La bosse des maths

Fin aout 2044, @Margaret Hunter


Comme chaque fin de mois d'aout depuis des décennies et peut-être même des centenaires, le chemin de Traverse était envahi par les étudiants de Poudlard accompagnés de leurs parents. La circulation dans la rue n'était pas toujours aisée en ces moments là. Les boutiques étaient envahies par des hordes d'enfants plus ou moins joyeux, plus ou moins enthousiastes d'être là. Ethan ne faisait pas partie des enthousiastes. Tout comme son père, il n'était pas fan des courses. Sa maman moldue ne pouvait cependant pas les remplacer, elle qui aime tant cela, au grand désespoir du garçon.

Ce n'était pas tant les boutiques qu'il n'appréciait pas, mais cette cohue qui venait s'entasser le même jour avec exactement le même objectif, ce qui avait pour effet de gonfler les files à la caisses et de rendre les étagères souvent difficiles d'accès. D'ailleurs il se trouvait en ce moment même dans une de ses boutiques préférées. Il n'a jamais été féru de lecture mais appréciait les livres pour ce qu'ils étaient malgré tout. Contrairement à la bibliothèque de Poudlard qui contenait des amas de vieux livres empoussiérés, ce magasin alignait des rangées impeccables d'ouvrages neufs et rutilants, ne demandant qu'à être acquis. Leurs odeurs caractéristiques différaient aussi du tout au tout entre vieux et nouveau, mais ce jour de va et vient, cette différence était plus difficilement perceptible.

Ethan furetait dans un rayon qui ne le concernait absolument pas. Les ouvrages qu'il parcourait seraient pour la troisième année, en particulier pour le cours de divination. A vrai dire il ne connaissait pas grand chose de ce sujet. Après réflexion, il ne connaissait même rien du tout. Il s'amusait à lire chaque titre. Au bout de quelques instants, il commençait à s'approcher petit à petit du bas du rayonnage. Il se mit d'abord à croupi, ensuite à genoux pour aborder la rangée la plus basse. C'est fou ce qu'on pouvait écrire à ce sujet, se dit-il. Le dernier livre "La Xylomancie" possédait un titre bien mystérieux. Il tendit sa main dans le but de le feuilleter.

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Même si elle était épuisée, Margaret gardait les yeux grands ouverts sur le monde qui l'environnait à cet instant.

Ce matin, sa mère l'avait réveillée à six heures sous prétexte qu'il fallait aller faire les courses le matin pour éviter d'être avec tout le monde. Meg n'était pas de cet avis, elle qui aimait tant rester au lit pendant des dizaines de minutes, simplement pour le plaisir de regarder le soleil se lever, de voir Pelote faire sa toilette à ses pieds, ou simplement se rendormir et profiter de son lit douillet. Ce réveil matinal ne lui avait pas vraiment plu, et elle avait rechigné à extirper son grand corps maigrichon de sa couette. Quand elle était arrivée dans la cuisine, la jeune fille avait trouvé une Millicent Hunter brillant de mille feux. Maquillée, coiffée d'une énorme choucroute, parée de sa plus belle robe d'un rouge criard, elle hésitait sur le choix de son bijoux - cette breloque dorée en forme de sablier ou ce pendentif en bois sculpté ?
Margaret s'était contentée de prendre un toast accompagné d'une bonne dose de marmelade bien orangée, avant de se vêtir de son plus large T-shirt jaune et d'un short sombre. Elle n'avait même pas peigné ses indomptables cheveux avant d'être emportée par le tourbillon de couleurs qu'était sa mère - celle-ci ayant opté pour la breloque dorée. Elles avaient pris le train pour aller jusqu'à Londres, puis étaient entrées dans la première bouche de métro avant d'être recrachée à quelques rues du Chemin de Traverse.

Et, à présent, Meg y était. Elle n'était plus grognon comme pendant tout le trajet, et presque parfaitement réveillée (il ne lui restait plus que ses yeux qui la piquaient de temps à autre). Elle contemplait avec une admiration non contenue toutes les échoppes qui s'offraient à sa vue. Même si elle était déjà venue une fois, pour acheter Pelote à la Ménagerie Magique, elle ne pouvait s'empêcher de s'émerveiller en reconnaissant tantôt un magasin d'ingrédients de potion qu'elle avait remarqué quatre ans auparavant, tantôt une grande boutique de vêtements dans laquelle elle était déjà entrée. Malgré le contexte sombre et les mines graves de certains sorciers, l'ambiance était plutôt joyeuse car il n'était pas rare d'apercevoir d'autres futurs ou actuels élèves de Poudlard qui se précipitaient dans les magasins à la recherche de leur fourniture.
Il y avait une foule énorme, et la mère de Margaret pestait contre les "malpolis" qui les bousculaient, elle, Meg et les gros sacs qu'elles portaient à bout de bras. En effet, elles avaient déjà acheté les ustensiles et ingrédients de potion, les robes et uniformes ainsi que deux ou trois babioles de chez Weasley, Farces pour Sorciers Facétieux.
Meg cherchait quelque chose du regard depuis tout-à-l'heure, et elle la trouva enfin : une jolie enseigne peinte, qui indiquait le nom de Fleury & Bott. Un sourire se dessina sur ses lèvres, alors qu'elle tirait sa mère par la manche.
— Maman, regarde, y'a la librairie ! Il faut qu'on y aille !
— Si tu veux, si tu veux, marmonna Millicent en se laissant entraînée par sa fille vers la boutique.
— En plus des livres scolaires, on pourra acheter deux ou trois trucs à lire à Poudlard ?
Sa mère poussa un profond soupir, signe qu'elle acceptait. Elle ne pouvait rien refuser à son unique fille, sa Meg, surtout quelque chose d'aussi sérieux que des livres.
Elles pénétrèrent dans la librairie, qui était elle aussi bondée quoique un peu moins que la rue principale. Une bonne odeur de vieux papier, de colle et d'encre chatouilla les narines de Margaret. Elle lâcha la main de sa mère et la laissa là, en plan, pour aller farfouiller dans les rayons et étagères que proposait la magnifique librairie. Elle passa devant un rayon sur les potions, où elle attrapa un livre qui recensait toutes les potions amusantes à portée des débutants, qui se nommait "Potions pour les nuls : tous les tours à faire". Elle passa ensuite au coin des romans, où elle ajouta deux livres à celui de potion. Puis elle fit le tour d'une bibliothèque, et se trouva dans un petit coin bien moins bondé, où il y avait seulement une vieille sorcière qui feuilletait un grand manuel et un garçon accroupi qui en regardait un autre.
C'était le rayon dédié à la Divination. Elle ne connaissait pas bien cette forme de magie, mais elle savait que l'on pouvait la prendre en option à Poudlard, et que sa mère trouvait ça amusant même si elle n'y croyait que très moyennement. Être ici était donc l'occasion pour Meg d'en apprendre plus sur ce qu'elle ne connaissait pas. Ses yeux parcoururent la bibliothèque, bondissant de livres en livres, de titre en titre - rien de très accrocheurs, ils avaient tous l'air un peu miteux - jusqu'à ce qu'à ce qu'ils tombent sur un ouvrage, tout en haut, qui se nommait "La science des rêves, ou comment interpréter nos songes".
La jeune fille sourit. Elle qui voulait tant savoir à quoi rimaient ses étranges rêves dont elle se souvenait parfois avait enfin trouvé ce qu'il lui fallait ! Remarquant une échelle pas loin, elle la prit et la cala bien en dessous du livre voulu et commença à l'escalader à grande enjambée. Arrivée à sa hauteur, elle voulut attraper l'ouvrage de sa main gauche mais, en bonne maladroite qu'elle était, lui fit heurter le livre d'à côté. Ce dernier tomba alors de l'étagère, sous les yeux catastrophés de Meg. Surprise, elle lâcha le livre qu'elle tenait à la main ainsi que tous ceux qu'elle avait déjà pris, et ils chutèrent vers le sol.
Pour pimenter en plus son malheur, elle découvrit qu'un garçon était toujours accroupi juste à côté de l'échelle. Elle ferma les yeux au moment fatidique où les romans lui tombèrent sur la tête. Elle les rouvrit presque aussitôt et sauta au bas de l'échelle en regardant avec effarement la victime de la chute.
— Oh, non, non, non ! Je suis désolée, vraiment désolée...

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Toujours accroupi, Ethan découvrait ce qu'était la xylomancie. Il était épaté que certaines personnes tentaient de deviner l'avenir à l'aide de brindilles tombées naturellement au sol. Apparemment les xylomanciens interprétaient aussi l'orientation et la position des troncs tombés. Ethan aurait plutôt pensé qu'on pouvait juste en déduire d'où provenait le vent au moment de la tempête qui avait été capable d'arracher les racines d'un arbre, mais sans doute était-il un peu trop terre à terre et d'ailleurs beaucoup moins de choses lui paraissaient impossible après avoir passé une année à Poudlard. S'il n'oubliait pas d'ici, il en parlerait à son futur professeur de divination dans ... une année complète.

Ses réflexions furent interrompues par une échelle qui vint envahir son espace vital. C'était exactement ce qu'il reprochait à cette période de l'année dans le chemin de Traverse. Obtenir quelques minutes de quiétude relevait tout simplement du défi irréalisable. Il ne prit pas la peine de se tourner vers le gêneur et recommença à feuilleter les pages du livres. Il fut encore plus étonné de lire qu'il était possible d'interpréter la manière dont le bois brûlait dans un feu. Lui qui adorait observer le feu de l'âtre du Terrier, il eut du mal à imaginer que des personnes en faisaient des conjectures sur l'avenir.

Quand quelque chose vous tombe dessus au sens figuré, c'est n'est jamais très agréable. Mais quand cela arrive au sens propre, c'est carrément douloureux. Une averse soudaine de livres l'aspergea de savoir que sa tête encaissa tant bien que mal. Si cette méthode n'était pas du tout efficace pour l'apprentissage, elle l'était presque pour assommer Ethan. Il se laissa tomber en arrière sur ses fesses pour consolider son équilibre et releva la tête vers l'origine de la voix qui s'excusait, encore à moitié sonné.

- Je pense que tu as perdu ceci, dit-il, en embrassant du regard les livres étalés autour de lui et en tâtant l'arrière de son crâne. Ce n'était pas la bosse des maths qu'il aurait là mais apparemment de sujets divers et variés. Il fallut encore quelque secondes avant que ses idées ne redeviennent plus claires. Quand ce fut le cas, il constata que la fille qui lui faisait face lui était totalement inconnue. Elle lui semblait bien plus grande que lui -ce qui n'était pas un exploit vu sa taille de microbe- mais son visage était encore juvénile. Très probablement une future première année. Que venait-elle faire dans ce rayon? Elle ne pouvait pas se cantonner du côté des livres des premières années? Il se rappela qu'il n'avait rien à faire là non plus et garda sa remarque pour lui.

- Si tu voulais que je te laisse la place pour avancer l'échelle, tu pouvais simplement me le demander... dit-il sur un ton un peu bourru.

Au moment où les mots sortaient de sa bouche, il entendit la stupidité de sa réflexion. De toute évidence, il y avait des neurones qui n'avaient pas encore repris leur place. La contrariété provoqué par la foule du jour et la douleur à sa tête lui avaient donné envie de s'énerver sur la jeune fille. Mais elle s'était excusée d'emblée et il savait que c'était un accident et que personne n'était à l'abri d'une maladresse. Et ce n'était pas dans les habitudes d'Ethan de perdre son calme.

- Désolé, ce n'est pas mon jour préféré de l'année, s'excusa-t-il en radoucissant la voix.

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Le garçon avait l'air un peu sonné, ce qui accentua davantage la culpabilité de Margaret. Elle avait été maladroite, comme toujours. Elle aurait dut mieux se positionner pour attraper le livre de sa main droite, ou alors ne même pas monter sur l'échelle. Se connaissant, elle aurait pu imaginer le scénario de la chute de livres, et l'éviter en restant les deux pieds sur terre à regarder les livres à sa hauteur - et vu sa taille, elle aurait déjà eu accès à beaucoup d'ouvrages. Mais il avait fallu que sa stupide curiosité s'en mêle, qu'elle veuille attraper un livre à des kilomètres au-dessus du sol. Et que sa maladresse s'ajoute pour lui faire lâcher tous ceux qu'elle tenait déjà dans un équilibre précaire, et tomber sur la tête d'un pauvre garçon qui n'avait rien demandé à personne et s'était tout pris sur la tête. Margaret poussa un soupir de désolation.
Le garçon lui indiqua qu'elle avait perdu tous les livres qui avaient fait le vol plané, et elle acquiesça en se baissant pour les ramasser. L'un d'entre eux était tombé grand ouvert, pliant deux ou trois pages au passage.
— Oh non, gémit-elle en le remarquant. Ils vont me tuer pour avoir abîmer un livre...
Elle essaya de déplier les pages en les pliant de l'autre côté, mais il restait toujours des traces du choc qu'elles avaient eu. Meg le referma d'un coup sec, le posa par terre et empila les autres par-dessus, dans l'espoir que leur poids ferait reprendre aux pages leur forme normale.
— Si tu voulais que je te laisse la place pour avancer l'échelle, tu pouvais simplement me le demander... dit alors le garçon.
Margaret releva la tête vers lui et se mordit la lèvre avec honte. Oui, elle n'y avait même pas pensé, trop perdue dans son idée pour remarquer qu'il y avait quelqu'un juste en dessous de l'échelle.
Je suis désolée, j'ai été bête et j'y ai même pas pensé. Je suis vraiment pas douée, si j'étais moins maladroite je ne les aurais pas fait tomber sur toi... marmonna-t-elle en remettant en place une boucle qui lui chatouillait le cou.
Elle baissa les yeux et remarqua qu'il restait un livre, un peu plus loin, qui était tombé mais n'était pas à elle. C'était probablement celui que le garçon tenait avant de se faire agresser par ses livres à elle. Meg l'attrapa et le lui tendit, dans l'espoir de se faire un peu pardonner.
C'est le tien, non ?
La jeune fille pencha légèrement la tête pour lire le titre qu'affichait l'ouvrage : "La Xylomancie". Étrange nom, se dit-elle, et elle se demanda ce que pouvait bien raconter un si gros livre sur quelque chose d'aussi mystérieux. Probablement une histoire à dormir debout comme en trouvait beaucoup dans ce rayon, semblait-il.
Le garçon s'excusa alors avec plus de gentillesse, ce qui surprit un peu Meg. Il était en colère ou pas ? Ce que les gens pouvait être étranges parfois, surtout les enfants de son âge...
Tu n'aimes pas ce jour ? Je le trouve génial, pourtant !

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La jeune fille avait légèrement abîmé un livre en écornant quelques pages. Rien de très grave en soi, mais son embarras donnait envie à Ethan de l'aider. Il était sur le point de sortir sa baguette mais il se ravisa, retrouvant de plus en plus sa lucidité. Décidément, les chocs sur sa tête avaient presque provoqué une grosse gaffe.

- J'aurais bien lancé un Reparo sur les pages pliées mais je ne ne peux pas à cause de la Trace, dit-il en haussant les épaules.

La fille se confondit ensuite en excuses après qu'il eut lancé sa remarque. Elle prouvait ainsi qu'elle ne faisait pas partie de la catégorie des fliles arrogantes qui pensent que le monde est à leur service ou une de ces agressives qui rejettent la faute sur les autres pour se dédouaner de toute responsabilité. En réalité elle lui paraissait déjà sympathique. Encore plus quand elle alla chercher le livre qu'il était en train de feuilleter et qu'il avait certainement envoyé valdinguer quand il s'était fait surprendre.

- Oui en effet, merci! Ils sont trop bizarres les xylomanciens d'ailleurs, dit-il en remettant le livre où il l'avait trouvé.

La fillette lui dit ensuite vraiment apprécier cette journée. Probablement comme la plupart des enfants de leur âge. C'était sans doute le seul jour de l'année où Ethan était plus grognon que la moyenne.

- Tout dépend de quel côté de la chute de livres tu te trouves, dit-il en lui lançant un clin d'oeil amusé. L'année passée je me suis perdu et une madame un peu effrayante a fait semblant de s'occuper de moi en attendant que papa me retrouve. Mais c'est surtout toute cette cohue. C'est pas évident quand on est petit, dit-il tout en se relevant et en s'époussetant le derrière.

Alors qu'il parlait, il observait la jeune maladroite avec plus d'attention. Elle lui faisait penser à Orphéa d'une certaine façon, avec ses yeux clairs, ses nombreuses tâches de rousseur et même sa coupe de cheveux. Mais à la différence de la Serpentard, elle était beaucoup plus grande que lui. L'arrivée tardive de sa poussée de croissance commençait à devenir frustrante. Il espérait qu'on puisse un jour repérer que c'est un "grand" aussi par sa taille. Il repéra une cicatrice sur l'arcade sourcilière mais n'osa pas lui demander par quelle maladresse elle l'avait obtenue. Peut-être plus tard quand il la connaitrait mieux.

- C'est ta première rentrée que tu prépares là, j'imagine? Pas trop stressée? demanda-t-il. Il se rappelait de son état il y a un an. Il n'en menait pas large à quelques jours de quitter ses parents pour une nouvelle vie.

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Margaret regarda le garçon avec curiosité. Malgré le fait qu'il paraisse bien plus petit qu'elle en taille, son visage doté d'yeux bleus faisait un peu plus âgé qu'elle. Il avait des cheveux châtains mi-longs, presque plus longs que ceux de la jeune fille. Celle-ci plissa les yeux : elle ne pouvait pas vraiment lui donner d'âge, mais il ne devait pas être bien plus vieux qu'elle.
Il remit le livre au titre étrange - La Xylomancie - sur une étagère, probablement à sa place, puis lui fit remarquer que les xylomanciens étaient bizarres. Meg n'en doutait pas une seconde, au vu du nom étrange et de la couverture mystique que l'ouvrage arborait. Pourtant, que l'on dise que des gens étaient bizarres parce qu'ils avaient d'autres croyance et d'autre vision était assez énervant pour elle, elle qui avait toute sa vie été traitée comme une personne étrange, farfelue et donc à bannir. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir proche de ces mystérieux xylomanciens dont elle ne connaissait rien. Elle ne dit rien de cette pensée qui la traversa, mais demanda simplement :
— C'est quoi, la Xylomancie ? J'en ai jamais entendu parler...
Meg se leva alors, et jeta un coup d'oeil au livre sur les rêves qui avait causé la chute sur la tête du garçon. Sa couverture était un peu moche, représentant un attrape-rêve avec diverses formes propres à la divination dessinées à côté. La jeune fille songea avec une pointe de nostalgie que sa mère, avec son petit salaire de serveuse, ne voudrait probablement pas acheter un vulgaire livre sur les songes, même si elle aurait voulu faire plaisir à sa fille. Et c'était normal.
— Tout dépend de quel côté de la chute de livres tu te trouves. L'année passée je me suis perdu et une madame un peu effrayante a fait semblant de s'occuper de moi en attendant que papa me retrouve. Mais c'est surtout toute cette cohue. C'est pas évident quand on est petit
Meg éclata de rire à l'évocation de cette anecdote. Elle-même avait eu de la chance, jusque là, d'être épargnée des gens étranges qui peuplaient le Chemin de Traverse. Mis à part quelques bousculades et chutes de sacs, elle n'avait eu aucun problème et sa matinée dans la petite ruelle marchande s'était extrêmement bien passée. Comme toujours, sa mère avait été drôle et gentille, et la jeune fille en avait presque oublié qu'elle allait devoir bientôt la quitter pour quelques mois.
Oui, c'est vrai qu'il y a beaucoup de monde ici. Ce serait cool d'avoir le Chemin de Traverse pour moi toute seule, je pourrais passer longtemps dans chaque boutique sans être pressée et bousculée.
Le regard de Margaret se perdit dans le vague quelques secondes, alors qu'elle s'imaginait une excursion dans un Chemin de Traverse vidé des autres visiteurs, où elle pouvait passer sa journée à explorer chaque recoins, à lire chaque livre intéressant de la librairie, à manger plein de glaces et à essayer toutes sortes de tenues chez Mme Guipure. Ça aurait vraiment été bien, comme journée, s'il n'y avait pas eu ces Manteaux Noirs et la peur qui régnait partout. Ce fut le garçon qui la sortit de sa rêverie en lui demandant si elle n'était pas trop stressée pour sa première année.
Elle battit plusieurs fois des paupières, un peu surprise de revenir dans la librairie bondée après avoi songé à des allées vides, et répondit :
Oui, je vais entré en première année bientôt. Je suis un peu stressée... et puis, triste aussi. Je vais devoir quitter ma mère, ma grand-mère et mon chat pour aller vivre dans un endroit avec pleins d'inconnus, ça fait un peu peur. Et toi ? Tu es plus qu'en première année, non ?
Elle garda pour elle-même la peur d'oublier de se laver les cheveux et de ne pas trouver de tenues à se mettre sans l'aide de sa mère, de peur que le garçon ne se moque.

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La jeune fille semblait de nature aussi curieuse que lui car elle lui demanda ce qu'était la xylomancie. Quand un nouveau mot apparaissait devant ses yeux, il voulait absolument savoir ce qui se cachait derrière. C'était plus fort que lui. Il ne retenait pas tout, cependant. Tout dépendait de l'intérêt qu'il portait à la signification du mot. Ethan exprima ses doutes quant à cette pratique de la divination.

- De ce que j'ai compris, c'est l'étude de la position du bois qui tombe au sol naturellement, pour prédire l'avenir. C'est bizarre non? Pourquoi ne pas étudier directement la direction du vent, du coup? Le vent, on est sûr de sa direction. Le bois tombé au sol porté par le vent, il a peut-être été déplacé par autre chose avant qu'on puisse l'observer, tu vois? Faudrait que je demande à papa, il sait peut-être lui!, dit-il avec enthousiasme, le monde de la divination commençant à l'interpeller.

La fillette évoqua ensuite la possibilité d'avoir le chemin de Traverse pour elle toute seule, ce qui fit sourire Ethan. Il devait reconnaître que ce serait vraiment magnifique que de pouvoir déambuler au gré de ses envies sans devoir penser constamment à ne pas se faire écraser, sans devoir faire de file interminable aux caisses, voire même de faire demi-tour quand une boutique est vraiment trop remplie.

- T'as raison, ce serait trop cool! On pourrait aller manger une glace quand on voudrait, acquiesça Ethan.

La jeune fille confirma qu'elle rentrait en première. Ethan espérait qu'elles n'étaient pas toutes aussi grande qu'elle. Elle émit ensuite les craintes habituelles des futures premières années. La grande séparation avec la famille, qui ne l'a pas redoutée? Quitter le cocon familial à 11 ans n'avait rien d'évident. A cet âge, on est encore fort attaché à ses parents.

- En effet, je suis en deuxième année, même si ça ne se voit pas encore beaucoup,, dit-il en rigolant et en mettant à plat une main au dessus de sa tête qu'il bougea en direction de la fille jusqu'aux environs du niveau de son nez, illustrant ainsi qu'il était bien plus petit qu'elle. T'inquiète pas va, tout va bien se passer. Tu vas te faire plein d'amis très rapidement, tu vas voir. Et si tu as de la chance, tu seras répartie chez Poufsouffle. Pas que les autres maisons ne sont pas bien hein, mais j'y suis et je m'y plais vraiment beaucoup! Tu as une préférence dans une des maisons que tu veux rejoindre?

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Quand le garçon lui expliqua en quoi consistait cette étrange chose qu'était la Xylomancie, Margaret dut bien s'avouer que cette pratique était vraiment étrange. Qui pensait penser que la position du bois qui tombe pouvait indiquer l'avenir ? Il avait raison sur ce point, c'était si impossible à définir, l'exact endroit de chute des arbres - car, avec le vent, ils pouvaient voler ou se déplacer. Ça paraissait presque stupide, comme idée et, malgré tous les romans étranges et fantastiques que la jeune fille avait lus, elle avait du mal à y croire. Il fallait être sacrément idiot ou avoir une imagination sans aucunes limites pour y croire ! Mais elle ne doutait pas que des gens y croyaient, sinon ce livre ne serait pas vendu dans cette magnifique librairie.
C'est vrai que c'est vraiment bizarre, comme croyance ! s'esclaffa Meg. Qui peut croire à des choses pareilles ?
Le garçon se leva alors et posa sa main à plat sur sa tête, pour ensuite montrer sa différence de taille avec la jeune fille. Et, en effet, il lui arrivait seulement au nez. Maintenant, ce n'était plus nouveau pour Meg d'être plus grande que les autres - et même des enfants plus âgés qu'elle, comme ce garçon - car elle avait toujours dépasser ses camarades d'au-moins quelques centimètres, mais ça la blessait toujours un peu qu'on en parle, comme si sa taille devait obligatoirement apparaître dans une conversation. Un instant, son sourire disparut, mais il revint bien vite quand elle se souvint que le garçon s'était taquiné lui-même de sa petite taille.
T'inquiète pas va, tout va bien se passer. Tu vas te faire plein d'amis très rapidement, tu vas voir. Et si tu as de la chance, tu seras répartie chez Poufsouffle. Pas que les autres maisons ne sont pas bien hein, mais j'y suis et je m'y plais vraiment beaucoup! Tu as une préférence dans une des maisons que tu veux rejoindre? demanda alors le garçon.
La jeune fille espérait que ces paroles soient vraies, qu'elle se ferait plein d'amis et qu'elle s'y plairait aussi, mais ce qu'il ne savait pas, c'était qu'elle n'avait jamais vraiment eu de véritables amis. Comment s'en faire ? C'était là la plus grande question que se posait Margaret, ces derniers temps. Avec lui, ça lui avait paru si simple, si naturel, que c'en était déconcertant, mais tous les élèves ne devaient pas être aussi gentils et drôles. Et puis, tout le monde ne la rassurerait pas après qu'elle leur ait fait tomber un livre sur la tête...
J'espère... marmonna Meg en baissant les yeux vers ses pieds. Mais je ne suis pas très douée pour me lier d'amitié avec les gens...
Cet aveu la surprit, car c'était venu tout seul. Mais elle se reprit bien vite et continua :
Pour ma maison, je n'en ai aucunes idées, mais ma mère est allée à Serdaigle et ma grand-mère à Poufsouffle. Je pense que j'irais dans une de ces deux-là. Et puis si tu dis que Poufsouffle c'est bien, alors je te crois ! Et sinon... les cours c'est pas trop dur ?
C'était le second point qui la turlupinait, après le problème des amis. N'ayant jamais eu de vrais cours, ni de notes, elle ne savait pas du tout comment cela se passait, ni si elle y arriverait. Sa mère lui soutenait qu'elle se débrouillerait très bien, mais Margaret n'en était pas si sûre.

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La fille rigola quand Ethan lui expliqua en résumé à quoi tenait la xylomancie. Elle se demandait qui pouvait bien croire à ce genre de choses. Pour être franc, lui aussi se le demandait. Est-ce que les professeurs croiraient les prédictions d'un xylomanien par exemple?

- Je n'en ai aucune idée, à vrai dire. Dit comme ça, ça parait farfelu, rigola-t-il avec elle. Peut-être qu'on changerait d'avis si on lisait le livre, va savoir? Après tout un moldu aurait aussi du mal à croire ce qu'un sorcier est capable de faire sans le voir.

Il fut étonné d'entendre la fillette lui dire qu'elle n'était pas très douée pour se lier d'amitié avec d'autres personnes. Elle était pourtant pour là, devant lui, souriante, à discuter comme si de rien n'était. Chez certains sorciers, cela se lisait sur leur visage comme une église au milieu du village, mais ce n'était pas du tout le cas de la jeune fille qui lui faisait face.

- Eh bien, si tu évites de leur lancer des livres sur la tête, tu verras que c'est facile de se lier avec les personnes avec qui tu vas passer tout ton temps. Au fait, moi c'est Ethan Threepipes, ajouta-t-il, se rendant compte qu'il ne s'était pas encore présenté. Sa maman l'aurait certainement grondé d'avoir tant tardé.

Elle lui demanda ensuite si les cours n'étaient pas trop difficile. Ethan jeta un oeil à la ronde pour voir si il n'y avait aucun membre du corps professoral, ou s'y rapprochant, dans les parages pour lui donner son avis. On ne sait jamais comment ce genre de discussion peut tourner.

- Ce n'est pas si difficile que ça. A peine plus que ce qu'on a eu jusqu'à présent à l'école moldue, je dirais. Il se rendit compte qu'elle n'avait peut-être pas suivi des cours dans une école moldue mais préféra continuer. Avec assez de travail, c'est à la portée de tout le monde, j'dirais. C'est surtout en Histoire de la Magie que j'ai difficile. Parce que ça m'ennuie... dit-il plus doucement et en tirant la langue comme s'il venait d'avaler un ver de terre. Il y a un cours que tu aimerais découvrir en particulier?

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Eh bien, si tu évites de leur lancer des livres sur la tête, tu verras que c'est facile de se lier avec les personnes avec qui tu vas passer tout ton temps. Au fait, moi c'est Ethan Threepipes, déclara le garçon.
Meg esquissa un sourire en entendant ses paroles ; c'était exactement ce qu'elle se disait à l'instant. Malheureusement, rien n'était plus facile pour une fervente lectrice doublée d'une incorrigible maladroite que de faire tomber des livres sur la tête de ses camarades. Elle ne doutait pas que cette fois-ci n'était pas la dernière, mais elle ne préféré rien dire. Elle ferait attention à provoquer des rencontres d'une façon moins douloureuse pour la personne en face, à l'avenir. Et puis, ça semblait si simple de discuter tranquillement, sans stress ni questions sur ce qu'elle allait dire après, qu'elle se dit qu'il avait peut-être raison. Après tout, l'être humain (et les sorciers n'ayant jamais familiarisé avec d'autres personnes que des chats et des amis imaginaires y compris) était fait pour se rencontrer, non ?
Je vais essayer, la prochaine fois... Ravie de te rencontrer, Ethan. Moi c'est Margaret Hunter, mais je préfère qu'on m'appelle Meg, c'est plus court et c'est plus beau.
C'était la première fois qu'elle se présentait vraiment à un enfant de son âge - les Moldus connaissaient déjà son nom, et pas question pour eux de l'appeler par son diminutif, ils la surnommaient "l'asperge cheloue" et elle n'était rien d'autre à leurs yeux - et ça lui faisait un peu bizarre. Aurait-elle dut dire simplement son nom ? Devait-elle donner son surnom tout de suite ou ça paraissait un peu bizarre ?
Elle pinça la bouche, agacée par ces questionnements incessants. Elle voulait avoir une discussion normale, naturelle, sans questions pénibles qui lui traversaient l'esprit. Et puis tant pis si elle ne faisait pas comme il le fallait, tant pis si elle était bizarre. A force, elle s'était habituée à cette étiquette.
Ethan lui expliqua alors que ce n'était pas plus difficile qu'à l'école Moldue, et qu'il suffisait de travailler. Le problème, c'était que Meg n'avait jamais été à l'école et n'avait jamais vraiment travailler comme l'entendait les autres enfants, sa mère lui donnant des cours ludiques et amusants qui se rapprochaient plus du jeu que de la contrainte. Cette affirmation ne fit que croître l'anxiété de la jeune fille. Puis le garçon lui demanda quelle matière elle avait hâte de découvrir.
Ma maman m'a expliqué plein de trucs sur les potions et la Botanique, donc ça me donne très envie. Sinon, je ne sais pas trop. Pour les sortilèges, j'ai peur de faire n'importe quoi avec ma baguette...
Elle s'arrêta quelques instants, pensive, en réfléchissant aux autres matières proposées à Poudlard. Elle les connaissait toutes mais, mis à part les Potions et la Botanique, ce n'étaient que des mots vagues sans sens pour elle. Elle ne s'était jamais penchée sur la question.
Et toi ? reprit-elle. C'est quoi tes cours préférés ?

“She read about people she could never be and adventures she would never have”
Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin #PouffyFamily