4 mai 2021, 17:02
La beauté survit à l'oubli  PV 
@Mark Dole

7 mars 2046, 17h45

Les élèves qui allaient partir dans le Dominion se préparaient encore à affronter des épreuves inimaginables, presque deux mois après leurs entraînements personnalisés. Pour Tramontane, Gryffondor sportif, un géant et des bracelets décuplant la force. Pour Gates, adepte de la métamorphose, une création magique assez incroyable, le Morphus. Zarbi, l'amoureuse de la nature, avait eu droit à une escapade avec Jeremiah Gleann et ses curieuses graines, et pour Livingstone, cette fille étrange qui avait osé câliné la directrice et qui semblait carrément à l'ouest, on avait opté pour les runes. Il avait fallu faire jouer des contacts, préparer ces rencontres minutieusement, convaincre les intervenants de révéler leurs secrets alors même que certains d'entre eux étaient repoussés par la bonne communauté sorcière. Mais il fallait bien ça : c'était peut-être une question de vie ou de mort. Ce n'était pas les autres élèves qui inquiétaient le plus Kristen, même si elle se demandait comment Poudlard s'en sortirait face à des écoles adeptes de magies qualifiées de déviantes. Certes, elle aurait voulu que la morale des abrutis soit une bonne fois pour toute balayée sous le tapis, autoriser l'enseignement de toutes sortes de magies à Poudlard - évoluer, par Morgane ! Elle recevait déjà des lettres enflammées de parents inquiets. Il aurait été un véritable plaisir de leur rétorquer de ne pas s'en faire, qu'à Poudlard, on n'avait pas peur de la magie, qu'on avait bien conscience qu'une baguette, après tout, c'était une arme. Mais tout le monde ne méritait pas d'accéder à ces savoirs. Même Aelle Bristyle, qui piquait pourtant la curiosité de la directrice, ne le méritait pas. En fait, elle le méritait sans doute moins encore que d'autres - la Poufsouffle était bien loin du compte. Oui, elle aurait voulu faire évoluer Poudlard, mais Poudlard ne le méritait pas. Les uns étaient trop formatés : le mal c'est mal ! et les autres complètement inconscients, à fantasmer sur la noirceur comme ces moldus aux coupes grotesques des années 2010. Si les enfants étaient moins bêtes, il serait plus facile d'enseigner !

Ce n'était pas les autres élèves, donc, malgré certains de leurs avantages. Ce qui l'inquiétait le plus, c'était le Dominion lui-même. La dernière fois qu'elle y avait mis les pieds, elle avait combattu une Manticore et un Sphinx. Les ossements de la Manticore y étaient-ils encore ? Son crâne parfaitement coupé en deux parties égales, le trouverait-on ? Et le cadavre du Sphinx, cette créature qui était en fait un homme ? Ce n'était pas à coups de Lumos et de Wingardium Leviosa qu'ils s'en sortiraient.

Peut-être bien qu'ils étaient foutus. Kristen s'assurait que cela n'arriverait pas. Elle ne le permettrait pas. Mais lui demandait-on sa permission ? De bout en bout, elle s'était sentie piégée. Cette idée de ne rien pouvoir contrôler lui était insupportable. Même face à Aude, elle se sentait honteuse. Plus encore qu'avant.

En attendant, la vie à Poudlard s'efforçait de continuer. Il avait fallu trouver du nouveau personnel, certains ayant préféré partir pour telle ou telle raison. Un départ n'était jamais chose aisée, car cela impliquait une réorganisation certaine, de nouveaux entretiens - Kristen détestait ça ! Mais parmi les départs du début d'année, celui d'Amy Holloway ne lui avait fait ni chaud ni froid. Elle avait presque haussé les épaules en l'apprenant, et lui avait plus ou moins aimablement souhaité bon vent. Son remplaçant était arrivé en janvier, peu de temps après. Mark Dole était un bel homme, certes, et ancien Auror. C'était à peu près tout ce qu'il fallait pour faire s'écrier les midinettes de Poudlard, même si ce n'était absolument pas la raison pour laquelle il avait été retenu.

Il avait demandé à Kristen un rendez-vous pour lui parler du programme de Défense contre les Forces du Mal, mais la directrice de Poudlard n'en savait pas plus. L'heure venue, Kristen entendit toquer à sa porte. Il avait donc le mérite d'être ponctuel, en plus d'avoir une plastique à faire craquer les adolescentes. Kristen rangea quelques papiers sur son bureau : dossiers d'élèves, coupures de journaux du monde, lettres diverses, et se leva pour rejoindre l'entrée de la pièce.

« Bonsoir, Mark. Entrez, je vous en prie, fit-elle en ouvrant la porte. »

Elle lui indiqua les deux fauteuils autour de la table ronde, lieu privilégié de réception des invités, et s'y dirigea elle-même, attendant que son collègue se fût assis pour l'imiter.

Équipe Modératus
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4 mai 2021, 22:12
La beauté survit à l'oubli  PV 
Ce n’était que la deuxième fois que Mark se rendait dans le bureau de la directrice. Après un entretien où l’ancien Auror ne s’était pas trouvé très convainquant, il avait eu l'heureuse surprise d'être accepté au poste d'enseignant de défense contre les forces du Mal. Un tournant radical dans sa vie qui lui avait permis de prendre un nouveau départ.

Les premières semaines dans ce nouvel emploi n’avaient pas été aussi simples qu’il se l’était imaginé. Lui qui avait eu l’occasion d’affronter certaines des plus terrifiantes forces obscures de ce monde pensait que faire face à une bande de jeunes sorciers serait une partie de plaisir. Foutaises ! Pour mettre en place une organisation tirée au cordeau et faire comprendre à ses adolescents qu’une baguette ne servait pas qu'à se curer le nez, Mark avait sué sang et eau sur ses premiers cours. Aujourd’hui, fort de ces deux mois d’expérience, il avait pris ses marques et s’épanouissait dans son rôle d’enseignant. Loin d’être une vocation, c’était désormais son quotidien.

Après une après-midi sans cours que l'anglais avait mis à profit pour faire un peu d’exercice, il était désormais temps de retrouver Kristen Loewy pour leur entrevue. Mark l’avait sollicité mais était resté bref sur le contenu de sa requête. L’homme ne savait pas s’il était d’usage de demander l’intervention de la directrice dans un cours et préférait s’entretenir avec elle de tout cela posément plutôt qu’au détour d’un couloir.

Alta alatis patent.

Mark n’avait pas saisi le sens exact du mot de passe permettant d’accéder au bureau de la directrice mais, à son annonce, l’accès se libéra. Parfait. Il n’en demandait pas plus. L’homme avala les dernières marches d’un pas assuré. Il était plutôt confiant sur le fait que la directrice accède à sa demande. Kristen Loewy, aussi charismatique soit elle, n’impressionnait pas vraiment Mark. Certes aujourd'hui elle était sa supérieure hiérarchique mais, il y a quelques années, elle occupait elle-aussi le poste de professeur de défense contre les forces du Mal.

Arrivé devant la porte, Mark sortit une montre à gousset d'une poche latérale de sa robe. À travers la vitre fêlée - souvenir malheureux d’un match de Quidditch -, l’anglais vit la grande aiguille pointer le chiffre neuf. Pile à l’heure. Trois coups contre la porte et il fut invité à entrer. Mark ne se fit pas prier pour pénétrer dans ce magnifique bureau à la décoration riche. À peine avait-il fait un pas sur le sol noir qu’il ne put s’empêcher d’observer chaque recoin de la pièce. Tournant la tête de gauche à droite et de haut en bas, l’enseignant ne voulait manquer aucun détail. Un vieux réflexe qui lui permettait d’en apprendre rapidement un peu plus sur la personne qui vivait entre ses murs. Observer, analyser, agir. Une rengaine rabâchée maintes fois par ses instructeurs à l’École des Aurors. Dans ce bureau qu’il redécouvrait, Mark remarqua, entre autres, l’absence des portraits des anciens directeurs sur les murs. Pour l’homme, cela montrait une véritable envie pour Loewy de rompre avec le passé de Poudlard. Peut-être même cherchait-elle à conduire l’école de sorcellerie dans une direction nouvelle.

Ce n’est que quelques secondes après son entrée que Mark, paré d'un sourire franc, finit par saluer la directrice en la fixant droit dans les yeux pour la première fois depuis son arrivée.

« Bonsoir Kristen. Merci de m’accorder un peu de temps. »

Après avoir glissé ses doigts dans ses cheveux bruns pour tenter vainement de relever une mèche rebelle, Mark prit place sur l’un des fauteuils de tissu dans un espace semblable à petit salon où il fut rapidement rejoint par le professeur Loewy. L’homme ne perdit pas une seconde pour exposer son projet. Il s’exprima avec une attitude naturelle, presque trop amicale, qu’il avait du mal à réprimer. Paumes en avant et ouvertes vers le plafond, son corps participait lui-aussi activement à la discussion.

« Bon voilà, j’ai prévu, dans deux semaines, un cours de septième année qui portera sur la magie noire. C’est un sujet, paradoxalement, aussi attrayant que terrifiant pour les élèves. Depuis mon arrivée au château, j’ai déjà eu l’occasion d’exposer mon point de vue à ces sorciers et je pense que ce cours gagnerait en intérêt avec un regard nouveau sur ce type de magie. J’ai alors tout de suite pensé à vous. Quel plus beau sp… Mark s’apprêtait à dire “spécimen” mais il se ravisa par crainte de paraître irrespectueux. Spécialiste que vous pour cela ? Si vous acceptiez de leur compter quelques-unes de vos expériences, je suis persuadé qu’ils en sortiraient grandis. »

Détective privé à Pré-au-Lard
DDM de Gryffondor du 1/9/46 au 13/10/46
Ancien professeur de DCFM

6 mai 2021, 16:32
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Kristen s'installa dans le fauteuil face à l'enseignant de Défense contre les Forces du Mal, jambes et bras croisés, le menton naturellement relevé. Cette attitude figée contrastait assez avec la mobilité de Mark. Seul un sourcil de la directrice osa se lever quand le sorcier évoqua la magie noire, et ce fut finalement un coin des lèvres qui s'éleva aussi quand le professeur poursuivit sa présentation. Kristen crut même entendre l'écho d'un "spécimen" censé la qualifier, mais elle n'arrivait pas à en être certaine. Ses oreilles lui jouaient peut-être un tour. Il y avait de toute façon peu de chances pour que Mark ait réellement osé la comparer à quelque phénomène de foire.

« J'en conclus que vous estimez que nos avis à ce sujet divergent, dit-elle calmement. »

Après tout, Mark avait une formation d'Auror, soit de chasseur de mages noirs. Il semblait assez logique que la plupart d'entre eux aient un avis assez arrêté sur la question des couleurs de la magie. Cela étant, envisager une discussion était tout à l'honneur du professeur - peut-être même qu'il faisait partie de cette espèce rare de personnes qui se posaient des questions. Kristen ne savait toutefois pas encore où le professeur voulait en venir, exactement.

« J'imagine que vous prêtez une oreille attentive aux rumeurs et que vous êtes particulièrement attaché aux détails. Des réflexes d'Auror, à n'en point douter. »

Récolter des informations, écouter aux portes, interroger des témoins, suivre des pistes, traquer... Dès qu'il ouvrait la bouche, Mark suintait l'Auror. Kristen se demanda s'il avait conscience de l'ampleur de la chose. Enfin ! De toute façon, la rumeur comme quoi Kristen pratiquait la magie noire avait bien pris à Poudlard, et par conséquent jusque dans les familles d'élèves - et sans doute au-delà, si bien qu'elle ne cachait même plus sa main noircie. Par ailleurs, l'image d'une directrice volant sur un dragon enrobé de noir et ravageant tout à coups de Feudeymon à la Nouvelle-Zhuangyán devait avoir fait son chemin entre les professeurs de Poudlard, peut-être suffisamment pour que les nouveaux membres soient aussi au courant. Bref, ses affinités n'étaient plus vraiment un secret. Décroisant le bras droit et agitant sa main pour illustrer son propos, elle répondit :

« Vous voudriez donc que je leur raconte des histoires. Un cours ne suffirait probablement pas, il va me falloir faire un tri. Avez-vous des préférences, des pistes ? En tant qu'ancien Auror, vous avez dû leur partager un grand nombre de vos propres expériences. »

Équipe Modératus
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7 mai 2021, 22:32
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« Diverge ? Je ne sais pas. »

Mark comprenait néanmoins l’interrogation de la directrice. Même si l’enseignant de défense contre les forces du Mal aurait plutôt parlé d’un “avis complémentaire”, Loewy pointait là un élément important. L’homme avança son buste pour appuyer ses avant-bras contre ses cuisses.

« Ce dont je suis sûr c’est que j’ai bénéficié d’une formation ... Mark s’arrêta un instant pour réfléchir tout caressant le rebord de la table basse du bout de l’index. Non, je dirais que j’ai suivi une formation qui n’a laissé aucune place à l’interprétation personnelle. J’ai été forgé, formé, cadré, limité, entraîné ou tout ce que vous voulez selon un schéma défini. Plus jeune, je pensais que tout était tout blanc ou tout noir. Mais mes différents voyages m’ont permis de voir que ma vision sur l’essence même de la magie était imparfaite. Elle possède une nature plus complexe que celle que l’on m’a instruite. Le ton de l’homme de l’homme devint plus lourd. Et je pense qu’il vous est arrivé de la toucher du doigt. »

Sans se cacher, Mark dirigea son regard sur la main noircie de la femme. Aucune volonté d’un humour douteux. L’anglais était persuadé que par son âge et son expérience, Kristen Loewy disposait de connaissances qu’il ignorait. Il était inutile de se voiler la face.

Même si elle ne lui avait pas donné de confirmation claire, la directrice semblait disposer à accepter la proposition. Lorsque la femme à la peau claire lui annonca devoir faire un tri parmi toutes ses expériences, un fin sourire apparut sur le visage de Mark. L’enseignant avait, en effet, une idée derrière la tête en faisant cette proposition à Kristen Loewy. S’il l’avait choisi pour intervenir ce n’était pas seulement pour ses hauts faits magiques. Une seconde raison entrait en jeu et il était inutile de lui cacher plus longtemps.

« C'est aussi pour autre chose que j'ai pensé à vous. Sans réfléchir, Mark pointa la directrice du doigt avant de rapidement fermer son poing pour masquer son geste. Vous avez en votre possession une relique qui a appartenu à de nombreux mages noirs et je pense que ce serait un immense honneur pour les élèves de pouvoir l’observer de plus près. C’est peut-être l’ultime occasion pour eux de contempler une baguette si puissante. Vous pourriez leur raconter la manière dont elle a atterri entre vos mains. »

Pour laisser le temps à la directrice de réfléchir à cette demande mais surtout éviter qu’elle ne refuse, Mark enchaîna rapidement. Avant cela, il se racla la gorge qui commençait à devenir un peu sèche.

« Même en tant qu’ancien Auror, c’est un objet que je ne pourrai jamais leur montrer. Mark ponctua sa phrase d’un clin d'œil. Décidément, il allait devoir retravailler ses normes sociales face à ses supérieurs. De même que bien souvent, je n'apporte aux élèves qu’une version édulcorée de la vérité. Tous ne sont pas prêts à tout entendre. C’est peut-être une erreur de ma part de préserver une part de leur innocence mais je crois que le monde leur rappelle assez souvent de quelle cruauté il peut faire preuve. Mark déglutit avant de reprendre. Cependant, bientôt ces élèves quitteront la bulle protectrice de Poudlard pour plonger dans un monde qui ne leur laissera aucun droit à l’erreur. Pour eux, je dois me faire violence et les y préparer. Et vous pouvez m'y aider. »

Détective privé à Pré-au-Lard
DDM de Gryffondor du 1/9/46 au 13/10/46
Ancien professeur de DCFM

8 mai 2021, 12:15
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Les yeux bleus de Kristen s'affinèrent entre ses paupières doucement refermées tandis que de petits pétillements perçaient ses iris. Elle avait l'impression que Mark lui débitait exactement ce qu'elle voulait entendre ! Un homme qui réfléchissait, qui nuançait, qui remettait en question l'enseignement qu'il avait reçu et ses principes très limités : autant de choses qui ne pouvaient que lui plaire. Il y avait bien longtemps qu'un nouveau professeur n'avait pas réellement intéressé Kristen. Mais elle restait tout de même assez méfiante : elle ne le connaissait que très peu et il pouvait tout aussi bien s'adapter pour obtenir ce qu'il voulait. Le temps permettrait de trancher.

Quand le professeur fit référence à la Baguette de Sureau, Kristen haussa un sourcil surpris.

« Comment ai-je obtenu la Baguette de Sureau ? C'est pourtant l'une des histoires les moins intéressantes que j'ai à raconter. »

En effet, si la célèbre Baguette de Sureau était ce qui attirait le plus l'attention de Mark, c'est qu'il avait encore pas mal de choses à déconstruire. C'était une belle baguette, effectivement très puissante et à l'histoire sanglante, mais cela restait une baguette. Et puis, face à Legallet, Kristen avait failli y rester - ce n'était pas non plus l'épisode le plus glorieux de sa carrière ! Cela n'avait rien à voir avec ce fameux bijou qu'elle portait au doigt, la bague d'injonction, qui était déjà bien plus intéressant : sa magie était plus complexe, plus éloignée de ce que l'on présentait à Poudlard, et elle avait dû faire d'énormes sacrifices pour parvenir à un tel résultat.

Kristen ne se rendait même pas compte du caractère effronté de sa réponse. La relique dont Mark parlait faisait partie de l'imaginaire collectif depuis si longtemps ! Elle faisait rêver de nombreux sorciers. Mais bon, finalement, c'était un peu... comment dit-on ? Mainstream.

« La Baguette de Sureau est puissante et a attiré les convoitises de nombreux sorciers mal intentionnés, mais ce n'est finalement qu'une baguette. Dans notre culture, évidemment, c'est une référence, je ne peux pas réellement vous reprocher d'y penser d'emblée. Mais si vous tenez à ce que j'intervienne dans votre classe, je ne me permettrais pas de présenter un sujet si peu original. Même à regarder, ce n'est après tout qu'un bout de bois, qui ne vaudrait d'ailleurs pas grand-chose dans les mains d'un sorcier incompétent. »

Équipe Modératus
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9 mai 2021, 02:15
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Comment déconstruire un mythe en quelques secondes. Comme un soufflé resté trop longtemps hors du four, Kristen Loewy venait de faire perdre tout intérêt à l’une des trois Reliques de la Mort en un claquement de doigts. Même si la directrice n’y était en réalité pour rien, Mark était déçu. Il avait tant fabulé sur un combat épique à l’issue duquel elle aurait arraché le fameux artefact des mains de sa victime que l’ascenseur émotionnel était violent. En cet instant, l’homme se demandait si finalement, il n’avait pas fait cette requête auprès de la directrice davantage pour lui que pour ses élèves. Quel grand enfant, il faisait.

Faute de parler du bout de bois - comme Loewy le qualifiait - Mark n’avait pas réfléchi à d’autres alternatives. Demander si elle voulait intervenir dans son cours puis l’inviter à parler de la baguette de Sureau : c’était son plan. Un plan plus que faillible apparemment.

Kristen Loewy semblait elle aussi déçue. Elle s’attendait sûrement à une demande plus originale de la part de l’homme. Il aurait dû s’en douter. Pourtant, il y avait sûrement bien des choses que possédaient la femme qui pourraient intéresser Mark. Des objets, des anecdotes, des relations, n’importe quoi. C’est dans un long mais léger soupir qu’il dut accepter de changer son fusil d’épaule.

« Je comprends. Les plus grandes histoires ne sont pas toujours là où on le croit. Pourtant, en vous observant, et parce que vous ne m’avez toujours pas demandé de sortir, je suis certain qu’il y a au moins un épisode de votre vie en lien avec la magie noire que vous pourriez leur livrer. Un moment où vous étiez consciente d’être sur le fil. Où vous aviez le choix de basculer de l’un ou l’autre des côtés. Et cela en pleine conscience de vos actes. »

Il ne manquait plus qu’une Plume à Papote à Mark pour qu’on croit voir un journaliste. Ou un psychologue. C’était pourtant en tant que sorcier qui avait dû faire des choix difficiles qu’il l’interrogeait. La vie est faite de décisions. Certaines minimes, d’autres qui peuvent changer des destins. Celle de Kristen Loewy ne dérogeait pas à cette règle.

Détective privé à Pré-au-Lard
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Ancien professeur de DCFM

9 mai 2021, 14:17
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Kristen fixa Mark très longuement sans trouver de réponse adéquate. Bien sûr, il y avait quelques épisodes qui correspondaient plus ou moins à cette demande, mais aucun n'était destiné à être livré à des élèves, ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs. Elle aurait pu parler de Sainte-Mangouste. De la folie qu'elle avait ressentie ce jour-là, de la perte totale de contrôle qui l'avait fait se complaire dans sa rage. Après coup, elle n'aurait su dire si elle avait été consciente d'être sur le fil. Peut-être bien que oui, mais elle avait sauté dans le vide quand même.

Vous n’avez aucun contrôle de vos émotions, avait dit Opale McKinney, probablement à raison.

Et il y avait une autre fois, il y a longtemps. C'était il y a plus de quinze ans, maintenant. Il s'agissait d'un souvenir plus ou moins refoulé qui refaisait surface dernièrement ; l'une des plus grandes hontes de Kristen. Si elle avait refoulé ce souvenir et tenté de se racheter, de sauver son âme en quelque sorte, elle le savait, au fond d'elle-même : elle avait été consciente du mal qu'elle avait fait. Cela n'empêchait pas qu'elle ne l'avait pas spécialement voulu. Là est tout le problème de la manipulation psychologique : on joue sur les frontières entre ce que l'on veut et ce que l'on pense vouloir. Finalement, elle s'était laissée tomber de ce fil par amour, déjà à ce moment-là. Quoiqu'on en dise, et même si elle était aujourd'hui révulsée de l'admettre, elle avait aimé cet homme rencontré en Allemagne, et avait bien accepté de sombrer avec lui. Elle avait aimé les profondeurs et aurait continué d'y patauger si elle n'avait pas fini par en avoir peur, tout simplement.

« Je ne crois pas avoir d'anecdote qui réponde à tous vos critères. »

Assez troublée de l'admettre, Kristen tâchait de garder la face. Aussi poursuivit-elle :

« En revanche, j'imagine que vous avez déjà entendu parler de magie dite "grise" ? »

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10 mai 2021, 22:59
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« Loewy, la sorcière grise, murmura Mark d’une voix presque inaudible, récitant des mots jadis entendus. »

À l’annonce de magie “grise”, ce surnom lui revint en mémoire mais il aurait bien été incapable de dire où et quand il en avait eu connaissance. Il faut dire que le professeur de défense contre les forces du Mal tenait peu compte de ces qualificatifs souvent exagérés. Ils avaient souvent vocation à attirer l’attention et cela au détriment de réels fondements. Mais voir Kristen Loewy parler de sa propre initiative de cette magie “grise” attira la curiosité de l’enseignant. Et même si la directrice ne pensait pas pouvoir combler les attentes de l’homme, elle lui tendit tout de même une perche.

« Rarement de sources sûres. »

Mark ne pouvait s’empêcher d’imaginer la mèche de blanche de Loewy se mélanger, telle un tentacule, au reste de sa chevelure noire lui donnant une nouvelle crinière grisâtre. Plissant les yeux pour chasser cette image grotesque, il invita la femme à développer. Il avait bien entendu parler de l’intention nécessaire pour pratiquer une telle magie lors d’un passage en Asie mais peu de l'indispensable accompagnement pour ne pas sombrer du côté obscur celle-ci.

« D’après les bruits qui courent, vous auriez quelques connaissances en la matière. Mark ne voulait se risquer sur un terrain plus glissant pour le moment. Que pensez-vous pouvoir en dire aux élèves ? »

Mark sentit un picotement au bout de ses doigts, dont il ignorait totalement la cause, au moment où il ponctua sa phrase.

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11 mai 2021, 00:16
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Le surnom ne plaisait pas plus que cela à Kristen, mais ce n'était pas la première fois qu'elle l'entendait, depuis qu'un grand sorcier en avait soufflé l'idée. En tout cas, elle était assez satisfaite de susciter l'intérêt de Mark. On dit que l'on se fait très rapidement une idée de quelqu'un, que tout se joue dans les premières minutes. Bien sûr, ce n'était pas la première fois que les deux sorciers conversaient : il y avait eu l'inévitable entretien d'embauche. Mais ce n'était pas du tout le même genre de discussion. Peut-être n'était-ce qu'une impression, peut-être que Kristen se ramollissait et devenait moins hostile, à tort. Le fait était qu'elle se voyait assez bien parler de l'essence de la magie avec son collègue. Comment refuser une discussion si intéressante ?

« Je pourrais commencer par leur dire que c'est un terme créé de toutes pièces. Pour qualifier la magie de grise, il faut déjà croire que la magie a une couleur. Bien sûr, j'ai conscience de moi-même utiliser des termes tels que magie noire ou magie blanche, dans le langage courant. Je dirais que c'est un simple défaut de conditionnement. Mon avis, au fond, c'est que notre baguette, ou tout autre catalyseur, est un outil qui nous permet de transmettre notre magie au monde. Et notre magie, qu'est-ce donc ? Eh bien, c'est une énergie qui puise dans notre corps les émotions, la volonté nécessaire, et tout ce qu'il faut, pour réaliser différentes actions. Ces actions n'ont en soi pas de couleur particulière. Vous me direz que certains sortilèges peuvent faire exception : qu'en est-il des sortilèges impardonnables, pour prendre l'exemple le plus évident ? On peut considérer qu'ils sont profondément mauvais, noirs en soi. Certes. Mais cela impose d'abord de définir ce qui est bon, ou ce qui est mauvais. Le Bien et le Mal sont, à mon avis, bien dépendants des circonstances. Ainsi, si j'utilisais un sortilège impardonnable pour sauver l'ensemble des étudiants de Poudlard, par exemple, mon action serait-elle bonne, ou mauvaise ? À l'inverse, je pourrais utiliser un simple sortilège d'Attraction pour vous tuer sur-le-champ. Bref, vous avez saisi l'idée : la magie, et donc les sortilèges, n'ont pas de couleur prédéfinie. »

En récitant ce discours, elle se revoyait presque devant une salle de classe, en posture assez magistrale. Elle accompagnait ses paroles de gestes, et dans sa main, sa baguette était désormais pointée vers le front de Mark. Elle baissa sa main pour ne pas faire durer la plaisanterie, et reprit son discours tandis que ses jambes croisées se balançaient au rythme de ses tirades.

« Ce que l'on appelle magie grise peut donc survenir d'une sorte de conflit entre la couleur supposée d'un sortilège et l'intention qui motive son exécution. Ou bien, plus simplement, d'un pur et simple dédain envers les considérations morales qui présupposent l'exécution de tel ou tel acte de magie. Ainsi, on imagine que les différentes "couleurs" de la magie sont mêlées en un seul être, capable d'utiliser les deux avec une maîtrise équivalente, sans jamais en refouler aucune et en mélangeant les intentions. Et cela peut se traduire physiquement dans certains objets canalisant de manière égale la force de ces différentes intentions. »

Sans s'en apercevoir, elle passa la main sur la bague d'injonction et la caressa furtivement. Finalement, elle redressa sa baguette et fit apparaître un petit nuage de fumée blanche d'un côté, et un petit nuage de fumée noire de l'autre.

« Bien sûr, c'est admettre que la limite est mince. Non, pardonnez-moi : c'est admettre qu'il n'y a pas de limite ; pas de frontière qui puisse exister ailleurs que dans le discours de notre bonne société. »

Elle dit cela en effectuant un mouvement horizontal avec sa baguette, ce qui eut pour effet de mélanger les deux fumées à leur point de rencontre.

« Puisque cette zone grise n'est pas clairement délimitable, il arrive que des pas de côté soient faits, et que l'on aille un peu trop loin dans une direction, que l'on tente certaines choses, que l'on se laisse aller, tout simplement. C'est ce qui effraie les bienpensants, et c'est pour cela que l'on a inventé ces prétendues frontières entre ces supposées couleurs. En d'autres termes, même si la plupart des gens l'ignorent plus ou moins volontairement, nous sommes tous au bord du précipice. »

Son discours enfin achevé, elle fit disparaître les fumées mélangées. Elle s'était carrément emballée à ce sujet, et s'aperçut qu'elle avait peut-être fait une erreur. Mark était un ancien Auror. Son intérêt pour la question n'était peut-être pas sincère, après tout ?

« Vous imaginez bien que je ne peux pas dire tout cela aux élèves de la prestigieuse école de sorcellerie Poudlard, réputée pour son enseignement de magie blanche. Je ne sais même pas s'ils seraient prêts à l'entendre. D'ailleurs, je me suis laissée emporter : peut-être devrais-je vous effacer la mémoire ? »

Équipe Modératus
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12 mai 2021, 00:43
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Même si la présentation était adressée à un public de septième années, Mark, tel un élève assidu, était absorbé par les explications de Loewy. Chaque occasion d’apprendre était bonne à prendre et il n’avait aucun problème d’ego avec cela. L’homme buvait ces paroles avec un plaisir non dissimulé. Elles confirmaient les soupçons qu’il avait sur une nature non-binaire de la magie et qui allait à l’encontre de ce que l’on pouvait lire dans de nombreux ouvrages. Du moins, en Grande-Bretagne. Mark hochait la tête dans un rythme presque synchronisé avec le mouvement des jambes de la directrice. Chaque phrase de la quarantenaire faisait sens pour l’ex-Auror qui, de plus en plus, remettait en question sa formation passée. Mais aussi le contenu de son enseignement. Mettre la magie dans de jolies cases colorées était à l'opposé des principes de Kristen Loewy. Ce conditionnement qu'on défendait parfois par nécessité d'établir des règles n'avait pas forcément lieu d'être.

En tant qu’enseignant de défense contre les forces du Mal, il aurait été facile de croire que Mark était incollable sur la magie. Pourtant, même s’il avait de nombreuses connaissances pratiques sur le sujet, son bagage théorique était beaucoup moins lourd. Après ses études à Poudlard, il était directement parti dans une école où l’on prônait une utilisation “efficace” de la magie, avant d’être finalement envoyé sur le terrain comme Auror. Jamais, il n’avait pris le temps d’étudier avec profondeur et philosophie l’essence même de la magie. Ce nouveau départ en tant qu’enseignant était peut-être le moment idéal de s’y plonger. Cette rencontre avec la directrice, outre son but premier, avait permis d’ouvrir de nouvelles perspectives à l’anglais.

La seule chose qui dérangeait Mark n’avait rien avoir avec ce qu’expliquait Loewy. Comme une mouche devant son visage, l’enseignant avait envie d’éloigner d’un revers de la main la baguette que l’on pointait sur lui. Même s’il avait peu d’inquiétudes quant au fait qu’aucun sortilège malvenu n’en sortirait, cela n’était pas très agréable. Prenant sur lui, Mark se retint de réagir.

Heureusement, son attention fut détournée par l’apparition des deux nuages colorés, symbolisant d'une manière plus visuelle les propos de la directrice. En réalité, ce n'était pas ce spectacle qui avait fait tilter l’homme qui se mit à légèrement froncer les sourcils. Non, son regard était dirigé vers une bague de jade couverte de symboles dorés que la directrice avait effleuré. Le picotement qu’avait ressenti Mark au bout des doigts se fit de nouveau sentir. Cette bague était magique à coup sûr mais l'enseignant n'avait aucune idée de son utilité.

Finalement, Loewy ponctua sa présentation comme si elle regrettait d'avoir livré avec tant de franchise, sa vision des choses. Sa vérité. Elle et Mark ne se connaissaient que peu finalement. Mais que pouvait-elle craindre lui ? S’il était venu la voir pour lui demander son aide, n’était-ce pas car son avis lui importait ? Si elle ne pouvait lui faire confiance, à quoi bon l’avoir choisi comme enseignant ?

Malgré l’air pince-sans-rire de la directrice lorsqu'elle lui proposa un petite amnésie, Mark n’hésita pas à surenchérir. Il masqua son visage d’une expression faussement consternée et se pencha lentement vers la femme. Puis, sans crier gare, Mark saisit le poignet de Kristen Loewy d’un geste vif mais avec une force mesurée, l’obligeant à coller la pointe de sa baguette contre le front de l’homme.

« Allez-y, n’hésitez pas. Si vous avez le moindre doute sur ma capacité à comprendre et accepter votre point de vue, lancez-le, ce sortilège. Ce sera indolore pour moi et vous garderez secrètes vos motivations. Mais ce serait trop facile, non ? »

Son geste était peut-être déplacé mais comme souvent Mark avait agit par instinct. Ne laissant pas le temps à la directrice de rétorquer, il relâcha son emprise et s’enfonça à nouveau dans son fauteuil. Le visage de l’anglais reprit son apparence amicale et chaleureuse.

« En tout cas, on dirait qu’enseigner vous manque, fit-il dans un grand sourire qui dévoila toutes ses dents. Vous sembliez animée d’une passion que j’ai rarement pu observer chez vous. Cela faisait plaisir à voir. Mark 1. Tact 0. Je vous avoue avoir enfin compris de nombreuses choses même si cela m’a fait réfléchir. Le visage de l’enseignant se crispa, lui donnant un air plus sérieux. Avec cette perception de la magie, ma matière a-t-elle réellement vocation à exister ? »

Les propos de Loewy sur les notions de Bien de de Mal remettaient en question le concept même de la matière enseignée par Mark. Que pouvait-on réellement classer comme “forces du Mal” ? Sans limite, nombreuses étaient les personnes qui pouvaient, suite à un geste, un instant, une décision, être admises dans cette catégorie. Cette idée fit immédiatement écho au ressenti qu’avait eu Mark en entrant dans le bureau. Kristen Loewy souhaitait-elle de profonds changements dans le fonctionnement de Poudlard ? Se demandait-elle si au fil des années, l’école suivait le courant ou si elle s’ancrait dans un enseignement archaïque et dépassé ? Ce ressenti se confirma encore par la manière quelque peu piquante avec laquelle la femme qualifiait l’école de sorcellerie dont elle était pourtant la directrice.

« N’avons-nous pas été un jour ces forces du Mal dont on cherche à se défendre ? »

Ces interrogations avaient été posées sans une pointe de reproche. En acceptant de partager la vision de la directrice, Mark commençait à douter du bien-fondé de sa mission au château.

Détective privé à Pré-au-Lard
DDM de Gryffondor du 1/9/46 au 13/10/46
Ancien professeur de DCFM