Privé Le royaume du rêve et de la folie



Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent.
Paul Valéry

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Privé Le royaume du rêve et de la folie
Lundi 30 janvier 2045, fin d'après-midi.


Ursula s’introduisit dans la pièce au plafond haut, seule. Le Manteau Noir posté à l’entrée referma la porte derrière elle en la claquant doucement.

Dès ses premiers pas, le froid la pénétra sous son manteau de fourrure. Un froid étonnement sec pour la saison, mais assez tranchant pour rendre douloureuse la moindre articulation exposée à ses assauts. Ursula avisa les deux grandes meurtrières de chaque côté de la pièce avant d’observer l’homme qu’on avait assis au milieu du couloir d’air, sur une chaise ensorcelée. Sa tignasse brune agitée par les tremblements, Edward Penwyn avait une sale mine malgré les braises qui habitaient encore son regard.

Ursula balaya la haine qui émanait de ce corps enchaîné et s’assit face à son prisonnier, à l’abri du couloir d’air, sur un trône austère taillé dans un seul et même bloc de granite. Un granite noir d’encre qui se retrouvait où que se portât le regard : du sol jusqu’au plafond, en passant par les murs. Toute la pièce n’était que granite, à l’exception de la chaise en bois sur laquelle Edward Penwyn attendait depuis plus de vingt-quatre heures qu’on lui expose la suite des événements.

Ursula s’assura, d’un coup d’œil acéré, que le corps de son prisonnier n’avait été victime d’aucuns sévices avant d’ouvrir la bouche.

« Vous devez avoir faim et soif. Votre dîner sera bientôt là. »

Elle extirpa un rouleau de parchemin de son manteau qu’elle déroula sur ses genoux : le rapport d’intervention de l’avant-garde des frontières daté d’hier. Ursula n’arrivait toujours pas à se remettre de sa chance alors qu’elle en relisait le passage le plus surréaliste.

« Vous êtes bien la personne qui, hier, à quatorze heures zéro quatre, a produit un charme du Portoloin de manière clandestine au 4 1/2 Lower Governor Place, à Londres ? D’après les documents que nous avons retrouvé sur place, il semble que cet endroit non-répertorié ait été utilisé pour préparer des attaques contre le Conseil des sorciers. Donc, contre moi. Étiez-vous une raclure de résistant, monsieur Penwyn ? Edward Penwyn, c'est bien votre nom n'est-ce pas ? »

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Edward avait repris conscience dans un lieu sombre et austère, une pièce vide à l'exception de la chaise en bois sur laquelle on l'avait attaché. Il était seul. Le froid qui s'engouffrait par les meurtrières de la salle faisait trembler chacune des articulations de son corps ; son être tout entier était parcouru de spasmes réguliers et ses dents claquaient. Était-ce le froid qui le faisait ainsi trembler ou bien la crainte de ne pas savoir ce qui allait arriver prochainement ?

Les heures s'enchaînaient et le supplice s'intensifiait. L'homme ne sentait plus les phalanges de ses doigts laissés à nus sur les accoudoirs de la chaise. Peu à peu, la sécheresse de ses mains causée par le froid entraînait une irritation cuisante. C'était donc ça que les prisonniers d'Azkaban enduraient chaque jour ? Il n'avait même pas passé une journée ici et voilà qu'il se demandait déjà combien de temps il arriverait à tenir avant de céder.

Le bruit des gongs d'une porte se tournant se fit entendre et le tintement de chaussures contre la pierre retentit. Levant les yeux du sol qu'il fixait depuis plusieurs minutes, Edward fut bouche-bée d'apercevoir les cheveux désormais d'un blanc immaculé d'Ursula Parkinson se mouvoir devant lui. La cheffe du Conseil des Sorciers s'était déplacée en personne pour voir le nouveau prisonnier. La situation était bien pire qu'il ne l'avait imaginée si la sorcière la plus puissante du pays se présentait à lui bien avant qu'un autre n'ait eu à l'interroger. Les justifications qu'il avait imaginées tout au long de la journée ne tenaient plus. En la voyant ici, les seules images qu'il avait en tête étaient celles du lâche assassinat de l'épouse et du fils du ministre Blackwave. Le regard plein de haine, il aurait voulu déverser sa colère sur elle, lui dire qu'elle pouvait garder son dîner pour elle mais aucun son ne sortit de sa bouche. La boule qu'il avait au ventre depuis qu'il s'était réveillé dans cette pièce l'en empêchait. La peur. Après quelques secondes d'hésitation, il finit par lui répondre :

« Tout ce qu'on vous a raconté est vrai, Madame. Mais je suis étonné que vous m'appeliez résistant, car après tout, ce terme ne peut exister que si il existe en opposition une occupation non souhaitée par le peuple. »

Habituellement, Edward aurait eu un sourire sur le coin des lèvres après avoir lancé une pareille remarque, mais il ne pouvait pas se le permettre. Il craignait bien trop les supplices que pourrait lui infliger Ursula Parkinson si jamais il allait trop loin.

« Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! » #PouffyFamily
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Ursula resta de marbre.

« Évidemment, commenta-t-elle, le nez baissé sur le compte-rendu. »

La rhétorique résistante était aussi médiocre que la lute qu’avait opposé le prisonnier d’après ce qu’elle lisait. Ursula aurait volontiers pris le temps de rappeler à son prisonnier que la population de la Citadelle constituait une composante importante de ce peuple, mais elle savait cette information trop difficile à digérer. Pour la résistance, accepter l’idée que des sorciers soutiennent son exercice du pouvoir revenait peu ou prou à avaler un nid de couleuvres.

« Je lis, écrit ici, qu’une seconde baguette a été retrouvée sur place. Nous l’avons fait identifier, tout comme la vôtre, par monsieur Ollivander. Cette baguette appartient à une certaine Erin Grayce. Je crois qu’elle tient boutique sur le Chemin de Traverse si je me fie au registre tenu par l’office qui répertorie les établissements sorciers de ce pays… »

Ursula n’avait aucune inquiétude quant au fait qu’elle obtiendrait tout ce qu’elle voulait savoir, mais elle était curieuse de connaître de quel cuir était fait cet homme. Il n’avait, devant lui, que deux options aussi vieilles que l’était ce satané monde : parler de son plein gré ou bien parler sous la contrainte. Ursula n’était que trop rompue à l’exercice pour savoir que, tout compte fait, il n’y avait aucune différence entre ces deux voies.

Elle posa soigneusement le rouleau de parchemin sur l’accoudoir puis elle croisa ses doigts sur ses cuisses, son regard rivé sur le prisonnier.

« … vous avez toute mon attention, monsieur Penwyn. C’est le moment de vous distinguer. »

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Lorsque sa geôlière reprit la parole, Edward baissa la tête en direction du sol en pierres. Il tremblait bien trop de froid pour réussir à maintenir son regard. Et heureusement pour lui, parce que sa bouche l'aurait trahie à coups sûrs lorsqu'il entendit que la baguette d'Erin avait été retrouvée par les manteaux noirs. L'homme n'avait cessé de s'inquiéter tout au long de la journée écoulée, se demandant si ses amis avaient pu s'en sortir et être soignés avant que leurs blessures ne soient irrémédiables.

Apprendre que la propriétaire de l'Apothic'herbes avait été démasquée lui donna un énième coup de massue dans l'estomac. L'endroit dans lequel il avait envoyé les dirigeants du Réveil n'était plus sûr, se pouvait-il qu'Erin, Marlon et... Diane aient été à leur tour capturés ? Non, non, il devait s'accrocher à l' infime espoir qu'ils aient pu se rendre dans un endroit plus sûr. Et voilà qu'elle lui demandait de dénoncer ses amis, des personnes qui lui avaient donné une confiance quasi aveugle depuis plusieurs mois. Il était hors de question de lui donner davantage d'informations qu'elle ne connaissait déjà. Essayant de se ressaisir, Edward dit d'une voix peu assurée, en claquant des dents et en affichant une mine inquiète :

 « On.. on m'a dit de venir aujou... hier, excusez-moi, dans un lieu que je ne connaissais pas. On... on voulait avoir mon... expertise sssuur les derniers événements avec les moldus. Je suis professeur d'Etude des Mol... moldus à Poudlard, c'est pour ça qu'on voulait me voir. »

Distiller le faux parmi le vrai. C'était la tactique qu'il avait choisi, et il n'avait pas hésité à dévoiler son métier d'enseignant d'Etude des Moldus en espérant que l'aversion qu'il pensait que la cheffe du Conseil des Sorciers avait des moldus la distrait. Seulement, il savait qu'elle ne serait pas satisfaite de sa réponse et qu'elle en attendait bien mieux. Se servant des tremblements qui envahissaient tout son corps, il s'arrêta quelques instants de parler pour réfléchir.

« Je ne connais Erin Grayce que de réputation, je ne l'ai ja... jamais croisée. Il n'y avait pas grand monde quand je suis arrivé dans cet appartement... Il s'arrête pour essayer de déterminer un nombre, puis reprend : pas plus d'une demi-douzain.. de personnes je pense. Première fois que je venais, et ils avaient tous ... leurs capuches de leurs robes sur la tête. Si ils avaient pas confiance en moi, pourquoi ils m'ont donné cette... montre pour les contacter alors ? »

Le froid s'emparait de nouveau de tout son être. Ses épaules s’affaissèrent tandis que son menton retournait contre sa poitrine. Edward avait peur. Non seulement pour sa propre vie, mais aussi pour celles des êtres qui lui étaient chers. Il devait tenir le coup. Suffisamment longtemps pour qu'ils puissent disparaître.

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Ursula se concentra de toutes ses forces pour ne pas hausser un sourcil. C’est que les propos du prisonnier ne faisaient pas grand sens. Il prétendait avoir été invité par des individus encapuchonnés de qui il tenait la montre qu’un Manteau noir lui avait retirée avant sa mise en captivité. De parfaits inconnus l’avaient attiré en plein coeur de Londres pour entendre son expertise sur les Moldus, et lui, le professeur naïf de Poudlard s’y était rendu sans se poser la moindre question ? Cet homme était peut-être idiot, mais aucun professeur de Poudlard, aussi naïf soit-il, ne quittait l’île un dimanche après-midi de janvier sans un excellent motif.

La grande inconnue n’était pas un excellent motif. Et certainement pas par les temps qui courent.

« En résumé, vous ne savez rien, commenta Ursula, un brin ennuyée. Concentrons-nous sur le factuel, si vous le voulez bien. Vous lancez un sortilège du Patronus, puis un sortilège de Projection de la voix, et un sortilège de la Marque de Feu dont nous avons retrouvé les traces encore brulantes à l’étage. Mais aussi le charme du Portoloin qui a donné l’alerte, un sortilège de Désillusion, et le fameux sortilège de Feu suivi du charme du Dôme Protecteur qui ont permis à mes hommes de vous repérer. Tout ça, bien sûr, pour de parfaits inconnus qui, quelques minutes plus tôt, quémandaient votre bienveillante expertise au sujet de notre petite guerre ouverte avec les Moldus. »

Elle prit une grande inspiration.

« C’est bien ça ? »

Mais à quoi s’attendait-elle, à la fin ? Le sort s’acharnait inlassablement sur elle, comme il s’acharnait tous les jours sur des milliers de sorcières à travers le monde en plaçant sur leur route des hommes qui se moquaient éperdument d’elles et de leur intelligence.

Trois coups retentirent contre la porte. Le signal qu’Ursula appelait de ses voeux depuis quelques secondes. Elle adressa un sourire au prisonnier.

« Je crois que votre dîner est prêt. »

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Aoutch. Les mensonges qu'il avait inventé pour un interrogatoire avec un quelconque manteau noir ne tenaient pas. À aucun moment durant sa longue journée de captivité il avait pu penser qu'Ursula Parkinson se présenterait en premier face à lui. Il avait pensé qu'on lui enverrait un vulgaire sous-fifre pour commencer et qu'il pourrait repousser le plus longtemps possible le moment où sa couverture tomberait. Jamais il n'avait pensé que cet instant arriverait aussi vite. Sa baguette magique l'avait trahie et sa ligne de défense ne pouvait pas tenir.

Ses épaules continuaient à s'agiter frénétiquement, non seulement à cause de la froideur intense de la salle dans laquelle il était retenu captif depuis un jour, mais aussi en raison de la peur. La peur de trahir ses compagnons de route, celle de livrer ceux qui avaient cru en lui, la peur de vendre son amour. L'idée que le courroux du Conseil des Sorciers puisse être ensuite dirigé envers Diane lui donnait la nausée et des crampes d'estomac. L'amour qu'il avait pour Diane et leur enfant à venir était tout ce qu'il lui restait. L'Amour. Un sentiment qui faisait tomber bien des hommes. Une lueur d'espoir parcouru les yeux d'Edward ; cela serait la suite de sa défense. Gardant la tête baissée vers le sol de granite, il marmonna dans un souffle presque inaudible :

« Je... je l'ai... fait par... A... »

Non, il avait été bien trop hâtif à donner des informations précédemment, il ne pouvait pas continuer ainsi. De plus, il était bien trop dangereux d'aller sur ce terrain, qui sait quelles pourraient être les conséquences d'un tel aveu.

Le claquement des dents d'Edward s'intensifièrent lorsqu'il entendit que son dîner était prêt. Relevant la tête pour regarder l'expression du visage de sa geôlière, un frisson encore plus intense que les tremblements qui parcouraient son corps l'envahit. Au contraire d'elle, lui n'avait pas un sourire, mais une mine apeurée. Elle semblait bien trop heureuse pour que ce repas ne soit pas assaisonné.

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Le sourire d’Ursula s’évanouit aussi sec. Le prisonnier n’était pas aller au bout de son baragouinage, mais qu’il se fut terminer par le mot amour ou amitié et s’en était fini de lui.

Ursula ne ressentait que du dégoût pour ce menteur, ce piètre acteur, qui au moindre cul-de-sac conjurait la déesse Amour de titiller le petit coeur de femme qui lui faisait face. Il n’était pas le premier homme à lui jouer cette farandole et ne serait certainement pas le dernier. C’était dans la nature du sexe « fort » de prendre la « faiblesse » de l’autre sexe pour acquis.

« Pitoyable, dit-elle, les mâchoires serrées. ENTREZ ! »

Un Pénitent entra dans la pièce. Vêtu d’une cape de sorcier noir, l’oeil inexpressif, l’homme attendit le hochement de tête d’Ursula pour s’approcher, un plateau en argent recouvert d’une cloche entre les mains. Chacun de ses pas, bien que silencieux, brisait le silence ambiant d’un tintamarre de clés qui s’entrechoquaient à chaque secousse — elles pullulaient en nombre autour de ses avant-bras comme autant de droits d’entrée dans la Prison de Granite.

Ursula souleva la cloche en argent et retrouva son sourire lorsque ses yeux se posèrent sur le flacon de Veritaserum.

« Notre prisonnier montre quelques difficultés à s’exprimer franchement, dit-elle en s’adressant au Pénitent droit dans les yeux. Le pauvre doit être assoiffé. »

Il n’en fallut guère plus au Pénitent pour comprendre le rôle qu’elle venait de lui attribuer. L’homme laissa Ursula se saisir du crayon et du bloc-notes livrés avec le flacon de Veritaserum avant de reposer la cloche. D’un geste lent mais très précis, il s’approcha ensuite du prisonnier, son plateau à la main, le contourna par la gauche, puis déposa tout son attirail derrière la chaise ensorcelée, dans l’angle mort du prisonnier.

La suite fut aussi rapide et violente que ses déplacements s’étaient, jusque-là, montrés lents et méticuleux. Le Pénitent saisit fermement le prisonnier par le menton et, tirant avec force dessus, l’obligea en même temps à renverser sa tête en arrière. Le plus dur était fait. Le Pénitent vida le contenu du flacon dans la bouche grande ouverte, le contraignant à tout avaler, puis il relâcha son étreinte en essuyant ses mains sur sa cape de sorcier. Le reste de l’interrogatoire, il devait le passer poster comme une sentinelle derrière le prisonnier.

Ursula baissa les yeux sur le bloc-notes posé sur l’accoudoir, insensible au sort de ce sale menteur. Le véritable interrogatoire pouvait débuter.

« Que faisiez-vous au 4 1/2 Lower Governor Place, à Londres, monsieur Penwyn et que représentait cet endroit pour vous ? »

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Lorsque la cheffe du Conseil des Sorciers cria pour que la personne qui avait frappée à la porte entre, Edward sursauta ; l'heure de son dernier repas était arrivée, et il était apporté par un homme à l'apparence morose, un homme qui semblait avoir oublié toute notion de bonheur. C'est avec un air apeuré qu'Edward découvrit non pas un repas sur le plateau qu'avait amené l'homme mais une fiole dont il ne connaissait pas le contenu. 

Suite aux instructions données par Ursula Parkinson, l'inconnu passa dans son dos. Il savait qu'on allait lui faire ingérer une solution de vérité et que le moindre de ses secrets allait sortir de sa bouche. Après lui avoir été privé de sa liberté de mouvements, on voulait désormais s'emparer de son esprit. Il était hors de question qu'il perde le dernier bastion de son essence qui lui appartenait encore, alors l'homme essaya de s'agiter dans tous les sens sur sa chaise pour empêcher que cela se produise. Mais la chaise était fixée fermement au sol, et il ne put empêcher qu'on lui fasse ingérer de force le contenu de la fiole. Les larmes coulaient désormais à flots le long des joues d'Edward qui se rendait compte qu'il ne possédait plus rien, qu'il n'était plus rien, qu'il allait réduire à néant tous les efforts fournis depuis plus de sept mois et que les personnes qu'il aimait le plus au monde allaient subir le même sort.

Ses yeux exprimaient une haine qu'il n'avait jamais ressenti envers quiconque au cours de sa vie en regardant Ursula Parkinson. Le prisonnier se mit à se mordre la lèvre fermement, comme si cela pouvait changer grand chose à ce qui allait suivre. Sa geôlière lui posa deux simples questions. Deux simples questions auxquelles il n'avait pas envie de répondre et auxquelles il ne répondit pas. Ou du moins, dans l'immédiat. Quelques secondes plus tard, la pression qu'il exerçait avec ses dents contre ses lèvres se libéra, et sa langue s'agita sans qu'il ne puisse la contrôler : il n'était désormais même plus maître de lui-même.

« Je... je préparais une attaqu ... imminente contre vous. Les plans que vous ... vous avez retrouvés nous servaient de ... de base pour établir ... notre stratégie. Les mots s'échappaient de sa bouche alors que tout son être lui hurlait de se taire. Le 4 ... Lower Governor Place était le quartier général ... de l'organisation que ... je dirigeais. »

Une fois qu'il eut finit de répondre contre sa volonté, ses épaules s’affaissèrent, l'homme n'ayant plus de force pour tenir tête à son ennemie. Les tremblements qui parcouraient son corps et le claquement de ses dents ne cessèrent de s'intensifier. Edward aurait voulu mourir sur place pour ne plus avoir à livrer le moindre de ses secrets à cette odieuse femme. La torture physique aurait été une bien meilleure compagne. 

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La mine du crayon resta un long moment suspendue au-dessus du papier. Ursula n’en croyait tout simplement pas ses oreilles. Non content d’avoir mis la main sur un résistant, ses hommes avaient en réalité trouvé la tête pensante du réseau. Le fondateur.

La chance était de nouveau de son côté, songea Ursula, tandis qu’une multitude de questions assaillaient inévitablement son cerveau. Jusqu’à cet instant, Ursula pensait combattre une seule et même résistance dirigée par Kristen Loewy depuis sa tour de Poudlard. Une résistance dont le professeur Penwyn n’était qu’un sbire comme un autre. Mais il n’en était rien. La résistance n’était pas formée d’un seul et même courant de pensée, mais bel et bien de différentes sensibilités. Et si ça se trouve, l’organisation de cet homme et celle de Kristen Loewy n’étaient pas les seules à tenir lieu de résistance. Intérieurement, Ursula jubilait. C’était un front désuni qui osait se dresser contre elle.

Maintenant qu’elle le savait, une toute nouvelle stratégie se constituait déjà dans un coin de son esprit analytique. Elle leur briserait les jambes, un par un, jusqu’à ce qu’elle soit la seule à pouvoir se tenir debout.

« Quel est le nom de cette organisation, monsieur Penwyn, son objectif final ? poursuivit-elle, le nez baissé sur le bloc-notes qu’elle s’était mise à remplir de mots et de flèches en vue de clarifier sa riposte. Combien de membres compte-elle ? Et quels sont les prénoms et les noms de chacun de ses membres ? »

Ursula suspendit son crayon en l’air. Elle leva le menton vers le prisonnier dont la désolation la révulsa encore un peu plus. Il avait osé lui mentir. Il avait osé se dresser contre elle, tenter de lui faire du mal, mais il l’avait surtout sous-estimé...

Elle se ferait un plaisir de le briser, comme elle avait brisé tous les autres.

« Ah, et j’oubliais, avez-vous de la famille monsieur Penwyn ? »

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