PV Le Prisonnier de Kardzali

La porte grinça. La salle réservée à l'Étude des Moldus était assez spacieuse pour y entreposer deux Magicobus sur la longueur et un sur la largeur. Son sol était recouvert d'un vieux plancher rongé aux mites qu'il était presque difficile de distinguer parmi les montagnes d'objets Moldus - ou prétendus Moldus - qui occupaient pratiquement quatre vingt dix pour cent de l'espace. D'épais rideaux de velours, hauts de plus de quatre mètres, empêchaient la lumière du jour de pénétrer l'obscurité pesante qui régnait à l'intérieur. Il suffisait néanmoins de lever la tête pour s'apercevoir que la salle n'était pas si dénuée d'intérêts qu'elle n'y paraissait au premier abord. Un magnifique plafond dorée illustrait d'une fort belle manière l’œuvre de Daisy Dodderidge qui fit ériger, au cours de l'année 1497, le Chaudron Baveur pour servir de pont entre le Monde Moldu et le Chemin de Traverse. La fresque animée montrait d'abord le pub se construire pierre après pierre avant de plonger à l'intérieur et d'offrir la décoration du pub telle qu'elle était encore d'actualité aujourd'hui - à quelques détails près. S'en suivait un point de vue différent, situé quelque part derrière le pub, d'une petite cour où un muret de briques s'ouvrait pour laisser passer des groupes entiers de sorcières et de sorciers vers le Chemin de Traverse.

Le nouveau professeur - dont personne ne connaissait encore la matière de prédilection - laissa la porte grande ouverte derrière lui et s'avança prudemment parmi les piles d'objets. Ses yeux noisettes allaient et venaient de gauche à droite, tentant de percer l'obscurité sans grand succès. Après une bonne dizaine de pas, Arseni se figea, décidé à ne pas faire un pas de plus sans lumière. Il dégaina sa baguette avec légèreté et la dirigea vers les rideaux. Ceux-ci coulissèrent brusquement sur leurs poutres de métal pour laisser une vive lumière blanche se déverser dans la salle. Arseni se protégea les yeux et, après s'être habitué au contact de la lumière du jour, continua son bonhomme de chemin en veillant à ne renverser aucun objet, quitte à parfois marcher comme un crabe. En passant devant un miroir - tout ce qu'il y avait de plus conventionnel, y compris les fissures rouillées - le professeur s'arrêta en y remarquant un étrange scintillement. Outre son long manteau couleur terre, la multitude d'accessoires qui pendaient à son cou et à ses poignets, ses deux chemises enfilées l'une sur l'autre - l'une à col roulé l'autre à décolleté en v - rien n'aurait pu paraître plus étrange à ses yeux que ce scintillement lointain, presque blanc.

Se tournant dans la direction présumée du scintillement, le bulgare fronça sensiblement les sourcils en ne le voyant plus étinceler devant ses yeux. Dans le doute, il regarda de nouveau dans le miroir, puis de nouveau la réalité, répéta l'opération une dizaine de fois en multipliant les angles de vue pour finalement arriver à la conclusion que le scintillement n'existait que dans le miroir. Si la salle se disait d'Étude des Moldus, Arseni était pourtant persuadé que l'objet qui lui faisait face n'avait rien de confection Moldu. Précautionneusement, il tourna autour de lui pour l'analyser, évita de le toucher, mais se pencha assez près pour en étudier les moindres porosités. Sa conviction se renforça lorsqu'en voulant se redresser trop brusquement, sa baguette magique manqua de toucher le miroir si ce dernier ne l'avait pas violemment repoussée dans un vent d'étincelles mauves.


« Cet oubjet est dangerreux.. il faut trrover un moyen de le... »

La longue chevelure du bulgare frémit. Il tourna les yeux vers l'entrée et vit qu'une silhouette féminine l'observait.

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"Ah nan, c'est pas possible, pas aujourd'hui !"

Le cri du cœur ! Erin grommelait toute seule dans son bureau. Un drame venait de se produire, en plein milieu de la correction de ses copies de première année : son tourne-disque venait de rendre l'âme ! Privée de sa musique, la jeune femme voyait avec effroi et désespoir la pile de parchemins restant et ne s'en sentait vraiment pas le courage. Et à sa décharge, il valait mieux qu'elle s'arrête là, pour le bien de ses élèves : la musique adoucit les mœurs, c'est connu - et sans ça, ce serait rapidement le défilé des Trolls et Désolants. Bon, mais quel était le problème exactement ? Un rapide coup d’œil suffit pour en informer la jeune femme : la tête de lecture était foutue. Et pour en trouver une autre, ç'allait être toute une épopée, à moins que Neil accepte d'aller voir un antiquaire. Pas gagné tout ça et quoiqu'il en soit, ça prendrait des jours. Pas sûr que les élèves soient patients à ce point-là pour récupérer leurs devoirs.

La professeur de potions faisait donc les cent pas dans son bureau, pestant contre son impuissance, ne voulant surtout pas faire appel à la magie au risque de détériorer le précieux son de sa musique - ah ça oui, il fallait pas toucher aux grésillements qui accompagnaient ses disques, ce serait un sacrilège ! Et puis, soudain, une idée lumineuse : dans le bric-à-brac de l'ancien professeur d'études des moldus, il y aurait peut être LA pièce de rechange dont elle avait besoin. Le bureau était à l'abandon alors personne n'y verrait rien à redire si elle empruntait ce dont elle avait besoin - au moins le temps de s'approvisionner à l'extérieur du château. Oui, entre ça et l'attente interminable qu'elle prévoyait, c'était tout vu. Elle se mit donc aussitôt en route, d'un pas bien décidé.

Mais arrivée à destination, quelle ne fût pas sa surprise de trouver une porte ouverte, une lumière vive et un occupant dans le bureau normalement inoccupé. Qui pouvait bien être cette inconnue à la longue chevelure et en long manteau - par ce temps qui plus est, elle devait cuire là dessous ? La professeur de potions resta donc figée à l'entrée, de plus en plus étonnée à mesure que les secondes passaient. Elle assistait là à un étrange manège. Qu'est ce qui pouvait tant intriguée cette femme devant ce miroir ? Était-elle en extase devant son reflet, qu'Erin ne voyait pas de son point d'observation ? La situation dépassait l'entendement. Même en plissant les yeux pour mieux voir, la professeur de potions ne comprenait pas un tel intérêt - ce n'était là qu'un simple miroir. Et puis, vint le moment où l'inconnue fit le tour de l'objet de sa fascination : Erin en resta muette de stupeur : ce n'était pas une femme, comme elle l'avait cru aux premiers abords mais un homme, habillé à la manière slave. La voix qui se répercuta alors sur la pierre confirma les impressions de la jeune femme : un homme, et pas un anglais. Voilà qui était fort intéressant.

Tout occupée à son observation, Erin sentit alors deux yeux glisser sur elle : l'inconnu s'était enfin rendu compte de sa présence. Elle fit alors un pas dans le bureau et se présenta, simplement :


"Professeur Grayce, à qui ai-je l'honneur ?"

Décédée

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Arseni se tourna complètement pour mieux distinguer les traits de l'inconnue qui se tenait dans l'entrée du bureau. Comme pour l'aider à y voir encore plus clair, celle-ci fit un pas en avant. Arseni remarqua qu'elle arborait un regard insondable sous des cheveux châtains, et que son visage fin lui rappelait vaguement quelque chose.

– Professeur Grayce, à qui ai-je l'honneur ? S'exclama la jeune femme.

Professeur Grayce.. ce nom faisait vaguement écho à un évènement dans son esprit, mais Arseni n'arrivait pas à mettre la main dessus. Intrigué, il avança parmi les montagnes d'objets Moldus en plissant sensiblement les yeux. A mesure qu'il s'approchait de sa prétendue collègue, Arseni voyait une multitude d'images se succéder dans son esprit. Son arrivée à Poudlard.. son passage entre les tables de Poufsouffle et de Serdaigle.. le grabuge à la table des professeurs.. cette femme aux cheveux roux.. cette autre femme aux cheveux châtains.. le professeur de Potions !

Arseni s'arrêta à quatre ou cinq pas de la Maîtresse des Potions et inclina le buste.

– Arseni Stoyanov, nous sommes rrencontrrés hierr matin à la table des prroufesseurrs. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

Un bruit métallique le fit brusquement tourner les talons. Il plissa un peu plus les yeux pour tenter d'en trouver la provenance quand un vacarme assourdissant s'éveilla depuis les profondeurs de la pièce. Arseni se boucha les oreilles et serra les dents, distinguant vaguement deux piles d'objets s'écraser par terre à l'endroit même où il s'était tenu quelques instants plus tôt. Insensé. Il était pourtant persuadé de n'avoir touché à rien si ce n'était l'étrange miroir qui renvoyait un faux reflet de la salle. Il lui semblait aussi que le miroir n'était en contact avec aucun objet.. étrange.

Les sourcils légèrement froncés, Arseni essaya de comprendre ce qui avait bien pu entraîner cette chute étourdissante alors que personne ne se trouvait à cet endroit précis depuis quelques secondes. Mais aucune réponse viable ne lui vint à l'esprit.

– Excusez, dit-il en se débouchant les oreilles, je ne sais pas ce qu'il s'est passé.. il y a tellement objets dans cet endrroit.. c'est insensé.

Arseni invita sa collègue à le suivre tandis qu'il revenait lentement sur ses pas, décidé à comprendre le pourquoi et le comment de cette étrange affaire.

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L'inconnu - qui finalement n'en était pas vraiment un - faisait maintenant face à la professeur de potions. Toute à sa gueule de bois de la veille et à échauffourée avec l'elfe révolté dans la Grange Salle, elle n'avait alors pas réellement prêté attention à son nouveau collègue et voilà qu'elle l'avait de nouveau face à elle. Ainsi, la direction s'était décidée à recruter un remplaçant pour l'étude des moldus. Une bonne chose, à n'en pas douter. Elle se souvenait à présent de l'étrange atmosphère de mystère qui l'avait entouré - sensation qu'elle ressentait encore et qui aiguisait sa curiosité. Elle le regarda s'incliner devant elle, à la manière d'un gentleman hors du temps alors qu'il se présentait, enfin... Arseni Stoyanov... Son nom chantait presqu'autant que son accent. L'espace d'un instant, Erin se demanda quelle impression elle avait bien pu donner d'elle-même la veille. Il faut dire qu'elle n'avait pas dû réussir aussi bien sa potion que d'habitude - ou alors, était-ce dû au manque de fraîcheur des ingrédients ? - toujours est-il que son mal de tête était bien vite passé mais qu'elle avait gardé l'esprit embrumé une bonne partie de la journée. Autant dire qu'elle n'avait pas dû briller par ses réparties.

"Pardonnez mon intrusion, je ne pensais pas rencontrer quelqu'un ici. Il y a tellement longtemps que ce bureau est inoccupé."

A peine si elle se souvenait de l'ancien habitant des lieux. Il faut dire qu'elle n'avait pas suivi ses cours du temps où elle était elle-même élève et qu'il était parti bien avant qu'elle ne revienne en temps que professeur. La matière n'avait pas vraiment la belle vie chez les sorciers, ce qui expliquait sûrement la difficulté qu'avait eu le directeur pour trouver un remplaçant. Et de toute évidence, il l'avait fait venir de loin.

"Peut être pourrez-vous m'aider ? Je cherche une tête de lecture pour mon vieux tourne-disque. J'y tiens particulièrement, surtout en raison du son si unique qu'il donne à la musique - je ne voudrais donc pas l'altérer par la magie."

Deux piles d'objets s'affalèrent alors sur le sol mais la jeune femme n'y prêta guère attention. Elle avait l'habitude du désordre - il fallait bien le reconnaître - alors un peu plus ou un peu moins. Elle ne comptait d'ailleurs plus le nombre de fois où ses fioles avaient failli se répandre sur la pierre des cachots. Enfin, ça, c'était avant qu'elle trouve LE sortilège pour tout maintenir en place, certes de façon scabreuse mais au moins, elle était à l'abri des incidents de ce genre. Par contre, son collègue semblait perturbé : il est vrai que certains objets s'étaient brisés dans la chute mais rien d'irrémédiable. Étrange, vraiment étrange... et oh combien difficile à cerner ! Voilà qui promettait de très intéressantes conversations pour tenter de comprendre le personnage. Erin se laissa donc guider en silence à l'intérieur du bureau, cherchant du regard l'objet de sa convoitise. Restait juste à espérer que le nouveau professeur ne lui demanderait pas son aide pour ranger - auquel cas, il risquait rapidement d'être déçu.

"J'espère ne pas vous déranger. Vous devez avoir bon nombre de choses à faire pour prendre vos marques. Le château vous plait-il ?"

Décédée

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Arseni s'avançait lentement parmi les piles d'objets Moldus, l'écho de ses pas couvrant presque la voix du professeur Grayce quand elle lui demanda si le château lui plaisait. Question difficile, jugea-t-il en contournant un montons de vieux instruments de musique. Poudlard était une école particulière qui ne manquait pas de secrets et de spécificités. Arseni ne savait pas encore s'il aimait ce château, mais sa première impression était plutôt bonne. Cela lui suffisait pour le moment à se sentir à son aise.

– Pourr l'instant, je peux dirre oui même si je ne connais encourre pas grrand chose à cet endrroit, répondit-il finalement avec sérieux. Et vous ne me dérrangez pas, ne vous inquiétez pas.

Il s'arrêta enfin trois piles avant celles qui s'étaient renversées et tapota un klaxon rongé par la rouille avec l'extrémité de sa baguette magique. Ce mouvement eut pour effet de faire s'écrouler la pile par l'arrière et de dégager tous les objets qui pouvaient se trouver autour du klaxon. Arseni mit ainsi bien en évidence un vieux tourne-disque dont il avait repéré les rebords à son premier passage dans cette allée.

– Il se peut que vous trrouviez votrre bounheurr ici, déclara-t-il sans émotions, le regard très vite attiré par la traînée d'objets étalée quelques mètres plus loin.

Le miroir n'avait pas bougé d'un poil. Il se tenait toujours debout sur ses quatre pieds, au beau milieu d'un muret d'objets, comme si aucun d'eux n'avait été capable de le renverser. Ce qui était physiquement impossible... physiquement seulement.

Arseni leva sa baguette et lui imprégna un petit coup de poignet qui fit s'écarter la matière tout autour du miroir. Il marqua ensuite un pas de côté et jeta un coup d’œil à l'autre monceau qui s'était visiblement effondré sous le poids du premier...

Quand divers évènements s'enchainèrent en l'espace de quelques secondes... trop vite pour Arseni... une lumière scintilla d'abord dans le reflet du miroir puis une énorme boule de feu en jaillit avec la claire intention d'atteindre les deux professeurs. Les mains guidées par un instinct défensif, Arseni attrapa le professeur de potions par la ceinture et le tira violemment derrière lui tandis que jaillissait de sa baguette un gigantesque mur de fumée verdâtre, sculpté comme la tête d'un serpent, qui happa littéralement le maléfice avant d'exploser en une myriade d'étincelles verdâtres dans un horrible sifflement. La manche droite de son manteau s'enflamma ensuite au contact d'une étincelle, le tissu fondant à une vitesse vertigineuse.

Arseni relâcha précipitamment son emprise sur le professeur de potions et jeta son manteau à terre. Une seconde lueur illumina le reflet du miroir, mais cette fois-ci le professeur d'Étude des Moldus l'anticipa à temps et fit exploser l'objet en projetant un jet rougeâtre en son centre.

Le cœur battant à tout rompre, il lui fallut quelques secondes pour se tourner vers son homologue et s'assurer que tout allait bien quand son regard se figea d'horreur sur son bras droit. La manche de sa chemise avait partiellement brûlée et révélait au milieu d'énormes trous aux bords brunis toute une série de symboles géométriques, de ronces et de fleurs, tatoués à même sa peau autour d'une ligne de chiffres.

3-3-458-15-1

Son premier réflexe fut d'y apposer la main, mais il était trop tard. Il le savait.. elle avait tout vu.

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N'était-ce pas le lot de tous les occupants du château que d'en connaître qu'une infime partie ? Erin estimait ne même pas connaître la moitié des secrets de Poudlard et Merlin sait qu'elle avait parcouru les couloirs étant jeune pour en découvrir le maximum. Chaque jour recelait de nouvelles surprises et c'était d'ailleurs une des choses que la jeune femme appréciait dans sa nouvelle vie. Car après tout, quoi de plus rébarbatif que le trin-trin quotidien ? Du coup, la jeune femme était servie - pas de quoi s'ennuyer dans l'école. Une semaine plus tôt, elle avait même découvert une fontaine de chocolat avec son amie Kath', tout était donc possible.

"Même après avoir fait mes études ici, je ne connais pas grand chose au château. Nous en sommes tous là mais n'est-ce pas justement un des charmes de Poudlard ?"

Une nouvelle pile d'objets choisit ce moment pour s’étaler sur le sol. Décidément, tout le bureau était bancal et la jeune femme finit par y prêter attention. Tout ce bric-à-brac était une vraie mine qui aurait fait le bonheur de son père. Lui qui passait son temps à chiner à droite, à gauche pour sa boutique aurait trouvé tout ce qu'il souhaitait rien qu'en venant ici. Oui, mais où aurait été le plaisir - lui aurait-il dit ? C'était comme si la jeune femme l'entendait tellement elle était certaine de sa réaction. Il avait d'ailleurs refusé qu'elle l'aide grâce à la magie, préférant arpenter les routes toute l'année à la recherche de la perle rare. Et bien, l'endroit la rendait drôlement nostalgique... Elle se laissa donc guider sans plus un mot par son collègue pour atterrir devant un tourne-disque en piteux état. Enfin, une fois la poussière enlevée, il cacherait peut être un réel trésor.

Erin était donc tout à l'inspection du vieil objet, prenant soin de ne pas l'abîmer plus qu'il ne l'était quand elle se sentit tirée par la ceinture. A peine avait-elle compris qu'il s'agissait d'Arseni que la jeune femme se retrouva derrière lui et vit apparaître un écran de fumée verdâtre. Il absorba une gigantesque boule de feu alors que la jeune femme se saisissait de sa baguette. Elle était maintenant à l'affût du moindre bruit, du moindre mouvement et cherchait la source de leurs ennuis. Plus tard, elle réfléchirait à la tête de serpent qu'elle était certaine d'avoir vu - tout autant qu'elle était certaine que cela venait du professeur Stoyanov. Pour l'heure, elle ne pouvait que constater que le danger venait du fameux miroir que son collègue avait si longuement observé un peu plus tôt.

Un instant distraite lorsqu'elle vit des flammes non loin d'elle, Erin comprit trop tard que le miroir n'en resterait pas là. Une fois encore, son collègue les sauva en réagissant plus vite que la menace. Et bien, pour une ex auror, elle n'avait pas de quoi être fière d'elle. Son mentor ne lui avait pourtant pas dit, copiant les mots du célèbre Alastor Maugrey, qu'il fallait toujours être vigilent ? Et voilà que sous prétexte qu'elle se sentait en sécurité dans le château, elle avait laissé tomber les consignes les plus élémentaires ! Elle se serait giflée si elle n'avait pas été inquiète pour le professeur d'étude des moldus. Elle se tourna donc vers lui, juste à temps pour apercevoir ce qu'il tentait de lui cacher. Ces numéros lui semblaient familiers... ça ressemblait étrangement à un matricule de prisonnier. Et plus encore que cela, la réaction de son collègue l'intriguait.


"Vous n'êtes pas brûlé, ni blessé ?"

Sa voix dénotait une réelle inquiétude mais aussi un léger soupçon de méfiance. Elle ne se ferait pas prendre deux fois dans la même soirée à un défaut de vigilance. A présent, ce n'était plus par simple curiosité qu'elle voulait en apprendre plus sur le nouvel arrivant, non, ça lui semblait vital. Tous ses sens en alerte, elle jeta un œil sur le miroir qui gisait en piètre état à l'autre bout de la pièce... pour commencer, il semblait être un sorcier puissant. Rapide aussi au vu des évènements et sûrement entraîné au combat. Que pouvait-il bien cacher ? Et comment en savoir plus sans le brusquer ? Ne quittant pas des yeux le bras de son collègue, elle opta pour une toute autre question - pour le déstabiliser, pour ne pas le mettre mal à l'aise, elle seule le sait :

"Et bien, je ne m'attendais pas à subir une attaque en bonne et due forme. Merci de m'avoir sauvée mais excusez ma curiosité, comprenez-vous ce qui s'est passé ?"

Décédée

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– Vous n'êtes pas brûlé, ni blessé ? Lui demanda Grayce avec une pointe d'inquiétude dans la voix et quelque chose dans le regard qu'Arseni n'essaya même pas de déchiffrer tant il était ébranlé.

Il se frotta inconsciemment le bras et secoua sa tête de gauche à droite. Non. Il n'avait rien. Par il ne savait quel miracle, la boule de feu ne l'avait pas réellement touché. C'était comme si sa baguette avait agis d'elle-même, puisant dans son passé pour trouver le contre-sort qui viendrait à bout du danger.

Arseni sentit un frisson glacé lui remonter le dos en réalisant que sa collègue avait sans doute vu la tête de serpent, en plus de son tatouage... un vent de panique lui noua l'estomac. Très vite, il se sentit nauséeux, fatigué, comme si quelque chose lui remuait le ventre et lui aspirait toute ses forces. Contraint de s'asseoir en urgence sur un four, à côté du vieux tourne-disque qu'il avait désigné à la maîtresse des potions quelques instants plus tôt, il tenta de calmer les battements de son cœur et d'essuyer, d'une main fébrile, les perles de sueur qui s'étaient formées sur ses tempes.

– Et bien, je ne m'attendais pas à subir une attaque en bonne et due forme, ajouta Grayce, que les évènements ne semblaient pas affecter outre mesure. Merci de m'avoir sauvée mais excusez ma curiosité, comprenez-vous ce qui s'est passé ?

Agitant nerveusement sa baguette, Arseni fit apparaître un manteau qu'il s'empressa de revêtir tout en essayant de rassembler ses pensées. Le miroir lui avait renvoyé un faux reflet... Arseni y avait vu un scintillement... puis une boule de feu en était sortie. Les faits étaient incompréhensibles. Néanmoins, à mesure qu'il reprenait possession de ses moyens, Arseni commença à s'interroger. Le miroir était peut-être une porte qui menait à une autre salle ? une porte qui tenait rôle de gardien ? Ou peut-être que quelqu'un de mal attentionné avait ensorcelé l'objet pour qu'il attaque les personnes qui entreraient dans cette salle ? forcément des personnes qui éprouvaient de la sympathie pour les Moldus.

– Tout ce que je sais, c'est que ce n'était pas de confection Mouldue, répondit Arseni en tournant ses yeux vers les miettes de bois et de verre étalées sur le sol.

Sentant que sa tête avait cessé de lui tourner, il se leva lentement, jeta un coup d’œil vers Grayce en se demandant si elle avait réellement eu le temps de voir les détails de son tatouage, et marcha vers les restes du miroir, sa baguette le long du corps, prête à servir.

– Je ne m'y counnais pas assez en magie noirre, mais peut-êtrre que vos oui ?

Il hésita mais finalement se pencha pour saisir un éclat de miroir qui renvoyait un étrange reflet inversé de la salle et s'en retourna pour le remettre en main propre à sa collègue.

Il devait par tous les moyens éviter qu'elle ne s'intéresse à son avant-bras.

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Erin ne quittait plus son collègue des yeux. Au risque de paraître impolie, elle tenait à se faire une première opinion par un examen approfondi comme elle en avait eu l'habitude lors d'interrogatoires. Elle savait son regard perçant et même parfois déstabilisant mais peu lui importait, sa sécurité - et même peut être celle des élèves - était en jeu. Elle sentait au plus profond d'elle même que son collègue lui cachait quelque chose mais ce n'était pas là une raison suffisante pour douter de lui. Elle-même était loin d'étaler son passé sur la place publique - bien au contraire - alors comment le reprocher à quelqu'un d'autre ? Il fallait donc qu'elle manœuvre avec habileté pour obtenir les réponses qu'elle souhaitait, tout en préservant les futures relations avec le nouveau professeur, s'il s'avérait n'être qu'une innocente victime. Quelque chose dans son regard, le malaise qu'il semblait éprouver, sa faiblesse lorsqu'il avait dû s'asseoir, rassuraient un peu la jeune femme. Mais pas assez pour qu'elle ne baisse totalement sa garde - il pouvait être bon acteur !

"Vous ne me semblez vraiment pas en grande forme. Êtes-vous sûr que vous n'êtes pas brûlé ? Laissez-moi voir votre bras... je ne suis peut être pas infirmière mais l'art des potions est souvent bien utile dans un cas comme celui-ci."

Les paroles étaient dites sur un ton amical mais Erin n'en cherchait pas moins à jauger la réaction de son interlocuteur. A la vitesse où il avait fait apparaître un nouveau manteau, il était clair qu'il voulait garder son tatouage secret mais ce n'était pas du goût de la jeune femme. Aussi, autant pour être honnête avec lui que pour le mettre au pied du mur, elle enchaîna après quelques petites secondes de silence :

"J'ai eu suffisamment de temps pour voir votre tatouage et j'ai une bonne mémoire visuelle. Autant prendre soin de votre bras plutôt que de cacher ce qui n'est plus à cacher."

Mais déjà, le mystérieux bulgare s'était relevé et marchait vers un fragment de miroir. Il semblait sincère en disant qu'il ne savait pas ce qui s'était passé. Que le miroir ne soit pas moldu, ça, il ne fallait pas être un expert pour le savoir. Des boules de feu jaillissant de nulle part, c'était forcément la marque de la magie - un tel piège ne pouvait être que l’œuvre de quelqu'un de mal intentionné mais dans quel but ? Tuer l'ancien professeur d'étude des moldus ? Hmm, le vieux fou n'était pas bien dangereux et de toute façon, il était parti depuis trop longtemps pour qu'un tel piège lui soit destiné. Quelqu'un était-il au courant de l'arrivée du bulgare à Poudlard ? Mais dans ce cas, qui ?

– Je ne m'y counnais pas assez en magie noirre, mais peut-êtrre que vos oui ?

La jeune femme se tendit, imperceptiblement. Le temps qu'elle n'en savait pas plus sur son interlocuteur, elle ne tenait pas vraiment qu'il sache à qui il avait à faire... Elle n'était donc rien qu'une potioniste inoffensive - enfin, autant que quelqu'un maîtrisant l'art des potions puisse l'être. Il approcha, un morceau de miroir dans la main, et voulut lui remettre mais elle détourna volontairement les yeux de l'objet, ne préférant pas se laisser tenter par une étude approfondie. Avec un peu de chance, elle aurait le temps de voir tout ça plus tard, au calme. Là n'était ni le lieu, ni le moment.

"Ce n'est malheureusement pas ma spécialité."

Elle fouilla un moment sa poche, laissant entendre des cliquettements de verre s'entrechoquant, et finit par sortir une petite fiole d'une potion marron pâteuse. En souriant, elle plongea ses yeux dans ceux de son collègue et d'une voix maternelle, lui dit alors :

"On s'occupe de votre bras ?"

Un mystère après l'autre... celui du professeur Stoyanov d'abord, celui du miroir ensuite...

Décédée

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Le bras droit tendu vers Erin, Arseni fronça les sourcils lorsque sa collègue détourna le regard. C’était comme si le bout de miroir la répugnait. Étonné, Arseni ramena son bras contre son corps.

– Ce n’est malheureusement pas ma spécialité, déclara Erin.

Arseni n’aurait su dire s’il s’agissait d’une pointe de dédain ou de toute autre chose qui perçait dans la voix de son homologue ; quoi qu’il en soit le miroir ne l’intéressait pas le moins du monde. Arseni se demanda si c’était bien normal de ne pas s’intéresser à quelque chose qui venait tout juste d’attenter à sa vie, et en vint à la conclusion que sous le choc, la fuite était le meilleur remède. Néanmoins, quelque chose dans l’attitude d’Erin laissait penser qu’elle n’était pas en état de choc. Arseni ne remarqua d’ailleurs aucun tremblement nerveux tandis qu’elle fouillait dans sa poche. Elle en sortit une fiole contenant quelque chose de marron.

– On s’occupe de votre bras ?

Son rythme cardiaque s’emballa de nouveau, cette fois-ci sous le joug de la colère. Arseni était en colère contre lui-même. Jamais Erin n’aurait du voir la marque sur son bras, pourtant il n’y avait aucun doute, non seulement elle l’avait vue mais l’avait également mémorisée à l’écouter.

Dans un excès de colère, Arseni laissa le bout de miroir se briser sur le sol, fit un pas vers Erin, la saisit par l’avant-bras et braqua son regard droit dans le sien.

– Vous n’avez rrien vu, c’est comprris, rrien ! Lui répéta-t-il avec vigueur avant de relâcher son avant-bras. Oubliez tout… cela vaut mieux pourr votrre prrouprre sécurrité.

Arseni recula et jeta un coup d’œil par terre en se pinçant la lèvre. Erin en avait déjà beaucoup trop vu, mais il espérait sans doute par dépit qu’elle serait assez intelligente pour effacer l’image de la marque de son esprit. Auquel cas elle pourrait aller au devant de grands ennuis, et cela Arseni voulait à tout prix l’éviter. Il ne voulait pas tenir une nouvelle vie en tenaille.

– Bonne jourrnée prroufesseurr Grrayce, trancha-t-il en tournant sur ses talons.

Sans rien ajouter, il quitta la pièce en laissant la porte grande ouverte sur le désastre qui venait de s’y jouer.

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Erin avait donc mis le doigt sur quelque chose qui embêtait tout particulièrement son nouveau collègue. Bien sûr, à ses réactions précédentes, elle s'était doutée du résultat et ce n'était pas tout à fait innocent si elle avait lourdement insisté pour le soigner. Elle ferma un léger instant les yeux afin de graver dans sa mémoire le tatouage qu'elle avait aperçu. il était certainement la clé pour en savoir un peu plus et il était hors de question qu'elle passe à côté. Au moment où elle rouvrit les yeux, elle constata qu'Arseni s'était approché d'elle. Le regard noir de colère, il s'empara de son avant-bras, avec force :

- Oubliez tout… cela vaut mieux pourr votrre prrouprre sécurrité.

La jeune femme afficha un sourire narquois. Pour sa sécurité hein ? Il y avait fort longtemps qu'elle ne s'en souciait plus. De toute façon, elle avait toujours eu pour défaut sa grande curiosité - ce n'était pas maintenant qu'elle allait passer outre un mystère. Bien au contraire, elle ressentait le petit picotement familier propre aux enquêtes qu'elle avait mené. Non, elle n'abandonnerait pas de sitôt ! Aussi, lorsque son étrange collègue lâcha enfin son bras et qu'elle sentit de nouveau le sang affluer jusqu'au bout de ses doigts, elle ne cilla pas. Elle aura sûrement un bel hématome mais rien de ses pensées ne transparaissait sur son visage. Un air neutre, légèrement froid, voilà ce que le professeur bulgare aurait pu voir s'il n'avait pas les yeux plongés vers le sol.

La scène semblait figée pendant de longues secondes. Erin se demandait encore comment réagir quand le professeur Stoyanov tourna les talons, lui souhaita une bonne journée et fila, sans demander son reste, dans le couloir. Quelle étrange situation et quel étrange personnage. Elle ne pouvait pas décemment restée ainsi - au moins fallait-elle qu'elle préserve le peu de relations qui pourraient rester entre eux, au cas où tout ceci ne serait qu'un terrible malentendu. Sans compter que les réactions du bulgare laissaient plutôt penser qu'il subissait tout ça plutôt qu'en être l'auteur. Alors que sa silhouette disparaissait par l’entrebâillement de la porte, la jeune femme dit alors, calmement :


"Je regrette de vous avoir mis mal à l'aise, Professeur. Je souhaitais simplement vous apporter mon aide, aussi présomptueux que cela puisse paraître. Je vous souhaite une bonne journée à vous aussi !"

Difficile de savoir s'il avait entendu quoique ce soit mais tant pis, Erin avait fait ce qu'elle jugeait bon. Elle ramassa alors un morceau de miroir brisé, prenant garde à le saisir avec sa manche et non pas en contact direct. Elle le regarda un petit moment et le fourra dans sa poche. Elle s'empara ensuite de la tête de lecture qu'elle avait venu chercher et fila à son tour, en direction de son bureau.

Reducio
Enfin répondu, désolée pour le retard. Et non, la menace de me supprimer les brownies n'y est pour rien dans ma motivation du jour :P

Décédée