Murmures
J’étouffe.
Littéralement, j’étouffe. Mes larmes sont si nombreuses que je ne peux plus respirer. Chaque inspiration est un défi contre mes pleurs, un grand bruit qui appelle à l’aide et me fait mal. Des sanglots se bloquent dans ma gorge, secouant mon corps tout entier.
Recroquevillée dans mon couloir, j’appelle à l’aide en silence.
Encore brûlant, le regard d’Arthus brille derrière mes paupières closes. *Il n’peut plus t’voir* tente de me rassurer ma conscience affolée. Mais j’ai toujours peur. Ce regard là, ces Perles bien trop brûlantes et douloureuses pour un gosse, il me terrifie. C’est un coup de fouet, un marquage au fer rouge. Croiser son regard est si douloureux. Regarder cette haine partagée est si douloureux. Me dire que c’est mon frère est si douloureux. Me rappeler que ça n’a pas toujours été comme ça est encore plus douloureux. C’est mon frère, mon petit frère. Il n’a pas le droit d’être aussi ignoble, aussi différent, aussi incompréhensible. Sur le quai, il y avait des gosses qui serraient dans leurs bras leurs petits frères et leurs petites sœurs, parce qu’ils étaient tristes de les quitter. Pourquoi ne sommes-nous pas comme ça ?
Son regard me brûle toujours plus fort en pensée. Quand je me rappelle de lui, ses yeux deviennent transcendants et me consument. Mais ce n’est pas un feu réconfortant, c’est un feu qui dévore tout sur son passage.
J’ai abandonné la petite rousse dans l’autre compartiment. Et j’ai traversé deux wagons en courant avant de m’effondrer sur le sol. Loin de Lui. Loin de Son regard.
Maintenant, je suis toute seule. À pleurer en faisant beaucoup trop de bruit ; même pas des sanglots muets. Juste des pleurs douloureux et bruyants, parce que j’aimerais être capable d’aimer mon frère. Ou, au moins, j'aimerais être capable de me dire que c’est entièrement sa faute, que je n’ai jamais rien fait.
J’étouffe de solitude, et j’aimerais trouver quelque chose de réconfortant dans cette douleur.
Mais je m’en sais incapable.
Premier post réservé ; la suite est libre.
Dernière modification par Thalia Gil'Sayan le 10 sept. 2019, 17:16, modifié 1 fois.
[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
Murmures
-Naaaaaaaaaan, j'veux pas qu'vous partieeeeeeeeeeez !
Sur le quai fumant du Poudlard Express, Amy venait de comprendre. Solenn soupira et la prit dans ses bras, essayant de chasser les larmes qui coulaient sur les joues rebondies de l'enfant.
-T'inquiète pas, on revient bientôt lui assura-t-elle tout en l'embrassant sur le front.
Solenn sentit le regard de Julia et préféra reposer Amy. Elle avait bien compris que la blonde n'était pas totalement contente que la rousse ait plus de facilité à se faire apprécier des deux enfants blonds. Elle se tourna alors vers sa mère qui lui lança son magnifique sourire. Solenn parvint à lui en sortir un, moins lumineux, moins agréable, mais un sourire tout de même.
-Tu l'as trouvée ?
Solenn tourna la tête instinctivement, comme si Cassiopée allait apparaître d'un seul coup à ses côtés. Mais non. Les yeux émeraudes étaient introuvables pour l'instant.
-Nan, mais je la trouverais bien dans le train.
Abigail la prit dans ses bras, tandis que le Poudlard Express attendait les retardataires. Lorsque la jeune française émergea de l'épaisse chevelure brune, Julia montait déjà dans le train rouge brillant. Elle prit à son tour ses affaires, sa mère l'embrassa une dernière fois, fit un geste d'adieu à Helen et aux deux têtes blondes puis s'engouffra dans la porte trop étroite du Poudlard Express.
Qu'est-ce qu'elle le détestait ce train.
Elle avait passé plusieurs minutes à sa recherche. Valise à la main, elle s'excusait devant chaque personne dans le petit couloir pour passer. Mais impossible de retrouver la p'tite Lune. Solenn posa alors sa valise sur le premier porte-bagages qu'elle trouva et continua sa quête. Elle était bien quelque part. Il suffisait de la trouver. Et sans son bagage, elle irait beaucoup plus vite. La rousse trouva alors le lieu parfait : quelques valises étaient déjà entreposées çà et là. Solenn la posa et reprit son chemin. Il lui suffit d'une dizaine de secondes dans un couloir désert pour l'entendre. Et la voir. La touffe de cheveux noirs cachaient son visage, mais le bruit ne trompait pas Solenn. Cette fille pleurait. Repoussant son envie de chercher Cassiopée, elle s'avança vers la fille, s'accroupit à son niveau et lui souffla :
-Tu verras, on s'amuse bien à Poudlard.
Oh ! Quel mensonge vilain !
Désolé pour cet énorme retard !!!
Sur le quai fumant du Poudlard Express, Amy venait de comprendre. Solenn soupira et la prit dans ses bras, essayant de chasser les larmes qui coulaient sur les joues rebondies de l'enfant.
-T'inquiète pas, on revient bientôt lui assura-t-elle tout en l'embrassant sur le front.
Solenn sentit le regard de Julia et préféra reposer Amy. Elle avait bien compris que la blonde n'était pas totalement contente que la rousse ait plus de facilité à se faire apprécier des deux enfants blonds. Elle se tourna alors vers sa mère qui lui lança son magnifique sourire. Solenn parvint à lui en sortir un, moins lumineux, moins agréable, mais un sourire tout de même.
-Tu l'as trouvée ?
Solenn tourna la tête instinctivement, comme si Cassiopée allait apparaître d'un seul coup à ses côtés. Mais non. Les yeux émeraudes étaient introuvables pour l'instant.
-Nan, mais je la trouverais bien dans le train.
Abigail la prit dans ses bras, tandis que le Poudlard Express attendait les retardataires. Lorsque la jeune française émergea de l'épaisse chevelure brune, Julia montait déjà dans le train rouge brillant. Elle prit à son tour ses affaires, sa mère l'embrassa une dernière fois, fit un geste d'adieu à Helen et aux deux têtes blondes puis s'engouffra dans la porte trop étroite du Poudlard Express.
Qu'est-ce qu'elle le détestait ce train.
***
Elle avait passé plusieurs minutes à sa recherche. Valise à la main, elle s'excusait devant chaque personne dans le petit couloir pour passer. Mais impossible de retrouver la p'tite Lune. Solenn posa alors sa valise sur le premier porte-bagages qu'elle trouva et continua sa quête. Elle était bien quelque part. Il suffisait de la trouver. Et sans son bagage, elle irait beaucoup plus vite. La rousse trouva alors le lieu parfait : quelques valises étaient déjà entreposées çà et là. Solenn la posa et reprit son chemin. Il lui suffit d'une dizaine de secondes dans un couloir désert pour l'entendre. Et la voir. La touffe de cheveux noirs cachaient son visage, mais le bruit ne trompait pas Solenn. Cette fille pleurait. Repoussant son envie de chercher Cassiopée, elle s'avança vers la fille, s'accroupit à son niveau et lui souffla :
-Tu verras, on s'amuse bien à Poudlard.
Oh ! Quel mensonge vilain !
Désolé pour cet énorme retard !!!
Isaac, parcourant les montagnes, avec un pagne dans son sac
septième année rp • filière tronc commun • #9A4002
septième année rp • filière tronc commun • #9A4002
Murmures
Mes larmes enserraient mon cœur. Loin d’être libératrices comme certains imbéciles le prétendaient, elles agrippaient toute ma souffrance et se collaient à ma peau, emprisonnant mon palpitant pour l’étouffer. Les sanglots me Secouaient, me balançaient dans tous les sens. Gauche, droite, haut, bas. Dans le noir, il n’y avait plus de sens, plus de directions : rien qu’un vide au milieu duquel je me faisais Secouer par mes larmes. Je n’étais même plus sûre de pleurer, car les larmes ne dégoulinaient plus sur mon visage. Ma face était salie, dégueulassée par des sillons qui tranchaient sur ma peau. J’avais envie de crier aux sillons d’aller se faire voir, parce que même sans pouvoir les observer, je comprenais qu’ils me rendaient Moche. Qu’ils me bouffaient ma personnalité pour s’imposer et dire : Elle pleure. Sauf que je ne voulais pas pleurer, que ces saletés de sillons larmoyants n’avaient rien à faire là. Les larmes me rendaient sale et bafouaient mon Intimité. Voilà la seule chose que je savais : elles n’étaient pas moi mais elles prenaient possession de moi. S’infiltrant dans mon corps et me donnant l’impression de violer tout ce que j’étais. Ma Pudeur, ma si immense Pudeur, suprême chez moi, vomissait ces larmes qui allaient à l’encontre de mes convictions. Avec mes cils poisseux de larmes et mes paupières collantes, j’étais vraiment complètement Moche. Même pas ma mocheté habituelle, toute en beauté et en subtilité, juste une sale Mocheté complètement pitoyable. *J’...* était complètement pitoyable, exactement. Ça me foutait dans une colère folle. Une Rage pure. Être pitoyable, c’était vraiment la chose la plus dégoutante du monde. Ce n’était pas du tout pour moi. C’était bon pour les Autres et leur semblant de supériorité stupide, ou alors pour les débiles qui se croyaient intelligents. Moi, j’étais un être de Vérité. *Va t’faire voir Sincérité !* hurlais-je à ma conscience qui m’échappait lentement. Non, j’étais faite de Mensonge. Je mentais à tout le monde, toujours. Mais j’étais tellement intelligente que je pouvais me le permettre, n’est-ce pas ? Ce n’était pas l’intelligence de celui qui sait tout, juste celle de celui qui peut tout comprendre puisqu’il en a envie. Et, ô par Merlin, j’en avais envie. De tout savoir, de tout comprendre, d’être Tout, dans une Totalité suprême. Pleurer me rendait pitoyable et cela m’entravait dans ma Recherche. C’était tellement intolérable. *Inacceptable !*. Surtout que je chialais, là. Ce n’était pas des larmes silencieuses dans mon intimité, pour une raison parfaitement acceptable — c’est-à-dire une absence de raison. La seule raison pour pleurer, c’était de ne pas en avoir, de Pleurer, tout simplement. Là, je vomissais des torrents d’eau bruyants au milieu d’un train bondé d’Autres *l’premier qui s’ramène j’lui défonce sa jolie face, tu verras bien*, et pour la raison la plus inacceptable par ma Pudeur : mon frère. Mon débile de frère qui arrivait à me faire pleurer d’un seul regard. Oh comme je le haïssais. Arthus et ses grands yeux haineux, son an-de-moins qui était infime quand il me fixait avec toute la colère du monde. Rien à faire que ce gosse me déteste, puisque je le détestais aussi ! *Rah...*. Il avait vraiment fallu qu’un seul de ses regards me balance dans les mains des larmes. Et me voilà à me faire balancer, tel un jouet, par mes sanglots. Je détestais être un Jouet, surtout pour mes larmes. Même pas triste, par tous les Mages, je n’étais même pas triste ! La tristesse n’était qu’un mot ; qu’est-ce que ça voulait bien dire d'ailleurs ?
Les larmes jouaient avec moi et c’était la chose la plus horrible du monde. Chacun de leurs coups me faisait mal au ventre et me transperçait un peu plus, mais ce n‘était même pas ça qui me dérangeait — la douleur je n’en avais pas peur, je n’en avais jamais eu peur. C’était tellement Physique que je l’adorais. Ce que je détestais c’était vraiment cette violation de mon être par mes sanglots stupides. J’en suffoquais de rage tellement être un jouet pour une chose aussi idiote me mettait en colère. *Et si vous alliez bien vous faire défoncer ailleurs ?*. Pourquoi moi, par tous les Sangs ? Toutes les choses les plus incontrôlables du monde se liguaient contre moi pour m’entraver dans ma Recherche ! La mort, la vie, la famille, l’amour, les larmes. Je n’avais peur d’aucune d’entre elles, d’ailleurs. Ça ne me faisait pas flipper du tout. Peut-être que j’aurais dû être à Gryffondor, puisque je n’avais peur de rien. J’en avais juste terriblement marre d’être empêchée d’avancer par des stupidités comme celles-ci. La douleur je savais y faire face sans trop de problème, je la cherchais même parfois, un peu comme la colère. Mais la mort j’avais beau ne pas en avoir peur, ça ne changeait rien au fait qu’elle me saisissait les entrailles pour me secouer dans tous les sens. Un peu comme la vie, en fait.
Les épreuves et les étapes, je les franchissais les unes après les autres *c’n’est pas ça qui m’arrêtera* mais je m’embourbais un peu plus à chaque fois, et je progressais plus lentement. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi c’était contre moi que le monde se liguait, alors que moi je voyais plus loin que la Médiocrité. Moi, je m’en fichais bien des Limites de ce qu’ils appelaient tous « condition humaine », j’allais faire mieux que tout le monde et la défoncer leur « condition humaine » ; même si ma Magie ne voulait pas encore m’obéir, je savais que j’y arriverai. J’avais de l’ambition, et les moyens d’y parvenir se trouvaient en moi, je n’avais besoin de rien d’autre. Moi, je rêvais de me dépasser moi-même et de continuer à me dépasser, et pas seulement de devoir meilleure que tout le monde. Moi, je voulais découvrir tous les secrets du monde. Peut-être était-ce pour ça que le monde essayait de m’arrêter ? Parce qu’il ne voulait pas que je découvre ses secrets ? *‘M’en tape, je n’dois pas m’laisser faire*. Ou peut-être qu’il voulait juste me mettre à l’épreuve pour être sûre que je le méritais. Mais je le méritais, j’en étais convaincue. De toute manière, la raison m’importait peu : seule comptait la manière de déjouer tous ces pièges. Et j’y arriverai.
— Tu verras, on s’amuse bien à Poudlard.
*Oh par toutes les magies !* sursautais-je. La voix était tellement réelle que je savais que je ne l’avais pas rêvée, il y avait un Autre ici, un Autre qui, d’après la provenance de la voix, était accroupi juste à côté de moi. Une Autre, même. J’étais sûre que c’était une fille, vu la tonalité de sa voix. Toutes les voix étaient moches mais je trouvais celles de la plupart des filles insupportables. Là, ça aurait pu passer, si celle à qui la voix appartenait ne m’avait pas dérangée au mauvais moment. *Elle m’a vu pleurer*. Elle me voyait encore pleurer, puisque les sanglots continuaient de m’arracher à mon enveloppe corporelle. C’était vraiment horrible, là. Rageant à un point culminant que je n’aurais pas pensé atteindre. Pitoyable devant une Autre, j’en étais vraiment rabaissée. Je n’avais même pas la force de me relever pour lui défoncer la face comme je m’étais promis que je le ferais. Pas encore. *J’l’ai la force*. Je l’avais toujours, la force. Mais je n’étais pas du tout prête à m’en servir.
La voix est grave et un instant je douta. Peut-être m’étais-je trompée, peut-être était-ce un mec, pas que ça m’intéressait particulièrement dans tous les cas. Juste que je n’aimais pas me tromper. Mais malgré cette voix étrangement grave, les intonations étaient purement féminines. De toute manière, ça ne changeait pas grand chose. Ce qui m’importait était de la faire dégager le plus vite possible.
J’étais tellement concentré sur la Forme de la voix que j’en avais complètement loupée le Fond. Ça me frappa quelques secondes en retard, comme un boomerang moldu bien dur. *« On s’amuse bien à Poudlard »*. C’était tellement stupide que je crus exploser de rire. Qui était cette petite idiote pour essayer de me faire croire ça ? Et je n’avais pas l’âge d’entrer à Poudlard ! Je détestais qu’on me prenne pour une plus petite. Ça n’arrivait presque jamais : j’étais de taille moyenne, peut-être même un peu grande pour mon âge. Recroquevillée, je devais sans doute paraitre plus petite. *Recroquevillée !*. Le mot me sauta à la face : j’étais encore plus pitoyable que je ne le pensais, en fait. Tellement qu’on pourrait me prendre pour une toute petite.
Je relevais brusquement la tête pour planter mes yeux dans ceux de l’Autre. La couleur de ses cheveux me frappa, parce que j’aimais bien les rousses, j’avais toujours trouvé ça plutôt joli. Mais là, avec ma vision brouillée par des fantômes de larmes — elles ne coulaient plus mais mon visage était toujours aussi poisseux —, je trouvais juste ça bizarre. Sa face me disait vaguement quelque chose, peut-être faisait-elle partie de mon année ou peut-être l’avais-je juste déjà rencontré. De toute manière, ma première année était tellement floue dans mon esprit que je n’aurais pas su le dire. Là, j’entrais en seconde et ça me faisait bien marrer, puisque j’étais sûre que je n’avais pas le niveau. Ma Magie était au plus bas, stupide, et mon cerveau au plus haut.
— Sale menteuse. Sous ma langue, les mots étaient délicieux. Les prononcer m’avait fait terriblement plaisir. Ce n’était même pas une accusation, juste une constatation froide. Ma voix n’avait même pas tremblée, et ça m’emplissait de fierté puisque j’étais peut-être un peu moins pitoyable que je ne le savais. Alors, je me souvins des sillons sales qui ornaient ma face, causés par mes sanglots, et de mon corps qui était toujours secoué par des hoquets muets et incontrôlables. Ma voix avait beau ne pas trembler, j’étais toujours pitoyable. Et sale. Salie par Arthus. Que j’aurais bien aimé aimer, mais que je détestais puisque j’étais incapable de faire autre chose. « J’suis pas petite pour mon âge, tu sais pas regarder espèce d’idiote ? » Ma bouche se tordit, c’était vraiment trop nul de se faire prendre pour une enfant. « J’connais déjà Poudlard, c’est bien pour ça que j’veux pas y retourner. » Un nouveau spasme me fit trembler, et la fin de ma phrase disparut dans un murmure presque inaudible. *Merlin !*. Mon corps ne m’obéissait pas. Il était trop puissant, ou du moins il essayait de me le faire croire. Les larmes m’appelaient encore, et le regard d’Arthus flottait toujours devant moi. Imbécile.
Et puis, il y avait ce Château. Ce Château plein de Savoir, mais où on ne m’apprenait pas ce que je cherchais. Non, on ne s’amusait pas du tout à Poudlard. *Pff*. Je détournais le regard de l’Autre, parce qu’elle me donnait encore plus envie de pleurer. Saleté.
Les larmes jouaient avec moi et c’était la chose la plus horrible du monde. Chacun de leurs coups me faisait mal au ventre et me transperçait un peu plus, mais ce n‘était même pas ça qui me dérangeait — la douleur je n’en avais pas peur, je n’en avais jamais eu peur. C’était tellement Physique que je l’adorais. Ce que je détestais c’était vraiment cette violation de mon être par mes sanglots stupides. J’en suffoquais de rage tellement être un jouet pour une chose aussi idiote me mettait en colère. *Et si vous alliez bien vous faire défoncer ailleurs ?*. Pourquoi moi, par tous les Sangs ? Toutes les choses les plus incontrôlables du monde se liguaient contre moi pour m’entraver dans ma Recherche ! La mort, la vie, la famille, l’amour, les larmes. Je n’avais peur d’aucune d’entre elles, d’ailleurs. Ça ne me faisait pas flipper du tout. Peut-être que j’aurais dû être à Gryffondor, puisque je n’avais peur de rien. J’en avais juste terriblement marre d’être empêchée d’avancer par des stupidités comme celles-ci. La douleur je savais y faire face sans trop de problème, je la cherchais même parfois, un peu comme la colère. Mais la mort j’avais beau ne pas en avoir peur, ça ne changeait rien au fait qu’elle me saisissait les entrailles pour me secouer dans tous les sens. Un peu comme la vie, en fait.
Les épreuves et les étapes, je les franchissais les unes après les autres *c’n’est pas ça qui m’arrêtera* mais je m’embourbais un peu plus à chaque fois, et je progressais plus lentement. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi c’était contre moi que le monde se liguait, alors que moi je voyais plus loin que la Médiocrité. Moi, je m’en fichais bien des Limites de ce qu’ils appelaient tous « condition humaine », j’allais faire mieux que tout le monde et la défoncer leur « condition humaine » ; même si ma Magie ne voulait pas encore m’obéir, je savais que j’y arriverai. J’avais de l’ambition, et les moyens d’y parvenir se trouvaient en moi, je n’avais besoin de rien d’autre. Moi, je rêvais de me dépasser moi-même et de continuer à me dépasser, et pas seulement de devoir meilleure que tout le monde. Moi, je voulais découvrir tous les secrets du monde. Peut-être était-ce pour ça que le monde essayait de m’arrêter ? Parce qu’il ne voulait pas que je découvre ses secrets ? *‘M’en tape, je n’dois pas m’laisser faire*. Ou peut-être qu’il voulait juste me mettre à l’épreuve pour être sûre que je le méritais. Mais je le méritais, j’en étais convaincue. De toute manière, la raison m’importait peu : seule comptait la manière de déjouer tous ces pièges. Et j’y arriverai.
— Tu verras, on s’amuse bien à Poudlard.
*Oh par toutes les magies !* sursautais-je. La voix était tellement réelle que je savais que je ne l’avais pas rêvée, il y avait un Autre ici, un Autre qui, d’après la provenance de la voix, était accroupi juste à côté de moi. Une Autre, même. J’étais sûre que c’était une fille, vu la tonalité de sa voix. Toutes les voix étaient moches mais je trouvais celles de la plupart des filles insupportables. Là, ça aurait pu passer, si celle à qui la voix appartenait ne m’avait pas dérangée au mauvais moment. *Elle m’a vu pleurer*. Elle me voyait encore pleurer, puisque les sanglots continuaient de m’arracher à mon enveloppe corporelle. C’était vraiment horrible, là. Rageant à un point culminant que je n’aurais pas pensé atteindre. Pitoyable devant une Autre, j’en étais vraiment rabaissée. Je n’avais même pas la force de me relever pour lui défoncer la face comme je m’étais promis que je le ferais. Pas encore. *J’l’ai la force*. Je l’avais toujours, la force. Mais je n’étais pas du tout prête à m’en servir.
La voix est grave et un instant je douta. Peut-être m’étais-je trompée, peut-être était-ce un mec, pas que ça m’intéressait particulièrement dans tous les cas. Juste que je n’aimais pas me tromper. Mais malgré cette voix étrangement grave, les intonations étaient purement féminines. De toute manière, ça ne changeait pas grand chose. Ce qui m’importait était de la faire dégager le plus vite possible.
J’étais tellement concentré sur la Forme de la voix que j’en avais complètement loupée le Fond. Ça me frappa quelques secondes en retard, comme un boomerang moldu bien dur. *« On s’amuse bien à Poudlard »*. C’était tellement stupide que je crus exploser de rire. Qui était cette petite idiote pour essayer de me faire croire ça ? Et je n’avais pas l’âge d’entrer à Poudlard ! Je détestais qu’on me prenne pour une plus petite. Ça n’arrivait presque jamais : j’étais de taille moyenne, peut-être même un peu grande pour mon âge. Recroquevillée, je devais sans doute paraitre plus petite. *Recroquevillée !*. Le mot me sauta à la face : j’étais encore plus pitoyable que je ne le pensais, en fait. Tellement qu’on pourrait me prendre pour une toute petite.
Je relevais brusquement la tête pour planter mes yeux dans ceux de l’Autre. La couleur de ses cheveux me frappa, parce que j’aimais bien les rousses, j’avais toujours trouvé ça plutôt joli. Mais là, avec ma vision brouillée par des fantômes de larmes — elles ne coulaient plus mais mon visage était toujours aussi poisseux —, je trouvais juste ça bizarre. Sa face me disait vaguement quelque chose, peut-être faisait-elle partie de mon année ou peut-être l’avais-je juste déjà rencontré. De toute manière, ma première année était tellement floue dans mon esprit que je n’aurais pas su le dire. Là, j’entrais en seconde et ça me faisait bien marrer, puisque j’étais sûre que je n’avais pas le niveau. Ma Magie était au plus bas, stupide, et mon cerveau au plus haut.
— Sale menteuse. Sous ma langue, les mots étaient délicieux. Les prononcer m’avait fait terriblement plaisir. Ce n’était même pas une accusation, juste une constatation froide. Ma voix n’avait même pas tremblée, et ça m’emplissait de fierté puisque j’étais peut-être un peu moins pitoyable que je ne le savais. Alors, je me souvins des sillons sales qui ornaient ma face, causés par mes sanglots, et de mon corps qui était toujours secoué par des hoquets muets et incontrôlables. Ma voix avait beau ne pas trembler, j’étais toujours pitoyable. Et sale. Salie par Arthus. Que j’aurais bien aimé aimer, mais que je détestais puisque j’étais incapable de faire autre chose. « J’suis pas petite pour mon âge, tu sais pas regarder espèce d’idiote ? » Ma bouche se tordit, c’était vraiment trop nul de se faire prendre pour une enfant. « J’connais déjà Poudlard, c’est bien pour ça que j’veux pas y retourner. » Un nouveau spasme me fit trembler, et la fin de ma phrase disparut dans un murmure presque inaudible. *Merlin !*. Mon corps ne m’obéissait pas. Il était trop puissant, ou du moins il essayait de me le faire croire. Les larmes m’appelaient encore, et le regard d’Arthus flottait toujours devant moi. Imbécile.
Et puis, il y avait ce Château. Ce Château plein de Savoir, mais où on ne m’apprenait pas ce que je cherchais. Non, on ne s’amusait pas du tout à Poudlard. *Pff*. Je détournais le regard de l’Autre, parce qu’elle me donnait encore plus envie de pleurer. Saleté.
[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
Murmures
Les sanglots lourds semblaient empêcher la jeune fille de répondre, et elle mit quelques secondes avant de relever la tête. Malgré l'eau salée sur ses joues, son regard torturé et sa bouche en grimace, Solenn sut qu'elle l'avait déjà aperçue quelque part. Ce visage était vraiment joli, entouré de ces cheveux si magnifique noirs. Mais Solenn se rappelait de ce regard si dérangeant. La fille semblait détester le monde, et dans le même instant le craindre plus que tout. On pouvait lire beaucoup de choses dans ses yeux, mais Solenn savait que dans sa tête se trouvait autant de mystères.
Ce n'était donc pas une première année. D'ailleurs, au même moment, une voix si désagréable qu'elle en fit frissonner la rousse s'échappa du joli corps de la brune. Les sourcils froncés, Solenn ne bougea pas. Elle n'arrivait pas à croire que de telles atrocités pouvaient sortir alors qu'elle s'était simplement trompée, et qu'elle avait été polie et gentille ! Les premières secondes elle ne pensa qu'à fuir cette horrible fille, puis, un souvenir lui revint en mémoire. Sa deuxième rencontre avec Cassiopée. Elle aussi en avait dit des choses méchantes à sa P'tite Lune. Et pourtant, Cassiopée l'avait pardonnée. Bon, elle l'avait frappée. Mais elle l'avait pardonnée. Cassiopée avait été assez intelligente pour comprendre que rien n'allait dans la tête de Solenn, comprendre que ses fondations avaient déjà commencé à s'effriter et que le reste tanguait dangereusement. Aujourd'hui, c'était à Solenn d'être intelligente. Même si elle ne l'était pas autant que Cassiopée.
C'est pourquoi elle se mit plus à l'aise en s'asseyant en tailleur en face de la non-première année. Si elle voulait passer sa colère sur quelqu'un, qu'elle le fasse ! Solenn était prête à encaisser.
-Désolé, j'ai mal regardé.
Elle laissa quelques secondes de silence, puis posa la question qui lui tenait tant à coeur :
-Comment Poudlard arrive à te faire pleurer ?
Solenn en avait versé des larmes à cause de cette école. A cause des autres élèves qui semblaient s'en foutre d'elle, à cause de sa magie qui semblait lui rire au nez chaque jour un peu plus. Mais c'était aussi à Poudlard qu'elle avait rencontré Cassiopée. Oh oui, elle en avait versé des larmes.
Désolé pour le retard...
Ce n'était donc pas une première année. D'ailleurs, au même moment, une voix si désagréable qu'elle en fit frissonner la rousse s'échappa du joli corps de la brune. Les sourcils froncés, Solenn ne bougea pas. Elle n'arrivait pas à croire que de telles atrocités pouvaient sortir alors qu'elle s'était simplement trompée, et qu'elle avait été polie et gentille ! Les premières secondes elle ne pensa qu'à fuir cette horrible fille, puis, un souvenir lui revint en mémoire. Sa deuxième rencontre avec Cassiopée. Elle aussi en avait dit des choses méchantes à sa P'tite Lune. Et pourtant, Cassiopée l'avait pardonnée. Bon, elle l'avait frappée. Mais elle l'avait pardonnée. Cassiopée avait été assez intelligente pour comprendre que rien n'allait dans la tête de Solenn, comprendre que ses fondations avaient déjà commencé à s'effriter et que le reste tanguait dangereusement. Aujourd'hui, c'était à Solenn d'être intelligente. Même si elle ne l'était pas autant que Cassiopée.
C'est pourquoi elle se mit plus à l'aise en s'asseyant en tailleur en face de la non-première année. Si elle voulait passer sa colère sur quelqu'un, qu'elle le fasse ! Solenn était prête à encaisser.
-Désolé, j'ai mal regardé.
Elle laissa quelques secondes de silence, puis posa la question qui lui tenait tant à coeur :
-Comment Poudlard arrive à te faire pleurer ?
Solenn en avait versé des larmes à cause de cette école. A cause des autres élèves qui semblaient s'en foutre d'elle, à cause de sa magie qui semblait lui rire au nez chaque jour un peu plus. Mais c'était aussi à Poudlard qu'elle avait rencontré Cassiopée. Oh oui, elle en avait versé des larmes.
Désolé pour le retard...
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