Du plomb dans les veines. OS

21 Septembre 2044.
Joyeux anniversaire Edwin.

Cette phrase est étalée sur la jolie carte envoyée par sa mère. Tellement moldue. Elle ne lui offre pas de cadeau parce qu'elle n'en a pas les moyens et qu'elle refuse d'utiliser l'argent que son père veut lui donner. Alors il n'y a rien de plus que cette carte, mais c'est déjà beaucoup pour lui. Son père lui a envoyé comme à son habitude de l'argent et une carte, mais elle est tellement froide, elle ne dégage aucune chaleur, alors il s'en fiche un peu. Ce ne sont que des phrases dites et redites qu'il a écrit. Il n'a jamais été fort avec les sentiments et il n'a simplement pas le temps de penser à tout ça, alors Edwin n'est pas fâché. Mais la carte de sa maman, c'est tout le contraire. Il y lit son cœur, et ça déchire le sien. Ce n'est pas la meilleure des mamans, mais c'est la sienne. Et même si elle ne sort pas souvent de son lit et qu'elle est souvent à côté de la plaque, ce n'est pas grave. Même si elle ne le voit plus, trop concentrée dans son malheur, il sait qu'elle l'aime et qu'elle donnerait tout ce qu'elle n'a pas pour lui. Et il l'aime très fort en échange, parce que c'est la seule chose qu'il peut faire. 

Il sait bien que ce n'est pas facile tous les jours pour elle, mais il ne peut s'empêcher de lui en vouloir un petit peu, de ne jamais être contre ses sorties nocturnes, ses balades dans les rues ou les cigarettes qu'il prenait. Il sait qu'elle ne veut pas se prendre la tête et qu'elle n'a simplement plus assez d'énergie pour s'énerver sur lui, mais il aimerait tellement retrouver sa maman d'avant. Qu'elle ai pensé à lui, ça lui fait plaisir parce qu'il sait que c'est pas facile pour elle de l'avoir envoyé à Poudlard. Il l'a déteste presque pour ça, il le ferait s'il ne savait pas à quel point ça lui fait du mal de ne pas l'avoir près d'elle. 

Il ne comprend pas pourquoi il est là. Il ne sait pas pourquoi quelqu'un a décidé qu'il était un sorcier : il ne veut pas en être un et ça ne lui fait pas plaisir d'être ici, c'est même tout l'inverse. Il avait beau se dire que cela passerait vite, il n'a même pas passé un mois et il n'en peut déjà plus. Tout est étrange ici, les gens, les cours, la vie. Tout est cette étrangeté qu'il ne comprend pas et qu'il n'arrive pas à digérer. Il repense à sa vie avant tout ça et il ne peut que la regretter. Il n'est pas comme les gens qui semblent si heureux d'être là. Pour lui c'est une torture. C'est comme avaler des aiguilles à chaque repas tellement il a mal au ventre. Il a l'impression d'être enfermé dans un cauchemars, d'avoir du plomb dans les veines, qui le faisait devenir si lourd que son matelas se mettait à l'avaler chaque matin et à le garder prisonnier. La boule de métal au fond de son ventre remplie de pensée noires. Juste à l'idée d'aller en cours, d'apprendre des choses qui ne lui serviraient jamais et de ne pas réussir ce que tout le monde réussissait si rapidement. Il avait presque peur de se lever le matin, il n'y arrivait juste plus sans beaucoup de mal. 

Il n'y avait pas de guide pour les gens qui n'avaient aucun avenir dans le monde sorcier. Il ne faisait pas confiance à sa baguette et encore moins à la supposée magie qu'il était censé avoir mais qu'il ne sentait pas. Pour lui, le fait de sentir sa magie ou d'avoir l'impression que sa baguette était un morceau de son corps et de son âme, c'était des conneries. Il ne ressentait rien, rien du tout et cela le déprimait aussi un peu. Qu'importe combien de fois il se répétait que ce n'était pas grave de n'arriver à rien parce que le monde des sorciers était une telle bêtise, il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir mal quand il était le seul à ne pas réussir à jeter un pauvre sort. Certains disaient même que les sorts étaient du niveau d'enfants plus jeunes. C'étaient tous des abrutis. Et ici, quand il se battait, il avait l'impression qu'on lui rappelait indéfiniment qu'il ne serait jamais assez bon pour ce monde. 

Il n'arrivait à vivre dans ce monde où il n'avait pas d'avenir. 

C'était pas sa maison, il ne s'y sentait pas bien, il ne voulait pas y rester et il avait plus envie de se jeter à l'eau pour fuir alors qu'il ne savait pas nager que de rester ici et de devoir se lever tous les mâtins pour vivre une journée d'enfer de plus. Pourtant il avait tout pour être heureux ici, c'était tellement plus coquet que sa maison, plus confortable. Les matelas lui paraissaient dur comme le béton, la nourriture pourrissait dans son assiette et le ciel n'avait même plus cette fantastique chose qui faisait qu'il avait envie de se glisser dans les nuages pour les câliner et se sentir si bien qu'il aurait pu en mourir d'extase. Non, à Poudlard, le ciel paraissait mort. Tout était mort à ses yeux. Ce n'était pas beau et il se sentait comme un intrus ici. 

Il n'était pas un sorcier, c'était pas son monde et ça le serait jamais. 

Il voulait retourner à Londres, là où les rues n'avaient aucun secret pour lui. Là où il pouvait sortir par sa fenêtre pour aller traîner avec son groupe à rire des pigeons qui se prenaient les fenêtres et des vieux qui observaient aux fenêtres. Il voulait retourner chez lui, où il aurait fêté son anniversaire avec un gâteau dur chez sa mère et un trop gros gâteau chez son père.  Même les week-end chez son père à devoir jouer le bourgeois lui manquait. Il aurait préféré s'enfermer dans une boite pour le restant de ses jours plutôt que d'aller à Poudlard. Même s'il était libre, il avait l'impression de ne jamais avoir été plus enfermé de toute sa vie, comme un moineau dans une cage. Un petite moineau qui ne pouvait plus s'envoler.

Et la boule de plomb grandissait en lui et bouffait de plus en plus son envie et son énergie. 

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)