Le vieil Hippogriffe
Pour vivre heureux...
Yuma vivait dans une petite banlieue de Londres aux maisons bien rangées et aux pelouses impeccablement taillées, un lieu trop parfait pour être honnête en réalité... C'était avec politesse -ou plutôt une hypocrite courtoisie- que tous les jours le voisin saluait d'un geste de la main son père qui partait travailler au même moment. La vérité c'est que ce même voisin n'arrêtait pas de médire avec sa femme, sur la famille de Yuma, les qualifiants "d'étranges personnages" ou encore "d'illuminés peu fréquentables". La deuxièmes dénomination étant beaucoup plus virulente en effet, elle faisait suite à la fois où la mère de Yuma s'était précipitée dans le jardin en robe se sorcière magenta, avec un vieux chaudron fumant, débordant d'une substance verte et visqueuse. Les autres raisons qui s'ajoutaient étaient multiples ; le va et vient des hiboux, les voix étrangères qu'ils entendaient alors qu'ils n'avaient vu personne rentrer chez eux...
Le pire pour Yuma, c'était de voir que les moldus qui l'entouraient critiquaient sa famille certes, mais ne se regardaient pas en face avant de juger. Derrière leur apparente vie de parfaits citoyens, leur comportement était loin d'être exemplaire. Yuma ne détestait pas les moldus mais en trouvait beaucoup de stupides ; ces tonnes de déchets qu'ils pouvaient engendrer, leur pollution à cause de leurs voitures, leur consommation nuisible et dans le cas de ses voisins, le traitement indigne qu'ils faisaient subir à leur pauvre femme de ménage ; c'était bien égal ou pire aux sorciers les plus abjectes avec leurs Elfes de maison.
Mais, pour son plus grand bonheur, par un heureux enchantement, la famille de Yuma avait décidé en peu de temps de déménager pour aller vivre à la campagne et là bas il n'y avait pas de moldus à des kilomètres à la ronde, c'était l'idéal et aussi ce choix s'imposait car ils commençaient à éveiller les soupçons. Cette vie n'était plus possible. Yuma quittait donc le béton des blocs aseptisés et les regards suspicieux et accusateurs, pour prendre racine dans les verts vallons emprunts de liberté et où la nature, elle, acceptait toute forme de vie, que ce soient sorciers, moldus, cracmols, créatures magiques ou non et que sais-je encore... Pour vivre heureux vivons cachés, dit-on, mais, cette expression révulsait Yuma. Non, elle ne voulait plus se cacher, en tout cas, pas comme ils le faisaient là, comme des bêtes traquées. Malgré la peine qu'ils se donnaient en se cachant, en essayant de se faire discret, cela ne faisaient que les faire souffrir... Pourquoi brider son existence, pourquoi faire tant d'efforts pour être stigmatisés qu'en même et rejetés ? Yuma trouvait cela injuste et ses parents avaient fini par éprouver aussi ce sentiment d’iniquité, d'où le choix de partir. Yuma à la campagne pouvait enfin s'exprimer et ne plus faire attention à ne pas se faire remarquer, pour vivre heureux pensait-elle alors, vivons pleinement !
Les vieux Sages...
Dans les collines elle courrait -je vous épargnerais le côté champêtre de toute cette histoire pourtant si plaisant à mes yeux- Yuma se laissait donc enfin aller et avait même le loisir de pouvoir s'exercer à voler sur le balai de son père quand celui-ci l'accompagnait pour la surveiller. Sa mère pouvait allègrement sortir dehors la baguette au vent en laissant virevolter sa vaisselle au soleil et également le linge qu'elle séchait, certes en une seconde mais, qu'elle prenait plaisir à faire danser à l'air libre pour plus de fraîcheur. C'était une vie paisible où les amis et la famille pouvaient transplaner dans le jardin sans se soucier d'être vu par quiconque. Enfin presque... À seulement deux cent mètres de leur maison, il y avait bien des voisins ici aussi, cependant, c'était également une famille de sorciers ; un couple de fermiers et leurs fils de dix ans l'aîné de Yuma.
La femme, Isediel Advone était peintre et s'occupait aussi de la ferme, son mari Gleraf Advone travaillait toujours à la ferme en revanche et abattait le plus gros des tâches à faire, puis, leur fils Arvus qu'ils avaient eu tard, n'allait plus à l'école depuis sa dernière année à Poudlard et aidait ses parents à la ferme. Yuma adorait descendre la colline pour allé les voir et les aider elle aussi. Elle n'avait que 10 ans et ne rentrerait à l'école que l'année suivante, alors elle avait tout le temps de profiter de cet environnement. Au début, ses parents étaient souvent pris de panique ne la voyant ni à la maison, ni au jardin et ne répondant pas à leurs appels même en sonorus, mais, ils se rendirent vite compte que leur petite fille était en sécurité, en contre bas, à la ferme en train de jouer avec Arvus ou avec Mr Advone à gérer les affaires agricoles. Elle aimait aussi contempler Mme Advone pendant qu'elle peignait ses toiles de milles et unes couleurs. Yuma vivait presque plus à la ferme qu'avec ses parents, en fait, on peut dire qu'elle vivait plus avec les animaux de la ferme qu'avec qui que ce soit, car l'exploitation des Advone tournait surtout autour d'un beau troupeau d'Hippogriffes. Il y avait aussi quelques Sombrals qu'elle ne pouvait voir mais qu'elle prenait plaisir à nourrir, deux Abraxans dans la fleur de l'âge, des Niffleurs et tout pleins d'autres créatures magiques et animaux fantastiques.
Mais c'était les Hippogriffes que Yuma aimait le plus ; il y en avait une quarantaine, toutes des femelles et seulement un mâle, le seul et unique du troupeau. Il était plus grand que tous les autres d'au moins une tête et gardait toujours un espace vide autour de lui, signe du grand respect qu'il inspirait à tout le groupe. Cet Hippogriffe était aussi le plus âgé, si vieux que son pelage était blanc et grisonnant, tout comme ses plumes beaucoup plus ternes avec le temps. Tous les jour Mr Advone emmenait ses animaux se dégourdir les ailes sur les hauts plateaux et après leurs repas, il les faisait toujours se reposer dans les hautes herbes d'un champs immense accolé au jardin de la maison de Yuma. La petite avait donc souvent la surprise d'ouvrir ses volets tôt le matin et de voir les Hippogriffes presque en dessous de sa fenêtre. Les yeux brillants de bonheur, elle sortait en pyjama pour allé les caresser et passer un moment avec eux dans le champs ; les Hippogriffes de Mr Advone étaient incroyablement sociables car le vieil Homme avait veillé depuis leurs naissances à les habituer au contact des autres et surtout des humains. Il n'y en avait qu'un que même le vieillard ne pouvait résolument pas approcher et qui n'acceptait aucun contact ni même une légère proximité, c'était le vieil Hippogriffe, l'ancien, le mâle du troupeau.
Mr Advone avait mis Yuma en garde et surveillait de loin à chaque fois que la petite venait les voir et gambadait à travers ses majestueux animaux. Le vieil Hippogriffe pourrait la tuer si elle s'en approchait ou même si, sur un coup de tête, par caprice, il n'avait plus envie de la voir dans son champs de vision. Yuma avait une grande admiration pour le vieil Advone avec sa barbe grisonnante et ses rides qui traduisaient tout le labeur de sa vie et la connaissance de toutes ses années passaient, elle le voyait comme un vieux sage. Étrangement, elle pensait la même chose de ce vieil Hippogriffe. Il lui apparaissait clairement qu'entre le vieil Homme et l'animal, un lien muet s'était créé, un lien fort et un respect mutuel ; comme une compréhension de l'autre, de l'être dans sa vérité la plus totale, la plus brute et aussi la plus simple. Pour Yuma, Mr Advone était le vieil Hippogriffe et le vieil Hippogriffe était Mr Advone. Elle trouvait ce lien au combien plus beau que tous les liens humains existants ; ils se savaient tous les deux et vivaient ainsi depuis plus d'un demi siècle. Ils étaient aux yeux de Yuma, comme deux vieilles branches d'un même arbre milles fois centenaire. D'égal à égal, Mr Advone et le vieil Hippogriffe se considéraient l'un pour l'autre, sachant ce qu'ils attendaient chacun sans besoin de montrer ou de dire ; ne m'approche pas, ne me fais pas de mal, prends soin de moi et de ma famille. Yuma percevait très naturellement cette union spéciale que personne ne voyait, pas même la famille du vieil Advone... Mon ami, je t'aime et je te respecte pour l'être que tu es, voilà ce que leurs yeux se disaient de loin.
Les liens...
Lors d'une de ses virée matinales au milieu des Hippogriffes, Yuma s'assit auprès de l'un d'eux allongé dans l'herbe fraîche. La femelle avait le ventre légèrement rond, signe d'un heureux événement à venir. Yuma s'interrogea alors sur le destin de ce bébé Hippogriffe qui verrait bientôt le jour, en caressant le pelage doux de l'animal elle se demandait si, comme les autres naissances, le petit allait être envoyé chez un autre éleveur de créatures magiques. Elle priait intérieurement que cela soit une femelle elle aussi, car comme cela, la mère et son enfant ne seraient pas séparés. En effet, Mr Advone avait expliqué à Yuma que dès qu'une des femelles mettait bas, si c'était un mâle, alors il devait s'en séparer car, le vieil Hippogriffe ne supporterait pas d'avoir de la concurrence auprès des autres femelles et verrait en ce petit mâle, un adversaire qui pourrait prendre la tête du troupeau. Pour ne pas qu'il le tue, il fallait alors le protéger et l'emmener ailleurs. C'était dur et très triste pour Yuma, mais, elle n'en voulait pas au vieil Hippogriffe, il était ainsi fait, c'était sa nature et cela lui donnait encore plus de caractère et de carrure en tant que chef ; cela montrait aussi l'immense respect que le vieillard portait au vieux mâle de son troupeau, comme pour dire, je te comprends, tu seras le seul car tu es bien irremplaçable.
Soudain elle entendit une voix crier au loin, c'était le vieux Advone qui s'agitait comme un dément et tentait de courir en boitant vers elle. Elle n'eut pas le temps de se lever que le vieil Hippogriffe avait déjà chargé dans sa direction. Son petit cœur battu à tout rompre, elle resta figée là, le souffle coupé sans respirer, les yeux écarquillé d’effrois devant l'imposante créature qui fonçait sur elle. Le femelle enceinte se leva d'un bond la renversant au passage et partie au galop à l'autre bout du champs. Yuma, étalée sur le sol ferma alors les yeux et se protégea la tête de ses petits bras frêles. Le crissement de la terre qui se soulève et le craquement de l'herbe qui s'arrache puis, le souffle chaud des naseaux sur son visage ; l'ombre que l'animal projetait sur elle empêchait la lumière du soleil de passer tant il était impressionnant. Son bec froid vint alors effleurer la partie de sa petite joue encore visible et il tapât violemment des sabots à quelques centimètres de son crâne en créant un épais nuage de poussière. Il aurait pu la tuer à l'instant si il le voulait vraiment mais, au lieu de cela, il se stoppa net et se laissa tomber de tout son poids à côté de la fillette. Le vieil Homme s'arrêta lui aussi, surpris, choqué par la scène qui se déroulait sous ses yeux abîmés. Yuma ouvrit les siens timidement, encore apeurée et se redressa doucement, fébrile et tremblotante, encore incertaine de son moindre mouvement.
Le vieil Hippogriffe blottit sa grosse tête plumeuse contre son petit torse d'enfant fragile et se mit à émettre une sorte de roucoulement, comme si il se sentait à cet instant extrêmement bien. Yuma comprit aussitôt et enlaça le doyen du troupeau avec tant d'amour et de joie que le temps sembla s’arrêter lui aussi. Il sentait très fort, une odeur qui aurait pu rebuter n'importe qui ayant des capacités olfactives normales mais, Yuma, cela ne là dérangeait absolument pas, en plus, elle savait bien que ce vieil animal ne pouvait plus prendre soin de lui aussi bien qu'avant et que personne ne pouvait le faire pour lui non plus. Lui qui était si sauvage, si fort, si dur... Yuma était avec toute l'humilité de son jeune âge, honorée et infiniment reconnaissante de cette marque d'affection de la part du vieil Hippogriffe. Qu'est ce qui avait déclenché cette réaction soudaine ? La jalousie envers la tendresse qu'elle déployait sur la femelle et son futur nouveau né ? Non, il y avait bien plus que cela. Au fond, Yuma avait toujours secrètement espéré l'approcher un jour ce vieil Hippogriffe si têtu, si inapprivoisé et dangereux, mais, Mr Advone lui avait formellement interdit, alors elle ne faisait que l'admirer de loin et penser très fort "je suis ton amie si tu veux, ne reste pas seul, je te comprends moi aussi" et espérer qu'il comprenne. Quand venu le temps de rentrer à la ferme, le vieil Hippogriffe comme à son habitude prit la tête du troupeau et cette fois, Yuma marchait à ses côtés. Elle venait elle aussi de créer un lien particulier avec lui ; autant qu'elle savait et comprenait le vieil Homme de manière indescriptible, elle savait et comprenait le vieil Hippogriffe de la même manière.
Le vieil Homme par la suite ne manqua pas de la féliciter avec beaucoup d'admiration, c'était bien la première fois que quelqu'un pouvait approcher ce vieil Hippogriffe et de plus, il était venu à elle de lui même et cela le fascinait d'avantage. Il voyait encore Yuma sous un angle différent à présent. Il était rempli de gratitude pour le fillette. Oh bien sûr lui ne pouvait toujours pas s'en approcher mais, cela il le savait et c'était tellement bien ainsi. Yuma était fière de cette nouvelle amitié entre elle et le vieil animal. Tous les jours elle allait lui dire bonjour en premier en l'enlaçant par le cou et celui-ci le lui rendait en lui caressant l'épaule délicatement de son bec saillant. Mr Advone n'en revenait toujours pas et trouvait cela formidable, il ne cessait d'en parler à sa femme et son fils et même aux parents de Yuma, c'était tout bonnement exceptionnel, un miracle de la vie selon lui. Ce lien entre Yuma et son mâle l'emplissait de joie, le tableau que lui offrait l'enfant et l'animal valait toutes les plus belles peintures de sa femme et tout ce qu'il avait pu voir de plus grandiose dans sa longue vie. Arvus lui aussi en était très impressionné et attendrit, il disait souvent à la jeune fille que c'était quelque chose de précieux ce lien entre elle et l'Hippogriffe et que jamais il ne pensait voir un jour cela arriver.
Après des mois de complicité, Yuma se sentait plus proche encore du vieux Advone et du vieil Hippogriffe. Elle s'était trouvée une place spéciale dans ce lien si particulier entre le fermier et son animal et cela avait renforcé et approfondis les liens entres chacun. Ils formaient un trio inséparable ; Yuma était devenue comme la fille prodigue que le vieil Advone n'avait jamais eut et il aimait encore plus, si cela était possible, son vieil Hippogriffe. Yuma, elle, considérait Mr Advone et le vieil Hippogriffe comme ses meilleurs amis, des membres de sa famille ou que sais-je encore de plus forts ; elle se sentait comme être à la fois une partie du vieil Homme et une partie du vieil Hippogriffe et son amour également pour les deux êtres n'avait fait qu'accroître au fil du temps passé avec eux. Personne ne comprenait cet attachement, ni la famille d'Advone, ni la famille de Yuma, ni même le reste du troupeau d'Hippogriffes. À ce moment là de l'histoire chers lecteurs, vous avez le choix, soit vous restez sur cette belle image de la fillette et des deux vieux êtres, vivants dans un bonheur absolue ce lien unique et extraordinaire, soit vous vous aventurez à lire la suite mais, sachez que ce n'est pas le genre d'histoire "tout va bien qui finit bien" ; alors pour les petits cœurs sensibles je vous déconseille de lire les derniers paragraphes du dernier chapitre de ce court récit et vous suggère plus de vous arrêter là, maintenant.
Le vieil Hippogriffe...
Encore une de ces journées ensoleillées que Yuma se délectait de passer avec ses vieux amis. Mais, cette fois, tout ne se passa pas comme d'habitude. Les parents de la fillette commençaient à se plaindre de l'odeur désagréable qu'elle ramenait sur elle à chaque fois qu'elle allait à la ferme et surtout quand elle restait avec cet Hippogriffe. Ils lui interdirent d'abord d'y aller prétextant aussi qu'elle devrait dans quelques semaines rentrer à Poudlard et que tout cela serait donc terminé, puis, devant les larmes et les sanglots de Yuma, ils finirent par céder et la laissèrent descendre rejoindre Mr Advone. Elle se rendit donc à la ferme en s’essuyant ses petits yeux encore luisants et accompagna le vieillard et son troupeau d'Hippogriffes sur les hauts plateaux. Elle marchait encore à côté du mâle, la main posée sur son plumage ternit et revenait en arrière pour rester aussi avec Mr Advone et discuter. Elle aimait tout particulièrement monter en haut pour les voir s'élever dans les airs et s'envoler gracieusement en déployant leurs ailes immenses, surtout le vieil Hippogriffe ; on voyait bien qu'il faisait des efforts pour se décoller du sol avec ses vieux os et sa masse imposante mais, il aimait tellement voler et puis, c'était aussi de sa légitimité de chef dont il s’agissait.
Yuma aurait tant voulu monter sur le dos d'une des femelles mais Mr Advone s'y était toujours opposé, il ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose de grave, voire de fatal en cas de chute. C'était hors de question que la petite monte sur le dos d'un Hippogriffe, même comme ça les quatre sabots au sol, il refusait de peur que l'animal ne cabre de manière inattendu ou autre. Il préférait éviter tout risque et toute mésaventure. Alors que les Hippogriffes s'envolaient, Yuma fut attirée par la femelle enceinte qui avait considérablement grossit depuis, elle n'allait d'ailleurs sûrement pas tarder à mettre bas, ce n'était qu'une question de jours. Elle demanda alors au vieil Homme si, comme il le lui avait expliqué, il avait trouvé une ferme d’accueil au cas où ce soit un jeune mâle et elle fût étonnée d'entendre que cette fois, même qu'il s'agisse d'un mâle, il le garderait dans le troupeau. Le fillette un peu perdue lui demanda alors un peu inquiète si cela ne présentait pas de risque avec leur ami le vieil Hippogriffe mais, Mr Advone lui sourit de son visage fatigué et lui promit qu'il veillerait à ce que tout se passe bien et qu'elle aussi serait là pour veiller d'ailleurs. Yuma sourit à son tour, enjouée par la réponse du vieillard et se réjouit d'avance de savoir que le petit Hippogriffe pourrait rester avec sa maman.
C'est alors que le vieil Hippogriffe atterrit à quelques mètres d'eux et se plaça en face de Yuma en particulier. Là, il fît un révérence majestueuse à la jeune fille. Mr Advone ferma les yeux un instant et sourit encore de cette façon si mélancolique pendant que Yuma faisait elle aussi un révérence à l'animal. Le vieillard l'a prit par la main "viens" lui dit-il, "ce n'est pas une salutation Yuma, c'est une invitation". La fillette ne comprenait rien de ce qui se passait, marchant main dans la main avec le vieillard, pour la première fois, il pu s'approcher du vieil Hippogriffe ; ce dernier donna au vieil homme une légère caresse de la tête et plongea son regard intensément dans le sien. Le vieillard de sa main libre, lui rendit lui aussi une légère caresse avec ses doigts noueux, "il s'en est passé du temps mon ami..." dit-il alors à l'animal la voix un peu cassée par l'émotion. Sans prévenir, il souleva alors la fillette et la mit directement sur son dos. Yuma ne contesta pas mais fût tout de même grandement surprise par la décision de Mr Advone... S'en suit alors ce moment que vous connaissez tous ; le vieil Hippogriffe s'élança au galop et prit son envol, la fillette sur son dos.
C'était un moment magique pour Yuma, rien à voir avec le vol sur balai, c'était une sensation indescriptible. Elle s’accrochait aux vieilles plumes de l'animal et balayait du regard toute la vallée et les montagnes alentours. Son ami, le vieil Hippogriffe, lui fît vivre l’expérience la plus magnifique de toute son existence. Tous les deux ainsi, il partagèrent ce moment tant privilégié, de part le simple fait de voler ensemble certes mais surtout, de part leur histoire commune si singulière. Elle regardait parfois la tête de l'animal et lui criait intérieurement un immense "merci" qu'il lui rendait par une accélération sensationnelle. À la fin de la journée, Yuma rentra chez elle avec des étoiles plein la tête et les yeux pétillants. Comme elle l'avait promis à Mr Advone, elle n'en dit rien à ses parents, c'était encore un secret qu'ils garderaient pour tous les trois.
Le lendemain, Yuma se réveilla d'une nuit de rêves lui refaisant vivre ce moment époustouflant de la veille avec le vieil Homme et le vieil Hippogriffe. Elle s'était vite préparée pour descendre à la ferme, comme tous les jours, excitée de retrouver ses meilleurs amis. Lorsqu'elle arriva dans le salon, ses parents étaient là, sa mère tenant la porte ouverte, l'air grave et son père acquiesçant les sourcils froncés à quelqu'un de l'autre côté qu'elle ne pouvait voir. Elle s'avança pour voir qui était leur interlocuteur et fut contente de voir à l’extérieur sur le perron, Alvus. Ce dernier la remarqua de suite et suivant le regard du jeune homme, les parents de Yuma firent volte face. C'était assez étonnant de voir Alvus ici, généralement c'était Mr Advone qui venait et encore c'était extrêmement rare, son fils lui ne montait jamais et restait toujours à la ferme. La mère de Yuma regardait sa fille comme si elle s'attendait à voir le toit de la maison s'écrouler sur sa tête et son père s’avança doucement et prit le ton de quelqu'un qui parle à un malade sur un lit d'hôpital : "Ma chérie, il faut qu'on te dise quelque chose... c'est pas simple à dire... je ne sais pas comment t'annoncer ça... c'est compliqué à faire...". Alvus fit alors un pas déterminé dans la maison, coupant net l'hésitation du père et fixa Yuma droit dans yeux sans un sourire, ni même une once de joie ; son regard était dur et ses mots le furent tout autant : "L'Hippogriffe est mort".
Le dernier envol...
Un silence pesant s'abattu dans la pièce, le temps l'espace semblait se distordre autour de Yuma. Qu'est ce que cela voulait dire ? Mort ? Il est mort ? Tout ce que Yuma savait de la mort c'était qu'elle rendait les gens tristes et malheureux mais, elle ne connaissait pas la mort, elle ne l'avait jamais vu, elle ne lui avait jamais parlé ni même créé de liens avec elle ! Elle n'avait aucune idée de ce que cela représentait, de ce que cela signifiait vraiment, elle sentait juste que la mort c'était quelque chose de grave. Puis à bien y réfléchir, elle avait une fois aperçue la mort, dans son ancienne banlieue de Londres, une fillette moldue qui habitait la même rue jouait souvent avec sa mère dans son jardin et un jour, tout le quartier apprit la mort de cette femme. La mère de la fillette était morte et ce qu'en avait retenue Yuma c'était que la fillette pleurait tout le temps et que sa mère avait... disparue ; Yuma ne l'avait plus jamais revue jouer dehors avec sa fille.
Saisie d'un terrible sentiment, Yuma abandonna sa gaieté dans le salon et fila à toute vitesse en bousculant Arvus et ses parents, n'écoutant pas les appels et leurs cris inquiets qui lui intimaient d’attendre et de revenir. Enfin qu'est ce que je dis moi... elle ne les entendait même pas. Elle courut à en perdre haleine, ses petites jambes n'avaient jamais autant donné qu'à cet instant, son cœur tapait, frappait fort la cadence d'une mélodie effrayante, inconnue et qu'on préférerait ne jamais entendre. Yuma ne voulait pas que le vieil Hippogriffe disparaisse, non, elle l'en empêcherait, elle dirait à la mort de partir et de le laisser tranquille à la fin ! La pente qui menait à la ferme ne lui avait jamais parût aussi longue, elle dévala le chemin abrupt et là s'arrêta net à son milieu, comme sous l'effet d'un coup de poing. Au loin devant, à l'angle de la grange de la ferme plus bas, une masse noire gisait au sol. Elle savait à présent, elle comprenait que c'était lui mais, refusait de le croire complètement. Elle reprit sa course, cette fois, la foulée plus lourde, la gorge serrée, les yeux ne pouvant plus se détacher de cette masse noire qui grandissait et se précisait à mesure qu'elle s'approchait. Bientôt, elle cracha un premier sanglot qui lui explosa les poumons mais, ne s'aperçue pas pour autant qu'elle n'avait pas reprit sa respiration depuis qu'elle avait quitté sa maison et couru jusqu'ici. Une inspiration forcée par l'instinct de quelqu'un qui veut vivre, une inspiration violente qui lui arracha la trachée la fît reprendre son souffle, un souffle saccadé, douloureux qui alourdissait encore plus ses pas et ralentissait son allure. Elle ne ressemblait plus à une petite fille mais, à une poupée triste démembrée et téléguidée, trébuchante, prête à tomber elle aussi à tout moment. En pleurs, elle ne voyait plus que le brouillard de ses propres larmes, ses yeux noyés dans son chagrin mais, elle sut sans le voir distinctement que c'était bien lui en arrivant devant l'énorme masse allongée sur la terre sèche. Sous le regard accablé du vieux Mr Advone qu'elle ne remarqua même pas, Yuma s'écroula sur le corps inerte et sans vie du vieil Hippogriffe.
Le cadavre de l'animal sentait plus fort que la normale mais Yuma le serrait plus fort qu'elle ne l'avait jamais fait, son visage baigné de larmes enfouit dans le plumage grisonnant de son vieil ami, elle était allongée sur son flan imposant et immobile. Le vieil Homme debout devant ce douloureux spectacle, laissa une perle salée rouler sur sa joue ridée et s'évanouir sans sa barbe hirsute, il avait pressenti ce moment. Il savait également que bientôt viendrait son tour et cela lui mettait un peu du baume au cœur, il partirait lui aussi comme son vieil Hippogriffe, son ami de toujours. Est-ce que Yuma le comprendrait ? Maintenant, oui.
Les autres en revanche ne comprenaient pas comment la petite pouvait enlacer avec autant d'amour cette vieille bête si sale et maintenant si... morte... Yuma resta contre son ami, à sangloter jusqu'à la tombée de la nuit, sous l’œil ému du vieillard. Son ami était parti, leur ami les avait quitté. Yuma ne savait pas ce que signifiait vraiment la mort, maintenant, elle en avait le goût atroce. Son père et sa mère ne purent la décrocher du corps du vieil Hippogriffe, elle refusait de le lâcher. Ce fût Mr Advone qui trouva les mots justes et les gestes délicats pour qu'elle laisse leur ami, faire son dernier envol.
FIN.
Yuma vivait dans une petite banlieue de Londres aux maisons bien rangées et aux pelouses impeccablement taillées, un lieu trop parfait pour être honnête en réalité... C'était avec politesse -ou plutôt une hypocrite courtoisie- que tous les jours le voisin saluait d'un geste de la main son père qui partait travailler au même moment. La vérité c'est que ce même voisin n'arrêtait pas de médire avec sa femme, sur la famille de Yuma, les qualifiants "d'étranges personnages" ou encore "d'illuminés peu fréquentables". La deuxièmes dénomination étant beaucoup plus virulente en effet, elle faisait suite à la fois où la mère de Yuma s'était précipitée dans le jardin en robe se sorcière magenta, avec un vieux chaudron fumant, débordant d'une substance verte et visqueuse. Les autres raisons qui s'ajoutaient étaient multiples ; le va et vient des hiboux, les voix étrangères qu'ils entendaient alors qu'ils n'avaient vu personne rentrer chez eux...
Le pire pour Yuma, c'était de voir que les moldus qui l'entouraient critiquaient sa famille certes, mais ne se regardaient pas en face avant de juger. Derrière leur apparente vie de parfaits citoyens, leur comportement était loin d'être exemplaire. Yuma ne détestait pas les moldus mais en trouvait beaucoup de stupides ; ces tonnes de déchets qu'ils pouvaient engendrer, leur pollution à cause de leurs voitures, leur consommation nuisible et dans le cas de ses voisins, le traitement indigne qu'ils faisaient subir à leur pauvre femme de ménage ; c'était bien égal ou pire aux sorciers les plus abjectes avec leurs Elfes de maison.
Mais, pour son plus grand bonheur, par un heureux enchantement, la famille de Yuma avait décidé en peu de temps de déménager pour aller vivre à la campagne et là bas il n'y avait pas de moldus à des kilomètres à la ronde, c'était l'idéal et aussi ce choix s'imposait car ils commençaient à éveiller les soupçons. Cette vie n'était plus possible. Yuma quittait donc le béton des blocs aseptisés et les regards suspicieux et accusateurs, pour prendre racine dans les verts vallons emprunts de liberté et où la nature, elle, acceptait toute forme de vie, que ce soient sorciers, moldus, cracmols, créatures magiques ou non et que sais-je encore... Pour vivre heureux vivons cachés, dit-on, mais, cette expression révulsait Yuma. Non, elle ne voulait plus se cacher, en tout cas, pas comme ils le faisaient là, comme des bêtes traquées. Malgré la peine qu'ils se donnaient en se cachant, en essayant de se faire discret, cela ne faisaient que les faire souffrir... Pourquoi brider son existence, pourquoi faire tant d'efforts pour être stigmatisés qu'en même et rejetés ? Yuma trouvait cela injuste et ses parents avaient fini par éprouver aussi ce sentiment d’iniquité, d'où le choix de partir. Yuma à la campagne pouvait enfin s'exprimer et ne plus faire attention à ne pas se faire remarquer, pour vivre heureux pensait-elle alors, vivons pleinement !
Les vieux Sages...
Dans les collines elle courrait -je vous épargnerais le côté champêtre de toute cette histoire pourtant si plaisant à mes yeux- Yuma se laissait donc enfin aller et avait même le loisir de pouvoir s'exercer à voler sur le balai de son père quand celui-ci l'accompagnait pour la surveiller. Sa mère pouvait allègrement sortir dehors la baguette au vent en laissant virevolter sa vaisselle au soleil et également le linge qu'elle séchait, certes en une seconde mais, qu'elle prenait plaisir à faire danser à l'air libre pour plus de fraîcheur. C'était une vie paisible où les amis et la famille pouvaient transplaner dans le jardin sans se soucier d'être vu par quiconque. Enfin presque... À seulement deux cent mètres de leur maison, il y avait bien des voisins ici aussi, cependant, c'était également une famille de sorciers ; un couple de fermiers et leurs fils de dix ans l'aîné de Yuma.
La femme, Isediel Advone était peintre et s'occupait aussi de la ferme, son mari Gleraf Advone travaillait toujours à la ferme en revanche et abattait le plus gros des tâches à faire, puis, leur fils Arvus qu'ils avaient eu tard, n'allait plus à l'école depuis sa dernière année à Poudlard et aidait ses parents à la ferme. Yuma adorait descendre la colline pour allé les voir et les aider elle aussi. Elle n'avait que 10 ans et ne rentrerait à l'école que l'année suivante, alors elle avait tout le temps de profiter de cet environnement. Au début, ses parents étaient souvent pris de panique ne la voyant ni à la maison, ni au jardin et ne répondant pas à leurs appels même en sonorus, mais, ils se rendirent vite compte que leur petite fille était en sécurité, en contre bas, à la ferme en train de jouer avec Arvus ou avec Mr Advone à gérer les affaires agricoles. Elle aimait aussi contempler Mme Advone pendant qu'elle peignait ses toiles de milles et unes couleurs. Yuma vivait presque plus à la ferme qu'avec ses parents, en fait, on peut dire qu'elle vivait plus avec les animaux de la ferme qu'avec qui que ce soit, car l'exploitation des Advone tournait surtout autour d'un beau troupeau d'Hippogriffes. Il y avait aussi quelques Sombrals qu'elle ne pouvait voir mais qu'elle prenait plaisir à nourrir, deux Abraxans dans la fleur de l'âge, des Niffleurs et tout pleins d'autres créatures magiques et animaux fantastiques.
Mais c'était les Hippogriffes que Yuma aimait le plus ; il y en avait une quarantaine, toutes des femelles et seulement un mâle, le seul et unique du troupeau. Il était plus grand que tous les autres d'au moins une tête et gardait toujours un espace vide autour de lui, signe du grand respect qu'il inspirait à tout le groupe. Cet Hippogriffe était aussi le plus âgé, si vieux que son pelage était blanc et grisonnant, tout comme ses plumes beaucoup plus ternes avec le temps. Tous les jour Mr Advone emmenait ses animaux se dégourdir les ailes sur les hauts plateaux et après leurs repas, il les faisait toujours se reposer dans les hautes herbes d'un champs immense accolé au jardin de la maison de Yuma. La petite avait donc souvent la surprise d'ouvrir ses volets tôt le matin et de voir les Hippogriffes presque en dessous de sa fenêtre. Les yeux brillants de bonheur, elle sortait en pyjama pour allé les caresser et passer un moment avec eux dans le champs ; les Hippogriffes de Mr Advone étaient incroyablement sociables car le vieil Homme avait veillé depuis leurs naissances à les habituer au contact des autres et surtout des humains. Il n'y en avait qu'un que même le vieillard ne pouvait résolument pas approcher et qui n'acceptait aucun contact ni même une légère proximité, c'était le vieil Hippogriffe, l'ancien, le mâle du troupeau.
Mr Advone avait mis Yuma en garde et surveillait de loin à chaque fois que la petite venait les voir et gambadait à travers ses majestueux animaux. Le vieil Hippogriffe pourrait la tuer si elle s'en approchait ou même si, sur un coup de tête, par caprice, il n'avait plus envie de la voir dans son champs de vision. Yuma avait une grande admiration pour le vieil Advone avec sa barbe grisonnante et ses rides qui traduisaient tout le labeur de sa vie et la connaissance de toutes ses années passaient, elle le voyait comme un vieux sage. Étrangement, elle pensait la même chose de ce vieil Hippogriffe. Il lui apparaissait clairement qu'entre le vieil Homme et l'animal, un lien muet s'était créé, un lien fort et un respect mutuel ; comme une compréhension de l'autre, de l'être dans sa vérité la plus totale, la plus brute et aussi la plus simple. Pour Yuma, Mr Advone était le vieil Hippogriffe et le vieil Hippogriffe était Mr Advone. Elle trouvait ce lien au combien plus beau que tous les liens humains existants ; ils se savaient tous les deux et vivaient ainsi depuis plus d'un demi siècle. Ils étaient aux yeux de Yuma, comme deux vieilles branches d'un même arbre milles fois centenaire. D'égal à égal, Mr Advone et le vieil Hippogriffe se considéraient l'un pour l'autre, sachant ce qu'ils attendaient chacun sans besoin de montrer ou de dire ; ne m'approche pas, ne me fais pas de mal, prends soin de moi et de ma famille. Yuma percevait très naturellement cette union spéciale que personne ne voyait, pas même la famille du vieil Advone... Mon ami, je t'aime et je te respecte pour l'être que tu es, voilà ce que leurs yeux se disaient de loin.
Les liens...
Lors d'une de ses virée matinales au milieu des Hippogriffes, Yuma s'assit auprès de l'un d'eux allongé dans l'herbe fraîche. La femelle avait le ventre légèrement rond, signe d'un heureux événement à venir. Yuma s'interrogea alors sur le destin de ce bébé Hippogriffe qui verrait bientôt le jour, en caressant le pelage doux de l'animal elle se demandait si, comme les autres naissances, le petit allait être envoyé chez un autre éleveur de créatures magiques. Elle priait intérieurement que cela soit une femelle elle aussi, car comme cela, la mère et son enfant ne seraient pas séparés. En effet, Mr Advone avait expliqué à Yuma que dès qu'une des femelles mettait bas, si c'était un mâle, alors il devait s'en séparer car, le vieil Hippogriffe ne supporterait pas d'avoir de la concurrence auprès des autres femelles et verrait en ce petit mâle, un adversaire qui pourrait prendre la tête du troupeau. Pour ne pas qu'il le tue, il fallait alors le protéger et l'emmener ailleurs. C'était dur et très triste pour Yuma, mais, elle n'en voulait pas au vieil Hippogriffe, il était ainsi fait, c'était sa nature et cela lui donnait encore plus de caractère et de carrure en tant que chef ; cela montrait aussi l'immense respect que le vieillard portait au vieux mâle de son troupeau, comme pour dire, je te comprends, tu seras le seul car tu es bien irremplaçable.
Soudain elle entendit une voix crier au loin, c'était le vieux Advone qui s'agitait comme un dément et tentait de courir en boitant vers elle. Elle n'eut pas le temps de se lever que le vieil Hippogriffe avait déjà chargé dans sa direction. Son petit cœur battu à tout rompre, elle resta figée là, le souffle coupé sans respirer, les yeux écarquillé d’effrois devant l'imposante créature qui fonçait sur elle. Le femelle enceinte se leva d'un bond la renversant au passage et partie au galop à l'autre bout du champs. Yuma, étalée sur le sol ferma alors les yeux et se protégea la tête de ses petits bras frêles. Le crissement de la terre qui se soulève et le craquement de l'herbe qui s'arrache puis, le souffle chaud des naseaux sur son visage ; l'ombre que l'animal projetait sur elle empêchait la lumière du soleil de passer tant il était impressionnant. Son bec froid vint alors effleurer la partie de sa petite joue encore visible et il tapât violemment des sabots à quelques centimètres de son crâne en créant un épais nuage de poussière. Il aurait pu la tuer à l'instant si il le voulait vraiment mais, au lieu de cela, il se stoppa net et se laissa tomber de tout son poids à côté de la fillette. Le vieil Homme s'arrêta lui aussi, surpris, choqué par la scène qui se déroulait sous ses yeux abîmés. Yuma ouvrit les siens timidement, encore apeurée et se redressa doucement, fébrile et tremblotante, encore incertaine de son moindre mouvement.
Le vieil Hippogriffe blottit sa grosse tête plumeuse contre son petit torse d'enfant fragile et se mit à émettre une sorte de roucoulement, comme si il se sentait à cet instant extrêmement bien. Yuma comprit aussitôt et enlaça le doyen du troupeau avec tant d'amour et de joie que le temps sembla s’arrêter lui aussi. Il sentait très fort, une odeur qui aurait pu rebuter n'importe qui ayant des capacités olfactives normales mais, Yuma, cela ne là dérangeait absolument pas, en plus, elle savait bien que ce vieil animal ne pouvait plus prendre soin de lui aussi bien qu'avant et que personne ne pouvait le faire pour lui non plus. Lui qui était si sauvage, si fort, si dur... Yuma était avec toute l'humilité de son jeune âge, honorée et infiniment reconnaissante de cette marque d'affection de la part du vieil Hippogriffe. Qu'est ce qui avait déclenché cette réaction soudaine ? La jalousie envers la tendresse qu'elle déployait sur la femelle et son futur nouveau né ? Non, il y avait bien plus que cela. Au fond, Yuma avait toujours secrètement espéré l'approcher un jour ce vieil Hippogriffe si têtu, si inapprivoisé et dangereux, mais, Mr Advone lui avait formellement interdit, alors elle ne faisait que l'admirer de loin et penser très fort "je suis ton amie si tu veux, ne reste pas seul, je te comprends moi aussi" et espérer qu'il comprenne. Quand venu le temps de rentrer à la ferme, le vieil Hippogriffe comme à son habitude prit la tête du troupeau et cette fois, Yuma marchait à ses côtés. Elle venait elle aussi de créer un lien particulier avec lui ; autant qu'elle savait et comprenait le vieil Homme de manière indescriptible, elle savait et comprenait le vieil Hippogriffe de la même manière.
Le vieil Homme par la suite ne manqua pas de la féliciter avec beaucoup d'admiration, c'était bien la première fois que quelqu'un pouvait approcher ce vieil Hippogriffe et de plus, il était venu à elle de lui même et cela le fascinait d'avantage. Il voyait encore Yuma sous un angle différent à présent. Il était rempli de gratitude pour le fillette. Oh bien sûr lui ne pouvait toujours pas s'en approcher mais, cela il le savait et c'était tellement bien ainsi. Yuma était fière de cette nouvelle amitié entre elle et le vieil animal. Tous les jours elle allait lui dire bonjour en premier en l'enlaçant par le cou et celui-ci le lui rendait en lui caressant l'épaule délicatement de son bec saillant. Mr Advone n'en revenait toujours pas et trouvait cela formidable, il ne cessait d'en parler à sa femme et son fils et même aux parents de Yuma, c'était tout bonnement exceptionnel, un miracle de la vie selon lui. Ce lien entre Yuma et son mâle l'emplissait de joie, le tableau que lui offrait l'enfant et l'animal valait toutes les plus belles peintures de sa femme et tout ce qu'il avait pu voir de plus grandiose dans sa longue vie. Arvus lui aussi en était très impressionné et attendrit, il disait souvent à la jeune fille que c'était quelque chose de précieux ce lien entre elle et l'Hippogriffe et que jamais il ne pensait voir un jour cela arriver.
Après des mois de complicité, Yuma se sentait plus proche encore du vieux Advone et du vieil Hippogriffe. Elle s'était trouvée une place spéciale dans ce lien si particulier entre le fermier et son animal et cela avait renforcé et approfondis les liens entres chacun. Ils formaient un trio inséparable ; Yuma était devenue comme la fille prodigue que le vieil Advone n'avait jamais eut et il aimait encore plus, si cela était possible, son vieil Hippogriffe. Yuma, elle, considérait Mr Advone et le vieil Hippogriffe comme ses meilleurs amis, des membres de sa famille ou que sais-je encore de plus forts ; elle se sentait comme être à la fois une partie du vieil Homme et une partie du vieil Hippogriffe et son amour également pour les deux êtres n'avait fait qu'accroître au fil du temps passé avec eux. Personne ne comprenait cet attachement, ni la famille d'Advone, ni la famille de Yuma, ni même le reste du troupeau d'Hippogriffes. À ce moment là de l'histoire chers lecteurs, vous avez le choix, soit vous restez sur cette belle image de la fillette et des deux vieux êtres, vivants dans un bonheur absolue ce lien unique et extraordinaire, soit vous vous aventurez à lire la suite mais, sachez que ce n'est pas le genre d'histoire "tout va bien qui finit bien" ; alors pour les petits cœurs sensibles je vous déconseille de lire les derniers paragraphes du dernier chapitre de ce court récit et vous suggère plus de vous arrêter là, maintenant.
Le vieil Hippogriffe...
Encore une de ces journées ensoleillées que Yuma se délectait de passer avec ses vieux amis. Mais, cette fois, tout ne se passa pas comme d'habitude. Les parents de la fillette commençaient à se plaindre de l'odeur désagréable qu'elle ramenait sur elle à chaque fois qu'elle allait à la ferme et surtout quand elle restait avec cet Hippogriffe. Ils lui interdirent d'abord d'y aller prétextant aussi qu'elle devrait dans quelques semaines rentrer à Poudlard et que tout cela serait donc terminé, puis, devant les larmes et les sanglots de Yuma, ils finirent par céder et la laissèrent descendre rejoindre Mr Advone. Elle se rendit donc à la ferme en s’essuyant ses petits yeux encore luisants et accompagna le vieillard et son troupeau d'Hippogriffes sur les hauts plateaux. Elle marchait encore à côté du mâle, la main posée sur son plumage ternit et revenait en arrière pour rester aussi avec Mr Advone et discuter. Elle aimait tout particulièrement monter en haut pour les voir s'élever dans les airs et s'envoler gracieusement en déployant leurs ailes immenses, surtout le vieil Hippogriffe ; on voyait bien qu'il faisait des efforts pour se décoller du sol avec ses vieux os et sa masse imposante mais, il aimait tellement voler et puis, c'était aussi de sa légitimité de chef dont il s’agissait.
Yuma aurait tant voulu monter sur le dos d'une des femelles mais Mr Advone s'y était toujours opposé, il ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose de grave, voire de fatal en cas de chute. C'était hors de question que la petite monte sur le dos d'un Hippogriffe, même comme ça les quatre sabots au sol, il refusait de peur que l'animal ne cabre de manière inattendu ou autre. Il préférait éviter tout risque et toute mésaventure. Alors que les Hippogriffes s'envolaient, Yuma fut attirée par la femelle enceinte qui avait considérablement grossit depuis, elle n'allait d'ailleurs sûrement pas tarder à mettre bas, ce n'était qu'une question de jours. Elle demanda alors au vieil Homme si, comme il le lui avait expliqué, il avait trouvé une ferme d’accueil au cas où ce soit un jeune mâle et elle fût étonnée d'entendre que cette fois, même qu'il s'agisse d'un mâle, il le garderait dans le troupeau. Le fillette un peu perdue lui demanda alors un peu inquiète si cela ne présentait pas de risque avec leur ami le vieil Hippogriffe mais, Mr Advone lui sourit de son visage fatigué et lui promit qu'il veillerait à ce que tout se passe bien et qu'elle aussi serait là pour veiller d'ailleurs. Yuma sourit à son tour, enjouée par la réponse du vieillard et se réjouit d'avance de savoir que le petit Hippogriffe pourrait rester avec sa maman.
C'est alors que le vieil Hippogriffe atterrit à quelques mètres d'eux et se plaça en face de Yuma en particulier. Là, il fît un révérence majestueuse à la jeune fille. Mr Advone ferma les yeux un instant et sourit encore de cette façon si mélancolique pendant que Yuma faisait elle aussi un révérence à l'animal. Le vieillard l'a prit par la main "viens" lui dit-il, "ce n'est pas une salutation Yuma, c'est une invitation". La fillette ne comprenait rien de ce qui se passait, marchant main dans la main avec le vieillard, pour la première fois, il pu s'approcher du vieil Hippogriffe ; ce dernier donna au vieil homme une légère caresse de la tête et plongea son regard intensément dans le sien. Le vieillard de sa main libre, lui rendit lui aussi une légère caresse avec ses doigts noueux, "il s'en est passé du temps mon ami..." dit-il alors à l'animal la voix un peu cassée par l'émotion. Sans prévenir, il souleva alors la fillette et la mit directement sur son dos. Yuma ne contesta pas mais fût tout de même grandement surprise par la décision de Mr Advone... S'en suit alors ce moment que vous connaissez tous ; le vieil Hippogriffe s'élança au galop et prit son envol, la fillette sur son dos.
C'était un moment magique pour Yuma, rien à voir avec le vol sur balai, c'était une sensation indescriptible. Elle s’accrochait aux vieilles plumes de l'animal et balayait du regard toute la vallée et les montagnes alentours. Son ami, le vieil Hippogriffe, lui fît vivre l’expérience la plus magnifique de toute son existence. Tous les deux ainsi, il partagèrent ce moment tant privilégié, de part le simple fait de voler ensemble certes mais surtout, de part leur histoire commune si singulière. Elle regardait parfois la tête de l'animal et lui criait intérieurement un immense "merci" qu'il lui rendait par une accélération sensationnelle. À la fin de la journée, Yuma rentra chez elle avec des étoiles plein la tête et les yeux pétillants. Comme elle l'avait promis à Mr Advone, elle n'en dit rien à ses parents, c'était encore un secret qu'ils garderaient pour tous les trois.
Le lendemain, Yuma se réveilla d'une nuit de rêves lui refaisant vivre ce moment époustouflant de la veille avec le vieil Homme et le vieil Hippogriffe. Elle s'était vite préparée pour descendre à la ferme, comme tous les jours, excitée de retrouver ses meilleurs amis. Lorsqu'elle arriva dans le salon, ses parents étaient là, sa mère tenant la porte ouverte, l'air grave et son père acquiesçant les sourcils froncés à quelqu'un de l'autre côté qu'elle ne pouvait voir. Elle s'avança pour voir qui était leur interlocuteur et fut contente de voir à l’extérieur sur le perron, Alvus. Ce dernier la remarqua de suite et suivant le regard du jeune homme, les parents de Yuma firent volte face. C'était assez étonnant de voir Alvus ici, généralement c'était Mr Advone qui venait et encore c'était extrêmement rare, son fils lui ne montait jamais et restait toujours à la ferme. La mère de Yuma regardait sa fille comme si elle s'attendait à voir le toit de la maison s'écrouler sur sa tête et son père s’avança doucement et prit le ton de quelqu'un qui parle à un malade sur un lit d'hôpital : "Ma chérie, il faut qu'on te dise quelque chose... c'est pas simple à dire... je ne sais pas comment t'annoncer ça... c'est compliqué à faire...". Alvus fit alors un pas déterminé dans la maison, coupant net l'hésitation du père et fixa Yuma droit dans yeux sans un sourire, ni même une once de joie ; son regard était dur et ses mots le furent tout autant : "L'Hippogriffe est mort".
Le dernier envol...
Un silence pesant s'abattu dans la pièce, le temps l'espace semblait se distordre autour de Yuma. Qu'est ce que cela voulait dire ? Mort ? Il est mort ? Tout ce que Yuma savait de la mort c'était qu'elle rendait les gens tristes et malheureux mais, elle ne connaissait pas la mort, elle ne l'avait jamais vu, elle ne lui avait jamais parlé ni même créé de liens avec elle ! Elle n'avait aucune idée de ce que cela représentait, de ce que cela signifiait vraiment, elle sentait juste que la mort c'était quelque chose de grave. Puis à bien y réfléchir, elle avait une fois aperçue la mort, dans son ancienne banlieue de Londres, une fillette moldue qui habitait la même rue jouait souvent avec sa mère dans son jardin et un jour, tout le quartier apprit la mort de cette femme. La mère de la fillette était morte et ce qu'en avait retenue Yuma c'était que la fillette pleurait tout le temps et que sa mère avait... disparue ; Yuma ne l'avait plus jamais revue jouer dehors avec sa fille.
Saisie d'un terrible sentiment, Yuma abandonna sa gaieté dans le salon et fila à toute vitesse en bousculant Arvus et ses parents, n'écoutant pas les appels et leurs cris inquiets qui lui intimaient d’attendre et de revenir. Enfin qu'est ce que je dis moi... elle ne les entendait même pas. Elle courut à en perdre haleine, ses petites jambes n'avaient jamais autant donné qu'à cet instant, son cœur tapait, frappait fort la cadence d'une mélodie effrayante, inconnue et qu'on préférerait ne jamais entendre. Yuma ne voulait pas que le vieil Hippogriffe disparaisse, non, elle l'en empêcherait, elle dirait à la mort de partir et de le laisser tranquille à la fin ! La pente qui menait à la ferme ne lui avait jamais parût aussi longue, elle dévala le chemin abrupt et là s'arrêta net à son milieu, comme sous l'effet d'un coup de poing. Au loin devant, à l'angle de la grange de la ferme plus bas, une masse noire gisait au sol. Elle savait à présent, elle comprenait que c'était lui mais, refusait de le croire complètement. Elle reprit sa course, cette fois, la foulée plus lourde, la gorge serrée, les yeux ne pouvant plus se détacher de cette masse noire qui grandissait et se précisait à mesure qu'elle s'approchait. Bientôt, elle cracha un premier sanglot qui lui explosa les poumons mais, ne s'aperçue pas pour autant qu'elle n'avait pas reprit sa respiration depuis qu'elle avait quitté sa maison et couru jusqu'ici. Une inspiration forcée par l'instinct de quelqu'un qui veut vivre, une inspiration violente qui lui arracha la trachée la fît reprendre son souffle, un souffle saccadé, douloureux qui alourdissait encore plus ses pas et ralentissait son allure. Elle ne ressemblait plus à une petite fille mais, à une poupée triste démembrée et téléguidée, trébuchante, prête à tomber elle aussi à tout moment. En pleurs, elle ne voyait plus que le brouillard de ses propres larmes, ses yeux noyés dans son chagrin mais, elle sut sans le voir distinctement que c'était bien lui en arrivant devant l'énorme masse allongée sur la terre sèche. Sous le regard accablé du vieux Mr Advone qu'elle ne remarqua même pas, Yuma s'écroula sur le corps inerte et sans vie du vieil Hippogriffe.
Le cadavre de l'animal sentait plus fort que la normale mais Yuma le serrait plus fort qu'elle ne l'avait jamais fait, son visage baigné de larmes enfouit dans le plumage grisonnant de son vieil ami, elle était allongée sur son flan imposant et immobile. Le vieil Homme debout devant ce douloureux spectacle, laissa une perle salée rouler sur sa joue ridée et s'évanouir sans sa barbe hirsute, il avait pressenti ce moment. Il savait également que bientôt viendrait son tour et cela lui mettait un peu du baume au cœur, il partirait lui aussi comme son vieil Hippogriffe, son ami de toujours. Est-ce que Yuma le comprendrait ? Maintenant, oui.
Les autres en revanche ne comprenaient pas comment la petite pouvait enlacer avec autant d'amour cette vieille bête si sale et maintenant si... morte... Yuma resta contre son ami, à sangloter jusqu'à la tombée de la nuit, sous l’œil ému du vieillard. Son ami était parti, leur ami les avait quitté. Yuma ne savait pas ce que signifiait vraiment la mort, maintenant, elle en avait le goût atroce. Son père et sa mère ne purent la décrocher du corps du vieil Hippogriffe, elle refusait de le lâcher. Ce fût Mr Advone qui trouva les mots justes et les gestes délicats pour qu'elle laisse leur ami, faire son dernier envol.
FIN.
Vagabonde
Pouffy à vie