Plongée obscure



Chapitre 1 : Une pensée envahissante

Voilà comment j’en suis arrivée là. Comment aurait-pu être mon avenir si je n’avais pas osé franchir la limite des règles imposées par Poudlard ? Mais après réflexion, je n’aurais pu résister face à cette tentation qui naissait en moi au fur et à mesure des lectures ininterrompues. La bibliothèque de l’école était déjà mon refuge dès le premier jour de ma scolarité, et depuis cette étrange découverte, je ne pouvais m'en détacher. Dire qu'auparavant le temps passé en ces lieux diminuait de jour en jour en rencontrant de nouvelles personnes et en profitant de mes amis le plus souvent possible. Il était agréable pour moi de me dire que je n’étais plus l’Anita réservée et recluse dans un coin, mais l’Anita ouverte, sociable et toujours enthousiaste à l’idée de pouvoir s’amuser en s’entourant d’amis et d’Aiglons. Mais il aura fallu d’une seule découverte, d’un seul livre pour me mettre dans la tête une idée. Une simple idée. Une pensée que je ne pensais pas si dangereuse à mes yeux, mais qui au final m’a enlevé tout ce qui était de plus cher à mes yeux. Poudlard, ma maison, les visages de mes camarades Aiglons me souriant, et le plus important, mes parents. Un choix difficile que j’ai du faire afin d’éviter toute erreur, tout faux pas qui générerait des conséquences désastreuses.

Plus je pense à ce moment où j’entrais dans la Forêt interdite et plus je me détestais intérieurement. Pourquoi un tel risque alors que les règles stipulaient une interdiction pure et dure de pénétrer au sein de ce lieu où se mélangent bêtes féroces et créatures extraordinaires ? Ce fut ces derniers mots trouvés au sein d’un ouvrage à la couverture faite de cuir et d’écorce d’arbre qui m’ont donnés envie de découvrir ce que cachait cette forêt, de voir de mes propres yeux l’antre de ce lieu magique et mystérieux. De toute manière, histoire de me rassurer, on ne peut résister face à cette possibilité d’être face à face avec un centaure ou encore une licorne. Cette seule image d’une licorne à la crinière flamboyante et à la corne argentée qui me poussa à désobéir aux règles. Moi, Anita Enor, élève de de Poudlard dans la belle et majestueuse maison de Serdaigle, aller à l’encontre des règles fondamentales de l’école de sorcellerie ? Changer d’opinion ne fut pas simple à admettre pour une fille comme moi. Oui, ce ne fut décidemment pas simple de me mettre dans la tête de sortir un soir de pleine lune afin de pouvoir profiter de la magnifique vue de la végétation de la Forêt Interdite. Mais la raison fit place à la tentation, et j’en paye maintenant les conséquences, du moins la situation dans laquelle je me suis mise et où je ne peux plus en sortir.

Mais comment diable est-ce arrivé ? J’essaye maintenant de me rappeler le jour où tout commença. C’était un jour ensoleillé, où je virevoltais à travers la bibliothèque pour chercher un livre sur la crémation des sorcières, notamment sur Gwendoline la Fantasque, dit la folle au bûcher. Il fallait que je me renseigne un maximum afin de rendre dans les temps le devoir qui nous avait été donné. Arrivée à la bibliothèque, quelques coups d’yeux m’avaient suffi pour trouver ce dont je cherchais. Me pressant jusqu’à la table la plus proche, je commençais à rédiger mon devoir avec attention. Deux bonnes heures passèrent et je notais le dernier mot, clôturant ainsi mon parchemin bien rempli. Rangeant soigneusement mes affaires, je me dirigeais maintenant vers l’endroit où j’avais emprunté le livre. Au moment où je replaçais l’ouvrage, je vis sur ma gauche quelque chose qui attira mon attention. Un livre qui n’était pas comme les autres, ce qui m’incita à le prendre et à en feuilleter les pages.

L’excitation m’envahit soudainement, une sensation plus intense que n’importe quelle autre, une chose que je n’avais jamais encore ressenti. J’observais à présent méticuleusement la couverture, elle qui était faite de cuir et d’écorce d’arbre. Le mélange entre les deux matières était incroyable, mais de toute manière tout dans ce livre était incroyable, comme si toute émotion ressentie était exagérée. Etrange. Trop étrange. Mais pas si étrange que ça en devinant que cet ouvrage était imprégné de magie, d’une magie suffisamment puissante pour me retenir jusqu’à en avoir lu la dernière page. Je ne m’en inquiétais guère sur le coup, étant avide de découvrir ce qui se cachait, et à la vue de la première illustration, j’étais émerveillée. C’était un centaure, la crinière rousse flamboyante, le regard mystérieux et la posture remplie d’une grande fierté. L’image prenait toute la surface de la première page, et les détails étaient incroyablement précis. C’était une peinture à vue d’œil, et j’étais fascinée par toute cette beauté, fascinée par la créature. Bizarrement, son regard se tourna vers moi, et le mien se plongea à travers ses yeux azurs.

Après un temps je revenais enfin à la raison en découvrant la deuxième page. Elle était toute aussi intéressante car elle décrivait avec précision la Forêt interdite, de la végétation aux créatures y vivant. Plusieurs illustrations suivirent, une licorne quasi divine, des botrucs qui me donnaient envie de les rencontrer, des hippogriffes à l’allure imposante, des loups-garous à donner le sang froid, ainsi que des trolls au regard inexpressif et bien d’autres. Ce fut lorsque je vis une illustration d’un arbre de la forêt que j’avais l’impression que le livre lui-même me parlait. Une pause. Une courte pause qui fut noyée rapidement par l’excitation que j’avais toujours depuis le début.

Plus j’avançais dans ma lecture et plus j’avais envie de continuer cette œuvre intrigante qui m’empêchait de faire autre chose. C’était même plutôt étrange de ne pas pouvoir se détacher des pages et des illustrations qui ne demandaient qu’à être vu et revu pour être ainsi imprégnées au sein d’un esprit. Tous ces détails m’avaient permis d’imaginer cet endroit merveilleux au sein de mon esprit. Et plus j’y pensais, moins je me sentais tourner les pages pour me trouver soudainement à la fin du livre. Pourtant, il ne m’avait pas semblé passer beaucoup de temps dessus, mais l’horloge m’indiqua que j’avais passé deux heures de plus à la bibliothèque.

Je sais maintenant que je fus naïve à un point où ce livre m’introduit cette idée presque fourbe de mon point de vue, cette idée qui exclut toutes autres idées, qu’elles soient positives ou négatives. Mais sur l’instant je ne pensais pas qu’une telle chose pouvait m’arriver, et en refermant l’ouvrage, je me dirigeais maintenant vers l’endroit où je l’avais trouvé. J’avançais tranquillement vers le parc sans me rendre compte que je ne pensais qu’à franchir la Forêt interdite, et en apercevant deux de mes amis Aiglons, je m’installais confortablement sur l’herbe pour débattre de sujets divers avec eux. Mais plus la conversation avançait et moins j’avais envie de parler, tellement cette pensée envahissait mon esprit. J’étais manipulée, ensorcelée par cet ouvrage maudit.

Chapitre 2 à suivre...

Il ne suffit pas seulement de croire en ses rêves, mais de croire aussi en soi.

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Chapitre 2 : Un esprit tourmenté

Le destin nous pousse parfois en des lieux, des situations ou des personnes plus ou moins étranges. Toute rencontre, tout obstacle nous apporte quelque chose dans notre vie, qu’elle soit positive ou négative. J’ai beau me dire que ce que je vis en cet instant présent m’apprend quelque chose au final, je ne vois pas lequel. A part peut-être qu’être trop curieuse n’est pas une qualité et que cela nous emporte parfois en des lieux effrayants, telle que la Forêt Interdite.

Mais après tout, en y réfléchissant, est ce le destin qui commande note vie ? Je pense que c’est plutôt rejetter la faute de tout ce qui nous arrive sur ce qu’on appelle notre destinée. Aurai-je pu choisir ce qui m’est arrivée quelques mois plus tôt ? Oui. Mais la réelle question au sein de cette histoire est : est-ce que j’aurai pu me sortir de cette étrange situation ? Non. J’ai fait le choix de m’approcher et de lire ce maudit livre mais je n’aurai pas pu résister face à la tentation.

Douce tentation qu’était de pénétrer dans l’antre de créatures sauvages et merveilleuses à la fois. Douce mélodie que me chantait le livre à chaque fois que je mettais encore et encore la main dessus, et ce juste pour apercevoir une énième fois les multiples illustrations représentant magnifiquement chaque créature magique. Juste apercevoir ? Après recul à chaque relecture j’apercevais également entre chaque ligne, entre chaque page une inscription nouvelle dans une langue méconnue apparaissant étrangement, comme une invitation à revoir l’ouvrage la journée d’après.

Au fond de moi je sentais une force invisible qui m’attirait inévitablement vers l’impossible. Impossible à mes yeux, mais néanmoins pas impossible pour les autres. Franchir les limites n’étant pas dans mes habitudes, je suis restée à simplement lire l’ouvrage durant un temps qui m’a semblée une éternité. Mais je savais que ce jour viendrait, qu’un jour j’allais franchir les limites. Je ne pouvais plus dévier le regard de la Forêt qui m’appelais un peu plus jour après jour. Je ne savais pas qui exactement m’appelait, jusqu’à ce que cette chose vienne vers moi pour me rendre ainsi compte de la bêtise que j’avais commise.

Solitude. Un mot qui ne résonnait plus en moi auparavant, simplement parce que j’étais bien entourée. Tout avait changé pour moi, j’avais des amis, une famille réunie et une école qui de jour en jour m’en apprenait davantage sur la magie en général. Il n’y avait plus ces zones grisâtres qui polluaient mon esprit, qui m’empêchaient de voir la vie pleine de beautés. Tout était si limpide et fluide, tout me réussissait. Je savais ce que je voulais faire et surtout qui j’étais vraiment. Pensée positive qui maintenant s’évapora avec tout le reste parce que la solitude faisait son retour dans ma vie. Dorénavant, tout n’était que désastre tel l’eau transparente s’assombrissant au fil du temps.

Cela me faisait tellement bizarre de retrouver cette sensation qu’était la solitude. On se sent tout d’un coup incomprise dans ce que l’on vit, dans nos épreuves. A qui en parler quand on ne peut s’appuyer sur personne ? En parler à soi par contre revient à se créer de fausses idées, à se détruire mentalement pour croire seulement que l’on ne peut se sortir de cette situation. Je n’étais plus moi-même. Je titubais pour voir que le passé était bien derrière et que seul le présent comptait. Le futur, je n’avais pas envie d’y penser, car tout était devenu flou pour moi. Je ne savais plus quoi faire, à qui parler, comment faire pour avoir à nouveau la vie dont j’avais toujours voulu. Même étant enfant, on se rend compte de pleins de choses quand on devient une sorcière, et la première chose dont je me suis rendue compte quand mon changement s’est opéré était : je me sens complètement perdue.

Perdue. Tel était le mot qui résumait mon existence à cet instant précis. Mon esprit était remplie de doutes fondés sur la peur et l’incompréhension de ma situation actuelle. Perdue dans mes choix futurs, perdue dans mes actes futurs. Bref, je ne savais que faire. Vide total qui dura une éternité, jusqu’à ce que je remonte dans mes proches souvenirs afin de me rappeler mon entrée au sein la Forêt, terre peuplée de créatures magiques dont une en particulier qui me fit perdre toute notion de joie et de bonheur.

Le mal existe en chacun de nous tout comme le bien, les deux s’affirment comme se retirent dans un coin en fonction de nos émotions et de tout ce qui nous entoure. En ce moment même, ni l’un ni l’autre ne se manifestaient en moi, seulement le désir de m’échapper de cette dure réalité qu’était le fait d’être à présent un loup-garou.


Chapitre 3 à suivre...

Il ne suffit pas seulement de croire en ses rêves, mais de croire aussi en soi.