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10 oct. 2018, 22:29
 RPG   PV  Noir & blanc cassé
I


Parmi les accréditations du secrétariat général figure le traitement de la correspondance publique du ministre de la Magie. Tous les hiboux adressés à ce-dernier sont ainsi réceptionnés, lus, et traités par le secrétariat général. Ne finissent sur le bureau du ministre de la Magie, à côté de la correspondance privée, que les hiboux qui requièrent son attention particulière : le rapport urgent d’un ambassadeur, la demande d’audience d’un dignitaire important, le signalement d’un conflit naissant par un informateur accrédité etc.

*

« Monsieur, Kristen Loewy est arrivée. »

J’ôtai mes lunettes de lecture puis me massai les yeux en analysant la situation. Voilà trois jours qu’un hibou nous était parvenu de Poudlard. Deux que le secrétariat général avait fait savoir à la directrice de Poudlard qu’elle serait reçue ce dimanche 6 septembre à 14h par nul autre que moi-même. Et si mes calculs étaient exacts — ils l’étaient — cela faisait huit mois et demi que j’attendais sa réponse. J’adressai un sourire à Béatrice par-dessus le traité de libre-échange des bois magiques. Sourire qu’elle me rendit.

« Comment est-elle ? »

« Fidèle à elle-même. Aussi sombre que votre optimisme à son sujet me parait déraisonnable. »

J’opinai sans répliquer verbalement. Béatrice Reynold avait servi sept ministres de la Magie. Sept ! Elle en savait plus long sur moi ou sur quiconque que ce quiconque en saurait jamais sur elle. L’affronter sur le terrain des pressentiments revenait à se persuader qu’il vous restait la moindre chance de survie balancé au milieu d’une horde de loups-garous. Je mis donc un peu d’ordre dans mes affaires et invitai Béatrice à faire entrer le professeur Loewy dans le bureau.

Pour être fidèle à elle-même, Kristen Loewy l’était. Tout de noir vêtue — je lui opposai par un malheureux hasard un complet blanc cassé — l’oeil aiguisé, et peut-être un brin sévère en apparence, la maîtresse de Poudlard n’aurait pu paraître moins impressionnante. Je me levai et lui tendis ma main.

« Bonjour professeur, j’espère que vous ne venez pas pour m’annoncer que ma petite dernière a enfreint une dizaine de règles élémentaires en seulement… six jours ? »

Ô que non ! Elle ne venait pas pour ça.

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13 oct. 2018, 17:41
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« Je ne suis pas idiot. Je sais que je n’ai aucun don pour le combat. Me présenter à la tête d’une armée de volontaires aurait exactement le même effet que le souffle un peu trop poussif d’un enfant qui essayerait de monter un château de cartes. Mais si c’était vous qui les meniez… et bien je crois que cela changerait absolument tout. Notre intervention serait plus forte tant sur le plan humain que sur le plan politique. »

- Aussi surprenant que cela puisse paraître, je n’aime pas beaucoup faire la guerre, Monsieur Blackwave. Même quand j’ai la conviction qu’elle est juste. Je prendrai soin de réfléchir longuement à votre proposition. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte. »


_________


Faire la guerre à Stanislav Stoyanov et ses Noirfangueurs, ne pas la faire… Effectivement, Kristen y avait longuement réfléchi. Certains diraient trop longuement : qui sait combien de vies avaient été ôtées aux sorciers contestant la politique de Stanislav Stoyanov, combien aux Moldus coupables uniquement d’être ce qu’ils sont ? Chaque journée d’indécision avait peut-être été le théâtre d’un meurtre de plus – hé ! pourquoi un seul ?

Mais quel homme politique – quel Ministre -, élu par ses concitoyens pour sa compétence supposée, ne se serait reposé que sur une seule personne pour mener une bataille de cette ampleur ? Il fallait être fou. Dallan Blackwave avait certainement une autre solution ; trouver des solutions est le travail des politiciens, paraît-il, à moins qu’il consiste plutôt à camoufler les problèmes qu’ils créent eux-mêmes sous d’autres scandales plus ou moins pertinents.

Kristen, en effet, n’aimait pas beaucoup faire la guerre. Elle avait fait cette réflexion à Dallan Blackwave quelques mois auparavant, mais elle s’était surprise à penser la même chose face à Tran Hong Dao plus récemment, qui sentait qu’il était intéressant de l’avoir à ses côtés en tant que maîtresse de la Baguette de Sureau. Kristen était, alors, un bras armé dont on pouvait disposer selon les circonstances. Et Kristen n’aimait pas cela.

Certes, cette position était le résultat de ses actes, ou plutôt de ses actions, mais avait-elle jamais demandé à agir ainsi ? Elle s’était retrouvée dans un engrenage qui s’était lancé quand elle avait simplement voulu sauver sa peau, puis celle de Poudlard, et celle de Beauxbâtons… Survivre était épuisant. Faire la justice, plus encore. Certes, elle n’était jamais partie en exil, loin des problèmes du monde ; pas depuis un bout de temps, en tout cas. Au fond, peut-être qu’elle aimait ça : se battre pour ce qui est juste. Cela remplissait la vie.

Aujourd’hui, elle essayait de reprendre un rythme décent, qui lui aurait fait horreur quelques années plus tôt. Elle aimait et voulait avoir le temps d’aimer : Aude, sa famille – Owen, certes, mais pourquoi pas aussi son père, qui était malade depuis quelques mois ? Pour aimer sa mère, en revanche, il lui faudrait peut-être toute une vie, sans dormir.

Donc, Kristen n’aimait pas particulièrement faire la guerre, même pour combler le vide.

Et puis, il y avait le sujet de la guerre.

Si elle avait voulu se faire cheffe d’une armée, l’aurait-elle dirigée avec suffisamment de bonne volonté contre Stanislav Stoyanov et ses hommes ? Si le nom de Stoyanov était déjà un argument pour en douter, Kristen aurait pu le contrebalancer en se souvenant du mal que cet homme avait fait à sa famille, pour commencer, mais aussi à tant d’innocents. Au mal qu’il avait fait à Arseni.

Des éléments la bloquaient, cependant. Deux d'entre eux était accessible à sa conscience : Stanislav l’avait aidée face à Legallet et il le retenait encore : l’attaquer signifierait, peut-être, mettre en péril la prison de Pierre Legallet. Deuxièmement, Stanislav était un ennemi suffisamment puissant pour mettre en danger ceux que Kristen aimait : il ne s'agissait pas simplement de mener une armée de corps : c'était une armée de vies, et chaque ennemi de Stanislav était en droit de s'inquiéter non seulement pour sa vie, mais aussi pour celle de ceux qui gravitent autour.

Les autres arguments qui la faisaient douter étaient rangés au fond de son inconscient, enterrés entre les tiroirs de la fascination et de quelque chose d’autre, qui lui était encore plus obscur.

Bien sûr, ce n’était pas quelque chose qu’il convenait de dire à Dallan Blackwave – ni à personne.

La directrice de Poudlard se fit introduire dans le bureau du Ministre et ils se serrèrent la main très proprement, comme une directrice de Poudlard et un Ministre de la magie. À la remarque amusée du politicien, Kristen haussa un sourcil.

« Je ne me déplacerais pas pour une dizaine seulement. »

Elle lissa sa cape de sorcière avec ses mains et décida d’entrer dans le vif du sujet.

« Ma visite concerne la discussion que nous avons eue à la sortie du procès de Monsieur Sturrlock. »

Sans se faire attendre, elle poursuivit :

« Je ne pense pas être la personne qu’il vous faut. »

15 oct. 2018, 18:31
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II


Une légende populaire entre les murs de Beauxbâtons raconte que l’académie accueillait autrefois une sorcière aux intentions si pures que son Patronus était d’un blanc immaculé, un blanc si pur que la lumière qui émanait du Patronus pouvait dissiper la plus obscure des magies noires. La légende ne raconte pas ce qu’il advint de cette sorcière, mais son Patronus se tient toujours à l’entrée des jardins de l’académie : un fantastique lion blanc assit sur ses pattes arrières.

*

Sur le moment, je ne trouvais rien de mieux qu’un sourire appuyé pour accueillir la décision de Kristen Loewy. N’en oubliant pas pour autant la courtoisie, je lui désignai la chaise vide devant mon bureau avant de me rasseoir.

« Quel dommage… j’aurais presque préféré la première version. Celle où vous émettiez l’hypothèse d’une incompétence de ma part en matière d’éducation et d’une progéniture incontrôlable… mais il n’en est rien. »

Dire que j’étais surpris de la tournure que venaient de prendre les évènements aurait été un bien grand mensonge. Huit mois et demi d’attente avaient largement suffi pour me forger une conviction à ce sujet. Reste que s’entendre dire « non » était plus désagréable que le fait de se l’imaginer.

Nous restâmes silencieux durant quelques instants, le temps pour Béatrice de nous servir le thé dans un magnifique service en porcelaine. Je guettai une occasion d’accrocher le regard de ma vieille secrétaire, mais cette occasion ne se présenta pas. Elle referma la porte du bureau derrière elle. J’étais définitivement seul face au refus de la directrice de Poudlard.

Ne restait plus qu’une chose à faire.

Je tirai le tiroir qui contenait ma baguette, l’empoignai puis la pointai vers un coin vide de la pièce.

« Expecto Patronum, murmurai-je. »

Un lion d’un blanc immaculé surgit du mur.

« Préviens l’Ordre des Conjurateurs que je viendrais seul. »

Le Patronus acquiesça avant de disparaître d’un seul bond vers le mur. Je fixai l’espace vide où l’esprit-gardien se tenait encore il y a une seconde.

« Que savez-vous sur Stanislav Stoyanov que je ne sache pas ? demandai-je à Kristen Loewy. »

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17 oct. 2018, 20:23
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Kristen regarda la chaise, puis le Ministre, puis la chaise. Enfin, elle s’assit, croisant les jambes et posant ses mains sur ses genoux, son dos droit collé contre le dossier. Le thé fut servi, ce qui n’était pas pour déplaire à la directrice de Poudlard. Elle s’efforça de sourire poliment à la secrétaire et la suivit du regard quand celle-ci s’en alla. Dès qu’elle fut seule avec le Ministre, elle reporta toute son attention vers le sorcier. Elle enregistrait, comme à son habitude, chacun de ses gestes et récoltait des informations qu’elle répertoriait dans son carnet mental. Par exemple, elle nota que le Patronus de Blackwave était un lion – ce qui lui semblait être d’assez bon goût : son appréciation aurait sans doute été différente si le Patronus du Ministre de la Magie de Grande-Bretagne avait été un rat des champs.

Et par exemple, elle nota ces mots : « L’Ordre des Conjurateurs ». Elle entreprit d’abord d’en faire une analyse sémantique : « Ordre » rappelait, pour tout sorcier britannique un peu informé, le célèbre Ordre du Phénix. « Conjurateur » faisait plutôt penser aux sorciers qui repoussaient les mauvais sorts. Quant à ce que cela signifiait vraiment, elle n’en avait aucune idée. Un nouveau groupe de sorciers formé pour poursuivre on ne sait quel but, certainement – il y en avait tellement. Les gens adoraient s’associer pour parvenir à un objectif commun. La plupart du temps, cela lui semblait étrange. Bref, elle plissa les yeux en interrogeant le ministre du regard. Il devait s’attendre à quelques questions en parlant librement de cet Ordre devant Kristen, et celle-ci n’avait pas l’intention de se gêner…

Mais la question du ministre la surprit avant. La directrice de Poudlard haussa un sourcil, se demandant ce qu’elle pouvait bien savoir de plus que Blackwave au sujet de Stanislav Stoyanov. Elle répondit simplement :

« Eh bien, il me faudrait déjà avoir une idée de ce que vous savez le concernant. »

Et elle poursuivit :

« D'ailleurs, je me doutais que vous trouveriez une autre solution. L’Ordre des Conjurateurs ? »

21 oct. 2018, 10:27
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III


Quelque chose travaillait l’esprit de Dallan tandis qu’il fixait Kristen Loewy droit dans les yeux. Il avait beau tourner le problème sous  des angles différents, il n’arrivait pas à comprendre l’attrait que Stanislav Stoyanov et les siens arrivaient à exercer sur des personnes tout à fait sensées et conscientes de leur dangerosité. En son temps, Arseni Stoyanov, qui le premier avait souffert de la folie de son demi-frère, ne s’était pourtant résolu à détruire les Noirfangueurs. Il avait essayé, dit-on, mais Dallan devait constater avec une certaine amertume que si tentative il y avait eu, celle-ci n’avait pas fonctionné. Aujourd’hui, Kristen Loewy lui donnait le sentiment de suivre un chemin parallèle à celui emprunté par son ami. Un chemin nimbé de mystères. Dallan lui-même commençait à ressentir la force de cet attrait sans savoir si c’était sa fibre de chercheur qui vibrait pour cette énigme ou bien quelque chose de plus profond, une question qu’il s’était posé il y a très longtemps et qui, sans nécessairement trouver de réponse fixe, avait changé sa vision du monde.

Dallan — Pas grand chose. C’est ce qui me préoccupe le plus. Je suis le représentant d’une institution qui croit que tout finit par se savoir… d’une façon ou d’une autre. Cette institution dispose de moyens considérables pour acquérir ce qu’elle veut savoir. Mais cet homme défie à lui seul cette arrogance. Personne ne sait ce qu’il souhaite réellement, c’est la seule certitude que nous avons. Et pourtant sa mise en scène relève du génie puisque tout indique qu’il se rapproche progressivement de ce mystérieux but. Après coup, même son exclusion de la Confédération internationale des sorciers semble coller à ses plans, quand bien même nous pensions affaiblir sa position.

Dallan recula sa chaise et se mit à arpenter son bureau d’un pas mesuré, les bras croisés dans son dos. En passant devant la porte, il mima une incantation sans la prononcer et constata avec humeur que le mécanisme qu’il avait lui-même conçu fonctionnait toujours à merveille. Le bureau était désormais isolé de tout. Des oreilles indiscrètes aussi bien que du ministère ; même le caractère soupçonneux de Kristen Loewy n’y vit que du feu. Dallan pouvait s’exprimer en toute confiance désormais.

Dallan — On m’a élu pour trouver des solutions, mais il se pourrait que toutes mes tentatives soient condamnées à échouer en ce qui concerne les Noirfangueurs. Stanislav Stoyanov détient un pouvoir qui dépasse mon entendement, et mon entendement n’est pas aussi ridicule qu’on le pense en matière de magie noire. C’est pourquoi, je crois, que les Noirfangueurs ne survivront pas à la mort de Stanislav Stoyanov. Bien sûr, ils continueront d’exister, et une autre tête le remplacera s’il venait à tomber, mais ma conviction est faite : son pouvoir est irremplaçable et l’organisation se délitera avec le temps s’il n’est plus. Reste le problème de son exécution… c’est là que l’Ordre des Conjurateurs entre en ligne de compte maintenant que vous vous êtes désistée. Vous n’en avez jamais entendu parler car il n’est pas censé exister. Mais il existe.

L’idée de contacter cette unité d’élite faisait partie d’un plan plus vaste auquel on pouvait rattacher l’exclusion de Stanislav Stoyanov et la proposition faite à Kristen Loewy de le combattre. Dallan aimait cultiver les alternatives. Ce n’était pas une compétence qu’il avait acquis en politique mais au cours de ses recherches. Un peu comme la libellule qui teste chaque angle de passage avant de trouver celui qui lui permettra de contourner un obstacle. Dallan passa près de la baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur un océan d'étoiles en contrebas.

Dallan — L’Ordre des Conjurateurs a été fondé par la Confédération internationale des sorciers mais il en est totalement indépendant. Il s’agit d’une unité d’élite, intervenant sur des dossiers triés sur le volet. Des dossiers auxquels la coopération internationale ne parvient pas à répondre. L’Ordre des Conjurateurs intervient sans jamais laisser aucune trace. Je suis entré en contact avec l’un de leurs porte-paroles. Au final, eux seuls décideront de répondre ou non à ma requête, mais je crois que si même les Conjurateurs ne peuvent trancher la tête de Stanislav Stoyanov alors personne ne le pourra… et dans ce cas, il me faudra m’exposer beaucoup plus que je ne le souhaite présentement.

Dallan ouvrit sa main et d’un influx de magie appela sa tasse de thé qui vola comme une balle à travers le bureau.

Dallan — Cette histoire deviendrait une histoire d’êtres humains et c’est ce que je redoute le plus… découvrir l’humanité de cet homme.

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22 oct. 2018, 18:37
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C’est en observant le bureau du Ministre que Kristen écouta son long discours. Dallan Blackwave avait beaucoup à dire, et la directrice fut surprise, à vrai dire. Elle craignant qu’en déclinant l’offre du Ministre, celui-ci ne se décide pas à lui faire part de la moindre information : ce qui aurait provoqué chez notre protagoniste une sérieuse indignation. Mais Blackwave n’était pas ainsi : il n’était apparemment pas secret comme l’était Arseni ou, après lui, Aldérande Slughorn. Finalement, ce ministre-là était quelqu’un qui paraissait beaucoup plus simple que ses prédécesseurs : il était un homme avant tout.

Un homme qui avait pour ambition d’exécuter, ou plutôt de faire exécuter Stanislav Stoyanov. Kristen déglutit. Elle espéra que c’était discret : elle n’avait pu s’en empêcher. Malgré toute la rancœur qu’elle éprouvait à l’égard de ce sorcier, imaginer sa mort lui déplaisait.

Ainsi, cet « Ordre des Conjurateurs » était une sorte de milice qui œuvrait pour la Confédération. Kristen ne savait qu’en penser. Faire appel à cette organisation pour « trancher des têtes » lui donnait la désagréable impression que les gouvernements ne voulaient pas se salir les mains, en agissant dans un tel secret. Si Kristen Loewy avait une idée de la morale assez trouble, elle sentait que ce système posait tout de même quelques problèmes de sincérité politique – et c’est logique, car ses deux mots se marient assez mal.

Soudainement, Dallan ne lui semblait plus si moralement irréprochable : son image de père de famille bienveillant, propulsé en politique pour en faire autrement, s’effritait.

« Effectivement, il est bien plus facile de commander la mort de quelqu’un à une organisation secrète que se salir les mains. Cela fait tout drôle, quand on se rend compte qu’un être humain est un être humain. Votre bonne conscience ne le supporterait pas. »

Elle adressa au ministre un sourire empreint de cynisme et observa sa tasse de thé. Après avoir tué quelqu'un, le thé n'a plus jamais le même goût, pensa-t-elle.

Kristen se releva et haussa le menton.

« Vous êtes le Ministre de la Magie. La politique m’est très peu connue, mais mon âme étrangement idéaliste me pousse à espérer que gérer des histoires d’êtres humains est votre travail. »

Un soupir. Elle ferma les yeux et reprit :

« Je ne sais pas grand-chose de Stanislav Stoyanov. Je ne crois pas que qui que ce soit puisse se vanter de le connaître, moins encore de le comprendre. Ce que je peux vous affirmer avec certitude, en revanche, c'est qu'il aimait sincèrement son petit frère. »

22 oct. 2018, 23:43
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IV


Dallan — Étrangement idéaliste hein…

Dallan n’avait fait que regarder Kristen Loewy par-dessus son épaule en l’entendant se lever. Il replongea cependant le nez dans sa tasse de thé en mettant de l’ordre dans ses pensées. La célèbre Kristen Loewy désapprouvait la méthode. Dallan n’était pas dupe, il savait reconnaître le discours bien rôdé d’un avocat quand il en entendait un et Kristen Loewy faisait une avocate particulièrement singulière dans cette histoire, mais une bien mauvaise politicienne. Une chance qu’Arseni Stoyanov l’ait assez bien cerné en son temps. L’indépendance administrative de Poudlard n’était pas un cadeau fait au collège en lui-même, malgré toute l’affection que l’enfant de Durmstrang avait éprouvé à l’égard du rival britannique, mais un cadeau fait à la langue bien pendue de Kristen Loewy. Avait-elle seulement conscience de ça ?

Avalant une longue gorgée de thé, Dallan reporta son attention sur l’océan d’étoiles. Si la politique ne pouvait faire tomber Stanislav Stoyanov de son trône, tout homme capable d’aimer qu’il fut, quel autre choix avait-il à sa disposition que celui de lui couper la tête ? L’empire des Noirfangueurs n’en était qu’à ses premiers coups d’éclat, Dallan en était convaincu. Bientôt, peut-être plus tôt qu’il ne le prévoyait ou que Kristen Loewy ne se l’imaginait, Stanislav Stoyanov serait capable de propager son idéologie anti-Moldu sur tout l’échiquier européen, voir de l’imposer par la force comme il l’avait imposé dans son propre pays. Peut-être que Kristen Loewy ne s’en soucierait que lorsque cette idéologie frapperait aux portes de Beauxbâtons et que le coeur de sa compagne se comprimerait de peur à la simple évocation du traitement qu’on réserverait aux né-Moldus de son ancienne maison ? Peu importe, il serait déjà trop tard à ce moment-là.

Dallan souffla discrètement en se massant la poitrine. La douleur lui revenait. Le temps tournait plus vite qu’il ne l’avait vu s’écouler.

Dallan — L’amour… quelle magie étrange… j’ai connu bien des hommes et des femmes qui se sont arrachés la tête en essayant d’en saisir l’essence. J’ai vu des insensibles céder aux émotions en le découvrant et des émotifs s’assécher en le perdant… énigme insaisissable que celle de l’amour. Si Stanislav Stoyanov aimait à ce point son petit frère, pourquoi oeuvrait-il tant à sa mort ? Et si je me trompe sur toute la ligne, si Stanislav Stoyanov servait un but beaucoup plus noble qu’il n’y parait, pourquoi Arseni souhaitait-il tant sa destruction ?

Une question épineuse dans tous les sens du terme. Quel que soit l’angle d’attaque, elle épinglait quiconque se la posait.

Dallan — Deux hommes de cette qualité ne peuvent chercher la même chose. Nous savons désormais que par malheur Arseni Stoyanov n’atteindra jamais son but. Libre à vous de ne pas vous impliquer, mais j’entends bien priver son demi-frère d’atteindre le sien. Arseni ne l’aurait pas accepté.

Dallan retourna à son bureau.

Dallan — Si ce n'est déjà fait, Legallet lui livrera bientôt les derniers secrets qu’il entend posséder, y compris ceux qu’il avait réussi à dérober à Arseni.

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24 oct. 2018, 15:34
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Après le père, après le politicien, venait le philosophe de l’amour. Kristen, qui aurait pu se reconnaître dans son discours : « J’ai vu des insensibles céder aux émotions en le découvrant », n’y fit que très peu attention. Elle se rattacha plutôt aux questions concrètes du Ministre : pourquoi fait-on souffrir ceux que l’on aime, et ceci plus particulièrement rattaché au cas de Stanislav et Arseni Stoyanov ? En fait, elle n’avait aucune explication à cela. Mais n’était-ce pas cela, le cœur du problème de l’amour : ne pas avoir d’explications ? Seuls les deux frères auraient pu y répondre – et encore, peut-être l’ignoraient-ils eux aussi. Kristen repoussa violemment les questions qui rattachaient ces considérations à sa propre expérience de l’amour – sa première expérience, il y a des années de cela. Elle ne voulait pas y penser. Les yeux dans le vague, elle s’attacha à balayer ses troubles.

Et puis, elle releva brusquement les yeux. « Arseni ne l’aurait pas accepté. »
Kristen serra les dents, comprima sa mâchoire jusqu’à sentir l’emboîtement de ses molaires. Dallan Blackwave se permettait-il d’insinuer que Kristen se fichait de ce qu’Arseni aurait voulu ? Que maintenant qu’il était mort, elle ne se préoccupait plus de sa mémoire ? Elle en rêvait presque toutes les nuits. « Arseni ne l’aurait pas accepté ». « Arseni ». Qui était-il pour prononcer le nom d’Arseni comme un ami, pour prétendre agir en son nom ? Les morts ne parlent pas, pensa Kristen. Ses yeux bleus flambaient. De colère, de regret, de culpabilité, de tout cela à la fois. Kristen se sentait acculée. Acculée par le souvenir d’Arseni, par tous les sentiments contradictoires qu’elle éprouvait et ne pouvait combattre.

Que voulait Arseni ? Avait-il voulu sauver son frère en le détruisant ? Avait-il simplement voulu se venger ? J’ai vu ses souvenirs, pensa Kristen. J’ai été à son chevet, j’ai voulu le protéger. J’ai renoncé, pour mon fils. C’est lui qui a pensé à Owen, qui a pensé que je ne devrais pas me battre pour lui. Elle repassa ainsi l’historique de ses discussions avec Arseni et tenta de se prouver qu’il y avait bien eu un lien entre eux. Il m’a confié ses dernières volontés, j’ai donné une vie meilleure à Elena. Et elle renoua ainsi les fils de ce passé trop vite passé, elle entreprit de faire un nœud si fort que rien, ni le temps, ni les insinuations de qui que ce soit, ni ses cauchemars, ne pourraient le défaire. Elle imprégna dans son esprit la voix d’Arseni : « Je n’ai aucun souvenir de vous avoir déjà vue si pressée de me voir », « Si vous deviez garder un souvenir de moi, souvenez-vous que j’avais toujours le sourire. » et plus cette voix s’imprégnait, plus ses yeux flambaient sous ses sourcils froncés.

Kristen déglutit et tenta d’arborer un masque d’impassibilité : mal fait, à vrai dire. Elle voulait maudire Dallan Blackwave et le monde entier. Le nom de Legallet lui donna la violente envie de taper dans un mur, ou dans cette stupide baie vitrée qui faisait croire que l’immensité du ciel pouvait tout apaiser. Au lieu de cela, elle soupira longuement.

« Vous savez depuis notre dernière entrevue ce que je pense des agissements de Stanislav Stoyanov. Mais libre à moi, en effet, de ne pas m’impliquer plus avant. Arseni, justement, a été le premier à me rappeler que les mères ne peuvent pas toujours se permettre de mettre leur baguette au service des grandes guerres. »

Son visage était toujours clos, mais le doute transparaissait dans sa bouche trop serrée, dans ses sourcils froncés. Après une pause, elle reprit avec beaucoup de sérieux :

« Je crois que les politiciens ne peuvent pas non plus se permettre d’agir comme bon leur semble. Ce doit être aussi pour cette raison que la politique me fait horreur. »

Alors, elle commença à comprendre autre chose à propos de Stanislav Stoyanov. Elle comprit pourquoi le voir mourir lui déplaisait, du moins en partie. En fait, elle voulait qu’il soit jugé, car elle avait besoin de comprendre. Le tuer ainsi, sans autre forme de procès, représenterait un échec.

« Vous avez sans doute raison. Il est très probable que Stanislav Stoyanov mérite de mourir, d’une part pour les nombreux crimes qu’il a commis, d’autre part pour que l’influence des Noirfangueurs s’assèche. Mais ne voulez-vous pas le comprendre ? Ne croyez-vous pas qu’Arseni l’aurait voulu, lui aussi ? »

25 oct. 2018, 10:28
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V


Le silence était roi. Je pouvais entendre la respiration de Kristen, son souffle régulier. Une peur irrationnelle de briser ce silence s’empara de moi, si bien que j’osais à peine bouger. Les yeux de Kristen, d’un bleu profond, me renvoyaient mon propre reflet comme s’ils m’incitaient à l’introspection.

Le bois craqua. J’en profitai pour cligner des yeux.

Mère… le mot et sa signification tourbillonnaient dans ma tête comme des feuilles mortes ballottées par les vents contraires. Ils firent rejaillir un violent sentiment de culpabilité en moi-même. Un sentiment de culpabilité que le silence aggravait. Comment cette information avait-elle pu nous échapper ?

Je l’ignorais.

Notre ignorance n’en excusait pas moins mon comportement. C’était une chose de proposer à une personne avec peu d’attaches de mener une expédition punitive, mais s’en était une autre de le proposer à une mère. Et si Kristen avait accepté ?

J’ignorais que vous aviez un enfant, avouai-je à mi-voix pour ne pas trahir mes émotions.

Je croisai mes mains sur le bureau en baissant les yeux sur mon alliance. Inévitablement, la voix d’Abigail se mit à gronder dans un coin de mon esprit, lourde de reproches : « comment ça tu as demandé à cette pauvre femme d’abandonner son enfant ? » J’exécrais cette position inconfortable.

Je suis désolé.

Je n’étais pas prêt de me l’excuser, moi. Je m'adossai au dossier de ma chaise, les bras posés sur les accoudoirs, et je relevai les yeux vers Kristen. Elle n’avait pas bougé d’un iota, telle une statue grecque au regard intense. Elle voulait la peau de Stanislav Stoyanov, ça ne faisait aucun doute, mais elle appelait à un procès équitable. Une façon pour elle, certainement, d’obtenir la vérité ou tout du moins une partie de cette vérité.

Je vais y réfléchir.

La tasse de thé posée de près de moi s’était refroidie. Tout comme mon désir d’en découdre avec Stanislav Stoyanov.

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28 oct. 2018, 15:02
 RPG   PV  Noir & blanc cassé
C’était une surprise. Kristen ne pensait pas avoir révélé une information ignorée du Ministre : elle était partie du principe que puisque Arseni savait qu’elle avait un fils, ce fait n’était, depuis son mandat, plus ignoré de ses successeurs. Pourtant, l’argument qui n’était pas tout à fait destiné à en être un fit mouche et l’ambiance devint pesante. Kristen ne savait plus quoi dire ; peut-être parce qu’il n’y avait rien à dire. Elle observa encore Dallan Blackwave, enfoncé dans son siège ministériel. Elle serra les mâchoires.

« Ce n’est pas quelque chose que je crie sur les toits. Une femme avec un enfant risque de recevoir davantage de menaces de ses ennemis. »

Elle inclina la tête avec une légère cérémonie. Froide et fière pour compenser la révélation de l’une de ses plus grandes faiblesses : son fils.

« Monsieur Blackwave, je vous souhaite une bonne réflexion. En avons-nous terminé ? »

Il lui semblait que tout était dit, désormais. Blackwave ne paraissait plus si déterminé à exécuter Stanislav Stoyanov sans passer par un procès équitable de la communauté magique internationale. Kristen ne se demanda pas si elle avait fait une erreur en tentant d’ébranler ses convictions, si les conséquences seraient dramatiques, ou si, au contraire, c’était une bonne chose. Elle l’avait fait, c’était tout – et c’était souvent ainsi que se passaient les choses, avec elle.