Analogie des sentiments

 Les yeux dans le vague, Audric fixait son assiette. Il appréciait le brouhaha environnant, ne s'intéressant pas -pour une fois- aux conversations qui l’entouraient. De temps en temps il tournait la tête cherchant une certaine fille à la peau caramel et détournait le regard presque aussitôt, les joues rougissantes doucement. Le garçon aux yeux vairons se sentait bien depuis quelques temps, depuis qu'il sortait avec Aishani en réalité. Mais en même temps, il y avait autre chose qu'il n'arrivait pas à comprendre.
 Ses maux de ventre étaient revenus, et il ne comprenait pas pourquoi. Il ne réalisait même pas qu'ils étaient toujours là lorsqu'il croisait le couple de Peterson et Pike, ni quand Aishani le regardait trop longtemps. Parfois c'était comme si elle arrivait à lire ses pensées et, bien qu'il est la tête complètement vide lorsqu'elle était proche de lui, il trouvait cela affreusement gênant. Pour autant il n'avait rien à cacher, du moins il ne pensait pas avoir de secrets. 

 Audric tendit le bras pour attraper un morceau de pain, et finit par fixer sa propre main alors qu'elle revenait en lui apportant son butin. Il comprenait enfin pourquoi certaines personnes cherchaient à se mettre en couple. Pourquoi Jo' draguait sans arrêt les filles et pourquoi Adrian lui disait combien il était agréable d'avoir une personne si proche de soi. Le brun adorait entrelacer ses doigts à ceux de l'indienne, sentir sa peau douce et chaude sur sa paume. Son premier baiser avait certainement été un peu chaotique mais il en gardait un très bon souvenir.

 Il pencha de nouveau la tête pour observer sa camarade, ou plutôt sa petite amie (mais il avait encore beaucoup de mal à la nommer ainsi). Alors qu'il allait de nouveau détourner le regard, il vit une assiette voler en direction d'Aishani, la manquant de peu. Il se pencha un peu plus alors pour voir qui avait fait cela, mais il reconnut la voix qui hurla bien avant de voir son ancienne meilleure amie debout non loin de la fillette à la peau caramel. 
 Audric la connaissait si bien qu'il était presque capable de sentir sa colère d'ici. Elle était certainement à deux doigts de se jeter sur Aishani, toutes griffes dehors, pour la frapper. Et même si la cadette n'avait nul besoin d'aide, le garçon aux yeux vairons était incapable de ne rien faire. Il se leva lui aussi d'un bond, ignorant les élèves qui commençaient à partir dans leurs dortoirs, et avant de s'approcher cria à l'intention de son aînée. 

" Arrête Peterson!"

 Il s'approcha aussi rapidement que possible, arracha des mains de son ancienne amie le verre qu'elle tenait, prête à l'envoyer au visage d'Aishani, et le reposa sans douceur sur la table. 

"T'es vraiment pas bien toi. C'est quoi ton problème à la fin?"  

 Puis sans attendre de réponse, il se retourna et plongea son regard dans les yeux d'Aishani. Loin de se calmer, il lui offrit pourtant un beau sourire avant de lui prendre la main.

 "Tu as finis? On y va?"

 Il n'avait aucune idée de ce qu'il s'était passé, mais il était persuadé que c'était Peterson qui avait commencé. N'importe qui penserait pareil avec sa manie de s'emporter toujours pour un rien. Avant il était le premier -si ce n'est le seul- à s'élancer pour la calmer. Aujourd'hui il s'en moquait éperdument, quoi qu'en disent ces maux d'estomacs qui recommençaient à le lancer. 
 Le brun attendit patiemment que la fillette à la peau caramel se lève et la poussa doucement dans le dos, étant moins patient pour se frayer un chemin entre les élèves qui quittaient la grande salle. Il s'arrêta soudainement et se retourna pour faire face à Peterson, un air de défi sur le visage. Peut-être qu'elle allait enfin le frapper. Avec un peu de chance elle cesserait enfin de l'ignorer. Il cherchait les mots, souhaitant la pousser dans ses derniers retranchements afin de parvenir à ses fins, mais il ne trouva rien. Il se contenta alors de lui jeter un regard noir et de ne pas détourner les yeux. 

Je suis d'accord avec la signature d'Amaryllis.
Là où les Ninker passent, la défaite trépasse. Audsée un jour, Audsée toujours! Un jour Jonois resplendira."

Analogie des sentiments
Le verre qui fut si compressé dans sa main, prêt à exploser à tout moment, retourna à sa place. Nez à nez, à son ancien meilleur ami, elle déglutit. Il venait de l'appeler «Peterson». Son cœur en fit un bon, tel qu'elle ne retrouva plus son souffle. Elle le dévisagea difficilement. Il était trop proche pour qu'elle puisse réagir. Et même s'il venait de lui poser une question virulente, elle ne put lui répondre. Il se retourna. Elle inspira. Retrouvant son souffle, elle l'observa s'approcher de l'autre et les phrases prononcées refirent écho: «constamment protégée... Il enlève tous mes soucis... nous nous retrouvons». Les larmes montèrent et son visage devint rouge de colère:

- Et toi? Pleurait-elle de rage. C'est quoi ton problème?!

Pourquoi l'avait-il rejeté? Depuis quand aimait-il cette grognassasse? L'avait-il éconduite pour elle? Et voulait-il en finir pour elle?

- Finir quoi Audric? Elle s'avança vers lui les poings serrés. Finir ce que nous avons commencé en janvier? Elle pensait à son râteau, là où il lui avait interdit de l'aimer. Tu veux tant y mettre un terme? Souffla-t-elle misérablement.

Elle n'avait plus la force d'essuyer son visage. Et aussi terrible que ça puisse être, elle hoquetait. Elle pleurait comme une enfant. Esmée voulait partir mais ses jambes, lourdes comme le plomb, ne bougèrent guère. Le brouhaha des élèves s'éleva fortement, discréditant joyeusement la faiblesse d'Esmée. La folle à lier, celle qui tape violemment les costauds comme les faibles, pleurait à chaudes larmes. 

- Esmée?

Colin qui avait vu la scène de loin venait d'arriver. Il poussa violemment Audric en se dirigeant vers sa petite amie. Il semblait affolé, comme si c'était lui qui venait de se faire repousser sentimentalement à la place d'Esmée. Il l'enlaça en lui chuchotant «ça va aller. Je suis là». Esmée ne broncha pas. Ne pouvant plus se retenir, il s'adressa à Audric:

- Laisse la tranquille.

Il l'avait rejeté et n'avait donc plus le droit de s'adresser à elle. C'était sa petite amie maintenant! Il ne lui prendra pas. Colin fusillait Audric. Il ne pouvait décidément pas le blairer, lui qui accaparait l'esprit de celle qui l'aimait.

- Minus. Maugréa-t-il faiblement.

Il prit la main de sa petite amie et partit de la grande salle. Esmée n'arrivait pas à avancer un pied devant l'autre et faillit tomber plusieurs fois, mais il était là pour la retenir à chaque fois. Elle faisait peine à voir. Ses camarades chahutèrent en la montrant du doigt de nombreuses fois. Ça ne changeait pas de d'habitude, mais pour la première fois, on entendit «la pauvre» et non «la folle» à son encontre.

Analogie des sentiments
*Vas-y frappe. FRAPPE!* Mais Peterson ne frappa pas. Pour autant elle ne fit pas l'autruche comme c'était son habitude depuis la rentrée, elle ne l'ignora pas et lui répondit. Audric aurait presque sourit en la voyant faire : enfin elle ne l'ignorait plus. Qu'ils passent d'amis à ennemis ne le dérangeait pas vraiment, enfin il préférait cela de loin à devenir un parfait étranger. Elle lui renvoya sa propre réplique dans la tête, et le brun lui jeta un regard acide. 
 Son problème? C'était clairement elle son problème. Une minute elle était son amie et la suivante elle claquait la porte avant de se réfugier dans les bras d'un garçon qu'elle maudissait encore quelques semaines plus tôt. Alors qu'il pensait très bien connaître Esmée elle lui avait montré un autre visage. Il avait l'impression de découvrir une nouvelle Peterson depuis. Pour autant une part de lui restait persuadée que la Esmée qu'il connaissait était toujours là, qu'il suffirait de parler. La discussion commencée dans les toilettes abandonnées aurait pu bien se terminer surement, si seulement les deux protagonistes avaient acceptés d'aligner des mots. Mais la jeune fille parlait plutôt avec ses poings, et Audric préférait s'emmurer dans le silence. Tout plutôt que de se remettre en question et d'accepter ses tords. 

« Si je me souviens bien c'est toi qui est partie en courant. » cracha-t-il. Pourquoi revenir là-dessus de toute manière? Elle ne voulait plus être son amie non? Pourquoi être partie sinon?
 Il n'eût pas le temps de répondre que Pike arriva avec la bouche en cœur. Le garçon aux yeux vairons se retint difficilement de lui mettre un coup, mais ne s'empêcha pas de pousser Colin à son tour en réponse à sa bousculade. Sa main gauche s'ouvrit et se ferma à un rythme régulier tandis qu'il détournait le regard. Il ne savait pas pourquoi voir la tête de ce garçon lui donnait tant envie de lui faire ravaler son sourire hypocrite. Et ses dents en passant. 

 Pike lui demanda ensuite de laisser Peterson tranquille. Comme s'il était venu s'interposer pour faire de l'ombre au Poufsouffle et non pour défendre son amie. Ou petite amie.

« Fous-nous la paix Pike. » *Et laisse-là respirer un peu tu vas l'étouffer.*

 Le Poufsouffle marmonna quelque chose que le Gryffondor n'entendit pas avant de fendre la foule en tirant derrière lui la petite brune. Audric suivit le mouvement et rejoignit Aishani qui l'attendait près de la grande porte après s'être aperçue qu'il ne la suivait plus. A son regard interrogateur il haussa les épaules en marmonnant « C'est qu'un crétin. » en désignant Colin Pike. Puis il s'assura que la grande brune n'était pas blessée avant de prendre le chemin de leur salle commune. 
 Le point positif de cette soirée c'était que Peterson ne l'ignorait plus. Du moins pour le moment. Peut-être que s'il frappait Pike une bonne fois pour toute elle cesserait de faire comme s'il n'existait pas?


FIN.

Je suis d'accord avec la signature d'Amaryllis.
Là où les Ninker passent, la défaite trépasse. Audsée un jour, Audsée toujours! Un jour Jonois resplendira."