Erin Grayce Volutes de Connaissance

28 Août 2043
Apothic’herbes — Chemin de Traverse
1ère année


Le flux d’Autres s'écoulant autour de moi semble être un mirage, un trouble dans l’air environnant. *Comment faites-vous ?*, songé-je un instant. Les corps tourbillonnent en un étrange harmonie, s’enroulent autour des autres Êtres présents pour continuer leur route sinueuse. Immobile sur le banc de bois froid, les jambes serrées et le buste étonnamment rigide, je laisse mon regard flâner sur tous ces corps qui sinuent dans la rue. Ils sont si amusants, ces Autres qui s’entrecroisent sans jamais se rencontrer. Dans cette rue, le Contact entre deux corps différents n’existe pas ; ils se frôlent, s’entrevoient, mais ne s’appréhendent jamais. Et moi je les observe, plantée sur mon banc inconfortable. Ils ne se regardent même pas, les yeux dirigés vers le sol ou vers le ciel ; vers les Enfers ou vers l’Olympe, vers Gaïa ou vers Ouranos. Et pourtant, ils ne connaissent pas le Contact. Quelle chance ont-ils ; mais ils ne le savent certainement pas.

« Thalia ! Thalia, tu es là ? »

*’rdel* Shaina ? Mon corps se met en mouvement de lui même, mes mains se positionnent sur les côtés de mon corps et exercent une poussée qui me redresse si vite que mon crâne me brûle. La femme que j’exècre, malgré sa gentillesse exagérée et sa tendance à essayer de m’aider, vient d’apparaitre dans la rue, très certainement sur ma gauche. Terreur. Mon cœur a un soubresaut dans ma poitrine, je serre les poings comme si cela l’empêcherait de se barrer.

« Thalia ? » crie prudemment une seconde voix. Coup de poignard. Cette voix là possède une intonation douce, presque suppliante. Celui qui la possède souhaite que je revienne avec lui, que nous retournions à la maison et que nous nous retrouvions seuls cette nuit. Il veut tant me retrouver qu’il fait l’effort d'user de sa voix si rare. Les Mots de Sky sont des joyaux brutes, secrets, enfouis bien trop profonds dans son cœur pour être révélés au premier venu. Et là, pourtant, il crie. Il crie avec sa voix de garçon trop mature, une Âme d’adulte dans un corps d'adolescent, et il le fait pour moi. Pour moi. Sa voix sonne telle une douloureuse gifle, parce qu’elle est trop rare pour retentir ici, au milieu de la foule. Les Mots de Sky ne devraient jamais quitter Nyx. C’est elle, la déesse, qui possède la clé de son cœur et je le sais très bien ; elle ne fait que me permettre d’appréhender le garçon mystère. Jamais sa voix ne devrait exploser en syllabes fragmentées au milieu de cette foule. Pourtant, les éclats de ses paroles sont bien là ; dispersés, tels les morceaux de mon cœur et de mon Âme brisés. Et il le fait pour moi. Il hurle alors qu’il déteste tant faire don de sa voix ; pour moi.

*J’suis désolée, Sky*. Dernière pensée volatile que je laisse planer dans l’air derrière moi, avant de chasser les belles Perles émeraudes de Sky que mon esprit et de m’enfoncer dans la masse mouvante qu’est la foule. Ce Songe me laisse une drôle d’amertume dans la bouche, sans que je ne sache pourquoi. Peut-être que je sais que je ne suis pas si désolée que ça ; je suis triste de laisser Sky, mais je veux m'Échapper de cette rue trop rectiligne, trop bien arrangée, trop emplie d’Autres inconscients et dangereux.

« Tha..., » déclame t-il de sa voix tendre. *SKY !*. Soudainement, je veux rester ici. Oui, c’est ça, je vais me rasseoir et l’attendre. Il va me sourire de son sourire si joli, et ses Perles emplies d’étoiles me pousseront à lui rendre ce sourire. Mais je ne peux pas. JE M’EXCUSE ! JE M’EXCUSE, SKY ! Je m’excuse, et ces excuses là sont plus sincères que les précédentes. Parce que sa voix douce, qui me bouleverse d’une manière si étrange, me retourne l'estomac. Pourtant, je ne suis pas amoureuse. Que suis-je, d’ailleurs ? Qui est-il ? Ce n’est ni mon ami, ni mon amant. Qui est-il ? L’évidence me saute soudain aux yeux : il est lui ; Sky. Je voudrais rester là, avec lui. Pourtant, je ne peux pas. Je suis oppressée. Écrasée. Fragmentée.

Je m’enfonce définitivement dans la foule sans un regard pour lui. *Tu n’peux pas comprendre*, lui soufflé-je en silence. MENTEUSE ! JE SUIS UNE FOUTUE MENTEUSE ! Ah ! mon esprit se déchaine. Il n’a pas tort ; peut-on faire pire mensonge ? Sky est le seul qui puisse comprendre ; peut-être même comprend-il mieux que moi. Mais je ne veux pas être avec lui, immédiatement. Je veux être seule. Loin de cette foule hurlante. Alors je ne me retourne pas. Pour ne pas être tentée de rester, mais aussi... *C’tout*. Je tremble sous l’ampleur de ce fichu mensonge. Ce n’est pas tout. Je *Non* ne *Tais toi* veux *Tais toi !* pas *TAIS TOI !!* recroiser son regard. *J’devais pas l’dire*. Ses yeux. Ses Perles. Je frémis simplement en y pensant. Elles sont magnifiques, ses Perles. Absolument magnifiques. C’est pour ça qu’elles me terrifient. Parce que elle a les mêmes. La fille. La Gryffondor. *’s’appelle comment, d’jà ?*. Charlie. C'est ça. Rengan Charlie. Les mêmes. La-fille-qui-sait-faire-confiance. Mais pas les mêmes. Celle-qui-a-sauvé-la-chinoise. Parce que celle de Charlie brillent plus. Celle-qui-a-tendu-son-bras. Elle possède un vrai flux Émeraude. Rengan Charlie. Alors que celles de Sky sont comme une aurore boréale. Magnifiques. Pas pareilles. Mais si proches que je ne peux que penser à la fille. Et je ne veux pas penser à celle qui me hante, avec la chinoise. Charlie et Qiong. C’est quoi ces Noms d’nazes ? *Menteuse*. Leurs Noms sont aussi magnifiques que leurs Perles et leurs Âmes que je veux comprendre. Fichues filles qui savent se faire confiance.

Je m’enfonce dans la masse mouvante de la foule, et du haut de ma taille de gamine, je vois tous ces Grands qui foncent sur moi. Le ruisseau tranquille et harmonieux que j’observais il y a un instant a disparu. *J’vais mourir !*. Remplacé par un torrent mugissant et précipité. *Ils foncent !*. Les Autres sont des taureaux en colère, et moi je suis sur leur passage. Je vais me faire écrabouiller. Je vais être déglinguée par tous ces Grands Autres qui foncent sur moi. Qu’est-ce que je fais ici ? Je suis morte. Ils vont me foncer dedans, m’écraser et me réduire en bouillie.

Un Grand fonce sur moi et je ne le vois qu’au dernier moment, pétrifiée par la pensée de mourir sous les trop grands pieds des Autres qui m’entourent. Je vois ses pieds en premier, parce que je regarde les pieds et que je me sens toute petite devant cette masse de chaussures. Lui, il porte des bottes de travail tellement sales qu’elles pourraient avoir été trempée dans de la bouse de Dragon. *Dragon*. Mais pas dans celle du Dragon de la belle fille et de la chinoise. Lui, il était Beau. Tremblant d’une Beauté imposante. Mon regard remonte malgré moi et contemple une fraction de seconde son pantalon sombre tout autant sali. *Où t’es allé t’plonger, ’spèce d’Grand débile ?*. Puis son tee-shirt. Non, pas son tee-shirt. Il apparait à peine, d’un drôle de violet très foncé qui, lui, semble propre. Le tee-shirt de l’Autre est caché par les pans de sa longue cape noire avec des jolis reflets bleus. Je me plonge dans la contemplation des jolis reflets — ils semblent danser sur le tissu, formant une bataille de nuances et de couleurs. Bam ! Dégommez-vous, les reflets ! Battez-vous, j’veux qu’ça saigne !
Et je ne le vois pas qui continue de marcher droit sur moi. *AAAAAAAAHHHHHHH !!!*. Au dernier moment, ma tête se décroche et mon regard se plante sur son visage. « Hein ? » craché-je de surprise. Le Grand a une tête de gamin ! Ouais, dissimulée sous la capuche de sa cape, c'est une vraie tête d’enfant surpris qui se dévoile. Des trop grands yeux, même pas des Perles. Moches, en plus. D’un bleu terne, lessivé. Son nez est trop large, trop épais, trop écrasé. Il a des points noirs dégoutants sur sa face, et il me contemple avec un air de gros débile ébahi. Je ne vois pas la couleur de ses cheveux, mais j’entraperçois des boucles sombres dans l’obscurité de la capuche. Sa bouche d’Autre idiot est entrouverte. *Ah !*, jubilé-je. Il n’y connait vraiment rien. On ferme la bouche, ou alors ou l’ouvre. Mais on ne l’entrouvre jamais, sinon on passe pour un gros nul qui n’y connait rien. Comme lui. Ses lèvres aussi sont écrabouillés en une expression toute moche de surprise, et je sens un immense sourire se dessiner sur mes lèvres. Un sourire moqueur devant le visage de gamin de cet Autre qui me faisait peur.

Sauf qu’il me fonce quand même dedans. *AAAAHHHHH !!!*, hurlé-je en pensée. Il me fonce dedans ! Vraiment ! Plus que cinq pas. Quatre pas. Trois pas. Deux pas. Un pas. Zéro p *Gros naze !*. J’esquisse soudainement un léger mouvement des hanches et je le frôle. Je sens la chaleur de sa cape passer juste devant moi, et je fais craquer mon cou pour regarder à nouveau sa tête de gros gamin qui s’en fiche de tout. *Pourquoi tu t’es pas poussé, débile ?*. C’est un gros débile comme le sont presque tous les Autres, alors je ne l’aime pas. Et je vois tous les autres Grands qui continuent de me foncer dessus de la même manière ; sans me voir.

*J’vous aime pas*, déclaré-je soudainement. C'est pourtant une évidence. Je ne les aime pas. Ils me foncent dessus, et moi, je fais comment ? J’aimerais bouder. M’asseoir, là, et puis croiser les bras comme une gamine de quatre ans. J’en ai marre ! Les Autres, ils vont m’écraser comme si j’étais une Demiguise. Sauf que je suis une humaine, moi, et puis que... que... je sais pas ! si, c’est pas juste. Est-ce parce que mes Perles sont profondes et étranges comme celles de la jolie Demiguise ? Sky a dit ça, l’autre fois. Mais mes Perles à moi, elles sont vertes, pas noires. Quoique leur vert foncé et fade tende de plus en plus vers un éclat charbon. *Je n’veux pas être ignorée comme une Demiguise !*, crié-je. Je foudroie l’Autre le plus proche du regard, mais il ne me voit même pas. Je les hais, tous autant qu’ils sont.

L’inattention prend le dessus, et soudain, un Autre me défonce violemment l’épaule. *Qu.............*. Mal ! J’ai mal ! Je suis envahie par la douleur, et l’Autre poursuit sa route comme si de rien n’était. Mon épaule meurtrie envoie des ondes brûlantes de douleur dans tout mon Être, et je laisse ma tête se renverser en arrière, lentement. Mal.

Mal.
Mal.
Mal.

J’ai mal. Et tous, ils s’en fichent. Je suis invisible, réellement invisible. *Disparaitre...*. Je peux disparaitre, personne ne s’en rendra compte.

« Thalia ? »

*Qu... Sky ?*. Non ! Je n’ai pas disparu, il me cherche encore. *Dommage... ?*. Tremblante sous le poids de la vision de son corps s’avançant lentement à travers la foule, je m’arrache soudainement à la masse bruyante pour foncer dans une boutique à la porte ouverte. *J’n’dois pas être vue*. Désolée, Sky.

Devant moi, des flacons, des ingrédients, des potions, s'étalent à perte de vue sur des étagères. *C’quoi c’t’endroit ?*. Sans doute ai-je du y aller l’année dernière, mais je ne sais plus. Ça doit être un magasin de potions. J’aime pas les potions. Enfin, je connais pas. Je sais pas si j’aime. Je pense pas.

Adossée à un mur sans étagère, tentant de me fondre dans le décor, j’aperçois soudain une Volute. Pas une volute, mais bien une Volute : de la fumée tremblante qui tourbillonne et tente de s’Échapper d’un lieu sans doute Interdit. *Sans doute Interdit !*, jubilé-je. Je vais donc aller voir, puisque c’est sans doute Interdit. Je suis envahie par la Tentation, ses tentacules m’arrachent à la réalité pour me plonger dans un drôle d’extase. Je vais aller voir.

*Trois*. La porte de cette sorte de Réserve me fait un peu peur. Elle est close, seule la Volute s’en est échappée. Plus aucune autre ne suit. *Deux*. Je m’approche lentement, jusqu'à être pile devant l'entrée. *Un*. Ma main est posée sur la poignée ; mes doigts s’enroulent autour de celle-ci. *Maint’nant !*, m'affolé-je.

Je presse de toutes mes forces sur la frêle poignée, et j’ouvre la porte sans toquer. *Qu’est c’que...*.

@Erin Grayce

[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]

Erin Grayce Volutes de Connaissance
Ce matin-là était drôlement calme sur le chemin de traverse après le week-end chargé qui avait vu un défilé de clients dans les boutiques. C'était reposant, au final, même si Erin appréciait de plus en plus son nouveau travail. Pas autant que celui de professeur mais elle aimait conseiller, orienter les personnes qui franchissait son seuil vers le meilleur choix possible et observer la vie qui défilait sous ses yeux, tout simplement. Ce calme était salutaire après les mois passés hors du pays à toujours être sur ses gardes, toujours redouter les moments de pause où elle craignait de perdre la trace. Tout ça, c'était du passé et même si elle y pensait encore souvent, les douleurs s'estompaient, petit à petit. Il lui faudrait du temps pour oublier et tourner la page mais elle savait qu'elle était sur la bonne voie.

Elle s'était d'ailleurs décidé à reprendre la création de potions, retrouvant à la fois l'envie et l'inspiration nécessaire. Et vu qu'il n'y avait personne, c'était l'idéal. Elle était donc fort occupée dans son arrière boutique, concentrée sur une mixture qui lui donnait du fil à retordre. Les volutes de fumée qui s'en échappaient n'étaient pas ce à quoi elle s'attendait mais ce n'était pas la première, ni sûrement la dernière fois, qu'elle essuyait un revers. Les années d'expérience lui avaient appris à ne pas s'énerver, à analyser méthodiquement les choses et là, quelque chose lui disait qu'elle n'avait pas ajouté les ailes de chauve-souris au bon moment. Tant pis et, après tout, de l'échec on apprenait aussi. D'un coup de baguette, elle fit disparaître son essai raté et nettoya le chaudron avant de le remplir à nouveau d'eau qu'elle mit à bouillir, profitant pour griffonner des notes sur son calepin afin d'améliorer le protocole.

Elle venait juste d'ajouter la poudre de crochets de serpent quand elle se sentit observée. Une sensation étrange et familière à la fois qui se mêlait à la surprise de ne pas avoir entendu la clochette de la porte d'entrée. Pourtant, devant elle, Erin avait une enfant d'un peu plus d'une dizaine d'années qui venait de pousser la porte de son espace privé. Elle était certainement seule, un adulte aurait agi différemment, et c'est ce qui poussa la jeune femme à adoucir son regard lorsqu'il se posa sur elle à nouveau.

"Bonjour."

Si elle était bien seule, elle n'était sûrement pas là pour acheter quoique ce soit. Surtout, si ça avait été le cas, elle aurait appuyé sur la sonnette du comptoir. Autant donc ne pas la brusquer pour comprendre de quoi il retournait. Et en attendant, Erin fit un nouveau geste de sa baguette pour éteindre le feu sous son chaudron cette fois-ci. Hors de question de poursuivre ses expérimentations pour l'heure.

Décédée

Erin Grayce Volutes de Connaissance
La porte s’ouvre et mes yeux s’écarquillent. Devant moi, la pièce est emplie de volutes de fumée, semblables à celle qui s’est échappée par l’entrebâillement. C’est une sorte de danse qui se déroule dans l’air, entre les différentes volutes ; ou peut-être un combat ? Cette pensée me donne envie de sourire, mais quelque chose me retient. Toutes les volutes ont le même cœur, la même origine : un chaudron. L’Origine de ces beautés. À côté du chaudron, un silhouette. Grande femme aux longs cheveux sombres, semblant étonnamment mystique au cœur de toute cette fumée. *Elle fait quoi ?* m’interrogé-je une demi-seconde. L’évidence est pourtant là : c’est une potion. Mais une potion pas comme celles que j’ai étudié au Château l’année passée : une Potion semblant vivante, plus naturelle. Peut-être en cours de création. Peut-être une expérience, une tentative de poser des mots sur des effets encore inconnus. Une Recherche. *C’est joli*.

« Bonjour. »

Toute envie de sourire s’efface.
La silhouette a parlé, et cela sonnait comme un reproche.
Le mot flotte encore de l’air et j’adresse un regard se voulant désolé à la silhouette.

Je dois parler mais je ne sais pas vraiment quoi dire ; je suis presque sûre, désormais, de ne pas avoir le droit d’être ici. Mais je ne regrette pas du tout. Jamais je n’avais approché une potion si belle, pas par son aspect mais par son aura : pas encore humanisée, par encore véritablement finie. Juste Inachevée. À l’école, je ne voyais pas du tout cette beauté dans les créations inintéressantes qu’on nous demandait de faire. Là, je tire un sourire navré et je bafouille en tentant d’avoir l’air assurée :

« Mh, bonjour. Désolée, euh, d’être entrée comme ça. » Pitoyable, ma voix est pitoyable. Je ne trouve même pas mes mots. « J’ai vu d’la fumée, et j’étais curieuse. »

Dehors, Shaina et Sky doivent encore être en train de me chercher. *C’n’est pas si important*, me dis-je, et je me concentre sur le chaudron. Entrouvrant la bouche, je me rends compte trop tard que je n’ai pas prévu ce que je voulais dire. « Je... C’est quoi comme potion ? » Du menton, je désigne le chaudron, comme si elle risquait de ne pas comprendre de quoi je parlais. Je suis toujours un peu énervée de ne pas avoir trouvé mes mots, mais la curiosité que cette Création génère en moi est bien plus importante.

Je retrouve mon amour de la Connaissance. Des milliers de questions se dessinent déjà dans mon esprit en surchauffe. Sous mes yeux se trouve un nouveau savoir à assimiler, et je compte bien en profiter.

[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]

Erin Grayce Volutes de Connaissance
Les secondes passèrent et personne ne fît irruption après l'enfant pour la récupérer comme tout parent aurait fait avec sa progéniture qui se faufilait là où elle n'en avait pas le droit. C'était donc bien la preuve que la fillette était seule. Ses excuses arrachèrent un sourire à Erin autant pour leur maladresse que pour la curiosité qui pointait derrière. Il n'y avait pas besoin d'être fine psychologue pour voir que le chaudron attirait toute son attention et, quelque part, la jeune femme se retrouvait en l'enfant. Elle aussi avait les yeux qui brillaient, plus jeune, quand elle découvrait de nouvelles potions et ce n'était rien par rapport à la première fois où elle avait réussi à créer quelque chose elle-même. Certes, rien de folichon - une blague qu'avait voulu faire Noah à un coéquipier et il lui avait demandé de faire une potion pour le rendre tout bleu - mais ça avait marqué ses premiers pas dans la création et elle s'en souvenait encore. 

"Je n'emploierais pas le terme potion pour le moment vu l'échec cuisant que j'ai obtenu mais un jour peut-être que ma mixture méritera ce titre." répondit-elle d'abord sans perdre de vue l'enfant et ses réactions.

Si elle était aussi curieuse qu'elle avait pu l'être en son temps, elle ne comptait pas lui livrer toutes les réponses sur un plateau. Créer une potion, ça nécessitait avant tout de penser par soi-même et non d'abord tout qui tombait tout cuit dans le bec. Et comme Erin avait du temps, ce jour-là, elle était prête à jouer le jeu. Pour un temps, du moins.

"Qu'en penses-tu ? A quoi pouvait bien être destiné mon mélange ?"

Elle avait déjà nettoyé sa précédente tentative mais la fumée pouvait orienter les réponses. Et puis, si la jeune fille était observatrice, elle avait dû la voir ajouter les crochets de serpent, ce qui serait son deuxième indice. Erin était, à son tour, curieuse de voir ce qui allait ressortir de tout ça et, qui sait, peut-être que ça lui permettrait aussi de faire le ménage dans ses idées pour trouver où elle avait raté son protocole. Il n'y avait rien de mieux que d'échanger des idées pour avancer et pour cela, peu importait l'âge de la personne en face. Qui sait même si ça ne lui donnerait pas des idées pour d'autres potions, après tout ?

Décédée