Invités internationaux
Ada attendait. Elle attendait entre les syllabes, elle attendait entre les mots ; elle attendait que le garçon se décide ; elle franchissait les ponts qui reliaient ses phrases, ses petits moments de silence qui ne ressemblaient à rien, et qui pourtant étaient supplices lorsqu'on voulait les garder entiers, ne pas les interrompre avec un je-ne-sais-pas, tu-crois-?, je-suis-d'accord-.......-mais-je-pense-que. Elle ne voulait pas casser ce qu'elle voyait être mince ; il hésitait, mais Ada voulait entendre ce qu'il avait à dire, vraiment. Alors elle resta là, le regard franc, attentif.
Et qu'il avait raison d'avoir hésité. Ce qu'il disait, c'était plus que controversé, et Ada frémissait à l'idée de ces pensées presque interdites. Elle hésitait à condamner fermement la chose, mais d'un côté, elle savait qu'un froncement de sourcils trop moralisateur n'allait que gâcher les choses, gâcher ce rapprochement qu'elle n'avait pas envie de voir cesser. Elle savait aussi qu'elle était d'accord, enfin, un peu. Elle était d'accord mais aussi profondément incertaine des déclarations du garçon. Il y avait là quelque chose de faussé dans ce qu'il disait, une pièce qui manquait au puzzle. Une, ou plusieurs, qu'en savait-elle ? Elle hésita, joua avec sa fourchette qui la trahit en un horrible grincement contre son assiette blanche. Elle essaya de ne pas hausser les épaules -elle le fit quand même. Les réflexes ont la peau dure.
_Je n'sais pas... T'as dit beaucoup de choses d'un coup, là. Elle regretta d'avoir fini ses lentilles. Elle prit une gorgée de son verre d'eau, à la place. Elle fronça les sourcils, lentement. Sa voix sonnait toujours douce, et toujours pensive, mais en vérité le ton avait légèrement changé. Pour la première fois, elle était prudente. _Je crois qu'il y a un truc avec lequel je ne suis pas d'accord. Tu dis -enfin, tu t'interroges, sur le fait que dépasser les limites n'est pas forcément mal, en soi. Mais je ne sais pas si je suis d'accord. Y'a des limites naturelles, et ça on les repousse avec la magie. Mais y'a des limites si universelles que même la magie, elle est impuissante à nous aider. Alors les dépasser, c'est presque comme forcer la magie à faire autre chose que ce qu'elle veut qu'on fasse -que ce qu'elle a pour but de faire. C'est pas naturel. C'est... Mal, si tu veux, même je sais pas si j'aime la façon dont tu le dis. Ce n'est pas bien, en tout cas. Elle baissa le regard vers ses mains, cherchant une image appropriée. Aussi, pour ne pas voir le regard déçu, ou agacé d'Ernest, auquel on a probablement déjà dit ça un million de fois. Peut-être qu'elle n'était qu'une automate. Peut-être qu'elle ne répétait que ce qu'on lui avait toujours dit. Mais elle refusait de croire que ce qu'elle sentait en elle, profondément, c'était juste de la rhétorique, du vent soufflé par les adultes autour d'elle. Elle redressa le regard, un regard vert, honnête, qui réfléchissait et vous invitait dans la réflexion. Mais un regard qui se durcit, aussi. Elle ne voulait pas franchir la ligne, pas encore. Elle n'en était pas capable. Ou bien n'était-elle juste pas prête, pas maintenant. _C'est comme détourner un outil. Utiliser un couteau pour tuer des gens au lieu de couper des légumes ou de la viande. C'est contre-nature, et en plus, cela blesse des gens au passage.
Elle savait déjà qu'elle avait tort. Parce qu'un couteau n'était pas fait pour couper des légumes, à la base ; du moins, elle n'en savait rien. Peut-être que le couteau était fait pour tuer, depuis le début. Peut-être que la magie était faite pour être Noire, dès le commencement du monde.
Elle ne croyait pas au destin. Tant mieux : ce n'était pas une question de destin. C'était une question de morale. Ou de physique. Ou bien d'un peu des deux. La distinction magie blanche et magie noire était-ce simplement une invention humaine, ou était-ce conditionné par la nature, la magie autour d'eux ?
Elle ne revint pas sur sa prise de parole. Elle ne revint pas sur l'histoire du couteau. Elle ne voulait pas aller dans cette direction là. Ne comprenait-il pas que c'était immoral ? Pourquoi voulait-il tout remettre en question, comme un enfant qui renverse ses pots de crayons si bien alignés contre le mur, parce qu'il ne comprend pas le dessin qui s'étend devant lui ?
-Elle acquiesça. Elle non plus n'appréciait pas cette sensation de faiblesse lorsqu'elle s'entraînait sans avoir bien mangé. Même si cela venait souvent après, pas pendant. Ce qui était presque aussi problématique
-Elle acquiesça mais elle s'arrêta en plein mouvement. Voilà qu'il ramenait cette histoire de magie noire. Quand elle parlait des limites, elle parlait des siennes, de celles qui l'empêchent de s'entraîner autant qu'elle voulait, pas de celles... pas de celles du monde. D'acquiescement, elle secoua négativement la tête. _Non, jamais. Sa voix n'avait pas changé, toujours aussi posée, mais le regard qu'elle posa sur le garçon était de glace. Elle se sentait attaquée, et cela l'agaçait. Elle ne voulait pas aller plus loin. L'honnêteté était quelque chose qu'elle aimait, mais les derniers mots se coincèrent dans sa gorge. Elle n'était pas prête à se l'avouer, encore moins à le lui dire.
878
@Ernest Stevens, tant que le mien l'est aussi.
Je ne sais pas si c'est mon dernier post, à voir la réaction d'Ernest. C'était vraiment un plaisir.
Si tu veux écrire encore un de ces jours, n'hésite pas à me boubouter !
#28363c
Et qu'il avait raison d'avoir hésité. Ce qu'il disait, c'était plus que controversé, et Ada frémissait à l'idée de ces pensées presque interdites. Elle hésitait à condamner fermement la chose, mais d'un côté, elle savait qu'un froncement de sourcils trop moralisateur n'allait que gâcher les choses, gâcher ce rapprochement qu'elle n'avait pas envie de voir cesser. Elle savait aussi qu'elle était d'accord, enfin, un peu. Elle était d'accord mais aussi profondément incertaine des déclarations du garçon. Il y avait là quelque chose de faussé dans ce qu'il disait, une pièce qui manquait au puzzle. Une, ou plusieurs, qu'en savait-elle ? Elle hésita, joua avec sa fourchette qui la trahit en un horrible grincement contre son assiette blanche. Elle essaya de ne pas hausser les épaules -elle le fit quand même. Les réflexes ont la peau dure.
_Je n'sais pas... T'as dit beaucoup de choses d'un coup, là. Elle regretta d'avoir fini ses lentilles. Elle prit une gorgée de son verre d'eau, à la place. Elle fronça les sourcils, lentement. Sa voix sonnait toujours douce, et toujours pensive, mais en vérité le ton avait légèrement changé. Pour la première fois, elle était prudente. _Je crois qu'il y a un truc avec lequel je ne suis pas d'accord. Tu dis -enfin, tu t'interroges, sur le fait que dépasser les limites n'est pas forcément mal, en soi. Mais je ne sais pas si je suis d'accord. Y'a des limites naturelles, et ça on les repousse avec la magie. Mais y'a des limites si universelles que même la magie, elle est impuissante à nous aider. Alors les dépasser, c'est presque comme forcer la magie à faire autre chose que ce qu'elle veut qu'on fasse -que ce qu'elle a pour but de faire. C'est pas naturel. C'est... Mal, si tu veux, même je sais pas si j'aime la façon dont tu le dis. Ce n'est pas bien, en tout cas. Elle baissa le regard vers ses mains, cherchant une image appropriée. Aussi, pour ne pas voir le regard déçu, ou agacé d'Ernest, auquel on a probablement déjà dit ça un million de fois. Peut-être qu'elle n'était qu'une automate. Peut-être qu'elle ne répétait que ce qu'on lui avait toujours dit. Mais elle refusait de croire que ce qu'elle sentait en elle, profondément, c'était juste de la rhétorique, du vent soufflé par les adultes autour d'elle. Elle redressa le regard, un regard vert, honnête, qui réfléchissait et vous invitait dans la réflexion. Mais un regard qui se durcit, aussi. Elle ne voulait pas franchir la ligne, pas encore. Elle n'en était pas capable. Ou bien n'était-elle juste pas prête, pas maintenant. _C'est comme détourner un outil. Utiliser un couteau pour tuer des gens au lieu de couper des légumes ou de la viande. C'est contre-nature, et en plus, cela blesse des gens au passage.
Elle savait déjà qu'elle avait tort. Parce qu'un couteau n'était pas fait pour couper des légumes, à la base ; du moins, elle n'en savait rien. Peut-être que le couteau était fait pour tuer, depuis le début. Peut-être que la magie était faite pour être Noire, dès le commencement du monde.
Elle ne croyait pas au destin. Tant mieux : ce n'était pas une question de destin. C'était une question de morale. Ou de physique. Ou bien d'un peu des deux. La distinction magie blanche et magie noire était-ce simplement une invention humaine, ou était-ce conditionné par la nature, la magie autour d'eux ?
Elle ne revint pas sur sa prise de parole. Elle ne revint pas sur l'histoire du couteau. Elle ne voulait pas aller dans cette direction là. Ne comprenait-il pas que c'était immoral ? Pourquoi voulait-il tout remettre en question, comme un enfant qui renverse ses pots de crayons si bien alignés contre le mur, parce qu'il ne comprend pas le dessin qui s'étend devant lui ?
-Elle acquiesça. Elle non plus n'appréciait pas cette sensation de faiblesse lorsqu'elle s'entraînait sans avoir bien mangé. Même si cela venait souvent après, pas pendant. Ce qui était presque aussi problématique
-Elle acquiesça mais elle s'arrêta en plein mouvement. Voilà qu'il ramenait cette histoire de magie noire. Quand elle parlait des limites, elle parlait des siennes, de celles qui l'empêchent de s'entraîner autant qu'elle voulait, pas de celles... pas de celles du monde. D'acquiescement, elle secoua négativement la tête. _Non, jamais. Sa voix n'avait pas changé, toujours aussi posée, mais le regard qu'elle posa sur le garçon était de glace. Elle se sentait attaquée, et cela l'agaçait. Elle ne voulait pas aller plus loin. L'honnêteté était quelque chose qu'elle aimait, mais les derniers mots se coincèrent dans sa gorge. Elle n'était pas prête à se l'avouer, encore moins à le lui dire.
Non, parce que j'ai peur que ça me fascine.
878
@Ernest Stevens, tant que le mien l'est aussi.
#28363c
~My smile wraps around my head splitting it in two, two
Invités internationaux
Malgré les hachures, la pensée d’Ernest se frayait un chemin dans son esprit. Un chemin inconnu. Un chemin sur lequel on n’avait jamais mis de lampadaire pour éclairer la route, aucun panneau montrer la direction. Un chemin qu’on ne nommait pas. Alors il se rappela l’espace d’un instant les chapitres des manuels d’histoire, les vieilles guerres, les noms qu’on ne prononçait pas. Et les sortilèges impardonnables. Est-ce que c’était ça la définition, alors ? Franchir une frontière qu’on ne pourrait pas pardonner ?
Les mots sonnaient comme des couteaux. Mais ils étaient aussi brillants, séduisants, qu’ils n’étaient tranchants. Pourtant, elle ne l’interrompait pas. Alors peut-être que c’était une invitation ? Il n’en était pas sûr. Dans sa maison, les grands avaient souvent l’habitude de couper les plus jeunes quand les conversations n’avaient pas leur place. En classe aussi. Les professeurs dirigeaient la parole. Comment savoir alors ? L’adolescent préférait généralement s'abstenir de parler.
Lui qui avait toujours l’impression de chercher ses mots, ou de les digérer avant de les dire, fut surpris par la remarque de la jeune Poufsouffle. Presque gêné. Une nouvelle fois, il rougit, plongea son regard vers la table, tripota nerveusement le verre face à lui. Dire beaucoup de chose, est-ce que c’était mal ? L’adolecent resta silencieux, immobile. Comme s’il attendait le couperet. Il releva néanmoins la tête vers la demoiselle alors qu’elle exprimait sa vision des choses. Ernest aimait la divergence. Elle ouvrait bien plus de portes qu’elle n’en fermaient. Il l’écouta donc avec attention.
“Nan… c’est sûr que t’as pas tort… y’a certainement des limites qui protègent…”
Pourtant, il avait dû mal à attendre l’argument de la déformation. Et s’il était souvent grés de laisser chacun exprimer son avis, il sentait la tension bâtir le reproche dans la voix de la jeune fille. Ses sourcils se froncèrent et son regard se durcit. Presque légèrement voilé. Il n’avait fait que questionner. Il n’avait rien fait de mal.
“Mais la magie, c’est la nature. Et la nature, c’est la magie. C’est elle qui crée les possibles. Pas nous… c’est elle qui dicte les règles… Si quelque chose était vraiment mal ou contre-nature, elle n’existerait simplement pas…”
Son ton était légèrement plus froid, légèrement plus ferme. Ses mots moins hésitants étrangement. Ernest voyait la Terre, les hommes et la magie comme un tout. Pas toujours équilibré, certes. Mais un tout quand même. Pour lui, les limites, c’était surtout des choses qu’on avait pas encore apprises ou découvertes.
“Mais ça c’est des mots… de l’interprétation… c’est culturelle ou un point de vue subjectif… mais quand tu coupes de la viande, ça reste de la viande… Et quand tu tues un animal pour le manger, tu blesses aussi. Ça montre bien que c’est la fin qui justifie les moyens… que ce qui est mal c’est le motif… ‘fin.. l’intention derrière l’acte…”
Il y aurait pu avoir des exemples plus subtiles, moins brutaux. Couper des arbres, cueillir des fleurs. Quoi que pour lui, l’échelle de valeurs entre la faune, la flore et l’humain était légèrement différente. Mais c’était Ada qui avait choisi le couteau. Et c’était elle qui l’avait mis entre ses mains. Les paroles du garçon étaient restées en suspens, laissant place à un silence pesant malgré la cohue de la Grande Salle. Ernest regrettait déjà. Pas d’avoir une opinion. Mais de l’avoir partagé.
D’avoir à nouveau fait un pas de travers dans cette société dont il ne comprenait pas les codes. Mais avait-il vraiment envie de les comprendre ? Ernest sentait qu’il y avait plus que ce qu’on voulait bien lui donner. Peut-être même plus que ce que les adultes étaient capables de comprendre. Peut-être que c’était pour ça qu’on les laissait dans ce flou contrôlé. Parce que ce qu’on ne comprenait pas, ça faisait peur. Parce qu’on appelait mauvaise herbe une plante dont on avait pas encore compris la fonction.
Les mots sonnaient comme des couteaux. Mais ils étaient aussi brillants, séduisants, qu’ils n’étaient tranchants. Pourtant, elle ne l’interrompait pas. Alors peut-être que c’était une invitation ? Il n’en était pas sûr. Dans sa maison, les grands avaient souvent l’habitude de couper les plus jeunes quand les conversations n’avaient pas leur place. En classe aussi. Les professeurs dirigeaient la parole. Comment savoir alors ? L’adolescent préférait généralement s'abstenir de parler.
Lui qui avait toujours l’impression de chercher ses mots, ou de les digérer avant de les dire, fut surpris par la remarque de la jeune Poufsouffle. Presque gêné. Une nouvelle fois, il rougit, plongea son regard vers la table, tripota nerveusement le verre face à lui. Dire beaucoup de chose, est-ce que c’était mal ? L’adolecent resta silencieux, immobile. Comme s’il attendait le couperet. Il releva néanmoins la tête vers la demoiselle alors qu’elle exprimait sa vision des choses. Ernest aimait la divergence. Elle ouvrait bien plus de portes qu’elle n’en fermaient. Il l’écouta donc avec attention.
“Nan… c’est sûr que t’as pas tort… y’a certainement des limites qui protègent…”
Pourtant, il avait dû mal à attendre l’argument de la déformation. Et s’il était souvent grés de laisser chacun exprimer son avis, il sentait la tension bâtir le reproche dans la voix de la jeune fille. Ses sourcils se froncèrent et son regard se durcit. Presque légèrement voilé. Il n’avait fait que questionner. Il n’avait rien fait de mal.
“Mais la magie, c’est la nature. Et la nature, c’est la magie. C’est elle qui crée les possibles. Pas nous… c’est elle qui dicte les règles… Si quelque chose était vraiment mal ou contre-nature, elle n’existerait simplement pas…”
Son ton était légèrement plus froid, légèrement plus ferme. Ses mots moins hésitants étrangement. Ernest voyait la Terre, les hommes et la magie comme un tout. Pas toujours équilibré, certes. Mais un tout quand même. Pour lui, les limites, c’était surtout des choses qu’on avait pas encore apprises ou découvertes.
“Mais ça c’est des mots… de l’interprétation… c’est culturelle ou un point de vue subjectif… mais quand tu coupes de la viande, ça reste de la viande… Et quand tu tues un animal pour le manger, tu blesses aussi. Ça montre bien que c’est la fin qui justifie les moyens… que ce qui est mal c’est le motif… ‘fin.. l’intention derrière l’acte…”
Il y aurait pu avoir des exemples plus subtiles, moins brutaux. Couper des arbres, cueillir des fleurs. Quoi que pour lui, l’échelle de valeurs entre la faune, la flore et l’humain était légèrement différente. Mais c’était Ada qui avait choisi le couteau. Et c’était elle qui l’avait mis entre ses mains. Les paroles du garçon étaient restées en suspens, laissant place à un silence pesant malgré la cohue de la Grande Salle. Ernest regrettait déjà. Pas d’avoir une opinion. Mais de l’avoir partagé.
D’avoir à nouveau fait un pas de travers dans cette société dont il ne comprenait pas les codes. Mais avait-il vraiment envie de les comprendre ? Ernest sentait qu’il y avait plus que ce qu’on voulait bien lui donner. Peut-être même plus que ce que les adultes étaient capables de comprendre. Peut-être que c’était pour ça qu’on les laissait dans ce flou contrôlé. Parce que ce qu’on ne comprenait pas, ça faisait peur. Parce qu’on appelait mauvaise herbe une plante dont on avait pas encore compris la fonction.
643
@Ada Bentley
Ma volière aussi reste ouverte
@Ada Bentley
Ma volière aussi reste ouverte
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -