Un insigne aux crayons de couleur PV CB

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~ Blaze Rosenberg, deuxième année ~

Mi-septembre 2044
Parc de Poudlard

@Charles Boardman


Quand Leonard Chatterton dort, Blaze aime bien se rendre auprès de son lit et observer longuement son insigne de préfet, posé sur sa table de chevet. Cela lui donne des idées. Il s'imagine un jour, préfet de sa maison, grand chef des Serdaigle et guide des érudits. C'est un peu comme un rêve. Inaccessible pour le moment : car pour être préfet, il faut être en troisième année et être sérieux. Le jeune Blaze ne remplit ni la première condition et...ni la seconde. Mais tous les enfants ont des rêves. Même les grandes personnes rêvent encore, il en est persuadé. Alors il se laisse bercer par les douces images d'une version de lui-même couronné et adulé de tous. 

Et parfois, le jeune Blaze a envie que ses rêves deviennent réalité, juste le temps d'un jeu : parce que les distractions habituelles sont un peu trop redondantes, et que peu d'entre elles l'entraînent à l'art du mensonge. Or, le petit garçon a vraiment besoin d'apprendre à mentir efficacement : il sait qu'il s'agit d'un art régulièrement pratiqué par les grandes personnes, et il veut lui aussi devenir grand. Il s'est même déjà un peu entraîné avec une jeune Serpentard, quand il l'avait arrêtée pour lui balancer différentes excuses pour justifier ses retards en cours, afin de s'exercer avant la pratique en conditions réelles. 

Mais voilà, Blaze a encore besoin d'entraînement. C'est pourquoi, en se basant sur l'insigne d'un des préfets de sa maison, le jeune garçon a découpé dans du papier et du carton quelque chose qui y ressemble vaguement. Ensuite, il a pris grand soin d'y mettre ses plus belles couleurs à l'aide de ses crayons, jusqu'à obtenir son propre insigne. Il est enfin prêt : il ne lui manque plus qu'une victime.

Il choisit de jeter son dévolu sur un jeune première année, qui serait bien plus à même de le prendre au sérieux qu'un enfant de son âge ou un aîné. En se baladant dans le parc de l'école, il repère un garçon qui ne semble pas être de sa maison, et qui est parfaitement seul : en somme, une cible tout à fait idéale. Le garçon en question a une petite bouille absolument adorable, autrement dit, une parfaite tête de victime. Le petit Blaze accroche son faux insigne sur sa poitrine à l'aide d'une épingle et s'approche de sa jeune cible. 

Oh, avant : il lisse un peu ses cheveux, réajuste le nœud de sa cravate et vérifie que ses lacets sont bien faits. Puis il colle un air hautain et désespérément trop sérieux sur son visage. 

Arrivé à hauteur du jeune garçon, il s'arrête face à lui, mains sur les hanches et le toise longuement. « Mhh... » ; « Ah ! » fait-il alors que son regard glisse sur la petite flûte accrochée à sa ceinture, les trois escargots dans sa main et le sac en bandoulière. 

« Jeune homme, » commence-t-il avec un ton un peu professoral.  « Je suis préfet. Enfin, c'est une évidence. » Il tapote sa poitrine pour que l'enfant aperçoive bien son fabuleux insigne, puis il se racle la gorge et caresse son menton d'un air pensif. « Ne t'a-t-on pas dit qu'il est absolument in-ter-dit  de toucher aux escargots, pour des raisons pourtant, ah misère ! si évidentes ? N'as-tu donc pas lu le règlement de l'école ! Enfin, mon cher, as-tu de la pomme de terre et de la mélasse en guise de cerveau ? Repose ces escargots tout de suite, ou je devrai en informer ta directrice de maison. »

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Charles, secouriste en herbe, était absorbé par les trois escargots qui étaient collés sur le dessus de sa main. Après les avoir ôtés du chemin sur lequel passaient de nombreux jeunes sorciers et sorcières, et par conséquent sauvés d'un piétinage certain, Charles cherchait à mettre ses gastéropodes à l’abri, dans un lieu plus sûr, au milieu d'une verdure plus accueillante.

« il est absolument in-ter-dit » « ah misère ! » « le règlement de l'école ! » « ta directrice de maison. »

Ces quelques mots suffirent à tirer, non sans violence, le bambin de ses rêveries. Accroupi, levant les yeux vers ce préfet inconnu, qui plus est, se tenait debout et à contre-jour, Charles était un peu intimidé et ne savait quoi dire. Heureusement, les mots de « pomme de terre » et de « mélasse » sonnèrent de manière plus douce à ses oreilles et lui apportèrent un peu de baume au cœur ; il n'était pas chez Poufsouffle par hasard.

Se redressant, non sans crainte et sans méfiance, Charles s'aperçu que le préfet, fut-il droit comme un piquet et parlant d'un ton autoritaire, n'en demeurait pas moins un jeune sorcier. Le soleil qu'il prenait de plein fouet ne l'aidait pas à bien distinguer l'insigne préfectoral si ce n'est ce bleu caractéristique de la Maison Serdaigle.

- Bonjour... Bonjour Monsieur le préfet, répondit le sorcier de 1re année, ne sachant pas trop comment s'adresser à un préfet, et encore moins à un préfet d'une autre Maison.

Couleur RP : orangered sans le signe #

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Mais que c'est merveilleux ! Un grand sentiment de fierté remplit le jeune Blaze suite à la réponse du première année. Le Monsieur sonne de façon délicieuse. Le Serdaigle bombe le torse et tente tant bien que mal de dissimuler son sourire grandissant sous un visage orgueilleux et condescendant.

« Oui, oui, bonjour ! » soupire-t-il avec un air faussement agacé. Il hausse un sourcil en avisant les escargots, toujours dans la main de son interlocuteur. 

« Troisième partie du règlement, règles d'usage et comportement à adopter au sein du parc de l'école, article huit, deuxième paragraphe, troisième sous-paragraphe, septième ligne. » énumère-t-il en croisant les bras et en toisant le jeune garçon, à peine plus petit que lui.  Il observe un peu plus longuement ses vêtements aux couleurs de Poufsouffle et laisse un sourire mauvais planer sur ses lèvres. « Les Poufsouffle, bien connus pour leur prompi... promtit... apti... mhh. Bien connus pour leur amour de leur nourriture et leur capacité à manger tout ce qui traîne ne sont pas autorisés à toucher les gastéropodes du parc. Ainsi que, je cite le troisième sous-paragraphe et la huitième ligne, les vers de terre et les insectes. Ceci pour des raisons de sécurité, pour préserver la biodiversité du parc et limiter les éventuelles indigestions. »

Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Il toussote et tente de conserver un air parfaitement sérieux. 

« Allons, petit. Reconnais-tu les accusations portées à ton égard ? Je te conseille de relâcher ces gastéropodes tout de suite. Quel est ton nom ? Je suis sidéré par tant d'ignorance. Tu peux être sûr que j'vais le dire à ta Directrice de Maison, et elle ne va vraiment pas être contente. » continue le petit sorcier en soupirant une nouvelle fois. Il lève un peu le menton pour paraître plus grand et renifle avec dédain.

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Bien qu'il ait l'esprit plutôt vif, le jeune Charles ni comprenait rien. Le flot de paroles abruptes et péremptoires du faux-préfet, et son caractère mordant, pour ne pas dire cinglant, rendirent la situation plausible. Et si Charles était vraiment fautif ? Et s'il avait vraiment violé des lois importantes, pour ne pas dire fondamentales ?! Muet, l'enfant restait là, pantois.

Mine de rien, les minutes passèrent, et déjà, les escargots en avaient profité pour se faire la malle. On pouvait apercevoir, sous l'éclat du soleil automnal, de longues traînées de bave luire sur la robe du jeune sorcier. Un escargot se trouvait sur sa cravate, ayant pris soin de traversé le torse en son milieu, le second semblait manifestement avoir opté pour une visite plus intime. En effet, Charles arborait une posture peu commune, ayant l'épaule surélevée et les hanches de travers. Enfin, le troisième escargot, lui, n'avait pas mieux trouvé que de venir trôner sur le front de la petite victime.

- Alors, pour la règle de l'article du paragraphe de la ligne de..., disait-il, sérieux, comme si de rien n'était. Puis, levant la main droite, tout en conservant une posture improbable, il s'exprima solennellement :

- Moi, Charles Boardman, je jure de ne collecter ni escargot, ni vers de terre, ni insecte, et ce en vue d'une quelconque préparation gustative ou gastronomique. Oui, qu'elle soit avec crème, émulsion ou autre assaisonnement, fut-il un simple filet d'huile d'olive, j'y renonce.

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Très amusant de se faire passer pour un préfet. Jusqu'ici, Blaze apprécie beaucoup ce petit jeu, il a même très hâte de réitérer l'expérience. Mais dans un premier temps, le Serdaigle n'en a pas terminé avec sa jeune cible. Il grimace de dégoût en apercevant les Gastéropodes se baladant librement sur le jeune garçon, que cela ne semble aucunement déranger. Non en fait, il semble complètement paumé, ce gamin. Et il lui répond très sérieusement : voilà qui fait infiniment plaisir à Blaze.

« Fort bien, enfin un peu de bon sens ! » approuve le faux préfet en hochant la tête, satisfait. S'approchant du garçon, il saisit délicatement deux des trois escargots -mais où est passé le troisième ? et les dépose lui-même dans un petit coin d'herbe, au frais. De retour auprès du jeune Charles, il essuie ses mains sur la robe de sorcier du Poufsouffle. La bave d'escargot, c'est dégoûtant et de toute façon, ce garçon un peu bizarre est déjà tout sale. 

« Eh bien, t'es quand même pas très réactif comme gars, v'là que j'ai du me salir les mains pour toi. Les escargots sont juste là, dit-il en pointant du doigt les gastéropodes, tu vas commencer par aller leur présenter tes excuses. Ensuite... »

Que peut-il trouver pour embêter davantage ce jeune naïf ? Voyons voir. Après l'avoir à nouveau observé de la tête aux pieds, son regard s'illumine à la vue de l'instrument.

« Joue un peu de musique à ces escargots pour te faire pardonner. C'est une école de magie, les animaux qui y traînent sont donc magiques et, par conséquent, très sensibles à la musique : ça leur fera grave plaisir. Et exécute-toi plus rapidement que ça ! Tu veux vraiment que j'aille en parler à ta Directrice de Maison ? Si j'le fais, t'auras sans doute quelques heures de retenue, mon gars ! »

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Apparemment, le préfet de chez Serdaigle ne s’y connaissait que peu en escargots, pour ne pas dire, pas du tout… En effet, bien qu'il les décollât avec délicatesse, se contenter de les saisir par la coquille n'était pas suffisant. « Erreur, erreur ! » pensait le petit Charles. Il faut toujours commencer par lui toucher le bout de la queue qui, au contact, se décolle presque instantanément. C’est alors, et seulement maintenant, que le geste peu se poursuivre – souple et sans à-coup – pour décoller complètement et en toute sécurité le gastéropode. Quoi qu’il en soit, ils étaient maintenant dans l’herbe et n’en semblaient pas mécontents.

Cela étant, il en demeurait bien un troisième qui, lui, s'était faufilé à l’intérieur de la robe du Poufsouffle, par la manche, pour venir se coller, hasardeusement, près de son aisselle gauche.

« Joue un peu de musique à ces escargots pour te faire pardonner. », vitupéra le faux-préfet.

À ces mots, le gamin afficha sur son visage un sourire radieux. En effet, ce faux-préfet, dont la compagnie n'était pas des plus plaisantes, lui paru soudainement plus amical. Comme si, tout à coup, une entente commune s'était révélée entre les deux enfants. Ni une, ni deux, Charles semblait nettement plus décontracté et se saisit du troisième petit rescapé avant de le déposer auprès de ses congénères. Puis, il s'installa dans l'herbe, comme si de rien n'était, avant de fouiller dans sa petite sacoche en bandoulière. À l'intérieur, il semblait y avoir toutes sortes de choses, mais bien rangées.

- Ah, la voilà ! disait le garçon en brandissant une flûte plus grosse, plus large. C'est ma flûte en Fa ; une flûte basse ! Tu sais, disait l'enfant sans même se rendre compte qu'il s'adressait toujours à un préfet, les escargots sont plus sensibles à cette tessiture. Et tu as bien raison de me demander de leur jouer un petit air, les trois « Cepaea hortensis » en seront ravis ! Oui, « Cepaea hortensis », parce que là, nous avons clairement affaire à un escargot de jardins, contrairement à ses proches cousins, le « Cepaea nemoralis » et le « Cepaea sylvatica », respectivement l’escargot de haies et de forêts.

Alors que le jeune première année s’apprêtait à entamer un petit air de flûte sous les yeux ébahis du faux-préfet, il s'arrêta soudain, pensif. Puis, se penchant sur les trois mollusques, il s'écria comme affolé.

- Strille centrale, convexité oblongue... par la barbe de Merlin, ce sont des « Cepaea sylvatica » ! Il ne sont pas dans leur milieu naturel !!!

L'enfant récupéra les trois escargots, bondit d'un coup puis attrapa vivement Blaze par la manche, comme s'il s'agissait d'un vieil ami.

- Vite, c'est dans la forêt qu'il faut les déposer ! affirma le bambin, comme investi d'une mission. Le première année, l'esprit ailleurs et n'ayant pas encore intégré tous les règlements, s'élança vers la forêt interdite.
Dernière modification par Charles Boardman le 26 janv. 2020, 19:23, modifié 2 fois.

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Ce gamin est vraiment très étrange. Normalement, il devrait être mort de trouille : après tout, Blaze ne fait-il pas un préfet tyrannique plutôt convaincant ? Mais non, le première année semble débordant d'enthousiasme, ce qui vexe un peu le Serdaigle. Heureusement dans un premier temps, il obéit à ses ordres et sort une flûte plus grosse que la précédente. Excellente nouvelle pour Blaze, du moins, jusqu'à ce qu'il lui parle en chinois... ou en latin peut-être ? et qu'il énonce un tas d'informations qui n'ont que bien peu de sens pour le petit sorcier. Celui-là s'entendrait bien avec Anathema Lyndon.

*Mais allez, joue-le ton air de musique !* s'impatiente intérieurement le garçon. Mais aucun son ne vient, hormis celui de la voix agaçante de son interlocuteur. 

« Holà ! » fait Blaze en se faisant soudainement entraîner par la manche. A-t-il bien entendu ? La forêt interdite ? Ce gosse a définitivement un grain ; et la tête ailleurs, aussi. Peu importe car de toute façon, un obstacle leur barrerait très prochainement la route : les infranchissables eaux du lac noir, séparant l'île de Poudlard de la forêt interdite. Même l'aventureux Blaze n'a jamais tenté de s'y rendre. 

Mais il est hors de question de laisser Charles décider des règles du jeu. Blaze est le chef, le grand préfet, celui à qui on doit obéissance absolue. Manifestement jusqu'ici, l'autorité n'est pas son point fort : par deux fois, le jeune Poufsouffle a défié ses ordres. Mais ça s'arrête là. Non mais oh !

« CHARLES BROADMAN ! » vocifère le petit Serdaigle en stoppant net la course du première année. Il l'immobilise en le tenant par les épaules et le regarde dans les yeux, passablement agacé. « Tentative d'homicide volontaire sur trois escargots, les dénommés... Patate, Mélasse et Greg. On ajoute à ceci tentative d'infraction au règlement en tentant de se rendre dans la Forêt Interdite. Et si je peux ajouter quelque chose : le port d'un sac en bandoulière est totalement contre-nature, du même type que les sacs banane... Même que c'était déjà plus à la mode quand la Directrice est née ! Si on ajoute à ceci le port d'au moins deux instruments et le fait de porter un prénom qui est lui aussi passé de mode, Charles Broadman, tu es allé beaucoup trop loin. Tu n'échapperas pas à la punition. »

Il a parlé avec un ton dur, presque naturel tant il est agacé par la tournure des événements. 

« J'informerai la Directrice de l'école de ton comportement. Une lettre sera envoyée à tes parents pour leur expliquer tes méfaits : je suis sûr qu'ils te puniront de dessert quand tu seras rentré chez eux. J'irai voir ta Directrice de Maison tout à l'heure, elle te donnera, selon mes estimations, entre sept et huit heures de retenue. Maintenant, si tu veux... » 

Blaze laisse un moment sa dernière phrase en suspens, tout en observant le garçon. 

« Tu me fais dix pompes et tu me chantes Twinkle Twinkle Little Star et on oublie la punition. »

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Alors que Charles s’apprêtait à sauver trois escargots, pour ne pas dire à sauver le monde, le jeune Serdaigle, qui manifestement semblait dépassé par les événements, le saisit par les épaules et le stoppa net, avant de brailler derechef :

- « CHARLES BROADMAN ! »

« Tentative d'homicide volontaire [...] tentative d'infraction au règlement [...] port d'un sac en bandoulière [...] port d'au moins deux instruments [...] porter un prénom qui est lui aussi passé de mode [...] », disait le faux-préfet excédé.

Charles ne resta muet qu'un court instant avant de rire aux éclats. D'une part les accusations multiples étaient assurément exagérées, même pour un gosse de onze ans, et d'autre part, le nom de « Broadman » l'amusait beaucoup. En effet, ses amis d'enfance avaient tendance à l'appeler « l'homme large », ce qui, au demeurant, lui plaisait assez.

- Je ne suis pas large moi !, rétorqua-t-il tout en croquant dans une madeleine qu'il avait sortie de sa poche, avant d'ajouter :

- Vaniiiiiiiiiiiiiiiille et... noix de muscade !!! Elles sont sacrément bonnes ces madeleines ! Je trouve que l'idée de la pointe de noix de muscade est vraiment bien vu ! En fait, si je la trempais dans du chocolat chaud et [...] d'ailleurs [...] car en effet [...] mais on pourrait peut-être [...] tout compte fait [...] une autre possibilité serait [...]

Le jeune Pouffy se lança dans un long monologue, abordant dans les moindres détails les possibilités gustatives des madeleines en générale, et celles à la noix de muscade en particulier. Il était impossible d'en placer une. Charles était soit... fou... soit, il se droguait... Un gamin si perché, était-ce possible ? N'y avait-il pas trop de plantes dans les dortoirs des Poufsouffle, les privant d’oxygène la nuit ? Ou bien, peut-être accueillaient-ils des sorciers handicapés mentaux ? Apparemment, non. Charles était normal, juste un peu trop enthousiaste.

Quoi qu'il en soit, les nombreuses menaces, toutes plus absurdes les unes que les autres, avaient glissé sur Charles comme sur les ailes d'un canard. Le petit chef en quête d’autorité était loin d'obtenir ses dix pompes et d'entendre chanter « Twinkle Twinkle Little Star ».

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*Oh le relou* pense le petit Blaze avec un soupir. Le Poufsouffle est parti dans un long monologue qui fait bâiller plusieurs fois le jeune Serdaigle, qui tente toutefois tant bien que mal de saisir l'essentiel de cet interminable discours. Il ne dit même pas des choses intéressantes. Les insectes par exemple constituent un sujet de conversation tout à fait idéal et approprié ; tout comme les poitrines des filles ou les cartes Chocogrenouilles. *Est-ce que je peux le frapper ?* se demande-t-il en considérant sérieusement la question. Un bon coup de poing dans la figure, ça remet les pieds sur Terre, et puis, cela fait plutôt longtemps que Blaze n'a pas exercé son crochet droit sur quelqu'un. 

Mais ce n'est pas cohérent avec son hypothétique rôle de préfet : voilà qui est plutôt embêtant. S'il continue son petit jeu, il ne doit faire aucun faux pas. Mais bon sang, qu'est-ce que c'est tentant ! Et de toute façon, l'autre ne l'écoute même pas. Il est totalement parti sur son délire de madeleines à la noix de muscade. Ce n'est même pas bon, la noix de muscade. Et il n'obéit à aucun de ses ordres, ce qui est vraiment très frustrant et plutôt vexant. A-t-il mal choisi sa cible ? Non, pourtant, ce petit Poufsouffle semble parfait : il est juste bizarre. Blaze a l'impression que quoi qu'il dise, il ne sera de toute façon pas écouté par cet enfant. Alors autant le frapper, non ? Non... Et s'il a des problèmes ? L'année dernière, il a frappé beaucoup de personnes et cela ne s'est jamais bien terminé.

Mais tout de même. Des madeleines à la noix de muscade. Et il parle et parle encore : ça semble sans fin. C'est long. Blaze commence à décrocher. Bon au moins, il a abandonné l'idée stupide de tenter de rejoindre la Forêt Interdite : c'est déjà ça.

Ne tenant plus, il vient plaquer brutalement sa main sur la bouche du Poufsouffle pour le faire taire.

« Ecoute mon p'tit gars... S'il y a un certain Elian Kernac'h dans ta salle commune qui te propose des plantes un peu bizarres, faut dire non, hein. » soupire le jeune Blaze. Il avise un moment le garçon, sourcils froncés. « Puis les madeleines à la noix de muscade, c'est pas bon. Ecoute. Je ne suis pas très patient comme gars moi. Je vais enlever ma main de ta bouche, et quand ce sera fait, tu seras aussi silencieux qu'un escargot, d'accord ? Tu vois, ces escargots que tu voulais manger, ils ne font pas de bruit, hein ? Bah tu vas faire pareil. T'as qu'à imiter un escargot, tiens. En silence. Et si jamais j'entends encore parler de tes fichues madeleines, c'est mon poing dans ta figure, compris ? »

Sur ces avertissements, il retire sa main...

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Le temps avait tourné et le ciel s'encombrait peu à peu de nuages. La pluie commença à tomber modérément, ce qui, au demeurant, était plutôt commun en ces jours de septembre. Manifestement, la situation entre les deux gamins était montée d'un cran. L'attitude du jeune Blaze était, aux yeux du petit Poufsouffle, particulièrement violente. De caractère naturellement jovial et bienveillant, Charles était intérieurement attristé de voir ce Serdaigle si belliqueux. Il est vrai que le première année pouvait des fois complètement se laisser happer par ses passions – la nourriture et la musique, mais il n’en demeurait pas moins quelqu’un d’avisé pour ne pas dire fin d’esprit. Ces excursus qui, aux yeux de beaucoup semblaient être des délires de gosse, étaient parfois l’occasion de se sortir de situations délicates voire scabreuses. Dans le cas présent, l’altercation avec ce jeune faux-préfet laissait clairement penser que cela allait, voire devait, mal finir. Bien que Charles se soit fait avoir au début de la rencontre, se laissant prendre au jeu du garnement de deuxième année, la supercherie, devenue rapidement grossière, s’est très vite manifestée au grand jour.

N’ayant pas d’attrait particulier pour la violence, Charles ne se serait pas laissé aller à la riposte, qu’elle soit magique, physique, ni même verbale. Cela ne faisait pas de lui pour autant une chiffe mole. Ses longues heures à courir dans la nature et à grimper ici et là faisait de ce garçon un petit bonhomme plutôt costaud.

Après avoir été coupé dans sa prose monodique par la main de Blaze qui lui maintenait la bouche close, il attendit, que le faux-préfet eut fini sa vitupération. Charles recula d’un pas, dégageant un espace de sécurité puis s’adressa à son comparse, le ton neutre et paisible. Ni moquerie, ni agression.

- Il était joli ton petit blason. Malheureusement, il ne suffit qu’à un peu d’eau pour le faire disparaître, disait l'enfant, montrant de son index le blason complètement délavé par la pluie tombante.

Charles, intérieurement sur ses gardes, tourna le dos au jeune Serdaigle puis rentra dans ses quartiers, ayant hâte de retrouver les camarades de sa Maison qui, eux, sauront lui manifester toute l’amitié digne d'une Helga Poufsouffle.

*** FIN DU RP ***

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