Curieuse tentation

@Rose Foxglove
~ mi-janvier 2045 ~


Une pluie torrentielle s'abbatait sur le château depuis la veille. Cela m'importait peu, je ne sortais presque pas. Je passais mes journées, fuyant le monde réel en m'enfermant dans mes lectures. Je ne voulais plus parler. Je ne voulais plus y penser. Mais je ne cessais quand même de me demander où il pouvait bien se trouver en ce moment, qu'est-ce qu'il pouvait bien faire. Je ne pleurais pas. J'avais déjà pleuré toute l'eau de mon corps. Mon regard dans le vide, mon teint pâlr et mon silence laissait croire que j'étais morte. Ce n'était pas tout à fait faux. Mon bonheur était mort, mon âme n'était plus. Je n'étais qu'un corps, qu'un fantôme encore vivant. Mes amies s'inquiétaient mais n'osaient pas me parler. En même temps, parler à un mort, n'était-ce pas stupide ?
J'assistais toujours aux cours, mais toute étincelle d'émerveillement et de passion avait disparue de mon regard.
La Magie a tuée mes grands-parents, il y a trois ans. C'est aussi ce qui a changé mon papa adoré en homme froid et distant, et c'est ce qui l'a fait fuir. Mais ce n'est pas sa faute. songeai-je éternellement. Pourquoi m'a-t-on caché aussi longtemps la vraie cause de la mort de mes grands-parents ? Ça aurait pu être différent, on aurait pu en parler. Ça aurait dû être différent. Tout a éclaté à Noël...
Je me dirigeais silencieusement vers la bibliothèque. J'avais besoin d'écrire un peu. La salle remplie de livres était idéale. Le calme absolu y régnait.
Je parcourus les rayonnages sur les sorts et me blottis dans mon coin habituel : à la frontière entre les romans fantastiques et les romans d'aventures. Là, je pris mon sac et fouillai dedans. Mais je ne trouvai pas mon journal intime. Je fus frappée d'horreur.
Impossible ! J'étais pourtant sûre de l'avoir laissé dans mon sac ! Je l'ai juste sorti pendant le cours et je l'ai posé sur la table, à côtés des... des manuels.
Quelle cruche j'étais ! Un élève l'avait sûrement confondu avec un des manuels et l'avait emporté !
Je respirai profondément pour me calmer. Ne pas paniquer, ne pas paniquer. L'élève en question allait très certainement le lui rendre, il suffisait d'attendre... Et si il le lisait ? Et si il le gardait ? Et si il le jetait à la poubelle ?
Tout se bousculait dans ma tête, se transformant peu à peu en migraine.
J'avais perdu mon père, j'étais loin de ma famille, j'avais appris que mes grands-parents étaient morts a cause de la Magie et maintenant je perdais l'objet auquel je tenais le plus au monde. Cette nouvelle année semblait prometteuse.
Dernière modification par Lucy Light le 31 mai 2020, 10:32, modifié 2 fois.

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Curieuse tentation
Rose avait l’impression de boire la tasse de manière continuelle. Elle ne s’était pas encore noyée mais elle respirait à peine. Depuis quelques temps, elle avait perdu son sommeil réparateur et se réveillait encore plus fatiguée qu’à l’heure du coucher. Elle n’avait que rarement faim et était généralement de très mauvaise humeur. Il faut dire qu’elle n’y allait pas de main molle avec les cours. Rose était déterminée, ou plutôt obsédée par l’idée de faire ses preuves et de prouver à son père qu’il avait tord. Elle allait devenir une sorcière remarquable, bien plus brillante que lui-même ! Mais pour cela, il fallait qu’elle fasse des sacrifices.

Les habitudes de Rose avaient dramatiquement changées depuis le début de l’année. Elle ne ratait aucun cours, passait toutes ses périodes de repos à la bibliothèque à réviser ou bien à prendre de l’avance sur les cours, et elle ne voyait que rarement ses amis désormais. De fait, elle commençait à atteindre ses limites physiques en terme d’énergie. Elle ne l’avait pas encore remarqué, mais un premier cheveu blanc s’était glissé parmi sa dense chevelure noire. La taille de ses cernes sous les yeux avait doublé depuis le mois précédent et elle souffrait de déshydratation. Néanmoins, malgré toutes ces altérations, Rose restait toute aussi déterminée à sacrifier ses journées et parallèlement sa santé, pour son ultime objectif: devenir l’élève parfaite.

Ce jour-là, Rose venait de quitter un cours particulièrement compliqué de potions et elle était extrêmement insatisfaite de ses progrès. Après avoir rapidement englouti un léger déjeuner, elle se dépêcha de retrouver sa place habituelle dans la bibliothèque qui était encore relativement calme de par la présence d’une demi-douzaine d’élèves seulement. Rose se mit à sortir de son grand sac de cours certain manuels qu’elle voulait examiner en premier lieu ainsi que ses parchemins et plumes. Elle fut tout à coup surprise de découvrir un plus petit carnet violet coincé entre son exemplaire de Mille herbes et champignons magiques et celui de Théorie des stratégies de défense magique. Rose n’avait pas encore perdu sa tête et elle était bien certaine de n’avoir jamais vu ce livre auparavant.

Légèrement intriguée, elle ouvrit la première page en espérant y trouver le nom de son propriétaire.

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Curieuse tentation
@Rose Foxglove


Ne pas paniquer, ne pas paniquer…
J'étais au bord du désespoir, si je ne l'étais pas déjà. Des larmes perlaient aux coins de mes yeux, brouillant ma vision. Ma respiration devint haletante.
Je l'avais déjà perdu, une fois. Enfin, je l'avais laissé sur une table de la salle commune et des garçons l'avaient subtilisé volontairement. C'est là que j'ai rencontré Irene, la capitaine de l'équipe de Quiddich de Serdaigle. Bien qu'elle m'ait effrayée au début, je m'étais liée d'amitié avec elle. Là, ce n'était pas pareil : n'importe qui aurait pu l'avoir pris et il pourrait être n'importe où.
Je respirai profondément. Il fallait réfléchir. J'avais lu tant de Sherlock Holmes avant ma rentrée à Poudlard. Je devais faire comme lui : procéder par étape et ne pas paniquer.
Déjà, le cours était réservé aux premières années. Ce qui éliminait les deuxièmes, troisièmes, quatrièmes, cinquièmes, sixièmes et septièmes années, ce qui était pas mal.
<< Et si l'élève l'avait donné à un élève plus âgé ? Et si il l'avait laissé quelque part, là où tout le monde aurait pu le prendre ? >>
Non, il ne fallait pas penser à cela. Nous venions de sortir du cours, l'élève n'a certainement pas encore remarqué qu'il s'était trompé. Ou alors il venait tout juste de s'en apercevoir. Dans tous les cas, il l'avait encore.
Cette hypothèse ne me rassura qu'à moitié. Je l'avais tout de même égaré. Et je devais faire vite pour le retrouver : plus je tardais, plus l'élève risquai d'avoir lu le contenu ou/et de l'avoir abandonné quelque part.
Les immenses étagères remplies d'ouvrages de toutes sortes montaient jusqu'au plafond. Je zigzaguai entre elles, espérant trouver un élève de première année pour lui demander si il ne s'était pas trompé en emportant son manuel de potion, un début de piste. Mais les rayonnages semblaient déserts et un silence d'outre-tombe régnait. Ce silence, je l'avais tant apprécié, mais désormais il m'oppressait. J'avais la sensation que les battements rapides de mon cœur résonnaient.
Mes yeux se posèrent alors sur une élève, assise à l'autre bout de la bibliothèque. Comme elle était de dos, je ne voyais que ses longs cheveurs noirs comme l'ébène. Sur la table à côté de laquelle elle se trouvait, je pus voir une pile de manuels. Je repris espoir : c'était, vu sa taille, une élève de première année, alors peut-être avait-elle mon journal ?
Je m'approchai dans le silence le plus total. Elle fouillait dans son sac, sortant de plus en plus de livres. Si c'était bel et bien elle qui avait mon journal, elle allait bientôt le découvrir ! Je devais le reprendre avant qu'elle ne le lise !
Je m'élançai, aussi rapide qu'un… petit chien. Mes pas firent grincer le parquet. Je voulais le récupérer au plus vite en étant discrète mais c'était raté. Dans ma course, je trébuchai, m'étalant de tout mon long sur le sol, faisant tomber quelques ouvrages au passage, en essayant de me rattraper à une étagère. Ma chute provoqua un horrible bruit. Le front contre le sol, je ne pus réprimer un petit gémissement. Cependant, je me relevai, grimaçant de douleur. Quelques gouttes de sang coulaient d'une petite égratignure au-dessus de mon sourcil gauche, l'imprégnant d'une couleur rouge.
La jeune fille s'était retournée. Je pus enfin voir son visage. Il était pâle et je remarquai de grandes cernes sous ses yeux noirs. Elle avait l'air épuisée, comme si elle n'avait pas dormi depuis trois jours. Dans sa main, elle tenait un carnet violet foncé. Un mélange de stupeur, de colère et d'embarras m'envahit. Aussi rouge que ma blessure, je baissai la tête.

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Curieuse tentation
Malheureusement la première page du carnet était entièrement vide. Fronçant les sourcils, Rose se demanda si elle devait en commencer la lecture. Elle n’était pas particulièrement curieuse et n’aimait pas l’idée de fouiller dans les affaires des autres, mais comment pouvait-elle en trouver son propriétaire autrement? Après avoir secouée négligemment sa tête, Rose entreprit d’ouvrir au hasard le petit carnet et commença à en lire les premières lignes, espérant y trouver un nom.
[font=black jack]23 juillet 2044

Cher journal,
Hier je t'avais dis que j'avais reçu ma lettre d'admission à Poudlard alors que j'étais en vacances chez mes grands-parents, en France. Mais je vais t'expliquer plus en détails comment ça s'est passé. Cela risque de me prendre plusieurs jours, alors ne sois pas surpris si je m'arrête en plein milieu …[/font]
Toujours pas de nom mais Rose remarqua une information intéressante. La personne qui avait écrit ces quelques lignes était un étudiant ou étudiante en première année à Poudlard. Elle devait donc certainement la connaître de vue et avait par malchance récupéré le livre pendant un cours ! Néanmoins, sa promotion comportait plus d’une centaine d’élèves et elle n’était pas vraiment bien avancée dans sa quête.

Alors que Rose songeait qu’il était peut-être préférable de rendre ce carnet à un professeur au lieu d’en continuer sa lecture, elle remarqua une ombre dans son dos. Cette ombre se transforma alors en une jeune fille qui venait de s’emmêler les pieds pour s’affaler de tout son long sur le sol de la bibliothèque. Elle avait d’ailleurs l’air bien amochée. Saignant au dessus d’un sourcil et regardant Rose d’un air ahuri, elle finit par baisser les yeux tandis que le rouge lui montait aux joues.

Cette dernière se dépêcha de refermer le carnet avant de sortir de son sac un petit mouchoir avec ses initiales brodées en or. Elle le tendit en direction de l’étudiante et lui demanda :

« Ca va ? Tu as fait une de ces chutes et tu saignes du sourcil maintenant ! Je ne saurais pas comment t’arranger ça mais tu peux arrêter le saignement avec mon mouchoir si tu veux »

Rose dévisagea rapidement la jeune fille qu’elle reconnu comme participant à certains cours que Rose avait en commun avec les étudiants de Serdaigle. Devenant suspicieuse, elle se demanda pourquoi cette dernière s’était tenue derrière elle. Est-elle en train de l’épier ? Et si tel était le cas, pour quelle raison ?

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Curieuse tentation
Vraiment, vraiment désolée pour ce retard affreux, l'inspiration et le temps n'étaient pas avec moi. Encore désolée.

Je sentais le sang chaud imbiber mon sourcil et mon front commençait à me piquer. Je saisis le mouchoir que le fille me tendait, non sans lui murmurer un faible 《 merci 》, et le pressai contre ma plaie, reconnaissante.
En la regardant un peu mieux, je m'aperçus qu'elle non plus ne semblait pas aller très bien : elle était pâle comme un fantôme et ses cernes étaient si marquées que l'on aurait cru qu'elle avait appliqué une bonne dose d'encre violette sous ses yeux. L'élève était certainement épuisée. Pourquoi n'allait-elle pas dans sa salle commune pour se reposer ? Peut-être pour une raison similaire à la mienne.
Un coup d'œil rapide vers mon journal me permit de constater que la fille lisait la page du 23 juillet. Cela me rassura, car cette page ne contenait pas vraiment de choses gênantes ou que je préfèrerais garder secrètes.
Un silence s'installa. Je me rendis alors compte que la jeune fille m'observait. Mais elle me regardait en plissant les yeux, comme si elle se méfiait. Ce regard me glaça jusqu'aux os. Qu'est-ce que j'avais fait ?
Je baissai la tête, troublée. Derrière un rideau de mèches, je pouvais encore voir mon carnet violet foncé, ouvert. Il ne paraissait pas abîmé, heureusement. Je sentais néanmoins les yeux soupçonneux de ma voisine rivés sur moi. Alors, un peu stupidement, je dis :
Il... il est joli ce carnet... C'est à toi ?
Au moins, elle arrêterait de m'observer avec une telle insistance. J'attendis, le visage toujours caché par mes cheveux, la réponse de ma camarade, que je connaissait déjà, bien sûr.

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Curieuse tentation
Rose regardait avec curiosité la jeune fille accepter avec timidité son mouchoir et s’en servir pour arrêter les larmes de sang qui commençaient à perler son front. Les yeux rivés sur le sol lorsqu’il ne regardait pas le petit carnet avec appréhension, Rose se demandait bien ce que la sorcière lui voulait. Il semblait qu’elle voulait s’adresser à elle mais peut-être sa timidité l’en empêchait.

« Il... il est joli ce carnet... C'est à toi ? » finit-elle par lui lancer.

Devant son regard interrogateur, Rose jeta un rapide coup d’œil au petit carnet violé. S’il s’agissait du sien, Rose n’aurait jamais choisi une couleur aussi tapageuse, et elle ne l’aurait certainement jamais égarée entre des mains inconnues. L’étrangère essaye-t-elle de lui faire la discussion ou connaissait-elle le propriétaire de cet objet ?

« Non je n’ai pas besoin de journal intime. Je n’ai pas vraiment le temps de m’apitoyer sur mon sort avec la tonne de devoirs que les professeurs nous donnent chaque semaine. »

Rose était contrariée de voir que la jeune fille continuait de cacher son visage derrière ses cheveux. A moins d’être d’une grande timidité, Rose ne se trouvait pas impressionnante – bien au contraire. Elle n’était, après tout, qu’une enfant de douze ans qui passait le plus clair de ses journées dans un coin sombre de la bibliothèque. Elle pouvait également passer pour quelqu’un de froid mais elle n’était pas méchante sans raison.

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Curieuse tentation
Encore désolée pour le retard, je répondrai plus vite la prochaine fois, promis.

Non, il n'était pas à elle. Je le savais, bien entendu. C'était le mien.
Cette couleur, le violet, on la retrouvait sur tout ce qui m'appartenait. La couleur du rêve, de la solitude, de la mélancolie, du crépuscule.
Et puis, c'était plus qu'un journal intime, c'était une part de moi-même. Et la voir entre les mains d'une inconnue me donnait mal au cœur. Elle avait tous mes secrets juste sous son nez.
Je sentais le regard curieux et instant de ma camarade sur moi, pourtant je ne relevai pas la tête. Au contraire, je la baissai un peu plus.
Le silence revint, étouffant. J'étais ridicule, et je le savais, mais je pouvait m'en empêcher.
Ah bon ? finis-je par lâcher pitoyablement, essayant d'être convaincante. Alors il est à qui ?
À moi. À moi mais je ne voulais pas qu'on le sache. Alors je jouais les idiotes. J'étais persuadée que ma camarade avait tout deviné, j'espère qu'elle n'allait pas se fâcher, mais j'étais incapable de faire autrement. Je me sentais si... faible. Faible face aux autres, au monde, et surtout à la réalité qui semblait s'amuser à m'étrangler petit à petit.
Je saisis une chaise et m'assis, j'avais l'impression d'être punie en me tenant debout à côté de la table. Je veillai tout de même à ne pas trop m'approcher de la fille, pour ne pas lui donner une raison supplémentaire de se méfier et aussi par pure timidité. Ses cheveux noir parsemés de gris à force de trop se concentrer, ses cernes qui creusaient son visage pâle, non, presque translucide, et son expression curieuse, intriguée et à l'affut, comme un oiseau de proie, m'inquiétait, et ce sentiment était amplifié par la pénombre poussiéreuse. J'attendis, fébrile, le regard nulle part et accroché à mon journal.

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