Belfast, belle farce...
Toute personne se trouvant à Belfast de façon logique peut rencontrer Tess. Je suis ouverte à n'importe quel profil, n'hésitez surtout pas !

Belfast, 5 août 2044, 17h30.
Alison relut la lettre. Puis la retourna, cherchant s’il n’y avait pas des petites écritures indiquant les conditions de participation à un jeu télévisé. Mais non, il n’y avait rien de cela. Les minuscules tâches d’encre indiquait même que la lettre avait été rédigée avec une véritable encre, et ne sortait pas d'une imprimante. Elle releva les yeux avec une mine sévère, bien plus sévère que celles que Tess lui connaissait d’ordinaire.
- Et ton hibou, il est reparti, juste comme ça ?
- Bah ouais.
Tess avait mis plusieurs jours à montrer la lettre à sa mère. Elle avait savouré pendant presque une semaine ce nouveau destin qui l’attendait, tout en sachant pertinemment que tout allait se compliquer dès lors qu’elle en parlerait à une grande personne. Mais il y avait ces fournitures à trouver, et puis cela voulait dire quitter l’Irlande… Il fallait se préparer.
Mentalement, elle avait préparé tout un tas d’arguments pour convaincre sa mère de la laisser partir à ce collège. Notamment, que c’était enfin sa chance de quitter cette banlieue que sa mère maudissait depuis toujours mais n’avait jamais trouvé le courage de laisser derrière elle à cause d’une petite fille qui réclamait une certaine stabilité.
Mais bizarrement, Alison ne s’était pas encore opposée à son départ. Elle semblait prise de court, choquée peut-être, comme si elle n’arrivait pas à en croire ses yeux. Encore une fois, elle souleva le feuillet pour l’exposer à la lumière de la fenêtre, comme si la texture du parchemin recelait quelque secret à découvrir. Mais il ne révéla rien.
- … Est-ce que mon père a été à cette école ? demanda doucement Tess, sa voix trahissant une large crainte à l’idée d’aborder un sujet qui usait souvent la patience de sa mère.
- J’en sais foutre rien, marmonna sa mère sans lâcher le papier.
Déçue, Tess retomba dans un silence morne. Au bout d’un moment, Alison reposa le feuillet pour passer au suivant, où était listée les fournitures à acquérir.
- Un CHAU-DRON ? Mais qu’est-ce que c’est que ces bêtises !
- Ben, sûrement pour faire des potions, maman. C’est évident.
- Non, ça n’est pas évident du tout. Et c’est quoi, ça, un RAPELTOUT ?
- Aucune idée…
- Ça sonne comme une race de chien… Je te préviens Tess, j’espère que tu n’as pas fabriqué tout ça juste pour avoir un clébard. On n’a ni la place, ni le temps de s’occuper d’une bête !
- Mais non, j’te jure ! J’sais pas ce que c’est un rapeltout. Mais c’est marqué qu’on pourra trouver toutes ces fournitures à Londres…
- A Londres, pff ! Rien que ça ! Ecoute ma chérie. C’est quelqu’un qui t’a fait une blague, voilà tout…
- Mais non, c’est pas possible maman. Un HIBOU tu te rends compte ? J’en avais jamais vu avant !
Alison fit une grimace avant de secouer la tête. Elle rassembla les feuillets et les tendit à sa fille. Son visage s'était adouci.
- Allons écoute, une de tes amies va sûrement t’annoncer bientôt que c’était une farce. Tu devrais lui en préparer une aussi belle. Allez, va !
Avec un geste rageur, Tess s’empara des lettres et s’enfuit de la cuisine à pas vindicatifs. Elle sortit de leur lot en claquant la porte du plus fort qu’elle pouvait – c’est-à-dire, pas très très fort, mais suffisamment fort pour que sa mère entendît son mécontentement, puis traversa la rue.
En face de leur maison, il y avait un petit parc avec des bancs et des jeux pour enfants dont la moitié étaient cassés. Une mère y promenait ses deux bambins en bas âge. Tess leur tourna le dos en se laissant choir sur l’un des bancs, tenant toujours entre ses mains ses lettres d’admission au collège Poudlard.
Ce parc avait été le lieu de tant d’amusements dans son enfance, c’était d’habitude un lieu qui la calmait. Mais en cette fin d’après-midi, il lui semblait être l’endroit le plus morne où l’on pouvait grandir. Et dire qu’elle avait les capacités pour sortir de cette banlieue, aller dans une grande école… Et qu’on lui servait des sottises pareilles ! En plus, quelle amie lui aurait fait une telle blague ? Elle n’en avait pas une seule. Et une ennemie ? C’était improbable. Elle ne connaissait aucune de ses rivalités qui avait un hibou. Et même, quel intérêt de lui jouer un tel tour ? C’était trop improbable.
Elle pensa alors à son père, et au refus de sa mère de lui en dire davantage. Avait-il été à Poudlard ? Que dirait-il s’il apprenait qu’on refusait à sa fille de s’y rendre ? A moins qu’il ne s’en fichât complètement… Brusquement, alors que l’instant auparavant elle aurait battu le banc de ses petits poings nerveux, ses yeux se remplirent de larmes et elle ne se sentit plus aucune énergie. Elle froissa les lettres entre ses mains et cacha son visage dans ses genoux.
Tout le monde a des secrets. Il suffit juste de découvrir lesquels...