Effondrement

— φόβος —
“ Rêve ou crève. ”
inconnu.e
inconnu.e
12 JANVIER 2042, 7h43,
LAC, POUDLARD
Alyona, 12 ans
Anaë, 12 ans
LAC, POUDLARD
Alyona, 12 ans
Anaë, 12 ans
Je suis une étincelle aussi lumineuse que le Soleil.
Le ciel est d'un azur parfait qu'aucun nuage ne vient trahir. Son bleu profond pourrait attirer mon regard pour toujours si celui-ci n'était pas déjà attiré par une autre beauté. Le paysage est immaculé, recouvert d'un blanc pur contrastant avec l'Azur profond au-dessus de nos corps. Ce blanc illumine tout autour de lui : le château immense confronté aux reflets aveuglants de l'Astre-du-Jour sur le Blanc céleste, la glace épaisse aux reflets flamboyants recouvrant le lac d'habitude si sombre, les iris gris d'Anaë près de moi qui semblent iriser de beauté, ma peau pâle qui me paraît alors lumineuse tant le Blanc offre une lumière nouvelle sur elle. Chioné semble avoir pris ses aises à Poudlard aujourd'hui. L'Azur ne fait que l'aider à resplendir de plus belle. Tous les spectateurs de cette aube grandiose semblent s'y être accommodés. Les arbres, ces êtres si grands et marqués par le temps et la vie sont recouverts par le blanc angélique ; l'herbe d'habitude d'un vert si profond et lumineux est maintenant d'une blancheur étrangement fascinante ; les animaux eux aussi ont changé : leur pelage s'est transformé pour qu'ils passent inaperçu parmi toute cette aveuglante pureté ; les plantes sont désormais cachées sous une couche épaisse de Blanc, si bien qu'apercevoir les pétales d'une fleur résistants à l'imposante couverture nacrée semble être devenu un fait rare. La neige rend le paysage absolument magnifique et unique. Je crois qu'elle me change aussi ; je me sens si libre et vivante au milieu de toute cette blancheur époustouflante ! Comme les rayons de l'Astre-du-Jour diaprent les éclats d'une gemme, la présence réconfortante et familiale de la neige réchauffe mes pensées et transforme mon regard en étincelle.
Mon cœur tambourine au rythme de mon bonheur dans ma poitrine. Je sens l'euphorie me gagner au fur et à mesure de ma découverte de l'extérieur ; tout est si foutrement beau ! Je prends une grande inspiration pour laisser l'air purificateur rafraîchir mes poumons et m'enivrer de l'odeur hivernale avant d'échanger un regard avec Anaë. *Mes yeux luisent-ils tout autant que les siens ?* Ses cheveux bruns forment un contraste saisissant et époustouflant avec le Blanc derrière elle. Sa robe semble avoir été cousue avec des morceaux du ciel. Son sourire, lui, est un résidu d'étoile filante. Le paysage féerique derrière nous ne fait que mettre en avant la beauté d'Anaë. Mon sourire s'agrandit, faisant écho au sien. J'ai tellement de chance de connaître et de passer du temps avec une fille aussi géniale et intelligente qu'Anaë. *Ensemble, nous sommes aveuglantes de beauté.* Personne ne peut rivaliser avec notre Éclat saisissant ce matin. Anaë tourne la tête et son regard vient percuter le mien. Je plonge mes yeux dans les siens sans réfléchir. Tout est si simple avec la Verte. Tout est si réconfortant, si agréable, si doux. Il n'y a aucune pensée perturbante et centrale avec Anaë, aucune prise de tête, aucune réflexion difficile et épuisante. Non, avec elle, tout est toujours plaisant.
Je détache mes yeux des siens pour les reposer sur le Blanc — il est si beau ! Merlin, si beau ! Une douce chaleur remonte dans ma poitrine quand je pense à ce qui nous attend. Un frisson déchire ma colonne vertébrale, comme un éclair d'énergie soudain. Cette matinée risque d'être inoubliable et magnifique. Anaë a eu une si bonne idée ! Qu'aurais-je fait ce matin si elle n'était pas venue me voir hier soir ? Certainement pas quelque chose d'aussi génial. Mes jambes me démangent. L'excitation est comme une flamme, elle est d'abord légère et captivante ; puis elle grandit, elle devient omniprésente avant d'embraser toutes nos pensées. *Oh, par Circé*, que j'aime ce sentiment ! Il devrait tenter de me saisir plus souvent, je me laisserai volontiers faire.
« Alors Aly' ? » Elle est la seule à m'appeler ainsi, mais que j'aime quand elle le fait ! « Quand donc partiras-tu ? Si tu ne pars pas maintenant, attends-toi à perdre ! Je ne te laisserai pas de deuxième chance. »
Anaë me lance un de ses regards plein de malice et transpirant la joie. *Tu vas voir qui va gagner !* Je me gonfle de fierté, laissant celle-ci envahir mon cœur. Vas-y, explose dans mes veines, rugis et faire rougir mon sang, bats sous ma peau, hurle ta présence à mon corps, douce fierté ravageante. Anaë peut toujours rêver de sa victoire car elle ne la touchera jamais du doigt, elle ne fera que contempler la mienne. Aujourd'hui, c'est moi qui gagnerai et Anaë sera si étonnée quand elle me verra passer devant elle ! Ah ! Elle pense sérieusement que je ne saurais pas me débrouiller et rivaliser avec elle ? *Elle va être surprise quand elle comprendra que ce n'est pas le cas !* Je me réjouis déjà en imaginant l'étonnement se peindre sur ses traits quand je la doublerai. Maintenant, c'est à moi de jouer et de lui montrer ce que je vaux.
Je lui jette un dernier regard serein et m'élance dans la poudreuse avant même qu'Anaë ne donne son top départ. Je veux l'étonner et gagner cette course. « Eh ! » J'éclate de rire. Elle ne l'avait pas prévu, cela. Elle pensait que j'étais trop fière pour partir en avance ; voyons maintenant si elle est trop fière pour perdre. Je l'entends dévaler le parc derrière moi. Je n'ose pas me retourner, de peur de la voir trop proche. *J'peux l'faire. J'vais y arriver !* Courir et se tracer un chemin dans la neige est difficile. Chaque pas demande une énergie exagérée et des sauts terriblement épuisants. J'aimerais pouvoir dévaler cette colline en me laissant rouler comme avant mais Anaë trouverait certainement cela ridicule. Alors, je m'efforce de créer ce chemin et d'écraser ce blanc envahissant qui tente de s'infiltrer dans mes bottines. Rapidement, j'entends Anaë se rapprocher de moi. J'essaye de faire de plus grandes enjambées mais l'air froid semble brûler ma gorge. Mes respirations se font saccadées et bruyantes. Oh, que je déteste cette douleur désagréable et handicapante ! Anaë court maintenant à mes côtés. Je lui jette un regard courroucé. Elle semble voler au-dessus de la neige sans s'enfoncer, comme si elle était sur un balai invisible. Que je me sens maladroite à côté d'elle ! Elle me lance un nouveau regard malicieux avant de me doubler pour de bon. *'Tain !* Je serre les dents.
Je détourne mon regard d'Anaë pour fixer notre arrivée. Nous nous approchons. Cependant, Anaë est toujours devant et je me suis promise de la rattraper et de la doubler. Je ne veux pas revoir son regard plein de fierté et de malice accompagnant des phrases réconfortantes parce que je n'ai pas réussi à la doubler. Je veux voir Anaë grimacer et s'enfoncer dans la poudreuse tandis que je volerai fièrement au-dessus de la neige grâce à de grandes enjambées époustouflantes. Mes sourcils se froncent. L'air malmène ma gorge sèche si fort tandis que mes jambes commencent à me faire souffrir. Je prends de grandes inspirations et me reconcentre sur la route. Anaë semble ralentir doucement, à croire qu'elle aussi paye le prix de ses efforts. Je souris, riant intérieurement en la voyant se rapprocher petit à petit. La doubler semble maintenant être une perspective envisageable. *J'vais l'faire. Elle va voir de quoi je suis capable !* Nous ne tarderons plus à arriver à notre destination. C'est donc maintenant ou jamais. Merlin, je peux et je vais le faire ! Peu importe le vent, le froid, la neige et mon épuisement. Anaë est devant moi et je me suis promise de la rattraper et de la doubler, alors je le ferai.
« Argh ! » Un cri de détermination s'échappe d'entre mes lèvres et me ravage la gorge. Anaë n'est plus qu'à quelques mètres. Mes foulées se font plus rapides et plus grandes. Mes dents grincent tant je les serre. Anaë se retourne pour la dernière fois, signant sa défaite. Ses yeux trouvent les miens avant de les perdre quand je la dépasse. Mon cœur bat si vite dans ma poitrine qu'il semble prêt à en sortir. Un énorme sourire vient s'étaler sur mes lèvres. « Youhouh ! » J'ai réussi à doubler Anaë ! Une chaleur se répand dans mon corps, réconfortante. Je suis si heureuse et fière de moi ! J'étais certaine que j'y arriverais. Ma fierté s'échappe vers le ciel. *'Tain j'l'ai fait !*
Je continue mon chemin quelque temps avant de ralentir, arrivée à notre destination. Anaë ne tarde pas à me rejoindre. Essoufflées, les mains appuyées sur nos cuisses, nous nous sourions en écho. Le regard d'Anaë est flamboyant. Je pose une main sur son épaule, chaleureusement. C'est à mon tour de lui sourire malicieusement.
« Bravo. » Je souris de plus belle. « C'était... » Elle reprend son souffle. Sa respiration bruyante ne fait que traduire l'effort que cela lui a coûté. « ... bien joué ! » L'entendre me dire cela rend mon sourire plus rayonnant. Avouerait-elle avoir été dépassée par les événements ? Anaë, rattrapée par une première année dans un sprint ? « Merci. » J'essaye de me montrer modeste mais je déborde d'une douce fierté.
Je détourne mon regard du sien et me redresse pour contempler l'endroit qui nous fait face.
L'immensité sombre du Lac Noir a des allures inquiétantes vues d'ici.
Reducio
Cet Écrit devait attendre encore un peu avant d'apparaître... mais le voici.
Dernière modification par Alyona Farrow le 12 janv. 2022, 23:27, modifié 2 fois.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Effondrement
Je n'ai jamais vraiment apprécié le Lac Noir. Il est si sombre et immense ! De plus, l'eau n'est pas un élément avec lequel je me sens bien. L'eau semble chercher à m'étouffer et à m'entraîner dans ses profondeurs à chaque fois que je m'enfonce dedans. Je me souviens, comme on se souvient d'un doux moment réconfortant, des parties de pêche avec Papa. Il m'emmenait près de petites rivières ou de lacs en Écosse, dans de grands endroits bercés par les chants des oiseaux. Papa se servait de sa canne à pêche, un outils moldu qu'il aime bien, nous la lancions dans l'eau et attendions que les poissons s'y intéressent. La Nature semblait nous prendre dans ses bras et nous embrasser doucement. Papa était toujours souriant et agréable dans ces moments-là qui n'appartenaient qu'à nous deux. Cependant, parfois, il fallait mettre nos pieds dans l'eau pour décoincer la canne à pêche ou récupérer un poisson nerveux. Dans ces cas-là, je ne me sentais pas à l'aise. J'avais l'impression que l'eau cherchait à m'emporter avec elle et je détestais la sensation de ne pas pouvoir sentir l'air frais sur mes chevilles comme une agréable caresse. Il n'y avait que l'eau pour tenter de m'agripper et de m'éloigner du doux vent. Quand nous partions à la mer avec ma famille, nous rencontrions le même problème. J'étais terrorisée à l'idée de mettre un pied dans l'eau. Le liquide pouvait être si puissant et incontrôlable ; comment aurais-je pu résister face à la force de ses vagues et de ses marées ? Moi, je ne suis qu'un grain de sable face à cette immensité qu'est la mer. Alors, je ne peux m'empêcher de froncer mes sourcils en réfléchissant à ce que je vais faire.
« Ça va ? »
La voix hésitante d'Anaë me tire de mes souvenirs. La Verte me regarde avec désarroi. Pense-t-elle que je vais abandonner son idée parce que j'appréhende mes prochaines actions ? Croit-elle que je suis devenue lâche et peureuse en quelques secondes ? *Non !* J'étais vraiment partante pour tout cela et ce n'est pas maintenant que j'ai aperçu le lac que je vais décider d'abandonner. Anaë me connaît mal si elle pense que mes peurs m'empêcheront de faire ce que je souhaite. *Pourtant...* Mon regard revient se poser sur l'étendue sombre recouverte de glace. Un souffle d'hésitations vient faire chavirer mon assurance. Il y a peut-être des endroits où la glace est moins épaisse et peut-être que le Calmar Géant pourrait surgir d'un coup de sous la glace pour m'emporter avec lui dans les profondeurs du lac. Je secoue la tête. Non, je ne laisserai pas mes peurs décider de mes actions. J'ai promis à Anaë que je le ferai, alors je m'en tiendrai à ma promesse.
Je me retourne vers Anaë en souriant, décontractée. « Bien sûr. Tout va bien. » Je détourne mon regard du sien, fixe une demie seconde le lac et revient finalement percuter le regard d'Anaë. « C'est plutôt à toi qu'il faut poser la question. Moi, je n'ai pas perdu une course contre une première année. » C'est à mon tour de lancer un sourire malicieux et sarcastique à Anaë. Elle me sourit en retour et lève rapidement les yeux au ciel. « Tss... » Enfin, elle me donne une petite tape sur l'épaule et s'avance vers la surface glacée.
Une petite hésitation vient perturber mes pensées quand Anaë pose un pied sur la glace. Et si celle-ci n'est pas aussi solide qu'elle le paraît ? Et si Anaë tombe et que l'eau l'emporte ? Si le Calmar Géant surgit du lac pour la prendre avec lui ? Non. Il ne faut pas penser à cela. Je prends une grande inspiration. Tout va bien se passer, Anaë est courageuse, réfléchie et sûre d'elle, il n'y a aucune raison pour que notre aventure sur la glace ne se déroule pas comme prévue. Enfin, je ne dois pas avoir peur, sinon Anaë refera apparaître sur son visage ce sourire sarcastique et moqueur en apercevant cette angoisse dans mon regard. De plus, il n'y a aucune raison d'avoir peur, *tout va bien se passer*.
Les premiers pas de la Verte sont incertains, comme si elle était déséquilibrée. Elle fait de grands mouvements avec ses bras et semble ne pas vraiment contrôler ceux de ses pieds. *Ça semble si glissant !* Comme si j'étais une spectatrice de la scène qui se jouait devant moi, je regarde Anaë sans réagir, restant en retrait. C'est finalement elle qui brise la vitre de mon appréhension derrière laquelle je regardais cette scène. Anaë se retourne vers moi, un sourire immense sur les lèvres. « 'Tain Aly viens ! C'est génial ! » Ce sourire sur ses lèvres ; ce si beau sourire. Je contemple tout ce qui se déroule sous mes yeux avec le même sourire béat qu'Anaë. Elle me fait signe avec ses mains pour que je la rejoigne. Emportée par son enthousiasme et mon réconfort doux comme un air chaud en plein hiver, je franchis la distance qui me sépare du lac et pose mes deux pieds sur sa surface glacée.
*Oh !* Mes yeux sont ronds de surprise. Je n'ai aucun équilibre là-dessus, c'est terrifiant et si étrange ! Mes pieds glissent sans que je ne puisse les en empêcher, mes bras cherchent à rétablir un semblant d'équilibre en frappant l'air de leurs mouvements incontrôlés et vains, mon regard ne veut pas quitter ce sol verglacé sur lequel mon être entier repose. Les éclats de l'Astre-du-Jour sur ce miroir luisant sont terriblement fascinants vus de si près. Le miroir, lui, reflète mon corps et celui d'Anaë dans les profondeurs sombres du lac. C'est étrange : l'eau est à peine discernable, comme s'il n'y en avait pas vraiment sous nos pieds, le sol, quant à lui, est si glissant qu'un simple mouvement suffit à nous faire s'étaler contre lui.
« Ah ! » La chute est soudaine et imprévue, mais heureusement, peu douloureuse. Merlin, c'est tellement compliqué de ne pas tomber sur une surface comme celle-ci ! Les deux mains plaquées sur la glace froide et mon postérieur sur le sol, je ne peux m'empêcher de rire. Anaë me contemple en s'esclaffant, tentant elle aussi tant bien que mal de ne pas s'étaler sur la glace dure. « Alors, tu n'arrives plus à tenir sur tes pieds ? » Son sourire vient creuser des plis sous ses yeux. « C'est difficile sans patins ! » Elle me tend sa main et son regard vient soutenir le mien. J'attrape ses doigts et m'appuie dessus pour me relever. « Tu veux qu'on essaye à deux ? » Pour tomber ensemble par terre ? « Okay. »
Anaë attrape mon épaule tandis que j'accroche la sienne avec ma main. « Si on tombe, ce sera d'ta faute. » Je la préviens en avance, un croissant de lune sur le visage. Elle s'avance, tout son poids sur mon épaule, les doigts de sa main s'enfonçant dans mon muscle. Je fronce les sourcils, concentrée. Peu à peu, nous avançons, lentement mais sûrement, sous le regard de l'Azur immense et sous celui des rayons aveuglants de l'Astre-du-Jour. Nos quelques pas se transforment finalement en quelques mètres. L'équilibre que nous nous apportons l'une à l'autre nous permet de ne pas tomber. Cela me fait étrangement penser à notre relation, nous nous soutenons toujours Anaë et moi, depuis toutes petites. *Jamais on ne se séparera*, ni le temps, ni la vie ne pourraient y arriver. Anaë et moi formons un équilibre inégalable. Avec elle, je suis plus forte, plus jolie, plus heureuse. Nous nous complétons en quelques sortes. Je pense que nous resterons ainsi pour toujours.
Ainsi, naviguant sur notre fragile équilibre, nous arrivons tant bien que mal à progresser sur le lac. Parfois, des éclats de rire nous échappent quand le sol se rapproche de nous. Mais nous gardons le sourire, toujours. Ce moment sur la glace est vraiment magnifique. J'aime me sentir si proche d'Anaë, j'ai alors l'impression que rien ne peut nous séparer. Elle est si agréable, si douce, si rassurante cette impression. J'aimerais qu'elle ne me quitte jamais.
Je décide finalement de lâcher l'épaule d'Anaë dans une brusque montée de fierté, de confiance et d'adrénaline. Si j'y arrive avec la Verte, je peux maintenant y arriver seule. Mes premiers pas sont plutôt bien malgré mes grands mouvements de bras — si seulement l'Air pouvait me soutenir comme Anaë ! Mon amie me regarde sans bouger, je lui offre mon plus beau sourire. *T'as vu, j'peux l'faire sans toi !* Déséquilibre soudain. Je me repositionne rapidement. Anaë ne me verra pas tomber. Je suis forte et confiante, je peux dompter la glace et vaincre ses effets glissants.
Enfin, je m'arrête pour me tourner vers Anaë, ma fierté fait briller mon regard. Irisation de bonheur.
Un craquement sous mes pieds me fait baisser la tête. Une fissure sur la glace très nette et ciselée se dessine. Comment une couche aussi épaisse de glace peut-elle se craqueler ainsi ?
La peur n'a pas le temps de remplacer mes questionnements dans mon esprit. La fissure s'agrandit brusquement et le sol s'ouvre sous mes pieds pour me dévoiler ses sombres profondeurs.
« Ça va ? »
La voix hésitante d'Anaë me tire de mes souvenirs. La Verte me regarde avec désarroi. Pense-t-elle que je vais abandonner son idée parce que j'appréhende mes prochaines actions ? Croit-elle que je suis devenue lâche et peureuse en quelques secondes ? *Non !* J'étais vraiment partante pour tout cela et ce n'est pas maintenant que j'ai aperçu le lac que je vais décider d'abandonner. Anaë me connaît mal si elle pense que mes peurs m'empêcheront de faire ce que je souhaite. *Pourtant...* Mon regard revient se poser sur l'étendue sombre recouverte de glace. Un souffle d'hésitations vient faire chavirer mon assurance. Il y a peut-être des endroits où la glace est moins épaisse et peut-être que le Calmar Géant pourrait surgir d'un coup de sous la glace pour m'emporter avec lui dans les profondeurs du lac. Je secoue la tête. Non, je ne laisserai pas mes peurs décider de mes actions. J'ai promis à Anaë que je le ferai, alors je m'en tiendrai à ma promesse.
Je me retourne vers Anaë en souriant, décontractée. « Bien sûr. Tout va bien. » Je détourne mon regard du sien, fixe une demie seconde le lac et revient finalement percuter le regard d'Anaë. « C'est plutôt à toi qu'il faut poser la question. Moi, je n'ai pas perdu une course contre une première année. » C'est à mon tour de lancer un sourire malicieux et sarcastique à Anaë. Elle me sourit en retour et lève rapidement les yeux au ciel. « Tss... » Enfin, elle me donne une petite tape sur l'épaule et s'avance vers la surface glacée.
Une petite hésitation vient perturber mes pensées quand Anaë pose un pied sur la glace. Et si celle-ci n'est pas aussi solide qu'elle le paraît ? Et si Anaë tombe et que l'eau l'emporte ? Si le Calmar Géant surgit du lac pour la prendre avec lui ? Non. Il ne faut pas penser à cela. Je prends une grande inspiration. Tout va bien se passer, Anaë est courageuse, réfléchie et sûre d'elle, il n'y a aucune raison pour que notre aventure sur la glace ne se déroule pas comme prévue. Enfin, je ne dois pas avoir peur, sinon Anaë refera apparaître sur son visage ce sourire sarcastique et moqueur en apercevant cette angoisse dans mon regard. De plus, il n'y a aucune raison d'avoir peur, *tout va bien se passer*.
Les premiers pas de la Verte sont incertains, comme si elle était déséquilibrée. Elle fait de grands mouvements avec ses bras et semble ne pas vraiment contrôler ceux de ses pieds. *Ça semble si glissant !* Comme si j'étais une spectatrice de la scène qui se jouait devant moi, je regarde Anaë sans réagir, restant en retrait. C'est finalement elle qui brise la vitre de mon appréhension derrière laquelle je regardais cette scène. Anaë se retourne vers moi, un sourire immense sur les lèvres. « 'Tain Aly viens ! C'est génial ! » Ce sourire sur ses lèvres ; ce si beau sourire. Je contemple tout ce qui se déroule sous mes yeux avec le même sourire béat qu'Anaë. Elle me fait signe avec ses mains pour que je la rejoigne. Emportée par son enthousiasme et mon réconfort doux comme un air chaud en plein hiver, je franchis la distance qui me sépare du lac et pose mes deux pieds sur sa surface glacée.
*Oh !* Mes yeux sont ronds de surprise. Je n'ai aucun équilibre là-dessus, c'est terrifiant et si étrange ! Mes pieds glissent sans que je ne puisse les en empêcher, mes bras cherchent à rétablir un semblant d'équilibre en frappant l'air de leurs mouvements incontrôlés et vains, mon regard ne veut pas quitter ce sol verglacé sur lequel mon être entier repose. Les éclats de l'Astre-du-Jour sur ce miroir luisant sont terriblement fascinants vus de si près. Le miroir, lui, reflète mon corps et celui d'Anaë dans les profondeurs sombres du lac. C'est étrange : l'eau est à peine discernable, comme s'il n'y en avait pas vraiment sous nos pieds, le sol, quant à lui, est si glissant qu'un simple mouvement suffit à nous faire s'étaler contre lui.
« Ah ! » La chute est soudaine et imprévue, mais heureusement, peu douloureuse. Merlin, c'est tellement compliqué de ne pas tomber sur une surface comme celle-ci ! Les deux mains plaquées sur la glace froide et mon postérieur sur le sol, je ne peux m'empêcher de rire. Anaë me contemple en s'esclaffant, tentant elle aussi tant bien que mal de ne pas s'étaler sur la glace dure. « Alors, tu n'arrives plus à tenir sur tes pieds ? » Son sourire vient creuser des plis sous ses yeux. « C'est difficile sans patins ! » Elle me tend sa main et son regard vient soutenir le mien. J'attrape ses doigts et m'appuie dessus pour me relever. « Tu veux qu'on essaye à deux ? » Pour tomber ensemble par terre ? « Okay. »
Anaë attrape mon épaule tandis que j'accroche la sienne avec ma main. « Si on tombe, ce sera d'ta faute. » Je la préviens en avance, un croissant de lune sur le visage. Elle s'avance, tout son poids sur mon épaule, les doigts de sa main s'enfonçant dans mon muscle. Je fronce les sourcils, concentrée. Peu à peu, nous avançons, lentement mais sûrement, sous le regard de l'Azur immense et sous celui des rayons aveuglants de l'Astre-du-Jour. Nos quelques pas se transforment finalement en quelques mètres. L'équilibre que nous nous apportons l'une à l'autre nous permet de ne pas tomber. Cela me fait étrangement penser à notre relation, nous nous soutenons toujours Anaë et moi, depuis toutes petites. *Jamais on ne se séparera*, ni le temps, ni la vie ne pourraient y arriver. Anaë et moi formons un équilibre inégalable. Avec elle, je suis plus forte, plus jolie, plus heureuse. Nous nous complétons en quelques sortes. Je pense que nous resterons ainsi pour toujours.
Ainsi, naviguant sur notre fragile équilibre, nous arrivons tant bien que mal à progresser sur le lac. Parfois, des éclats de rire nous échappent quand le sol se rapproche de nous. Mais nous gardons le sourire, toujours. Ce moment sur la glace est vraiment magnifique. J'aime me sentir si proche d'Anaë, j'ai alors l'impression que rien ne peut nous séparer. Elle est si agréable, si douce, si rassurante cette impression. J'aimerais qu'elle ne me quitte jamais.
Je décide finalement de lâcher l'épaule d'Anaë dans une brusque montée de fierté, de confiance et d'adrénaline. Si j'y arrive avec la Verte, je peux maintenant y arriver seule. Mes premiers pas sont plutôt bien malgré mes grands mouvements de bras — si seulement l'Air pouvait me soutenir comme Anaë ! Mon amie me regarde sans bouger, je lui offre mon plus beau sourire. *T'as vu, j'peux l'faire sans toi !* Déséquilibre soudain. Je me repositionne rapidement. Anaë ne me verra pas tomber. Je suis forte et confiante, je peux dompter la glace et vaincre ses effets glissants.
Enfin, je m'arrête pour me tourner vers Anaë, ma fierté fait briller mon regard. Irisation de bonheur.
Un craquement sous mes pieds me fait baisser la tête. Une fissure sur la glace très nette et ciselée se dessine. Comment une couche aussi épaisse de glace peut-elle se craqueler ainsi ?
La peur n'a pas le temps de remplacer mes questionnements dans mon esprit. La fissure s'agrandit brusquement et le sol s'ouvre sous mes pieds pour me dévoiler ses sombres profondeurs.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Effondrement
Il y a, dans la vie, des moments très particuliers et uniques. Parfois, ils surgissent subitement, sans qu'on ait le temps de se préparer à leur arrivée ; ils débarquent, bouleversent tous nos plans, se gravent dans notre mémoire, nous remplissent d'émotions fortes et s'arrêtent tout aussi brutalement qu'ils sont venus. D'autres fois, ce sont des moments prévus et programmés ; nous savons qu'à cet instant, il se passera quelque chose de magique et de merveilleux car c'est nous qui avons fait en sorte que cela arrive. Aujourd'hui, je ne sais pas auquel de ces types mon moment appartient. Tout était prévu, mais pas ainsi. Qui aurait pu prévoir un tel événement ? Qui aurait pu se douter qu'une telle chose arriverait ? Qui aurait pu Savoir ?
*Savoir* Écho de pensée. Que sais-je, moi ? J'ai l'impression que mes connaissances pourraient actuellement être contenues dans une fiole ; j'ai la sensation terrible de les voir s'échapper loin de moi, et je referme ma main pleine de questions sur du vide. Je sais qu'une partie de moi est si terrifiée qu'elle a étouffé tout le reste, que les palpitations de mon cœur sont si rapides que cela est anormal, que mon souffle semble s'être bloqué quelque part dans ma poitrine et qu'il m'est impossible de le reprendre. Je sais également que l'eau sombre autour de moi est à l'origine de toutes ces frayeurs, qu'elle tente de m'attirer dans ses profondeurs, de ne laisser remonter à la surface que l'air contenu dans mes poumons. Je n'arrive pas à réfléchir et être en pleine possession de mes moyens quand cette eau, voleuse de mon calme et de mon sourire, s'infiltre dans mes pensées et alourdi considérablement mes vêtements, rendant mes mouvements maladroits et inutiles. Je me sens lourde de terreurs et incapable d'agir pour ma survie, ainsi tirée vers les abysses sombres du lac. Tout s'affole en moi, si bien que je ne peux plus réfléchir. L'océan de mes pensées se déchaîne pour emporter et retourner toutes mes idées. Tout se mélange, s'entrechoque, s'emmêle et se lie dans mon crâne. Mes pensées sont de puissantes vagues dévastatrices qui ravagent les côtes de mon âme assiégée par mes terreurs. Si je n'ai plus d'air dans mes poumons vidés par la peur, si je n'arrive pas à remonter à la surface qui semble si lointaine et inatteignable, si Anaë part chercher de l'aide et m'abandonne ainsi à mon sort, si ma peur devient tellement grande qu'elle contrôle tout mon être ; que devrai-je faire ? *Encore une question sans réponse* Je danse avec mes peurs une Valse endiablée comme la Vie et la Mort dansent chaque soir avant de se quitter. Rêveuse angoissée. Je reste paralysée, incapable d'agir, le corps tremblant. Une guerre a éclaté dans mes pensées rugissantes et je ne peux que constater mon impossibilité à réagir ; je suis coincée dans mon propre corps.
Est-ce ainsi, la panique ? L'incapacité à réfléchir quand nos terreurs surgissent de manière brutale ? Le corps qui se détraque petit à petit alors qu'on perd le contrôle de ses mouvements ? Le souffle qui disparaît tout à coup, comme envolé ? Le cœur qui, au milieu de ce chaos, ne fait que battre plus fort et avec plus de puissance ; combattant acharné ? Les pensées qui se mélangent, s'entre-nouent et résonnent bruyamment dans notre crâne comme un refrain mortuaire ? Dans ce cas, je ne veux plus jamais paniquer. Certes, c'est plus facile à dire qu'à faire, mais c'est la promesse que je me fais : ne plus jamais être ainsi dépassée et écrasée par mes terreurs. Pourtant, à cet instant, il m'est impossible de chasser ma panique, il m'est impossible de faire quoi que ce soit. *J'ai si peur* Elles battent en rythme dans mon corps entier, les affreuses palpitations de ma frayeur. Moi, je suis une spectatrice pétrifiée qui ne peut que regarder la panique gagner mon corps et mes pensées. Je suis loin de tout cela, si loin, mais si proche. La terreur avale mes réflexions. Je suis prise au piège avec elle.
Elle a lâché mon épaule. Sa petite main source de toutes mes forces a quitté mon corps pour venir frôler l'air glacial de l'hiver. Elle m'a lâché ainsi, subitement, sans rien dire. Un léger sourire confiant et puis la voilà qui s'en va. Elle me quitte pour créer son propre chemin. Certes, je sais qu'elle ne me quitte pas vraiment, après nous nous rejoindrons et rirons de toutes nos chutes. Pourtant, à chaque fois que je la vois partir ainsi, mon cœur se serre inexorablement. *Elle s'en va* La confiance a fait son nid dans sa poitrine et la voilà qui lui donne les ailes dont elle a toujours rêvé. Alyona lâche mon épaule pour tenter sa chance seule, quitte à paraître ridicule ou à tomber lamentablement sur le sol. Pourtant, je serai toujours là, moi. Si elle tombe, je la rattraperai. Si elle s'en va, je lui préparerai la plus merveilleuse des retrouvailles. Si elle a peur, je la prendrai près de moi pour lui dire que tout va bien, même si c'est faux. Je n'hésiterai jamais à lui cacher la vérité pour la rassurer. Le plus important, c'est elle ; si elle ne va pas bien, je ne vais pas bien et plus rien ne va bien. C'est ainsi et cela l'a toujours été. Alyona avant tout, dans mes pensées, dans mes choix comme dans mes risques.
Je retiens mon souffle quand elle passe proche de la chute. *J'serai là si elle tombe* Mais rien ne se passe et elle se retourne vers moi avec un sourire stellaire. Un léger soupir de soulagement s'échappe entre mes lèvres. Seule aussi, elle semble réussir à garder l'équilibre. Une partie de moi est légèrement vexée par cette constatation : Alyona reste debout sans mon aide, alors à quoi sers-je ? Peur étrange. Je suis là pour elle, peu importe en quoi je l'aide. Je suis, j'étais et je serai toujours là si elle a besoin de moi, telle est ma première raison de vivre. Mais je n'ai le temps que de renvoyer son sourire à la Bleue avant que celle-ci ne se fasse engloutir par le lac et que mon cœur ne s'arrête.
S'arrêter, mon cœur ? Non, il hurle. Il se débat sauvagement, coincé derrière ma cage thoracique, prisonnier de mon corps, spectateur presque immobile de l'horreur qui se déroule sous mes yeux. Mais il ne peut rien faire, ni remonter le temps pour éviter cela, ni plonger pour la sauver. Né pour battre trop fort, hein ? Vas-y, bats, joli cœur. Bats encore plus vite, toujours plus vite. Bats-toi pour faire fuir la terreur qui paralyse mon corps. Seul survivant au milieu de ce champ de bataille provoqué par l'effondrement, il est celui qui prendra les armes et réveillera le désir de mon corps pour passer au-dessus de cette peur qui entrave mes mouvements. Né pour battre trop fort et cracher à la gueule de mes terreurs.
« Alyona ! »
Je fais un pas en avant, prête à m'élancer dans cette eau glaciale pour sauver Alyona. *Je vais la sauver*, cela, j'en suis certaine. Jamais elle ne mourra face à moi, c'est inenvisageable. Je suis là, et je le serai toujours. Par Circé, je le promets, je la sauverai, quitte à plonger dans cette eau pour la secourir. Cependant, un léger craquement de la glace sous mes pieds me pousse à revoir ma décision d'avancer vers Alyona. Je fais un pas en arrière, mon cœur ravageant ma poitrine de son galop rapide presque aussi fort que ma peur. Quelle est terrible cette sensation d'impuissance ! Alyona est là, juste à quelques mètres de moi, seule et terrifiée, en train de se noyer et remuer dans les eaux noires du lac ; et moi, je ne peux rien faire. J'ai l'impression d'avoir un énorme véracrasse cherchant à dévorer mon cœur derrière ma cage thoracique. Merlin, je ne sais pas quoi faire ! Cette sensation d'impuissance, c'est comme une colère sourde et incontrôlable que le destin nous force à contrôler, car ne pas le faire ne ferait qu'aggraver la situation. Si je m'approche trop du trou formé dans la glace, je m'effondrerai en même temps que la couche gelée pour rejoindre Alyona. Si je vais chercher de l'aide, ma Bleue risque de se noyer pendant mon absence. Que faire bordel, que faire ?! Coup de rage dans ma poitrine qui fait trembler mon corps. Mon cœur hurle à l'agonie.
Elle est si froide cette eau qui m'entoure ! Si froide et si étouffante. L'air s'échappe entre mes lèvres tandis que je remue des bras pitoyablement dans l'espoir de m'en sortir. Bientôt, mes poumons seront vides avant de se remplir d'eau. J'ai si peur que je ne pense à rien d'autre qu'à cela. La mort ou la longue souffrance ne me viennent même pas à l'esprit. Non, je ne me répète dans ma tête qu'une seule pensée en boucle : *les Ombres m'étouffent et je ne peux pas sortir de là*. Je suis prise au piège avec cette pensée. Entourée d'obscurité et d'eau, une crise étrange semble s'attaquer à mon corps qui est incapable de réagir face à tout cela.
Mais Merlin, que fait donc Anaë ?
*Savoir* Écho de pensée. Que sais-je, moi ? J'ai l'impression que mes connaissances pourraient actuellement être contenues dans une fiole ; j'ai la sensation terrible de les voir s'échapper loin de moi, et je referme ma main pleine de questions sur du vide. Je sais qu'une partie de moi est si terrifiée qu'elle a étouffé tout le reste, que les palpitations de mon cœur sont si rapides que cela est anormal, que mon souffle semble s'être bloqué quelque part dans ma poitrine et qu'il m'est impossible de le reprendre. Je sais également que l'eau sombre autour de moi est à l'origine de toutes ces frayeurs, qu'elle tente de m'attirer dans ses profondeurs, de ne laisser remonter à la surface que l'air contenu dans mes poumons. Je n'arrive pas à réfléchir et être en pleine possession de mes moyens quand cette eau, voleuse de mon calme et de mon sourire, s'infiltre dans mes pensées et alourdi considérablement mes vêtements, rendant mes mouvements maladroits et inutiles. Je me sens lourde de terreurs et incapable d'agir pour ma survie, ainsi tirée vers les abysses sombres du lac. Tout s'affole en moi, si bien que je ne peux plus réfléchir. L'océan de mes pensées se déchaîne pour emporter et retourner toutes mes idées. Tout se mélange, s'entrechoque, s'emmêle et se lie dans mon crâne. Mes pensées sont de puissantes vagues dévastatrices qui ravagent les côtes de mon âme assiégée par mes terreurs. Si je n'ai plus d'air dans mes poumons vidés par la peur, si je n'arrive pas à remonter à la surface qui semble si lointaine et inatteignable, si Anaë part chercher de l'aide et m'abandonne ainsi à mon sort, si ma peur devient tellement grande qu'elle contrôle tout mon être ; que devrai-je faire ? *Encore une question sans réponse* Je danse avec mes peurs une Valse endiablée comme la Vie et la Mort dansent chaque soir avant de se quitter. Rêveuse angoissée. Je reste paralysée, incapable d'agir, le corps tremblant. Une guerre a éclaté dans mes pensées rugissantes et je ne peux que constater mon impossibilité à réagir ; je suis coincée dans mon propre corps.
Est-ce ainsi, la panique ? L'incapacité à réfléchir quand nos terreurs surgissent de manière brutale ? Le corps qui se détraque petit à petit alors qu'on perd le contrôle de ses mouvements ? Le souffle qui disparaît tout à coup, comme envolé ? Le cœur qui, au milieu de ce chaos, ne fait que battre plus fort et avec plus de puissance ; combattant acharné ? Les pensées qui se mélangent, s'entre-nouent et résonnent bruyamment dans notre crâne comme un refrain mortuaire ? Dans ce cas, je ne veux plus jamais paniquer. Certes, c'est plus facile à dire qu'à faire, mais c'est la promesse que je me fais : ne plus jamais être ainsi dépassée et écrasée par mes terreurs. Pourtant, à cet instant, il m'est impossible de chasser ma panique, il m'est impossible de faire quoi que ce soit. *J'ai si peur* Elles battent en rythme dans mon corps entier, les affreuses palpitations de ma frayeur. Moi, je suis une spectatrice pétrifiée qui ne peut que regarder la panique gagner mon corps et mes pensées. Je suis loin de tout cela, si loin, mais si proche. La terreur avale mes réflexions. Je suis prise au piège avec elle.
⨇

point de vue d'Anaë Brown

point de vue d'Anaë Brown
Elle a lâché mon épaule. Sa petite main source de toutes mes forces a quitté mon corps pour venir frôler l'air glacial de l'hiver. Elle m'a lâché ainsi, subitement, sans rien dire. Un léger sourire confiant et puis la voilà qui s'en va. Elle me quitte pour créer son propre chemin. Certes, je sais qu'elle ne me quitte pas vraiment, après nous nous rejoindrons et rirons de toutes nos chutes. Pourtant, à chaque fois que je la vois partir ainsi, mon cœur se serre inexorablement. *Elle s'en va* La confiance a fait son nid dans sa poitrine et la voilà qui lui donne les ailes dont elle a toujours rêvé. Alyona lâche mon épaule pour tenter sa chance seule, quitte à paraître ridicule ou à tomber lamentablement sur le sol. Pourtant, je serai toujours là, moi. Si elle tombe, je la rattraperai. Si elle s'en va, je lui préparerai la plus merveilleuse des retrouvailles. Si elle a peur, je la prendrai près de moi pour lui dire que tout va bien, même si c'est faux. Je n'hésiterai jamais à lui cacher la vérité pour la rassurer. Le plus important, c'est elle ; si elle ne va pas bien, je ne vais pas bien et plus rien ne va bien. C'est ainsi et cela l'a toujours été. Alyona avant tout, dans mes pensées, dans mes choix comme dans mes risques.
Je retiens mon souffle quand elle passe proche de la chute. *J'serai là si elle tombe* Mais rien ne se passe et elle se retourne vers moi avec un sourire stellaire. Un léger soupir de soulagement s'échappe entre mes lèvres. Seule aussi, elle semble réussir à garder l'équilibre. Une partie de moi est légèrement vexée par cette constatation : Alyona reste debout sans mon aide, alors à quoi sers-je ? Peur étrange. Je suis là pour elle, peu importe en quoi je l'aide. Je suis, j'étais et je serai toujours là si elle a besoin de moi, telle est ma première raison de vivre. Mais je n'ai le temps que de renvoyer son sourire à la Bleue avant que celle-ci ne se fasse engloutir par le lac et que mon cœur ne s'arrête.
S'arrêter, mon cœur ? Non, il hurle. Il se débat sauvagement, coincé derrière ma cage thoracique, prisonnier de mon corps, spectateur presque immobile de l'horreur qui se déroule sous mes yeux. Mais il ne peut rien faire, ni remonter le temps pour éviter cela, ni plonger pour la sauver. Né pour battre trop fort, hein ? Vas-y, bats, joli cœur. Bats encore plus vite, toujours plus vite. Bats-toi pour faire fuir la terreur qui paralyse mon corps. Seul survivant au milieu de ce champ de bataille provoqué par l'effondrement, il est celui qui prendra les armes et réveillera le désir de mon corps pour passer au-dessus de cette peur qui entrave mes mouvements. Né pour battre trop fort et cracher à la gueule de mes terreurs.
« Alyona ! »
Je fais un pas en avant, prête à m'élancer dans cette eau glaciale pour sauver Alyona. *Je vais la sauver*, cela, j'en suis certaine. Jamais elle ne mourra face à moi, c'est inenvisageable. Je suis là, et je le serai toujours. Par Circé, je le promets, je la sauverai, quitte à plonger dans cette eau pour la secourir. Cependant, un léger craquement de la glace sous mes pieds me pousse à revoir ma décision d'avancer vers Alyona. Je fais un pas en arrière, mon cœur ravageant ma poitrine de son galop rapide presque aussi fort que ma peur. Quelle est terrible cette sensation d'impuissance ! Alyona est là, juste à quelques mètres de moi, seule et terrifiée, en train de se noyer et remuer dans les eaux noires du lac ; et moi, je ne peux rien faire. J'ai l'impression d'avoir un énorme véracrasse cherchant à dévorer mon cœur derrière ma cage thoracique. Merlin, je ne sais pas quoi faire ! Cette sensation d'impuissance, c'est comme une colère sourde et incontrôlable que le destin nous force à contrôler, car ne pas le faire ne ferait qu'aggraver la situation. Si je m'approche trop du trou formé dans la glace, je m'effondrerai en même temps que la couche gelée pour rejoindre Alyona. Si je vais chercher de l'aide, ma Bleue risque de se noyer pendant mon absence. Que faire bordel, que faire ?! Coup de rage dans ma poitrine qui fait trembler mon corps. Mon cœur hurle à l'agonie.
⨈
Elle est si froide cette eau qui m'entoure ! Si froide et si étouffante. L'air s'échappe entre mes lèvres tandis que je remue des bras pitoyablement dans l'espoir de m'en sortir. Bientôt, mes poumons seront vides avant de se remplir d'eau. J'ai si peur que je ne pense à rien d'autre qu'à cela. La mort ou la longue souffrance ne me viennent même pas à l'esprit. Non, je ne me répète dans ma tête qu'une seule pensée en boucle : *les Ombres m'étouffent et je ne peux pas sortir de là*. Je suis prise au piège avec cette pensée. Entourée d'obscurité et d'eau, une crise étrange semble s'attaquer à mon corps qui est incapable de réagir face à tout cela.
Mais Merlin, que fait donc Anaë ?
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Effondrement
[Attention, sujets sensibles : pensées sur la noyade et la mort]
Y-a-t-il un moment, durant les instants de panique, où la peur disparaît, s'efface et ne revient plus ? Des secondes calmes où les battements affolés de mon cœur ne résonneraient pas dans mon crâne, où mes membres ne resteraient pas paralysés, incapables d'assurer leurs fonctions, où mes pensées ne seraient plus un champ de bataille dans lequel je suis incapable de survivre et où mon souffle ne serait pas aussi inaccessible, coincé dans le creux de ma poitrine ; des moments dépourvus de ce qui m'empêche de reprendre le contrôle de mon corps. J'aimerais tellement que tout cela s'arrête, que l'eau et la peur refluent autour de moi, ou bien que j'abandonne mon corps, que je parte ailleurs, je-ne-sais-où et peu m'importe tant que c'est loin d'ici. J'ai besoin de quitter cette eau glacée au plus vite, chaque seconde est un supplice et je n'arrive plus à supporter tout ce qui m'attaque. Mes pensées hurlant dans le vide de mon crâne, la peur ravageant mon corps avec ses griffes d'acier, mon cœur tambourinant à un rythme effréné contre ma cage thoracique, et l'eau glacée prête à me priver éternellement d'air provoquent en moi une souffrance sans équivalent. Jamais je n'avais ressenti une telle douleur psychologique. Et par la barbe de Merlin, que je suis terrifiée par tout cela ! J'ai tellement peur de ce qui m'arrive et de ce qui va m'arriver ; j'ai l'impression que je ne peux ressentir plus que de la terreur, tant les autres émotions me paraissant lointaines. Suis-je destinée à mourir la boule au ventre ? Suffoquer, le cœur affolé jusqu'à ce que l'eau remplace l'air de mes poumons ? La perspective de ma propre mort est omniprésente dans mes pensées. Elle et l'eau cauchemardesque qui m'entoure sont les racines de ma peur. Je n'arrive pas à me concentrer sur autre chose que mes pensées paralysantes. Tout le reste s'est effacé brusquement lorsque l'eau s'est infiltrée dans mes réflexions. Elle est là, tout contre moi, glacée, vivante, odieuse, étouffante et mortelle ; et je n'ai aucun moyen de la repousser, Merlin ! je ne peux rien faire ! Ma panique, mon angoisse, ma phobie, elles ne peuvent rien changer à ma situation. Je suis condamnée, mon chemin se termine ici et je suis entraînée sur la pente glacée et humide de mes cauchemars.
Ô, terribles pensées, Mer intérieure, je suis assiégée de partout. Quand donc me réveillerai-je ?
Soudain, ma main qui me paraissait tellement lointaine et inutile percute quelque chose de dur. Je m'y accroche avec la force du désespoir du bout de mes doigts en répétant une prière muette dans la cavité pleine de mon crâne. *Zeus, j'vous en supplie, sortez-moi de là.*
⨇
point de vue d'Anaë Brown
point de vue d'Anaë Brown
*Pas maintenant*, je ne dois pas laisser la peur de dévorer, l'angoisse me percuter, la panique me paralyser et mon imagination m'entraîner ; je dois rester calme, patiente, concentrée, déterminée et sereine. Je n'ai pas le droit de laisser mes pensées devenir folles à cause de la terreur nichée dans mon cœur. Il me faut repousser tout cela le plus loin possible de moi, enfermer mes émotions incontrôlables dans un coin de mon Être et les y laisser assez longtemps pour conserver mon esprit clair durant ces instants décisifs. Je dois m'isoler de tous ces sentiments, me soustraire à leur force et leur résister afin de reprendre le contrôle de mes pensées. Oh, bien sûr, je ne les élimine pas en les mettant ainsi de côté et je sais qu'un jour elles reviendront pour m'assiéger, mes émotions bouleversantes ; et ce jour-là je ne pourrai pas résister, je devrai subir leur attaque le temps qu'il faudra et me relever ensuite, tremblante de leur disparition soudaine. Repousser ainsi mes propres ressentis est mal, j'en ai conscience. Pourtant, comment faire autrement dans de telles situations ? Si je les laissais m'envahir sans lutter, jamais je ne parviendrais à sauver Aly', c'est une certitude. Ce trop-plein de sentiments m'empêche d'avancer correctement dans mes réflexions et d'accéder à mon état de concentration maximal, or, j'ai besoin de pouvoir réaliser ces deux tâches. Alors, je laisse tout cela loin de moi pour me couper de ma terreur. Je dois pouvoir réfléchir, Merlin, et ce n'est nullement la peur qui me pousse à isoler mes émotions — ou du moins, c'est ce dont j'essaye de me convaincre.
Bien, maintenant je dois trouver une solution à tout cela, et assez rapidement, le Temps est compté.
Alyona est sous la glace, dans l'eau froide du Lac et elle ne sait pas nager en plus d'avoir peur de l'eau et de l'obscurité. Sa tête est venue percer dans le trou dépourvu de glace il y a un instant avant de replonger dans les profondeurs maritimes. La surface glacée recouvrant le lac est trop fragile près d'elle et je ne peux pas m'approcher de beaucoup. Je suis seule près de cette scène et le sol est terriblement glissant. Ma première action est donc d'appeler à l'aide grâce à la Magie puisque je ne peux pas sortir toute seule mon amie de là. Je prends une brève inspiration avant de m'appliquer et de lancer le sort qui me vient en tête *J'n'ai pas l'droit à l'erreur*. « Periculum ! » Le résultat n'est pas parfait, certainement à cause des quelques sentiments qui s'accrochent encore à mon cœur, mais j'espère qu'il suffira pour attirer d'autres personnes par ici, *j'en ai affreusement besoin*.
Je ne peux pas rester comme cela, à attendre que quelqu'un arrive pour m'aider car peut-être que personne ne viendra. Il est encore tôt et peu d'élèves sont dans le parc, de plus, peut-être les autres croiront-ils à un entraînement. Cependant, partir, c'est la laisser toute seule et ne plus avoir un œil sur la surface glacée du lac, partir c'est risquer de ne pas être là si elle arrive à vaincre de nouveau les flots. Pourtant, je dois faire quelque chose, je ne peux pas rester là à attendre. Si personne ne vient et qu'elle se noie, je m'en voudrais toute ma vie. Mais l'abandonner ici, Merlin...
Je repousse mes pensées sans pitié ; tergiverser ne fait que me prendre du temps, or, je n'en ai pas à perdre.
Je balade mon regard sur l'horizon, cherchant une branche assez longue et solide près de moi. Mes émotions refoulées se jettent sauvagement contre la barrière que j'ai dressée entre elles et moi, si bien que je sens celle-ci se fragiliser, mais *je dois être forte*, Alyona l'est alors je peux également l'être. Je dois résister, me concentrer sur la tâche puis avancer vers la branche tout juste repérée sans glisser, en faisant attention mais en allant le plus vite possible car chaque seconde compte. Et par Morgane, je dois faire tout cela en restant forte et en gardant mes pensées et mes sentiments violents loin de moi car paniquer m'est impossible. Je n'ai pas le choix, je dois y arriver et... *merde plus vite !* La branche serrée entre mes deux mains, je parviens à avancer — non sans difficultés — sur la glace et à revenir à mon point de départ. Mon cœur tambourine bien trop rapidement contre ma poitrine malgré mes efforts pour calmer sa colère et ma terreur. Des larmes manquent de submerger mes yeux tandis que je me couche contre la glace en tremblant ; j'ai tellement peur Morgane ! Et si je n'y arrivais pas ? Je parviens à écarter une dernière fois toutes mes émotions qui essayent par tous les moyens de déborder de moi et de me contrôler mais cela me semble de plus en plus complexe.
La surface glacée est si froide sous mon corps. Je me surprends à imaginer Alyona sous cette surface, certainement gelée et terrifiée, mais cela ne fait qu'augmenter la douleur à droite, dans ma poitrine. Je dois me dépêcher. Ainsi, les pointes de mes bottines enfoncées dans la glace pour éviter de glisser et les paupières papillonnant pour empêcher la panique de me gagner, je tends le bâton devant moi et le plonge aussi profond que je le peux dans l'eau. Maintenant, je n'ai plus qu'à espérer que la Bleue l'attrape et repousser mes pensées bouillonnantes de terreur qui tentent d'atteindre ma concentration fragile. Je perds l'équilibre dans ma propre tête quand Alyona ne va pas bien, c'est terrifiant.
*Merlin, faites en sorte que tout se passe bien, j'vous en supplie.*
⨈
Je suis terrifiée, mais d'une manière inédite. Ce n'est pas comme si j'avais fait quelque chose qu'il ne fallait pas faire ou qu'au contraire, je n'avais pas fait quelque chose que je devais faire ; c'est différent et beaucoup plus fort. Mon esprit ne frémit pas comme quand il sent la menace d'une punition au-dessus de mon crâne, il se mêle et s'entremêle avec ma peur, à croire qu'ensemble ils ne sont qu'un. Je ne parviens plus à raisonner comme je le devrais, réfléchir correctement, contrôler les sentiments et les pensées qui m'assiègent et reprendre en main ma situation ; je n'arrive à rien car la peur s'est emparée de mon esprit. Me détendre est impossible car je ne parviens plus à diriger mes pensées sur quelque chose de simple. Elles sont devenues sauvages, insaisissables, incontrôlables, et elles ne font que répéter dans le vide trop-plein de mon crâne que le Lac me dévorera et s'infiltrera partout dans mon corps car rien ne peut l'empêcher d'atteindre ses désirs.
Et je me noie dans mes terreurs.
L'espoir et le désespoir s'emmêlent dans mon esprit. La chose que je tiens entre mes mains me permettra-t-elle de sortir de là et de remonter à la surface ? Est-elle une algue étrange, un objet appartenant au lac ou un tentacule du Calmar géant ? Est-ce Anaë qui l'a mise là afin de m'extraire du royaume terrifiant de Poséidon ? Cette chose que je ne parviens pas à saisir m'entraîne-t-elle vers le bas ou vers le haut — je crois avoir perdu toute notion d'orientation dans ce dédale sombre et étouffant — ? Et si ceci est vivant et cherche à m'emporter vers les abysses noirâtres du lac pour laisser l'eau remplir mes poumons ? Me suis-je trompée en m'agrippant fermement à cela ? Vais-je sortir de ce cauchemar, Merlin ? Vais-je bientôt me réveiller ? Et si...
Spirale infernale. La chose m'entraîne brutalement vers le haut.
Ma tête perce soudainement la surface et l'air entre de nouveau en contact avec ma peau. L'air ! Est-ce seulement possible ? Est-ce vraiment sa caresse que je sens sur mon visage ? son doux baiser qui réveille mes sens ? Alors que je m'apprête à inspirer profondément, je suis prise d'une quinte de toux et l'impression d'étouffer me saisit la gorge avec violence. De l'eau s'échappe par mon nez et ma bouche pour venir dégouliner sur mon visage. La branche — je reconnais désormais sa rugosité sous mes doigts — est tirée par je ne sais qui vers la glace qui recouvre le lac. Alors que je tente de recracher l'eau qui s'est infiltrée en moi et d'ouvrir mes yeux qui me piquent, je sens plusieurs mains s'agripper à mes vêtements et tenter de me tirer sur la glace. Je ne sais si elles y parviennent car la peur tantôt ravageante dans mon crâne et ma poitrine se retire brutalement, me laissant vide, choquée, soulagée et bouleversée. Des perles salées dévalent mon visage et se mêlent avec l'eau dégoulinant sur mon menton. Mon corps est sorti (non sans peine) du lac et une vague de froid m'attaque soudainement. *Merlin*, c'est terminé. Je répète dans ma tête cette dernière pensée, tentant de l'assimiler, mais je ne parviens pas à prendre totalement conscience de sa signification.
J'ai l'impression que quelque chose explose brutalement en moi, à moins que ce ne soient les sanglots qui déchirent ma poitrine pour éclater violemment dans le paysage immaculé de l'Hiver. Les larmes continuent à humidifier mes joues tandis que mon corps se met à trembler — de froid ou d'émotions ? Je ne sais pas, peut-être les deux. Soudain, quelqu'un pose quelque chose de sec sur mes épaules. Peut-être un manteau ? Je ne m'occupe pas des autres qui m'entourent, trop remuée par mon soulagement et ma terreur quand je pense à ce qui aurait pu m'arriver. Tout est bousculé dans mon esprit : pensées, émotions, sensations, désirs. Je suis lourde de tout, remplie par ce qui m'avait déserté un instant plus tôt.
« Oh, Aly'... » Je reconnais son odeur contre ma peau avant sa voix. Anaë m'entoure de ses bras, me serrant plus fort que je ne la pensais capable. Je ne sais pas quoi lui répondre, de toute façon, aucun mot ne veut franchir mes lèvres. La Verte me serre contre elle et je l'entends sangloter à mes côtés. *Anaë* « Oh, Aly', répète-t-elle, j'ai eu tellement peur ! » L'émotion transperce ses mots. « J'ai... J'ai cru qu'j'y arriverai pas et... et qu'tu m'laisserais pour toujours. » Ses sanglots se font plus violents, plus bruyants. Je ne l'avais jamais vu ainsi, aussi bouleversée. Anaë qui est normalement si forte, sereine et concentrée mais qui à cet instant me paraît aussi fragile que du verre. Son étreinte se desserre et j'en profite pour passer mes bras autour de son cou. Merlin, elle est là, tout près moi, sa peau brûlante contre la mienne, ses pleurs dévalant ma peau et son regard anéanti posé sur moi. « J'suis là, j'suis là... J'te quitterai plus maintenant. » Ses bras se resserrent sur mon corps et je blottis ma tête dans son cou. D'autres mains se posent sur mes épaules et mon dos, me pressant avec Anaë de me relever et de quitter le Lac Noir.
*Plus jamais je ne reviendrai ici*, je m'en fais la promesse.
[∞]
f i n
f i n
Merci à celleux qui ont eu le courage de tout lire.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet