26 juil. 2025, 22:42
Les petits punks au Pitiponk  PV 
@Hyacinthe Kyros

Fin juillet 2050

22 heures 30,
Au 180, Buck Street, Camden, Londres.


Toute la joyeuse bande de pirates rockeurs des Arcane Riot était réunie au deuxième et dernier étage du salon de tatouage Cursed Sigils Tattoo pour le before. Le « before », c’était le terme qui désignait la première partie d’une soirée bien arrosée : on y ingurgitait un maximum d’alcool avant de partir en soirée pour maximiser ses chances de finir ivre mort tout en économisant ses gallions. Marshall s’excitait sur sa batterie, Kayleigh la bassiste et Glenn le guitariste l’accompagnaient avec enthousiasme, tandis qu’Archie le violoniste avait transformé son archet en fleuret et s’amusait à pratiquer l’escrime avec Lloyd le chanteur, qui se défendait avec un coussin. C’était l’anniversaire de Kayleigh et elle comptait bien fêter la mort de ses vingt-cinq ans comme il se devait. Et moi, au milieu de tout cela, je m’étais retrouvée embarquée dans une fête qui ne m’intéressait pas. Pourtant, ce soir, j’avais vingt-ans. J’aimais les T-shirts imprimés de vieux groupes de rock, les jeans serrés avec des trous aux genoux et les baskets Converse à plateforme. Je regrettais mes longs cheveux emmêlés et je détestais mon œil bleu. Je détestais encore plus la femme qui s’était invitée dans ma tête et qui m’avait enfermée dans un coin de son esprit détraqué pendant des jours et des jours… des semaines et des semaines… des mois, même… Cette foutue égoïste néfaste. Je la haïssais et pourtant je n’avais pas de raison de m’en inquiéter, puisqu’elle était morte. Décédée. Elle avait passé l’arme à gauche, elle bouffait les pissenlits par la racine. Couic, clamsée, canée, crevée, claquée.

Elle n’existe plus, alors pourquoi j’ai peur qu’elle revienne ? Pourquoi je la sens encore dans mon cœur et pourquoi j’entends encore son souffle dans mon crâne ?

À la fin du morceau, quand Kayleigh relâcha sa basse et vint s’affaler sur le canapé tout près de moi pour entamer son deuxième litre de bière, je lui arrachai son éco-cup de festival des mains et je bus le liquide jaunâtre cul-sec. Puis, j’attrapai une cigarette dans le paquet qui dormait sur la table basse en palettes sortie pour l’occasion et j’enfumai joyeusement mes poumons, le regard perdu dans le vide. J’en fumai une autre, et encore une autre, puis une troisième avant de remplir à nouveau mon verre.

Je ne savais déjà plus comment je m’appelais quand Lloyd chanta le cri de ralliement, imitant les notes et l’intention d’un chanteur lyrique, chaque note étant plus haute que la précédente :

« Pii-tiiiiii-POOOOONK ! »

C’était le signal. Tout le monde remplit son verre de mauvaise bière pas fraîche à ras bord.

« Un… Deux… Trois ! fit Kayleigh. »

Alors, comme un seul homme, toute la bande, moi incluse, but d’une traite le contenu de son verre. Le dernier à reposer son verre sur la table dans un grand geste bruyant avait un gage : c’était la règle. J’avais beau jouer contre des vétérans, je ne m’en sortais pas si mal sur ce coup. Marshall fut le grand perdant. Peut-être m’avait-il laissé gagner. Plus tard dans la soirée, il devrait payer sa tournée. Ce n’était pas bien original, comme gage, et ce n’était pas bien méchant non plus.

Et puis, nous sortîmes pour prendre le Magicobus qui nous conduirait jusqu’au bar dansant pour sorciers le plus célèbre de Londres. Ceux qui vomissaient dans les transports auraient également un gage : chacun paierait sa tournée. Je me laissai porter comme une feuille sous le vent et je retins trois haut-le-cœur dans les mouvements rapides du bus magique. Archie et Lloyd s’ajoutèrent à la liste des perdants de la soirée.

23 heures,
Le Pitiponk.


Je quittai le Magicobus en titubant aussi bien que mes camarades de beuverie. Je m’accrochai au bras de Marshall pour marcher droit. Il tapa sur la porte secrète du Pitiponk au rythme d’un tube des Bizarr’ Sisters et la devanture du bar apparut dans le mur auparavant vierge. Je n’étais pas sûre de ce que je voyais : était-ce l’alcool ou la magie qui me jouait des tours ? mais dans le fond, je m’en fichais pas mal. J’étais là pour me mettre une sacrée mine. Et oublier que j’étais… Que Kristen Loewy était un tas de cendres dans une boîte en métal.

« J’m’en r’fume une p’tite, balbutiai-je. J’vous r’joins. »

Marshall n’osa pas me lâcher de peur que je perde l’équilibre.

« T’as pas l’air dans ton assiette, depuis quelques jours, fit-il très justement remarquer. »

Je regardai mes pieds pour voir si mes chaussures s’étaient transformées en assiettes. Rien à signaler.

« Non, ça va…, répondis-je, un peu confuse. »

Et puis j’allumai ma quatorzième cigarette de la journée. Heureusement que j’avais un paquet d’avance dans mon sac. Marshall et la bande m’abandonnèrent pour pénétrer dans le Pitiponk tandis que je me reposais le dos contre le mur et que je faisais brûler mon tube de tabac à une vitesse ahurissante. Enfin, je l’écrasai dans le cendrier de rue et j’entrai dans le bar.

Le public était plutôt jeune en moyenne mais il y avait aussi un certain nombre de trentenaires qui avaient décidé qu’on avait le droit de s’amuser même une fois sortis de la vingtaine. Des célibataires qui ne loupaient pas une occasion de sortir et faire de nouvelles rencontres, des couples qui ne supportaient plus la routine du canapé du samedi soir, des trouples qui se retrouvaient joyeusement, et puis toutes sortes de personnes, en vérité.

Ici, on sent qu’on a pas encore clamsé ; ça pue la vie dans tous les recoins, pensai-je en cherchant Marshall du regard parmi la foule de danseurs en face de moi. Je le cherchai longtemps. Deux bonnes minutes, à vue de nez. Et finalement, je le trouvai sur le mur. Attablé. Sur le mur. Avec ses potes. Sur. Le. Mur. L’alcool ne m’avait jamais fait voir de telles absurdités et j’étais persuadée qu’il n’y avait que du tabac dans mes cigarettes parfaitement industrielles. On n’avait pas coupé la bière au jus de Billywig et aucun cake aux prunes dirigeables n’avait été consommé pendant le before. Ni mes yeux ni mon esprit ne me trahissaient donc : c’était bien la magie qui rendait ce miracle possible. Les bulles qui sortaient des oreilles des danseurs, était-ce aussi un produit de la magie de cet endroit ? Je m’avançai à petits pas, assourdie par le son de la musique qui jouait à tue-tête.

Je regagnai le mur et entrepris de le tâter doucement, cherchant quelle formule magique pourrait m’aider à renverser la gravité… Quand je sentis le poids de mon corps basculer. J’étais allongée par terre. Enfin, sur le mur. Les pieds posés contre le coin du sol où s’agitaient les danseurs. Je commençai à douter de la réalité : cela ne peut pas être la magie, je suis beaucoup plus attaquée que ce que je pensais… je n’aurais peut-être pas dû boire un litre et demi de bière avant de partir… D’ailleurs, j’ai furieusement envie d’aller aux toilettes… Ils sont au sol ou sur les murs, ceux-là ?

Je me relevai difficilement en veillant à ne pas abandonner le peu de dignité qu’il me restait sur les murs-sols du Pitiponk et je rejoignis Marshall et sa bande de rockeurs. Il me fit de grands gestes.

« Ben ça, c’est original…, dis-je.
- Piii-tiiiii-POOOOONK ! célébrèrent Lloyd et Archie en levant leurs verres déjà remplis. »

On m’expliqua comment commander à boire. Je consultai rapidement la liste des boissons, complètement perdue, et je glissai quelques mornilles dans mon verre vide.

« Un Tord-boyaux des Gobelins…, hésitai-je avant de poursuivre, s’il vous plaît… Monsieur le verre ? »

Mon verre s’envola subitement vers le plafond, qui était par conséquent devenu le mur, et il manqua de percuter Kayleigh en plein vol. Quelques secondes plus tard, il revint se poser sur la table en accomplissant le miracle de ne pas se renverser – sûrement parce que j’avais été excessivement polie avec mon verre, comme la pancarte de l’entrée et mes compagnons de beuverie me l’avaient chaudement recommandé.

J’avais à peine entamé mon verre (dont le contenu provoquait des gargouillis tintant – cling, cling, cling – dans le creux de mon ventre) quand Kayleigh embarqua Archie sur la piste de danse. Ils furent rapidement suivis de Lloyd et Glenn. Marshall hésita un instant et ses yeux me demandèrent l’autorisation d’aller danser avec ses potes. D’un geste nonchalant de la main, je lui indiquai de déguerpir pour enflammer la piste de danse. Je m’affalai sur la chaise et passai le doigt sur le rebord de mon verre, pensivement et très mystérieusement, n’est-ce pas.

Quand je relevai la tête pour m’échapper de mon esprit trop vide, je remarquai un homme ou une femme, en tout cas une très belle personne, attablée juste à côté de moi. Et je vis sa mèche de cheveux blancs qui tombait sur son visage. Je le pointai du doigt comme un enfant qui aperçoit une girafe dans un zoo pour la toute première fois et je m’exclamai :

« Ben ça alors ! Vous aussi vous avez mangé un sortilège de vieillissement instantané dans la tronche ? »

1533 mots

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28 juil. 2025, 14:00
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Hyacinthe Kyros n’était pas à sa place, et pourtant... il était bel et bien là.

Assis sur une chaise sur l'un des murs du Pitiponk - devenu sol pour quelques heures -, le trentenaire observait les mouvements chaotiques des verres qui se croisaient au plafond, les corps qui se frôlaient, les voix qui se perdaient dans la musique et les lumières. Il y avait dans l’air quelque chose d'agréable dans ce tumulte, lui apportant un intense sentiment de nostalgie. Le genre de chose qui serrait un peu la poitrine quand on y retournait après des années. Il se souvenait de ce bar comme on se souvient d’un rêve fiévreux : flou, coloré, brûlant de sensations trop intenses.

Mais ce soir, Hyacinthe n’était pas là pour revivre le passé. Il était là pour respirer.

La semaine avait été un enfer administratif et émotionnel. Entretiens, rendez-vous, refus de candidatures datant de plusieurs mois et surtout, signature de contrat. Il avait encore du mal à croire que parmi tous les postes auxquels il avait candidaté, celui qui était à Poudlard avait été accepté. C'était fou. Bien sûr que c’était un honneur, une chance. Mais avant tout, c'était l'occasion de rentrer dans l'un des seuls endroits qu'il a appelé "Chez soi". Là où il n'avait plus besoin de se taire, de fuir, de se défendre. Là aussi où il avait survécu, étudié, aimé. Par Merlin, ce qu'il avait aimé ! La simple idée d’y revenir sous une autre identité - celle d'un adulte, professionnel, soignant - était grisante. Le sorcier savait que ce poste allait l’occuper tout entier. Il savait aussi qu’il n’aurait plus de soirées comme celle-ci avant longtemps.

Alors il était venu. Seul. Pour une dernière soirée d’anonymat. Puis pour profiter du Pitiponk comme à l'époque.

-

Le nom même l'avait fait grimacer et sourire à la fois. Hyacinthe ne savait même plus qui l’y avait emmené la première fois. Probablement Lance, ce type exubérant de sa promo qui faisait toujours des plans le vendredi soir. Hyacinthe, à l’époque, n’était pas un habitué des bars. Il l’avait été par la force des choses, un peu, au bout de plusieurs mois intenses, quand son corps lui avait réclamé autre chose que des livres et des heures de réflexion. Le sorcier était venu ici comme on entrait dans un rêve : enjôleur, rieur et regardé, se déconnectant totalement de sa réalité.

Il n’avait jamais été un grand buveur, bien au contraire. Se limitant de rares fois à de l'alcool léger, Hyacinthe fonctionnait presque toujours aux divers jus ou cocktails sans alcool. Cela n'avait pas changé, le goût amer de sa première gorgée de bière, de son premier shot de spiritueux avait laissé une trace particulièrement désagréable. Perdre le contrôle d'une façon aussi libre que ses camarades ivres l'avait terrifié. Le rouquin ne comptait plus le nombre de fois où il avait tenu son verre sans le boire, souriant pour ne pas avoir à s’expliquer, détournant l'attention en se perdant sur la piste de danse.

Hyacinthe avait aimé cet endroit malgré tout. Pour son étrangeté. Son insolence. Ce sentiment qu’il existait en dehors du monde, hors du temps, hors des normes. Il avait rencontré tellement de personnes ici, venant d'horizons différents et partageant avec lui leurs identités et coutumes. Il avait appris qu'au Pitiponk, il pouvait être lui-même sans que personne ne lui demande des comptes. Hyacinthe sourit au souvenir d'une danse sensuelle avec un de ses anciens partenaires. Il se souvint également d'une fête particulièrement endiablée avec ses meilleurs amis qui avait duré jusqu'au bout de la nuit. C'est vrai qu'il s'était bien amusé, à l'époque. Comme la plupart des étudiants qui cherchaient ce bar en week-end, il en était certain.

-

Il avait troqué sa chemise ample pour quelque chose de plus sobre, de plus près du corps. Un haut noir à col dégagé suivait la ligne de ses clavicules et épousait ses bras comme une seconde peau. Hyacinthe ne pouvait pas dire qu'il s'était mis sur son trente et un pour cette soirée, mais il ne pouvait nier qu'il s'était fait beau. Là, assis, avec son seul cocktail de la soirée, il profitait du brouhaha. Peut-être qu'il se lèverai, un peu plus tard. Néanmoins, pas d'aventure, ni de flirt. Juste un verre, et peut-être une danse si l'envie le prenait.

Et puis il y avait cette fille, maintenant.

Elle avait l'air plutôt jeune, elle devait probablement faire partie des étudiants qui venaient ici pour profiter. Ses traits fins semblaient marqués par la fatigue, ou peut-être était-ce l'alcool. La sorcière avait l'air d'avoir déjà eu sa part de consommation. Son regard était à peine remarquable alors que l'attention de Hyacinthe était attirée par sa courte chevelure sombre.

Mais la façon dont la femme avait mis en avant ce point était juste tout à fait inattendue. Hyacinthe resta immobile un instant, la bouche entrouverte, avant d'éclater de rire. C'était plus relâché qu'il ne l'aurait pensé, surtout qu'il n'avait pas eu d'interaction aussi amusante depuis longtemps.

Il passa une main dans ses cheveux, repoussant distraitement la fameuse mèche blanche derrière son oreille.

- Dommage pour vous, dit-il avec un sourire en coin, je suis né comme ça.

Il aurait pu compatir. Il aurait pu creuser. Tout le monde ne se prenait pas de sortilèges de vieillissement instantané sans raison. Mais il n’était pas là pour ça. Et il n’était plus ce garçon qui s’accrochait aux blessures des autres pour oublier les siennes.

- Mais ça ne s'arrange pas avec l'âge, vous savez, ajouta-t-il en la regardant avec humour. Cependant... si vous l'acceptez, je peux vous offrir un verre de consolation. Après celui-ci, je veux dire.

Hyacinthe pointa du doigt le verre que la brune avait dans la main. Il avait gardé son ton contrôlé afin de s'assurer que ses intentions ne seraient pas mal interprétées.

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@Kristen Loewy ^^

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c

29 juil. 2025, 10:49
Les petits punks au Pitiponk  PV 
L’éclat de rire de mon voisin de table couvrit un instant la musique puissante du Pitiponk. Je restai muette un instant, ne comprenant pas l’origine de ce rire : avais-je dit quelque chose de drôle ? En fait… Je ne me souvenais même pas des mots que je venais de prononcer, ils s’étaient déjà évaporés dans les airs, mélangés à l’alcool qui coulait trop vite dans mes veines. Il me semblait toutefois que ce rire n’était pas particulièrement moqueur, alors au lieu de me vexer, je souris en réponse à son rire franc. Ah ben oui, c’que j’suis marrante comme nana quand j’ai trois grammes dans le sang ! Et ce que c’était bon, de s’oublier un peu, de provoquer des rires, d’être suffisamment agréable (apparemment) pour qu’on vous propose un verre. Ce n’était pas l’autre antisociale toute lugubre de Kristen-la-morte-Loewy qui faisait rire les gens, ça non ! Elle, elle provoquait les cris, les pleurs, le dégoût, c’était le genre de personne dont on préfère s’éloigner avant de se faire bouffer par son ego surdimensionné. C’était tellement plus agréable de ne pas être elle, de se connecter à l’humanité, juste un peu.

Je suivis du regard la main de la personne face à moi quand elle passa dans ses cheveux et fit nonchalamment voleter sa mèche blanche jusque derrière son oreille. Ce geste était sûrement tout à fait anodin et inconscient mais je le trouvai adorable. Quand mon voisin de table admit être né ainsi, je haussai un sourcil stupéfait (et je me rappelai la question que j'avais posée). Mes pensées enivrées construisirent une image déroutante d’un petit bébé roux avec quelques cheveux blancs, et l’alcool libérant mon imagination, je vis bientôt le visage du nourrisson creusé par des rides de vieillard, ses cheveux blancs envahissant la totalité de son crâne, comme dans ce film moldu où le personnage principal naît vieux et rajeunit avec le temps.

« Eh bien… murmurai-je pour moi-même, intriguée par ce phénomène inconnu. »

Enfin, quand il proposa de m’offrir un nouveau verre en pointant son doigt vers le mien, je baissai les yeux vers mon Tord-Boyaux des Gobelins à moitié rempli. Mince alors, je ne pouvais pas me faire payer un verre tant que le mien n’était pas terminé. Et j’avais vraiment envie qu’on me paye à boire. Plus par gratification sociale que par soif, à vrai dire. Alors, j’attrapai mon verre avec détermination et je finis ma boisson cul-sec. L’alcool me brûlait l’œsophage et décidément, ce cocktail portait très bien son nom. Heureusement que la musique couvrait le bruit de mon estomac qui tintait comme des clochettes. Le breuvage écoulé, je posai mon verre vide sur la table d’un coup franc, comme un Viking qui frappe sa chope vide contre la table. Je me réjouissais de mon manque flagrant d’élégance. Kristen aurait détesté, elle aurait trouvé cela tout à fait indigne et honteux. En fait, elle le détestait effectivement, du fond de son urne, je le sentais dans mon âme et je pouvais presque entendre ses soupirs désolés dans un coin de mon crâne. J’adorais qu’elle déteste mon comportement, elle qui aurait sûrement préféré siroter un verre de vin rouge en levant le petit doigt. Je m’en fous de ce que tu penses, t’es dé-cé-dée, les morts n’ont pas leur mot à dire !

« Et voilà, fini ! Je veux bien que vous m’offriez un verre. À condition qu’il ne soit pas de consolation. »

Tant que ce sorcier existait à côté de moi, tant que ses rires et ses sourires m'étaient adressés, tant qu'il y avait du monde et de la vie autour de moi, à peu près dirigée vers moi, au-delà de la musique trop forte et des danseurs déchaînés qui ne se souciaient pas de mon existence, je n'avais pas besoin de la moindre consolation. Une voix étrangère couvrait assez bien mes pensées et c'était suffisant pour ne pas m'engouffrer trop profondément dans mon esprit tordu, dans lequel je faisais la guerre à une personne qui n'était plus de ce monde, en essayant de la noyer dans un océan de bières et de cocktails.

686 mots

Équipe Modératus
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31 juil. 2025, 17:10
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Hyacinthe observa le geste théâtral avec lequel la jeune femme vida son verre, puis le fracas fier du récipient contre la table. Une part de lui, longtemps disciplinée, eut un petit sursaut intérieur - mais il s’amusa beaucoup de cette spontanéité. Il ne s’attendait pas à rire autant ce soir, ni à croiser une âme aussi chavirée que la sienne avait pu l’être, jadis. Il ne connaissait pas cette jeune femme, mais l'impression qu'elle lui laissait semblait lointaine. Elle lui rappelait l'époque où il se faisait encore de nouveaux amis, où il rencontrait sans prendre la peine d'y faire attention. C'était bien loin du soin qu'il apportait à sa vie sociale, maintenant. C'était quelque peu rafraichissant, cependant, il ne pouvait pas le nier.

Il hocha la tête, plus pour lui-même que pour elle, et fit signe au verre de repartir en mission avec une formule de politesse mielleuse. Ce dernier s’éleva dans les airs, s’éloignant dans une chorégraphie bancale caractéristique. Le rouquin le suivit un instant des yeux, profitant de ce court répit pour observer à nouveau sa voisine. Elle était si vivante, dans un sens presque douloureux : vive dans ses gestes, dans ses réactions. Peut-être était ce dû à l'alcool ? Les gens pouvaient y réagir tellement différemment... Cela tranchait vivement avec la morosité dans laquelle Hyacinthe avait passé ses dernières semaines, les pieds englués dans des piles de paperasse, le cœur alourdit par le retour dans un monde scolaire qu’il redoutait autant qu’il espérait. Mais non, il ne fallait pas y penser. Hyacinthe était en vacances. Peut-être l'était-il depuis longtemps, avec sa recherche d'emploi qui s'était allongée, mais là, alors que la fin approchait, il comptait certainement en profiter autant que possible.

C’était étrange de revoir le Pitiponk. Pas étrange dans un mauvais sens, mais inhabituel. Changé. Qui est-ce qui gérait la boutique, à présent ? Sûrement pas la même personne qu'il y a dix ans. L'endroit n'avait pas changé, mais les visages, les musiques, les danses... tout était différent. Lui-même l'était, par ailleurs. Il n'était plus le jeune homme nerveux aux joues rouges dont le charme était un jeu qu'il maîtrisait. Non, ce soir, il était un adulte assis dans un coin à regarder la jeunesse s'enivrer d’oubli, un adulte qui discutait avec une jeune femme amusante.

Le verre revint, chargé d’un liquide d’un bleu inquiétant. Il n’avait pas vérifié ce qu’il avait commandé, mais peu importait. Il le posa devant elle avec délicatesse, prenant soin de ne pas interrompre la tension étrange qu’il ressentait. Le trentenaire se contenta d'observer la brune quelques secondes encore avant de poser calmement sa voix.

- Bien, bien, pas de consolation, rit-il de bon cœur. Dans ce cas... trinquons à cette chaude soirée d'été, qu'en pensez-vous ? Le Pitiponk est bien animé ce soir, le temps est bon, la musique pas si mal, et... la compagnie étonnamment agréable.

Hyacinthe n'avait certainement pas eu l'intention de discuter, ce soir. Mais comme quoi, même ses plans bien ancrés pouvaient changer. Il tendit son avant-bras en avant et attendit que la jeune femme puisse -ou non- cogner son verre au sien.

- Vous venez souvent ici, ou c’est une exception pour marquer une occasion ? Demanda-t-il pour faire la conversation. Peut-être qu'elle participait généralement aux soirées étudiantes, pensa-t-il.
546 @Kristen Loewy

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c

31 juil. 2025, 17:51
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Comme mon voisin, je regardai bêtement mon verre s’envoler au plafond, une nouvelle fois ébahie par ce phénomène magique tout à fait inédit et potentiellement dangereux. Je me demandais bien qui remplissait nos verres, là-haut. Un petit elfe, coincé entre le plafond et le plancher, qui se démenait dans un espace trop étroit pour préparer les cocktails et autres shots des clients, rampant difficilement entre deux étages ? Une grosse machine automatique, en cuivre, style steampunk, qui crachait de la vapeur ? Ou bien y avait-il toute une équipe de sorciers au-dessus de nos têtes, à l’étage supérieur, qui voyait des verres jaillir du sol et qui les rattrapait en plein vol avant de les remplir et les renvoyer sans les renverser ? Décidément, le Pitiponk était bien plus magique et mystérieux que le bar-restaurant dans lequel je travaillais. En comparaison, j’avais presque l’impression de bosser pour des moldus qui se faisaient passer pour des sorciers. Cela dit, je n’étais pas mécontente du calme habituel qui régnait dans mon lieu de travail : j’aurais détesté l’odeur de vomi des fins de soirée dans un bar étudiant, et plus encore devoir supporter la vision des sorciers qui se frottent contre des sorcières en pensant que l’alcool autorise tout… J’avais mon lot de gros lourds au travail et j’étais convaincue qu’il y avait ici un potentiel pour être témoin de comportements encore plus inappropriés. J’aurais déjà éventré quelqu’un, c’était certain. Enfin, quand je dis je

Mon verre revint rempli d’un liquide bleu. D’après mon expérience, il s’agissait au choix d’un cocktail à base de curaçao ou d’une liqueur de Lutins de Cornouailles qui pouvait provoquer une sensation de flottement pas franchement désagréable. Dans les deux cas, cela me convenait parfaitement. Je répondis à l’invitation de mon voisin de table en levant mon verre vers lui. Ils se heurtèrent, je le regardai bien dans les yeux parce que c’était la règle, et je bus une petite gorgée. Je commençais doucement à prendre conscience des alcools qui se mélangeaient dans mon estomac (bientôt, je serais si ivre que je ne considérerais plus que cela pouvait être un problème). Je pensai vaguement : demain matin, je vais regretter… Mais demain est un autre jour ! Et j’avalai une gorgée de plus avant de reposer mon verre sur la table.

« Merci, fis-je poliment. »

Le rouge me monta aux joues quand mon partenaire de la soirée confia que la compagnie (ma compagnie !) était agréable. Ou peut-être était-ce l’alcool, encore une fois. En tout cas, je me sentis flattée. Mais quel charmeur, dites donc ! Et on dirait bien qu’il ne fait même pas exprès !

« C’est la première fois que je viens ici… Enfin, je crois. Si je suis déjà venue, je ne m’en souviens pas. J’ai perdu la mémoire y a pas longtemps, en vérité, répondis-je le plus honnêtement du monde. »

Je me fichais bien de passer pour une folle, une malade ou une dérangée. Ici, des bulles sortaient des oreilles des gens et d’autres rotaient des petites flammes vertes. Alors franchement, avoir perdu la mémoire ne me semblait plus si aberrant. J’oubliais toute la honte qui m’avait habitée quand j’avais séjourné à la Nouvelle-Sainte-Mangouste ou, encore avant, quand j’avais rencontré Aelle et qu’elle m’avait pris pour une aliénée qui ne connaissait rien à la magie. Ah, celle-là ! Elle était mal placée pour prendre les gens pour des dingues ! Kristen Loewy l’aimait beaucoup, cette fille-là, et cela n’avait rien d’étonnant : elles rivalisaient dans la folie ! C’était insupportable de les regarder se chamailler. Combien de fois avais-je voulu m’extirper de ma prison mentale pour leur dire : vous n’avez pas fini de vous prendre la tête, bande de dingues ? Aelle, avec ton rire de démente, et toi, Kristen, avec tes injonctions contradictoires de folle manipulatrice ? Entretuez-vous, qu’on en finisse !

Ce n’était plus nécessaire, maintenant. Aelle ne pouvait pas tuer quelqu’un qui était déjà mort. Et moi, j’étais revenue sur le devant de la scène le jour où Kristen avait compris qu’elle n’était plus rien. Elle avait cédé et j’avais triomphé !

« Mais pour tout vous dire, j’en profite pour célébrer un heureux événement. Je fête la mort de quelqu’un ! dis-je beaucoup trop joyeusement en levant à nouveau mon verre avant d’avaler une autre gorgée de cet étrange cocktail bleu. »

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@Hyacinthe Kyros

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1 août 2025, 23:44
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Le trentenaire resta un moment suspendu aux paroles de la jeune femme, son verre toujours levé, à mi-parcours entre le toast festif et le réflexe d’auto-défense. Il la fixait avec une expression difficile à déchiffrer - quelque part entre le fou rire et l’inquiétude prudente qu’on réserve à ceux qui disent des choses trop étranges pour être immédiatement classées. C'était sacrément inattendu. Cela rajoutait pourtant grandement à la perplexité de Hyacinthe.

Pourtant la jeune femme, de son côté, rayonnait. Sincèrement. Joyeusement. Un éclat presque enfantin dans les yeux, comme si elle venait d’annoncer avoir gagné à un concours de grimaces ou trouvé une grenouille qui parle. Pas une once de gêne. Et ça, justement, c’était... hilarant. Inquiétant, mais hilarant.

Hyacinthe réprima un rire un peu nerveux en posant lentement son verre sur la table, de peur qu’un geste brusque n’invite une confession encore plus étrange. Il croisa les doigts devant lui, pencha la tête légèrement sur le côté, particulièrement intrigué par les paroles de la brune. Il ne revint pas sur ses pertes de mémoire - il n'était pas au travail et elle était une inconnue. Puis de toute façon, la seconde intervention de la sorcière avait retenu son attention avec bien plus de force.

- La mort de quelqu’un, hein... répéta-t-il à mi-voix, comme s’il goûtait les mots pour la première fois. Voilà qui annonce tout de suite la couleur.

Il émit un léger rire étouffé et s’enfonça un peu plus dans le dossier de sa chaise, comme pour se ménager une marge de repli selon la tournure que prendrait cette conversation inattendue. Une pensée enfouie refit surface à cette évocation. Lui aussi, autrefois, avait souhaité la mort de quelqu’un. Ce désir, longtemps enseveli sous le déni et le besoin de se réparer, avait pourtant trouvé un appui dans la colère farouche du jeune Hyacinthe, qui s’y était accroché comme à une échappatoire pour tenter de se libérer de son passé. Aujourd’hui, tout avait changé. Mais il pouvait aisément comprendre la jeune femme devant lui, du moins si son histoire avait quelque chose en commun avec la sienne.

Son regard s’attarda un instant sur la lueur bleue du cocktail de la jeune femme, alors qu'il buvait une gorgée de sa propre boisson. Décidément, cette soirée prenait des détours de plus en plus absurdes. Et pourtant, Hyacinthe ne s’ennuyait pas une seule seconde.

- Vous avez l’air sincèrement ravie, alors j’imagine que ce décès en question vous a apporté un peu de légèreté. Il sourit avec un air presque complice. Cela dit, vous êtes de loin la personne la plus divertissante que j’aie rencontrée ce mois-ci, et je vous assure que j'ai croisé un sacré paquet de recruteurs et de fonctionnaires particulièrement étranges.

Il s’interrompit pour une gorgée, relaxant la grimace qui était apparue ces dernières secondes. Décidant de continuer sur sa lancée, Hyacinthe fit un geste vague de la main et reprit.

- Vous êtes réellement en train de boire à la mémoire de quelqu’un qui vous a pourri la vie, ou est-ce que je suis tombé sur une poétesse morbide qui transforme ses métaphores en toasts alcoolisés ?

Ou, troisième option, il était face à une personne peu recommandable. Mais ce n'était pas vraiment important, pour l'instant. Le rouquin la regarda, amusé par ce mélange de chaos et de légèreté. Il ponctua sa phrase par un clin d’œil joueur puis leva à nouveau son verre, à présent à moitié vide. Il ne se sentait pas encore compatissant vis-à-vis de la brune, mais plutôt sincèrement curieux. Son estomac n'était qu'à peine impacté par le plaisir un peu coupable d’être embarqué dans une histoire qui promettait d’être bien plus tordue que prévu.

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11 sept. 2025, 16:22
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Le regard perçant de satisfaction, je pris note de l’amusement de mon voisin de table ; s’il savait, pauvre homme, à quel point j’étais sérieuse sous ma joie alcoolisée. Le décès de Kristen Loewy m’avait-il apporté de la légèreté, ou était-ce la brûlure dans ma gorge qui me faisait pousser des ailes ? Sûrement un peu des deux… Ce qu’on devient lourd, quand on est habité par un fantôme plein de noirceur : l’inexistence de la sorcière noire, du moins l’anéantissement total de son corps et la disparition temporaire de son esprit ne pouvait que m’aider à vivre plus légèrement. Que ce monde était absurde, de toute façon ! Autant devenir encore plus absurde que lui ! Que rien n’ait de conséquences, ni le mensonge, ni la vérité, ni la culpabilité, ni le chagrin, ni la peur, ni la colère, rien, puisque tout cela ne menait à rien et c’était parfaitement grisant ! Oui, je me sens plus légère puisque tout cela, l’univers et ses lois, ce n’est que du vent, ça ne pèse rien !

J’ouvris de grands yeux sur mon verre et clignai deux fois des paupières : je commençais à voir un peu plus flou et mon esprit embrumé tirait vers la franche démence ; mais ce n’était pas grave non plus, après tout, cela aussi, c’était de l’air.

« Si c'est la vérité qui vous divertit, vous ne devez pas vous amuser très souvent, lâchai-je gaiement. »

Je sentais bien que j’aurais pu raconter tout ce qui me passait par la tête, dévoiler tous mes secrets : en fait, techniquement, moi aussi je suis morte, enfin, j’ai eu un corps qui est mort, et puis l’autre aussi est sûrement couic, mais le premier est dans le deuxième, cette personne dont je parle, elle m’a pourri la vie mais elle m’a pourri la mort aussi, que dire de plus, j’ai quelque part entre vingt et cinquante ans, c’est difficile à dire, ah, j’oubliais, il paraît que je suis amie avec un dragon super rare, style le dernier de son espèce, mais je ne suis pas sûre que ce soit vraiment moi qui soit son amie, de toute façon je l’ai perdu, et puis j’ai perdu ma baguette aussi, la baguette de Sureau, ça vous parle ? Enfin, je vous dis ça : je, elle, nous, c’est du pareil au même, on ne fait plus trop la différence quand on est cinglé. Et vous, sinon, c’est quoi votre histoire ? Vous ferez gaffe, votre verre commence à se vider dangereusement.

J’aurais obtenu des yeux ronds et le sourire amusé et (éventuellement) compatissant qu’on adresse aux dégénérés qui semblent trop perchés pour être véritablement dangereux. Tout ce foutoir insensé aurait pu grandement me divertir, moi aussi. J’aurais pu tenter l’expérience. Pourtant, je choisis de répondre (toujours très honnêtement) à sa question, les pensées malgré moi dirigées vers celle que je croyais être mon ennemie :

« Les métaphores, c’est pour les coincés qui n’osent pas dire ce qu’ils pensent, pour les prétentieux qui se croient tellement malins et obscurs qu’ils préfèrent s’adresser aux autres comme si c’étaient des abrutis incapables de comprendre quoi que ce soit sans transformer les choses en images, ou pour les arrogants qui veulent se la jouer poètes morbides, justement. Je suis rien de tout ça. »

La coincée des sentiments prétentieuse et arrogante, c’est celle qui est morte, justement ; moi je suis tout le contraire, absolument tout le contraire et je continuerai à faire tous les efforts du monde pour m’en convaincre !

« Et vous, vous êtes quoi ? demandai-je brusquement, à peine consciente que ma question, au-delà de manquer cruellement de politesse, était terriblement vague. »

Désolée pour l'immense retard :sweatingbullets:

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11 sept. 2025, 21:06
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Hyacinthe accueillit la réponse de la jeune femme comme on reçoit une gifle en plein milieu d’un sourire : sans l’avoir vue venir, mais sans en perdre le masque pour autant. Il la fixa quelques secondes, encore, son regard brun figé sur ce flot de paroles qui mêlaient ivresse et lucidité d’une manière déconcertante. Elle n’avait pas seulement répondu à sa question - elle avait ouvert une brèche, une fissure à travers laquelle il entrevoyait autre chose. Quelque chose de brumeux, d’instable, mais de vrai.

Il ne sut dire si c’était fascinant ou dangereux. Peut-être les deux.

Mais Hyacinthe était au Pitiponk, ce soir. Il n'était pas dans son ancien bureau à Patras, et il n'était certainement pas encore dans son futur bureau à Poudlard. Il n'avait pas à réfléchir comme un psy, bien qu'il ne le faisait souvent pas exprès. Il était là pour passer une soirée tranquille, et sa discussion avec la brune le mettait dans le bon chemin. Il ne voulait pas commencer à analyser tout ce qu'elle lui disait dans de telles conditions. Un silence bref s’installa, le temps que le rouquin repose doucement son verre et croise les mains devant lui. Elles étaient détendues, l'une avait quelques doigts qui bougeaient de haut en bas contre la table. Puis un léger sourire étira ses lèvres, presque indulgent.

- Alors... vous ne croyez pas aux métaphores. Voilà qui a le mérite d’être clair.

Son ton était calme, amusé, mais il laissait deviner une pointe d’admiration pour cette brutalité honnête. Peu de gens osaient parler sans détour, et encore moins dans ce genre d’endroits, sous le vernis de l’alcool et des néons colorés. Hyacinthe se pencha légèrement, ses yeux ne quittaient pas la jeune femme. Ils sondaient dans ce chaos apparent la logique intime qui y résidait forcément. Car il connaissait cette mécanique - l’ivresse de l'alcool qui libère plus qu’elle n’invente, qui délie des vérités enfouies plutôt qu’elle ne fabrique des mensonges.

- Vous m’intriguez, à vrai dire. Beaucoup de gens se parent de mots, de voiles, de grands airs pour éviter d’avouer ce qu’ils pensent vraiment. Je ne suis pas exclu de cette majorité. Vous, vous choisissez l’inverse. C’est audacieux...

Il laissa planer cette remarque comme une constatation posée, sans émettre le moindre jugement. Puis il releva son propre verre, observant le liquide qui reflétait la lumière tamisée du bar, quelque peu réflexif. Cette conversation l'encourageait étrangement à adopter une honnêteté qui lui était inhabituelle. Pourtant, ses défenses tentaient le tout pour le tout de recouvrir sa réponse de miel.

- Quant à ce que je suis, un petit rire lui échappa, teinté d’une ironie amère. C’est une question complexe, vous savez. Il est difficile de faire preuve d'autant d'honnêteté que vous.

Il fit tourner le verre entre ses doigts, songeur. Dans le reflet trouble du liquide, il revit l’étudiant qu’il avait été : celui qui passait ses week-ends enfermé dans ses manuels tandis que ses camarades vidaient leurs verres au Pitiponk. Celui qui, malgré ses airs appliqués, avait su séduire et se glisser avec aisance dans le jeu social, jusqu’à manier les situations avec un détachement presque méprisant. Celui qui avait tenu bon et qui avait fuit son passé s’agrippant à la seule chose qu’il pouvait maîtriser : ses études. Un garçon qui, un soir de trop, avait souhaité la mort de quelqu’un, comme elle venait de l’avouer avec tant de relâchement.

Aujourd’hui, il se demandait si ce vœu ne l’avait pas façonné plus qu’il ne voulait bien l’admettre.

Hyacinthe releva les yeux vers elle, un éclat amusé revenu dans son regard, mais derrière lequel se dissimulait une profondeur plus trouble.

- Mais disons que je suis… quelqu’un qui s'efforce de rester en équilibre. Même si certaines rencontres ont le chic pour bousculer la balance. Son regard s'attarda sur la sorcière, attentif. Ce soir, je suis avant tout votre voisin de table. Est-ce que cela vous convient ?

Hyacinthe ponctua ses mots par un sourire en coin, souple, presque charmeur.
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@Kristen Loewy

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11 sept. 2025, 22:29
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Sous le regard de l’homme aux cheveux roux et blancs, je me sentis soudainement dévisagée, exposée, presque un peu honteuse : d’être trop, de déblatérer tout ce que je pensais en prenant l’alcool pour prétexte, quand l’homme face à moi semblait si calme, posé, tout réfléchi avec sa tête qui tournait normalement. Je sentis même poindre une vague déception de constater le gouffre abyssal qui séparait nos deux humeurs. Quand il ajouta que je l’intriguais, j’aurais pu me satisfaire à nouveau, me sentir exceptionnelle, juste un peu, parce que très peu de personnes sont intrigantes, dans le fond. Mais face à son calme olympien, je me sentis surtout comme une bête de foire ou un curieux animal que l’on dissèque avec intérêt. La distance entre nous s’allongea plus encore quand il admit lui-même faire partie de la majorité. La foutue majorité, la masse sans cervelle qui file tout droit. Je n’étais pas la majorité, ça non, et le plus souvent, cela me convenait très bien ! Cela convenait très bien à Kristen Loewy aussi. Cependant, je commençais à me demander jusqu’où je pourrais me confier avant de passer pour une véritable demeurée que l’on observe avec curiosité avant de passer son chemin, sans plus prendre garde aux extravagances que je débitais. La notion d’équilibre finit de planter le clou dans le cercueil de cette conversation. Voilà où nous en étions : lui cherchait l’équilibre, et moi, je me laissais joyeusement tomber dans le vide.

Le charme de son sourire et de son regard n’eut, dès cet instant, plus aucun effet sur moi. Je repoussai mon verre dans lequel il restait quelques gouttes.

« Non, ça me convient pas du tout, commençai-je. Vous aussi, vous vous parez de voiles, si bien qu’ça crève les yeux, finalement. »

Je soupirai d’ennui. L’alcool amplifia l’effet recherché et si je n’y avais pris garde, j’aurais presque pu postillonner droit dans mon verre pour rallonger mon cocktail quasi-vide.

« J’en conclus que vous êtes pas quelqu’un d’audacieux… Et puis, désolée, mais en matière de divertissement, on a aussi vu mieux. L'équilibre d’un voisin de table, c’est d’un ennui. »

Je me redressai et osai lui pousser un peu l’épaule du plat de ma main.

« Heureusement que j'suis là pour vous bousculer, mh ? Entre inconnus, on peut tout se dire, on ne se reverra sûrement jamais, j’aurais peut-être bien tout oublié de vous demain matin et rien de tout cela n’aura la moindre conséquence. Soyons clairs : j'me fous de votre nom, de votre profession, quels recruteurs et quels fonctionnaires vous avez rencontré, je me fous de vos anecdotes, je me fous encore plus de votre famille et de vos amis, ou de ce que vous faites le dimanche et toutes ces conneries. Moi j’veux savoir ce qui vous révolte, ce qui vous anime, ce qui vous empêche de dormir la nuit, ce qui vous déséquilibre et ce qui justifie ce voile sur votre visage. Allez ! De l'audace, par Morgane ! »

Je me décidai finalement à boire la malheureuse goutte au fond de mon verre et je recommandai deux verres, l’un pour me rafraîchir la bouche et me brûler la gorge, l’autre que j'espérais propice à délier la langue de mon voisin de table, et peu m’importait qu’il n’ait pas fini le verre qui était encore sous son nez. Je m'aperçus alors que l'homme en face de moi aurait pu être n'importe qui, en vérité : j'avais juste besoin de stimulation - parle, parle, parle et dis des choses intéressantes, dis des choses que personne ne dit, dis ce qu'on n'ose pas... Franchis les frontières, casse les barrières et défonce les digues ! Merde, Kristen Loewy n'est pas bien morte au fond de ma tête.

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14 sept. 2025, 18:05
Les petits punks au Pitiponk  PV 
Hyacinthe écouta la sorcière sans broncher, pas un clignement, pas une ride supplémentaire dans son expression. Mais sous cette surface lisse, ça grondait. Sa tirade avait trouvé ses failles et s’y engouffrait comme une lame acérée. Elle avait raison, mille fois raison, et le trentenaire se cachait délibérément de cette vérité. Il le savait bien, et il l'avait toujours su. Son équilibre n’était qu’une illusion pathétique, une façade qui l’empêchait de chavirer. Seules ses années en Grèce avaient pu lui faire maintenir ses murs aussi fermement. Mais à quoi bon le nier ? Se découvrir ? Montrer tout ça à une inconnue, dans ce bar rempli de rires et de musique ? C’était insensé. Inutile. Dangereux.

Et pourtant.

Il aurait voulu être chez lui, cloîtré dans ses quatre murs, seul face au silence, pour lui répondre comme il fallait. Parce qu'il en voulait à la brune, pour l'avoir mis face au mur. Il en voulait à l'alcool qui la poussait probablement à lui parler ainsi, lui qui n'avait rien demandé. Il s'en voulait de tomber dans le panneau petit à petit et de s'être attaché à cette discussion inattendue. Et pourtant, après la tirade de la sorcière, Hyacinthe sentait que ce qu'il renfermait frappait ses murs à toute allure. Il aurait voulu hurler, déverser toute la haine et le feu qui lui brûlaient encore la poitrine. Il aurait voulu cracher les mots, pleurer, lui montrer la plaie béante qu’il passait son temps à cacher sous des pansements de politesse. Mais il était là, au plein milieu d'un bar, parfaitement sobre. Et elle ne lâchait pas.

Le rouquin détourna les yeux un instant, incapable de soutenir son regard, ses doigts se crispant autour de son verre. Il inspira profondément, comme s’il hésitait à franchir une frontière dont il connaissait les conséquences. Ce genre d'occasion ne se représenterait sûrement pas. Hésitait-il encore vraiment, ou est-ce qu'il tentait de s'en convaincre ? Parce qu'il était certain que lentement, il cédait.

La véhémence de sa colère resta enfouie tandis que son contenu même se faufilait au travers de la dureté de sa voix. Une fatigue crue creusait ses traits et lui donnait soudain l’air plus vieux de dix ans. Après tout, pourquoi garder les apparences alors que la femme souhaitait tant qu'il les brise ? Elle avait raison, de toute façon. Ils n'allaient probablement jamais se revoir. Elle allait probablement tout oublier le lendemain.

- Ce qui me révolte, hein ?...

Sa voix n’était plus charmeuse : elle sonnait râpeuse, lourde, presque cassée. Il était clair que Hyacinthe se contenait encore malgré les mots qui avaient tant de mal à sortir de sa bouche.

- C’est de devoir m’endormir dans une chambre où je n’ai jamais été en sécurité. C’est de me réveiller toutes les nuits, le cœur battant, parce que mon corps n’a jamais appris à croire au repos.

Ses doigts tambourinaient contre la table, nerveux. Les mots sortaient malgré lui, trop bruts, trop vrais, tandis que son regard était emprunt de douleur. Il regardait dans le vide, l'esprit tourné vers ses propres pensées.

- Ce qui me révolte, c’est mon père. D’avoir encore à contenir la haine que je lui porte, jour après jour, depuis toutes ces années. De rêver encore de lui mettre mon poing dans la mâchoire, même si ça ne suffirait jamais. C'est... Me retenir, toujours me retenir, parce qu’il fallait grandir, être responsable, gommer le gamin destructeur que j’étais pour pouvoir fuir la merde dans laquelle je me trouvais.

Il se tut une seconde, l’air absent, avant d’ajouter dans un souffle :

- Je sauve les gosses de leurs problèmes parce que personne ne m’a sauvé, moi. Et ça ne suffit jamais. Ça ne suffira jamais.

Ses épaules s’affaissèrent, vidées de toute la tension qu’il retenait jusque-là. Son visage n’avait plus rien d’un masque : seulement une lassitude, une douleur encore vive, et derrière, un creux immense. Qu'est-ce qu'il était fatigué. Tellement fatigué.

Hyacinthe se passa une main sur le visage, repoussa son verre, incapable d’avaler une goutte de plus. Il eut un rire bref, sans joie. Déblatérer tout ça ne lui avait fait aucun bien. Il avait l'impression que ses vieilles blessures s'étaient réouvertes au fil de ses mots.

- Voilà. Vous n'auriez rien d'autre qu'un type fatigué qui a appris à tenir debout après avoir fuit. Juste quelqu’un qui n'arrive pas à rebondir et qui s’accroche à ses jolis mots pour donner le change. Ça suffit à la société, paraît-il. Mais pas à moi, jamais... ça n'a jamais suffit.

Ses yeux se relevèrent enfin vers elle, ternes, épuisés. Il n'aurait pas du laisser tout ça sortir. Ce que sa compagne de beuverie pensait de lui n'avait aucune importance, mais les mots tournaient si vite dans son esprit que Hyacinthe fut prit d'un mal de crâne presque immédiat. Il allait regretter amèrement, il le savait. Dès qu'il allait sortir du cadre animé du Pitiponk et revenir à la normalité de son appartement, il allait faire une crise. Il avait du sortir, ce soir... quelle idée. Rentrer avec son cœur si ouvert allait le mettre dans tous ses états. Mais pour l'instant... pour l'instant, il était encore sous le coup de l'émotion. Le reste allait venir après. Hyacinthe ne pouvait certainement pas tout gérer en même temps.

Il prit de longues secondes pour reprendre son souffle. Le trentenaire savait que s'il continuait dans cette voie, il allait quitter le bar bien plus tôt que prévu tant son humeur avait été affectée. Puis, finalement, après un temps presque interminable, il reprit la parole. Sa voix était plus claire qu'auparavant, elle lui ressemblait beaucoup plus. Néanmoins, elle était encore un peu tremblante sous l'effort qu'avait demandé l'aveu.

- Est-ce que c'est le genre de discours qui vous convient ?
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@Kristen Loewy, j'ai tenté un truc ! 👀

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