèvres vers le bas. Les couturiers français, voilà ce qu'elle lui propose ? Pour garder la face, le sorcier coince machinalement le pouce dans la poche de son pantalon — même s'il l'avait voulu, il aurait difficilement pu y rentrer autre chose qu'un doigt tant le tissu est serré, mais ceci il ne l'avouerait pour rien au monde.
Et elle parle, elle parle, elle critique et le visage de Christopher se transforme en une belle grimace outrée qu'il ne cherche pas à cacher. Sa bouche exprime son désaccord, ses yeux s'arrondissent et il entrecoupe le discours de la jeune femme par des « que... ! » et autre « tss ! », mais il est encore trop poli pour véritablement lui couper la parole. Et puis elle parle de son miroir et de la relation très intime que Christopher a avec ce dernier ; elle en parle d'une telle façon que cela lui fait comprendre qu'elle pense que c'est inconvenant d'acheter une pièce de créateur seulement pour avoir belle allure.
« Mais vous me prenez pour qui ? réplique Christopher quand elle lui laisse l'occasion de le faire en prenant soin de croiser les bras sur son torse et de carrer les épaules. Parce que je porte du cuir en été, vous me pensez assez idiot pour ne pas savoir prendre soin d'une matière aussi sensible ? Et vous croyez quoi, que je balance mon pantalon dans un coin de pièce en rentrant chez moi, que je laisse le sel le ronger et la chaleur le dessécher ? »
Christopher fait un ample geste dramatique du bras pour appuyer son propos. Si le ton monte et que sa voix part de nouveau légèrement dans les aigus, c'est parce que Christopher prend particulièrement soin de ses vêtements, surtout des pièces les plus précieuses qu'il a en sa possession. Et aussi parce qu'il ne supporte pas que cette jeune femme porte un jugement simplement à cause de son apparence. Alors certes, il apprécie à sa juste valeur d'être qualifié de rockeur égaré, même si elle ne l'a pas dit pour le complimenter, mais qu'elle le croit incapable seulement parce qu'il n'a pas des manières aussi guindées qu'elle l'agace particulièrement. Christopher est absolument certain qu'elle le juge ainsi parce que cette Sangblanc tient en très haute estime son propre rang... Et donc qu'elle méprise le sien.
« Évidemment, madame qui porte de la dentelle et de la tulle a une idée bien plus précise que moi de la façon dont il faut s'occuper de son pantalon en cuir. »
Il ponctue sa phrase d'un geste de la main qui englobe la tenue entière de la jeune femme.
« Alors allez-y, l'encourage-t-il en faisant un pas insolent vers elle. Allez-y, dites-moi comment nourrir mon cuir. Un rockeur égaré comme moi, ça a sans nul doute besoin des précieux conseils d'une dame aussi bien apprêtée que vous. »
Et si sa voix a emprunté des nuances arrondies à l'accent précieux qu'on prête à la bourgeoisie, c'est sans doute parce que Christopher n'a pas la colère méchante, mais plutôt insolente et narquoise. Aussi préfère-t-il se moquer de ce qui l'agace que d'y crier dessus. Sur ce, il adresse un sourire ironique à la dame qui osé sous-entendre qu'il n'était qu'un rustre qui ne savait pas s'occuper de sa garde robe.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
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Pour une poignée de caillasse
Mais quel abominable personnage !
Alice porta une main sur son coeur, les yeux grands ouverts en observant l'autre répondre avec toute la virulence d'un homme touché dans son orgueil.
Pour qui se prenait-elle ? Mais pour une jeune femme à deux doigts de lui confisquer son pantalon pour le confier à quelqu'un qui en prendra soin !
Un sourcil haussé pour ne pas le froncé, Alice observa l'énergumène croiser les bras. Oui, Alice le prenait pour un idiot. Mais non, Alice ne l'imaginait pas balancer son pantalon dans un coin de la pièce. Elle le voyait plutôt le remettre religieusement dans un cadre accroché au mur. Il devait s'agir de sa seule pièce de créateur, pour laquelle il aurait dépenser toutes ses finances. Peut-être même lui dirait-il des mots doux, puisqu'il semblait tout à fait incapable de faire preuve d'un peu de sympathie pour sa propre espèce ! Alice prenait de son précieux temps pour lui donner des conseils, et voilà comment il la remerciait ? En se dressant comme un hippogriffe vexé ?
Alice dressa le menton, laissant Chris désigner sa jolie tenue de la journée pour appuyer ses sarcasmes. Le fait qu'il reconnaisse la tulle qui se mêlait à la dentelle de sa robe indiquait tout de même à Alice qu'il existait une possibilité qu'il sache quelques petites choses sur la haute couture.
Ah, mais ce pas vers elle... Alice le prit comme une offense. Ou pire, une menace. Il n'en était sans doute rien, mais ce pas, elle ne l'aimait point. Elle se retint d'en faire de même, prête à montrer à l'homme qu'elle ne se laisserait point intimider par un coq en cuir se prenant pour un paon.
La française ne baissait pas les yeux. Elle se permit même un sourire, répondant à l'insolence de la sienne. Comme c'était curieux. Ces enfantillages lui rappelaient ceux de Damiano. Peut-être était-ce pour cette raison qu'Alice se prêta volontiers au jeu.
Alice pinça sa robe du bout de ses doigts, et effectua une révérence trop basse pour être sincère.
« Mais avec grande joie, monsieur » déclara t-elle en levant juste la tête pour ne pas lâcher son regard une seconde de plus. Elle se redressa en relâchant sa robe. Ses doigts de déplièrent dans une de ces arabesques de grandes dames maniérées qui ne lui ressemblait pas mais qu'elle singerait volontiers pour continuer à jouer. « Je n'ai rien de mieux à faire que de donner des leçons d'entretien du cuir à un parfait inconnu qui fréquente des crapules et verse tout son salaire dans un Edgard Komba. »
Ces mots dits, Alice se fit plus droite, ses mains se nouant dans son dos. Sa tête obliqua sur la droite pour lui donner une allure de jeune fille plus douce et docile que tempétueuse et à deux doigts de lui envoyer tout le nécessaire d'entretien du cuir en plein visage.
Et voilà que le tatouage de son cou accrocha à nouveau le regard d'Alice, là, presque bien caché derrière ses verres fumés. Sa tête obliqua sur la gauche dans un geste naturel... mais destiné à mieux comprendre les dessins d'encre.
Alice porta une main sur son coeur, les yeux grands ouverts en observant l'autre répondre avec toute la virulence d'un homme touché dans son orgueil.
Pour qui se prenait-elle ? Mais pour une jeune femme à deux doigts de lui confisquer son pantalon pour le confier à quelqu'un qui en prendra soin !
Un sourcil haussé pour ne pas le froncé, Alice observa l'énergumène croiser les bras. Oui, Alice le prenait pour un idiot. Mais non, Alice ne l'imaginait pas balancer son pantalon dans un coin de la pièce. Elle le voyait plutôt le remettre religieusement dans un cadre accroché au mur. Il devait s'agir de sa seule pièce de créateur, pour laquelle il aurait dépenser toutes ses finances. Peut-être même lui dirait-il des mots doux, puisqu'il semblait tout à fait incapable de faire preuve d'un peu de sympathie pour sa propre espèce ! Alice prenait de son précieux temps pour lui donner des conseils, et voilà comment il la remerciait ? En se dressant comme un hippogriffe vexé ?
Alice dressa le menton, laissant Chris désigner sa jolie tenue de la journée pour appuyer ses sarcasmes. Le fait qu'il reconnaisse la tulle qui se mêlait à la dentelle de sa robe indiquait tout de même à Alice qu'il existait une possibilité qu'il sache quelques petites choses sur la haute couture.
Ah, mais ce pas vers elle... Alice le prit comme une offense. Ou pire, une menace. Il n'en était sans doute rien, mais ce pas, elle ne l'aimait point. Elle se retint d'en faire de même, prête à montrer à l'homme qu'elle ne se laisserait point intimider par un coq en cuir se prenant pour un paon.
La française ne baissait pas les yeux. Elle se permit même un sourire, répondant à l'insolence de la sienne. Comme c'était curieux. Ces enfantillages lui rappelaient ceux de Damiano. Peut-être était-ce pour cette raison qu'Alice se prêta volontiers au jeu.
Alice pinça sa robe du bout de ses doigts, et effectua une révérence trop basse pour être sincère.
« Mais avec grande joie, monsieur » déclara t-elle en levant juste la tête pour ne pas lâcher son regard une seconde de plus. Elle se redressa en relâchant sa robe. Ses doigts de déplièrent dans une de ces arabesques de grandes dames maniérées qui ne lui ressemblait pas mais qu'elle singerait volontiers pour continuer à jouer. « Je n'ai rien de mieux à faire que de donner des leçons d'entretien du cuir à un parfait inconnu qui fréquente des crapules et verse tout son salaire dans un Edgard Komba. »
Ces mots dits, Alice se fit plus droite, ses mains se nouant dans son dos. Sa tête obliqua sur la droite pour lui donner une allure de jeune fille plus douce et docile que tempétueuse et à deux doigts de lui envoyer tout le nécessaire d'entretien du cuir en plein visage.
Et voilà que le tatouage de son cou accrocha à nouveau le regard d'Alice, là, presque bien caché derrière ses verres fumés. Sa tête obliqua sur la gauche dans un geste naturel... mais destiné à mieux comprendre les dessins d'encre.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Pour une poignée de caillasse
Sous le coup de la surprise, la tête de Christopher recule vers l'arrière alors que le reste de son corps reste immobile. Ses yeux dévalent le long du buste de la jeune femme, jusqu'à ses genoux pliées autour desquels sa robe se plie parfaitement. Elle fait une révérence si parfaite et si basse qu'elle en est insultante. De toute façon, jamais personne n'a effectué une référence sans vouloir être insultant, pas depuis la fin du siècle dernier, en tout cas. Christopher ne devrait donc pas se sentir insulté, car il en a fréquenté des petites précieuses comme elle et qu'il sait très bien comment elles sont, n'est-ce pas ? Peut-être, mais il se sent tout de même offusqué, d'autant plus lorsqu'elle lui répond avec une parfaite ironie.
Une moue tort les lèvres de Christopher vers le bas. Elle n'a effectivement pas mieux à faire puisqu'elle lui en a déjà donnés, des conseils. Très malvenus, qui plus est. Il aurait bien aimé qu'elle réponde vraiment à sa proposition, ne serait-ce que pour pouvoir lui opposer toute sa connaissance. Parce que oui, Christopher sait prendre soin de son pantalon en cuir et il pourrait même citer cinq étapes différentes du processus qui permet au cuir qui gaine ses jambes aujourd'hui de resplendir comme il resplendit, et ce, malgré la chaleur étouffante et le soleil déjà haut dans le ciel. Mais la Sanglanc hausse le menton dans une mimique très maniérée et ainsi elle ressemble tant à sa sœur et à sa mère, et à toutes les femmes qu'il a fréquentées lorsqu'il n'était rien d'autre qu'un Hangoover qui devait suivre les règles de sa famille et répondre à ses attentes, que ça le crispe. Une parfaite petite bourgeoise, voilà ce qu'elle est.
S'il avait été attentif et s'il s'était un tout petit peu concentré sur ses yeux bien cachés derrière les verres fumés (mais pas parfaitement invisibles), peut-être Christopher aurait-il pu comprendre qu'elle s'intéressait à ses tatouages ; une réplique bien plus percutante lui aurait alors échappé et il aurait pu étirer ce sourire moqueur et orgueilleux qu'il garde pour celles et ceux qui l'insupportent. Mais voilà, Christopher est vexé et il ne s'imagine pas un seul instant que le regard de la jeune femme ait pu dévier des siens. C'est sans doute pour cela que l'une des règles élémentaires de la politesse est de ne pas garder ses lunettes de soleil sur le nez quand on s'adresse à quelqu'un : pour lui éviter de se ridiculiser.
« Vous n'avez effectivement rien de mieux à faire, réplique-t-il sans ne rien cacher de l'outrage qu'il ressent, puisque vous avez déjà perdu votre temps en conseils inutiles. Et puis avouez-le... »
Il se redresse, un sourire victorieux aux lèvres. Dans un geste qu'il ne contrôle pas et qui le fera sans doute encore plus passer pour un rockeur égaré aux yeux de l'insupportable bourgeoise, Christopher se passe la main dans les cheveux et émet un léger ricanement tout à fait contrôlé destiné au seul agacement de la dame. Il penche légèrement la tête en avant pour mieux planter ses yeux dans ceux — diaboliquement bien cachés, c'en est exaspérant — de la sorcière.
« Vous ne connaissez même pas Edgard Gomba. Sinon, vous n'en parleriez pas comme ça. »
Tout fier, et absolument persuadé qu'il vaut bien mieux que cette femme sur absolument tous les points, Christopher se redresse et fait attention à ce qu'elle le voit la détailler de haut en bas, d'un long et lent regard qui la juge autant qu'il juge la qualité de sa mise.
« Et c'est terriblement dommage, » conclut-il.
Il a cette moue sur les lèvres, celle qui veut dire : que c'est décevant, vous auriez pu gagner quelques tout petits points pour vous rattraper si vous aviez au moins cette connaissance-là... Mais vous ne l'avez pas. N'y a-t-il donc rien à rattraper chez vous ?
À propos de la crapule, il ne dit rien. Il a bien frémi lorsque ce mot est sorti de sa bouche, mais le mieux à faire pour détourner ses pensées de Lionel et du fait que Christopher traîne effectivement avec des crapules, c'est bien de ne pas montrer que le sujet pourrait avoir un quelconque intérêt.
Une moue tort les lèvres de Christopher vers le bas. Elle n'a effectivement pas mieux à faire puisqu'elle lui en a déjà donnés, des conseils. Très malvenus, qui plus est. Il aurait bien aimé qu'elle réponde vraiment à sa proposition, ne serait-ce que pour pouvoir lui opposer toute sa connaissance. Parce que oui, Christopher sait prendre soin de son pantalon en cuir et il pourrait même citer cinq étapes différentes du processus qui permet au cuir qui gaine ses jambes aujourd'hui de resplendir comme il resplendit, et ce, malgré la chaleur étouffante et le soleil déjà haut dans le ciel. Mais la Sanglanc hausse le menton dans une mimique très maniérée et ainsi elle ressemble tant à sa sœur et à sa mère, et à toutes les femmes qu'il a fréquentées lorsqu'il n'était rien d'autre qu'un Hangoover qui devait suivre les règles de sa famille et répondre à ses attentes, que ça le crispe. Une parfaite petite bourgeoise, voilà ce qu'elle est.
S'il avait été attentif et s'il s'était un tout petit peu concentré sur ses yeux bien cachés derrière les verres fumés (mais pas parfaitement invisibles), peut-être Christopher aurait-il pu comprendre qu'elle s'intéressait à ses tatouages ; une réplique bien plus percutante lui aurait alors échappé et il aurait pu étirer ce sourire moqueur et orgueilleux qu'il garde pour celles et ceux qui l'insupportent. Mais voilà, Christopher est vexé et il ne s'imagine pas un seul instant que le regard de la jeune femme ait pu dévier des siens. C'est sans doute pour cela que l'une des règles élémentaires de la politesse est de ne pas garder ses lunettes de soleil sur le nez quand on s'adresse à quelqu'un : pour lui éviter de se ridiculiser.
« Vous n'avez effectivement rien de mieux à faire, réplique-t-il sans ne rien cacher de l'outrage qu'il ressent, puisque vous avez déjà perdu votre temps en conseils inutiles. Et puis avouez-le... »
Il se redresse, un sourire victorieux aux lèvres. Dans un geste qu'il ne contrôle pas et qui le fera sans doute encore plus passer pour un rockeur égaré aux yeux de l'insupportable bourgeoise, Christopher se passe la main dans les cheveux et émet un léger ricanement tout à fait contrôlé destiné au seul agacement de la dame. Il penche légèrement la tête en avant pour mieux planter ses yeux dans ceux — diaboliquement bien cachés, c'en est exaspérant — de la sorcière.
« Vous ne connaissez même pas Edgard Gomba. Sinon, vous n'en parleriez pas comme ça. »
Tout fier, et absolument persuadé qu'il vaut bien mieux que cette femme sur absolument tous les points, Christopher se redresse et fait attention à ce qu'elle le voit la détailler de haut en bas, d'un long et lent regard qui la juge autant qu'il juge la qualité de sa mise.
« Et c'est terriblement dommage, » conclut-il.
Il a cette moue sur les lèvres, celle qui veut dire : que c'est décevant, vous auriez pu gagner quelques tout petits points pour vous rattraper si vous aviez au moins cette connaissance-là... Mais vous ne l'avez pas. N'y a-t-il donc rien à rattraper chez vous ?
À propos de la crapule, il ne dit rien. Il a bien frémi lorsque ce mot est sorti de sa bouche, mais le mieux à faire pour détourner ses pensées de Lionel et du fait que Christopher traîne effectivement avec des crapules, c'est bien de ne pas montrer que le sujet pourrait avoir un quelconque intérêt.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
Toute cette abominable discussion lui avait au moins permis d'affirmer une de ses certitudes : tout les Chris se valent.
Oh, si, Alice avait bien des choses à faire. Elle voulait passer une bonne journée. Une vraie. Mais puisque le Destin avait décidé que ce ne serait pas le cas aujourd'hui, autant rentabiliser son énergie et son temps passé devant le miroir.
Au fur et à mesure des répliques, des sourires, des ricanements, Alice sentait sa mâchoire se serrer, son sang bouillonner, son cœur battre dans sa tempe.
Au sourire, sa tête se redressa.
Au ricanement, ses doigts se crispèrent dans son dos.
Au basculement de son visage vers le sien, son menton se dressa.
Au jugement oculaire qu'il osa lui asséner, ses lèvres se plissèrent un sourire qui n'avait plus rien d'insolent.
Et à la moue déçue qu'il lui jeta, ses jambes avancèrent pour la placer juste devant lui.
Peut-être osait-elle se comporter ainsi avec un inconnu parce qu'elle savait qu'il y aurait trop de témoin pour qu'il ose quoi que ce soit à son encontre.
Ou peut-être avait-elle qu'il serait incapable de faire un mouvement brusque vers elle sans que le couinement du cuir ne le trahisse.
Si Alice ne connaissait pas ce fichu Gomba, c'était sans doute tout à fait normal, puisqu'elle ne portait que des créations françaises ! Peut-être que ce Gomba était un fabriquant de prêt-à-porter de luxe. Alice était persuadée que tel était le cas. Comment ce coq aurait-il pu s'offrir un pièce unique ?
Si ses dents ne s'étaient pas serrées aussi fortement, elle lui aurait sans nul doute jeté au visage que répéter le nom ce maudit créateur ne le rendait pas plus crédible à ses yeux.
Non. Une telle réponse n'aurait fait que rajouter de l'huile sur le feu, et Alice n'éprouvait aucune envie à se ridiculiser en pleine roue en se laissant aller à la violence sur un homme en cuir.
Alice inspira lentement.
Elle n'avait rien à prouver à cet homme. Absolument rien. Elle aurait pu le planter ici, le laisser cuire dans son pantalon et le maudire au moment du coucher. Mais faire cela serait admettre qu'il avait gagné.
Par Circée, gagner quoi ? De quoi s'agissait-il ? D'un combat de rue ? De quoi avaient-ils l'air ?
Alice expira en silence.
A peine de retour en Grande-Bretagne, Alice ne pouvait pas se permettre d'attirer l'attention sur elle. Cet homme était peut-être un homme... important. Un fils de Patriarche, un cousin éloigné, un... quoi que ce soit. C'était peu probable, mais Alice ne pouvait pas négliger cette possibilité.
Elle ne pouvait pas non plus se laisser insultée de la sorte.
Alors, Alice fit glisser son sac à main devant elle. Elle plongea sa main à l'intérieur, et en extirpa une pierre noire, rugueuse. Elle sorti ensuite sa baguette, et tapota la surface de sa pierre de sa pointe. Presque aussitôt, sa combinaison de vol, noire aux reflets mercure se matérialisa dans sa main, les manches de cuir de dragon retombant mollement dans le vide, la cape soigneusement repliée . Le petit plastron d'acier poli était exposé, attrapant les rayons solaires.
Sa combinaison était confortable, mais bien trop moulante au goût de la pudique jeune fille. Néanmoins, elle savait qu'une fois enfilée dans ce cuir aux milliers d'éclats d'écailles noires, Alice était tout à fait merveilleuse.
Son sourire toujours bien accroché à ses lèvres, la française tendit sa beauté de cuir à l'irrévérencieux.
« Félicien Marchal. Mon couturier attitré. Cuir de dragon tanné et gauffré en écailles fines, plastron en acier poli, col en dentelle de Calais, doublure en satin noir, cape en cachemire. Une pièce unique. »
Elle osa ajouter d'un air soucieux. « Félicien Marchal... oh, j'imagine que vous ne connaissez point ce nom. Rien de bien surprenant : les noms des créateurs aussi précieux ne se partagent pas, en général. Mais je consens à le faire. Juste pour vos beaux yeux. Voyez cela comme un partage entre deux amoureux de la haute-couture. »
Alice papillonna des yeux, ses lèvres s'ourlant d'un sourire plus grand encore. Oh, que la moue de gentille jeune fille lui allait bien au teint.
Oh, si, Alice avait bien des choses à faire. Elle voulait passer une bonne journée. Une vraie. Mais puisque le Destin avait décidé que ce ne serait pas le cas aujourd'hui, autant rentabiliser son énergie et son temps passé devant le miroir.
Au fur et à mesure des répliques, des sourires, des ricanements, Alice sentait sa mâchoire se serrer, son sang bouillonner, son cœur battre dans sa tempe.
Au sourire, sa tête se redressa.
Au ricanement, ses doigts se crispèrent dans son dos.
Au basculement de son visage vers le sien, son menton se dressa.
Au jugement oculaire qu'il osa lui asséner, ses lèvres se plissèrent un sourire qui n'avait plus rien d'insolent.
Et à la moue déçue qu'il lui jeta, ses jambes avancèrent pour la placer juste devant lui.
Peut-être osait-elle se comporter ainsi avec un inconnu parce qu'elle savait qu'il y aurait trop de témoin pour qu'il ose quoi que ce soit à son encontre.
Ou peut-être avait-elle qu'il serait incapable de faire un mouvement brusque vers elle sans que le couinement du cuir ne le trahisse.
Si Alice ne connaissait pas ce fichu Gomba, c'était sans doute tout à fait normal, puisqu'elle ne portait que des créations françaises ! Peut-être que ce Gomba était un fabriquant de prêt-à-porter de luxe. Alice était persuadée que tel était le cas. Comment ce coq aurait-il pu s'offrir un pièce unique ?
Si ses dents ne s'étaient pas serrées aussi fortement, elle lui aurait sans nul doute jeté au visage que répéter le nom ce maudit créateur ne le rendait pas plus crédible à ses yeux.
Non. Une telle réponse n'aurait fait que rajouter de l'huile sur le feu, et Alice n'éprouvait aucune envie à se ridiculiser en pleine roue en se laissant aller à la violence sur un homme en cuir.
Alice inspira lentement.
Elle n'avait rien à prouver à cet homme. Absolument rien. Elle aurait pu le planter ici, le laisser cuire dans son pantalon et le maudire au moment du coucher. Mais faire cela serait admettre qu'il avait gagné.
Par Circée, gagner quoi ? De quoi s'agissait-il ? D'un combat de rue ? De quoi avaient-ils l'air ?
Alice expira en silence.
A peine de retour en Grande-Bretagne, Alice ne pouvait pas se permettre d'attirer l'attention sur elle. Cet homme était peut-être un homme... important. Un fils de Patriarche, un cousin éloigné, un... quoi que ce soit. C'était peu probable, mais Alice ne pouvait pas négliger cette possibilité.
Elle ne pouvait pas non plus se laisser insultée de la sorte.
Alors, Alice fit glisser son sac à main devant elle. Elle plongea sa main à l'intérieur, et en extirpa une pierre noire, rugueuse. Elle sorti ensuite sa baguette, et tapota la surface de sa pierre de sa pointe. Presque aussitôt, sa combinaison de vol, noire aux reflets mercure se matérialisa dans sa main, les manches de cuir de dragon retombant mollement dans le vide, la cape soigneusement repliée . Le petit plastron d'acier poli était exposé, attrapant les rayons solaires.
Sa combinaison était confortable, mais bien trop moulante au goût de la pudique jeune fille. Néanmoins, elle savait qu'une fois enfilée dans ce cuir aux milliers d'éclats d'écailles noires, Alice était tout à fait merveilleuse.
Son sourire toujours bien accroché à ses lèvres, la française tendit sa beauté de cuir à l'irrévérencieux.
« Félicien Marchal. Mon couturier attitré. Cuir de dragon tanné et gauffré en écailles fines, plastron en acier poli, col en dentelle de Calais, doublure en satin noir, cape en cachemire. Une pièce unique. »
Elle osa ajouter d'un air soucieux. « Félicien Marchal... oh, j'imagine que vous ne connaissez point ce nom. Rien de bien surprenant : les noms des créateurs aussi précieux ne se partagent pas, en général. Mais je consens à le faire. Juste pour vos beaux yeux. Voyez cela comme un partage entre deux amoureux de la haute-couture. »
Alice papillonna des yeux, ses lèvres s'ourlant d'un sourire plus grand encore. Oh, que la moue de gentille jeune fille lui allait bien au teint.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050