J'ai un brouillard dans la tête
Ma respiration est laborieuse et mes poumons emprisonnés dans un étau douloureux. Mon coeur bat fort et rapidement. J'ai suffisamment ressenti ce genre de choses pour reconnaître l'angoisse quand elle s'immisce en moi. J'appelle cela de l'angoisse mais en vérité c'est une grosse boule de quelque chose et ce quelque chose prend une place énorme dans mon corps, elle est tellement lourde à porter que j'ai l'impression qu'elle me plaque au sol : je suis incapable de bouger ou de faire quoi que ce soit. J'ai l'impression d'atteindre une limite mais cette limite ne m'attire pas du tout, au contraire, elle me rebute, si bien que j'aimerais la cracher entièrement, m'en débarrasser et ne plus jamais l'approcher. C'est ce que je dois faire, quitter cette pièce et oublier, je ne sais comment, que tout ce qui me pèse n'attend qu'une chose : pouvoir sortir. Mais ça ne doit pas, ça ne doit pas même si j'en ai tellement envie.
Un jour, papa a gonflé un ballon devant moi. J'étais toute petite et la couleur verte de la baudruche me paraissait magnifique. Elle a gonflé, gonflé et au moment où je m'y attendais le moins elle a explosé en me faisant sursauter. Violemment et brutalement ; du ballon gonflable ne restait que des lambeaux. C'est exactement ce qui risque de m'arriver : je vais exploser, ça va être douloureux tant pour moi que pour Priddy, je m'y vois d'ailleurs, hurler à m'en arracher la gorge, frapper du poing dans un mur, agripper ma baguette pour faire exploser quelque chose, n'importe quoi, comme je l'ai fait à plusieurs reprises cet été sans pour autant que ça me décharge de ma peine. Je vais faire du mal à quelqu'un, moi ou elle, juste pour me soulager un peu. Je vais exploser et au final, que restera-t-il ? Des lambeaux, comme ce ballon joliment verdâtre.
Je ne veux pas en être réduite à rien du tout, je ne veux pas.
Mais bordel, j'aimerais tellement pouvoir, rien qu'une fois, ne serait-ce qu'oublier qui je suis, ce que je suis, ouvrir la bouche et tout dire, tout avouer même si je dois m'en vouloir toute ma vie pour avoir proféré les mots interdits que je ne m'autorise pas à dire.
On pourrait croire que j'avais totalement occulté sa présence mais ce n'est pas le cas. Lorsque sa voix s'élève, elle n'est que cela, une voix sans parole que je ne comprends pas. Je ne me retourne pas, pourtant ma peine se transforme en colère et ma colère se dirige vers Priddy. Elle, qui sans le vouloir ni le savoir, pourrait être victime d'une foule d'émotions dont elle n'est pas coupable. Je déteste qu'elle soit à l'origine de l'état dans lequel je suis mais surtout je la déteste par avance de ne pas savoir trouver les bons mots pour m'aider à faire sortir ce qui ne doit absolument pas sortir. Je sais exactement ce qu'elle doit dire et faire mais il n'y a que dans notre imagination que les gens font exactement ce que l'on veut qu'ils fassent.
Ce sont ces pas qui accrochent mon attention. Elle bouge, agit ; pendant un instant, j'imagine qu'elle va m'approcher et poser une main sur mon épaule, comme l'a fait avant elle le spectre obscur que je lui associe si bien. Mais non, aucun contact, aucune occasion de la rejeter brutalement voire de la repousser violemment. Je tourne imperceptiblement la tête et à l'orée de mon regard je la vois qui ferme la porte et qui se dirige vers son bureau accolé à la salle de classe. Je comprends enfin les paroles qu'elle m'a offert un instant plutôt ; un repas ? Est-ce qu'elle se fout de ma gueule ? Je me le demande sérieusement jusqu'à ce que j'entende les rumeurs de sa voix et le bruit caractéristique de l'apparition d'un elfe.
Mes pensées sont entremêlées, je n'ai aucune idée de ce que je dois faire. La raison me pousse à m'enfuir et à le faire très rapidement mais la douleur qui me cloue au sol depuis plusieurs secondes est trop vive pour que je me laisse tenter par la fuite. Je suis au bord d'un précipice qui me nargue par son vide magnétique.
Très lentement, je m'approche du bureau. La proposition de la femme est étonnement banale pour le moment que je suis en train de vivre, presque décalée. Comment ose-t-elle songer à manger alors que je suis littéralement pilonnée par la douleur de mes souvenirs ? Comment peut-elle encore vivre, respirer, bouger alors que j'ai tant de mal à faire toutes ces choses ? Pourquoi le monde continue-t-il de tourner rond, au juste ? Pourquoi tout ne s'arrête pas en même temps que moi ? Je trouve très injuste d'être la seule à galérer avec toutes ces choses que j'ai en moi, ce n'est pas normal.
Sarah Priddy est assise derrière son plateau, en une invitation silencieuse de faire de même avec le second qui trône près du sien. Sa proposition de me raconter une histoire peine à s'affirmer dans mon esprit. C'est un réceptacle trop vide qui s'approche lentement et qui s'assied sans parler ; à moins qu'il ne soit trop plein ? J'ai plus ou moins conscience d'être une jeune femme de dix-sept-ans-bientôt-dix-huit, d'être dans le bureau de ma Directrice de Maison qui est également ma professeure de Sortilèges. Mais j'ai trop conscience aussi du grand froid qui me grignote le coeur et de la peine qui est la mienne. Puisque je dois choisir entre parler ou fuir et que je n'ai aucune envie de faire le moindre choix, la seule solution est de ne rien faire, absolument rien. Et Priddy m'offre gratuitement le loisir de ne faire aucun choix.
Dès le moment où mes fesses trouvent appui sur le siège, je remonte mes jambes contre moi sans me soucier de salir l'assise. Je les entoure de mes bras dans une vaine tentative de réconfort. Je pivote pour faire face au reste du bureau et surtout pour cacher autant que possible mon visage, de peur que celui-ci ne dévoile les secrets que je meurs d'envie de confier à la femme — ne me tentez pas, s'il-vous-plait, supplié-je intérieurement, je ne veux pas finir en lambeaux.
Je lance un regard presque timide au contenu du plateau. L'odeur me confirme ce que j'ai cru voir : du pain perdu. Maman m'en faisait quand j'étais petite. Ce n'est pas une bonne idée de penser à elle. Pas une bonne idée non plus d'être l'idiote que je suis et d'associer le nom de ce plat à ma propre situation. M'imaginer soudainement comme étant perdue, dans tous les sens que peut revêtir ce terme, m'envoi un nouveau tsunami dans le corps. Cela me semble si vrai, si juste, et cela me semble si grave que j'ai l'horreur de sentir derrière mes yeux la douleur caractéristique de l'arrivée des larmes.
Je braque mon regard à l'opposé de Priddy, consciente que ces larmes ne veulent s'imposer que parce que je les ai laissé remplacer ma colère.
« Racontez, » articulé-je enfin sans que l'on sache trop si le mot tient de l'ordre ou de la supplique.
Un jour, papa a gonflé un ballon devant moi. J'étais toute petite et la couleur verte de la baudruche me paraissait magnifique. Elle a gonflé, gonflé et au moment où je m'y attendais le moins elle a explosé en me faisant sursauter. Violemment et brutalement ; du ballon gonflable ne restait que des lambeaux. C'est exactement ce qui risque de m'arriver : je vais exploser, ça va être douloureux tant pour moi que pour Priddy, je m'y vois d'ailleurs, hurler à m'en arracher la gorge, frapper du poing dans un mur, agripper ma baguette pour faire exploser quelque chose, n'importe quoi, comme je l'ai fait à plusieurs reprises cet été sans pour autant que ça me décharge de ma peine. Je vais faire du mal à quelqu'un, moi ou elle, juste pour me soulager un peu. Je vais exploser et au final, que restera-t-il ? Des lambeaux, comme ce ballon joliment verdâtre.
Je ne veux pas en être réduite à rien du tout, je ne veux pas.
Mais bordel, j'aimerais tellement pouvoir, rien qu'une fois, ne serait-ce qu'oublier qui je suis, ce que je suis, ouvrir la bouche et tout dire, tout avouer même si je dois m'en vouloir toute ma vie pour avoir proféré les mots interdits que je ne m'autorise pas à dire.
On pourrait croire que j'avais totalement occulté sa présence mais ce n'est pas le cas. Lorsque sa voix s'élève, elle n'est que cela, une voix sans parole que je ne comprends pas. Je ne me retourne pas, pourtant ma peine se transforme en colère et ma colère se dirige vers Priddy. Elle, qui sans le vouloir ni le savoir, pourrait être victime d'une foule d'émotions dont elle n'est pas coupable. Je déteste qu'elle soit à l'origine de l'état dans lequel je suis mais surtout je la déteste par avance de ne pas savoir trouver les bons mots pour m'aider à faire sortir ce qui ne doit absolument pas sortir. Je sais exactement ce qu'elle doit dire et faire mais il n'y a que dans notre imagination que les gens font exactement ce que l'on veut qu'ils fassent.
Ce sont ces pas qui accrochent mon attention. Elle bouge, agit ; pendant un instant, j'imagine qu'elle va m'approcher et poser une main sur mon épaule, comme l'a fait avant elle le spectre obscur que je lui associe si bien. Mais non, aucun contact, aucune occasion de la rejeter brutalement voire de la repousser violemment. Je tourne imperceptiblement la tête et à l'orée de mon regard je la vois qui ferme la porte et qui se dirige vers son bureau accolé à la salle de classe. Je comprends enfin les paroles qu'elle m'a offert un instant plutôt ; un repas ? Est-ce qu'elle se fout de ma gueule ? Je me le demande sérieusement jusqu'à ce que j'entende les rumeurs de sa voix et le bruit caractéristique de l'apparition d'un elfe.
Mes pensées sont entremêlées, je n'ai aucune idée de ce que je dois faire. La raison me pousse à m'enfuir et à le faire très rapidement mais la douleur qui me cloue au sol depuis plusieurs secondes est trop vive pour que je me laisse tenter par la fuite. Je suis au bord d'un précipice qui me nargue par son vide magnétique.
Très lentement, je m'approche du bureau. La proposition de la femme est étonnement banale pour le moment que je suis en train de vivre, presque décalée. Comment ose-t-elle songer à manger alors que je suis littéralement pilonnée par la douleur de mes souvenirs ? Comment peut-elle encore vivre, respirer, bouger alors que j'ai tant de mal à faire toutes ces choses ? Pourquoi le monde continue-t-il de tourner rond, au juste ? Pourquoi tout ne s'arrête pas en même temps que moi ? Je trouve très injuste d'être la seule à galérer avec toutes ces choses que j'ai en moi, ce n'est pas normal.
Sarah Priddy est assise derrière son plateau, en une invitation silencieuse de faire de même avec le second qui trône près du sien. Sa proposition de me raconter une histoire peine à s'affirmer dans mon esprit. C'est un réceptacle trop vide qui s'approche lentement et qui s'assied sans parler ; à moins qu'il ne soit trop plein ? J'ai plus ou moins conscience d'être une jeune femme de dix-sept-ans-bientôt-dix-huit, d'être dans le bureau de ma Directrice de Maison qui est également ma professeure de Sortilèges. Mais j'ai trop conscience aussi du grand froid qui me grignote le coeur et de la peine qui est la mienne. Puisque je dois choisir entre parler ou fuir et que je n'ai aucune envie de faire le moindre choix, la seule solution est de ne rien faire, absolument rien. Et Priddy m'offre gratuitement le loisir de ne faire aucun choix.
Dès le moment où mes fesses trouvent appui sur le siège, je remonte mes jambes contre moi sans me soucier de salir l'assise. Je les entoure de mes bras dans une vaine tentative de réconfort. Je pivote pour faire face au reste du bureau et surtout pour cacher autant que possible mon visage, de peur que celui-ci ne dévoile les secrets que je meurs d'envie de confier à la femme — ne me tentez pas, s'il-vous-plait, supplié-je intérieurement, je ne veux pas finir en lambeaux.
Je lance un regard presque timide au contenu du plateau. L'odeur me confirme ce que j'ai cru voir : du pain perdu. Maman m'en faisait quand j'étais petite. Ce n'est pas une bonne idée de penser à elle. Pas une bonne idée non plus d'être l'idiote que je suis et d'associer le nom de ce plat à ma propre situation. M'imaginer soudainement comme étant perdue, dans tous les sens que peut revêtir ce terme, m'envoi un nouveau tsunami dans le corps. Cela me semble si vrai, si juste, et cela me semble si grave que j'ai l'horreur de sentir derrière mes yeux la douleur caractéristique de l'arrivée des larmes.
Je braque mon regard à l'opposé de Priddy, consciente que ces larmes ne veulent s'imposer que parce que je les ai laissé remplacer ma colère.
« Racontez, » articulé-je enfin sans que l'on sache trop si le mot tient de l'ordre ou de la supplique.
J'ai un brouillard dans la tête
Elle l'entendit plus qu'elle ne la vit arriver. Elle avait douté de sa venue, se demandant si elle n'allait pas fuir. Se demandant s'il ne valait mieux pas la laisser fuir mais l'adolescente était désormais là. Elle ne mangeait pas mais, elle allait écouter. C'était un premier pas. Restait à savoir si ce qu'allait lui souffler la Galloise lui conviendrait. Sarah posa sa baguette sur la table dans un geste on ne peut plus naturel, au cas où Bristyle exploserait finalement malgré ses évidents efforts puis, attrapa ses couverts et commença à manger.
" Je ne suis pas sûr que mon récit vous plaise mais, libre à vous de l'entendre ou non. À bien des égards, j'ai l'impression de vous connaître Miss Bristyle, ce qui n'est évidemment pas le cas, car je me retrouve dans certaines de vos réactions. À Poudlard, j'étais une élève douée et passionnée mais aussi solitaire et méfiante. Je ne sais pas comment vous fonctionnez mais je m'arrangeais personnellement pour toujours écarter de moi la marmaille. En général, un regard sombre et méprisant suffisait ou une petite pique bien avisée. Dans la mesure du possible, j'évitais aussi les... trop bavards et persuadés d'être supérieur au reste du monde sous prétexte d'une belle gueule ou d'une capacité extraordinaire à attraper un ballon rouge. J'ai quitté Poudlard avec une pointe de regret. Pas de quitter mes camarades qu'au reste je connaissais assez peu mais de quitter ce lieu qui m'inspirait et nourrissait ma passion pour la magie. "
Elle fit une pause, profitant du silence pour savourer une bouchée sucrée et délicieuse. Ce plat lui rappelait des goûters d'enfance avec Tamara. Tamara... son exact contraire. Les sœurs étaient le jour et la nuit.
" J'ai suivi des études en faculté de magie et à l'académie des enchantements. Ensorceler les objets, maîtriser les baguettes. Un vrai bonheur. Et puis, j'ai décidé que ma vie devenait trop morne alors je suis partie faire le tour du monde. J'avais prévu un voyage d'un an environ. "
La Galloise reprit le temps de manger un peu et de boire de l'eau, servant son invitée au passage à tout hasard.
" J'ai commencé par l'Amérique du Nord et j'ai trouvé ce que je cherchais probablement au fond, quelqu'un qui s'intéresse à moi mais aussi une personne capable de m'intriguer et de me surprendre. En l'occurrence, ce fut un bien mauvais choix. Brillant certe mais aussi menteur, fourbe et mauvais. J'ai fini par fuir, regrettant un temps de ne pas l'avoir achevé car j'en aurais eu les capacités et l'occasion. Aujourd'hui, je suis bien contente d'avoir pris la décision, ce soir là, de le laisser vivre. Ce genre de geste, même s'il se résume à une seconde de lumière verte, est loin d'être anodin. "
Elle en savait quelque chose. Le doute l'avait rongé plusieurs semaines, inutilement, et elle en était bien contente, au printemps dernier et pourtant l'acte était, vu le contexte, bien plus justifiable.
" J'ai mis du temps à me remettre plus ou moins bien de cet épisode... profondément vexant et boulversant. Je devrais dire, à me reconstruire mais, aujourd'hui, je sais que j'aurais gagné du temps à ne pas faire ma Sarah Priddy. Elle secoua la tête en se moquant d'elle même. Dans le fond, elle n'avait pas vraiment changé, elle était toujours ainsi. J'ai voulu me prouver que je n'avais besoin de personne pour remonter la pente. J'ai fait un par un les pas que j'estimais nécessaires mais, la vérité, c'est que se sont les rencontres, les personnes formidables qui ont croisé ma route et qui m'ont permis de décharger un peu mon sac et de remplacer son contenu par autre chose qui m'ont permis de repartir. "
Elle avait presque fini sa tartine et fit une pause pour boire un peu d'eau.
" Je ne sais pas ce qui encombre votre sac Miss Bristyle mais n'hésitez pas à laissez couler quelques grains de sable de temps en temps ici ou là. Vous verrez, ça fait un bien fou sans même qu'on sache pourquoi et ça permet d'y mettre des choses bien plus utiles. "
Elle n'avait pas accordé le moindre regard à la Poufsouffle durant cet étrange monologue et finit par tourner la tête de son côté.
" Comment trouvez-vous le pain ? Il est presque un poil sucré à mon goût. "
" Je ne suis pas sûr que mon récit vous plaise mais, libre à vous de l'entendre ou non. À bien des égards, j'ai l'impression de vous connaître Miss Bristyle, ce qui n'est évidemment pas le cas, car je me retrouve dans certaines de vos réactions. À Poudlard, j'étais une élève douée et passionnée mais aussi solitaire et méfiante. Je ne sais pas comment vous fonctionnez mais je m'arrangeais personnellement pour toujours écarter de moi la marmaille. En général, un regard sombre et méprisant suffisait ou une petite pique bien avisée. Dans la mesure du possible, j'évitais aussi les... trop bavards et persuadés d'être supérieur au reste du monde sous prétexte d'une belle gueule ou d'une capacité extraordinaire à attraper un ballon rouge. J'ai quitté Poudlard avec une pointe de regret. Pas de quitter mes camarades qu'au reste je connaissais assez peu mais de quitter ce lieu qui m'inspirait et nourrissait ma passion pour la magie. "
Elle fit une pause, profitant du silence pour savourer une bouchée sucrée et délicieuse. Ce plat lui rappelait des goûters d'enfance avec Tamara. Tamara... son exact contraire. Les sœurs étaient le jour et la nuit.
" J'ai suivi des études en faculté de magie et à l'académie des enchantements. Ensorceler les objets, maîtriser les baguettes. Un vrai bonheur. Et puis, j'ai décidé que ma vie devenait trop morne alors je suis partie faire le tour du monde. J'avais prévu un voyage d'un an environ. "
La Galloise reprit le temps de manger un peu et de boire de l'eau, servant son invitée au passage à tout hasard.
" J'ai commencé par l'Amérique du Nord et j'ai trouvé ce que je cherchais probablement au fond, quelqu'un qui s'intéresse à moi mais aussi une personne capable de m'intriguer et de me surprendre. En l'occurrence, ce fut un bien mauvais choix. Brillant certe mais aussi menteur, fourbe et mauvais. J'ai fini par fuir, regrettant un temps de ne pas l'avoir achevé car j'en aurais eu les capacités et l'occasion. Aujourd'hui, je suis bien contente d'avoir pris la décision, ce soir là, de le laisser vivre. Ce genre de geste, même s'il se résume à une seconde de lumière verte, est loin d'être anodin. "
Elle en savait quelque chose. Le doute l'avait rongé plusieurs semaines, inutilement, et elle en était bien contente, au printemps dernier et pourtant l'acte était, vu le contexte, bien plus justifiable.
" J'ai mis du temps à me remettre plus ou moins bien de cet épisode... profondément vexant et boulversant. Je devrais dire, à me reconstruire mais, aujourd'hui, je sais que j'aurais gagné du temps à ne pas faire ma Sarah Priddy. Elle secoua la tête en se moquant d'elle même. Dans le fond, elle n'avait pas vraiment changé, elle était toujours ainsi. J'ai voulu me prouver que je n'avais besoin de personne pour remonter la pente. J'ai fait un par un les pas que j'estimais nécessaires mais, la vérité, c'est que se sont les rencontres, les personnes formidables qui ont croisé ma route et qui m'ont permis de décharger un peu mon sac et de remplacer son contenu par autre chose qui m'ont permis de repartir. "
Elle avait presque fini sa tartine et fit une pause pour boire un peu d'eau.
" Je ne sais pas ce qui encombre votre sac Miss Bristyle mais n'hésitez pas à laissez couler quelques grains de sable de temps en temps ici ou là. Vous verrez, ça fait un bien fou sans même qu'on sache pourquoi et ça permet d'y mettre des choses bien plus utiles. "
Elle n'avait pas accordé le moindre regard à la Poufsouffle durant cet étrange monologue et finit par tourner la tête de son côté.
" Comment trouvez-vous le pain ? Il est presque un poil sucré à mon goût. "
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
J'ai un brouillard dans la tête
La voix douce et calme de Priddy n'empêche en rien le poison de mes souvenirs de brûler tout ce qu'il peut brûler sur son passage. Son récit me renvoie inexorablement des années en arrières. Il y a bien évidemment le « j'ai l'impression de vous connaître, Miss Bristyle » qui résonne étrangement en moi car je me suis dit la même chose d'elle à diverses reprises ces derniers mois. Le soulagement de voir mon impression partagée est de courte durée. Mes doigts se crispent nerveusement sur mes jambes tandis qu'elle déroule paisiblement son histoire sans se douter qu'il y a plus de trois ans, et à plusieurs reprises après ça, celle qui a été sa patronne a emprunté le même ton qu'elle aujourd'hui pour m'expliquer ce que Priddy finira aussi par conclure : la solitude se paye de la plus terrible des façons et elle ne me servira en rien.
Alors je détourne plus encore la tête, allant jusqu'à la baisser de telle sorte qu'il me suffirait de supprimer les trois derniers centimètres pour poser le front sur mes genoux et ainsi achever le triste tableau d'une jeune fille accablée de chagrin que je dois renvoyer. Ongles enfoncés dans mes mollets, je lutte contre les tremblements intérieurs qui me secouent en essayant tant bien que mal de dissocier deux femmes qui n'ont absolument rien à voir l'une avec l'autre mais qui se confondent si aisément dans mes pensées.
La Sarah Priddy adolescente que j'imagine porte étrangement les mêmes traits que moi dans mon imaginaire ; comme moi elle méprise les plus jeunes, comme moi elle les fait fuir d'un regard, d'une réplique, comme moi elle a compris que la solitude est un cadeau et que chercher à la briser serait une erreur.
Tout dans ses paroles et son ton me prouve que nous venons de franchir une barrière de plus. Ce n'est pas une professeure qui parle à son élève, là. Et moi, voir les statuts être abolis, ça me plait autant que ça me fait flipper. Surtout aujourd'hui, alors que le spectre de l'ancienne directrice me hante. Je ferme les yeux très fort à un moment, à en voir des points blancs sur mes paupières baissées. J'essaie de me soustraire à ce monde. Arrêtez de vous ressemblez, arrêtez, prié-je inutilement. Mais je ne peux rien y faire, elles se superposent quoi que je fasse et la boule dans ma gorge grossit, grossit jusqu'à ce que mes tremblements s'extériorisent. Alors je serre encore plus fort les yeux et mes doigts s'enfoncent dans mes mollets, en lutte perpétuelle contre la houle qui monte dans mon corps et la peine écrasante qui dans quelques secondes ne laissera de moi que des lambeaux.
Inexorablement, ça continue de parler de l'autre côté de la table. Elle mange comme si rien de tout cela ne la touchait alors qu'elle me dévoile sa vie sans aucun filtre. Je la vois arriver, la Chose, la chose qui doit effrayer mais qui moi me fascine. Alors malgré ma peine et mes yeux brillant, malgré mes tremblements et mon air qui on ne sait pas s'il oscille entre haine ou désespoir, je rouvre les yeux et tourne la tête vers elle. Mon front se pose enfin sur mes genoux tandis que je la regarde ; elle ne m'accorde pas le moindre regard et c'est peut-être grâce à cela que je comprends que ce qu'elle me dit est grave mais surtout très vrai.
La Chose, c'est la mort. Sarah Priddy n'est pas du tout celle que je pensais. Non... Elle est celle que je n'aurais jamais espéré qu'elle soit. Encore une fois, nos ressemblances m'étourdissent. J'en ai soupé des gens qui me ressemblent : ils finissent toujours par me faire plus mal que les autres, par m'atteindre à des endroits dont ils ne devraient pas même connaître l'existence. Pendant une seconde, une toute petite seconde qui s'envole aussitôt qu'elle est vécue, je regarde ma professeure sans plus de filtre qu'elle n'en utilise pour ses paroles et je prends conscience de ce que je désire ardemment et qui me ferait honte si je me l'avouais à un autre moment.
« ... regrettant un temps de ne pas l'avoir achevé... » ; « ... je peux te raconter la fois où j'ai éviscéré un homme... »
Comment ne pas vous confondre alors que vous me parlez de la même manière ? Comment ne pas perdre la tête alors que toutes deux vous vous évertuez à me considérer comme une égale ? Comment ne pas flancher alors que vous voyez en moi le même éclat sombre qui brille en vous ?
Tout se déroule exactement comme je l'avais prévu, avec une surprise en plus. La grande morale de cette histoire c'est évidemment qu'il y a toujours de bonnes âmes sur Terre qui peuvent apaiser nos tourments et qu'il ne faut pas les repousser, parce qu'ils nous font tellement de bien ; la seconde leçon à apprendre c'est que parler permet d'exorciser nos démons.
Et je me souviens de mes larmes dans son bureau directorial et de ses paroles censées m'apaiser « On dort mieux après avoir pleuré, tu verras ». De mes cris, de ma honte ; de la brûlure dans mes yeux lorsqu'ils sont redevenus secs. Je me souviens de toutes nos rencontres et à chacune d'elle elle m'a dit la même chose : je dois aimer et être aimée, être entourée, me reposer sur ceux qui me sont proches pour ne pas me perdre. Elle n'a jamais cessé de me le répéter, ça non.
La rencontre soudaine avec les yeux de Priddy me fait avoir un geste de recul. Mon front s'arrache de mes genoux. La question qu'elle me pose me perturbe mais pas autant que son regard qui me traverse douloureusement. Je ne fais rien pour cacher mes émotions, de ma haine à ma peine en passant par la crainte terrible d'avoir trouvé en Sarah Priddy une épaule sur laquelle m'appuyer. Je finis par détourner les yeux, la tête, les épaules, tout ce qu'il y a à détourner parce que je suis incapable de la regarder plus longtemps. Un mot s'extirpe cependant de ma bouche ; ma voix est rauque et dure comme les bas-fonds des Enfers :
« Il est perdue. »
Le pain est perdu, mon jeu d'esprit est vaseux et moi je ressens une intense envie de hurler un bon coup, hurler très fort parce que j'en ai assez que l'on me mette en garde contre la même chose. J'en ai assez que l'on me reproche d'être qui je suis. Trop secrète, trop solitaire, pas suffisamment bavarde, renfermée.
« C'est des conneries, tout ça, » murmuré-je en secouant la tête.
J'ai un regard d'excuse pour la femme, comme pour dire : je ne parle pas de votre histoire, pardon, celle-ci est loin d'être stupide — jamais elle ne saura à quel point je me sens reconnaissante qu'elle m'ait dit tout cela même si actuellement je suis incapable de le voir.
« La vérité, c'est qu'on a beau dire les choses à une personne, se confier, lui faire confiance parce qu'on croit qu'elle sera toujours là... » Un petit rire nerveux me secoue les épaules ; *tais-toi tais-toi tais-toi*, me souffle ma raison. « ...t-être que ça permet de... Vider son sac, comme vous dites, accordé-je en secouant la main dans un geste méprisant, et après ? »
Cette fois-ci je la regarde carrément, ma voix monte légèrement.
Je veux qu'elle arrête. Je ne veux pas me confier à elle, je ne veux pas lui faire confiance, je ne veux pas reproduire les erreurs passées ; pourquoi me parle-t-elle ? pourquoi cherche-t-elle à m'aider ? Mais qu'elle me renvoie de son bureau sans état d'âme ! Qu'elle cesse d'être celle que j'avais envie qu'elle soit, bordel !
« Et après elles deviennent quoi toutes ces personnes formidables ? Elles nous écoute un jour puis le lendemain elles sont plus là. Vider son sac, c'est une faiblesse, fulminé-je les dents serrés et les mains toujours plus crispés sur mes jambes. On s'appuie sur les autres pour qu'ils nous soulagent de je sais pas quoi et au final on donne plus qu'eux ne le feront jamais. »
J'arrache mon regard brûlant de colère pour fusiller un autre coin du bureau.
« La solution c'est pas les... rencontres, craché-je en rêvant secrètement de faire exploser ce mur qui soutient tout le poids de mon regard. C'est de les fuir autant que possible. »
Je n'ai pas la moindre envie de vous considérer comme autre chose qu'une professeure, quoi qu'en disent mes pensées, je ne veux pas me confier et vous faire confiance ; au final, vous vous lasserez et finirez par passer à autre chose.
« Et vous vous êtes comme les autres, je vois pas pourquoi je vous dirais quoi que ce soit. »
Alors je détourne plus encore la tête, allant jusqu'à la baisser de telle sorte qu'il me suffirait de supprimer les trois derniers centimètres pour poser le front sur mes genoux et ainsi achever le triste tableau d'une jeune fille accablée de chagrin que je dois renvoyer. Ongles enfoncés dans mes mollets, je lutte contre les tremblements intérieurs qui me secouent en essayant tant bien que mal de dissocier deux femmes qui n'ont absolument rien à voir l'une avec l'autre mais qui se confondent si aisément dans mes pensées.
La Sarah Priddy adolescente que j'imagine porte étrangement les mêmes traits que moi dans mon imaginaire ; comme moi elle méprise les plus jeunes, comme moi elle les fait fuir d'un regard, d'une réplique, comme moi elle a compris que la solitude est un cadeau et que chercher à la briser serait une erreur.
Tout dans ses paroles et son ton me prouve que nous venons de franchir une barrière de plus. Ce n'est pas une professeure qui parle à son élève, là. Et moi, voir les statuts être abolis, ça me plait autant que ça me fait flipper. Surtout aujourd'hui, alors que le spectre de l'ancienne directrice me hante. Je ferme les yeux très fort à un moment, à en voir des points blancs sur mes paupières baissées. J'essaie de me soustraire à ce monde. Arrêtez de vous ressemblez, arrêtez, prié-je inutilement. Mais je ne peux rien y faire, elles se superposent quoi que je fasse et la boule dans ma gorge grossit, grossit jusqu'à ce que mes tremblements s'extériorisent. Alors je serre encore plus fort les yeux et mes doigts s'enfoncent dans mes mollets, en lutte perpétuelle contre la houle qui monte dans mon corps et la peine écrasante qui dans quelques secondes ne laissera de moi que des lambeaux.
Inexorablement, ça continue de parler de l'autre côté de la table. Elle mange comme si rien de tout cela ne la touchait alors qu'elle me dévoile sa vie sans aucun filtre. Je la vois arriver, la Chose, la chose qui doit effrayer mais qui moi me fascine. Alors malgré ma peine et mes yeux brillant, malgré mes tremblements et mon air qui on ne sait pas s'il oscille entre haine ou désespoir, je rouvre les yeux et tourne la tête vers elle. Mon front se pose enfin sur mes genoux tandis que je la regarde ; elle ne m'accorde pas le moindre regard et c'est peut-être grâce à cela que je comprends que ce qu'elle me dit est grave mais surtout très vrai.
La Chose, c'est la mort. Sarah Priddy n'est pas du tout celle que je pensais. Non... Elle est celle que je n'aurais jamais espéré qu'elle soit. Encore une fois, nos ressemblances m'étourdissent. J'en ai soupé des gens qui me ressemblent : ils finissent toujours par me faire plus mal que les autres, par m'atteindre à des endroits dont ils ne devraient pas même connaître l'existence. Pendant une seconde, une toute petite seconde qui s'envole aussitôt qu'elle est vécue, je regarde ma professeure sans plus de filtre qu'elle n'en utilise pour ses paroles et je prends conscience de ce que je désire ardemment et qui me ferait honte si je me l'avouais à un autre moment.
« ... regrettant un temps de ne pas l'avoir achevé... » ; « ... je peux te raconter la fois où j'ai éviscéré un homme... »
Comment ne pas vous confondre alors que vous me parlez de la même manière ? Comment ne pas perdre la tête alors que toutes deux vous vous évertuez à me considérer comme une égale ? Comment ne pas flancher alors que vous voyez en moi le même éclat sombre qui brille en vous ?
Tout se déroule exactement comme je l'avais prévu, avec une surprise en plus. La grande morale de cette histoire c'est évidemment qu'il y a toujours de bonnes âmes sur Terre qui peuvent apaiser nos tourments et qu'il ne faut pas les repousser, parce qu'ils nous font tellement de bien ; la seconde leçon à apprendre c'est que parler permet d'exorciser nos démons.
Et je me souviens de mes larmes dans son bureau directorial et de ses paroles censées m'apaiser « On dort mieux après avoir pleuré, tu verras ». De mes cris, de ma honte ; de la brûlure dans mes yeux lorsqu'ils sont redevenus secs. Je me souviens de toutes nos rencontres et à chacune d'elle elle m'a dit la même chose : je dois aimer et être aimée, être entourée, me reposer sur ceux qui me sont proches pour ne pas me perdre. Elle n'a jamais cessé de me le répéter, ça non.
La rencontre soudaine avec les yeux de Priddy me fait avoir un geste de recul. Mon front s'arrache de mes genoux. La question qu'elle me pose me perturbe mais pas autant que son regard qui me traverse douloureusement. Je ne fais rien pour cacher mes émotions, de ma haine à ma peine en passant par la crainte terrible d'avoir trouvé en Sarah Priddy une épaule sur laquelle m'appuyer. Je finis par détourner les yeux, la tête, les épaules, tout ce qu'il y a à détourner parce que je suis incapable de la regarder plus longtemps. Un mot s'extirpe cependant de ma bouche ; ma voix est rauque et dure comme les bas-fonds des Enfers :
« Il est perdue. »
Le pain est perdu, mon jeu d'esprit est vaseux et moi je ressens une intense envie de hurler un bon coup, hurler très fort parce que j'en ai assez que l'on me mette en garde contre la même chose. J'en ai assez que l'on me reproche d'être qui je suis. Trop secrète, trop solitaire, pas suffisamment bavarde, renfermée.
« C'est des conneries, tout ça, » murmuré-je en secouant la tête.
J'ai un regard d'excuse pour la femme, comme pour dire : je ne parle pas de votre histoire, pardon, celle-ci est loin d'être stupide — jamais elle ne saura à quel point je me sens reconnaissante qu'elle m'ait dit tout cela même si actuellement je suis incapable de le voir.
« La vérité, c'est qu'on a beau dire les choses à une personne, se confier, lui faire confiance parce qu'on croit qu'elle sera toujours là... » Un petit rire nerveux me secoue les épaules ; *tais-toi tais-toi tais-toi*, me souffle ma raison. « ...t-être que ça permet de... Vider son sac, comme vous dites, accordé-je en secouant la main dans un geste méprisant, et après ? »
Cette fois-ci je la regarde carrément, ma voix monte légèrement.
Je veux qu'elle arrête. Je ne veux pas me confier à elle, je ne veux pas lui faire confiance, je ne veux pas reproduire les erreurs passées ; pourquoi me parle-t-elle ? pourquoi cherche-t-elle à m'aider ? Mais qu'elle me renvoie de son bureau sans état d'âme ! Qu'elle cesse d'être celle que j'avais envie qu'elle soit, bordel !
« Et après elles deviennent quoi toutes ces personnes formidables ? Elles nous écoute un jour puis le lendemain elles sont plus là. Vider son sac, c'est une faiblesse, fulminé-je les dents serrés et les mains toujours plus crispés sur mes jambes. On s'appuie sur les autres pour qu'ils nous soulagent de je sais pas quoi et au final on donne plus qu'eux ne le feront jamais. »
J'arrache mon regard brûlant de colère pour fusiller un autre coin du bureau.
« La solution c'est pas les... rencontres, craché-je en rêvant secrètement de faire exploser ce mur qui soutient tout le poids de mon regard. C'est de les fuir autant que possible. »
Je n'ai pas la moindre envie de vous considérer comme autre chose qu'une professeure, quoi qu'en disent mes pensées, je ne veux pas me confier et vous faire confiance ; au final, vous vous lasserez et finirez par passer à autre chose.
« Et vous vous êtes comme les autres, je vois pas pourquoi je vous dirais quoi que ce soit. »
J'ai un brouillard dans la tête
La réponse de l'adolescente la fit sourire. Effectivement, l'humour était une bonne arme quand on était perdu même si ça ne marchait pas à tous les coups. L'adulte écouta sans mot dire, analysant les quelques paroles prononcées avant de reprendre calmement. C'est donc un départ qui posait problème. Donc, par déduction, le départ de Kristen. Mine de rien on avançait même en silence.
" Oh, je ne suis pas forcément la personne à qui vous devriez vous confier. Je vous avais prévenu que vous ne seriez peut-être pas d'accord avec le fond de ma pensée. Je vous ai confié cette impression parce que vous êtes là, voilà tout. Et ce n'est pas moi qui vous ai demandé de rester à la fin du cours. Pour ce qui est du rapport aux autres, je confirme donc que nous nous ressemblons. "
Elle ne put s'empêcher de sourire à nouveau un instant avant de se détourner de la Poufsouffle, repoussant définitivement son assiette pour approcher son dessert car oui, Pop prévoyait un dessert après du pain perdu. Elle découvrit dans un petit bol fermé un fromage blanc et comprit donc aussitôt l'utilité du sucrier.
" Je suis comme vous, je prend généralement l'option de la fuite. Ne pas être capable d'encaisser et d'avancer seule m'insupporte au plus au point mais j'admire les personnes capables d'exposer calmement tout ce qu'elles ont sur le cœur sans ciller. Peut-être même que je suis un peu jalouse dans le fond. Moi, les émotions je les régule, je les repousse, je les invoque, je ne sais pas les utiliser avec les êtres humains qui m'entourent ou, du moins, pas comme certains savent le faire. Elles ne sont à mes yeux vraiment utiles que pour la magie et je déteste généralement quand elles me dépassent et pourtant, ça arrive. "
Oh oui, ça arrivait. Ca arrivait même de plus en plus souvent ces derniers mois. La faute à un beau brun qui lui avait toujours fait un effet étrange. À croire qu'il avait été mis sur le chemin de la sorcière pour la forcer à parler et à lâcher du lest.
" En partant de cette analyse, pour moi, être capable de vider son sac n'est pas une faiblesse. Dans le fond, rien n'empêche de vider son sac puis de fuir avec un paquetage plus léger. Simplement, je n'en suis pas capable. C'est ma faiblesse personnelle. "
Elle agita sa baguette et le sucrier s'approcha pour lui permettre de soupoudrer l'onctueux laitage. Une fois le tout mélangé, elle goûta une première cuillerée.
" Quant au fait de perdre un jour ou l'autre les gens à qui on tient, c'est malheureusement le propre de l'homme et de l'être vivant en général. Personne n'est éternel et, à moins que vous possédiez dans votre poche une nouvelle pierre philosophale et, tant qu'à faire, son mode d'emploi, vous ne pourrez pas remédier à ce problème. C'est aussi ce qui rend les relations si riches à un instant T, le fait qu'elles ne dureront pas toujours même si, il faut bien l'admettre, l'arrêt est souvent bien trop douloureux. "
Elle retint une dernière phrase. Peut-être n'était ce pas le meilleur moment pour avancer sur ce sujet. Pourtant... non. La Galloise décida plutôt de prendre une nouvelle cuillerée de fromage blanc pour laisser le temps à son invitée de s'exprimer si elle le souhaitait. Dans tous les cas, Sarah pourrait aborder ce pan du sujet un peu plus tard. La jeune sorcière avait commencer à parler, autant la laisser un peu respirer avant de tourner la baguette dans la plaie. Si ça se trouve, elle arriverait toute seule sur le chemin sans l'aide de personne.
" Oh, je ne suis pas forcément la personne à qui vous devriez vous confier. Je vous avais prévenu que vous ne seriez peut-être pas d'accord avec le fond de ma pensée. Je vous ai confié cette impression parce que vous êtes là, voilà tout. Et ce n'est pas moi qui vous ai demandé de rester à la fin du cours. Pour ce qui est du rapport aux autres, je confirme donc que nous nous ressemblons. "
Elle ne put s'empêcher de sourire à nouveau un instant avant de se détourner de la Poufsouffle, repoussant définitivement son assiette pour approcher son dessert car oui, Pop prévoyait un dessert après du pain perdu. Elle découvrit dans un petit bol fermé un fromage blanc et comprit donc aussitôt l'utilité du sucrier.
" Je suis comme vous, je prend généralement l'option de la fuite. Ne pas être capable d'encaisser et d'avancer seule m'insupporte au plus au point mais j'admire les personnes capables d'exposer calmement tout ce qu'elles ont sur le cœur sans ciller. Peut-être même que je suis un peu jalouse dans le fond. Moi, les émotions je les régule, je les repousse, je les invoque, je ne sais pas les utiliser avec les êtres humains qui m'entourent ou, du moins, pas comme certains savent le faire. Elles ne sont à mes yeux vraiment utiles que pour la magie et je déteste généralement quand elles me dépassent et pourtant, ça arrive. "
Oh oui, ça arrivait. Ca arrivait même de plus en plus souvent ces derniers mois. La faute à un beau brun qui lui avait toujours fait un effet étrange. À croire qu'il avait été mis sur le chemin de la sorcière pour la forcer à parler et à lâcher du lest.
" En partant de cette analyse, pour moi, être capable de vider son sac n'est pas une faiblesse. Dans le fond, rien n'empêche de vider son sac puis de fuir avec un paquetage plus léger. Simplement, je n'en suis pas capable. C'est ma faiblesse personnelle. "
Elle agita sa baguette et le sucrier s'approcha pour lui permettre de soupoudrer l'onctueux laitage. Une fois le tout mélangé, elle goûta une première cuillerée.
" Quant au fait de perdre un jour ou l'autre les gens à qui on tient, c'est malheureusement le propre de l'homme et de l'être vivant en général. Personne n'est éternel et, à moins que vous possédiez dans votre poche une nouvelle pierre philosophale et, tant qu'à faire, son mode d'emploi, vous ne pourrez pas remédier à ce problème. C'est aussi ce qui rend les relations si riches à un instant T, le fait qu'elles ne dureront pas toujours même si, il faut bien l'admettre, l'arrêt est souvent bien trop douloureux. "
Elle retint une dernière phrase. Peut-être n'était ce pas le meilleur moment pour avancer sur ce sujet. Pourtant... non. La Galloise décida plutôt de prendre une nouvelle cuillerée de fromage blanc pour laisser le temps à son invitée de s'exprimer si elle le souhaitait. Dans tous les cas, Sarah pourrait aborder ce pan du sujet un peu plus tard. La jeune sorcière avait commencer à parler, autant la laisser un peu respirer avant de tourner la baguette dans la plaie. Si ça se trouve, elle arriverait toute seule sur le chemin sans l'aide de personne.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
J'ai un brouillard dans la tête
Ma réticence à me confier à elle est si forte et ancrée en moi que je ne peux qu'être profondément surprise lorsqu'elle affirme qu'elle n'est pas forcément celle à qui je dois parler ; surprise de trouver dans mon coeur une drôle de blessure qui ressemble à s'y méprendre à de la vexation : pourquoi n'exige-t-elle pas que je lui parle ? Est-ce qu'elle s'en fout donc de moi ? Ne comprend-elle pas que sans insistance de sa part, je ne dirai rien ? Oui, c'est donc cela, elle n'en a rien à faire. Mais quelles idées me faisais-je, aussi ?! Évidemment que je ne suis rien d'autre qu'une élève qui vient la harceler dans son bureau pour lui poser des questions qui n'ont au final aucune importance. Après tout il y a une certaine logique dans tout ce qui arrive : celle pour qui je souhaite être importante depuis des années est partie sans même oser me rencontrer une dernière fois, alors pourquoi cette femme qui parfois lui ressemble tant éprouverait un quelconque intérêt pour mes petits états d'âme d'idiote subissant ses émotions ?
La couche de peine n'en est que plus grande, ça ne change pas grand chose. Une petite moue étire mes lèvres vers le bas et je hausse si légèrement les épaules que je doute qu'elle l'ait aperçu ; je repars à l'observation boudeuse de mon mur. Dans mon esprit l'idée que j'ai raison s'affirme de plus en plus : je suis intimement persuadée que les liens me desservent et qu'ils me fragilisent plus qu'autre chose, et persuadée que se confier n'est jamais fait gratuitement. Lorsque l'on parle à quelqu'un de quelque chose qui nous touche profondément, on attend toujours quelque chose en retour : un geste, une parole qui apaisera notre douleur, ou juste de se voir confier quelque chose aussi pour rétablir l'équilibre. Dans tous les cas, on s'attend à ce que cette personne qui en sait désormais plus sur nous soit là, dans tous les sens du terme. Il n'y qu'une seule personne au monde qui a respecté cette règle, une seule. Et ce n'est pas même une personne. C'est peut-être parce que Zikomo est une créature qu'il est si fidèle et digne de ma confiance. Une fois encore cela affirme mes pensées : aucun être humain ne pourrait être à son niveau. Lorsque je pense à ce que m'a fait subir l'ancienne directrice, j'en ai parfois le vertige. Je me souviens de tous ces moments douloureux passés à lutter contre mon attachement pour au final baisser ma garde, très légèrement ; et pour quoi ? Me voilà aujourd'hui seule, persuadée que je n'ai jamais compté pour elle puisqu'elle est partie sans un regard en arrière.
Certes, Sarah Priddy est humaine et elle est passablement victime d'une bonne partie de ma colère et de mes sentiments en montagne russe. Néanmoins, elle s'attire mon intérêt puisqu'elle désapprouve les émotions et ce qu'elles lui font subir. Mais est-ce qu'elle aussi fomente de plus en plus l'idée de trouver une solution, n'importe laquelle, pour s'en débarrasser totalement ? Elle aussi rêve-t-elle d'un monde où il n'y aurait que les objectifs de chacun qui primeraient, un monde sans cris, sans pleurs, sans quotidien soumis aux aléas de ces monstres d'émotions ?
Et oh, drôle de surprise. La fin de son discours m'arrache pour la première fois à mon observation colérique du bureau ; je ne peux retenir un regard dans sa direction suivi d'un sourire tordu qui pourrait passer pour de la rancœur ou tout autre chose que je ressens également, en plus de l'amusement lié au fait d'être effectivement en possession de quelque chose qui pourrait rallonger ma vie et qui n'en rend pas moins douloureux les départs que je subis dans le vouloir.
Elle n'a pas compris que les départs dont je parle sont des départs souhaités. Je ne parle pas de la mort, la grande mort qui n'est rien pour moi : je suis si jeune, si éternelle, pourquoi aurais-je peur de la mort ? Non, je fais référence aux abandons. Et je me fiche de la richesse supposées des relations. C'est se voiler la face que de dire qu'il faut profiter à un moment T pour rendre les abandons moins douloureux.
« Je vous parle pas de perdre quelqu'un dans ce sens-là, répondis-je dès que j'en ai l'occasion avec un mouvement d'humeur de la tête. C'est juste que... Les gens sont si... » Une bouffée de colère s'impose sur mon visage et le déforme méchamment. « Je les déteste, craché-je finalement en y croyant sincèrement. On peut faire confiance à personne, surtout pas aux... »
Je m'arrête subitement, consciente qu'affirmer que les grandes personnes ne sont pas dignes de confiance, c'est une réaction très enfantine. En plus, ce n'est pas ce que j'ai envie de dire. Ce que je veux affirmer, c'est que les personnes comme elle ne sont pas digne de confiance ; comme elle, Sarah Priddy, qui ressemble trop à une autre elle qui a passé les dernières années à me prouver que faire confiance aux gens, se confier à eux, se reposer sur eux alors que l'on a lutté si longtemps pour ne pas le faire, c'est la plus grosse connerie du monde.
« C'est pas la question, » poursuis-je finalement en secouant la tête.
Je pose les coudes sur mes genoux et plonge ma tête entre mes bras. Mes mains s'entremêlent à ma chevelure. J'ai à peine conscience du moment où mes doigts accrochent les mèches, à peine conscience de la faible douleur que me fait subir ce mouvement.
« Vous dites que c'est votre faiblesse personnelle, et bien moi c'est ma force, murmuré-je entre mes bras. Celle de ne pas pouvoir vider mon sac. Ma faiblesse, c'est d'avoir envie de... De le...»
...faire. Mais je garde cette grande vérité pour moi, je ne suis pas encore prête à l'offrir au monde.
J'en ai assez. Assez de sentir ce coeur si lourd dans ma poitrine. Assez de cette boule dans ma gorge qui parfois se fait si grosse que j'en perds la capacité de respirer. Assez de cette douleur. Assez de désirer être ici, sur ce siège, face à cette femme, mais de rêver presque aussi fort d'être ailleurs, très très loin de l'envie qui me submerge d'ouvrir la bouche pour le vider, ce foutu sac, malgré mon affirmation de ne pas vouloir le faire.
Pourquoi ne puis-je pas être en accord avec mes souhaits ? Je n'ai aucune envie de tout dire et pourtant, pourtant... Pourtant je ressens le besoin de le faire, un besoin si grand que je peine à lutter contre lui. Je suis écartelée entre différentes envies complètement opposées les une aux autres et j'en éprouve une douleur folle .
« Un jour je les détruirai..., » sifflé-je d'une voix pleine de venin entre mes dents. Encore une fois, je ferme fort les yeux à m'en faire exploser les paupières. Je n'en ai pas conscience mais dans un très léger mouvement, je me berce d'avant en arrière, d'arrière en avant. « Toutes ces émotions... Je m'en débarrasserai. Entièrement et totalement. Je le ferai, affirmé-je sans savoir si cette promesse s'adresse à moi ou à Priddy, que je prends pour témoin de l'objectif qui aujourd'hui prime sur tous les autres. Je le ferai. »
La couche de peine n'en est que plus grande, ça ne change pas grand chose. Une petite moue étire mes lèvres vers le bas et je hausse si légèrement les épaules que je doute qu'elle l'ait aperçu ; je repars à l'observation boudeuse de mon mur. Dans mon esprit l'idée que j'ai raison s'affirme de plus en plus : je suis intimement persuadée que les liens me desservent et qu'ils me fragilisent plus qu'autre chose, et persuadée que se confier n'est jamais fait gratuitement. Lorsque l'on parle à quelqu'un de quelque chose qui nous touche profondément, on attend toujours quelque chose en retour : un geste, une parole qui apaisera notre douleur, ou juste de se voir confier quelque chose aussi pour rétablir l'équilibre. Dans tous les cas, on s'attend à ce que cette personne qui en sait désormais plus sur nous soit là, dans tous les sens du terme. Il n'y qu'une seule personne au monde qui a respecté cette règle, une seule. Et ce n'est pas même une personne. C'est peut-être parce que Zikomo est une créature qu'il est si fidèle et digne de ma confiance. Une fois encore cela affirme mes pensées : aucun être humain ne pourrait être à son niveau. Lorsque je pense à ce que m'a fait subir l'ancienne directrice, j'en ai parfois le vertige. Je me souviens de tous ces moments douloureux passés à lutter contre mon attachement pour au final baisser ma garde, très légèrement ; et pour quoi ? Me voilà aujourd'hui seule, persuadée que je n'ai jamais compté pour elle puisqu'elle est partie sans un regard en arrière.
Certes, Sarah Priddy est humaine et elle est passablement victime d'une bonne partie de ma colère et de mes sentiments en montagne russe. Néanmoins, elle s'attire mon intérêt puisqu'elle désapprouve les émotions et ce qu'elles lui font subir. Mais est-ce qu'elle aussi fomente de plus en plus l'idée de trouver une solution, n'importe laquelle, pour s'en débarrasser totalement ? Elle aussi rêve-t-elle d'un monde où il n'y aurait que les objectifs de chacun qui primeraient, un monde sans cris, sans pleurs, sans quotidien soumis aux aléas de ces monstres d'émotions ?
Et oh, drôle de surprise. La fin de son discours m'arrache pour la première fois à mon observation colérique du bureau ; je ne peux retenir un regard dans sa direction suivi d'un sourire tordu qui pourrait passer pour de la rancœur ou tout autre chose que je ressens également, en plus de l'amusement lié au fait d'être effectivement en possession de quelque chose qui pourrait rallonger ma vie et qui n'en rend pas moins douloureux les départs que je subis dans le vouloir.
Elle n'a pas compris que les départs dont je parle sont des départs souhaités. Je ne parle pas de la mort, la grande mort qui n'est rien pour moi : je suis si jeune, si éternelle, pourquoi aurais-je peur de la mort ? Non, je fais référence aux abandons. Et je me fiche de la richesse supposées des relations. C'est se voiler la face que de dire qu'il faut profiter à un moment T pour rendre les abandons moins douloureux.
« Je vous parle pas de perdre quelqu'un dans ce sens-là, répondis-je dès que j'en ai l'occasion avec un mouvement d'humeur de la tête. C'est juste que... Les gens sont si... » Une bouffée de colère s'impose sur mon visage et le déforme méchamment. « Je les déteste, craché-je finalement en y croyant sincèrement. On peut faire confiance à personne, surtout pas aux... »
Je m'arrête subitement, consciente qu'affirmer que les grandes personnes ne sont pas dignes de confiance, c'est une réaction très enfantine. En plus, ce n'est pas ce que j'ai envie de dire. Ce que je veux affirmer, c'est que les personnes comme elle ne sont pas digne de confiance ; comme elle, Sarah Priddy, qui ressemble trop à une autre elle qui a passé les dernières années à me prouver que faire confiance aux gens, se confier à eux, se reposer sur eux alors que l'on a lutté si longtemps pour ne pas le faire, c'est la plus grosse connerie du monde.
« C'est pas la question, » poursuis-je finalement en secouant la tête.
Je pose les coudes sur mes genoux et plonge ma tête entre mes bras. Mes mains s'entremêlent à ma chevelure. J'ai à peine conscience du moment où mes doigts accrochent les mèches, à peine conscience de la faible douleur que me fait subir ce mouvement.
« Vous dites que c'est votre faiblesse personnelle, et bien moi c'est ma force, murmuré-je entre mes bras. Celle de ne pas pouvoir vider mon sac. Ma faiblesse, c'est d'avoir envie de... De le...»
...faire. Mais je garde cette grande vérité pour moi, je ne suis pas encore prête à l'offrir au monde.
J'en ai assez. Assez de sentir ce coeur si lourd dans ma poitrine. Assez de cette boule dans ma gorge qui parfois se fait si grosse que j'en perds la capacité de respirer. Assez de cette douleur. Assez de désirer être ici, sur ce siège, face à cette femme, mais de rêver presque aussi fort d'être ailleurs, très très loin de l'envie qui me submerge d'ouvrir la bouche pour le vider, ce foutu sac, malgré mon affirmation de ne pas vouloir le faire.
Pourquoi ne puis-je pas être en accord avec mes souhaits ? Je n'ai aucune envie de tout dire et pourtant, pourtant... Pourtant je ressens le besoin de le faire, un besoin si grand que je peine à lutter contre lui. Je suis écartelée entre différentes envies complètement opposées les une aux autres et j'en éprouve une douleur folle .
« Un jour je les détruirai..., » sifflé-je d'une voix pleine de venin entre mes dents. Encore une fois, je ferme fort les yeux à m'en faire exploser les paupières. Je n'en ai pas conscience mais dans un très léger mouvement, je me berce d'avant en arrière, d'arrière en avant. « Toutes ces émotions... Je m'en débarrasserai. Entièrement et totalement. Je le ferai, affirmé-je sans savoir si cette promesse s'adresse à moi ou à Priddy, que je prends pour témoin de l'objectif qui aujourd'hui prime sur tous les autres. Je le ferai. »
J'ai un brouillard dans la tête
Sarah se retint de hausser les sourcils, se concentrant sur son dessert qui arrivait bientôt à sa fin. Les adolescents étaient tout de même des créatures compliquées. Elle même devait l'être, c'est certain mais tout de même, pas à ce point si ? La jeune Bristyle était bourrée de contradiction : être et paraître, vouloir et pouvoir, accepter et refuser. Sarah se félicita de ne pas être dans son crâne à cet instant. Cela devait être assez tumultueux.
" J'ai bien compris que vous ne parliez pas de décès mais que vous regrettiez le départ de Kristen Loewy même si j'ignore vos raisons mais je voulais vous faire remarquer que les départs sont, de toute façon, inéluctables un jour ou l'autre. Je ne connaissais pas vraiment notre ancienne directrice et je ne sais pas quel rapport vous entreteniez avec elle mais elle vous recontactera probablement un jour ou l'autre si, comme vous semblez le ressentir, elle était proche de vous. Certaines personnes ont simplement besoin de temps car même les départs souhaités en apparence ne le sont pas forcément. Vous dites vous même que vous préféreriez fuir plutôt que d'affronter certaines relations. "
Il était inutile d'ajouter qu'elle devrait donc pouvoir faire preuve d'un peu de compréhension. Vu son état, elle ne le pouvait pas.
" Quant à faire confiance aux gens... c'est une question délicate. Certaines personnes sont plus stables que d'autres si c'est ce que vous cherchez mais, on ne peut pas être bon partout, la nature cherche souvent un équilibre. Les personnes particulièrement douées dans un domaine et donc souvent intéressantes dans ce dit domaine ont souvent des points faibles tout aussi grands ailleurs, nul n'est parfait. "
Sarah posa définitivement sa cuillère et se tourna vers la Poufsouffle en attrapant sa baguette au passage. Elle la fit, par reflexe, rouler entre ses doigts.
" Vous êtes venue me trouver à la fin du cours car, comme vous le dites vous même, vous avez envie ou plutôt besoin car l'envie est clairement loin, de vider votre sac ou du moins quelques pierres. Je n'ai pas à connaître toute votre histoire, elle vous appartient. Vous avez, je crois, l'impression que si une personne vous écoute vous lui êtes redevable. Sachez que si une personne vous écoute c'est simplement qu'elle accepte de vous écouter. Vous n'êtes en rien redevable du temps qu'elle vous consacre volontairement, surtout pas quand il s'agit d'un enseignant ou d'une directrice dont le rôle premier est d'aider et faire avancer les élèves. "
Bien sûr, un minimum de respect mutuel était attendu mais pas forcément en lien direct avec le fait d'écouter. Sarah ne fit pas de remarque sur l'idée même de détruire les émotions mais nota ce détail. Elle en reparlerai un autre jour. Plus tard, quand ce serait le moment.
" J'ai bien compris que vous ne parliez pas de décès mais que vous regrettiez le départ de Kristen Loewy même si j'ignore vos raisons mais je voulais vous faire remarquer que les départs sont, de toute façon, inéluctables un jour ou l'autre. Je ne connaissais pas vraiment notre ancienne directrice et je ne sais pas quel rapport vous entreteniez avec elle mais elle vous recontactera probablement un jour ou l'autre si, comme vous semblez le ressentir, elle était proche de vous. Certaines personnes ont simplement besoin de temps car même les départs souhaités en apparence ne le sont pas forcément. Vous dites vous même que vous préféreriez fuir plutôt que d'affronter certaines relations. "
Il était inutile d'ajouter qu'elle devrait donc pouvoir faire preuve d'un peu de compréhension. Vu son état, elle ne le pouvait pas.
" Quant à faire confiance aux gens... c'est une question délicate. Certaines personnes sont plus stables que d'autres si c'est ce que vous cherchez mais, on ne peut pas être bon partout, la nature cherche souvent un équilibre. Les personnes particulièrement douées dans un domaine et donc souvent intéressantes dans ce dit domaine ont souvent des points faibles tout aussi grands ailleurs, nul n'est parfait. "
Sarah posa définitivement sa cuillère et se tourna vers la Poufsouffle en attrapant sa baguette au passage. Elle la fit, par reflexe, rouler entre ses doigts.
" Vous êtes venue me trouver à la fin du cours car, comme vous le dites vous même, vous avez envie ou plutôt besoin car l'envie est clairement loin, de vider votre sac ou du moins quelques pierres. Je n'ai pas à connaître toute votre histoire, elle vous appartient. Vous avez, je crois, l'impression que si une personne vous écoute vous lui êtes redevable. Sachez que si une personne vous écoute c'est simplement qu'elle accepte de vous écouter. Vous n'êtes en rien redevable du temps qu'elle vous consacre volontairement, surtout pas quand il s'agit d'un enseignant ou d'une directrice dont le rôle premier est d'aider et faire avancer les élèves. "
Bien sûr, un minimum de respect mutuel était attendu mais pas forcément en lien direct avec le fait d'écouter. Sarah ne fit pas de remarque sur l'idée même de détruire les émotions mais nota ce détail. Elle en reparlerai un autre jour. Plus tard, quand ce serait le moment.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
J'ai un brouillard dans la tête
Lorsque la grande vérité sort de sa bouche, à savoir que je suis proche de l'ancienne directrice, je resserre ma prise sur mes cheveux et retiens mon souffle, comme si cela pouvait empêcher le monde de s'effondrer sous le choc de cette nouvelle ahurissante : Aelle Bristyle est proche de la directrice ! Mais le monde ne tremble pas, pas plus que la voix de Priddy qui semble à la fois accepter ce fait et ne pas imaginer une quelconque réciprocité à ce lien d'attachement dont elle a clairement établi l'existence dans mes paroles. Elle dit bien « si vous étiez proche d'elle », après tout. Mais je ne lui en veux pas de douter de ce que je tends à lui avouer sans vraiment le faire. Après tout, moi aussi je doute de cette relation alors qu'est-ce qu'elle, une totale inconnue, pourrait savoir de ce qui m'a lié, me lie peut-être encore, à cette femme qui nous a si brutalement quitté ? Elle ne peut pas comprendre. C'est ce que je me dis au fur et à mesure qu'elle déroule son discours. J'aimerais le lui dire : je vous dis qu'elle ne m'écrira pas, parce que je la connais et qu'elle m'a écrit une lettre, qu'elle ne marche pas comme vous et moi. C'est très clair dans ma tête et ce qui est également très clair c'est le fait que personne, absolument personne ne pourrait comprendre cette relation puisqu'il n'y a que deux personnes capables de l'appréhender dans sa totalité : les deux dont il est question dans cette conversation ; elle et moi.
Je nie tout en bloc, non pas parce que je refuse d'écouter mais parce qu'elle ne peut pas comprendre, donc elle ne peut pas avoir raison donc ce qu'elle dit est totalement hors de propos ; c'est quasiment inutile ce qu'elle dit, mais je suis suffisamment futée pour ne pas le dire à voix haute. Elle ne peut que se fourvoyer, après tout. Elle a peut-être une dizaine d'année d'expérience de la vie de plus que moi mais moi j'en ai beaucoup plus à propos de ce sujet en particulier.
Il arrive un moment où je relève la tête, dégage mes doigts entremêlés à mes mèches et pose mon menton sur mes genoux. Ainsi j'ai une vue parfaite sur le bureau et si je regarde dans les coins de ma vision, je peux apercevoir la femme qui joue avec sa baguette magique tout en disant des choses qui me glacent de l'intérieur et que j'entreprends de corriger sans même réfléchir :
« C'est pas parce qu'elle était directrice ou parce que c'était son rôle qu'on parlait, elle et moi, » rétorqué-je comme si sa dernière phrase nous visait particulièrement, voire même insultait la relation que j'avais avec le spectre noire qui hante mes pensées. Je me recroqueville encore plus, les doigts plantés dans mes mollets, mes dents malmenant ma lèvre. « Y'avait d'ailleurs plus de directrice, marmonné-je d'une voix lointaine, et plus d'élève. »
C'est du moins mon impression. C'est comme cela que je le vis depuis le début. Le doute, insufflé sans le vouloir par la professeure de Sortilèges, s'immisce dans mes pensées et il est plus douloureux que tout le reste. Merlin, et si je l'avais rêvé ? Non, non, me reprends-je en sentant mon coeur s'emballer, c'est impossible, nous avons vécu tellement de choses. Une directrice n'aurait pas emmené son élève hors de Poudlard, elle ne lui aurait pas dit tout ce qu'elle lui a dit, ne l'aurait pas poussé à un exercice magique qui a mené cette élève à l'épuisement. Une directrice ne parlerait pas magie noire avec son élève. C'était bien vrai tout ça, je ne sais pas exactement si elle était ma mentore, ma complice, une certaine forme d'amie, une ennemie ou même une camarade, mais en tout cas c'était quelque chose de différent que la relation d'une directrice et de son élève.
Je me redresse soudainement et me tourne franchement vers Priddy, toujours recroquevillée sur mon fauteuil mais le regard franc, cette fois-ci, et presque accusateur.
« On avait dépassé ça, vous comprenez ? »
En arrière plan de mes pensées tumultueuses, je garde évidemment en tête tout ce que vient de me dire la professeure mais j'essaie de ne pas trop le regarder en face, histoire de me persuader que je ne suis pas exactement en train de faire ce qu'elle me pousse à faire. Comme ça si on me le demande, je pourrais dire : quoi, moi, me confier ? Non, c'est faux !
Mais jusqu'à quand pourrais-je me voiler la face ? Plus je parle...
« Elle m'a dit des trucs qu'elle aurait jamais dit à personne d'autre ! »
...plus je me sens fragile...
« Elle aurait dû venir me voir en personne avant de se tirer comme une lâche ! »
Comme si je donnais à chaque fois un peu plus d'armes à cette femme...
« C'est inéluctable d'être prise pour une conne par une personne qu'on estime ?! » finis-je par crier.
...pour me réduire en miettes dès qu'elle ressentira l'envie de le faire.
Ces sentiments montent crescendo, jusqu'à ce que la honte me submerge et que je me sente pitoyable des aveux que je viens de faire. Je me sens coupable également, comme si je venais de profaner un secret très précieux, ce qui est effectivement le cas : cette relation était une chose qui devait rester dans l'écrin de mon coeur, je suis presque sûre que je me l'étais promis à un moment où un autre de ma vie. Merlin, qu'est-ce que je viens de faire ?
J'ouvre les yeux un peu plus grand, assez grand pour laisser y pénétrer une forme d'effroi assez discernable, assez grand également pour observer Sarah Priddy et la voir avec les yeux de la lucidité : elle, pour laquelle j'ai commencé à éprouver une sorte d'intérêt lorsqu'elle a, sans autre forme de procès, ensevelit une élève sous un tas de neige ; elle, cette femme que j'ai commencé à respecter dès que je l'ai suffisamment connue en temps que professeure, suffisamment pour comprendre qu'elle en avait dans la tête et que nous partagions quelques ressemblances ; cette femme que je me suis jamais avoué apprécier depuis qu'elle m'a appris à utiliser un sistre ; cette femme que je confonds si bien avec mon spectre parce qu'elle a tout ce qu'il faut pour m'apporter une part de ce que je recherchais auprès de la directrice.
Au final, Sarah Priddy est plus qu'une simple professeure avec une conversation intéressante, une femme avec du caractère, une personne qui a cette "chose" en elle qui m'attire sans que je comprenne trop pourquoi. Elle était également ma bouée de sauvetage, celle qui aurait pu... Et je jure que je ne me l'avoue que parce que je suis bouleversée : celle qui aurait pu la remplacer, en quelque sorte ; du moins quelque temps, le temps d'apaiser mes douleurs.
Et voilà qu'en quelques mots, réalisé-je avec horreur, je viens de détruire tout cela : personne n'aime les gens qui se plaignent, qui pleurent, qui geignent sur des relations passées, personne n'aime les faibles, ceux qui se ridiculisent, qui ne se contrôlent pas, qui ne font pas preuve d'excellence et d'esprit. Les personnes comme moi, donc comme Priddy, n'aiment pas tout cela.
Elle va me détester.
C'est une certitude.
J'en fais une vérité qui prend toute la place dans ma tête.
Elle me déteste, ça y est. Bordel, je suis ridicule, évidemment que je suis détestable. Je suis tellement misérable ; si j'étais à sa place, je serai dure et cruelle : évidemment qu'elle est partie, qui voudrait perdre son temps avec toi ? Je lui dirais ça. Je me le dis à moi et je le pense sincèrement.
Je m'éjecte brutalement de mon siège. Je percute la table au passage mais c'est à peine si j'en ai conscience tant je suis agitée.
« J'y vais, je m'en vais. Je... » Ma respiration s'accélère, tout comme s'accentue la pression sur mes pensées, la même pression qui me pousse aux cris, aux coups, aux Reducto, à la destruction, au sabotage. « Oubliez tout ça, c'était con de ma part. »
Avec un peu de chance elle mettra cela sur le dos de l'adolescence. Au bout de quelques semaines elle aurait oublié et peut-être alors qu'elle me considérera de nouveau comme une élève intéressante ? Car je sais que c'était le cas. Avant mes aveux.
Je lui lance un dernier regard, un regard en biais, un peu tordu, un regard qui dit : pitié, me rejetez pas vous aussi, mais qui en même temps la supplie de faire tout cela, pour me préserver de recommencer à agir comme je viens de le faire : avec faiblesse.
C'est étrange car Aelle prend la phrase de Sarah (« Sachez que si une personne vous écoute c'est simplement qu'elle accepte de vous écouter. Vous n'êtes en rien redevable du temps qu'elle vous consacre... ») comme une sorte de preuve qu'elle peut se confier... Mais en même temps qu'elle le fait elle est malgré tout absolument certaine que ça la rend nulle et surtout que ça va lui desservir. Elle n'attendait que cela... Cette preuve... Et maintenant qu'elle l'a eu elle regrette. Actuellement je me sens comme ce smiley qui a la tête qui explose, là.
Je nie tout en bloc, non pas parce que je refuse d'écouter mais parce qu'elle ne peut pas comprendre, donc elle ne peut pas avoir raison donc ce qu'elle dit est totalement hors de propos ; c'est quasiment inutile ce qu'elle dit, mais je suis suffisamment futée pour ne pas le dire à voix haute. Elle ne peut que se fourvoyer, après tout. Elle a peut-être une dizaine d'année d'expérience de la vie de plus que moi mais moi j'en ai beaucoup plus à propos de ce sujet en particulier.
Il arrive un moment où je relève la tête, dégage mes doigts entremêlés à mes mèches et pose mon menton sur mes genoux. Ainsi j'ai une vue parfaite sur le bureau et si je regarde dans les coins de ma vision, je peux apercevoir la femme qui joue avec sa baguette magique tout en disant des choses qui me glacent de l'intérieur et que j'entreprends de corriger sans même réfléchir :
« C'est pas parce qu'elle était directrice ou parce que c'était son rôle qu'on parlait, elle et moi, » rétorqué-je comme si sa dernière phrase nous visait particulièrement, voire même insultait la relation que j'avais avec le spectre noire qui hante mes pensées. Je me recroqueville encore plus, les doigts plantés dans mes mollets, mes dents malmenant ma lèvre. « Y'avait d'ailleurs plus de directrice, marmonné-je d'une voix lointaine, et plus d'élève. »
C'est du moins mon impression. C'est comme cela que je le vis depuis le début. Le doute, insufflé sans le vouloir par la professeure de Sortilèges, s'immisce dans mes pensées et il est plus douloureux que tout le reste. Merlin, et si je l'avais rêvé ? Non, non, me reprends-je en sentant mon coeur s'emballer, c'est impossible, nous avons vécu tellement de choses. Une directrice n'aurait pas emmené son élève hors de Poudlard, elle ne lui aurait pas dit tout ce qu'elle lui a dit, ne l'aurait pas poussé à un exercice magique qui a mené cette élève à l'épuisement. Une directrice ne parlerait pas magie noire avec son élève. C'était bien vrai tout ça, je ne sais pas exactement si elle était ma mentore, ma complice, une certaine forme d'amie, une ennemie ou même une camarade, mais en tout cas c'était quelque chose de différent que la relation d'une directrice et de son élève.
Je me redresse soudainement et me tourne franchement vers Priddy, toujours recroquevillée sur mon fauteuil mais le regard franc, cette fois-ci, et presque accusateur.
« On avait dépassé ça, vous comprenez ? »
En arrière plan de mes pensées tumultueuses, je garde évidemment en tête tout ce que vient de me dire la professeure mais j'essaie de ne pas trop le regarder en face, histoire de me persuader que je ne suis pas exactement en train de faire ce qu'elle me pousse à faire. Comme ça si on me le demande, je pourrais dire : quoi, moi, me confier ? Non, c'est faux !
Mais jusqu'à quand pourrais-je me voiler la face ? Plus je parle...
« Elle m'a dit des trucs qu'elle aurait jamais dit à personne d'autre ! »
...plus je me sens fragile...
« Elle aurait dû venir me voir en personne avant de se tirer comme une lâche ! »
Comme si je donnais à chaque fois un peu plus d'armes à cette femme...
« C'est inéluctable d'être prise pour une conne par une personne qu'on estime ?! » finis-je par crier.
...pour me réduire en miettes dès qu'elle ressentira l'envie de le faire.
Ces sentiments montent crescendo, jusqu'à ce que la honte me submerge et que je me sente pitoyable des aveux que je viens de faire. Je me sens coupable également, comme si je venais de profaner un secret très précieux, ce qui est effectivement le cas : cette relation était une chose qui devait rester dans l'écrin de mon coeur, je suis presque sûre que je me l'étais promis à un moment où un autre de ma vie. Merlin, qu'est-ce que je viens de faire ?
J'ouvre les yeux un peu plus grand, assez grand pour laisser y pénétrer une forme d'effroi assez discernable, assez grand également pour observer Sarah Priddy et la voir avec les yeux de la lucidité : elle, pour laquelle j'ai commencé à éprouver une sorte d'intérêt lorsqu'elle a, sans autre forme de procès, ensevelit une élève sous un tas de neige ; elle, cette femme que j'ai commencé à respecter dès que je l'ai suffisamment connue en temps que professeure, suffisamment pour comprendre qu'elle en avait dans la tête et que nous partagions quelques ressemblances ; cette femme que je me suis jamais avoué apprécier depuis qu'elle m'a appris à utiliser un sistre ; cette femme que je confonds si bien avec mon spectre parce qu'elle a tout ce qu'il faut pour m'apporter une part de ce que je recherchais auprès de la directrice.
Au final, Sarah Priddy est plus qu'une simple professeure avec une conversation intéressante, une femme avec du caractère, une personne qui a cette "chose" en elle qui m'attire sans que je comprenne trop pourquoi. Elle était également ma bouée de sauvetage, celle qui aurait pu... Et je jure que je ne me l'avoue que parce que je suis bouleversée : celle qui aurait pu la remplacer, en quelque sorte ; du moins quelque temps, le temps d'apaiser mes douleurs.
Et voilà qu'en quelques mots, réalisé-je avec horreur, je viens de détruire tout cela : personne n'aime les gens qui se plaignent, qui pleurent, qui geignent sur des relations passées, personne n'aime les faibles, ceux qui se ridiculisent, qui ne se contrôlent pas, qui ne font pas preuve d'excellence et d'esprit. Les personnes comme moi, donc comme Priddy, n'aiment pas tout cela.
Elle va me détester.
C'est une certitude.
J'en fais une vérité qui prend toute la place dans ma tête.
Elle me déteste, ça y est. Bordel, je suis ridicule, évidemment que je suis détestable. Je suis tellement misérable ; si j'étais à sa place, je serai dure et cruelle : évidemment qu'elle est partie, qui voudrait perdre son temps avec toi ? Je lui dirais ça. Je me le dis à moi et je le pense sincèrement.
Je m'éjecte brutalement de mon siège. Je percute la table au passage mais c'est à peine si j'en ai conscience tant je suis agitée.
« J'y vais, je m'en vais. Je... » Ma respiration s'accélère, tout comme s'accentue la pression sur mes pensées, la même pression qui me pousse aux cris, aux coups, aux Reducto, à la destruction, au sabotage. « Oubliez tout ça, c'était con de ma part. »
Avec un peu de chance elle mettra cela sur le dos de l'adolescence. Au bout de quelques semaines elle aurait oublié et peut-être alors qu'elle me considérera de nouveau comme une élève intéressante ? Car je sais que c'était le cas. Avant mes aveux.
Je lui lance un dernier regard, un regard en biais, un peu tordu, un regard qui dit : pitié, me rejetez pas vous aussi, mais qui en même temps la supplie de faire tout cela, pour me préserver de recommencer à agir comme je viens de le faire : avec faiblesse.
C'est étrange car Aelle prend la phrase de Sarah (« Sachez que si une personne vous écoute c'est simplement qu'elle accepte de vous écouter. Vous n'êtes en rien redevable du temps qu'elle vous consacre... ») comme une sorte de preuve qu'elle peut se confier... Mais en même temps qu'elle le fait elle est malgré tout absolument certaine que ça la rend nulle et surtout que ça va lui desservir. Elle n'attendait que cela... Cette preuve... Et maintenant qu'elle l'a eu elle regrette. Actuellement je me sens comme ce smiley qui a la tête qui explose, là.
J'ai un brouillard dans la tête
Enfin, les mots sortaient. Sarah aurait presque soupirer de soulagement. Elle qui ne savait absolument pas manier ce genre de choses, réussir à convaincre une adolescente était à ses yeux un bel exploit. En outre, elle se faisait réellement du soucis pour la Poufsouffle, garder trop de secrets accumulés, sans jamais digérer n'était pas une bonne chose, elle ne le savait que trop bien. Cette gamine n'avait que 17 ans.
Quand la jeune fille bondit de son siège, l'enseignante se contenta d'agiter sa baguette pour éviter à la vaisselle de se fracasser sur le sol. Pour le contenu des verres, il n'y avait pas d'urgence. Alors que sa visiteuse prenait la direction de la sortie, elle se retourna une dernière fois et Sarah qui guettait l'instant en profita. Elle attendit de croiser son regard pour prendre la parole.
" Je vous crois Aelle et vous n'avez pas à vous justifier. Je ne pourrais vous donner raison ou tort car je ne connais pas votre histoire. Ni la vôtre, ni celle de Kristen d'ailleurs et que je n'aime pas juger sans savoir. Mais je vous crois quand vous dites avoir vécu autre chose, quand vous vous dites blessée. Je vous crois. "
Elle fit une pause un cours instant.
" On peut ne plus en parler si vous le souhaitez mais si besoin, vous savez où me trouver. Pour ça ou tout autre chose d'ailleurs. Je n'ai pas l'intention de partir demain ni de vous prendre pour une conne. "
Que dire de plus. La terreur, le doute pouvait se lire dans les yeux de la jeune fille. Sarah ne voulait pas la retenir pour la voir exploser. Il était hors de question de jouer avec le feu avec une élève brillante de septième année. C'était à la jeune Bristyle de décider de rester ou non et surtout de revenir ou pas.
C'est possiblement une fin selon ce que fera Aelle mais il y aura une suite. Sarah doit faire lire quelques choses à son élève.
Quand la jeune fille bondit de son siège, l'enseignante se contenta d'agiter sa baguette pour éviter à la vaisselle de se fracasser sur le sol. Pour le contenu des verres, il n'y avait pas d'urgence. Alors que sa visiteuse prenait la direction de la sortie, elle se retourna une dernière fois et Sarah qui guettait l'instant en profita. Elle attendit de croiser son regard pour prendre la parole.
" Je vous crois Aelle et vous n'avez pas à vous justifier. Je ne pourrais vous donner raison ou tort car je ne connais pas votre histoire. Ni la vôtre, ni celle de Kristen d'ailleurs et que je n'aime pas juger sans savoir. Mais je vous crois quand vous dites avoir vécu autre chose, quand vous vous dites blessée. Je vous crois. "
Elle fit une pause un cours instant.
" On peut ne plus en parler si vous le souhaitez mais si besoin, vous savez où me trouver. Pour ça ou tout autre chose d'ailleurs. Je n'ai pas l'intention de partir demain ni de vous prendre pour une conne. "
Que dire de plus. La terreur, le doute pouvait se lire dans les yeux de la jeune fille. Sarah ne voulait pas la retenir pour la voir exploser. Il était hors de question de jouer avec le feu avec une élève brillante de septième année. C'était à la jeune Bristyle de décider de rester ou non et surtout de revenir ou pas.
C'est possiblement une fin selon ce que fera Aelle mais il y aura une suite. Sarah doit faire lire quelques choses à son élève.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
J'ai un brouillard dans la tête
Contre toute attente, elle ne cherche pas à me retenir. Son calme me trouble énormément. Je crois que j'aurais préféré qu'elle me pousse, me pose des questions, qu'elle demande des comptes, qu'elle ne soit pas si ouverte et compréhensive, qu'elle ne dise pas ces choses si... Normales et attendues ; des mots que j'ai toujours espéré entendre dans la bouche de l'ancienne directrice, mais elle préférait utiliser des chemins détournés pour dire les choses sans les dire, histoire de ne pas trop s'engager. Priddy, elle, s'engage tout à fait, elle me le dit sans détours, ces choses.
vous savez où me trouver, pour ça ou tout autre chose
Quand l'autre disait : « Tu voudrais que je t'invite à prendre le thé une fois par semaine, c'est cela ? » ou « Tu m'intéresses davantage, alors si tu as un sujet plus exaltant à aborder, je t'en prie. Sinon, bonne nuit ».
je n'ai pas l'intention de partir demain
Quand l'autre m'a dit : « J'espère que nous nous reverrons » sans ne rien affirmer.
Alors effectivement, j'aurais préféré qu'elle me pousse dans mes retranchements pour que j'ai au moins une excuse pour exploser, même si je ne sais pas comment je l'aurais fait. Au lieu de ça, j'ai la tête qui me tourne. On dit qu'on ne peut pas lutter contre sa nature et bien moi j'essaie tant bien que mal de lutter contre la mienne et de ne pas croire un mot de ce qu'elle me dit, car sous ce ton calme et ce regard franc ne peut exister que la manipulation et le mensonge, tout cela destiné à me faire parler. Après tout, elle l'a dit, c'est son rôle de professeure d'aider les élèves et de les faire avancer. Dans quelques mois, moins d'un an, je ne serai plus une élève, elle n'aura plus aucun rôle auprès de moi, ce qui doit bien l'arranger.
Je ne sais plus si je suis à l'envers ou à l'endroit : tout se mélange, jusqu'à mes propres émotions qui tourbillonnent follement dans mon corps. Je ne sais pas si ce que je ressens s'adresse à cette femme devant moi ou à celle que j'aimerais voir à la place ; je ne sais d'ailleurs pas si je préfère avoir celle-ci devant les yeux, celle qui me dit les choses telles que je souhaite les entendre, ce qui est franchement flippant, ou si je voudrais avoir l'autre qui me blesse par le moindre de ses mots et qui est incapable de dire les choses clairement — au final, peut-être y avait-il plus de franchise dans ces non-dits que dans les phrases directes que m'adresse ma professeure de sortilège ? Et puis pourquoi est-ce que je pense à tout cela, au final mon problème c'est ce vieux lien qui subsiste en moi, pas celui que je pourrais créer avec une autre personne, non ?
À l'endroit, à l'envers, je ne sais plus où je suis et ma respiration ne s'apaise pas aux mots de Priddy, au contraire, elle s'emballe, comme mon coeur et l'envie, si forte Merlin, de crier ou frapper ou blesser que ce soit en criant ou en frappant, une envie de relâcher la pression.
La honte est encore présente, elle m'englobe de la tête au pied. C'est une étrange sensation que celle d'être submergée par des sentiments poisseux qui donnent envie de disparaître. Même si les mots de la femme s'ancrent dans mon esprit, je me sens terriblement en faute. Ce que je viens de faire ne fait pas partie de mon mode de fonctionnement habituel, c'est anormal : se confier est anormal, avouer est anormal — c'est contraire à toutes mes règles auxquelles j'ai rendu leur lettre de noblesse en juin dernier. Prendre ce chemin, c'est avancer en terre inconnue, c'est une porte ouverte sur la douleur et la souffrance. Je le sais pourtant, j'ai mille fois fait l'erreur d'accorder ma confiance et... Mon malaise n'en est que plus grand puisque je suis incapable de suivre mes propres règles ou de lutter contre l'envie primitive et immature de créer un lien, comme n'importe quel être banal qui vit sur cette Terre ; mon dégoût de moi-même atteint son paroxysme : je suis comme les autres.
Et puisque je suis incapable de me répudier tout à fait, mon dégoût se transforme en colère. Et la colère tend à se diriger vers celle qui est responsable de ma lutte interne et qui n'a toujours pas bougé de la chaise sur laquelle elle s'est assise quelques minutes plus tôt.
« On verra bien..., » soufflé-je d'une voix funeste sans chercher à cacher le doute que m'inspirent les paroles de la femme.
Inspirer, expirer, se soustraire aux images violentes avec lesquelles me soudoie mon esprit. Les poings serrés pour ne pas attraper ma baguette. Mon corps montre des signes évidents de mon agitation : ma main gauche qui tremble le long de ma jambe, mes sourcils froncés, les mimiques brusques de mon visage, mes regards noirs, ma main droite qui se serre en poing et qui se desserre, qui se serre et se desserre.
« J'ai vraiment envie de... »
Je ne sais pas pourquoi je prononce ces mots. Peut-être pour la prévenir : je vais exploser un truc, faites gaffe ! À moins que ça ne soit pour lui montrer qui je suis réellement : vous continuerez de dire que vous êtes disponible pour discuter si je vous dis que j'ai des pulsions violentes et que j'adore m'y soumettre, presque autant que je déteste ça ? À moins que ce ne soit qu'une façon de lui montrer que c'est vrai, tout ça, que je ressens vraiment des choses là, à l'intérieur, que ce n'est pas une blague, que j'ai mal, vous me croyez, vraiment, vous me croyez ? alors répétez-le moi une fois, deux fois, dix fois car une seule fois ne suffira jamais !
« ... bousiller un truc. » La phrase s'expulse hors de moi et un sourire fugace passe sur mes lèvres. « N'importe quoi, » ajouté-je en la regardant pour lui faire comprendre que ça pourrait tout aussi bien être elle, moi ou la table entre nous.
L'envie est séduisante de faire ça ici, pour aller au bout des choses, bousiller totalement le maigre espoir qu'elle cherche à me donner en me sortant des « vous savez où me trouver » et des « je vous crois ». Je peux encore venir vous trouver ?! lui hurlerai-je après avoir réduit en cendres son mobilier, et là, vous me croyez encore ? crierai-je en me laissant envahir par cette vague qui me permet parfois de détruire des rochers plus gros que moi.
Elle est séduisante mais pas autant que celle de me soustraire à ce regard qui me perturbe de bien des manières. Par le calme que j'y trouve déjà et par sa couleur très différente des deux orbes d'un bleu glacial auxquelles je suis habituée. Et par la honte, cette fois-ci réellement inéluctable, à laquelle ses yeux me renvoient.
J'ai hésité à aller jusqu'au bout (c'est à dire le départ d'Aelle, pas l'explosion du mobilier de Sarah) mais je me suis dit que Sarah pouvait après tout réagir. Mais si ce n'est pas le cas, si elle garde le silence plus de cinq secondes sans réagir, Aelle partira sans un mot et le mot exact pour définir ce départ c'est : fuite. Enfin, on verra en fonction, je pourrais conclure en éditant mon post s'il faut.
Je suis très curieuse de savoir ce qu'elle lui fera lire !
vous savez où me trouver, pour ça ou tout autre chose
Quand l'autre disait : « Tu voudrais que je t'invite à prendre le thé une fois par semaine, c'est cela ? » ou « Tu m'intéresses davantage, alors si tu as un sujet plus exaltant à aborder, je t'en prie. Sinon, bonne nuit ».
je n'ai pas l'intention de partir demain
Quand l'autre m'a dit : « J'espère que nous nous reverrons » sans ne rien affirmer.
Alors effectivement, j'aurais préféré qu'elle me pousse dans mes retranchements pour que j'ai au moins une excuse pour exploser, même si je ne sais pas comment je l'aurais fait. Au lieu de ça, j'ai la tête qui me tourne. On dit qu'on ne peut pas lutter contre sa nature et bien moi j'essaie tant bien que mal de lutter contre la mienne et de ne pas croire un mot de ce qu'elle me dit, car sous ce ton calme et ce regard franc ne peut exister que la manipulation et le mensonge, tout cela destiné à me faire parler. Après tout, elle l'a dit, c'est son rôle de professeure d'aider les élèves et de les faire avancer. Dans quelques mois, moins d'un an, je ne serai plus une élève, elle n'aura plus aucun rôle auprès de moi, ce qui doit bien l'arranger.
Je ne sais plus si je suis à l'envers ou à l'endroit : tout se mélange, jusqu'à mes propres émotions qui tourbillonnent follement dans mon corps. Je ne sais pas si ce que je ressens s'adresse à cette femme devant moi ou à celle que j'aimerais voir à la place ; je ne sais d'ailleurs pas si je préfère avoir celle-ci devant les yeux, celle qui me dit les choses telles que je souhaite les entendre, ce qui est franchement flippant, ou si je voudrais avoir l'autre qui me blesse par le moindre de ses mots et qui est incapable de dire les choses clairement — au final, peut-être y avait-il plus de franchise dans ces non-dits que dans les phrases directes que m'adresse ma professeure de sortilège ? Et puis pourquoi est-ce que je pense à tout cela, au final mon problème c'est ce vieux lien qui subsiste en moi, pas celui que je pourrais créer avec une autre personne, non ?
À l'endroit, à l'envers, je ne sais plus où je suis et ma respiration ne s'apaise pas aux mots de Priddy, au contraire, elle s'emballe, comme mon coeur et l'envie, si forte Merlin, de crier ou frapper ou blesser que ce soit en criant ou en frappant, une envie de relâcher la pression.
La honte est encore présente, elle m'englobe de la tête au pied. C'est une étrange sensation que celle d'être submergée par des sentiments poisseux qui donnent envie de disparaître. Même si les mots de la femme s'ancrent dans mon esprit, je me sens terriblement en faute. Ce que je viens de faire ne fait pas partie de mon mode de fonctionnement habituel, c'est anormal : se confier est anormal, avouer est anormal — c'est contraire à toutes mes règles auxquelles j'ai rendu leur lettre de noblesse en juin dernier. Prendre ce chemin, c'est avancer en terre inconnue, c'est une porte ouverte sur la douleur et la souffrance. Je le sais pourtant, j'ai mille fois fait l'erreur d'accorder ma confiance et... Mon malaise n'en est que plus grand puisque je suis incapable de suivre mes propres règles ou de lutter contre l'envie primitive et immature de créer un lien, comme n'importe quel être banal qui vit sur cette Terre ; mon dégoût de moi-même atteint son paroxysme : je suis comme les autres.
Et puisque je suis incapable de me répudier tout à fait, mon dégoût se transforme en colère. Et la colère tend à se diriger vers celle qui est responsable de ma lutte interne et qui n'a toujours pas bougé de la chaise sur laquelle elle s'est assise quelques minutes plus tôt.
« On verra bien..., » soufflé-je d'une voix funeste sans chercher à cacher le doute que m'inspirent les paroles de la femme.
Inspirer, expirer, se soustraire aux images violentes avec lesquelles me soudoie mon esprit. Les poings serrés pour ne pas attraper ma baguette. Mon corps montre des signes évidents de mon agitation : ma main gauche qui tremble le long de ma jambe, mes sourcils froncés, les mimiques brusques de mon visage, mes regards noirs, ma main droite qui se serre en poing et qui se desserre, qui se serre et se desserre.
« J'ai vraiment envie de... »
Je ne sais pas pourquoi je prononce ces mots. Peut-être pour la prévenir : je vais exploser un truc, faites gaffe ! À moins que ça ne soit pour lui montrer qui je suis réellement : vous continuerez de dire que vous êtes disponible pour discuter si je vous dis que j'ai des pulsions violentes et que j'adore m'y soumettre, presque autant que je déteste ça ? À moins que ce ne soit qu'une façon de lui montrer que c'est vrai, tout ça, que je ressens vraiment des choses là, à l'intérieur, que ce n'est pas une blague, que j'ai mal, vous me croyez, vraiment, vous me croyez ? alors répétez-le moi une fois, deux fois, dix fois car une seule fois ne suffira jamais !
« ... bousiller un truc. » La phrase s'expulse hors de moi et un sourire fugace passe sur mes lèvres. « N'importe quoi, » ajouté-je en la regardant pour lui faire comprendre que ça pourrait tout aussi bien être elle, moi ou la table entre nous.
L'envie est séduisante de faire ça ici, pour aller au bout des choses, bousiller totalement le maigre espoir qu'elle cherche à me donner en me sortant des « vous savez où me trouver » et des « je vous crois ». Je peux encore venir vous trouver ?! lui hurlerai-je après avoir réduit en cendres son mobilier, et là, vous me croyez encore ? crierai-je en me laissant envahir par cette vague qui me permet parfois de détruire des rochers plus gros que moi.
Elle est séduisante mais pas autant que celle de me soustraire à ce regard qui me perturbe de bien des manières. Par le calme que j'y trouve déjà et par sa couleur très différente des deux orbes d'un bleu glacial auxquelles je suis habituée. Et par la honte, cette fois-ci réellement inéluctable, à laquelle ses yeux me renvoient.
J'ai hésité à aller jusqu'au bout (c'est à dire le départ d'Aelle, pas l'explosion du mobilier de Sarah) mais je me suis dit que Sarah pouvait après tout réagir. Mais si ce n'est pas le cas, si elle garde le silence plus de cinq secondes sans réagir, Aelle partira sans un mot et le mot exact pour définir ce départ c'est : fuite. Enfin, on verra en fonction, je pourrais conclure en éditant mon post s'il faut.
Je suis très curieuse de savoir ce qu'elle lui fera lire !
J'ai un brouillard dans la tête
On verrait. Oui, c'était bien ça. L'avenir était rarement clair et, pour le coup, c'était à Bristyle de choisir. Elle avait toutes les cartes en main et il n'appartenait qu'à elle de décider si oui ou non elle les abattait. Toutes. Certaines seulement. Elle était la maîtresse de son jeu. La suite du discours inquiéta un peu plus Sarah qui se retint de froncer les yeux ou de parcourir la pièce du regard. C'était le meilleur moyen de donner une mauvaise idée à l'adolescente. Elle ne bougea donc pas, resserrant doucement ses doigts sur sa baguette, prête à arrêter le moindre sort destructeur s'il visait ses affaires personnelles. Ce qu'elle craignait semblait vouloir arriver, tout serait donc question de réflexe.
" Je peux comprendre cette envie. Moi, quand je suis trop en colère ou perdue, j'aime invoquer le vent. Sentir toute sa puissance et sa sauvagerie. J'ai l'impression que l'entendre hurler et le voir se déchaîner, emportant tout sur son passage me fait un bien fou. Chacun son truc je suppose. Je vous serais cependant extrêmement reconnaissante de ne pas détruire n'importe quel truc dans la pièce. Je tiens particulièrement à certaines de mes affaires et, connaissant vos compétences en magie, je doute de pouvoir les restaurer si vous décider de passer vos nerfs sur elles. "
Doigts fixes, poignet souple, Sarah guettait la moindre réaction de son élève. Elle savait où se trouvait la plupart des choses importantes dans son bureau et se préparait à un potentiel duel de rapidité qui ne l'enchantait guère. Elle avait un avantage cependant. Elle tenait déjà sa baguette en main.
" Je peux comprendre cette envie. Moi, quand je suis trop en colère ou perdue, j'aime invoquer le vent. Sentir toute sa puissance et sa sauvagerie. J'ai l'impression que l'entendre hurler et le voir se déchaîner, emportant tout sur son passage me fait un bien fou. Chacun son truc je suppose. Je vous serais cependant extrêmement reconnaissante de ne pas détruire n'importe quel truc dans la pièce. Je tiens particulièrement à certaines de mes affaires et, connaissant vos compétences en magie, je doute de pouvoir les restaurer si vous décider de passer vos nerfs sur elles. "
Doigts fixes, poignet souple, Sarah guettait la moindre réaction de son élève. Elle savait où se trouvait la plupart des choses importantes dans son bureau et se préparait à un potentiel duel de rapidité qui ne l'enchantait guère. Elle avait un avantage cependant. Elle tenait déjà sa baguette en main.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.