Face au Grand Noir
Samedi 15 octobre 2044 — Matinée
Rives du Lac Noir — Poudlard
4ème année
« C’est important d’s’entraîner.
— C’est vrai. »
J'acquiesce, heureuse que Zikomo soit de mon côté.
« Ça sert à rien d’apprendre un sortilège si on le teste jamais, hein ?
— En effet.
— Et j’aurais pu l’tester d’une autre façon, c’est sûr, mais ça sert à rien d’choisir la facilité, surtout en magie. La magie doit être mise à l’épreuve. Et d’ailleurs, j’vais essayer ce sortilège dans plein d’cas différents.
— Tu as bien raison.
— C’que j’vais faire là, c’est nécessaire, c’est important. »
Zikomo et moi quittons le chemin pour prendre la direction du lac. Le ciel est couvert aujourd’hui, à ma plus grande frustration. Mais il est hors de question que je repousse cet entraînement. Déjà, je l’ai repoussé toute la semaine alors que cela fait un certain temps que j’ai appris ce sortilège. J’ai de l’avance sur le programme, c’est hors de question que je la perde en repoussant encore et encore. J’aurais certes pu commencer l’entraînement plus tôt, d’une autre manière, mais c’est important de toujours commencer par le plus difficile. Ainsi, le reste sera plus aisé. C’est logique, logique. Alors, une fois encore, je repousse les craintes de mon coeur.
« Alors m’en dissuade pas, d'accord Zik ? Parce que j’dois l’faire aujourd’hui. » Le lac approche de plus en plus. Je déglutis. « Au moins, ça s’ra fait et j’pourrais passer au prochain sortilège.
— Je ne t’en dissuaderais pas. »
J’entends un sourire dans la voix de Zikomo. Je lui lance un coup d’oeil ; il est assis sur mon épaule et se laisse porter par le rythme de ma marche. Il me regarde d’un air innocent.
« Tu t’moques de moi ?
— Un peu.
— Pourquoi tu fais ça ? grimacé-je, affirmant ma prise sur mon sac lourd comme cadavre de veaudelune.
— Parce que ce n’est pas moi que tu cherches à convaincre avec ton discours, mais toi. » Je grogne. « Mais tu n’as pas à avoir peur, tu lances à merveille ce sortilège.
— J’ai pas peur ! »
Je mens. J’ai peur. Mais c’est parce que le lac est grand, le lac est profond. Il est sombre, noir. Noir comme la nuit, noir comme le ciel. Et tout le monde sait que le ciel est un gouffre sans fond, l’espace attend derrière, immense, prêt à nous dévorer — ce lac est un peu pareil. Zikomo n’insiste pas et le silence nous accompagne jusqu’à ce que nous arrivions au lac. Je laisse tomber mon sac sur la rive. Sur la droite, les pontons qui permettent aux habitants de naviguer sur le lac. Je les regarde un instant, y devinant la silhouette de quelques personnes, et me détourne. Zikomo saute à terre, je lui lance un regard misérable.
« Si y’a un truc qui va pas, tu vas chercher Thalia, hein ? »
Merlin, mais pourquoi suis-je partie sans elle ? Sur le coup, cela m’a semblé être une bonne idée. Après tout, il est des choses que nous devons affronter seul. Mais désormais, je le regrette. Zikomo est génial, mais malgré ses quatre pattes il ne pourra pas faire grand chose si le Grand Noir m’emporte.
« J’irais, je te le promets. Tu es certaine que le calmar ne te fera aucun mal ?
— T’es malade ! gueulé-je, courroucée. Calmar me fera jamais d’mal, jamais !
— Très bien, très bien. Et bien, vas-y avant d’avoir trop froid. »
Le coeur tambourinant dans son carcan, je sors de mon sac une serviette aux couleurs de Poufsouffle que je pose dans l’herbe — Zikomo s’installe aussitôt dessus — et ma baguette. Après une profonde respiration, je me redresse et observe le lac qui s’étend, grand et sombre devant moi. Les dernières fois où je me suis baignée, ce n’était pas pareil. J’avais mes frères avec moi, Papa et Maman, on jouait dans l’eau, nous nous éclaboussions. Et il faisait grand soleil, c’était l’été, il faisait chaud. Peu importe. *La magie a pas b’soin d’soleil*. La magie se suffit à elle-même. D’un geste, je retire ma cape violette. Dessous, je porte un vieux tee-shirt et un short. Je frissonne légèrement dans la brise ; le mois d’octobre est frais, mais pas autant que je le craignais.
« Bon, décidé-je en offrant mon regard à Zikomo. J’vais y’aller.
— Je te regarde. »
Je ne laisse pas l’hésitation m’envahir. Peu importe que la profondeur, le Grand Noir, m’effraie. Je ne suis plus une gamine qui a peur du vide, mais seulement lorsque celui-ci est recouvert d’eau. Je ne suis plus une gamine qui refuse de se baigner, malgré le fait qu’elle sache nager. Non, je suis une sorcière, je suis une bonne sorcière.
« Impervius, » soufflé-je, le bout de ma baguette dirigée vers mon corps. Je ne sens rien de particulier, mais je sais que j’ai réussi ; je les réussis tous. Dans la foulée, la gorge nouée, je prononce la baguette pointée vers le visage : « Testabullarum ».
La bulle se forme autour de mon visage. Le monde me parait légèrement plus flou, mais j’y vois toujours très bien. Un petit ricanement me déconcentre et je baisse la tête sur Zikomo qui se bidonne tout seul.
« Ton visage est tout déformé ! me dit-il, moqueur.
— Va t’faire voir, » marmonné-je.
Sans ne plus faire attention à lui, je m’avance vers l’eau. J’y plonge une jambe, puis la seconde, tremblant légèrement. L’eau est froide. *Fichue Écosse*. J’avance doucement, le coeur agité, le regard braqué devant moi et ma baguette serrée à m’en faire mal aux phalanges. *T’as pas peur, t’as pas peur*.
Putain, je crève de peur.
Rives du Lac Noir — Poudlard
4ème année
« C’est important d’s’entraîner.
— C’est vrai. »
J'acquiesce, heureuse que Zikomo soit de mon côté.
« Ça sert à rien d’apprendre un sortilège si on le teste jamais, hein ?
— En effet.
— Et j’aurais pu l’tester d’une autre façon, c’est sûr, mais ça sert à rien d’choisir la facilité, surtout en magie. La magie doit être mise à l’épreuve. Et d’ailleurs, j’vais essayer ce sortilège dans plein d’cas différents.
— Tu as bien raison.
— C’que j’vais faire là, c’est nécessaire, c’est important. »
Zikomo et moi quittons le chemin pour prendre la direction du lac. Le ciel est couvert aujourd’hui, à ma plus grande frustration. Mais il est hors de question que je repousse cet entraînement. Déjà, je l’ai repoussé toute la semaine alors que cela fait un certain temps que j’ai appris ce sortilège. J’ai de l’avance sur le programme, c’est hors de question que je la perde en repoussant encore et encore. J’aurais certes pu commencer l’entraînement plus tôt, d’une autre manière, mais c’est important de toujours commencer par le plus difficile. Ainsi, le reste sera plus aisé. C’est logique, logique. Alors, une fois encore, je repousse les craintes de mon coeur.
« Alors m’en dissuade pas, d'accord Zik ? Parce que j’dois l’faire aujourd’hui. » Le lac approche de plus en plus. Je déglutis. « Au moins, ça s’ra fait et j’pourrais passer au prochain sortilège.
— Je ne t’en dissuaderais pas. »
J’entends un sourire dans la voix de Zikomo. Je lui lance un coup d’oeil ; il est assis sur mon épaule et se laisse porter par le rythme de ma marche. Il me regarde d’un air innocent.
« Tu t’moques de moi ?
— Un peu.
— Pourquoi tu fais ça ? grimacé-je, affirmant ma prise sur mon sac lourd comme cadavre de veaudelune.
— Parce que ce n’est pas moi que tu cherches à convaincre avec ton discours, mais toi. » Je grogne. « Mais tu n’as pas à avoir peur, tu lances à merveille ce sortilège.
— J’ai pas peur ! »
Je mens. J’ai peur. Mais c’est parce que le lac est grand, le lac est profond. Il est sombre, noir. Noir comme la nuit, noir comme le ciel. Et tout le monde sait que le ciel est un gouffre sans fond, l’espace attend derrière, immense, prêt à nous dévorer — ce lac est un peu pareil. Zikomo n’insiste pas et le silence nous accompagne jusqu’à ce que nous arrivions au lac. Je laisse tomber mon sac sur la rive. Sur la droite, les pontons qui permettent aux habitants de naviguer sur le lac. Je les regarde un instant, y devinant la silhouette de quelques personnes, et me détourne. Zikomo saute à terre, je lui lance un regard misérable.
« Si y’a un truc qui va pas, tu vas chercher Thalia, hein ? »
Merlin, mais pourquoi suis-je partie sans elle ? Sur le coup, cela m’a semblé être une bonne idée. Après tout, il est des choses que nous devons affronter seul. Mais désormais, je le regrette. Zikomo est génial, mais malgré ses quatre pattes il ne pourra pas faire grand chose si le Grand Noir m’emporte.
« J’irais, je te le promets. Tu es certaine que le calmar ne te fera aucun mal ?
— T’es malade ! gueulé-je, courroucée. Calmar me fera jamais d’mal, jamais !
— Très bien, très bien. Et bien, vas-y avant d’avoir trop froid. »
Le coeur tambourinant dans son carcan, je sors de mon sac une serviette aux couleurs de Poufsouffle que je pose dans l’herbe — Zikomo s’installe aussitôt dessus — et ma baguette. Après une profonde respiration, je me redresse et observe le lac qui s’étend, grand et sombre devant moi. Les dernières fois où je me suis baignée, ce n’était pas pareil. J’avais mes frères avec moi, Papa et Maman, on jouait dans l’eau, nous nous éclaboussions. Et il faisait grand soleil, c’était l’été, il faisait chaud. Peu importe. *La magie a pas b’soin d’soleil*. La magie se suffit à elle-même. D’un geste, je retire ma cape violette. Dessous, je porte un vieux tee-shirt et un short. Je frissonne légèrement dans la brise ; le mois d’octobre est frais, mais pas autant que je le craignais.
« Bon, décidé-je en offrant mon regard à Zikomo. J’vais y’aller.
— Je te regarde. »
Je ne laisse pas l’hésitation m’envahir. Peu importe que la profondeur, le Grand Noir, m’effraie. Je ne suis plus une gamine qui a peur du vide, mais seulement lorsque celui-ci est recouvert d’eau. Je ne suis plus une gamine qui refuse de se baigner, malgré le fait qu’elle sache nager. Non, je suis une sorcière, je suis une bonne sorcière.
« Impervius, » soufflé-je, le bout de ma baguette dirigée vers mon corps. Je ne sens rien de particulier, mais je sais que j’ai réussi ; je les réussis tous. Dans la foulée, la gorge nouée, je prononce la baguette pointée vers le visage : « Testabullarum ».
La bulle se forme autour de mon visage. Le monde me parait légèrement plus flou, mais j’y vois toujours très bien. Un petit ricanement me déconcentre et je baisse la tête sur Zikomo qui se bidonne tout seul.
« Ton visage est tout déformé ! me dit-il, moqueur.
— Va t’faire voir, » marmonné-je.
Sans ne plus faire attention à lui, je m’avance vers l’eau. J’y plonge une jambe, puis la seconde, tremblant légèrement. L’eau est froide. *Fichue Écosse*. J’avance doucement, le coeur agité, le regard braqué devant moi et ma baguette serrée à m’en faire mal aux phalanges. *T’as pas peur, t’as pas peur*.
Putain, je crève de peur.
Face au Grand Noir
Samedi 15 octobre 2044 — Matinée
Rives du Lac Noir — Poudlard
@Aelle Bristyle et @Elowen Livingstone
L'air était lourd en cette journée d'octobre. Trop lourd, comme si un violent orage se préparait à pointer le bout de son nez. La chaleur en était étouffante, et d'épais nuages sombres tapissaient le ciel, plongeant le chateau dans une obscurité inquiétante. De son côté, Elowen ne remarqua rien, trop occupée à rêvasser pour porter une quelconque attention à ce détail.
Bien trop heureuse de ne pas avoir cours en ce jour, elle se réjouissait de pouvoir aller passer quelques minutes dans le parc, son havre de paix, son petit coin de paradis, en compagnie de toute cette végétation. Elle avait promis aux filles qu'elle ne serait pas longue, elle avait juste besoin de sortir, de respirer, de se rouler dans l'herbe. Elle avait besoin de ce petit bonheur qui lui donnait du courage. C'était sa force, sa vitalité. Son essence.
En chanson, elle marchait, sifflotant, en direction du lac. Elle s'y rendait souvent ces temps-ci, le lieu l'inspirant pour réfléchir. Non pas qu'Elowen réfléchisse beaucoup, simplement, elle aimait se retrouver seule parfois, pour chantonner le plus souvent. Lorsqu'elle mettait en marche son cerveau, elle imaginait l'avenir, se voyant déjà dans son petit commerce improvisé sur le Chemin de Traverse.
La voilà qui sifflotait un air qu'elle jugeait comme profondément inspirant. Une vieille chanson Moldue, rien de plus, mais elle la trouvait fort sympathique. Rosa la lui faisait souvent écouter, sur son MP8.
Elle courrait à présent, les cheveux au vent. Le ciel commençait à gronder, mais elle n'y prêta pas attention. Elle atteint le lac, tout sourire, et se jeta dans l'herbe. "Cueille une pâquerette" lui murmura son esprit, alors elle en attrapa une et la posa derrière son oreille. "Calmar." Non, cette fois-ci, ce n'était pas son esprit qui lui parlait.
Un bruit. Des voix. Une voix. Une fille. Que faisait-elle là ? Qui était-elle ? Que faisait-elle tout court ? Elle avait la baguette pointée sur son front et Elowen commença à craindre le pire. La panique lui serra le coeur, l'immobilisant. Elle devait faire quelque chose, alors pourquoi ne parvenait-elle pas à bouger ? Un éclair jaillit, et la fillette sembla rester immobile. Elle la voyait au loin, c'était une blonde, une Poufsouffle au premier abord.
Point de temps pour ces constats inutiles, Elowen fut libérée de sa paralysie. Elle s'élança de l'avant au moment ou l'étrangère entrait dans l'eau. La rejoindre lui prit quelques dizaines de secondes, bien trop longues à son goût.
La rousse se jeta en avant, tombant de tout son poids contre l'inconnue, pénétrant à son tour dans le froid du Lac. Elle la serra fort dans ses bras et enfouit sa tête dans son cou, tout en sanglotant. Elle murmura alors :
-Tout va bien crevette, ça va aller, je te le promets, je suis là.
Rives du Lac Noir — Poudlard
@Aelle Bristyle et @Elowen Livingstone
L'air était lourd en cette journée d'octobre. Trop lourd, comme si un violent orage se préparait à pointer le bout de son nez. La chaleur en était étouffante, et d'épais nuages sombres tapissaient le ciel, plongeant le chateau dans une obscurité inquiétante. De son côté, Elowen ne remarqua rien, trop occupée à rêvasser pour porter une quelconque attention à ce détail.
Bien trop heureuse de ne pas avoir cours en ce jour, elle se réjouissait de pouvoir aller passer quelques minutes dans le parc, son havre de paix, son petit coin de paradis, en compagnie de toute cette végétation. Elle avait promis aux filles qu'elle ne serait pas longue, elle avait juste besoin de sortir, de respirer, de se rouler dans l'herbe. Elle avait besoin de ce petit bonheur qui lui donnait du courage. C'était sa force, sa vitalité. Son essence.
En chanson, elle marchait, sifflotant, en direction du lac. Elle s'y rendait souvent ces temps-ci, le lieu l'inspirant pour réfléchir. Non pas qu'Elowen réfléchisse beaucoup, simplement, elle aimait se retrouver seule parfois, pour chantonner le plus souvent. Lorsqu'elle mettait en marche son cerveau, elle imaginait l'avenir, se voyant déjà dans son petit commerce improvisé sur le Chemin de Traverse.
"Fill my heart with song and let me sing for ever more
You are all I long for
All I worship and adore
In other words, please be true
In other words, I love you"
You are all I long for
All I worship and adore
In other words, please be true
In other words, I love you"
La voilà qui sifflotait un air qu'elle jugeait comme profondément inspirant. Une vieille chanson Moldue, rien de plus, mais elle la trouvait fort sympathique. Rosa la lui faisait souvent écouter, sur son MP8.
"Fill my heart with song
Let me sing for ever more
You are all I long for, all I worship and adore"
Let me sing for ever more
You are all I long for, all I worship and adore"
Elle courrait à présent, les cheveux au vent. Le ciel commençait à gronder, mais elle n'y prêta pas attention. Elle atteint le lac, tout sourire, et se jeta dans l'herbe. "Cueille une pâquerette" lui murmura son esprit, alors elle en attrapa une et la posa derrière son oreille. "Calmar." Non, cette fois-ci, ce n'était pas son esprit qui lui parlait.
Un bruit. Des voix. Une voix. Une fille. Que faisait-elle là ? Qui était-elle ? Que faisait-elle tout court ? Elle avait la baguette pointée sur son front et Elowen commença à craindre le pire. La panique lui serra le coeur, l'immobilisant. Elle devait faire quelque chose, alors pourquoi ne parvenait-elle pas à bouger ? Un éclair jaillit, et la fillette sembla rester immobile. Elle la voyait au loin, c'était une blonde, une Poufsouffle au premier abord.
Point de temps pour ces constats inutiles, Elowen fut libérée de sa paralysie. Elle s'élança de l'avant au moment ou l'étrangère entrait dans l'eau. La rejoindre lui prit quelques dizaines de secondes, bien trop longues à son goût.
La rousse se jeta en avant, tombant de tout son poids contre l'inconnue, pénétrant à son tour dans le froid du Lac. Elle la serra fort dans ses bras et enfouit sa tête dans son cou, tout en sanglotant. Elle murmura alors :
-Tout va bien crevette, ça va aller, je te le promets, je suis là.
Le tonnerre gronda.
Dernière modification par Elowen Livingstone le 17 mai 2020, 21:48, modifié 1 fois.
Face au Grand Noir
Ce lac n’est pas normal. Je l’ai toujours su. J’ai passé assez de temps à le mirer à la recherche du Calmar, alors je sais de quoi je parle. Il est sombre, il est profond, il est impénétrable. Ce n’est pas un lac normal. *Putain d’Lac Noir*. Jamais vu une chose mieux porter son nom que cette étendue d’eau glaciale. Dans mes souvenirs de lacs, j’en ai quelques uns, l’eau était bleue comme le ciel, parfois transparente au possible — ceux-là étaient mes préférés, je pouvais y voir mes pieds et nager aussi loin que je le voulais sans me faire rattraper par le Grand Noir. Mais là, impossible. Je me suis éloignée d’un mètre de la plage, et me voilà déjà envahie par son ombre. Je sens son étreinte glacée dans mes entrailles, son souffle putride dans ma gorge. Il va me tirer vers le fond et alors je disparaîtrais dans son immensité. Je ne mourrais pas, non. On ne meurt pas dans l’immensité. On se contente de flotter à jamais, sans contrôle, sans décider que faire de ses quatre membres, sans avoir le moindre petit contrôle sur la direction que l’on prend. C’est ça, le Grand Noir ; l’attente, terrible, et la vie qui nous bâillonne et qui nous possède jusqu’à ce que l’on s’oublie soi-même et—
« Allez Aelle, vas-y ! »
La voix de Zikomo m’arrache à mes pensées, mon coeur sursaute. Je reviens à moi, face à cette immensité, m’extirpe de ma peur. Je tremble. Je suis pitoyable à barboter de la sorte, Zik a raison. Je secoue la main dans les airs, comme si j’acquiesçais aux paroles du Mngwi.
Mais le fait est que j’ai peur.
Je ne vois pas mes pieds. Bordel, j’ai de l’eau jusqu’au dessus des genoux et je ne vois même pas mes pieds ! Mon coeur s’emballe comme un foutu idiot dans ma poitrine, mon souffle se coupe. Je ferme les yeux une fraction de seconde. *Respire, bordel, respire*. Ce n’est que de l’eau. Je sais nager, Calmar viendra m’aider si l’on m’attaque, je lance à la merveille le Sortilège d'Expulsion si un sale Strangulot m’attaque, ou même le Sortilège de Répulsion. Je me remémore leur utilisation, au cas où. Et dernier point notable : j’ai une bulle autour de la tête, je peux respirer, je ne vais pas flotter à l’infini dans un espace sombre et noir sans contrôle. Tout va bien.
Tout va bien. J’ouvre les yeux et avance d’un mètre de plus. L’eau dépasse mes cuisses. L’eau noire, l’eau d’obscur. Comme si la nuit avait dégringolé du ciel pour se retrouver là. Peu à peu, mon coeur s’apaise, je retrouve mon souffle. Ma main est moite, mais j’affirme ma prise sur ma baguette. Je reprends le contrôle. Je suis une sorcière, je suis une très bonne sorcière. Et je vais mettre à l’épreuve l’un de mes sortilèges. Je vais même y prendre du plaisir.
Le silence, l’obscur. Le Grand Noir ; ma respiration. Le regard de Zikomo sur moi. La brise timide du mois d’octobre. Les montagnes qui me dominent.
Tout se brise quand un monstre entre dans l’eau. Des clapotements ; on court vers moi. Je me retourne en panique, une grimace d’effroi sur les traits, terrifiée par ce qui m’arrive dessus, par la présence que je sens dans mon dos, par le boucan que font ses pas. *L’Grand Noir !* ai-je le temps d’hurler dans ma tête avant que l’impact ne me coupe le souffle. Des bras tout autour de moi, un visage dans ma nuque, des cheveux partout, des mots que l’on me jette violemment.
« Tout va bien crevette... »
Et elle me serre !
« ...ça va aller... »
Je tombe en arrière !
« ...je te le promets... »
Elle veut me tuer !
« ...je suis là. »
Sous le poids, je m’effondre dans l’eau.
Le sortilège me permet de respirer et pourtant je suffoque. Paniquée, je me débats dans tous les sens pour m’extirper de cette masse qui veut me couler. Je donne des coups de poing, des coups de pied, je tire cette masse rousse qui flotte devant moi. Et enfin je me débarrasse de sa poigne mortelle. Je m’éloigne, fuyant comme une lâche, brassant l’eau pour avancer. Je me lève, je cours dans l'eau, je tombe en avant. Dans ma main, ma baguette ; je me souviens d’elle avec un bonheur si pur, un soulagement si puissant, que les larmes m’en montent aux yeux.
Je me retourne, vise la Furie.
« Non, Aelle ! »
Elle est là ! Les mots quittent ma bouche : « Repulso ! ». Le sortilège fuse et frappe la fille. *Une fille ?*. Une fille rousse. Ma panique a bouffé la puissance de mon sortilège, mais ça devrait suffire pour la repousser loin de moi.
Je sors de l’eau en catastrophe et tombe sur la rive, plantant mes genoux dans la terre. La bulle est encore autour de mon visage, m’apporte mon air. Je respire fort et vite. J’ai mal aux poumons et mon coeur bat si fort qu’il finira certainement par s’arracher de mon corps et tomber sur le sol, là, devant moi.
« Ça va, Aelle ? » Zikomo. Il s’approche de moi en trottinant, un air désabusé sur le museau. Il paraît inquiet, ça me rassure. « Je ne sais pas ce qu’il lui a pris, chuchote-t-il, tu devrais aller la voir. Ce n’était qu’une fille tu sais. »
Une fille.
*Une fille*.
Je me redresse vivement, baguette en main. *Une fille, hein ?*. Elle est là. La colère envahit mes veines, me brûle la peau. Mon poing se crispe sur mon arme, mon visage se fend sous la rage. Quelques pas colériques me rapprochent d’elle.
« T’ES MALADE, PUTAIN ! » hurlé-je de toute la force de mes poumons.
C’est ça, hurle-lui dessus, fais lui payer ! Elle est allumée, cette fille, complètement allumée !
« Tu voulais m’noyer, c’est ça ? C’est ça qu’tu voulais faire ? » Je brandis ma baguette dans sa direction. « J’te jure qu’tu vas l’payer, espèce de malade ! D’un sortilège, j’peux t’envoyer au milieu du lac, c’est clair ? Et tu verras c’que ça fait DE MANQUER D’AIR ! »
« Allez Aelle, vas-y ! »
La voix de Zikomo m’arrache à mes pensées, mon coeur sursaute. Je reviens à moi, face à cette immensité, m’extirpe de ma peur. Je tremble. Je suis pitoyable à barboter de la sorte, Zik a raison. Je secoue la main dans les airs, comme si j’acquiesçais aux paroles du Mngwi.
Mais le fait est que j’ai peur.
Je ne vois pas mes pieds. Bordel, j’ai de l’eau jusqu’au dessus des genoux et je ne vois même pas mes pieds ! Mon coeur s’emballe comme un foutu idiot dans ma poitrine, mon souffle se coupe. Je ferme les yeux une fraction de seconde. *Respire, bordel, respire*. Ce n’est que de l’eau. Je sais nager, Calmar viendra m’aider si l’on m’attaque, je lance à la merveille le Sortilège d'Expulsion si un sale Strangulot m’attaque, ou même le Sortilège de Répulsion. Je me remémore leur utilisation, au cas où. Et dernier point notable : j’ai une bulle autour de la tête, je peux respirer, je ne vais pas flotter à l’infini dans un espace sombre et noir sans contrôle. Tout va bien.
Tout va bien. J’ouvre les yeux et avance d’un mètre de plus. L’eau dépasse mes cuisses. L’eau noire, l’eau d’obscur. Comme si la nuit avait dégringolé du ciel pour se retrouver là. Peu à peu, mon coeur s’apaise, je retrouve mon souffle. Ma main est moite, mais j’affirme ma prise sur ma baguette. Je reprends le contrôle. Je suis une sorcière, je suis une très bonne sorcière. Et je vais mettre à l’épreuve l’un de mes sortilèges. Je vais même y prendre du plaisir.
Le silence, l’obscur. Le Grand Noir ; ma respiration. Le regard de Zikomo sur moi. La brise timide du mois d’octobre. Les montagnes qui me dominent.
Tout se brise quand un monstre entre dans l’eau. Des clapotements ; on court vers moi. Je me retourne en panique, une grimace d’effroi sur les traits, terrifiée par ce qui m’arrive dessus, par la présence que je sens dans mon dos, par le boucan que font ses pas. *L’Grand Noir !* ai-je le temps d’hurler dans ma tête avant que l’impact ne me coupe le souffle. Des bras tout autour de moi, un visage dans ma nuque, des cheveux partout, des mots que l’on me jette violemment.
« Tout va bien crevette... »
Et elle me serre !
« ...ça va aller... »
Je tombe en arrière !
« ...je te le promets... »
Elle veut me tuer !
« ...je suis là. »
Sous le poids, je m’effondre dans l’eau.
Le sortilège me permet de respirer et pourtant je suffoque. Paniquée, je me débats dans tous les sens pour m’extirper de cette masse qui veut me couler. Je donne des coups de poing, des coups de pied, je tire cette masse rousse qui flotte devant moi. Et enfin je me débarrasse de sa poigne mortelle. Je m’éloigne, fuyant comme une lâche, brassant l’eau pour avancer. Je me lève, je cours dans l'eau, je tombe en avant. Dans ma main, ma baguette ; je me souviens d’elle avec un bonheur si pur, un soulagement si puissant, que les larmes m’en montent aux yeux.
Je me retourne, vise la Furie.
« Non, Aelle ! »
Elle est là ! Les mots quittent ma bouche : « Repulso ! ». Le sortilège fuse et frappe la fille. *Une fille ?*. Une fille rousse. Ma panique a bouffé la puissance de mon sortilège, mais ça devrait suffire pour la repousser loin de moi.
Je sors de l’eau en catastrophe et tombe sur la rive, plantant mes genoux dans la terre. La bulle est encore autour de mon visage, m’apporte mon air. Je respire fort et vite. J’ai mal aux poumons et mon coeur bat si fort qu’il finira certainement par s’arracher de mon corps et tomber sur le sol, là, devant moi.
« Ça va, Aelle ? » Zikomo. Il s’approche de moi en trottinant, un air désabusé sur le museau. Il paraît inquiet, ça me rassure. « Je ne sais pas ce qu’il lui a pris, chuchote-t-il, tu devrais aller la voir. Ce n’était qu’une fille tu sais. »
Une fille.
*Une fille*.
Je me redresse vivement, baguette en main. *Une fille, hein ?*. Elle est là. La colère envahit mes veines, me brûle la peau. Mon poing se crispe sur mon arme, mon visage se fend sous la rage. Quelques pas colériques me rapprochent d’elle.
« T’ES MALADE, PUTAIN ! » hurlé-je de toute la force de mes poumons.
C’est ça, hurle-lui dessus, fais lui payer ! Elle est allumée, cette fille, complètement allumée !
« Tu voulais m’noyer, c’est ça ? C’est ça qu’tu voulais faire ? » Je brandis ma baguette dans sa direction. « J’te jure qu’tu vas l’payer, espèce de malade ! D’un sortilège, j’peux t’envoyer au milieu du lac, c’est clair ? Et tu verras c’que ça fait DE MANQUER D’AIR ! »
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Des coups. Des coups violents, qui lui tailladent les côtes. Qui lui détruisent le ventre. Des ongles qui lui griffent le dos. Des pleurs. Ses pleurs qui l'empêchent de hurler, de comprendre, et ses yeux grand ouverts qui s'immobilisent. Son regard se vide. Elle a mal.
Et soudain, son corps vole. Accompagnée par le formidable orchestre céleste, Elowen est projetée en arrière. Conséquence de la violence de l'Étrangère. Le tonnerre gronde, et son corps se brise, telle une petite chose fragile n'ayant su résister à la violence du monde.
De la violence. Voila tout. La rousse ne s'attendait pas à ceci. Elle avait eu si peur pour l'Inconnue et voila que par sa faute, elle ne se sentait plus être. Elle ne comprenait pas, son âme s'égarait, et elle volait toujours. Elle eut le temps de réfléchir à toutes ces choses là, à la panique qui lui était montée à la gorge, à l'irrépressible envie de sauver cette personne, il faut dire qu'Elowen aimait les gens. Elle les aimait tant que c'en devenait égoïste, elle avait besoin d'eux dans ce monde, ils ne pouvaient être ailleurs. Ils devaient vivre, si ce n'était pas pour eux, au moins que ça le soit pour elle. Ils devaient vivre. Elle devait vivre. Elle.
Elle qui venait de lui couper le souffle, de réagir comme une sauvage, avant tant de véhémence, comment cela se faisait-il ?
Impact du choc dans 3...
Elle était propulsée en arrière, et son cerveau tournait si vite, toutes ses pensées se confondaient, elle ne comprenait plus.
2...
Que venait-il de se passer ?
1...
Que tout ceci s'arrête ! Elle hurlait, se débattait, mais restait statique. Elowen avait perdu le contrôle de son corps, plus rien ne lui obéissait.
Son corps entra dans l'eau et Elowen en eut la respiration coupée. Le froid la transit, le choc la secoua, elle ne sentait plus. Elle crut percevoir des voix, mais elle n'en était pas certaine. Elle qui avait toujours vécu à la campagne n'avait jamais appris à nager, et, si loin du bord, elle se sentait s'enfoncer dans les profondeurs du lac. Ce beau lac. Celui avec lequel elle partageait tout, celui en qui elle avait confiance, et le voila qui essayait de l'attraper, de lui ôter la vie, sa petite vie minable et insignifiante.
Trahie, volée, délaissée.
Voilà tout ce que ressentait la jeune fille.
Non.
Non cela ne se passerait pas ainsi. La petite voulait vivre, alors elle se débattit. Agitant les jambes avec ferveur, elle parvint à ramener sa tête à la surface, mais elle avait si mal. Elle goba une bulle d'air avant de replonger, et de répéter ce manège pendant quelques secondes. Une éternité, lui sembla-t-il.
Si proche d'elle mais si loin à la fois, la blonde hurla. Elle criait comme si sa vie en dépendait, elle laissait couler sa haine contre le petit corps d'Elowen qui s'enfonçait à chaque fois un peu plus. Les mots de la fillette avaient l'effet de coups de couteaux, et à chaque agression prononcée, la rousse se recroquevillait.
-Espèce de malade !
C'était tout, ce seraient donc les derniers mots qu'elle percevrait. Et cette fille qui ne faisait rien pour l'aider, elle criait, s'énervait, mais ne bougeait pas. Elle ne faisait qu'observer le triste spectacle qui se tenait devant ses yeux.
-Pardonne...
Elle coulait presque, prête à abandonner sa lutte. Son combat. Sa vie.
-Moi, Étrangère.
Elle n'entendait déjà plus la suite, et doutait même que sa petite voix criarde ait été entendue, étant donné le peu de forces qu'il lui restait.
Manquer d'air, voilà la véritable cause de son malheur. Sa bonté, peut-être sa naïveté aussi, mais elle ne se sentait pas trahie par son caractère, au contraire. Elle serait reste fidèle à elle même jusqu'au bout. Jusqu'au bout... Jamais elle n'aurait pu imaginer sa fin si proche, mais déjà tous ses espoirs s'envolaient.
Mais au fond d'elle, elle en voulait à cet élément qu'elle chérissait tant. Elle en voulait à la nature de ne pas l'avoir doté de branchies. Elle en voulait à l'air de se refuser à elle. Elowen pleurait mais ses pleurs restaient invisibles sous cette masse sombre et aqueuse du lac. Elle se noyait.
Dans sa dernière inspiration, elle regarda la Poufsouffle droit dans les yeux. Ses yeux plongés au fond du regard noir de jais de l'Étrangère. Elle trouvait un certain confort à regarder les gens, à les cerner, et c'est ce semblant de bonheur qu'elle recherchait à cet instant précis.
Elle sourit et plongea vers les profondeurs du lac, tout en pensant une dernière fois à son chat.
Des coups. Des coups violents, qui lui tailladent les côtes. Qui lui détruisent le ventre. Des ongles qui lui griffent le dos. Des pleurs. Ses pleurs qui l'empêchent de hurler, de comprendre, et ses yeux grand ouverts qui s'immobilisent. Son regard se vide. Elle a mal.
Et soudain, son corps vole. Accompagnée par le formidable orchestre céleste, Elowen est projetée en arrière. Conséquence de la violence de l'Étrangère. Le tonnerre gronde, et son corps se brise, telle une petite chose fragile n'ayant su résister à la violence du monde.
De la violence. Voila tout. La rousse ne s'attendait pas à ceci. Elle avait eu si peur pour l'Inconnue et voila que par sa faute, elle ne se sentait plus être. Elle ne comprenait pas, son âme s'égarait, et elle volait toujours. Elle eut le temps de réfléchir à toutes ces choses là, à la panique qui lui était montée à la gorge, à l'irrépressible envie de sauver cette personne, il faut dire qu'Elowen aimait les gens. Elle les aimait tant que c'en devenait égoïste, elle avait besoin d'eux dans ce monde, ils ne pouvaient être ailleurs. Ils devaient vivre, si ce n'était pas pour eux, au moins que ça le soit pour elle. Ils devaient vivre. Elle devait vivre. Elle.
Elle qui venait de lui couper le souffle, de réagir comme une sauvage, avant tant de véhémence, comment cela se faisait-il ?
Impact du choc dans 3...
Elle était propulsée en arrière, et son cerveau tournait si vite, toutes ses pensées se confondaient, elle ne comprenait plus.
2...
Que venait-il de se passer ?
1...
Que tout ceci s'arrête ! Elle hurlait, se débattait, mais restait statique. Elowen avait perdu le contrôle de son corps, plus rien ne lui obéissait.
Son corps entra dans l'eau et Elowen en eut la respiration coupée. Le froid la transit, le choc la secoua, elle ne sentait plus. Elle crut percevoir des voix, mais elle n'en était pas certaine. Elle qui avait toujours vécu à la campagne n'avait jamais appris à nager, et, si loin du bord, elle se sentait s'enfoncer dans les profondeurs du lac. Ce beau lac. Celui avec lequel elle partageait tout, celui en qui elle avait confiance, et le voila qui essayait de l'attraper, de lui ôter la vie, sa petite vie minable et insignifiante.
Trahie, volée, délaissée.
Voilà tout ce que ressentait la jeune fille.
Non.
Non cela ne se passerait pas ainsi. La petite voulait vivre, alors elle se débattit. Agitant les jambes avec ferveur, elle parvint à ramener sa tête à la surface, mais elle avait si mal. Elle goba une bulle d'air avant de replonger, et de répéter ce manège pendant quelques secondes. Une éternité, lui sembla-t-il.
Si proche d'elle mais si loin à la fois, la blonde hurla. Elle criait comme si sa vie en dépendait, elle laissait couler sa haine contre le petit corps d'Elowen qui s'enfonçait à chaque fois un peu plus. Les mots de la fillette avaient l'effet de coups de couteaux, et à chaque agression prononcée, la rousse se recroquevillait.
-Espèce de malade !
C'était tout, ce seraient donc les derniers mots qu'elle percevrait. Et cette fille qui ne faisait rien pour l'aider, elle criait, s'énervait, mais ne bougeait pas. Elle ne faisait qu'observer le triste spectacle qui se tenait devant ses yeux.
-Pardonne...
Elle coulait presque, prête à abandonner sa lutte. Son combat. Sa vie.
-Moi, Étrangère.
Elle n'entendait déjà plus la suite, et doutait même que sa petite voix criarde ait été entendue, étant donné le peu de forces qu'il lui restait.
Manquer d'air, voilà la véritable cause de son malheur. Sa bonté, peut-être sa naïveté aussi, mais elle ne se sentait pas trahie par son caractère, au contraire. Elle serait reste fidèle à elle même jusqu'au bout. Jusqu'au bout... Jamais elle n'aurait pu imaginer sa fin si proche, mais déjà tous ses espoirs s'envolaient.
Mais au fond d'elle, elle en voulait à cet élément qu'elle chérissait tant. Elle en voulait à la nature de ne pas l'avoir doté de branchies. Elle en voulait à l'air de se refuser à elle. Elowen pleurait mais ses pleurs restaient invisibles sous cette masse sombre et aqueuse du lac. Elle se noyait.
Dans sa dernière inspiration, elle regarda la Poufsouffle droit dans les yeux. Ses yeux plongés au fond du regard noir de jais de l'Étrangère. Elle trouvait un certain confort à regarder les gens, à les cerner, et c'est ce semblant de bonheur qu'elle recherchait à cet instant précis.
Elle sourit et plongea vers les profondeurs du lac, tout en pensant une dernière fois à son chat.
Face au Grand Noir
Le souffle court, les poings serrés à m’en faire mal et la gorge irritée, je laisse mourir mon cri pour récupérer un brin d’air, prête à gueuler encore, gueuler autant que possible pour que le démon qui m’a attaqué prenne conscience des conséquences de ses actes. Mais lorsque je me redresse, ce n’est pas un visage penaud que je rencontre. Pas de visage, d’ailleurs, seulement une nuée de bras, de cheveux et de clapotis. Perplexe, j’en perds jusqu’à ma colère et je reste ainsi, les bras ballants, à regarder la Furie se débattre dans l’eau. Apparemment, mon sortilège a eu l’effet escompté et l’a repoussé ; je ne suis pas peu fière de l’avoir réussi malgré l’angoisse qui était la mienne lorsque je l’ai lancé. Mais, dans ma peur, je n’ai pas dirigé ma magie et la fille a été poussé jusque dans les profondeurs du lac. Une pensée lointaine s’installe dans ma tête : *elle se noie ?*. A peine ai-je le temps de me rendre compte qu’effectivement, elle a l’air de se noyer, essayant même de balbutier des mots que je ne comprends pas, qu’une vive ombre bleue me force à tourner la tête.
Zikomo arrive à toute allure vers moi, le regard fou et les crocs dévoilés. Il bondit, saute par dessus les pierres et s’arrête devant moi en un long dérapage qui fait voler les gravillons de la plage.
« Elle se noie, Aelle ! dit-il à bout de souffle. Par les Songes, va l’aider ! »
*Pas b’soin d’toi pour comprendre qu’elle se noyait !*, ai-je le temps de penser avant que l’horreur ne s’installe sur mes traits. Elle se noie, évidemment qu’elle se noie ! Putain, Merlin m’a flanqué une Autre en furie qui saute sur une personne qui entre dans l’eau alors qu’elle ne sait même pas nager ! Je pénètre tout à coup dans l’eau, levant les genoux pour aller plus, vite, baguette au poing, abandonnant le Mngwi sur le rivage. Je plonge bras en avant dans l’eau, éloignant de moi toutes mes craintes pour me concentrer sur mon objectif.
Barbotant, je m’avance tant bien que mal vers le dernier point où j’ai aperçu la fille. Celle-ci a disparu dans les profondeurs. La panique enserrant mon coeur, je plonge à mon tour, forte de la bulle que j’ai autour de la tête, et en poussant sur mes bras et mes jambes, je m’enfonce dans le Grand Noir. C’est sombre, là-dessous, sombre et silencieux. L’eau m’entoure, mais je suis bien trop fébrile pour ne serait-ce qu’avoir peur. Quelques secondes de nage me sont octroyées avant que je n'aperçois la silhouette pâlotte de la Furie, sa tignasse rousse flottant autour d’elle comme un halo.
Je nage au plus vite dans sa direction, le coeur battant de mille fracas terrifiants, respirant à vive allure dans ma bulle protectrice. Je verrouille mes doigts autour du poignet de l'enfant et remonte, battant des pieds avec autant de force que faire se peut. Je crève la surface de l’eau et tire le corps de la rousse jusqu’à ce qu’elle fasse de même. Alors seulement, je passe bras autour d'elle, bien que le contact me répugne. Pointant ma baguette sur son visage, je crache : « Testabullarum ». Semblable à la mienne, une bulle l’englobe et déforme ses traits. Si elle se débat, elle pourra au moins retrouver le Grand Noir avec la possibilité de respirer. Je resserre mes doigts autour de ma prise et, surveillant celle-ci du coin de l'oeil, je nage frénétiquement vers la plage.
« Bouge pas ! crié-je, hargneuse, la gueule à moitié dans l’eau. Et laisse-toi faire ou j’te laisse là. »
Déjà que la nage n’est pas l’une de mes activités favorites, je sais désormais que la nage à plusieurs l’est moins encore. Je secoue ridiculement les bras et les pieds, fichant ci-et-là des coups dans les jambes de l’Autre, essayant d’avancer assez vite pour que l’affaire ne traîne pas. Sur la rive, mes yeux verrouillent Zikomo qui nous regarde arriver avec appréhension. Je ne m’en détourne pas pour ne pas perdre le cap.
Zikomo arrive à toute allure vers moi, le regard fou et les crocs dévoilés. Il bondit, saute par dessus les pierres et s’arrête devant moi en un long dérapage qui fait voler les gravillons de la plage.
« Elle se noie, Aelle ! dit-il à bout de souffle. Par les Songes, va l’aider ! »
*Pas b’soin d’toi pour comprendre qu’elle se noyait !*, ai-je le temps de penser avant que l’horreur ne s’installe sur mes traits. Elle se noie, évidemment qu’elle se noie ! Putain, Merlin m’a flanqué une Autre en furie qui saute sur une personne qui entre dans l’eau alors qu’elle ne sait même pas nager ! Je pénètre tout à coup dans l’eau, levant les genoux pour aller plus, vite, baguette au poing, abandonnant le Mngwi sur le rivage. Je plonge bras en avant dans l’eau, éloignant de moi toutes mes craintes pour me concentrer sur mon objectif.
Barbotant, je m’avance tant bien que mal vers le dernier point où j’ai aperçu la fille. Celle-ci a disparu dans les profondeurs. La panique enserrant mon coeur, je plonge à mon tour, forte de la bulle que j’ai autour de la tête, et en poussant sur mes bras et mes jambes, je m’enfonce dans le Grand Noir. C’est sombre, là-dessous, sombre et silencieux. L’eau m’entoure, mais je suis bien trop fébrile pour ne serait-ce qu’avoir peur. Quelques secondes de nage me sont octroyées avant que je n'aperçois la silhouette pâlotte de la Furie, sa tignasse rousse flottant autour d’elle comme un halo.
Je nage au plus vite dans sa direction, le coeur battant de mille fracas terrifiants, respirant à vive allure dans ma bulle protectrice. Je verrouille mes doigts autour du poignet de l'enfant et remonte, battant des pieds avec autant de force que faire se peut. Je crève la surface de l’eau et tire le corps de la rousse jusqu’à ce qu’elle fasse de même. Alors seulement, je passe bras autour d'elle, bien que le contact me répugne. Pointant ma baguette sur son visage, je crache : « Testabullarum ». Semblable à la mienne, une bulle l’englobe et déforme ses traits. Si elle se débat, elle pourra au moins retrouver le Grand Noir avec la possibilité de respirer. Je resserre mes doigts autour de ma prise et, surveillant celle-ci du coin de l'oeil, je nage frénétiquement vers la plage.
« Bouge pas ! crié-je, hargneuse, la gueule à moitié dans l’eau. Et laisse-toi faire ou j’te laisse là. »
Déjà que la nage n’est pas l’une de mes activités favorites, je sais désormais que la nage à plusieurs l’est moins encore. Je secoue ridiculement les bras et les pieds, fichant ci-et-là des coups dans les jambes de l’Autre, essayant d’avancer assez vite pour que l’affaire ne traîne pas. Sur la rive, mes yeux verrouillent Zikomo qui nous regarde arriver avec appréhension. Je ne m’en détourne pas pour ne pas perdre le cap.
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Je suis sincèrement désolée pour ce changement de temps mais il me coûte trop d'écrire dans le passé, ce n'est pas naturel, j'espère que ça ne gênera pas trop à la lecture.
Le noir. L'obscurité la plus complète. Les abysses happent la jeune fille qui coule, s'enfonce, toujours plus profond. Ses tympans souffrent, prêts à exploser sous la violence de la pression, mais Elowen ne le sent plus. Elle ne sent absolument plus rien, elle n'est plus qu'une chose, un objet mou et sans vie qui s'enfonce dans les profondeurs du Grand Lac.
Ses yeux se ferment, son cerveau, en manque d'oxygène, ne réagit plus, ses petites mains potelées se désarticulent et s'offrent à l'eau qui les entoure. Une ultime bulle s'échappe d'entre ses lèvre et vient se nicher entre des mèches rousses qui lui masquent le visage. Lorsque de puissants bras l'attrapent et la tirent tant bien que mal hors de l'eau, Elowen ne s'en rend pas compte, elle reste inerte et se laisse trainer telle une masse, un objet, un cadavre.
De l'air.
Une immense quantité d'oxygène se faufile en elle par la commissure de ses lèvres, atteint ses poumons, réveille ses membres. Elle suffoque. Elle se pensait morte et la voilà étouffant, incapable de se faire à tant de vie en elle. Un cri déchirant vient briser le silence angoissant qui habite les lieux, elle est comme un nouveau né inspirant pour la première foi. Elowen vit une renaissance.
Toujours assez peu consciente de ce qui l'entoure, la fillette se débat, donnant ça-et-là des coups. Elle se sent retenue, prisonnière, elle est incapable de comprendre ce qu'il lui arrive, et cette voix qui lui dit d'un ton froid de cesser de gigoter. Cette voix. Sa voix. Cette fille. Que s'est-il passé ? Un flash. La noyade. Et des cheveux, roux d'abord, blonds ensuite. Elowen ouvre les yeux.
Face à elle se tient l'Étrangère, toute frêle, tremblante, qui nage en portant tant bien que mal quelque chose. Elowen regarde mieux, et comprend qu'elle est la chose tenue. Elle est cette masse qui menace de les couler toutes deux. L'Étrangère. Cette folle qui l'a noyée, que lui veut-elle à présent ? La fillette prend peur, se débat mais déjà le bord de l'eau approche, et cette inconnue qui ne la lâche pas.
Par Merlin, qui est cette fille ? Elle qui vient de tenter de la noyer la sauve à présent ? Elle reçoit un coup à nouveau, et c'en est trop. Tout est encore embrouillé dans l'esprit de la jeune Aigle, alors elle frappe dans tous les sens, avec ses poings, ses coudes, ses pieds, ses ongles entrent dans la chair de la fille blonde. Elle finit par se libérer de l'emprise de l'individu malintentionné, cette petite lunatique à l'allure suspecte, et heureusement pour elle, elle pose un pied sur la terre ferme, puis un second, elle court aussi vite que possible dans cette eau qui lui arrive encore jusqu'aux épaules, elle fuit comme si sa vie en dépendait. Elle se sent revivre.
Une fois étalée sur la berge, elle vomit ses tripes, immobile, n'ayant plus la force pour s'éloigner de l'Étrangère qui se rapproche à chaque fois plus. Paralysée par la peur, elle se laisse tomber sur l'herbe verte, consciente mais trop faible pour se mouvoir.
À nouveau, elle fixe les beaux yeux obscurs de sa sauveuse, et imagine un scénario. Elle ne comprend pas tout mais arrive à se convaincre que tout ceci n'est qu'un malentendu, qu'elle est fautive, qu'elle n'aurait pas du griffer ainsi la fillette.
-Pardonne-moi - lui murmure-t-elle à nouveau. Pardonne-moi, Étrangère.
Ce sont les seuls mots qu'elle a prononcé jusqu'alors, et à trois reprises qui plus est, mais elle s'en moque. Cela ne lui pose plus de problème, elle est déjà au plus bas. Comment va-t-elle faire pour nouer le dialogue avec cette suicidaire aux instincts bien particuliers ?
Toujours sur le dos, Elowen se met à rire de façon incontrôlée, elle ne se retient plus, ne pouvant plus se contenir devant tant d'incompréhension. Elle sait très bien que cela sera de courte durée car l'Inconnue n'a pas l'air d'être le style de personne à plaisanter. Mais rien n'y fait. La fillette glousse, des larmes lui coulent des yeux et bientôt sa folie hystérique se transforme en sanglots, elle pleure, traumatisée, apeurée, frustrée. Elle aurait pu y perdre la vie, elle le comprend enfin.
Je suis sincèrement désolée pour ce changement de temps mais il me coûte trop d'écrire dans le passé, ce n'est pas naturel, j'espère que ça ne gênera pas trop à la lecture.
Le noir. L'obscurité la plus complète. Les abysses happent la jeune fille qui coule, s'enfonce, toujours plus profond. Ses tympans souffrent, prêts à exploser sous la violence de la pression, mais Elowen ne le sent plus. Elle ne sent absolument plus rien, elle n'est plus qu'une chose, un objet mou et sans vie qui s'enfonce dans les profondeurs du Grand Lac.
Ses yeux se ferment, son cerveau, en manque d'oxygène, ne réagit plus, ses petites mains potelées se désarticulent et s'offrent à l'eau qui les entoure. Une ultime bulle s'échappe d'entre ses lèvre et vient se nicher entre des mèches rousses qui lui masquent le visage. Lorsque de puissants bras l'attrapent et la tirent tant bien que mal hors de l'eau, Elowen ne s'en rend pas compte, elle reste inerte et se laisse trainer telle une masse, un objet, un cadavre.
De l'air.
Une immense quantité d'oxygène se faufile en elle par la commissure de ses lèvres, atteint ses poumons, réveille ses membres. Elle suffoque. Elle se pensait morte et la voilà étouffant, incapable de se faire à tant de vie en elle. Un cri déchirant vient briser le silence angoissant qui habite les lieux, elle est comme un nouveau né inspirant pour la première foi. Elowen vit une renaissance.
Toujours assez peu consciente de ce qui l'entoure, la fillette se débat, donnant ça-et-là des coups. Elle se sent retenue, prisonnière, elle est incapable de comprendre ce qu'il lui arrive, et cette voix qui lui dit d'un ton froid de cesser de gigoter. Cette voix. Sa voix. Cette fille. Que s'est-il passé ? Un flash. La noyade. Et des cheveux, roux d'abord, blonds ensuite. Elowen ouvre les yeux.
Face à elle se tient l'Étrangère, toute frêle, tremblante, qui nage en portant tant bien que mal quelque chose. Elowen regarde mieux, et comprend qu'elle est la chose tenue. Elle est cette masse qui menace de les couler toutes deux. L'Étrangère. Cette folle qui l'a noyée, que lui veut-elle à présent ? La fillette prend peur, se débat mais déjà le bord de l'eau approche, et cette inconnue qui ne la lâche pas.
Par Merlin, qui est cette fille ? Elle qui vient de tenter de la noyer la sauve à présent ? Elle reçoit un coup à nouveau, et c'en est trop. Tout est encore embrouillé dans l'esprit de la jeune Aigle, alors elle frappe dans tous les sens, avec ses poings, ses coudes, ses pieds, ses ongles entrent dans la chair de la fille blonde. Elle finit par se libérer de l'emprise de l'individu malintentionné, cette petite lunatique à l'allure suspecte, et heureusement pour elle, elle pose un pied sur la terre ferme, puis un second, elle court aussi vite que possible dans cette eau qui lui arrive encore jusqu'aux épaules, elle fuit comme si sa vie en dépendait. Elle se sent revivre.
Une fois étalée sur la berge, elle vomit ses tripes, immobile, n'ayant plus la force pour s'éloigner de l'Étrangère qui se rapproche à chaque fois plus. Paralysée par la peur, elle se laisse tomber sur l'herbe verte, consciente mais trop faible pour se mouvoir.
À nouveau, elle fixe les beaux yeux obscurs de sa sauveuse, et imagine un scénario. Elle ne comprend pas tout mais arrive à se convaincre que tout ceci n'est qu'un malentendu, qu'elle est fautive, qu'elle n'aurait pas du griffer ainsi la fillette.
-Pardonne-moi - lui murmure-t-elle à nouveau. Pardonne-moi, Étrangère.
Ce sont les seuls mots qu'elle a prononcé jusqu'alors, et à trois reprises qui plus est, mais elle s'en moque. Cela ne lui pose plus de problème, elle est déjà au plus bas. Comment va-t-elle faire pour nouer le dialogue avec cette suicidaire aux instincts bien particuliers ?
Toujours sur le dos, Elowen se met à rire de façon incontrôlée, elle ne se retient plus, ne pouvant plus se contenir devant tant d'incompréhension. Elle sait très bien que cela sera de courte durée car l'Inconnue n'a pas l'air d'être le style de personne à plaisanter. Mais rien n'y fait. La fillette glousse, des larmes lui coulent des yeux et bientôt sa folie hystérique se transforme en sanglots, elle pleure, traumatisée, apeurée, frustrée. Elle aurait pu y perdre la vie, elle le comprend enfin.
Face au Grand Noir
Ce changement de temps ne me dérange en rien. Ton texte n'en perd pas en force.
La rive approche. A bout de force, je continue de nager. Entre mes bras, mon lourd paquet s’est réveillé. D’abord mollement, puis férocement, elle se débat. J’endurcie ma prise, faisant tout pour ne pas lâcher, effrayée à l’idée de devoir retourner sous l’eau pour la récupérer. Mais même à moitié crevée, la Furie reste une furie et bientôt ce n’est plus d’une rébellion mollassonne qu’elle me tanne, mais d’une véritable guerre. Et ses poings me frappent, et ses pieds me poussent, ses ongles s’enfoncent dans la chair tendre de mes bras et la déchire. Je glapis, baragouine quelques avertissements, mais rien n’y fait, la débâcle continue et à peine ai-je le temps de tâtonner le fond du bout des pieds que ma prise se défait. Je retombe dans l’eau, allégée d’un poids, tandis que la Furie s’éloigne de moi avec fureur. Impuissante, je la regarde fuir, barbotant dans l’eau jusqu’à ce qu’elle parvienne à s’en échapper. Alors seulement, je cesse de lutter pour me redresser et reprends mon souffle.
L’Autre s’affale dans l’herbe. Épuisée, je vois Zikomo trottiner jusqu’à elle, tantôt me regardant, tantôt la surveillant. Incapable de s’éloigner, semble-t-il, il préfère me surveiller regagner la terre ferme plutôt que d’aller réconforter la Furie qui gît sur le sol et qui semble, je le remarque en me dépêtrant de l’eau, vomir tout ce qu’elle peut. Alors seulement, déshabillée de toute urgence, ma fatigue me pèse sur les épaules. Je trébuche et tombe par terre, les bras tremblants, le souffle court, un effroi plus grand que le monde m’habitant le coeur.
Elle aurait pu mourir.
Elle serait morte, si je n’étais pas allé la cherche. Sa gerbe me le prouve : elle a avalé de l’eau. Le Grand Noir a bien manqué l’avoir, la Furie. Moi qui craignait qu’il ne m’emporte, finalement je lui ai retiré des bras une autre victime.
Il me faut un temps certain avant de parvenir à me lever. Quand j’y parviens, j’avance de quelques pas, les jambes tremblantes, la gravité me donnant l’impression d’être plus lourde encore qu’une montagne. Je m’approche lentement de la Furie, des frissons me secouant de part en part, le coeur au bord des lèvres, les yeux écarquillés, surprise de l’endroit où je suis, de ce qu’il vient de ce passer, de ce que j’ai créé et ce que j’ai empêché d’arriver. *Elle a failli crever*. Mon coeur tambourine comme un fou. *Elle allait crever*. Il me martèle avec hargne, des coups de douleur qui me font flancher, qui fragilisent ma démarche.
*Crever, crever, crever, cre…*
J’arrive près de l’Autre, pauvre créature noyée sur le sol, ses cheveux mouillés aplatis sur le crâne. Elle a un air terrifiant sur le visage, à moins que ce ne soit la situation qui me le fait imaginer. Du bout de ses lèvres, elle m’offre des paroles qui me figent. Elle s’excuse. M’appelle étrangère. Incapable de tenir plus longtemps sur mes jambes, je me laisse tomber non loin d’elle, mon regard noir ne la quittant pas. Zikomo me rejoint, les oreilles basses, les yeux si grands ouverts qu’ils paraissent avaler son crâne. Lui et moi nous échangeons un regard dans lequel nous nous partageons tout notre effroi. Et je suis persuadée qu’à cet instant nous éprouvons le même soulagement : *un peu plus et c’était la catastrophe*.
Brièvement, quelques secondes, je ferme les yeux pour me remettre de mes émotions. A chaque battement, mon coeur me partage ses émotions : peur, excitation, colère, peur, colère, colère, colère. Un bruit me fait rouvrir les yeux et je la vois, la Furie, je la vois allongée sur le dos, un sourire sur le visage qui rit à grands coups de cris stridents. Et elle rit, et elle rit tandis que je la regarde, la nuque recouverte de frissons. Elle rit tellement fort qu’elle fige jusqu’à la moindre de mes pensées. Et tout à coup, sans prévenir, ses larmes remplacent son sourire et la voilà qui me lance des sanglots au visage, pleurant comme une gamine, comme une putain de gamine qui vient de manquer de crever.
La rage me prend sans prévenir. Elle se répand dans mes veines, annihilant la tétanie qui jusque là me donnait envie de mourir. Mes pensées terrifiées, celles qui ne cessaient de chanter : *elle aurait pu crever* se taisent pour laisser place à d’autres plus grandes, plus fortes, plus brûlantes encore.
*C’est d'sa faute*.
Et mon visage se crispe.
*C’est d’sa faute*.
Et mes poings se serrent.
*Si elle m’avait pas bousculé, on en s’rait pas là*.
La vérité fait son nid dans ma tête et prend possession du moindre de mes muscles. Alors, seulement ma bouche s’ouvre pour dégueuler tout le poison qui me consomme :
« Putain mais t’avais tant qu’ça envie de crever ? fulminé-je, l’oeil noir. T’es trop conne pour penser qu’sauter sur quelqu’un quand on sait pas nager, c’est pas l’idée du siècle ? »
Je me redresse bien tant que mal pour paraître plus grande, incapable pour autant de me relever, les membres brûlant dorénavant plus de rage que de peur. Je fais fi du regard accablé que me lance Zikomo et qui signifie : elle est choqué, laisse-la respirer. Mais non, non je ne la laisse pas respirer. Pas alors qu’en quelques secondes, elle me fait passer de victime que l’on agresse dans le dos à Assassin qui envoie se noyer une gamine qui ne sait pas nager.
« T’as failli crever, PUTAIN ! Si ça avait pas été l’eau ça aurait été moi et j’t’aurais fait payer d’me sauter d’ssus comme tu l’as fait ! » Ma voix de plus en plus forte finit par se répandre en cris. « Pourquoi t’as fait ça, hein ? Pourquoi ? T’es juste complèt’ment folle ou t’es aussi carrément malade ? »
Le souffle court, mon coeur a repris sa course folle. Sans cesse repassent dans mon esprit les images de la catastrophe. Et je la vois, elle, flottant dans l’eau, pâle comme la mort, morte par ma faute. *C’est pas ta putain d’faute !*. Non, pas ma faute, sa faute à elle ! Mon sortilège à moi n’était que défensif, ce n’est pas moi qui nous ai mis dans cette situation, mais elle et elle seulement !
La rive approche. A bout de force, je continue de nager. Entre mes bras, mon lourd paquet s’est réveillé. D’abord mollement, puis férocement, elle se débat. J’endurcie ma prise, faisant tout pour ne pas lâcher, effrayée à l’idée de devoir retourner sous l’eau pour la récupérer. Mais même à moitié crevée, la Furie reste une furie et bientôt ce n’est plus d’une rébellion mollassonne qu’elle me tanne, mais d’une véritable guerre. Et ses poings me frappent, et ses pieds me poussent, ses ongles s’enfoncent dans la chair tendre de mes bras et la déchire. Je glapis, baragouine quelques avertissements, mais rien n’y fait, la débâcle continue et à peine ai-je le temps de tâtonner le fond du bout des pieds que ma prise se défait. Je retombe dans l’eau, allégée d’un poids, tandis que la Furie s’éloigne de moi avec fureur. Impuissante, je la regarde fuir, barbotant dans l’eau jusqu’à ce qu’elle parvienne à s’en échapper. Alors seulement, je cesse de lutter pour me redresser et reprends mon souffle.
L’Autre s’affale dans l’herbe. Épuisée, je vois Zikomo trottiner jusqu’à elle, tantôt me regardant, tantôt la surveillant. Incapable de s’éloigner, semble-t-il, il préfère me surveiller regagner la terre ferme plutôt que d’aller réconforter la Furie qui gît sur le sol et qui semble, je le remarque en me dépêtrant de l’eau, vomir tout ce qu’elle peut. Alors seulement, déshabillée de toute urgence, ma fatigue me pèse sur les épaules. Je trébuche et tombe par terre, les bras tremblants, le souffle court, un effroi plus grand que le monde m’habitant le coeur.
Elle aurait pu mourir.
Elle serait morte, si je n’étais pas allé la cherche. Sa gerbe me le prouve : elle a avalé de l’eau. Le Grand Noir a bien manqué l’avoir, la Furie. Moi qui craignait qu’il ne m’emporte, finalement je lui ai retiré des bras une autre victime.
Il me faut un temps certain avant de parvenir à me lever. Quand j’y parviens, j’avance de quelques pas, les jambes tremblantes, la gravité me donnant l’impression d’être plus lourde encore qu’une montagne. Je m’approche lentement de la Furie, des frissons me secouant de part en part, le coeur au bord des lèvres, les yeux écarquillés, surprise de l’endroit où je suis, de ce qu’il vient de ce passer, de ce que j’ai créé et ce que j’ai empêché d’arriver. *Elle a failli crever*. Mon coeur tambourine comme un fou. *Elle allait crever*. Il me martèle avec hargne, des coups de douleur qui me font flancher, qui fragilisent ma démarche.
*Crever, crever, crever, cre…*
J’arrive près de l’Autre, pauvre créature noyée sur le sol, ses cheveux mouillés aplatis sur le crâne. Elle a un air terrifiant sur le visage, à moins que ce ne soit la situation qui me le fait imaginer. Du bout de ses lèvres, elle m’offre des paroles qui me figent. Elle s’excuse. M’appelle étrangère. Incapable de tenir plus longtemps sur mes jambes, je me laisse tomber non loin d’elle, mon regard noir ne la quittant pas. Zikomo me rejoint, les oreilles basses, les yeux si grands ouverts qu’ils paraissent avaler son crâne. Lui et moi nous échangeons un regard dans lequel nous nous partageons tout notre effroi. Et je suis persuadée qu’à cet instant nous éprouvons le même soulagement : *un peu plus et c’était la catastrophe*.
Brièvement, quelques secondes, je ferme les yeux pour me remettre de mes émotions. A chaque battement, mon coeur me partage ses émotions : peur, excitation, colère, peur, colère, colère, colère. Un bruit me fait rouvrir les yeux et je la vois, la Furie, je la vois allongée sur le dos, un sourire sur le visage qui rit à grands coups de cris stridents. Et elle rit, et elle rit tandis que je la regarde, la nuque recouverte de frissons. Elle rit tellement fort qu’elle fige jusqu’à la moindre de mes pensées. Et tout à coup, sans prévenir, ses larmes remplacent son sourire et la voilà qui me lance des sanglots au visage, pleurant comme une gamine, comme une putain de gamine qui vient de manquer de crever.
La rage me prend sans prévenir. Elle se répand dans mes veines, annihilant la tétanie qui jusque là me donnait envie de mourir. Mes pensées terrifiées, celles qui ne cessaient de chanter : *elle aurait pu crever* se taisent pour laisser place à d’autres plus grandes, plus fortes, plus brûlantes encore.
*C’est d'sa faute*.
Et mon visage se crispe.
*C’est d’sa faute*.
Et mes poings se serrent.
*Si elle m’avait pas bousculé, on en s’rait pas là*.
La vérité fait son nid dans ma tête et prend possession du moindre de mes muscles. Alors, seulement ma bouche s’ouvre pour dégueuler tout le poison qui me consomme :
« Putain mais t’avais tant qu’ça envie de crever ? fulminé-je, l’oeil noir. T’es trop conne pour penser qu’sauter sur quelqu’un quand on sait pas nager, c’est pas l’idée du siècle ? »
Je me redresse bien tant que mal pour paraître plus grande, incapable pour autant de me relever, les membres brûlant dorénavant plus de rage que de peur. Je fais fi du regard accablé que me lance Zikomo et qui signifie : elle est choqué, laisse-la respirer. Mais non, non je ne la laisse pas respirer. Pas alors qu’en quelques secondes, elle me fait passer de victime que l’on agresse dans le dos à Assassin qui envoie se noyer une gamine qui ne sait pas nager.
« T’as failli crever, PUTAIN ! Si ça avait pas été l’eau ça aurait été moi et j’t’aurais fait payer d’me sauter d’ssus comme tu l’as fait ! » Ma voix de plus en plus forte finit par se répandre en cris. « Pourquoi t’as fait ça, hein ? Pourquoi ? T’es juste complèt’ment folle ou t’es aussi carrément malade ? »
Le souffle court, mon coeur a repris sa course folle. Sans cesse repassent dans mon esprit les images de la catastrophe. Et je la vois, elle, flottant dans l’eau, pâle comme la mort, morte par ma faute. *C’est pas ta putain d’faute !*. Non, pas ma faute, sa faute à elle ! Mon sortilège à moi n’était que défensif, ce n’est pas moi qui nous ai mis dans cette situation, mais elle et elle seulement !
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Elowen est toujours étalée sur le dos, à même le sol, et elle pleure. Elle pleure de n'avoir pu se sauver. Elle pleure d'être une incapable, incapable de vivre correctement, incapable de mourir comme il se doit, incapable de réussir, d'avoir des réactions appropriées, de comprendre le monde. Incapable de comprendre cette Étrangère qui la dévisage.
La rousse se retourne alors pour mieux la voir, pour la remercier, mais se ravise bien vite. Son Inconnue semble vivre un tumulte d'émotions, dont la prédominante est très certainement la rage. De la haine dans ses yeux, de la fureur dans ses poings, elle se semble plus se maîtriser, et Elowen ressent alors une nouvelle forme de peur. Elle ne comprend pas, elle sait pourtant qu'il ne faut pas se mêler de ce qui ne nous regarde pas, mais elle a simplement pensé bien faire. Quand au loin elle a aperçu sa camarade tenter de se suicider, elle a bondit sans plus réfléchir, voulant éviter une fin tragique à cette âme perdue. La blondinette semble effectivement torturée, et Elowen ne souhaite à cet instant plus qu'une chose : lui venir en aide. Elle en oublie l'angoisse, la noyade, le fait que son Étrangère l'ait coulée, et met tout cela sur le compte de la panique.
Elo baisse alors les yeux, signe qu'elle ne lui veut pas de mal, qu'elle se soumet, qu'elle n'est rien. Elle veut que l'autre la pense innocente, calme, pacifique, elle tente à tout prix d'apaiser la tension qui se fait palpable sous ce tonnerre toujours grondant. Les filles risquent de s'inquiéter... Au Diable les filles, Alma a besoin d'aide.
Alma.
Ce nom lui est venu naturellement. Son Étrangère le porte si bien, et, en l'absence de plus d'informations, c'est comme ça qu'elle la nommera. Alma. Âme, en espagnol. Cette créature fragile qui ne demande qu'à être aidée. Elowen ne la comprend pas, elle aime trop vivre pour cela, mais elle décide à cet instant précis de se donner corps et... corps et âme pour faire sourire son Étrangère. Soudain, elle remarque une petite chose bleue au pieds de La Fille, et s'apprête à le faire remarquer. Cependant, aucun son ne sort de sa bouche, elle est paralysée par la violence des propos que crache au même instant la blonde. Elle choisit alors de prendre quelques secondes pour absorber ce flot de méchanceté qu'elle ne trouve par mériter, pour offrir à l'Étrangère la réponse la plus appropriée possible. La plus gentille.
-M'en veux pas s'il te plaît, on a pas du se comprendre... Je t'ai sauté dessus pour t'aider, j'ai pas réfléchi, c'était peut-être pas l'idée du siècle mais ça a marché. Le principal c'est que tu sois saine et sauve. Mais s'il te plaît Alma, me fait pas de mal... Et t'en fais pas à toi non plus. T'inquiète pas, je t'en veux pas, j'aurais sûrement réagi pareil sous le coup de la panique. Je comprends que tu souffres, je peux t'écouter si tu veux.
Sa voix se veut la plus rassurante et réconfortante possible, mais jouer ce rôle est très compliqué pour Elowen, qui se met à craindre que sa camarade n'interprète mal ses propos. Elle tente de rester calme malgré le choc que provoquent les mots de sa camarade, dits avec une haine certaine.
-Tu vois que tu tiens un peu à la vie, même si c'est à celle des autres. Sinon, pourquoi tu m'aurais sauvée ?
Très lentement, elle se relève et tente de faire un pas vers La Fille. Elle écarte légèrement les mains, comme pour lui prouver qu'elle ne lui cache rien. Son visage est dégoulinant, elle a des algues plein les cheveux, sa robe est trempée et plein de boue, alors, de peur d'effrayer sa sauveuse tortionnaire, elle s'essuie le visage, replace correctement sa chevelure, puis baisse les yeux, gênée.
Elowen est toujours étalée sur le dos, à même le sol, et elle pleure. Elle pleure de n'avoir pu se sauver. Elle pleure d'être une incapable, incapable de vivre correctement, incapable de mourir comme il se doit, incapable de réussir, d'avoir des réactions appropriées, de comprendre le monde. Incapable de comprendre cette Étrangère qui la dévisage.
La rousse se retourne alors pour mieux la voir, pour la remercier, mais se ravise bien vite. Son Inconnue semble vivre un tumulte d'émotions, dont la prédominante est très certainement la rage. De la haine dans ses yeux, de la fureur dans ses poings, elle se semble plus se maîtriser, et Elowen ressent alors une nouvelle forme de peur. Elle ne comprend pas, elle sait pourtant qu'il ne faut pas se mêler de ce qui ne nous regarde pas, mais elle a simplement pensé bien faire. Quand au loin elle a aperçu sa camarade tenter de se suicider, elle a bondit sans plus réfléchir, voulant éviter une fin tragique à cette âme perdue. La blondinette semble effectivement torturée, et Elowen ne souhaite à cet instant plus qu'une chose : lui venir en aide. Elle en oublie l'angoisse, la noyade, le fait que son Étrangère l'ait coulée, et met tout cela sur le compte de la panique.
Elo baisse alors les yeux, signe qu'elle ne lui veut pas de mal, qu'elle se soumet, qu'elle n'est rien. Elle veut que l'autre la pense innocente, calme, pacifique, elle tente à tout prix d'apaiser la tension qui se fait palpable sous ce tonnerre toujours grondant. Les filles risquent de s'inquiéter... Au Diable les filles, Alma a besoin d'aide.
Alma.
Ce nom lui est venu naturellement. Son Étrangère le porte si bien, et, en l'absence de plus d'informations, c'est comme ça qu'elle la nommera. Alma. Âme, en espagnol. Cette créature fragile qui ne demande qu'à être aidée. Elowen ne la comprend pas, elle aime trop vivre pour cela, mais elle décide à cet instant précis de se donner corps et... corps et âme pour faire sourire son Étrangère. Soudain, elle remarque une petite chose bleue au pieds de La Fille, et s'apprête à le faire remarquer. Cependant, aucun son ne sort de sa bouche, elle est paralysée par la violence des propos que crache au même instant la blonde. Elle choisit alors de prendre quelques secondes pour absorber ce flot de méchanceté qu'elle ne trouve par mériter, pour offrir à l'Étrangère la réponse la plus appropriée possible. La plus gentille.
-M'en veux pas s'il te plaît, on a pas du se comprendre... Je t'ai sauté dessus pour t'aider, j'ai pas réfléchi, c'était peut-être pas l'idée du siècle mais ça a marché. Le principal c'est que tu sois saine et sauve. Mais s'il te plaît Alma, me fait pas de mal... Et t'en fais pas à toi non plus. T'inquiète pas, je t'en veux pas, j'aurais sûrement réagi pareil sous le coup de la panique. Je comprends que tu souffres, je peux t'écouter si tu veux.
Sa voix se veut la plus rassurante et réconfortante possible, mais jouer ce rôle est très compliqué pour Elowen, qui se met à craindre que sa camarade n'interprète mal ses propos. Elle tente de rester calme malgré le choc que provoquent les mots de sa camarade, dits avec une haine certaine.
-Tu vois que tu tiens un peu à la vie, même si c'est à celle des autres. Sinon, pourquoi tu m'aurais sauvée ?
Très lentement, elle se relève et tente de faire un pas vers La Fille. Elle écarte légèrement les mains, comme pour lui prouver qu'elle ne lui cache rien. Son visage est dégoulinant, elle a des algues plein les cheveux, sa robe est trempée et plein de boue, alors, de peur d'effrayer sa sauveuse tortionnaire, elle s'essuie le visage, replace correctement sa chevelure, puis baisse les yeux, gênée.
Face au Grand Noir
« M'en veux pas s'il te plaît, on a pas dû se comprendre... Je t'ai sauté dessus pour t'aider, j'ai pas réfléchi, c'était peut-être pas l'idée du siècle mais ça a marché. Le principal c'est que tu sois saine et sauve. »
*Quoi ?* frappe mon esprit.
*Quoi ?* répète-t-il, perdu, transi, choqué.
« Mais s'il te plaît Alma, me fait pas de mal... Et t'en fais pas à toi non plus. »
*Quoi ?*. La litanie continue, en boucle. Elle tourne dans ma tête, elle ricoche contre les parois de mon crâne, inlassablement. Et ma colère semble s'essouffler. Ma surprise la mange toute entière. J’ai peur de comprendre ce que me dit cette furie. J’aurais préféré ne pas comprendre. Ne pas comprendre qu’elle sous-entend que… Que quoi ? Croit-elle sincèrement que j’ai voulu me noyer dans le sac ? Est-ce possible d’être aussi idiote, aussi naïve ? Aussi bête, nom de Merlin ? Est-ce possible que… La réponse m'apparaît tout naturellement : encore une fille de moldu. C’est certain. Une fille de moldu qui ne connaît rien à rien. Et qui saute sur les conclusions — et sur moi — sans prendre le temps de réfléchir. Mes épaules s’affaissent, je soupire, ferme brièvement les yeux.
*Alma*.
Je rouvre les yeux.
*m’a appelé Alma*.
En plus d’être ignorante, elle me prend pour une autre personne.
Je m’arrache à son regard quand elle me propose de m’écouter. Je fais quelques pas, forçant mon souffle à s’apaiser, ma crainte à disparaître ; *aurait pu crever*. Et surtout, pour faire disparaître la lassitude qui s’abat soudainement sur moi. Encore une foutue Autre qui croit pouvoir m’aider. Encore une Autre qui croit pouvoir me comprendre.
« Tu vois que tu tiens un peu à la vie, même si c'est à celle des autres. Sinon, pourquoi tu m'aurais sauvée ? »
Et petit ricanement me secoue les épaules et je secoue la tête, désabusée. Elle ne sait rien, elle ne connaît rien. J’échange un regard avec Zikomo qui n’a pas bougé et soupire, encore, toujours. Bien sûr que je tiens à sa foutue vie ! Je n’ai pas envie d’être renvoyée du château pour meurtre ! Être renvoyée pour déshonneur, ça m’a suffit ! J’installe une grimace agacée sur mon visage, même si mon coeur penche davantage vers la lassitude. Les Autres ne comprennent que cela ; la colère. Et lorsque je vois la Furie se relever et m’approcher, je n’en fronce que plus fort les sourcils. Pourtant, sans penser à m’éloigner, je fais un pas dans sa direction, me rapprochant d’elle. Désormais, seuls quelques centimètres nous séparent. Je plante mon regard dans le sien.
« T’es pas aveugle, dis ? Tu vois bien c’que j’ai sur la tronche ? Une bulle, une putain de bulle ! grincé-je sur le ton de l’évidence. Le sortilège de Têtenbulle, ça t’dit rien ? »
*Bien sûr que non. Enfant d’moldu, rappelle-toi*. Si elle savait, elle ne m'aurait pas sauter dessus comme une conne. Je soupire et du bout de ma baguette, désigne le visage de la Furie.
« T’en as une aussi autour du visage, si t’avais pas r’marqué ! »
Et en effet, son visage est tout déformé par la bulle, comme le mien. En temps normal, j’aurais ri. Mais là, je n’ai aucune envie de rire. Je me force à calmer ma colère qui, dès que j’ouvre la bouche, se réinstalle dans mon coeur ; surtout lorsque je croise le regard de cette fille — elle me donne envie de la frapper.
« Ce sortilège crée une bulle d’air autour du visage, tenté-je d'expliquer calmement. Ça veut dire que j’peux respirer sous l’eau. Respirer, répété-je pour être certaine qu’elle comprenne. J’allais pas m’noyer. Si tu connaissais un peu plus l’monde dans l’quel t’es, tu l’aurais compris. »
Je lance un regard accablé à la fille avant de m’éloigner en secouant la tête. Désormais bien plus agacée que lasse, je m’en retourne au bord du lac. Je regarde quelques secondes la surface. Cette Furie m’a voler toute envie de plonger dans le Grand Noir. Je me retourne et lui lance un regard sombre.
« Et j’m’appelle pas Alma, tu t’es trompé d’personne. »
*Quoi ?* frappe mon esprit.
*Quoi ?* répète-t-il, perdu, transi, choqué.
« Mais s'il te plaît Alma, me fait pas de mal... Et t'en fais pas à toi non plus. »
*Quoi ?*. La litanie continue, en boucle. Elle tourne dans ma tête, elle ricoche contre les parois de mon crâne, inlassablement. Et ma colère semble s'essouffler. Ma surprise la mange toute entière. J’ai peur de comprendre ce que me dit cette furie. J’aurais préféré ne pas comprendre. Ne pas comprendre qu’elle sous-entend que… Que quoi ? Croit-elle sincèrement que j’ai voulu me noyer dans le sac ? Est-ce possible d’être aussi idiote, aussi naïve ? Aussi bête, nom de Merlin ? Est-ce possible que… La réponse m'apparaît tout naturellement : encore une fille de moldu. C’est certain. Une fille de moldu qui ne connaît rien à rien. Et qui saute sur les conclusions — et sur moi — sans prendre le temps de réfléchir. Mes épaules s’affaissent, je soupire, ferme brièvement les yeux.
*Alma*.
Je rouvre les yeux.
*m’a appelé Alma*.
En plus d’être ignorante, elle me prend pour une autre personne.
Je m’arrache à son regard quand elle me propose de m’écouter. Je fais quelques pas, forçant mon souffle à s’apaiser, ma crainte à disparaître ; *aurait pu crever*. Et surtout, pour faire disparaître la lassitude qui s’abat soudainement sur moi. Encore une foutue Autre qui croit pouvoir m’aider. Encore une Autre qui croit pouvoir me comprendre.
« Tu vois que tu tiens un peu à la vie, même si c'est à celle des autres. Sinon, pourquoi tu m'aurais sauvée ? »
Et petit ricanement me secoue les épaules et je secoue la tête, désabusée. Elle ne sait rien, elle ne connaît rien. J’échange un regard avec Zikomo qui n’a pas bougé et soupire, encore, toujours. Bien sûr que je tiens à sa foutue vie ! Je n’ai pas envie d’être renvoyée du château pour meurtre ! Être renvoyée pour déshonneur, ça m’a suffit ! J’installe une grimace agacée sur mon visage, même si mon coeur penche davantage vers la lassitude. Les Autres ne comprennent que cela ; la colère. Et lorsque je vois la Furie se relever et m’approcher, je n’en fronce que plus fort les sourcils. Pourtant, sans penser à m’éloigner, je fais un pas dans sa direction, me rapprochant d’elle. Désormais, seuls quelques centimètres nous séparent. Je plante mon regard dans le sien.
« T’es pas aveugle, dis ? Tu vois bien c’que j’ai sur la tronche ? Une bulle, une putain de bulle ! grincé-je sur le ton de l’évidence. Le sortilège de Têtenbulle, ça t’dit rien ? »
*Bien sûr que non. Enfant d’moldu, rappelle-toi*. Si elle savait, elle ne m'aurait pas sauter dessus comme une conne. Je soupire et du bout de ma baguette, désigne le visage de la Furie.
« T’en as une aussi autour du visage, si t’avais pas r’marqué ! »
Et en effet, son visage est tout déformé par la bulle, comme le mien. En temps normal, j’aurais ri. Mais là, je n’ai aucune envie de rire. Je me force à calmer ma colère qui, dès que j’ouvre la bouche, se réinstalle dans mon coeur ; surtout lorsque je croise le regard de cette fille — elle me donne envie de la frapper.
« Ce sortilège crée une bulle d’air autour du visage, tenté-je d'expliquer calmement. Ça veut dire que j’peux respirer sous l’eau. Respirer, répété-je pour être certaine qu’elle comprenne. J’allais pas m’noyer. Si tu connaissais un peu plus l’monde dans l’quel t’es, tu l’aurais compris. »
Je lance un regard accablé à la fille avant de m’éloigner en secouant la tête. Désormais bien plus agacée que lasse, je m’en retourne au bord du lac. Je regarde quelques secondes la surface. Cette Furie m’a voler toute envie de plonger dans le Grand Noir. Je me retourne et lui lance un regard sombre.
« Et j’m’appelle pas Alma, tu t’es trompé d’personne. »
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Un bulle. Une bulle. Ses mains sur son visage. Elowen se palpe et constate, complètement désemparée, qu'elle est gonflée, elle ne retrouve plus sur ses lignes les proportions habituelles de son visage. Et passe ses doigts sur ses pommettes, l'arête de son nez, la courbe de ses yeux, et ne se reconnait plus. Elle a pourtant entendu les paroles d'Alma, mais elle ne comprend pas, elle n'intègre pas les paroles.
Puis elle lève les yeux.
Son Étrangère est en effet bien enflée, et cela semble bien peu naturel alors elle comprend enfin. Sa respiration, haletante, se calme doucement, et elle observe sa camarade. Une lueur de feu brûle toujours dans son regard, et Elowen en est abasourdie. Elle ne pense pas mériter tant de haine, alors quand l'autre vocifère une explication tout en l'injuriant, elle n'y tient plus. Ses poings se serrent, ses sourcils se froncent, ses lèvres se plissent... Elle est en colère. Cette colère de l'incompréhension, celle qui vous laisse pantois sur le rebord du chemin, celle qui se fraye un chemin jusqu'à votre coeur pour y laisser une trace, cette colère qui vous fait monter des larmes indésirées aux yeux, celle que l'on ne contrôle que difficilement. Cette colère qu'Elowen côtoie peu, en réalité. Mais l'Inconnue l'a faite sortir de ses gongs. Elle, si bienveillante d'ordinaire, voulait juste aider, elle a pensé bien faire, elle a pensé sauver une vie, alors certes, elle a sûrement été un peu naïve de ne pas avoir immédiatement compris, surtout qu'elle vient d'une famille de sorciers, mais elle ne mérite pas son sort, elle en est convaincue.
Elle observe quelques secondes sa Petite Âme s'éloigner avant de se lancer à sa poursuite et de la rattraper en deux enjambées, souhaitant en découdre. Elle a en horreur l'injustice et le conflit, c'est pourquoi elle considère comme primordiale une discussion à coeurs ouverts.
-Si Alma, arrête tes conneries, tu te retournes et tu m'écoutes maintenant.
La violence de ses propres propos la surprend elle-même, elle qui n'a pas l'habitude de prononcer des mots aussi vulgaires, proscris chez elle. Peinant à reprendre son souffle après avoir hurlé de la sorte, elle reprend, avec plus de difficulté cependant.
-Je me fiche de savoir comment tu t'appelles, tu es une Âme bizarre donc tu seras Alma. Bon, je t'avoue qu'à la base je t'ai appelée comme ça car je pensais que tu étais un Âme en danger et en peine, ayant besoin d'aide, mais peu importe, tu es Alma. Et non, n'essaie pas de m'interrompre, laisse moi parler.
Ses tics nerveux reviennent au grand galop, sans qu'Elowen n'y puisse faire quoi que ce soit. Elle se remet à déblatérer des phrases à la vitesse de l'éclair, incapable de s'arrêter, tout en mélangeant ses mots. Cette fois-ci, elle hurle presque pour couvrir le vacarme du tonnerre.
-Donc je disais, moi c'est Elowen, et je suis en colère. En colère contre toi, oui -dit-elle en plaçant son index sur le haut de la poitrine de sa camarade, sans éprouver la moindre trace de gêne. T'as pas le droit de me traiter comme ça, je voulais t'aider parce que je pensais que tu... que tu étais une personne... quelqu'un de bien. Me suis bien trompée...
Elle ne parvient plus à avancer dans son interminable monologue, les larmes la submergent, et elle reste dans l'incompréhension la plus totale. À cet instant précis, elle voudrait se jeter dans les bras de cette Étrangère pourtant si particulière et peu enclin à la gentillesse, mais elle parvient heureusement à se contenir. Elowen est une petite fille qui a besoin de beaucoup d'affection, et retenir de la tendresse est un réel effort pour elle. Elle ne pleure pas de tristesse, ni même de peur, non, c'est bien la frustration qui l'habite en cet instant précis.
Là, près du Grand Lac, face à cette Inconnue, noyée sous les torrents de pluie et comme muette sous les grondements de la foudre, elle pleure. Elle hait ne pas comprendre, elle voudrait savoir ce qui se trame, ce que cette personne prépare, ce qu'elle lui veut, pourquoi elle lui en veut, pourquoi elle est si sombre... Mais elle ne sait rien, elle est totalement perdue.
Et la pluie tombe toujours.
Un bulle. Une bulle. Ses mains sur son visage. Elowen se palpe et constate, complètement désemparée, qu'elle est gonflée, elle ne retrouve plus sur ses lignes les proportions habituelles de son visage. Et passe ses doigts sur ses pommettes, l'arête de son nez, la courbe de ses yeux, et ne se reconnait plus. Elle a pourtant entendu les paroles d'Alma, mais elle ne comprend pas, elle n'intègre pas les paroles.
Puis elle lève les yeux.
Son Étrangère est en effet bien enflée, et cela semble bien peu naturel alors elle comprend enfin. Sa respiration, haletante, se calme doucement, et elle observe sa camarade. Une lueur de feu brûle toujours dans son regard, et Elowen en est abasourdie. Elle ne pense pas mériter tant de haine, alors quand l'autre vocifère une explication tout en l'injuriant, elle n'y tient plus. Ses poings se serrent, ses sourcils se froncent, ses lèvres se plissent... Elle est en colère. Cette colère de l'incompréhension, celle qui vous laisse pantois sur le rebord du chemin, celle qui se fraye un chemin jusqu'à votre coeur pour y laisser une trace, cette colère qui vous fait monter des larmes indésirées aux yeux, celle que l'on ne contrôle que difficilement. Cette colère qu'Elowen côtoie peu, en réalité. Mais l'Inconnue l'a faite sortir de ses gongs. Elle, si bienveillante d'ordinaire, voulait juste aider, elle a pensé bien faire, elle a pensé sauver une vie, alors certes, elle a sûrement été un peu naïve de ne pas avoir immédiatement compris, surtout qu'elle vient d'une famille de sorciers, mais elle ne mérite pas son sort, elle en est convaincue.
Elle observe quelques secondes sa Petite Âme s'éloigner avant de se lancer à sa poursuite et de la rattraper en deux enjambées, souhaitant en découdre. Elle a en horreur l'injustice et le conflit, c'est pourquoi elle considère comme primordiale une discussion à coeurs ouverts.
-Si Alma, arrête tes conneries, tu te retournes et tu m'écoutes maintenant.
La violence de ses propres propos la surprend elle-même, elle qui n'a pas l'habitude de prononcer des mots aussi vulgaires, proscris chez elle. Peinant à reprendre son souffle après avoir hurlé de la sorte, elle reprend, avec plus de difficulté cependant.
-Je me fiche de savoir comment tu t'appelles, tu es une Âme bizarre donc tu seras Alma. Bon, je t'avoue qu'à la base je t'ai appelée comme ça car je pensais que tu étais un Âme en danger et en peine, ayant besoin d'aide, mais peu importe, tu es Alma. Et non, n'essaie pas de m'interrompre, laisse moi parler.
Ses tics nerveux reviennent au grand galop, sans qu'Elowen n'y puisse faire quoi que ce soit. Elle se remet à déblatérer des phrases à la vitesse de l'éclair, incapable de s'arrêter, tout en mélangeant ses mots. Cette fois-ci, elle hurle presque pour couvrir le vacarme du tonnerre.
-Donc je disais, moi c'est Elowen, et je suis en colère. En colère contre toi, oui -dit-elle en plaçant son index sur le haut de la poitrine de sa camarade, sans éprouver la moindre trace de gêne. T'as pas le droit de me traiter comme ça, je voulais t'aider parce que je pensais que tu... que tu étais une personne... quelqu'un de bien. Me suis bien trompée...
Elle ne parvient plus à avancer dans son interminable monologue, les larmes la submergent, et elle reste dans l'incompréhension la plus totale. À cet instant précis, elle voudrait se jeter dans les bras de cette Étrangère pourtant si particulière et peu enclin à la gentillesse, mais elle parvient heureusement à se contenir. Elowen est une petite fille qui a besoin de beaucoup d'affection, et retenir de la tendresse est un réel effort pour elle. Elle ne pleure pas de tristesse, ni même de peur, non, c'est bien la frustration qui l'habite en cet instant précis.
Là, près du Grand Lac, face à cette Inconnue, noyée sous les torrents de pluie et comme muette sous les grondements de la foudre, elle pleure. Elle hait ne pas comprendre, elle voudrait savoir ce qui se trame, ce que cette personne prépare, ce qu'elle lui veut, pourquoi elle lui en veut, pourquoi elle est si sombre... Mais elle ne sait rien, elle est totalement perdue.
Et la pluie tombe toujours.