9 mai 2023, 19:08
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Cette nouvelle intervention d’Aelle produisit chez Gabryel la sensation de chuter dans le vide. Tandis qu’elle triturait de sa magie les secrets de cet étrange cercle, le Gryffon eu l’impression d’un corps qui lui échappait. Plus elle s’acharnait, plus il semblait une sorte de pantin, dont on tirait les ficelles contre sa volonté. Convergeant en direction de son cerveau, son sang circulait à une vitesse anormale. Le garçon pouvait suivre son irrigation dans l’ensemble de ses membres, à l’embranchement de chacune de ses terminaisons nerveuses, pour affluer vers son cerveau, engorgeant son cœur au passage. Le jeune sorcier aurait aimé hurler à sa camarade de tout stopper, mais il ne parvenait plus à émettre un quelconque son. Un déferlement d’électricité, allégorie idiosyncrasique d’une magie abondante, s’empara de tous ses pores. Ses poils et ses cheveux se dressèrent.

Des os s’étirèrent, comme une corde sur laquelle on s’acharnait afin de lui faire prendre plus d’ampleur. Ses phalanges se crispèrent au même rythme que ses lombaires. Son squelette se distendait doucement, sans pour autant provoquer la moindre douleur. Il se trouvait à l’extérieur de lui, observant sa carcasse absorber cette masse débordante de sensations.

Ses sens se décuplèrent rapidement. La respiration des rapaces présents crevait ses tympans. Les courants d’air, infiltrés par le moindre interstice de la volière, frôlaient douloureusement sa peau. La puanteur des fientes abreuvait ses narines d’une nausée incontrôlable. Puis tout se figea. Sans un bruit, son anatomie stagna dans une forme d’apesanteur. Le temps s’était-il arrêté, l’abandonnant ainsi entre la vie et la mort ?

- Ce cercle, là… La magie du lanceur est plus affirmée ici, comme ci…

Aelle n’eut guère l’occasion de terminer sa phrase. Sur ce fameux cercle se dessina une lueur bleutée, presque incandescente, dont l’éclat augmenta avec force. Un abondant faisceau lumineux, de la même couleur, se dégagea du bracelet, soudainement suspendu dans les airs. Le chatoyant filament azuré s’entremêla autour du bras de la Poufsouffle, puis fondit vers Gabryel, étrangement tenu en équilibre sur la pointe des pieds. L’enveloppe corporelle de l’adolescent se plia. Une convulsion courba son dos vers l’arrière. Les yeux grands ouverts, un large sourire béat se dessina sur le visage du Gryffon, les bras en croix. Le trait bleu s’entortilla tout autour de son corps, pour confluer au bout de sa baguette. Une étincelle cobalt éclata de son réceptacle, pour dessiner dans les airs les effets d’un Avifors non formulé. Une dizaine de petits oiseaux bleus s’en échappèrent, tournoyèrent au-dessus des deux sorciers, puis disparurent, avec une vitesse effrénée, en direction de la forme ronde sur laquelle Aelle avait opéré sa magie.

Image

La nuit reprit subitement ses droits. Le silence s’installa. Gabryel se trouvait maintenant étalé au sol, dans une impression d’apaisement total. Les pupilles closes, sa respiration avait repris un rythme régulier. Sur la cordelette de cuir, abandonnée dans un coin, au centre du premier cercle, se dessinait maintenant un petit oiseau turquoise, presque imperceptible à la lueur de la lune.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 10 juil. 2023, 22:29, modifié 2 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

10 mai 2023, 11:09
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Les mots se bloquent dans ma gorge. J'ouvre les yeux, comme si une alarme venait de résonner ; dans le bracelet mais aussi dans le contact magique qui me lie encore à lui à cause de mon sortilège. Ce dernier se rompt soudainement lorsque la lumière bleue envahit toute ma vision. J'avale une gorgée d'air violente qui se coince quelque part dans mon corps. Les yeux écarquillés sur ce qui est en train de se passer devant moi, je ne peux pas réagir lorsque je sens cette magie inconnue me frôler avant qu'elle se dirige vers Gabryel. Malgré le choc que je ressens, mon coeur qui balance, mes yeux ronds, mes doigts crispés autour de ma baguette magique, je sais que cette magie n'est pas mauvaise. Comme j'ai pu deviner que l'enchantement lancé sur le bracelet provenait d'intentions puissantes et pures, là, je sais instantanément que cette drôle de lueur n'est pas destinée à faire du mal au Gryffondor.

J'ai beau le savoir... Comment pourrais-je rester de marbre alors que cette magie fait ce qu'elle veut de lui ? Je me lève précipitamment, le regard braqué sur le corps tordu de Gabryel. Une intense lueur s'échappe de lui, puis de sa baguette ; la magie de Penwyn rentre en résonance avec la sienne, c'est ce que je comprends. C'est ce que mon esprit cartésien veut comprendre, c'est comme cela que j'explique les oiseaux qui s'échappent de la baguette du garçon, la lueur, son corps qui se soulève. Mon esprit le comprend ainsi mais il comprend également d'autres choses.

La silhouette de Gabryel se détache étrangement sur la toile obscure du ciel. Un corps plié, un corps soumis. Et des images comme celle-là, j'en ai déjà vu. J'en ai déjà vu dans un livre caché sous la terre sur le terrain qui entoure la maison. J'en ai déjà vu dans quelques autres lectures qui n'avaient en commun que leurs intentions : sombres, mauvaises. Et je ne peux m'empêcher de faire le lien avec le sortilège de la Main Noire ; je visualise encore les dessins trouvés sur les pages abîmées du grimoire : ce corps suspendu en l'air, la bouche ouverte, les yeux écarquillés par l'effroi. Et les descriptions qui allaient avec : « le sujet sera soumis à une suite ininterrompu de cauchemars ». Mon coeur rate un battement si grand que j'ai l'impression de chuter dans un gouffre sans fond. Pendant une fraction de seconde, je me vois pointer ma baguette sur le bracelet abandonné et lui lancer un Reducto qui le fera disparaître à tout jamais et qui libérera Gabryel des entraves qui le soumettent à un autre que lui-même.

La seconde passe car mes yeux se posent sur son visage. Il a un sourire sur les traits. Un doux sourire. Et je me rappelle que la lueur ne respire aucune mauvaise intention, pas plus que les sortilèges apposés sur le bracelet. Mais... Mais je n'aime pas ce que je vois, je refuse de comprendre, d'accepter que cette chose puisse être bonne pour lui. Il est complètement soumis à cette magie ! Qui fait ça ? Qui fait subir une telle chose à un être aimé ? Son fils, soi-disant. Connerie ! Ce sont des conneries.

Je n'ai pas le temps de prendre la moindre décision. Aussi vite que tout est arrivé, tout s'arrête. Gabryel retombe sur le sol sans violence, il garde les yeux fermés. La lueur disparaît. Ne reste que le rythme effréné de mon coeur qui résonne dans mes oreilles. Un boum boum qui rythme la panique qui veut s'incruster en moi.

Qui que tu sois, Edward Penwyn, je n'ai confiance en aucune de tes actions.

Je m'approche lentement de lui. Ce n'est qu'en me baissant que je remarque que j'ai la gorge nouée et que mes muscles sont terriblement crispés. Je ramasse le bracelet et l'observe en l'amenant près de mes yeux. Là, sur le cercle qui m'a échappé lorsque j'ai entrepris de l'analyser magiquement, un oiseau est dessiné. Ma colère se ravive. Je tourne les yeux vers Gabryel, échoué au sol, et glisse le bracelet sous ma ceinture. Je me fais la promesse de ne pas lui rendre tant que je ne saurais pas exactement comment et pourquoi il a été ensorcelé. Qu'importe si nous devons nous affronter, lui et moi.

« Gabryel ? Tu m'entends ? »

Ma voix grimpe jusqu'aux hauteurs de la volière. Je m'approche du Gryffondor et m'accroupis près de lui. Voilà pourquoi je ne panique pas : ses traits respirent d'un apaisement que je ne comprends pas et qui m'énerve sans raison. Je n'aime pas cet apaisement, je n'aime pas cette innocence. Je devine déjà que lui ne verra aucun problème dans ce qui est arrivé. Et je vais lui opposer une résistance farouche qu'il va détester. Je pose une main sur son épaule et le secoue franchement, sans douceur.

« Gabryel ! ma voix tonne et ordonne, cette-fois ci : réveille-toi, allez ! Dis-moi ce que tu as ressenti. »

10 mai 2023, 12:59
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Sur une voix familière, il ouvrit les yeux. Était-ce ainsi que l’on vous accueillait au Paradis ? En vous offrant la plus belle vision que vous ayez eue de votre vivant ? Ainsi avait-il gagné une plongée éternelle dans la perfection de son regard ? Surement avait-on estimé ses actions suffisantes pour lui autoriser cette douce récompense. Puis le garçon reprit conscience peu à peu. La volière, la lumière, la légèreté, Aelle, la vie… Il aurait voulu, à cet instant, immobiliser la moindre parcelle de tout, emprisonner ces deux étincelantes agates, les garder à jamais pour lui seul. Il sourit à sa camarade. Le puzzle des évènements se reconstitua dans son esprit, pièce par pièce.

- L’oiseau bleu… Celui de notre première rencontre…

Encore un peu courbaturé, Gabryel se redressa doucement. Il lui semblait avoir effectué une course effrénée durant plusieurs heures, comme lorsque vos muscles brûlants vous récompensent de vos efforts par un shoot d'adrénaline. Il se sentait bien. Après s’être ébouriffé la tête, et gratté le bout du nez, l’Ecossais se releva. D’un seul coup, telle une pile électrique, il parcourut la pièce en sautillant sur ses pieds. Les mots s’extirpaient de sa bouche dans un flot ininterrompu :

- C’était fou ! Complètement dingue, tu as vu ? Tu as vu ça, Aelle ? Je n’avais jjjjjamais vécu un truc pareil ! Mais sérieusement, tu as vu ça ? Je sentais que je ne tttttouchais plus terre, et en même temps, j’étais bien. J’étais trop bien !

Il éclata d’un rire limpide. Son visage rayonnait la joie de vivre.

- Je le savais ! J’en étais sûr qu’il fallait insister ! Je le sentais.

Le Gryffon se calma un peu. Il se fixa face à sa camarade.

- C’est grâce à toi, tout ça. Tu es la pppplus forte. La première fois que j’ai vu Penwyn, c’était dans sa sssssalle de classe. Je cherchais un endroit calme pour réviser. La fenêtre était ouverte, et un oiseau bleu est entré dans la ppppppièce. Il semblait égaré, posé sur une armoire. Alors j’ai voulu l’aider à sortir. Je suis mmmmonté sur une chaise pour l’atteindre, mais j’ai glissé !

Un nouvel éclat de rire percuta les murs de la volière.

- J’ai fait un de ses raffuts en tombant ! C’est là qu’il est arrivé et qu’il m’a trouvé, et soigné… C’est ce souvenir qu’il a glissé dans le… (silence)

Gabryel se retourna, et chercha frénétiquement autour de lui. Les yeux vers le sol, un vent de panique sembla l’envahir.

- Où est-il ? Le bracelet ? Dis-moi qu’il n’a pas été détruit…

Son regard croisa à nouveau celui de son amie. Le sien était froid, les traits de son visage fermés. Il comprit instantanément qu’elle ne partageait en aucune façon son excitation face à ce qui venait de se produire. Instinctivement, l’intonation masculine de sa voix se fit plus directe :

- Je voudrai le voir, s’il te plait Aelle.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 8 mars 2026, 02:13, modifié 1 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

13 mai 2023, 11:40
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Celui de notre rencontre ? Tu deviens fou, mon gars, le jour de notre rencontre c'était une grenouille. Mais Gabryel n'en fait qu'à sa tête, il n'en a toujours fait qu'à sa tête et il n'en fera toujours qu'à sa tête. C'est pour cela qu'après le moment magique intense auquel il a été soumis, auquel il a obligé ma vision à se soumettre, il se lève comme si de rien n'était pour parcourir la volière à vive allure — sa voix va tout aussi vite, un débit excité, pressé, ivre d'espoir. Je comprends avec un temps de retard qu'il ne parlait pas de notre rencontre à nous mais de celle avec Penwyn. Alors c'est comme ça que ça s'est passé ? Tu sais, pour moi c'était dans un couloir. Mais moi, elle ne m'aurait jamais laissé un bracelet qui contient le souvenir de notre rencontre, preuve irréfutable qu'elle tient à moi, en présent.

La jalousie louvoie dans mon corps, elle tient compagnie à la colère et à la pitié que m'inspirent Gabryel. Je reste de marbre quand ce dernier se poste devant moi, si fier, si heureux. Tellement persuadé d'avoir compris une vérité incroyable alors que je vais te dire ce qu'il en est réellement : tu n'as plus que cela, un bracelet. C'est tout ce qu'il te restera, j'en suis sûre. Tu crois qu'un père t'attend au bout du chemin ? Ahah ! Tu te fourvoies tellement.

Puis la question tombe. Son regard se fixe au mien. Son sourire dégringole. Ses billes bleues essaient de perforer mes yeux noirs ; en vain. Il ne peut pas le voir parce que mon visage ne dit rien, mais je suis actuellement en pleine hésitation. Dis-moi qu'il n'a pas été détruit... Il me suffirait de quelques mots, d'un aveu timide, gêné — et mensonger. Si, Gabryel, il a été détruit, un rayonnement magique l'a percuté et... Et... il ne reste plus rien. Un mensonge pour le protéger, pour le forcer à abandonner ses espoirs idiots.

Sauf que je n'ai jamais aimé mentir. Ce n'est pas tant que cela me ferait culpabiliser vis à vis de Gabryel. Je me fiche totalement qu'il croit perdu son bracelet idiot. Non, c'est parce que la plupart du temps, le mensonge ne fait qu'aggraver les choses. Et je n'ai aucune envie de mentir sur les raisons qui m'ont poussées à ramasser son bracelet. Je n'ai jamais caché la moindre chose au Gryffondor. Ni mon ton colérique, ni mes répliques blessantes, ni mes regards noirs, ni mes insultes de temps en temps. Je ne vois pas pourquoi je lui cacherais ça.

« Tu te rends compte de ce qu'il vient de se passer ? » chuchoté-je d'une voix grave en m'extirpant de son regard.

Je fais un pas en arrière, puis un second. Prendre de la place dans la volière, m'éloigner de lui pour m'éviter de le rudoyer pour faire entrer la vérité dans son petit crane obtus.

« Tu sentais que tu touchais plus la terre, tu dis ? T'étais pendu comme un pantin ! »

Ma voix furieuse tournoie vers le plafond de la volière et mon regard devient accusateur. Aussi vite que je me suis éloignée, je reviens vers lui et lui donne un petit coup brusque sur l'épaule.

« Réveille-toi ! Tu trouves ça normal d'avoir été ensorcelé comme ça ? Ensorcelé, Gabryel, répété-je en le poignardant d'un regard. Tu comprends ce que ça veut dire ? Où que ce fils de troll soit maintenant, il a laissé un bracelet ensorcelé qui vient de faire ce qu'il voulait de toi... Et tu l'acceptes comme ça ?! Et si ça recommence en plein cours ? En plein transplanage ? En plein vol ? »

J'éclate de rire d'un rire sans joie en m'éloignant une seconde fois, brassant l'air d'un grand mouvement furieux.

« Et toi, tu as aimé ça ! m'exclamé-je. Tu étais bien ! »

Je me poste devant la fenêtre et me force à garder mes bras le long du corps. Je prends une longue et grande inspiration qui me glace l'intérieur du corps. Je me tourne vers lui, sans cesse attiré par sa longue silhouette et ce regard brillant, cette personnalité qui se cache derrière un visage que je réapprends peu à peu à connaître. Cette fois, la colère déserte ma voix. Elle est remplacée par un ton aussi glacial que l'air qui s'engouffre par les ouvertures de la volière.

« C'était pas un acte de magie anodin. Est-ce que tu t'en rends compte ? »

18 mai 2023, 18:57
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Les paroles d’Aelle tranchaient la nuit, telles des lames de rasoir. L’excitation du garçon s’amenuisait sous le poids des mots. Pourtant, il ne ressentait aucune envie de la remettre à sa place, alors qu'elle traitait Edward de « fils de troll », le jugeait dangereux et égoïste. La glaciale attitude de la Poufsouffle traduisait de l’inquiétude pour son ami. Elle avait été témoin d’une magie puissante, redoutable, que seul un sorcier expérimenté pouvait condenser dans une minuscule lanière de cuir. Elle avait assisté avec stupéfaction, et non sans fascination, à la vision d’un Gryffon d’à peine seize ans suspendu dans les airs, le corps courbé dans une position physique effrayante et contre-nature, par une forme de soumission au sortilège de Penwyn.

Gabryel, pour sa part, jugeait les effets produits par le bracelet comme un cadeau, et non un danger. Le premier cercle avait révélé un souvenir précieux pour l’ancien professeur de Poudlard. Cet instant de bonheur, lié à leur rencontre, était si profondément gravé dans son cœur de père, condamné à ne jamais avouer la vérité à la chair de sa chair, qu’il l’avait transféré dans l’un des trois ornements du cadeau à son fils. Certes, cette révélation s’était manifestée sous une forme brute, en prenant provisoirement possession du corps de Gabryel. Mais l’adolescent n’avait, durant ces instants, ressentis qu’amour et bienveillance.

Il connaissait Aelle. Jamais, depuis leur affrontement dans le parc, plusieurs mois auparavant, Fleurdelys n’avait interprété au premier degré tout ce qu’elle pouvait parfois exprimer avec dureté, ou véhémence. Il avait su voir, a chaque moment, au-delà du langage. À cet instant, au travers de ses yeux noirs comme l’ébène, l’hypersensibilité du jeune empathe absorba l’angoisse ressentie par son amie. Elle avait peur pour lui, craignait d’autres conséquences liées aux secrets enfouis dans son bracelet. Une chose était certaine, elle n’avait guère l’intention de le lui rendre. Le jeune sorcier releva la tête, et plongea ses pupilles dans les siennes. Sa voix était douce, et assurée.

- Tu as raison. C’était violent. (silence) À la hauteur de la ffffrustration que Penwyn devait ressentir. Mais aussi d’un amour dont j’ai goûté la force dans tttttout mon corps.

Gabryel posa sa main sur son visage, son torse, puis ses avant-bras. L’electicité circulait encore dans ses veines.

- Ça m’a envahi, tu comprends. Je te promets, Aelle, qu’il n’y avait que bienveillance et ppppprotection.

Il prit la douce main de jeune fille, et la serra entre ses longs doigts masculins.

- Conserve-le pour moi, c’est la meilleure chose à ffffaire pour l’instant. Parce que si je le garde, je passerai encore des mois à me morfondre, et à me poser mille questions à son sujet.

Il lâcha Aelle, au moment oú la petite chouette blanche s’installa à nouveau sur son crâne. Un rire pur, et limpide, s’extirpa de ses lèvres.

- Toi aussi, tu es d’accord avec moi, boule de pppplumes !

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

19 mai 2023, 11:28
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Il aurait dû réagir avec véhémence. Défendre son point de vue. Me sommer de lui rendre son bracelet. Il aurait dû se braquer comme je viens de le faire. Il aurait dû. C'est ce que j'attends toujours des gens qui m'entourent. J'avais oublié mais son « Tu as raison » me ramène brutalement à la réalité. Violemment, je réintègre mon propre corps, celui d'une Aelle Bristyle qui connait Gabryel pour l'avoir côtoyé à de nombreuses reprises. Le fait que cela remonte à plusieurs années ne change rien à ce que le garçon est au fond de lui-même et je l'avoue, j'avais oublié. J'avais oublié qu'il n'avait aucune tendance aux cris ou à la colère (sauf une unique fois, qui est si unique qu'elle n'en parait même pas réelle). Gabryel comprend, Gabryel accepte, Gabryel ne renâcle pas, ne cherche pas à se défendre, à imposer son point de vue différent du mien. Évidemment, fatalement, son absence de colère apaise mon envie de lui hurler au visage à quel point il se trompe.

Je l'observe toujours avec la même méfiance, cependant, surtout lorsqu'il évoque l'homme, sa soi-disant protection, son amour, sa bienveillance. Mes lèvres se tordent vers le bas dans une mimique mécontente. C'est ça, son amour, oui. Son amour qui l'a poussé à te laisser comme il l'a fait ? Merlin, comment peut-il être aussi idiot et naïf ? Il se réjouit d'une sensation emprisonné dans un bracelet... Aurais-je dû me réjouir des quelques mots idiots qu'elle m'a laissé, les considérer comme la preuve irréfutable qu'elle tenait à moi et me réjouir de ces miettes ?

Les promesses d'un gosse persuadé que tout le monde autour de lui est gentil ne m'intéressent pas. J'aurais bien aimé le lui dire, à Gabryel, lui dire ce que je pense réellement des sensations dont il a été victime durant cet instant effrayant de magie, mais il attrape ma main et mes doigts se crispent entre les siens. Mes yeux remontent jusqu'à son visage et se perdent dans l'éclat bleu de son regard tandis qu'il accepte que je garde son foutu bracelet alors que, encore une fois, il aurait dû exiger que je le lui rende.

Il aurait dû. Il aurait dû le faire.

Il me lâche. Je récupère mes doigts, les essuie nerveusement sur le devant de ma jolie tenue. Mon coeur tambourine dans mon corps. Gabryel se déleste si aisément de ce bracelet auquel il tient pourtant beaucoup ! Je ne suis pas idiote, je sais ce que cela signifie. Je sais qu'il me fait confiance, je sais qu'il s'en remet à moi. Je sais aussi que son sourire et son rire qui viennent juste après me perforent le coeur. C'est violent : comme si une lame glaciale s'enfonçait dans mes tripes. Ce n'est pas la sensations habituelle que m'inspire son rire qui m'enchante... C'est quelque chose de plus profond plus douloureux, un hurlement d'injustice et d'incompréhension : comment est-il encore capable de rire ?!

Mon coeur qui bat trop vite me remonte dans la gorge. « Si je le garde, je passerai des mois à me morfondre ». Gabryel se déleste du bracelet et de tout ce qui va avec. « À me poser mille questions à son sujet ». Il abandonne ses questions et ses attentes, ses espoirs. Cela semble si simple, pour lui. Si facile, si naturel. Une discussion qui n'était absolument pas prévue au sommet d'une volière et le voilà qu'il me confie la chose à laquelle il tient le plus. Le voilà qui rit, qui sourit, aussi insouciant qu'il l'a toujours été, capable de voir de la beauté dans un simple oiseau qui entortille ses pattes dans sa chevelure. Comme si toute cette affaire autour d'Edward Penwyn ne pesait pas une tonne sur son coeur, comme si elle ne menaçait pas de l'avaler tout entier.

L'injustice de voir que Gabryel est fait d'un tempérament qui l'aide à oublier est rapidement évincé par une vive jalousie qui me perfore le coeur. Je me détourne sans un mot pour prendre appui contre le mur un borde l'ouverture sur l'extérieur, le regard brandit sur le ciel étoilé pour essayer d'échapper à mes pensées sauvages. Impossible, cependant, de ne pas les écouter. Elles me murmurent si bien toutes les vérités qui me dévorent : Gabryel n'a aucun mal à rire et à sourire parce qu'il a eu quelque chose, lui. Il a un bracelet. Il a eu une manifestation de magie magnifique qui, bien qu'elle ne m'inspire que de la méfiance, n'a pu être créée qu'à la suite de sentiments puissants et réels. Elle est là, sa preuve. Sa preuve qu'il a compté pour cet homme – qui, rappelons-le, l'a tout de même laissé seul sans réponse concrète, ce qui est inexcusable pour moi.

Moi, je n'ai pas de preuve. Je n'ai rien. Rien du tout. Face à face avec le ciel, un immense sentiment de solitude m'étreint, comme je n'en ai que rarement connu dans ma vie. Un sentiment qui grimpe comme une vague, qui s'accroche au paroi de mon corps et qui me coupe le souffle.

Je dois dire quelque chose, maintenant. Avant qu'il se rende compte. Avant qu'il comprenne la nature du poids qui m'enfonce dans le sol de la volière. Je passe le pouce sous l'écharpe qui me ceint les hanches, caresse le bracelet du bout du doigt et avale une profonde inspiration pour me donner du courage avant de me retourner pour faire face au garçon. Je reste proche du mur. Je m'y adosse l'air de rien, comme si je n'avais pas l'impression de vivre une longue chute sans fin depuis plusieurs mois.

Gabryel se détache dans le décor obscur de la volière. Sa jolie tenue, ses cheveux ébouriffés, l'oiseau qui s'est installé sur sa tête... Je le toise silencieusement et toutes mes recommandations sévères s'évaporent dans ma tête.

« Pourquoi tu te contentes de si peu ? lui demandé-je à mi-voix. Tu trouves ça normal qu'il t'ait laissé juste un bracelet plein de mystère ? »

Je me redresse légèrement, aidée par le sentiment d'injustice qui fait son grand retour. Ma voix gagne en force.

« Il existe des mots avec lesquels c'est facile de dire les choses : toi t'y arrives très bien. Lui aussi aurait pu dire ces choses clairement. Et toi tu te contentes de ça... »

Moi, je ne m'en contente pas, tu sais ? Je n'y arriverai jamais. J'ai envie de la retrouver, où qu'elle soit, et de lui faire comprendre à l'aide de ma baguette que jamais, jamais je ne lui pardonnerai de m'avoir laissée toutes ces questions sans réponse. Jamais ! Tu sais pourquoi, Gabryel ? Parce que la peine qui me grignote est tellement forte que j'ai parfois l'impression qu'elle va me prendre entièrement, elle va me prendre, m'avaler, me digérer et il ne restera plus rien de moi.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 19 mai 2023, 16:31, modifié 1 fois.

19 mai 2023, 14:37
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Après ces événements, quelque chose, un rien indescriptible, s’était insinué dans l’esprit de Gabryel, commençait déjà à y faire son nid. Ce vide abyssal, cette plaie omniprésente depuis des mois, sources de tourments et de peine, s’amenuisaient seconde après seconde. Tout en écoutant Aelle, le garçon caressait le cou de la petite chouette posée sur sa tête.

- Parce que j’ai confiance. (silence) Parce qu’il ne me reste plus que *ça*.

Le Gryffon avait une faculté presque surnaturelle à vivre ses émotions instantanément, dans l’ordre où elles se présentaient à lui, sans transition. La fulgurance avec laquelle il était capable de prendre un recul immédiat sur les choses décontenançait, effrayait même parfois ceux qui le connaissaient. Telle une horloge que l’on remonte, l’adolescent reconfigurait son état d’esprit en temps réel, sans besoin de réflexion, ou de longues analyses.

- La volonté de subir, ou le pouvoir d’espérer ? En vrai, il n’existe qu’une seule option. Tout le reste n’est que manière d’appréhender la situation.

Les mots d’Aelle exprimaient une forme de résonnance à sa propre histoire. Il ne parvenait pas à se l’expliquer, mais il la sentait la plus âpte au monde à le comprendre, et pas uniquement parce qu’elle partageait maintenant son secret.

- J’ai décidé que le temps serait une alliée. D’ici là, j’ai mille choses à vivre. Je garde les bons moments. On ne pourra jamais me les voler.

Son bégaiement avait disparu, comme toujours lorsqu’il était serein. Il s’approcha de l’Anglaise. À nouveau, ses yeux se noyèrent dans les siens. Leurs visages étaient si proches que, durant un instant fugace, son souffle se déposa sur les lèvres de la sorcière.

- Et puis, je t’ai... ttttoi.

Gabryel releva délicatement une mèche de cheveux, perdue sur la paupière d’Aelle. Sur ce baiser avorté, il lui tourna rapidement le dos. Les joues empourprées, le jeune homme posa la chouette sur le rebord d’une fenêtre.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

19 mai 2023, 17:31
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Gabryel Fleurdelys brille de mille éclats dorés. Dans sa bouche, chaque mot devient un soleil. Il ne vivra jamais rien qui aura la couleur de l'obscurité, Gabryel, même l'abandon de celui qu'il prend pour son père, car il ne connait pas les ténèbres. Il y est tellement étranger qu'elles ne parviennent pas à l'atteindre. Ses paroles pleines de bienveillance, de lumière, de positivisme, ses « j'ai mille choses à vivre » et ses « je garde les bons moments » ; toutes ces choses sur lesquelles il lui est si facile de se concentrer me font un mal fou. Sa lumière me brûle les yeux. Elle me blesse. Elle me torture. Elle me rappelle que je suis incapable de toutes ces choses, moi, que la peine et la colère se collent à moi avec désespoir, qu'elles me drapent si bien que parfois je ne parviens même plus à me rappeler si j'ai un jour existé sans elles.

Je ne te quitte pas des yeux, Gabryel, pendant que tu me jettes à la figure ce pouvoir que tu as et dont je suis exempt. Je ne te quitte pas des yeux mais je te jure, je te jure que j'ai envie de me saisir de tous tes mots et de te les renvoyer au visage pour que tu puisses goûter à la douleur qui est la mienne. J'ai envie que tu comprennes que moi je ne serais jamai capable de tout cela. D'oublier, pardonner. De vivre sur quelques instants joyeux volés et me contenter de cela.

Tandis qu'il profère ces mots plein de lumière et que je me débats avec l'obscurité qui grandit dans mon corps et les souvenirs douloureux qui me lie à ma directrice, je prends une nouvelle fois conscience qu'un monde tout entier nous sépare, lui et moi. Ce n'est pas seulement un gouffre. C'est un monde, un univers. Nous sommes diamétralement opposés. Il n'y a rien pour nous lier, absolument rien. Ce qu'il dégage ne fera que percuter tout ce que je suis. Ce sera toujours comme ça. Il ne me comprendra jamais et je ne le comprendrai jamais.

Il s'approche de moi. Coincée contre mon mur, je le laisse faire sans me départir de cette grimace presque invisible qui me tire les traits vers le bas. Gabryel est dans un autre monde que le mien, pourtant en s'approchant tout près de moi comme il le fait, en imposant par sa seule présence un rythme différent à mon cœur, il me rappelle que peu importe notre nature complètement opposée, ce monde dans lequel nous vivons, nous ne pouvons que le partager. La preuve ? Il est si près de moi que si je levais le bras, je pourrais ôter de ses cheveux ce morceau de paille qui me nargue. Il est si près de moi que son souffle caresse mes lèvres.

Je ne pense pas à le repousser. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j'espère qu'il va me secouer, faire quelque chose qui m'arrachera à ma tristesse. Mais c'est un mensonge que je me sers, n'est-ce pas ? Parce que je sais très bien de quoi il est capable, ce garçon. C'est Gabryel. Comme il m'a pris la main tout à l'heure, il va faire quelque chose de semblable avant de se reculer. C'est Gabryel. J'ai déjà senti la caresse de ses doigts sur mes mains, sur mes joues quand il se permettait de balayer une mèche de cheveux qui le dérangeait. Cela m'a évidemment toujours mis mal à l'aise. Aujourd'hui, je me contente de le regarder en retour et d'écouter mon corps qui réagit à sa présence. Mon ventre qui se noue, mon coeur qui accélère. Est-ce suffisant ? Ces sensations sont-elles suffisantes pour faire taire la colère qui grignote les bas-fonds de mon âme ?

Je retiens mon souffle sans y penser, je ne sais pas pourquoi. J'ai dû mal à observer son regard, aussi clair qu'une étendue d'eau en plein été, parce que mes yeux se baissent fréquemment sur ses lèvres et que je ne fais rien pour le cacher. À cet instant, un fébrile instant avant qu'il ne lève la main pour faire ce que j'attendais qu'il fasse, me débarrasser d'une mèche de cheveux, pendant une fraction de seconde je me demande si l'embrasser suffirait à tout faire taire à l'intérieur de ma tête.

Puis il s'éloigne. Je n'ai pas fait la moindre geste. Mes yeux restent braqués sur son dos. Mes muscles se relâchent soudainement et mon souffle s'engouffre par ma bouche. Je me redresse doucement en clignant des yeux, repoussant les pensées que je viens d'avoir et qui me feront honte plus tard. Ce soir, elles me paraissent seulement un peu inconvenantes : qu'est-ce qu'un baiser pourrait bien changer à ma vie ? Il aurait mieux fallut qu'il crie et qu'il frappe.

Je me détache du mur qui me soutenait, incapable de détourner mon regard de Gabryel, luttant contre l'envie de faire des choses insensées pour apaiser mes grandes envies de hurler.

« Qu'est-ce qui te fait croire que tu m'as moi ? » je murmure tout doucement en m'approchant de la fenêtre opposée à la sienne.

Tu ne sais pas, Gabryel ? Que personne n'a jamais personne ? Que tout ce que tu crois stable finira toujours par se casser la gueule ? Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux compter sur moi, que tu peux me faire confiance ? Ne sais-tu pas que la confiance est le pire poison qui existe au monde ? Qu'elle finit toujours, toujours par être abîmée ?

« Ça fait un an qu'on s'est pas parlé, » poursuivis-je sur le même ton en m'asseyant sur le rebord, mes yeux plantés sur lui, tout à fait consciente de la dureté de mes propos. Je continue d'une voix toujours aussi calme, un calme qui me rappelle des instants de désespoirs dont je n'aime pas me souvenir. « Qu'est-ce qui m'empêche de disparaître demain ? Absolument rien. »

Qu'est-ce que tu crois, Gabryel ?

« Rien, » répété-je un peu plus fort.

Je serre nerveusement les poings. Tout à coup, j'ai envie de me lever et de le lui crier. RIEN ! Rien ne m'empêche de partir ! J'aurais préféré qu'elle me le dise, elle aussi. Au lieu de me dire qu'elle n'a pas envie d'être raisonnable avec moi. J'aurais préféré qu'elle soit claire : un jour, je vais t'abandonner. J'aurais préféré, oui. Je déglutis péniblement en tournant le regard vers le ciel, en colère contre moi-même pour ces pensées, en colère contre Gabryel pour être si solaire, en colère contre le monde de ne pas être capable de m'offrir quelque chose capable d'arrêter tout ça — mes pensées et mon coeur.

19 mai 2023, 19:17
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Elle pourrait disparaître. Vraiment. Il savait. Elle faisait ce qu’elle voulait. Elle suivrait son instinct, sans se soucier de lui. Sa liberté était son souffle. Nul besoin de plus pour respirer, exister, de personne, en vérité. Pourtant, le garçon comptait pour elle. De cela aussi, il ne doutait pas. En aucun cas Aelle se serait arrêtée, ce jour où il chassait la grenouille sous la pluie. Elle aurait passé son chemin, sans même ralentir, ou se retourner. Il avait capté son regard, cette minuscule lueur qu’elle distillait au compte-gouttes sur le commun des mortels. Elle était restée des heures à ses côtés, au sommet de sa cabane, à partager son silence face à la beauté écrasante du paysage. Combien de fois leurs peaux s’étaient cherchées, frôlées, fugacement abordées ? De son premier regard, jamais il n’était remonté à la surface. Elle lui avait dit non, dix fois, cent fois, mille fois, tandis qu’elle ne prenait même pas la peine de répondre aux *autres*. Elle lui avait partagé sa magie, ultime acte intime pour cette jeune sorcière. Un an plus tôt, elle confiait à l’Écossais la noirceur tapie au fond de son cœur, implacable preuve qu’il existait pour elle.

- Alors, je t’attendrai.

L’adolescent se saisit de sa baguette, et la déposa aux pieds de la Poufsouffle.

- Aelle… Tu m’a déjà tout pris. Tu vois, si j’t’offrais ma magie, il resterai ma misérable cccccarcasse. J’la céderai aussi, à qui veut, pour te prouver que je t’attendrai.

Il s’approcha à nouveau de la jeune fille, s’abaissa à sa hauteur, parce qu’il lui était impossible d’agir autrement. Le Rouge et Or lui caressa la joue avec autant de douceur qu’il existait de brutalité dans le monde.

- Si tu pouvais te percevoir, telle que moi je te vois. Tout ce qui te ppppparait si sombre… Ma belle Aelle, ma lumière. Je…

Le front du garçon se posa sur le sien. Une larme s’égara sur sa joue, et s’écrasa sur la robe d’Aelle, à l’endroit précis où son sang avait coulé, diluant la tâche sombre comme un coucher de soleil éclatant.

- Alors je t’attendrai. Je t’attendrai.

Ses puissantes mains d’adolescent s'égarèrent sur les joues de la demoiselle. Il aurait pu empécher la terre de tourner, par la seule force de sa jeunesse.

- Je m’en fous de la nuit. Je l’aime, ta nuit.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

22 mai 2023, 20:48
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Un rictus amer me tord le visage. Il m'attendra, dit-il ! Tellement persuadé qu'il en aura quelque chose à faire de moi demain ou après-demain. Naïf au point de croire que je vais espérer qu'il m'attende effectivement. Et pourquoi ? On attend seulement les gens que l'on espère voir revenir. Cette pensée me perfore et fout le bordel dans ma tête : on attend seulement les gens que l'on espère voir revenir. Pendant que le Gryffondor attrape sa baguette magique sans que je sache ce qu'il compte en faire, je me rends compte avec une douleur qui fait s'envoler mon coeur que je l'attends depuis des mois, ma directrice, des mois, et que si je le fais, c'est parce que je suis encore et toujours soumise à l'espoir qu'elle revienne un jour. Cette pensée me coupe le souffle. L'action de Gabryel s'occupe de me le voler entièrement.

Mes yeux se baissent sur la baguette, posée juste devant moi. Il ne me suffirait que d'un geste pour m'en saisir. Cette baguette qui représente pour moi le bien le plus précieux, le plus sensible et le plus important d'un sorcier. Gabryel sait exactement ce que signifie la magie pour moi. Il n'a eu cesse de m'entendre lui répéter de faire attention à son catalyseur, d'en prendre soin, de ne surtout pas le mettre dans la poche arrière de ses pantalons, de ne pas se séparer de lui. Il le sait. Les émotions m'écrasent de toutes leur force. Mes souvenirs s'embrouillent dans ma tête. Je songe à la grande femme sombre mais je trouve dans mon esprit l'image marquante et tendre d'une cabane dans un arbre et de deux enfants l'un près de l'autre. Je sens ma gorge se nouer de larmes retenues mais mes yeux ne voient que cet adolescent qui se relève en m'offrant des paroles dont il ne prend pas la pleine mesure.

Tu m'as déjà tout pris, dit-il. Il m'offre sa baguette, sa magie, il parle de me céder sa carcasse pour me prouver des choses dont je n'attends aucune preuve. Il parle d'une voix qui résonne avec honnêteté mais qui ne m'inspire pourtant qu'une grande méfiance, parce que c'est impossible de croire à ce genre de choses, n'est-ce pas, impossible qu'elles soient vraies.

Je secoue vaguement la tête pour parler. Arrête de dire des conneries, dirais-je, arrête de te la jouer, arrête de faire dans la grandiloquence. Ce n'est pas ta magie que je veux, pas ta baguette. Je t'ai déjà dit de pas la laisser traîner par terre. Arrête avec tes grands mots, soufflerais-je, parce que tu ne sais pas à quel point j'ai l'impression de m'enfoncer dans le ventre de la terre, là. Mais Gabryel suit son propre chemin. Qu'importe que je secoue la tête ou que je tire une tête de dix pieds de long. Qu'importe que la rancœur me noue la gorge et que la colère tape à la porte de ma conscience — elle sait, la colère, elle sait que bientôt, je vais exiger qu'elle apparaisse pour évacuer la tristesse.

Il s'accroupit devant moi. Il ne devrait pas faire une telle chose. Je dresse légèrement le menton pour paraître plus fière que je ne le suis en vérité. Il ne devrait pas se tenir si près de moi lorsque mon esprit effeuille toutes les actions insensées qui pourraient me faire oublier que cette conversation est la porte grande ouverte sur des sentiments et des émotions que je refuse de ressentir — surtout, qui pourraient empêcher ces émotions de s'exprimer. Malgré mon menton dressé et mon regard bravache, Gabryel enfonce toutes les portes.

Mes lèvres se pincent quand son bras se lève, mon souffle se bloque quand son doigt passe sur ma joue, mon regard s'obscurcit quand ses compliments me frappent de plein fouet. Malgré toute la naïveté dont je fais parfois preuve quand il s'agit de ces choses-là, aujourd'hui impossible de ne pas frémir quand il dit « ma belle Aelle » ou quand il sous-entend ce qu'il sous-entend. Impossible de ne pas frissonner quand ses doigts caressent ma joue avec une tendresse qui n'a rien à voir avec celle de notre enfance qui n'est pas si loin. Impossible non plus de ne pas fermer les yeux, mon coeur s'emballant à tout rompre, tellement fort si fort qu'il remonte dans ma gorge, quand son front se pose sur le mien et que ses mains me touchent comme elles ne l'ont jamais fait auparavant. C'est à peine si j'ai conscience de ses paroles pleine de larmes qui pourtant s'incrustent à l'intérieur de mon coeur.

À cet instant, tout se mélange tellement à l'intérieur de ma tête si bien que j'en oublie comment penser, comment respirer, comme vivre, surtout comment souffrir. Je pense à toutes les caresses que j'ai déjà eues, les baisers innocents de Thalia, ceux plus affirmés d'Elowen, je repense à tous les bras qui se sont un jour enroulés autour de mes épaules, à ces contacts qui, comme aujourd'hui, m'ont extirpée du monde pour m'emmener dans un endroit que je ne connais pas encore très bien. Je perds conscience de mon corps, parce que mes sensations ne se réduisent qu'à celle de ses mains sur mes joues, son front contre mon front, son souffle qui se mélange au mien, son odeur que je découvre pour la première fois. Des sensations que je n'ai jamais demandé, ni même espéré, qui me secouent comme une feuille dans le vent. L'impression qu'il suffirait qu'il s'éloigne maintenant, qu'il me lâche, pour que je m'effrite et que je disparaisse, dévorée par mes douleurs familières et mes souvenirs lacérés.

Les secondes s'enfuient sans doute trop rapidement. Je reste certainement trop longtemps dans cette position, les yeux fermés, le souffle affolé, à écouter sa respiration, à sentir la chaleur de ses mains sur mes joues, à ressasser ses paroles que je ne comprends pas. Je l'aime, ta nuit. Je l'aime, ta nuit. Je t'aime, ma nuit. Des paroles qui résonnent, qui prennent de l'ampleur. Alors je t'attendrai. Je t'attendrai. Elles prennent une ampleur si grande qu'à un moment, je n'entends plus qu'elles. Plus son souffle. Juste elles. Des paroles qui veulent promettre mais qui me rappellent tout à coup, d'une façon brutale et douloureuse, qui me donne envie de hurler, que jamais personne, personne n'a respecté ces paroles. Surtout pas les personnes qui comptaient le plus.

Ce qui me force à m'arracher à ces sensations qui font pulser mon ventre et qui font voguer mon coeur dans d'étranges contrées, c'est ce sentiment grand comme un monstre qui vient se frotter contre ma conscience et qui me fait brutalement réintégrer ma réalité.

J'inspire soudainement et me lève en repoussant les mains de Gabryel. Les jambes tremblantes, je m'éloigne dans un mouvement qui ne garde plus rien de la tendresse du garçon.

Ce monstre de sentiment est bien familier. C'est celui que j'ai ressenti au contact d'une Gryffondor à laquelle je ne veux plus jamais penser. Celui qui m'a envahi quand j'ai rencontré Thalia. Celui qui m'a bousculé quand Elowen m'a embrassé en me disant « t'as pas le droit d'être spéciale pour moi ? ». Celui que j'ai ressenti de très rares fois au contact d'une grande femme au visage envahi par les ombres, quand elle me faisait comprendre à demi-mots, toujours à demi-mots, que je n'étais pas pour elle une simple élève. Ce sentiment, grand sentiment, terrible sentiment, c'est celui qui se profile lorsque l'on se permet de penser, un tout petit instant, à ce que pourrait être l'avenir si l'on se laissait envahir par les sentiments, par l'amour, par l'attachement, la tendresse, la confiance que l'on offre parfois aux amis, et aux autres.

La panique me prend par surprise. Elle s'engouffre dans mon corps et me fait trembler. Je ne veux plus, ce n'est pas ce qui était prévu, j'avais dit que... Je m'enfuis à l'autre bout de la volière, le coeur qui tambourine, mes joues brûlant du contact avorté avec le garçon. Je ne comprends pas l'angoisse qui monte. Ce n'est qu'un contact. Il y a moins d'une minute, je m'imaginais même poser mes lèvres sur les siennes pour faire taire ma tristesse, c'est ce que j'aurais dû faire, agir, ne pas réfléchir, et le reste, on s'en fout. La suite ? Elle n'existe pas. Il n'y a que l'action, pas d'émotion, pas de sentiment. Sauf que je me suis enfuie et que maintenant, je panique.

Il n'y a qu'une seule réponse à la panique. Il n'y en a toujours eu une seule. La colère. Qui m'envahit sans prévenir et elle aussi froide que le vent qui s'engouffre par les ouvertures de la volière. Une colère qui provient du monde entier et qui est destiné à ce même monde, dans sa totalité. Je reviens aussitôt sur mes pas, mon trouble remplacé par une grimace colérique et des yeux flamboyants. Je ne me contente pas de le regarder. Je me poste devant lui, drapée de toute ma colère, et je le perfore d'un regard qui accuse.

« Et t'attendrais quoi, Gabryel ? lui dis-je d'une voix qui tranche, qui cogne, qui blesse. Y'a rien à attendre ! Arrête avec ta, ta... » Je me tais, prends une grande inspiration pour parvenir à finir cette fichue phrase. « Ta tendresse. »

Je crache le mot plus que je ne le prononce. Mes épaules se relâchent tout à coup. Mon regard ne flamboie plus mais il est encore habité d'une colère vive que je prends soin de garder en vie.

« Arrête avec tes grandes paroles. Ça changera rien. »

À quoi ? Pourrait-il dire.
Ça ne changerait rien à son absence, à la grande peine qui me dévore, ça ne changerait rien à la panique qui m'a conquis quand je me suis imaginée intégrer le garçon à ma vie, ça ne changerait rien à cette impression persistante, percutante, que la solitude est la seule chose stable et consistante dans ma vie. Ça ne changerait absolument rien à la douleur qui n'a pas de nom, celle qui fait partie de moi, depuis plusieurs mois et même avant, peut-être depuis toujours. La nuit n'est pas belle à regarder. Elle est sombre et effrayante. Si tu savais comme il me serait plus facile de t'exploser la tête que de t'embrasser pour apaiser mes souffrances, Gabryel, tu cesserais de dire que tu l'aimes, cette nuit qui me compose.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 24 mai 2023, 21:05, modifié 1 fois.