Anciens Usages - Le corbeau blanc
La pluie battait la lande, ce soir-là. Cette ondée frémissante, froide et dure, qui annonce la tempête venant du large. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, ils s’enfoncèrent immédiatement dans la tourbe, rendue presque liquide par les éléments… Heureusement qu’elle avait prévu ses bottes…Cette fanfic est en cours d'écriture.
Un homme s’approchait dans la pénombre, botte de chantier, chapeau de travail, ciré d’un jaune poussin sous un sortilège du parapluie. Il avait la démarche d’un artisan, la lanterne éternelle qu’il portait à l’autre main dévoilant des paluches larges et rugueuses, signe d’un mage qui n’avait pas peur d’utiliser ses mains.
« Hey ! », grogna t’il d’une voix roulante : « Vous êtes Mme Westriver ? Henriett Westriver ? »
Henriett sortit sa propre baguette, lançant un sortilège de parapluie, son autre main tenant un vieux Nimbus 2000 de seconde main, reposant le tout sur une lourde besace en bandoulière. Son visage, éclairé par la lanterne, renvoya un sourire cordial à son interlocuteur. Elle haussa la voix pour se faire entendre à travers la pluie.
« Oui, c’est bien moi !»
« Heureux de vous rencontrer Madame ! Mon père m’a dit le plus grand bien de vous ! »
Les deux mages avaient les mains prises, ils échangèrent un hochement de tête en salutations.
« Je suis le contremaître Foreman, troisième du nom. Heureux de vous rencontrer, madame. »
Les yeux de la sorcière pétillèrent, mais elle était trop professionnelle pour se laisser à rire. Le sourire bourru du contremaître lui indiquait de toute façon qu’il n’était pas lui-même indifférent à son propre nom. Il avait l’air d’un bon gars. Maintenant qu’elle le regardait, c’était vrai qu’il avait les traits de son père, la barbe un peu moins blanche peut-être. Ça lui donnait dans les 30 ans…
Elle regarda autour d’elle. L’air était marin, agréable, on n’était pas loin de l’océan. Pourtant, il n’y avait rien dans cette lande, excepté eux deux. Intriguée, elle en posa la question :
« Je suis bien au Promontoire de Pwlldu ? »
« Oui, oui, ce sont les bonnes coordonnées de transplanage. Les anciens propriétaires étaient du genre discret. Suivez-moi, suivez-moi… »
Il s’approcha d’elle, passant sa grosse tête sous son sortilège parapluie.
« Laissez-moi transporter vos affaires, s’il vous plaît. Le chemin est escarpé. »
Henriett hocha de la tête avec le sourire, puis passa la lanière de la besace au-dessus de sa tête, avant de la lui tendre avec son balai. Il les attrapa d’un geste. La magicienne augmenta la portée de son sortilège parapluie pour les englober tous les deux et lui emboîta le pas, alors qu’il grimpait le long d’une montée de terrain.
Les broussailles avaient repris possession des lieux, laissant un sillon très discret dans le paysage, que le contremaître suivait avec habitude. L’œil exercé d’Henriett repéra une longue ferme moldue dans les environs immédiats, maraîchère sans doute, vu les imposantes serres à perte de vue. L’endroit était agréable et sauvage, proche des moldus, mais pas trop. Un endroit parfait pour une famille sorcière. La sorcière se pris à imaginer à quoi ressemblerait l’endroit au cœur de l’été. Cela avait de petits airs de paradis…
Le dos du contremaître se rapprocha soudain, alors qu’il venait de s’arrêter, en lui désignant quelque chose. Henriett trottina sur le côté, afin de mieux voir.
« Voilà, Mme Westriver, le domaine des Morganwights »
Devant la sorcière, une énorme maison de campagne se dressait, arrogante, surplombant la falaise, de la taille d’un petit château. Une longue muraille victorienne encerclait la propriété, protégeant en son sein l’équivalent en végétation d’une petite forêt. Henriett écarquilla les yeux devant tant d’opulence et de majesté. Un fin sourire vint ramper sur son visage. C’était pour ce genre de vue, et cette découverte constante de merveilles cachées qu’elle aimait son métier…
Au bas de la propriété, proche du portail, on pouvait voir le camp temporaire que les ouvriers avaient monté. Henriett fronça les sourcils, repérant des machines qui n’avaient certainement pas leurs places ici. Elle reporta son regard sur le contremaître qui le lui rendit, haussant les épaules, désabusé.
« Oui, nous savons… Nous avons essayé de faire comprendre aux nouveaux propriétaires que c’était une terrible, une inconsciente idée… Mais c’est une famille de hauts gradés de la Citadelle… Et j’ai plusieurs familles d’ouvriers à faire vivre, malgré la période difficile… »
Henriett détourna le regard, scandalisée. Elle ne pouvait pas en vouloir au contremaître de protéger ses intérêts. Le coup d’état avait fait du mal à beaucoup de gens, mettant au rebut, quasiment du jour au lendemain, un fort nombre de familles sorcières en Grande-Bretagne. Les nouveaux chiens de garde avaient immédiatement pillé ce qu’ils pouvaient, évidemment, sautant sur les meilleurs morceaux, comme ce joyau d’architecture ancienne. Et la culture leur faisant défaut, on se retrouvait avec ce genre de sottises… Elle soupira avec force, sa petite carcasse frémissante laissant évacuer la fureur pour elle. Elle n’y pouvait rien, elle ne pouvait rien. Elle avait un boulot aujourd’hui, comme le contremaître…
Celui-ci reprit le chemin, ses lourdes bottes s’enfonçant dans la boue alors qu’il descendait la butte, marquant ses pas pour former un escalier à la magicienne. Soufflante celle-ci admira le haut domaine de loin, alors que la lueur de la lune commençait à pointer le bout de son nez, traversant les nuages comme par magie. Hé… Classique… La magicienne renifla, avant d’ouvrir la banane qu’elle avait sur sa poitrine, et d’en sortir une cigarette roulée, qu’elle s’alluma du bout de sa baguette.
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda le contremaître, d’un air curieux.
« Un mélange d’herbes protectrices… J’en ai d’autres si vous voulez… »
« Passe. » répondit-il, « Je ne voudrais pas que vous manquiez. »
« Si vous voulez une vraie clope, j’en ai aussi… »
Il était silencieux, mais sa posture démontrait qu’elle avait suscité son intérêt. Elle sortit un fin et parfait tube de papier, tel que les moldus savaient les faire, avec le filtre végétal et tout, qu’elle tendit au contremaître. Celui-ci regarda l’objet avec des étoiles dans les yeux.
« Ça doit faire une éternité depuis la dernière… Je n’ose jamais passer dans l’autre monde pour en acheter… J’ai bien trop peur de briser le secret magique parce que je n’ai pas regardé quelqu’un comme il faut… »
La magicienne ne put s’empêcher de rire sous cape, alors qu’elle présentait sa baguette allumée au contremaître. Il ne pouvait certainement pas imaginer qu’avec son imposante carrure, il lui suffisait de marcher dans la rue pour que la plupart des moldus changent immédiatement de trottoirs et se tiennent loin de ses affaires... Au moins l’instant, et la dégustation en compagnie, avait eu le bon effet de lui faire oublier sa rage précédente.
Quelle tristesse ceci dit… Au fur et à mesure que les arbres couvraient la haute demeure à la vue, au fur et à mesure de la descente, elle ne pouvait s’empêcher de laisser trainer son regard sur les hautes charpentes gothiques, les épais murs à base romaine, les vitraux, certainement d’époques. Un parfait exemple de l’histoire architecturale sorcière britannique. Quasi dans son jus, si on exceptait les arbres qui avaient manifestement décidés de pousser à l’intérieur, défonçant la serre, ouvrant le toit et une partie des combles.
« Cela fait combien d’années ? »
« Cinq ans, selon ce que j’en sais… L’elfe de maison s’est donné la mort après la disparition du dernier… »
La magicienne ne put s’empêcher d’avoir une moue triste. C’était certainement la fin d’une époque. Les vieilles familles de Sang pur authentique disparaissaient, laissant place aux nouvelles. Et comme le sang est avalé par la terre, leur histoire s’évanouissaient après leurs morts, avalées par le temps.
Il y avait de l’animation, alors qu’ils s’approchaient du camp. Plusieurs personnes gesticulaient au-dessous de la tente centrale, leurs silhouettes illuminées par un puits de lumière magique.
« Bon sang, que se passe-t-il encore ? » grogna le contremaître en pressant le pas, Henriett trottinant derrière lui.
Arrivés à moins de cinquante mètres, des cris se firent entendre. Foreman partit en courant, laissant Henriett sur le chemin. Elle le vit s’engouffrer sous la tente avec force et discerna l’ombre mouvante d’hommes bougeant dans tous les sens. La sorcière pressa le pas d’autant plus, soucieuse que rien de grave n’arrive.
Elle passa sa main, puis sa tête sous l’ouverture de la tente. Le contremaître tenait fermement un jeune homme athlétique, d’une vingtaine d’années, tout de noir et de cuir vêtu, pâle et roux comme l’automne. Alors qu’une main soulevait le garçon dans les airs, le forçant à se tenir de manière instable sur la pointe des pieds, l’autre lui serrait avec force le poignet, obligeant le jeune homme à lâcher sa baguette, dans un cri de douleur.
Une fois la baguette sur le sol, le garçon fut projeté avec force en arrière, alors que le contremaître ramassait la baguette.
« Mon… », sa voix était rauque et saccadée : « Si vous ne me rendez pas ma baguette tout de suite, je vous jure que mon père en entendra parler… »
« Oh, j’y compte bien ! », répliqua le contremaître, ses yeux lançant des éclairs : « Ainsi, je pourrais lui dire que son fils a jugé bon de torturer magiquement l’un de mes employés… »
Henriett tourna la tête, plusieurs sorciers se tenaient agenouillés autour d’un de leur camarade, l’aidant à se remettre. Il était difficile de voir ce qui lui était arrivé, mais des contusions commençaient à apparaître sur ses bras nus et son visage.
« Il le méritait… », siffla le jeune roux : « Il refusait de me laisser accéder à ma propriété… On vous paye pour faire un travail, pas pour vous prélasser. »
« C’est vrai… Mais il m’est impossible de travailler actuellement, comme je l’ai signalé à votre père. La maison est trop dangereuse et je dois m’assurer de la sécurité de mes employés. »
« C’est pour cela que je suis là… », Déglutit le jeune homme en se redressant, tentant de reprendre une contenance.
À la lumière, on pouvait voir le blason intimidant des manteaux noirs sur son manteau. Il en avait la carrure également. Vif, athlétique, arrogant. Henriett ne pouvait s’empêcher de comparer cette nouvelle garde à l’ancienne, celle des Aurors. Pour la sorcière, au final, ils étaient la même chose : une armée, des individus formés à la guerre, n’ayant pas vraiment de honte à le montrer, pas vraiment de gêne à l’utiliser. Son arrogance juvénile n’était pas pire que celles de ceux qu’elle avait pu croiser durant toute sa carrière. L’uniforme ne changeait rien à ça, la violence même morale restait de la violence.
« Je suis Phinéas Greengrass, mon père est Audran Greengrass, chef du labeur. Je fais partie des Manteaux noirs, comme vous le voyez… C’est notre job de s’occuper du Danger… »
Entrée discrètement sous la tente, Henriett s’était rapprochée du sorcier inconscient, pour lui faire un examen rapide. Il semblait ne pas être trop amoché, mais il méritait quelques soins de premières nécessitées. Elle fouilla dans sa banane, pour en sortir un petit onguent parfait pour l’occasion. Les autres sorciers lui laissèrent appliquer ses soins en silence, regardant de loin la discussion. Henriett détourna la tête pour voir le contremaître croiser les doigts, battant la baguette du jeune homme sur son avant-bras. De dos, il arborait tous les marqueurs d’un professionnel se faisant violence pour ne pas jeter dehors un client.
« Quand je dis que c’est dangereux, ce n’est pas un euphémisme, M. Greengrass… » grogna-t-il, « La maison est hantée par un esprit bien trop puissant pour quiconque d’entre nous… » il leva la baguette vers son regard, « Ce travail nécessite l’aide de professionnels qui savent ce qu’ils font, sans vouloir vous vexer… »
Le jeune homme renifla, dédaigneux. Sans sa baguette, il était impuissant, aussi se contenta-t-il de regarder le reste de l’assistance. Ses yeux se posèrent sur le dos voûté d’Henriett.
« Parce que vous pensez qu’une vieille dame est plus adaptée pour cet esprit que le valédictorien de l’académie de Duel de Grande-Bretagne ? »
Henriett soupira. D’un geste, elle fit signe à l’un des employés pour prendre le relais, lui confiant l’onguent en se relevant, se tournant pour faire face au jeune homme. Elle était vieille certes, mais il n’était pas dans son goût de se laisser marcher sur les pieds. Elle s’avança dans la lumière, tout en tirant une bouffée de son joint médicinal.
« Il y a une différence entre savoir guerroyer et savoir restaurer, jeune homme. On parle d’une maison, ici, pas d’un groupe de victimes sans défenses. »
« Savoir restaurer ! Ah ! » Phinéas laissa trainer un sourire sardonique sur son visage, « Cette maison est une vieille ruine, et nous sommes des sorciers. En faire disparaître l’esprit qui la hante est aussi simple que de jeter un sortilège de sixième année… »
« Dois-je comprendre que vous pensez être capable de faire ce travail tout seul ? »
« Je pense être bien plus performant qu’une vieille grand-mère, sans aucun doute… »
Henriett croisait aussi les bras, laissant des ronds de fumée sortir de sa bouche, désabusée. L’inconscience de la jeunesse… Il n’y avait qu’une manière de remédier à ce genre de stupidité…
« Ok ! D’accord, vous avez raison. Ce que je fais tout le monde peut le faire… » sous la surprise générale, elle regarda le contremaître : « Rendez-lui sa baguette, Foreman. Phinéas m’a convaincu, il sait ce qu’il fait. »
« Mme Westriver… »
« Je préfère qu’il tente sa chance maintenant, alors que la soirée ne fait que commencer… »
Le contremaître fit la moue, avant de s’avancer vers le jeune homme, qui recula d’un pas, l’air peu sûr. La grosse main du colosse l’attrapa par l’épaule pour le rapprocher, alors qu’il recevait l’un des regards les plus noirs de sa vie. Puis sans un mot, la baguette tomba dans la main du garçon, avant que le contremaître ne s’éloigne. Son outil magique en main, Phinéas reprit immédiatement une attitude plus arrogante.
« Votre jugeote vous a sauvé… Une minute de plus et j’étais prêt à vous punir pour votre désobéissance… », il reporta un regard hautain sur Henriet : « Vous pouvez partir, grand-mère, vos services ne sont plus nécessaires… »
Puis sans saluer, il se dirigea vers la sortie de la tente, s’engouffrant sous la pluie battante. Henriett et le contremaître reportèrent leur regard sur les autres employés. Celui qui avait été blessé venait de reprendre conscience, tout semblait de nouveau reprendre un rythme normal. Alors que le contremaître discutait avec ses hommes, les prévenant de toujours rester sur leur garde pendant que Phinéas sera là, la sorcière s’éloigna, suivant la piste du jeune homme pour aller étudier la demeure.
Une tempête se profilait. Des éclairs tombaient sur la lande et la pluie était lourde et glacée, presque transformée en grêlons. Ce n’était pas un temps pour juin. De la grille du domaine, Henriett pouvait voir le long chemin monter vers l’édifice, et la fine silhouette de Phinéas se découper dans la pénombre. Il était presque arrivé aux portes d’entrées.
« Vous croyez qu’il va s’en sortir ? » Foreman l’avait rejoint, rallumant la cigarette précédente avant de prendre place sous le sortilège de parapluie.
« Tout le monde va bien ? »
« Oui, oui, plus de peur que de mal… Personne ne s’attendait à ce qu’il lance des sorts pour si peu… On ne les reprendra pas deux fois, c’est certain. »
« Tant mieux… Ce petit crétin… » rumina Henriett, alors qu’ils pouvaient voir de loin le jeune homme lancer un sortilège d’ouverture, faisant presque exploser la porte d’entrée : « Pour répondre à votre question, oui, je pense qu’il va s’en sortir… Mais pas sans y avoir laissé quelques plumes… »
« Vraiment ? Vous m’étonnez… Deux de mes employés ont été envoyés à St Mangouste il y a trois jours, juste pour avoir pénétré dans le Jardinet derrière… Le gamin fonce directement au milieu… »
Henriett se permit d’afficher un sourire satisfait, tenant son joint, comme pour le savourer.
« J’ai dit qu’il allait s’en sortir… Pas qu’il allait gagner… »
Elle souffla quelques ronds de fumée magique, alors que la maison s’illuminait de l’intérieur, sous la violence des sortilèges magiques utilisés… Le contremaître laissa échapper un ricanement rauque, manifestement satisfait. Chacun estimait que la punition était amplement méritée… Puis le ton du colosse se fit de nouveau sérieux :
« Et donc, vous en pensez quoi ? »
Henriett resta silencieuse, examinant la structure, ressentant ses énergies. L’endroit était vraiment exemplaire, preuve d’un travail conséquent sur des milliers d’années… Un vrai domaine de sorcier comme il en existait peu en Grande-Bretagne. L’exemple même du travail que pouvait réaliser des générations successives de sorciers.
« L’emplacement est remarquable… Je ne pense pas me tromper en disant que nous sommes sur un carrefour de Ley, non ? »
« C’est exactement ça, les lignes de flux ont été déviées depuis Exeter et Castel Newydd, et nous sommes sur le méridien de Londres. Comment vous le savez ? »
Henriett pointa du doigt la forêt environnante.
« Je peux même vous dire que nous sommes sur une configuration de croissance. La végétation n’est pas seulement vigoureuse, elle suit une courbe linéaire. Remarquez comme les arbres semblent disposés du plus petit au plus grand au fur et à mesure qu’on monte le chemin… Pas étonnant que ceux à l’intérieur aient défoncés le toit… »
« Ca vous aide ? »
« Entièrement. Cette configuration est typique des protections anciennes. À une époque où les sorciers n’avaient pas peur d’attendre. Une fois le carrefour mis en place, ses effets se renforcent de siècle en siècle. Profitant à toutes les entités en son sein. La famille notamment… Comment donc s’est-elle éteinte d’ailleurs ? »
Le contremaître resta silencieux un moment, réfléchissant alors que des cris de terreurs sortaient de la maison, les sortilèges redoublant d’intensité.
« C’est une histoire triste… Le père a perdu chacun de ses enfants au fur et à mesure qu’ils ont quitté un giron familial trop oppressant et solitaire. La plupart sont morts à l’étranger, loin de l’Angleterre, bien avant ma propre naissance. Le père s’est ensuite cloîtré dans son domaine pour ne jamais en sortir. Le ministère a su sa mort par leur elfe de maison… Comme il n’y avait pas de testaments, le domaine a été mis sous scellés, le temps que le gouvernement puisse envoyer des agents assermenté faire un état des lieux… Et vous connaissez la lenteur du système… »
« Vous voulez dire que personne n’avait mis les pieds ici en cinq ans ? »
« Oh non, non ! Un agent de la protection magique passait chaque année, histoire de faire un état des lieux, sans rentrer à l’intérieur. Mais comme cela revenait trop cher de mandater les professionnels pour rénover les lieux, ils ont laissés trainer le dossier… C’est typique si vous voulez mon avis… »
« Oui… Comme d’habitude, on ne peut que s’en lamenter… »
Tous les volets du premier étage explosèrent, sous le coup d’une énergie plus puissante que d’habitude. Un long gémissement d’outre-tombe traversa l’orage, l’onde de choc sonore les frappant avec force, faisant voler les bords du ciré du contremaître, et du foulard d’Henriett. Le cri glaçait les os.
« Bon sang, qu’est-ce que c’était ? »
« Notre jeune ami a bien énervé la protectrice de ces lieux. Je pense qu’il ne va pas tarder. »
« Alors vous savez ce que c’est. »
« Oui, ça n’était pas très compliquée... »
Elle tapa de la main sur le bras du contremaître, tout en lui indiquant le ciel. Un trou surnaturel venait d’apparaître dans les nuages, les repoussant sur toute la surface de la propriété.
La Lune dominait le ciel, étrangement proche, rousse d’orage. Elle illuminait de sa réfraction le bâtiment, lui donnant des teintes lugubres, funèbres. Tout l’édifice semblait annoncer un malheur prochain, brutal et inéluctable. De la fumée sortait des fenêtres et de la porte d’entrée, se déversant dehors, tournant sur elle-même comme pour former des tentacules fantomatiques. Elles dansaient sous l’astre, alors que les éclairs déchiraient le firmament tout autour du cercle sans nuage. Le bruit avait rameuté tous les employés, qui étaient venus profiter du spectacle.
La porte d’entrée claqua, dévoilant la pale silhouette de Phinéas, il semblait lutter contre quelque chose, qui le tirait à l’intérieur. D’un dernier sortilège, il réussit à s’extirper, avant de tomber dans la boue au-dehors. Il se releva instantanément et commença à dévaler la pente au pas de course, trébuchant dans la boue, se relevant, trébuchant encore. Il était difficile de ne pas éclater de rire devant si pathétique performance. Henriett tint bon ceci dit. Le gamin avait fait preuve d’une étonnante force mentale pour avoir tenu si longtemps. Il ne mentait pas sur ses capacités. Ce n’était pas bien grave s’il avait la sagesse d’une mite… Ca viendrait avec le temps.
Titubant sur les derniers mètres, le jeune homme trouva tout de même la force de tirer la lourde grille avant de se propulser à l’extérieur, sautant littéralement dans la boue la tête la première, sous les rires des artisans. Il ne ressemblait plus à rien. En quelques minutes, il avait vieilli d’un demi-siècle, ses traits tirés par la fatigue et l’horreur, ses yeux caves et exorbités chancelant au bord de la folie, ses cheveux auparavant d’un roux flamboyant désormais aussi blancs que la neige. Ses habits si propres avaient été comme découpés par une multitude de griffes, complétement en lambeaux. Il allait être impossible de les ramener à leur état initial. Il était conscient, mais qu’à peine, respirant comme une forge, dans une stupeur choquée fort à propos.
Henriett le détailla quelques secondes avant d’ordonner :
« Relevez-le, ramenons-le au chaud. Je pense qu’il a eu sa leçon… »
Le contremaître hocha de la tête avant de le saisir et de le soulever de terre, le portant sur son épaule comme on trimballe un long sac de ciment. Ils revinrent à l’intérieur de la tente, avant d’étendre Phinéas prêt du puits de lumière, sur l’un des lits de camp. Sans attendre, Henriett sortit une petite boule en terre cuite de sa banane, qu’elle craqua sous ses narines. Une petite fumée jaunâtre fut aspirée dans son nez avant qu’il ne bondisse sur son lit comme un diable, l’air profondément ahuri, avant de s’effondrer, à nouveau. L’expression de son visage était totalement réveillée maintenant, et se désagrégea progressivement du choc le plus complet à la réalisation terrifiée qu’il venait d’échapper à un sort pire que la mort. Le visage pathétique, au bord des larmes, le jeune duelliste se recroquevilla sur lui-même, en position fœtale, sanglotant lourdement… Henriett fit la moue. Il lui faudrait certainement quelques minutes pour récupérer totalement… Oh bien…
Elle s’approcha de sa besace, fouillant à l’intérieur… Elle en ressorti une casserole et une poignée de tasses à thé.
« Une tisane arrangée, messieurs ? Avec du rhum, c’est le remède parfait pour ces longues nuits d’orage... »
Dernière modification par Aishani Singh le 9 juin 2019, 14:27, modifié 1 fois.
~ I aim to misbehave ♫ ~
Promotion '43 (Première année RP)
Miss Gryffondor 2019. Hors de mon chemin plébéiens !
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Anciens Usages - Le corbeau blanc
Sur un feu de camp sorcier, la casserole bouillait, répandant un arôme délicat sous la tente. La pluie continuait à battre sur la toile, l’orage grondant à l’extérieur. Les quelques ouvriers présents commençaient à se détendre. Henriett les regardait tranquillement, touillant sa mixture. La plupart étaient de jeunes mages, mais l’un d’entre eux semblait du même âge que le contremaître, appliquant des onguents de premier soin sur les blessures du jeune officier, gémissant sur sa paillasse. Ils étaient tous bien bâtis, habitués à l’effort physique, et discutaient avec sérieux de la suite des éléments.
Le ton des conversations était plutôt dur, les ouvriers n’osaient pas verbalement prendre à partie le Manteau noir, toujours prostré sur son lit de camp, mais avaient des choses à dire sur leurs conditions de travail… Par ordre du client, ils avaient été obligés de rester ici jusqu’à ce que les travaux soient finis. Cela faisait maintenant plusieurs jours qu’ils se tournaient les pouces, et leurs tentatives d’incursions s’étaient toutes révélées être un échec, l’esprit trop puissant les renvoyant avec perte et fracas hors du domaine. L’esprit avait blessé durablement pas moins de quatre de leur collègue, et l’opinion était qu’il avait une dent contre eux. Henriett sourit. Au moins sur ce point, elle pouvait les rassurer.
« Venez, approchez… La tisane est prête. Elle vous donnera des forces pour la nuit. »
Elle avait composé la tisane avec attention. Les attaques de l’Esprit étaient certes concentrées sur le domaine, mais les ouvriers avaient été exposés à sa présence depuis plusieurs jours. Henriett présageait que cela était peut-être l’une des raisons de la terrible ambiance qui régnait dans le camp. Alors qu’elle servait son breuvage, le contremaître revint sous la tente.
« Ah… Parfait… Un peu de chaud me fera le plus grand bien à moi aussi… Comment va le jeune Greengrass ? »
La sorcière jeta un regard vers le garçon. La racine de ses cheveux reprenait des teintes rousses. Le gros de l’attaque ectoplasmique était passé…
« Il ne va pas tarder à reprendre conscience, je pense… Tenez. »
Le contremaître s’assit à même le sol, accueillant d’un remerciement la tasse de tisane bouillante.
« Tant mieux… Quelque chose de moins à expliquer à son père… Je l’ai prévenu d’ailleurs, quitte à le déranger en pleine soirée… Autant prendre les devants sur toute cette affaire. »
Henriett hocha de la tête, l’air sombre, sans rien dire. Elle était heureuse que toute cette affaire ne soit pas entre ses mains. Le contremaître la regardait, en silence, son nez au-dessus de sa tasse, humant le contenu.
« De la sauge, hein ? L’herbe anti fantôme ? Je croyais qu’on avait affaire à un esprit… »
Henriett lui répondit par un sourire amusé. Il était plus érudit qu’il ne le faisait croire.
« Je préfère prendre toutes les précautions nécessaires… »
« Vous m’aviez dit que vous saviez à quoi on avait affaire ? »
« Oui, et je pense que vous aussi… »
Ils se regardèrent quelques secondes en silence, avant que le contremaître n’éclate de rire.
« Ahah ! Je pensais avoir une meilleure tête d’idiot que ça… Mais après tout ce qu’on a vu les jours derniers, il n’y avait que peu de doutes possibles… Par contre, je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’une Banshee fait encore là ? Elle n’aurait pas dû disparaître avec la mort du dernier chef de famille ? »
« Non, pas dans certains cas… » Henriett s’assit plus confortablement, dégustant sa propre tasse de tisane : « Il existe plusieurs types de Banshees, d’esprit protecteurs… Le plus habituel, est la créature fae, l’esprit des anciennes familles. Celles-ci sont liées par un ancien pacte à un domaine afin de le protéger. Le contrat se brisant à la mort du dernier ressortissant, elles sont libres d’aller de nouveau courir les landes, en tant que Dames Blanches… »
« Je ne connais pas d’autres Banshees, j’avoue… »
« La seconde, est issue des anciens usages… » répondit la sorcière en reprenant de sa tasse.
Immédiatement, le silence se fit dans la tente. Beaucoup de sorciers avaient entendu parler de ce terme durant leur scolarité. Les « anciens usages » étaient le terme parlant de la magie ancienne, antique, à une époque où il n’existait pas encore de grimoires pour la documenter. C’était de la magie primitive, inclassable, provenant d’une époque où tout était encore à apprendre. Toute la magie actuelle dérivait de ces anciens usages, mais, dû aux problèmes de mémoire de la culture orale, on estimait que la moitié de ces savoirs avaient été irrémédiablement perdus à travers le temps et les époques. Aussi entendre ce terme avait toujours tendance à amener un auditoire curieux.
Henriett reposa sa tasse dans ses mains, se redressant.
« J’imagine que vous avez tous entendu parler des quatre branches du Mabinogi ? » Silence, Henriett repris son souffle : «C’est le plus vieux chant épique de Grande-Bretagne, originaire de la région… A l’intérieur, nous avons une partie de l’histoire du pays… Notamment le mariage de Branwen, reine celte, et son suicide après le génocide de la tribu de Llyr…
Ce que ne disent pas ces textes, c’est que Branwen, comme tous les rois et héros de ce temps, était une proto-magicienne, proche du druidisme celtique. Ne retrouvant après un voyage idyllique plus que cendres et désolations, sa tribu ayant été réduite à l’état d’une poignée de familles, elle décida de se sacrifier dans un rituel particulier, que l’on nomme d’ailleurs en son honneur. Elle devint le Corbeau Blanc, la protectrice immortelle du clan, pleurant chacun de ses morts, annonçant chacune de ses naissances… »
Henriett resta silencieuse quelques secondes, serrant sa tasse contre elle.
« Le sacrifice de Branwen, le corbeau blanc, permet de désigner une protectrice magicienne sous la forme d’un esprit immortel… Une sorte de banshee d’origine humaine… »
Le silence remplit de nouveau la tente, plus lourd, plus gênant. Même si les sorciers aimaient ces vieilles histoires, le fait que l’esprit tout proche puisse être l’une de ces antédiluviennes magiciennes sacrifiées laissait un goût amer dans la bouche. Puis une voix rauque s’éleva :
« Je ne crois pas que ce soit ça… L’esprit était bien trop puissant pour être un simple fantôme… »
Phinéas s’était redressé, regardant le petit groupe assemblé avec un air de fatigue maussade. D’un mouvement malhabile, il se leva, gémissant, avant de s’approcher, et de s’asseoir lourdement sur le sol, à côté d’Henriett.
« J’apprécierais bien un peu de tisane, s’il vous plaît... »
Henriett le servi sans dire un mot, étudiant son visage. Le gros du choc était passé, mais ses pupilles continuaient à poursuivre les ombres inconsciemment. Il avait toujours l’air d’avoir pris vingt ans en quelques minutes et son teint sale, ses yeux vitreux et l’état rapiécé de son auparavant immaculé uniforme, lui donnait l’apparence d’un cadavre revenu d’entre les morts. Malgré tout, il avait décidé de les rejoindre et plus étonnant encore, avait décidé de les traiter avec respect… La vieille sorcière ne pouvait qu’apprécier ce changement d’attitude, totalement inespéré. Une fois servi, il continua :
« Un fantôme est un fantôme, une empreinte de ce qu’il a pu être à son vivant… L’esprit que j’ai affronté était bien plus puissant que moi… Je veux dire… Je ne suis pas sûr que même le capitaine de la garde noire ait pu faire quoi que ce soit contre… Elle… »
Il détournait le regard, gêné. Son éducation l’empêchait de ne pas éprouver de la honte alors qu’il dénigrait la puissance d’un supérieur. Henriett eut une expression douce à ce constat. Le jeune homme était, étrangement, un bon soldat.
« Une sacrifiée de Branwen n’est pas vraiment un fantôme. Le rituel est, historiquement, conçu pour extraire l’âme et l’esprit d’un individu, et le lier par transcendance à un clan tout entier… »
Le contremaître ouvrit les yeux de surprise : « Par transcendance, vous voulez dire… »
« Oui, je parle bien d’atteindre un nouveau niveau d’existence… »
« Oh Merlin… Je comprends maintenant… » marmonna le contremaître en enfouissant sa tête dans ses mains...
Phinéas regardait le contremaître et la magicienne, l’air perdu : « Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Un magicien est un magicien, non ? La transcendance transformerait les gens en dieux ? »
Henriett en profita pour boire une nouvelle gorgée, laissant le liquide chaud lui humecter le gosier.
« C’est plus malin que ça… Aux époques anciennes, les magies n’étaient pas aussi puissantes ni focalisées qu’aujourd’hui… Aussi, nos ancêtres travaillaient le plus souvent par conjonction de pratiques… »
« Un peu comme pour faire pousser un arbre… » enchérit le contremaître.
« La graine est importante, mais aussi le lieu, la saison… Sans oublier l’ingrédient le plus important… »
Henriett et le contremaître restèrent silencieux, ce qui fit bouillir le jeune homme :
« Bon sang ! Vous allez arrêter avec cet air mystérieux ?! »
« Faire preuve de patience, et laisser faire le temps… », lui répondit la sorcière, un petit sourire en coin. Elle attrapa sa cuillère, et la retourna, avant de tracer des lignes sur le sol : « Ce domaine est construit sur ce qu’on appelle un carrefour de Ley, un lieu de conjonction magique, où des flux d’énergie primordiale se croisent, et se faisant créent une sorte de tornade élémentaire. La plupart des hauts lieux magiques sont construits sur ces conjonctions naturelles. Le Ministère, Poudlard… »
« La Citadelle ? » demanda le jeune homme, plein d’espoir.
« Oh, certainement… Quoique Godric’s Hollow ne soit pas un carrefour naturel… Le village s’est construit son propre carrefour à partir de deux lignes de Ley principales, et lui a donné des caractéristiques magiques propres… Les anciens savaient comment modifier ces routes d’énergies fondamentales d’une manière que nous avons presque perdu aujourd’hui… Sainte Mangouste est aussi dans ce cas…»
La carte sur le sol représentait l’Angleterre, et ses lignes de Ley principales et secondaires. Le contremaître ne disait rien, mais il fixait le dessin, comme pour en imprimer son contenu dans sa rétine. La vieille sorcière continua, pointant de la cuillère l’emplacement du Promontoire de Pwlldu. Une ligne de Ley bizarrement hachée croisait à cet endroit.
« Ce domaine en particulier profite d’un croisement artificiel. Une configuration de croissance a été mise en place. Oh, ce n’est pas un effet extraordinaire, cela ne l’est que très rarement, mais on peut imaginer que sur des générations, la famille des Morganwights a vu naître parmi elle de très prometteurs sorciers… »
« Je ne vois toujours pas ce que l’Esprit gagne dans tout ça… », s’impatienta le jeune officier.
Henriett soupira : « Le temps, mon garçon, le temps… Cela fait plus de 2000 ans que ce domaine existe… »
Elle braqua son regard dans celui du jeune homme, fronçant les sourcils.
« 2000 ans, pendant lesquels une magicienne transcendante a gagné progressivement, petit à petit, en puissance… Toujours avec la même mission, protéger coûte que coûte les membres de son clan… »
Phinéas plissa les yeux, puis la compréhension se fit dans son regard. Ses yeux s’exorbitèrent ensuite, prenant la mesure de la situation.
« Oh bon sang… Oh, c’est un problème… » sa main vint à la rencontre de sa bouche, comme pour la cacher, ses yeux effrayés recherchant ceux de la magicienne : « J’ai été très téméraire en essayant de la chasser tout seul, n’est-ce pas ? »
Le contremaître éclata d’un rire sardonique, ses ouvriers le suivant, Henriett n’arrivant pas à camoufler un petit gloussement d’amusement. Le contremaître se permit de dire :
« Tu as de la chance d’en être sorti en un seul morceau, oui ! J’aurais aimé en dire autant des employés que j’ai dû envoyer à l’hôpital… »
Le jeune homme accueilli la remarque d’un air pincé, vexé de ne pas avoir pu comprendre plus tôt la situation. Son ton se fit immédiatement formel : « Ma famille veillera à compenser leur séjour, bien entendu. Nous n’avions aucune idée de la difficulté de la situation… »
Henriett ne disait rien, observant le jeune homme. Il camouflait son embarras derrière son entraînement de soldat… C’était étrange de voir que derrière toute la propagande en place, restait encore l’éducation guindée, mais respectable d’un jeune homme de bonne famille… Surtout, il ne semblait pas encore se rendre compte que c’étaient certainement ses capacités magiques qui l’avaient sauvé. S’en sortir seul face à une Banshee de cette puissance était une véritable preuve de ses compétences. L’humilité était certainement la dernière chose qu’elle aurait pensé trouver dans le jeune homme… L’uniforme ne faisait pas tout le personnage… C’était rassurant…
Elle termina sa tasse, savourant son contenu tiède en réfléchissant, laissant Foreman et Phinéas continuer leur discussion. Celle-ci s’épuisa rapidement, et la sorcière sentit les regards se focaliser à nouveau sur elle. Elle attendit, profitant encore du silence avant que le sérieux soit de nouveau de rigueur. Ce fut le contremaître qui lança les hostilités :
« Et donc, Mme Westriver… C’est pour cela que nous vous avons contactés… Vous pensez pouvoir faire quelque chose ? »
Phinéas avait avancé sa tête, désormais vraiment curieux. Henriett le regarda en coin, avant de sourire au contremaître.
« Avec les bonnes préparations, oui. Je pense pouvoir vous débarrasser de cette Banshee… »
Le jeune officier l’interrompit : « Vous allez la chasser ? Lui tendre un piège ? »
« Oh, plus simple que ça. Bien plus simple que ça.» rétorqua la sorcière avec le sourire : « Je vais juste discuter avec elle… »
« Ridicule ! » s’exclama Phinéas, n’en croyant pas ses oreilles : « Qui vous dit qu’elle vous écoutera ? »
« Oh, elle n’aura pas le choix. » répondit énigmatiquement Henriett avec le sourire : « C’est mon travail de m’occuper de ces anciennes pierres, et des esprits qui les gouvernent. »
Le jeune homme lança un regard inquisiteur au contremaitre, qui se contenta de lui rendre un sourire satisfait. Il ouvrit de nouveau la bouche, peu convaincu :
« Pardonnez-moi la question, mais quel est votre travail au juste ? Vous avez l’air étrangement au courant des anciens usages ; vous vous baladez avec une sacoche remplie d’herbes ; vous semblez bizarrement vous y connaître en ancienne architecture… Vous êtes une sorte d’archéologue, c’est ça ? »
« Ha ! » s’exclama le contremaître, retenant un rire devant le regard foudroyant du jeune homme.
« En quelque sorte. » répondit Henriett, amusée : « Mon travail me permet d’aider sur la plupart des problèmes en relation avec les enseignements anciens, en effet. »
« Mais vous ne travaillez pas pour le ministère, non ? Vous n’avez pas l’air d’être une gratte-papier. »
« En effet, je fais partie d’un groupe indépendant. »
« Mais alors d’où tenez-vous toutes vos connaissances ? Une école particulière ? Ou vous avez tout appris sur le terrain ? »
« J’ai eu un mentor, si c’est ce que tu demandes. Plusieurs mêmes… », la vieille sorcière s’interrompit, pensive : « Nous ne sommes plus qu’une poignée, aujourd’hui… »
Le jeune homme soupira : « J’abandonne… La manière dont vous le dites, j’ai l’impression que vous faites partie d’un culte, ou d’un truc du genre… »
Le contremaître sourit, dévoilant ses dents : « Tu chauffes, gamin. »
« Comment ça ? Un culte ? Mais il n’y a que les Moldus qui croient à ce genre de bêtise… »
Henriett se redressa, les yeux clairs et rieurs.
« Je fais pourtant bien partie d’une religion… Ou ce qu’il reste de la tradition… »
Elle fouilla dans son foulard, pour en sortir un lourd pendentif en bronze, de facture antique, représentant un nœud celtique, le présentant à la lumière.
« Je suis une druide, mon garçon. L’une des dernières en Albion. »
Le ton des conversations était plutôt dur, les ouvriers n’osaient pas verbalement prendre à partie le Manteau noir, toujours prostré sur son lit de camp, mais avaient des choses à dire sur leurs conditions de travail… Par ordre du client, ils avaient été obligés de rester ici jusqu’à ce que les travaux soient finis. Cela faisait maintenant plusieurs jours qu’ils se tournaient les pouces, et leurs tentatives d’incursions s’étaient toutes révélées être un échec, l’esprit trop puissant les renvoyant avec perte et fracas hors du domaine. L’esprit avait blessé durablement pas moins de quatre de leur collègue, et l’opinion était qu’il avait une dent contre eux. Henriett sourit. Au moins sur ce point, elle pouvait les rassurer.
« Venez, approchez… La tisane est prête. Elle vous donnera des forces pour la nuit. »
Elle avait composé la tisane avec attention. Les attaques de l’Esprit étaient certes concentrées sur le domaine, mais les ouvriers avaient été exposés à sa présence depuis plusieurs jours. Henriett présageait que cela était peut-être l’une des raisons de la terrible ambiance qui régnait dans le camp. Alors qu’elle servait son breuvage, le contremaître revint sous la tente.
« Ah… Parfait… Un peu de chaud me fera le plus grand bien à moi aussi… Comment va le jeune Greengrass ? »
La sorcière jeta un regard vers le garçon. La racine de ses cheveux reprenait des teintes rousses. Le gros de l’attaque ectoplasmique était passé…
« Il ne va pas tarder à reprendre conscience, je pense… Tenez. »
Le contremaître s’assit à même le sol, accueillant d’un remerciement la tasse de tisane bouillante.
« Tant mieux… Quelque chose de moins à expliquer à son père… Je l’ai prévenu d’ailleurs, quitte à le déranger en pleine soirée… Autant prendre les devants sur toute cette affaire. »
Henriett hocha de la tête, l’air sombre, sans rien dire. Elle était heureuse que toute cette affaire ne soit pas entre ses mains. Le contremaître la regardait, en silence, son nez au-dessus de sa tasse, humant le contenu.
« De la sauge, hein ? L’herbe anti fantôme ? Je croyais qu’on avait affaire à un esprit… »
Henriett lui répondit par un sourire amusé. Il était plus érudit qu’il ne le faisait croire.
« Je préfère prendre toutes les précautions nécessaires… »
« Vous m’aviez dit que vous saviez à quoi on avait affaire ? »
« Oui, et je pense que vous aussi… »
Ils se regardèrent quelques secondes en silence, avant que le contremaître n’éclate de rire.
« Ahah ! Je pensais avoir une meilleure tête d’idiot que ça… Mais après tout ce qu’on a vu les jours derniers, il n’y avait que peu de doutes possibles… Par contre, je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’une Banshee fait encore là ? Elle n’aurait pas dû disparaître avec la mort du dernier chef de famille ? »
« Non, pas dans certains cas… » Henriett s’assit plus confortablement, dégustant sa propre tasse de tisane : « Il existe plusieurs types de Banshees, d’esprit protecteurs… Le plus habituel, est la créature fae, l’esprit des anciennes familles. Celles-ci sont liées par un ancien pacte à un domaine afin de le protéger. Le contrat se brisant à la mort du dernier ressortissant, elles sont libres d’aller de nouveau courir les landes, en tant que Dames Blanches… »
« Je ne connais pas d’autres Banshees, j’avoue… »
« La seconde, est issue des anciens usages… » répondit la sorcière en reprenant de sa tasse.
Immédiatement, le silence se fit dans la tente. Beaucoup de sorciers avaient entendu parler de ce terme durant leur scolarité. Les « anciens usages » étaient le terme parlant de la magie ancienne, antique, à une époque où il n’existait pas encore de grimoires pour la documenter. C’était de la magie primitive, inclassable, provenant d’une époque où tout était encore à apprendre. Toute la magie actuelle dérivait de ces anciens usages, mais, dû aux problèmes de mémoire de la culture orale, on estimait que la moitié de ces savoirs avaient été irrémédiablement perdus à travers le temps et les époques. Aussi entendre ce terme avait toujours tendance à amener un auditoire curieux.
Henriett reposa sa tasse dans ses mains, se redressant.
« J’imagine que vous avez tous entendu parler des quatre branches du Mabinogi ? » Silence, Henriett repris son souffle : «C’est le plus vieux chant épique de Grande-Bretagne, originaire de la région… A l’intérieur, nous avons une partie de l’histoire du pays… Notamment le mariage de Branwen, reine celte, et son suicide après le génocide de la tribu de Llyr…
Ce que ne disent pas ces textes, c’est que Branwen, comme tous les rois et héros de ce temps, était une proto-magicienne, proche du druidisme celtique. Ne retrouvant après un voyage idyllique plus que cendres et désolations, sa tribu ayant été réduite à l’état d’une poignée de familles, elle décida de se sacrifier dans un rituel particulier, que l’on nomme d’ailleurs en son honneur. Elle devint le Corbeau Blanc, la protectrice immortelle du clan, pleurant chacun de ses morts, annonçant chacune de ses naissances… »
Henriett resta silencieuse quelques secondes, serrant sa tasse contre elle.
« Le sacrifice de Branwen, le corbeau blanc, permet de désigner une protectrice magicienne sous la forme d’un esprit immortel… Une sorte de banshee d’origine humaine… »
Le silence remplit de nouveau la tente, plus lourd, plus gênant. Même si les sorciers aimaient ces vieilles histoires, le fait que l’esprit tout proche puisse être l’une de ces antédiluviennes magiciennes sacrifiées laissait un goût amer dans la bouche. Puis une voix rauque s’éleva :
« Je ne crois pas que ce soit ça… L’esprit était bien trop puissant pour être un simple fantôme… »
Phinéas s’était redressé, regardant le petit groupe assemblé avec un air de fatigue maussade. D’un mouvement malhabile, il se leva, gémissant, avant de s’approcher, et de s’asseoir lourdement sur le sol, à côté d’Henriett.
« J’apprécierais bien un peu de tisane, s’il vous plaît... »
Henriett le servi sans dire un mot, étudiant son visage. Le gros du choc était passé, mais ses pupilles continuaient à poursuivre les ombres inconsciemment. Il avait toujours l’air d’avoir pris vingt ans en quelques minutes et son teint sale, ses yeux vitreux et l’état rapiécé de son auparavant immaculé uniforme, lui donnait l’apparence d’un cadavre revenu d’entre les morts. Malgré tout, il avait décidé de les rejoindre et plus étonnant encore, avait décidé de les traiter avec respect… La vieille sorcière ne pouvait qu’apprécier ce changement d’attitude, totalement inespéré. Une fois servi, il continua :
« Un fantôme est un fantôme, une empreinte de ce qu’il a pu être à son vivant… L’esprit que j’ai affronté était bien plus puissant que moi… Je veux dire… Je ne suis pas sûr que même le capitaine de la garde noire ait pu faire quoi que ce soit contre… Elle… »
Il détournait le regard, gêné. Son éducation l’empêchait de ne pas éprouver de la honte alors qu’il dénigrait la puissance d’un supérieur. Henriett eut une expression douce à ce constat. Le jeune homme était, étrangement, un bon soldat.
« Une sacrifiée de Branwen n’est pas vraiment un fantôme. Le rituel est, historiquement, conçu pour extraire l’âme et l’esprit d’un individu, et le lier par transcendance à un clan tout entier… »
Le contremaître ouvrit les yeux de surprise : « Par transcendance, vous voulez dire… »
« Oui, je parle bien d’atteindre un nouveau niveau d’existence… »
« Oh Merlin… Je comprends maintenant… » marmonna le contremaître en enfouissant sa tête dans ses mains...
Phinéas regardait le contremaître et la magicienne, l’air perdu : « Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Un magicien est un magicien, non ? La transcendance transformerait les gens en dieux ? »
Henriett en profita pour boire une nouvelle gorgée, laissant le liquide chaud lui humecter le gosier.
« C’est plus malin que ça… Aux époques anciennes, les magies n’étaient pas aussi puissantes ni focalisées qu’aujourd’hui… Aussi, nos ancêtres travaillaient le plus souvent par conjonction de pratiques… »
« Un peu comme pour faire pousser un arbre… » enchérit le contremaître.
« La graine est importante, mais aussi le lieu, la saison… Sans oublier l’ingrédient le plus important… »
Henriett et le contremaître restèrent silencieux, ce qui fit bouillir le jeune homme :
« Bon sang ! Vous allez arrêter avec cet air mystérieux ?! »
« Faire preuve de patience, et laisser faire le temps… », lui répondit la sorcière, un petit sourire en coin. Elle attrapa sa cuillère, et la retourna, avant de tracer des lignes sur le sol : « Ce domaine est construit sur ce qu’on appelle un carrefour de Ley, un lieu de conjonction magique, où des flux d’énergie primordiale se croisent, et se faisant créent une sorte de tornade élémentaire. La plupart des hauts lieux magiques sont construits sur ces conjonctions naturelles. Le Ministère, Poudlard… »
« La Citadelle ? » demanda le jeune homme, plein d’espoir.
« Oh, certainement… Quoique Godric’s Hollow ne soit pas un carrefour naturel… Le village s’est construit son propre carrefour à partir de deux lignes de Ley principales, et lui a donné des caractéristiques magiques propres… Les anciens savaient comment modifier ces routes d’énergies fondamentales d’une manière que nous avons presque perdu aujourd’hui… Sainte Mangouste est aussi dans ce cas…»
La carte sur le sol représentait l’Angleterre, et ses lignes de Ley principales et secondaires. Le contremaître ne disait rien, mais il fixait le dessin, comme pour en imprimer son contenu dans sa rétine. La vieille sorcière continua, pointant de la cuillère l’emplacement du Promontoire de Pwlldu. Une ligne de Ley bizarrement hachée croisait à cet endroit.
« Ce domaine en particulier profite d’un croisement artificiel. Une configuration de croissance a été mise en place. Oh, ce n’est pas un effet extraordinaire, cela ne l’est que très rarement, mais on peut imaginer que sur des générations, la famille des Morganwights a vu naître parmi elle de très prometteurs sorciers… »
« Je ne vois toujours pas ce que l’Esprit gagne dans tout ça… », s’impatienta le jeune officier.
Henriett soupira : « Le temps, mon garçon, le temps… Cela fait plus de 2000 ans que ce domaine existe… »
Elle braqua son regard dans celui du jeune homme, fronçant les sourcils.
« 2000 ans, pendant lesquels une magicienne transcendante a gagné progressivement, petit à petit, en puissance… Toujours avec la même mission, protéger coûte que coûte les membres de son clan… »
Phinéas plissa les yeux, puis la compréhension se fit dans son regard. Ses yeux s’exorbitèrent ensuite, prenant la mesure de la situation.
« Oh bon sang… Oh, c’est un problème… » sa main vint à la rencontre de sa bouche, comme pour la cacher, ses yeux effrayés recherchant ceux de la magicienne : « J’ai été très téméraire en essayant de la chasser tout seul, n’est-ce pas ? »
Le contremaître éclata d’un rire sardonique, ses ouvriers le suivant, Henriett n’arrivant pas à camoufler un petit gloussement d’amusement. Le contremaître se permit de dire :
« Tu as de la chance d’en être sorti en un seul morceau, oui ! J’aurais aimé en dire autant des employés que j’ai dû envoyer à l’hôpital… »
Le jeune homme accueilli la remarque d’un air pincé, vexé de ne pas avoir pu comprendre plus tôt la situation. Son ton se fit immédiatement formel : « Ma famille veillera à compenser leur séjour, bien entendu. Nous n’avions aucune idée de la difficulté de la situation… »
Henriett ne disait rien, observant le jeune homme. Il camouflait son embarras derrière son entraînement de soldat… C’était étrange de voir que derrière toute la propagande en place, restait encore l’éducation guindée, mais respectable d’un jeune homme de bonne famille… Surtout, il ne semblait pas encore se rendre compte que c’étaient certainement ses capacités magiques qui l’avaient sauvé. S’en sortir seul face à une Banshee de cette puissance était une véritable preuve de ses compétences. L’humilité était certainement la dernière chose qu’elle aurait pensé trouver dans le jeune homme… L’uniforme ne faisait pas tout le personnage… C’était rassurant…
Elle termina sa tasse, savourant son contenu tiède en réfléchissant, laissant Foreman et Phinéas continuer leur discussion. Celle-ci s’épuisa rapidement, et la sorcière sentit les regards se focaliser à nouveau sur elle. Elle attendit, profitant encore du silence avant que le sérieux soit de nouveau de rigueur. Ce fut le contremaître qui lança les hostilités :
« Et donc, Mme Westriver… C’est pour cela que nous vous avons contactés… Vous pensez pouvoir faire quelque chose ? »
Phinéas avait avancé sa tête, désormais vraiment curieux. Henriett le regarda en coin, avant de sourire au contremaître.
« Avec les bonnes préparations, oui. Je pense pouvoir vous débarrasser de cette Banshee… »
Le jeune officier l’interrompit : « Vous allez la chasser ? Lui tendre un piège ? »
« Oh, plus simple que ça. Bien plus simple que ça.» rétorqua la sorcière avec le sourire : « Je vais juste discuter avec elle… »
« Ridicule ! » s’exclama Phinéas, n’en croyant pas ses oreilles : « Qui vous dit qu’elle vous écoutera ? »
« Oh, elle n’aura pas le choix. » répondit énigmatiquement Henriett avec le sourire : « C’est mon travail de m’occuper de ces anciennes pierres, et des esprits qui les gouvernent. »
Le jeune homme lança un regard inquisiteur au contremaitre, qui se contenta de lui rendre un sourire satisfait. Il ouvrit de nouveau la bouche, peu convaincu :
« Pardonnez-moi la question, mais quel est votre travail au juste ? Vous avez l’air étrangement au courant des anciens usages ; vous vous baladez avec une sacoche remplie d’herbes ; vous semblez bizarrement vous y connaître en ancienne architecture… Vous êtes une sorte d’archéologue, c’est ça ? »
« Ha ! » s’exclama le contremaître, retenant un rire devant le regard foudroyant du jeune homme.
« En quelque sorte. » répondit Henriett, amusée : « Mon travail me permet d’aider sur la plupart des problèmes en relation avec les enseignements anciens, en effet. »
« Mais vous ne travaillez pas pour le ministère, non ? Vous n’avez pas l’air d’être une gratte-papier. »
« En effet, je fais partie d’un groupe indépendant. »
« Mais alors d’où tenez-vous toutes vos connaissances ? Une école particulière ? Ou vous avez tout appris sur le terrain ? »
« J’ai eu un mentor, si c’est ce que tu demandes. Plusieurs mêmes… », la vieille sorcière s’interrompit, pensive : « Nous ne sommes plus qu’une poignée, aujourd’hui… »
Le jeune homme soupira : « J’abandonne… La manière dont vous le dites, j’ai l’impression que vous faites partie d’un culte, ou d’un truc du genre… »
Le contremaître sourit, dévoilant ses dents : « Tu chauffes, gamin. »
« Comment ça ? Un culte ? Mais il n’y a que les Moldus qui croient à ce genre de bêtise… »
Henriett se redressa, les yeux clairs et rieurs.
« Je fais pourtant bien partie d’une religion… Ou ce qu’il reste de la tradition… »
Elle fouilla dans son foulard, pour en sortir un lourd pendentif en bronze, de facture antique, représentant un nœud celtique, le présentant à la lumière.
« Je suis une druide, mon garçon. L’une des dernières en Albion. »
~ I aim to misbehave ♫ ~
Promotion '43 (Première année RP)
Miss Gryffondor 2019. Hors de mon chemin plébéiens !
Promotion '43 (Première année RP)
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