Privé Fierté d'une victoire aérienne

15 janvier —

Un vent glacial soufflait dans le parc, emportant quelques légers flocons qui semblaient s'être décidés à descendre du ciel sans aucune raison. Cinq minute plus tôt, le ciel était encore clair et presque bleu, et la bise ne soufflait pas autant. Et heureusement, songea Meg. A présent, il était d'un gris foncé et assombrissait l'ambiance déjà peu festive du parc. La neige, tombée auparavant, était restée intacte quoique piétinée par les élèves. Cela avait toujours fascinée Meg, qui adorait la neige ; et l’Écosse semblait être un pays où elle restait plus longtemps encore que chez la jeune fille, car les températures étaient presque polaires. Pourtant, le froid et l'humidité ambiante avait aussi des côtés moins positifs : il fallait porter des manteaux, et le bout du nez et des doigts étaient toujours glacés. La brunette détestait les manteaux, et le fait d'avoir froid l'énervait. La neige n'était donc pas qu'une chose magique, c'était aussi très pénible.
Margaret était contente que cette bise n'avait pas été présente juste avant, car elle venait de quitter un cours de Vol particulièrement épuisant. Toutefois, ç'avait été le plus amusant et le meilleur qu'elle ait suivit depuis le début de l'année. Tout d'abord, elle avait enfin pris un peu d'assurance vis-à-vis de son balai, et elle hésitait beaucoup moins, ce qui l'aidait à garder un équilibre stable et à pouvoir même lâcher une main du manche. Et puis ce cours avait entièrement été pratique, pour habituer les élèves à être en vol, et ils avaient donc put se défouler complètement. C'était une activité par équipe de quatre, où il fallait simplement se faire le plus de passes possibles, sans que la balle ne tombe. Si elle avait le malheur de toucher le sol, le compte était à nouveau à zéro et il fallait tout recommencer. Et c'était, à la fin, l'équipe qui avait fait le plus d'échanges sans que la balle ne chute qui gagnait et avait même le droit à un petit chocolat chacun.
Meg avait été dans une équipe composée de deux garçons pas trop mauvais (dont un qui lançait plutôt bien) mais extrêmement désagréables, et d'une fille de Serdaigle. Cette dernière, qui portait le nom de Jodie que la jeune Hunter avait déjà croisée plusieurs fois sans lui prêter grande attention, était plutôt sympathique et les deux jeunes filles avaient un peu discuter. C'était ce fameux groupe de bras cassés qui avait remporté le défi lancé par le professeur. Meg n'en n'était pas peu fière : elle n'était non seulement pas tombée, mais elle n'avait pas échappé la balle une seule fois !
Ce fut donc toute souriante qu'elle sortit de son cours, après avoir déposé son balai dans le tas formé par ceux des autres. Même si elle avait froid, que le vent n'arrangeait pas sa coupe de cheveux, et qu'elle était engoncée dans un manteau trop chaud à son goût, elle était très contente. D'autant plus qu'elle marchait à côté de Jodie, avec qui elle s'était plutôt bien entendue. Avec un nouveau sourire, Meg déclara, faisant sortir un petit nuage de buée par sa bouche :
On a fait un vrai travail d'équipe, c'était super ! Même si les deux autres étaient pas très sympas, on s'est très bien débrouillés...

@Jodie Sadovski

“She read about people she could never be and adventures she would never have”
Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin #PouffyFamily

Privé Fierté d'une victoire aérienne
Un nuage de neige jaillit du sol lorsqu'elle posa de nouveau son pied à terre avec force. Jodie descendit de son balai et souffla. Ses mains, malgré les gants qu'elle portait, étaient engourdies par le froid, et son visage déjà pâle ne faisait que ressortir ses joues et son nez rosis par le vent glacial. Elle leva les yeux vers le ciel, qui s'assombrissait de plus en plus, et ferma brusquement les paupières lorsqu'un flocon tomba dedans. Il était heureux que la neige n'ait pas décidé de faire son apparition plus tôt, auquel cas le cours s'en serait montré encore plus compliqué. Le froid pénétrant rendait les choses déjà assez pénibles par lui-même. Jodie avait été répartie dans une équipe de quatre, dont l'objectif était de se faire le plus de passes possible sans que les membres de celle adverse n'intercepte le ballon. Le jeu avait été plutôt amusant, quoique fatiguant, mais elle avait le sentiment de ne pas s'être trop mal débrouillée ; son équipe avait d'ailleurs remporté le match.

Son balai casé sous l'épaule, ses pieds traçant de longs sillons dans le sol blanc, elle alla reposer son balai avec ceux des autres. Ses cheveux étaient déjà entrain de se consteller de petits flocons blancs, pourtant presque invisibles tant ils se confondaient avec leur pâle blondeur. Jodie aimait autant la neige qu'elle y était habituée. Elle lui rappelait l'Ukraine et les Noël qu'elle y passait. Les températures hivernales en Écosse pouvaient se montrer très froides, mais rien comparé à ce qu'elle avait l'habitude d'endurer là-bas. Elle remit une mèche derrière son oreille et réajusta sa cape d'hiver, jetant en même temps un coup d’œil à ses deux coéquipiers masculins puis à Margaret, son autre coéquipière qui était à quelques mètres d'elles. Elle ne la connaissait pas plus que cela, mais du peu qu'elle avait pu échanger avec elle, ne l'avait pas trouvée désagréable ou embêtante. Emportée par le flot d'élèves qui quittait le cours, elle s'était retrouvée à côté d'elle, se dirigeant l'une comme l'autre vers le château.

« On a fait un vrai travail d'équipe, c'était super ! Même si les deux autres étaient pas très sympas, on s'est très bien débrouillés... »

Jodie sourit, acquiesçant silencieusement. Il était vrai que leurs deux autres coéquipiers s'étaient montrés assez vaniteux, persuadés d'être excellents au vol sur balai. Certes, ils n'avaient pas été trop mauvais, mais Jodie avait retenu ce dernier aspect plutôt que leur réel talent. Elle avait de nombreuses fois laissé ses yeux rouler vers le ciel, les méprisant à la hauteur de leur prétention. Heureusement, Margaret s'était montrée loin d'être comme ça.

« Complètement idiots, oui, souffla-t-elle. Mais on a quand même gagné, c'est déjà ça. »

Jodie n'était ni mauvaise perdante, ni obsédée par la victoire ; mais cette dernière restait toujours plus douce que la défaite.

« Je crois qu'on ne s'est pas trop mal débrouillées toutes les deux non plus. On a fait un joli score.»

Elle tourna son visage vers la jeune fille, lui adressant un sourire en coin. Vingt-cinq passes réussies, sans être interceptées. C'était tout à fait honorable.

@Margaret Hunter

Première année RP (2044-2045)

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Meg s'amusa à sautiller sur place en se frottant les mains l'une contre l'autre à travers ses gants, histoire réchauffer un peu son corps qui semblait s'être transformé en glace. Mais ses petits bonds semblaient la refroidir encore un peu plus, car l'air qui pénétrait par sa bouche et son nez lui glaçait la gorge, les poumons et la brûlait. Elle pesta contre ce froid si intense qui lui dévorait le nez et la gorge, et s'arrêta de remuer.

Complètement idiots, oui. Mais on a quand même gagné, c'est déjà ça dit alors Jodie.

La brunette haussa les épaules en essayant de desserrer, en vain, le nœud trop serré de son écharpe. Sa camarade avait raison, les deux autres avaient fait les débiles pendant tout le cours, se vantant de talents imaginaires et de passes spectaculaires que eux seuls avaient vus. Mais, au moins, même s'ils en rajoutaient des tonnes chaque fois que la balle quittait leurs mains pour retomber dans celles d'une de leurs camarades, ils étaient plutôt forts et c'était en partie (en partie seulement) grâce à eux que l'équipe avait gagné. Meg avait essayé de jouer de son mieux pour éviter leurs moqueries et, apparemment, ça avait plutôt bien fonctionné.

Quand la Serdaigle fit remarquer qu'elles s'étaient toutes les deux bien débrouillées, Meg ne put retenir un sourire éclatant. Même si elle n'avait pas le niveau de Jodie, elle se sentait fière de ce compliment.

Une victoire en Vol, c'est une première pour moi ! Je ne suis pas tombée une seule fois, et j'ai réussi à rattraper les balles. D'habitude, j'suis une catastrophe ambulante !

Elle regarda sa camarade avec un peu plus d'intérêt, alors que celle-ci tournait son visage vers elle. Meg ne la connaissait pas tant que ça, avant d'avoir fait équipe avec elle, mais les fois où elles s'étaient croisées, elle n'avait pas eu l'impression qu'elle soit si gentille que ça, si souriante. Pourtant, depuis qu'elles parlaient, elle la trouvait tout à fait sympathique même si elles n'avaient pas parler de grand-chose.

Margaret contempla les traces qu'elle formait à chaque pas dans la neige, et qui se perdaient parmi les autres déjà créés par ses camarades qui étaient passés avant elle. Le manteau blanc qu'avait revêtit le parc et tout Poudlard était assez épais, un peu souillé par endroits, et Meg se prit à songer à une éventuelle bataille de boules de neige qu'elle pourrait faire dans les jours qui suivaient. Si ce weekend il en restait suffisamment, elle pourrait en proposer une à ses amis ? Mais pas aujourd'hui, elle avait trop froid et ses membres engourdis et glacés protestaient déjà quand elle sautillait, elle ne se sentait pas d'attaque pour une bataille.

T'aime bien les batailles de boule de neige, toi ? demanda-t-elle à l'adresse de sa camarade.

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Jodie mit ses mais dans ses poches afin de les abriter du froid, effleurant à la même occasion le chocolat gagné à la fin du cours. Elle voyait du coin de l’œil Margaret effectuer des petits bonds, tentant de se réchauffer par ces températures glaciales, qui ne l'empêchèrent pas pour autant de laisser un franc sourire se dessiner sur ses lèvres.

« Une victoire en Vol, c'est une première pour moi ! Je ne suis pas tombée une seule fois, et j'ai réussi à rattraper les balles. D'habitude, j'suis une catastrophe ambulante ! »

Jodie se rappelait en effet des quelques fois où Margaret ne s'était pas faite remarquer pour ses prouesses en voltige, bien au contraire, et exécuta un discret sourire amusé ; cependant, elle avait été loin de se moquer d'elle sur le moment. En ce qui la concernait, elle ne rencontrait pas de réelle difficulté pour tenir en équilibre sur un balai. Certes, ses premiers cours de Vol s'étaient montrés assez délicats, comme la majorité des élèves, mais elle avait réussi à rapidement prendre le coup. Néanmoins, rattraper et relancer une balle en même temps était autre chose : celle-ci lui avait aussi glissé des mains à de nombreuses reprises durant ce cours. C'était à ce demander comment les joueurs de Quidditch pouvaient montrer une telle dextérité, faisant tout à la fois preuve d'équilibre et d'agilité, se renvoyant le souaffle et évitant les cognards.

« T'aime bien les batailles de boule de neige, toi ? »

Jodie inclina assez abruptement sa tête de quelques centimètres vers Margaret, ne lui répondant pas immédiatement, les sourcils légèrement froncés et la bouche entrouverte, comme si une soudaine réflexion lui était venue à l'esprit. Elle ne s'en était pas vraiment rendue compte depuis le début du cours, ni avant, n'ayant jamais parlé à Margaret, mais à travers la spontanéité de sa question, elle venait subitement de réaliser à quel point celle-ci lui faisait penser à Jelena. Elle avait une sincérité dans sa façon d'être, une aisance naturelle, ressemblant étrangement à celle de son amie d'enfance. Du peu qu'elle la connaissait, Margaret lui paraissait aussi pétillante qu'elle, tel un rayon de soleil. Surprise par cette inattendue ressemblance, Jodie secoua brièvement la tête dans le vide afin de chasser cette idée et de montrer que ce n'était rien, ne souhaitant pas partager cette pensée, et répondit simplement à sa question.

« Oui, j'aime bien, dit-elle d'une façon détachée. Mais j'ai connu mieux que l'hiver écossais pour faire des batailles de boule de neige. En Ukraine, il neige parfois tellement que tu t'enfonces jusqu'au bassin quand tu sors dehors. »

Elle sourit d'un air pensif, sans penser que Margaret n'avait sûrement pas connaissance de ses origines ukrainiennes, et ponctua sa phrase d'un petit coup de pied donné dans un tas de neige dépassant du sol blanc, envoyant un nuage de poudre valser en face d'elle.

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Quand Jodie tourna brusquement la tête vers Meg, cette dernière ne put s'empêcher de la regarder bizarrement. Non pas qu'elle jugeait étrange ce comportement et cette soudaine envie de la fixer, mais elle avait été surprise par son mouvement brusque. Qu'est-ce qui était passé par la tête de sa camarade pour qu'elle la regarde avec cet air songeur ? Cela intriguait Margaret. Pourtant, elle réfréna sa curiosité et s'empêcha de poser des questions. Poser trop de questions revient à être malpoli, à la fin, ne cessait de lui répéter sa mamie lorsqu'elle ne cessait de la bombarder de questionnements et de demandes incessantes. Je sais que tu es curieuse, mais il faut que tu arrêtes de l'être autant - ou alors arrête de le montrer autant. Ces paroles exaspéraient toujours Meg, qui devait être dotée d'un niveau de curiosité bien plus élevé que la moyenne. Mais cette fois-ci, elle ferait une exception et se tairait. Elle ne voulait pas embarrasser sa camarade.

Oui, j'aime bien. Mais j'ai connu mieux que l'hiver écossais pour faire des batailles de boule de neige. En Ukraine, il neige parfois tellement que tu t'enfonces jusqu'au bassin quand tu sors dehors.

Meg écarquilla les yeux en entendant ces paroles. Jodie venait donc d'Ukraine ? Et il y avait tant de neige, il y faisait si froid qu'on s'enfonçait jusqu'au bassin ? La jeune fille n'était pas très douée en géographie, mais elle savait que l'Ukraine se situait quelques part en Europe, là où il faisait froid très probablement. Mais si sa camarade était ukrainienne, comment se retrouvait-elle ici, à Poudlard, au Royaume-Uni ?

Tu est ukrainienne ? C'est bien là-bas ?

S'il y avait tant de neige, se dit la grande brune, c'est qu'il faisait très froid. Et, même si elle adorait voir cette matière froide et blanche tomber du ciel et former un beau tapis d'ivoire sur le sol, elle n'était pas sûre d'aimer le froid qui venait systématiquement avec. Il l'obligeait à porter de gros manteaux désagréables en Ecosse, alors en Ukraine... mieux valait qu'elle n'y aille pas. Pourtant, elle ne put s'empêcher de demander :

Il y a tant de neige que ça ?

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Privé Fierté d'une victoire aérienne
Jodie garda ses yeux fixés sur le petit tas de neige qui retombait gracieusement en poudre, ne voyant pas les yeux de Margaret s'écarquiller.

« Tu est ukrainienne ? C'est bien là-bas ? Il y a tant de neige que ça ? »

Jodie ne put s'empêcher de sourire face à la réaction de sa camarade. Elle n'était pas la première à avoir une telle réaction, ni sûrement la dernière. Tous étaient un peu étonnés, curieux, de ce mélange. Néanmoins, résultat de ce dernier, Jodie parlait ukrainien presque aussi couramment que l'anglais : il lui arrivait de faire quelques fautes, mais elle était sans problème capable de discuter et de comprendre ce qu'on lui disait. Quant à la neige, l'effet qu'elle pouvait produire sur les enfants n'était plus à démontrer. Rares étaient ceux qui ne montraient pas une réelle excitation à voir le sol se couvrir de cette fine couche blanche. Jodie ne prenait peut-être juste pas assez en considération le fait qu'elle n'avait que la taille d'un enfant de onze ans : il lui était bien plus facile de se faire engloutir par ce monstre blanc qu'un adulte.

« Oui, c'est bien, répondit-elle, le ton de sa voix influencé par son discret sourire. Je suis à moitié ukrainienne. Mon père est ukrainien et ma mère est galloise. Mais je suis née au Royaume-Uni. Du coup, je suis déjà allée quelques fois en Ukraine. L'hiver il y a vraiment beaucoup de neige. Surtout en campagne, finit-elle en tournant son visage vers Margaret. »

Elle n'y allait pas forcément toutes les années, mais elle avait déjà passé plusieurs Noël chez ses grands-parents paternels, ou quelques étés. Néanmoins, l'Ukraine, même avec les déplacements facilités propres aux sorciers, restait loin, si bien que ce n'était pas un voyage qu'elle pouvait se permettre à chaque vacances.

« Mes frères sont à Poudlard aussi. Moitié ukrainiens, mais nés au Royaumme-Uni, comme moi. Mais ils sont plus grands. »

Elle rajouta ce détail dans un haussement d'épaule, lui paraissant juste en rapport avec la discussion.

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Meg ne put s'empêcher de songer à elle, à la petite vie qu'elle avait mener avant Poudlard, à ses propres origines. Celles de Jodie étaient sans contestations bien plus intéressantes que les siennes, puisque l'Ukraine était un pays froid, mystérieux et qui donnait envie d'aller - simplement pour voir à quel point la neige était épaisse et froide. La jeune Hunter, elle n'avait rien de notable comme ça. Elle avait vécu toute sa vie à Hilligdon - ou du moins, toute sa vie dont elle se souvenait - en compagnie d'une mère excentrique, d'un chat obèse mais adorable, et d'une grand-mère à la fois stricte et désordonnée. Elle avait bien vécu, pendant ses trois premières années de vie, chez sa grand-mère, mais elle ne s'en souvenait pas. Ou plus. C'était pour elle un mythe, une légende, que sa mère lui avait raconté. Elle n'avait que de vagues souvenirs de la maison de sa grand-mère, d'elle en compagnie des deux seules femmes qui l'avaient élevée, mais la plupart étaient dus aux anecdotes que lui racontaient sa mère. Sa vie, la vie dont elle avait de vrais souvenirs, elle l'avait passée à Hilligdon. Elle avait été géniale, mais... pas aussi géniale qu'une enfance entre Ukraine et Angleterre, comme Jodie.

Quant à ses origines, elles n'étaient pas ukrainiennes. Ça aurait été trop beau d'avoir des choses de ce genre à raconter. Non, elle était simplement anglaise. Anglaise et française. Et elle aurait préféré n'être qu'anglaise, ne jamais avoir eu un père pour lui donner cette origine. Qui voulait aller en France, à part sa mère pendant sa jeunesse ? Personne ! Margaret n'était pas fière du tout de ce "français" qui se glissait dans ses gênes, et elle espérait ne jamais aborder ce sujet avec personne. C'était la seule chose de son cœur qu'elle fermait aux autres.

Et donc... toi tu vis à la campagne ou dans une ville ? Enfin je veux dire quand tu y vas... demanda-t-elle, curieuse, en sortant de ses pensées soudainement assombries.

Quand Jodie ajouta qu'elle avait, en plus d'être un peu ukrainienne, des frères qui étaient eux aussi à Poudlard, Meg ne put s'empêcher de ressentir un brin de jalousie. Elle-même étant fille unique, elle ne savait pas vraiment ce que ça faisait d'avoir une fratrie avec qui jouer, avec qui s'amuser. Des choses avec qui elle pourrait être soudée, des gens qu'elle protégerait et qui la protégeraient en retour. Ce devait être totalement différent des amis, quelque chose de... Meg ne savait pas ce que les frères et soeurs avaient de plus que les amis, mais elle savait qu'il y avait quelque chose. Quelque chose de différent qu'elle n'avait pas connu et qu'elle ne connaîtrait jamais - à moins que sa mère, sur un coup de tête, ne se marie avec un sorcier lambda et ne lui donne un petit frère ou une petite soeur. Ce devait être bien, songeait la jeune fille qui n'avait jouer, étant petite, qu'avec elle-même et son ami imaginaire.

Ah, fit-elle d'une voix détachée et un peu froide, si inhabituelle pour elle.

Son regard quitta le visage pâle de Jodie pour se perdre dans le paysage, tout aussi pâle, qui lui faisait face. La neige continuait à tomber doucement, les flocons se fondant dans le décor déjà tout blanc.

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« Et donc... toi tu vis à la campagne ou dans une ville ? Enfin je veux dire quand tu y vas... »

Jodie songea quelques instants à la maison perdue dans la campagne proche du minuscule village de Rublivka, si minuscule qu'il comportait à peines quelques magasins alimentaires, où habitaient ses grands-parents paternels. C'était une grande maison qui respirait la magie. On y trouvait toutes sortes d'objets étranges, de plantes magiques et non magiques, de livres de sortilèges ou de potions diverses. Il y avait également un très grand jardin – si on pouvait réellement le délimiter, puisque la maison de ses grands-parents était la seule maison à des kilomètres à la ronde. Nadejda et Vassily possédaient même un fléreur, qui aimait autant lézarder au soleil que gambader dans la neige. Jodie possédait sûrement ses meilleurs souvenirs d'enfance là-bas, tant elle avait pu voir des choses merveilleuses.

« Mes grands-parents habitent à la campagne. Dans la campagne vraiment profonde. »

Même si les fois où elle était retournée en Ukraine elle était allée chez eux, Jodie avait quand même voyagé autre part, comme à Kiev, là où son père avait fait ses études, ou à Odessa, sur le littoral. Néanmoins, il ne fallait pas non plus imaginer qu'elle avait vécu une vie trépidante à cheval entre l'Ukraine et la Grande-Bretagne : elle avait passé bien plus de temps et de vacances au Pays de Galles, qu'elle aimait tout autant.

Elle nota la réponse courte et froide de Margaret après lui avoir annoncé qu'elle avait deux frères et fronça très légèrement les sourcils en lui jetant un coup d’œil, surprise. Celle-ci s'était montrée plutôt pétillante et chaleureuse jusque-là, et cette soudaine distance qu'elle instaurait avait de quoi surprendre. Néanmoins, Jodie ne releva pas ce brusque changement de comportement. Elle n'avait pas envie de lui demander si tout allait bien ou si elle avait dit quelque chose de mal, détestant se confronter à ce genre de situation : elle savait très bien que si elle lui disait qu'en effet, elle avait eu une parole de travers, elle allait s'agacer devant cette susceptibilité qu'elle jugerait exagérée, ou que si Margaret n'allait juste pas bien, elle se sentirait mal à l'aise dans ce rôle de l'oreille attentive qui se traduirait tout autant à travers cet agacement. Se contentant donc de poursuivre son chemin, Jodie resta silencieuse, fixant ses yeux sur le château dont elle se rapprochait petit à petit.

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Le regard de Meg se perdit dans le blanc cotonneux qui les entourait, les sourcils froncés. C'était un réflexe chez elle pour mieux voir à travers les flocons qui tombaient du ciel de plus en plus fort, tandis que celui-ci se couvrait davantage, mais c'était aussi un signe de réflexion intérieure. Généralement, elle pensait très fort ou se reprochait quelque chose, lorsque le pli entre ses sourcils se formait. Elle était en train de songer à la réaction qu'elle avait eu quelques minutes plus tôt, lorsqu'elle avait entendu que Jodie avait des frères, réaction qui avait installé un silence entre les deux jeunes filles. A présent, elle regrettait. Si sa mère avait été là, si elle avait entendu et vu la froideur dont elle avait fait preuve sans aucunes raisons, elle aurait été furieuse. Millicent ne cessait de répéter à sa fille qu'il ne fallait pas qu'elle se compare aux autres, qu'il fallait qu'elle soit elle-même sans faire attention au regard des gens qui l'entouraient, à la vie des gens. Elle ne cessait de lui dire qu'il fallait qu'elle soit fière d'elle-même, qu'elle s'aime et que, même si elle était différente des autres - ou en tous cas se sentait différente - et que son histoire était assez étrange, il fallait qu'elle en soit fière. "Même la personne la plus riche et la plus parfaite envie la vie des autres" expliquait sa mère à Margaret. "C'est une manie des humains, de toujours vouloir ce qu'ils n'ont pas." Et c'était pour ça que Millicent voulait absolument que sa fille ne soit pas comme tous ces autres êtres humains jaloux qui ne se contentaient pas de leur vie à eux, et allait rêver de celle du voisin.

Mais depuis quand Meg était jalouse ? Cela la dégoûtait d'elle-même. Après tout, Jodie n'avait rien fait. Etait-ce de sa faute si elle avait des frères ? Non. Et était-ce de la faute de la Poufsouffle si elle n'avait pas de fratrie ? Non. Après tout, même si être fille unique avait été un vrai handicap pour elle, ça avait aussi ses qualités. Par exemple, elle avait sa mère pour elle toute seule, et n'était pas obligée de partager son amour. Elle avait Pelote pour elle toute seule. Elle avait mamie pour elle toute seule. Donc, aucune raison d'en vouloir à sa camarade simplement parce que celle-ci avait des frères ! Elle se mordit la lèvre, mécontente de sa réaction, avant de s'empresser de déclarer :

Désolée d'avoir été froide, je... je suis fille unique, et parfois ça me manque, les frères et soeur.

Elle regarda avec inquiétude sa camarade, espérant que celle-ci lui réponde et n'ait pas été trop refroidie par sa réaction stupide. De nouveau, elle fronça les sourcils en pestant contre son idiotie, puis détourna les yeux. Le château, à travers la fine pellicule de neige qui tombait devant ses yeux, s'approchait doucement et, avec lui, la promesse d'un bon feu dans la salle commune et d'un livre à lire tranquillement, au fond d'un fauteuil. Et éventuellement de deux ou trois chocogrenouilles.

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Un blanc digne la neige s'était installé entre les deux jeunes filles. Jodie gardait le silence, les yeux résolument posé sur le château. Elle n'en voulait pas à Margaret d'avoir eu cette réaction assez étrange, mais n'avait pas non plus envie de l'interroger dessus. Elle baissa donc son regard sur ses pieds qui s'enfonçaient profondément dans la neige, avant de finalement entre la voix de sa camarade couper l'atmosphère tendue.

« Désolée d'avoir été froide, je... je suis fille unique, et parfois ça me manque, les frères et sœur. »

Voilà qui expliquait mieux la situation. Jodie laissa un discret sourire dont elle avait si l'habitude reprendre sa place sur ses lèvres. Elle n'était pas agacée de la raison de la réaction de Margaret. Certes, elle manquait souvent d'empathie, mais ça ne l'empêchait pas de comprendre pourquoi les gens réagissaient comme il réagissaient. Jodie n'avait pour sa part aucune idée de l'effet qu'être enfant unique pouvait procurer ; elle était la dernière de sa famille et avait donc toujours vécu avec ses frères. Elle ne s'était retrouvée seule qu'après le départ de Vitaliy à Poudlard, Pavel y étant allé avant lui. Elle avait passé deux ans avec ses parents, ses frères ne revenant qu'aux vacances. Mais depuis qu'elle avait également rejoint l'école de magie, cette époque était révolue. Et si Jodie aimait profondément ses frères, ils étaient pourtant bien différents. Elle n'avait absolument pas la même relation avec Pavel qu'avec Vitaliy, mais les aimait justement pour leurs différences : tous deux étaient profondément opposés. Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que Margaret ne devrait pas idéaliser le fait de faire partie d'une fratrie. C'était une source de disputes interminable, de cri, pleurs et attaques diverses, afin d'arriver à vivre un minimum en paix. Car si Jodie se disputait rarement avec Vitaliy, ce n'était pas le cas avec Pavel, qui adorait l'embêter. De même, Vitaliy et Pavel avaient une relation assez tumultueuse.

« Pas grave, t'inquiètes, lui répondit-elle en haussant les épaules. Je ne sais pas trop ce que c'est d'être fille unique. »

Elle tourna sa tête et ajouta, le même demi-sourire toujours dessiné sur ses lèvres :

« Mais je pense que tu dois être bien plus tranquille. C'est pas toujours simple et drôle d'être la dernière de deux grands-frères. »

Et c'était bien l'expérience qui parlait pour elle. Jodie ne demandait pas pour autant à être fille unique, mais il était vrai qu'elle ne rechignerait pas devant un peu plus de tranquillité de temps à autre.

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