16H ⊱ La Profanée LIBRE

[ ORIGINE ]

[ 02 NOVEMBRE 2044 ]
Infirmerie, Poudlard

Charlie, 15 ans.
3ème Année Double


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Envoyé très tôt le matin — de la Volière. C’est une Chouette quelconque qui a été utilisé. Race Anglaise. Yeux d'un noir profond, dur.
L’enveloppe brune possède un grain dur et dru ; c’est un type que l’on voit rarement, puisqu’il coûte cher. Le recto est vierge, tandis qu’au verso, il est possible de voir : « Alice », d’une belle écriture bouclée, harmonieuse, mais paraissant forcée, comme si elle était trop harmonieuse pour l’être naturellement.
Dans cette enveloppe, une lettre est pliée en deux, et cette lettre est un parchemin parfaitement propre, d’une qualité supérieure. L’écriture est identique au verso de l’enveloppe. D'une belle harmonie forcée.
Le parchemin ne dégage pas la moindre odeur, même de très près. L’enveloppe également.

Alice,

J’aimerais te voir. Je passerais à ton chevet aujourd’hui, 16H.

Drapée



Je marche avec autant de lenteur que le permettent mes jambes ; pour ne pas arriver trop tôt, même si c’est vraiment débile. Alice est blessée, alors elle ne bougera pas de son lit ; que j’arrive avec de l’avance ou avec trois heures de retard. Ce n’est pas ça le problème, c’est juste mes pensées qui cavalent dans tous les sens en se rentrant dedans. Au ralenti, comme mes jambes.

J’arrive dans le couloir que j’ai le plus fréquenté dans tout ce château. *’vraiment pas envie d’la revoir*. Ce foutu couloir avec l’entrée de l’infirmerie sur sa droite, très bientôt. La traversée de ce dernier boyau va me jeter dans la puanteur de l’estomac : Miss Lloyd, et son regard aussi puissant que repoussant.
Mes jambes pivotent brusquement pour s’arrêter face à la double-porte. Bordel, qu’est-ce que je déteste ce simple bout de bois sans vie. *Alice*. Je préfère l’image de cette inconnue. *Serpentarde*. Me rendre compte que je vais lui faire face dans quelques secondes me rappelle à quel point je n’ai pas vraiment pensé à elle. Le bordel que fait mon crâne déchire tout.
Maintenant que je suis face à l’infirmerie et qu’une seule porte nous sépare, je me demande à quoi elle peut bien ressembler. C’est la seule des quatre que je n’ai jamais vue. *’doit avoir un regard dur*. Peut-être qu’elle ressemble à ce Serdaigle-à-la-Magie-flippante ; même si elle n’est pas en dernière année. Avec ce que m’a raconté Nejma sur elle, je suis sûre qu’elle est impressionnante. *’y’a intérêt*.
Ma main droite se pose doucement sur la poignée, que je tourne sans bruit. Apparemment, plein d’élèves seraient blessés à cause du ba…

*Oh…*. Les rangées de lits sont pleines. Il y a des Autres partout, yeux fermés, enroulés dans leurs cocons blancs comme le sourire de la mort. *Mais…*. Une odeur de sueur condensée m’agresse l’odorat ; ma gueule se froisse. « Tout ça… », en murmure.

Ma bouche s’ouvre, me suppliant de respirer que par elle ; ce que je décide de faire.
Je fais un pas dans la pièce en refermant la porte derrière moi, sans quitter des yeux toutes ces gueules sans expression. Je ne les regarde pas vraiment un par un, c’est leur globalité, leur assemblage macabre qui est vraiment… *C’est…*. Foutrement calme.
*T’as pas intérêt à dormir, Alice*. Et dans toute cette fixation du temps, un seul mouvement dément, comme d’habitude. *Lloyd*. Qui se déplace comme sur des roulettes tant son corps parait glisser entre les différents lits. Elle n’a pas l’air de m’avoir vue, alors je m’avance.

*’vraiment sombre ici*. Je lève la tête.
La transparence des grandes fenêtres a été virée avec un sortilège ? Je ne comprends pas comment il peut faire aussi sombre ici alors que la clarté est aveuglante dehors. Ici, le soleil donne l’impression qu’il se couche alors qu’il est encore tôt. *Bizarre*. Ça doit être sûrement pour tromper les Autres, et leur donner envie de dormir. Une présence. Sur la droite. Mon regard se jette dessus.
Des grands yeux marron. Une fille aux traits déformés me fixe. Elle est tellement amochée que j’ai envie de rire, sans raison. *Dors*. Un simple ordre, traversant la barrière de mon vert pour plonger sur elle ; un simili sourire se plaque sur mes traits. Je détourne les yeux, autre chose m’appelle.
Le dos de Miss Lloyd est juste là.

Aussi doucement que je le peux, ma main se pose sur son l’épaule. « Miss ? ».
Dernière modification par Charlie Rengan le 23 mai 2020, 07:38, modifié 1 fois.

« Bienvenue chez Toi »
16H ⊱ La Profanée LIBRE
Ruby n'a pas quitté l'infirmerie depuis près de 48h, par choix et par obligation, simplement parce que trop d'élèves ont besoin d'elle ici. La nuit du 31 octobre semble loin, vu tous les soins que l'infirmière a dû prodiguer mais elle ignore sa fatigue, pour le bien de tous, elle pourra se reposer plus tard. Au moins, elle n'a pas à s'occuper de la cellule psychologique qui a été mise en place.

C'est donc pour ces raisons qu'elle passe d'un lit à l'autre avec des verres d'eau, divers potions ou autres. Certains ont pu sortir assez rapidement mais d'autres doivent encore passer la semaine sans cours dans cette pièce, tellement ils sont mal en point. Ruby n'a été appelée que très tard et son service a duré jusque tard, elle a dû attendre que certains s'endorment pour s'assurer que tout allait bien.

La pièce est un peu sombre, ce qui incite au calme et au sommeil, pour le bien de tous ses patients, qui en ont besoin. Ruby se déplace vers un nouveau lit, alors qu'elle entend la porte s'ouvrir. Elle n'a pas le temps de regarder de qui il s'agit, la personne s'annoncera, elle en est certaine. Elle s'en va vérifier la température d'un élève, ainsi que ses plaies, quand une élève l'interpelle.

Il s'agit sans aucun doute de la personne qui vient d'entrer, ses patients sont bien trop mal en point pour se lever. L'infirmière indique par un petit "Deux minutes" qu'elle est occupée puis elle se retourne finalement.

Elle reconnait sans difficulté la personne en face d'elle. Elle lui sourit puis lui demande :

- Que puis-je faire pour vous, Miss Rengan ? Vous allez bien ?

L'infirmière retourne rapidement à son bureau pour prendre sa tasse de thé, non loin de l'élève dont elle a vérifié la température, puis elle en prend une gorgée.
16H ⊱ La Profanée LIBRE
Deux minutes.

*Comme toujours*. Je me décale un peu sur la droite pour observer ses mains orchestrales. Aussi précises qu’une règle, aussi rapides qu’une lumière. *’pourrait faire une bonne pianiste*. Je suis sûre que Miss Lloyd peut réussir dans tout ce qu’elle décide ; peut-être sans arriver jusqu’à l’excellence, mais en dépassant de très loin le niveau complètement pourri des Autres.
Elle sait ce qu’elle fait ; le comment, le pourquoi, l’après. Dommage qu’elle soit toujours occupée, j’aurais bien aimé apprendre quelques-unes de ses Magies.

Ses mains se désynchronisent d’un coup. *’l’a fini*. Je connais ce mouvement, elle l’a répété beaucoup trop de fois sur moi. C’est une croche finale. Une dernière note en forme de bouchon, la potion se referme.
Et elle se tourne vers moi.
Son visage a toujours ces mêmes traits magnifiquement dégoûtants. Le temps n’y change rien. Des cernes tellement bleues qu’elles donnent l’impression de nécroser. Des cheveux tellement fins qu’ils pourraient s’enfuir face à la plus petite brise. Des yeux tellement enfoncés qu’ils cachent leur nuance rayonnante dans un puit de noirceur. Des lèvres tellement violettes que… *’dieu !*. Qu’est-ce qu’elles ont ? Le sang a gonflé toutes les stries. Elles sont effacées, sa pulpe est étirée, boudinée. *C’est…*. Et si je la mordais, est-ce que le sang giclerait ?
Une vague de chaleur cogne dans ma poitrine. *Bordel*. Je déteste ça !
Alors qu’un sourire étire ses lèvres prêtes à exploser.

Miss Lloyd m’a complimenté plusieurs fois concernant ma maturité, depuis le début d’année, c’est pour ça que son sourire est aussi naturel face à moi. *J’suis calme*. Rien à voir avec la maturité. *Juste calme*. Parce que je sais ce que je veux. Et que je l’aurais.

Que puis-je faire pour vous, Miss Rengan ? La course de sa bouche n’est pas finie, alors je la laisse terminer, vous allez bien ?

Sans attendre ma réponse, elle repart vers son bureau, vers les plans de son esprit qui sont tracés avec cette précision chirurgicale. C’est exactement pour ça que je ne peux pas vraiment lui parler comme je veux, elle est toujours occupée par ses trop grosses pensées ; elles ont construit des galeries tellement profondes dans son intérieur que plus aucun Autre ne peut y accéder. Même pas moi.
Je vois ses pieds, mais j’ai l’impression que ses jambes ne cheminent pas dans cette réalité.

Mon regard se balade un peu sur son corps, que j’imagine tellement blanc sous ses vêtements que la lumière du jour doit le transpercer de part en part. Ouais, c’est sûr. Comme de l’eau.
Ses yeux se tournent vers les miens. Un thé dans ses petites mains. *Merde*. Je vire toutes ces pensées de ma conscience. *Alice*. Ma concentration lévite.
J’avale ma salive, tout en balayant l’infirmerie du regard. Des dizaines de corps-sans-visage, qui se ressemblent tous. Le même sommeil, la même ombre crochue qui plane sur eux.

Quand j’vois tout ça, j’suis sûre d’aller mieux qu’vous.

Un simple souffle, comme une plainte face à tout ce travail, alors que je sais très bien qu’elle l’aime bien plus qu’elle ne pourra jamais aimer un seul de mes cheveux. *’sert à rien*. C’est juste de la politesse, une simple remarque pour lui montrer que je me rends compte de ce gros travail. Mais je ne suis pas là pour ça.

J’cherche une élève.

Mes yeux quittent ce grand éventail de corps pour m’avancer vers Miss Lloyd. « Alice Berg… ». *Pas du tout*. Rien à voir avec la Botanique. « Non, c’est Alice… ». Des nœuds solides. Impossible de les détacher. *Mais…*. Impossible de les déchirer. Mes synapses sont enroulées. Je fonce dans un mur d’esprit, et je recommence la même connerie. Comme une abrutie. « Blanc ». *Foutu trou !*. « Blanche ? ». Je ne sais plus du tout.

« Bienvenue chez Toi »
16H ⊱ La Profanée LIBRE
Ruby encaisse les premières paroles de Charlie, sachant très bien qu'elle est loin d'être sur son 31. Elle repose sa tasse puis attend la suite, se disant que la Gryffondor ne devrait pas tarder à expliquer la raison de sa venue.

Elle cherche donc une élève. L'infirmière l'écoute et la regarde dans les yeux, en attendant d'avoir plus d'informations quant à cette fameuse élève. Malheureusement, Charlie ne semble pas se souvenir exactement de son nom et ce ne sera pas le cas de l'infirmière non plus, vu sa fatigue.

- Alice ?

Ruby réfléchit un instant, il ne lui en faut pas plus puisqu'elle se rappelle facilement d'une Alice qu'elle avait soigné, peu après le bal. Celle-ci était mal en point mais elle est rapidement sortie de l'infirmerie, selon ses souhaits.

- Alice Sangblanc, c'est bien ça ?

Elle se dirige vers un autre élève pour vérifier sa température et s'assurer que les soins qu'elle lui a administré agissent bien.
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J’enfonce mes bras dans la boue qui m’écume le crâne ; jusqu’à ne plus voir mes coudes. Mes doigts remuent au fond, à l’aveugle. *J’peux pas l’avoir oublié*. Contre ma peau, rien n’est humide. Tout est foutrement sec, de la boue sèche qui s’effrite entre mes doigts comme des morceaux d’ardoise.
Toutes les différentes couches sont visibles entre les fissures, mais elles sont tellement collées que je ne peux pas observer entre leurs replis. Elles me cachent leur trésor. *Mais bordel !*. Pourquoi j’ai des foutus trous comme ça ?! *Clai… Non ! Alice !*.

Alice ?

C’est ça. Ce foutu prénom qui boite, sans jumeau pour le tenir droit. *’facile son nom*. Je me retiens pour ne pas écraser tous ces morceaux d’ardoise boueuse, d’un marron dégueulasse. *C’est…*. Mes doigts tournent autour de cette tourbe. Poussiéreuse. Je n’attrape rien.
Impossible de me rappeler. Plus je m’enfonce, plus les brisures friables me recouvrent. Couvertes d’une couche de rouge, en colère. *Bordel…*.

Alice Sangblanc, c'est bien ça ?

*Sangblanc*. Quelques petites lettres. Et la boue cramoisie me glisse entre les doigts. Le défilement de ses grains m’irrite les doigts. Je n’arrive pas à la rattraper, elle tombe dans ce puit-sans-couleur ; mes mains ne servent à rien. L’ardoise siffle à travers le vide, sa vitesse de chute est complètement folle. *Sangblanc*. L’atterrissage va faire mal. Je m’attends à un écho puissant.
Mais le sifflement continue, sa force augmente. Encore. Il prend de la place. Encore. Et les parois du puits se dilatent en craquements. Mes mains… Qu’est-ce qu’elles… *Oh !*. Mes mains tremblent !

J’arrache mes yeux du regard caverneux. La douleur de mon dos se réveille d’un coup. *Merde*. Elle étire ses grands bras dans mon trop petit corps. Tellement étroit. Ma mâchoire se serre. Je ferme ma gueule.
Lloyd ne me regarde pas, je le sens ; c’est le plus important.
Sans réfléchir, je fourre mes mains gorgées de frissons dans mes poches. *J’oublie trop*. Mon crâne gueule tellement fort que je pourrais en devenir sourde. Il est trop plein. J’ai atteint ma limite. *Hha…*. Il fait chaud.
Quand je vois toute cette foutue boue se noyer tout au fond de mon puits sec, en plein milieu d’une douleur que je ne comprends pas, j’aimerais arrêter de frapper le mur de mes limites. Alors mes dents se serrent encore plus, jusqu’à avoir tellement mal à la mâchoire que j’en oublie le bordel de mon corps. *Sangblanc*. Jusqu’à me rappeler que je n’ai aucune limite.

C’est... ça.

Sans m’en rendre compte, mes yeux avaient suivi les mouvements hypnotisants de Miss Lloyd. Toujours aussi précise. Une vraie touche de piano vivante ; polyvalente. Simple. Cachée dans les accords les plus durs. Un .
*Alice Sangblanc*. Et je ne vais plus oublier ces deux mots-là.
Je fais deux pas vers le lit où est penchée Lloyd ; la fille couchée est une grande partition vierge sous ses doigts harmonieux. Elle dort. *’elle ?*. C’est vraiment Alice Sangblanc ?
Dernière modification par Charlie Rengan le 21 mai 2020, 05:09, modifié 2 fois.

« Bienvenue chez Toi »
16H ⊱ La Profanée LIBRE
L'infirmière comprend donc que la Gryffondor cherche cette Alice Sangblanc ici et espère la trouver. Avant de dire quoi que ce soit, Ruby a préféré s'assurer que c'était bien d'elle qu'il s'agissait. Quand elle a fini de vérifier que tout allait bien pour la patiente en face d'elle, l'infirmière reprend :

- Je suis désolée mais elle n'est plus ici, elle a quitté l'infirmerie... Le lendemain du bal, si mes souvenirs sont bons. Tu ne la trouveras pas dans cette pièce.

Ruby se souvient bien des mélanges à base de plantes qu'elle lui avait fourni mais la fatigue faisait qu'elle avait du mal à se rappeler avec exactitude le moment où la Serpentard avait quitté l'infirmerie. Elle ne souhaitait pas y rester très longtemps, ça aussi, l'infirmière l'avait bien saisi.

- Y a-t-il autre chose que je pourrais faire pour toi ?

Ruby se doutait de la réponse mais elle préférait demander, au cas où, elle se voyait mal continuer à s'occuper de ses patients sans essayer d'aider Charlie à son tour.
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Co-écrit avec la
Plume de Ruby Lloyd



Les corridors de ma respiration se lissent. L’humidité des murs qui la parsèment ressemble à du marbre mouillé ; plongé dans la noirceur. Lisse et tellement glissant. L’oxygène traverse mes poumons sans effort. *’l’a l’air bien*. Cette fille moulée dans son drap trop blanc a l’air grande. *’l’a eu d’la chance*. Et ses blessures sont presque invisibles.
Le lit est de plus en plus proche.

Son visage blanc de la fille est dégagé, large. Calme. Je sais que c’est grâce aux doigts de Miss Lloyd ; des petites notes effleurées aussi timidement que le silence le permet.
J’avance encore.
*’faut la réveiller*. Je n’ai pas la patience d’attendre ; la journée est trop courte.

Je suis désolée mais elle n'est plus ici *Hein ?* elle a quitté l'infirmerie…

Mon pied droit se plante si fort dans le sol que mon corps se secoue. La douleur de ma mâchoire se réveille d’un coup. *Bordel ! ’l’avais oubliée celle-là*. Elle me rentre dedans aussi brusquement qu’elle s’est barrée. « Le lendemain du bal, si mes souvenirs sont bons. Tu ne la trouveras pas dans cette pièce ». La fille mal moulée dans son drap blanc perd tout son intérêt ; j’éjecte mon regard d’elle.

Là-bas, l’énorme porte d’entrée de l’infirmerie est fermée. *Personne*. Alice n’est plus là, mais je retiens surtout qu’elle n’est pas venue à mon rendez-vous.
Un long souffle traverse ma bouche pour assécher mes corridors pulmonaires. *Tss…*. La faim tournoie dans mon estomac, et la soif gueule entre mes dents serrées. *’fait chier*. Alice Sangblanc n’est pas venue.

Y a-t-il autre chose que je pourrais faire pour toi ?

Arrachée de mes pensées, je tourne la tête vers le regard mélangé de Miss Lloyd. *Pour moi…*. À part aller me chercher Alice dans son foutu terrier, elle ne peut rien faire pour moi. *’lle pourrait même pas l’faire…*. C’est une mauvaise idée. *J’dois pas faire peur à c’te Serpentarde*. Quoi ? Je m’arrête sur cette pensée. Peur ? C’est le premier mot qui me vient à l’esprit la concernant. Elle a peur. *Impossible*. Et j’espère foutrement me tromper.

Mon regard glisse de Lloyd jusqu’à son bureau. Le calme est presque pesant, ici. *Ça*. Un seul objet attire mes yeux, et mon corps. *Y’a qu’elle*.
Je me jette en avant, frappant le sol avec mes bottines bruyantes. *Ça s’ra d'jà ça*. Mon bras droit se tend pour attraper la grosse tasse de thé ; puis je me tourne d’un coup vers Miss Lloyd.

Ouais. J’peux prendre une gorgée ?

Allez-y.

Sa réponse arrive en même temps que mes lèvres touchent sa tasse ; je savais qu’elle ne me refuserait pas ça. *Bien…*. Mais je ne la vois déjà plus, c’est la Volière qui a remplacé son beau visage.
Le dôme prend de la place, haut dans la plus haute des tours. Ou plutôt la plus longue, la plus chiante. À chaque fois que je monte les marches qui finissent par me vomir sur le palier-venteux, j’ai le crâne gonflé de pensées trop grosses, gorgées d’une directive qui m’oblige à ne pas me tromper. *Trouve c’te foutue solution*. Sans la moindre erreur. Jamais. Sinon je suis foutue.

À l’aveugle, je pose la tasse sur le grand bureau. *’dois plus lui faire peur*. Et je me lance vers la sortie de l’infirmerie.




DIX MINUTES PLUS TARD
La Volière, 7ème Étage



Le mur s’effrite sous la force de mes doigts.
Je n’entends plus les battements d’ailes, ni la brise du vent. Je ne respire plus l’air ambiant, ni le soupir du ciel. « Bo… ». Un autre éclair de douleur frappe mon corps. Aigu. Cet éclair. FOUTREMENT AIGU. « …rdel ! ». Je ne tiens plus mes jambes, mais je ne tombe pas. Mon dos ne doit pas bouger, même d’un seul millimètre.
L’éclair est aigu, mais la douleur est tellement profonde.

Je ne vois plus la lettre d’Alice, ni la couleur de la roche. Il n’y a que ma main qui existe. Écrasée contre… « Aaaah ! ». Mon épaule se bloque. Tétanisée. Le roulement de mes articulations ne se fait plus, une masse a pulvérisé tout mon corps. C’est un clignement. Tout petit. Comme un filet de lumière qui traverse une porte entrebâillée, dans une pièce totalement noire. Petit filet qui ferme sa gueule quand la porte se claque.
Clac.
Et tout disparait.
*Bordel*.
Je tombe.




Le calme est placide. Une chouette à l’air farouche pivote sa tête vers cette grande silhouette qui s’agite au sol. Elle grogne, elle gémit ; elle fait du bruit, tout simplement. Et c’est embêtant.
Pourquoi cette sorcière est-elle venue secouer le doux calme de cette volière ? Pourquoi une multitude de sorciers affluent-ils en ces trois derniers jours ? Des questions qui s’envolent aussitôt arrivées.
Si la chouette-farouche pouvait plisser les yeux, elle le ferait. Mais elle se contente de frétiller des ailes pendant un quart de seconde, exhibant son agacement aux autres volatiles.
Il serait plus sage de laisser le calme de la volière aux courants contraires ; tandis que plusieurs têtes agacées se tournent vers cette voix aigüe qui ne veut pas se taire.





QUELQUES MINUTES PLUS TARD




Aussi lentement que possible, je trace les deux mots que je n’oublierais plus jamais : « Alice Sangblanc ». Le bout de ma plume glisse deux fois à cause des foutues bosses. Des milliers de petites aspérités sur cette enveloppe beaucoup trop rigide. *Bien…*. Mais l’encre n’a pas dépassé le tracé de mes mots. L’écriture est parfaite.
Je prends ma lettre qui dort par terre, et sans même la relire, je la plie en deux pour la fourrer dans l’enveloppe.

Mes fesses me font mal, ça fait un moment que je suis assise sur ces pierres tordues. « Tss… ». Ma tête bascule en arrière. Et se cogne contre le mur.
La douleur qui m’irradie le crâne est tellement faible que je pourrais éclater de rire, si j’en avais la force. *’faut que j’redescende voir l’autre*. Ouais, mais je préfère laisser mon regard se perdre pour l’instant.
Les tracés du plafond sont chaotiques. Des poutres qui sortent de partout, en bordel ; traversant de part en part cet endroit serré. Ce dôme est comme une poupée avec pleins d’aiguilles enfoncées dans le corps.

Haa…

J’enfonce un doigt dans ma bouche pour gratter la partie inférieure de mes dents. *’faut que j’bouge*. Ça me fait mal ; même si j’essaye de ne pas trop y faire attention. Tout ce que j’espère, c’est que ma lettre ne fasse pas peur à Alice. *Arrête ça*. C’est la plus importante des quatre. C'est à elle de décider maintenant. J'ai même viré mon anonymat pour l’aider dans son choix.
Si elle ne me répond pas. J’irais la trouver moi-même. *Arrête*.

Je ferme les yeux.
La brise qui se balade sur ma peau n’est qu’un mauvais courant d’air dans cette foutue tour. Pourtant, je me sens bien ici, sans même savoir pourquoi. Pas de raison précise.
C'est juste que je sens un truc. Aussi vieux qu’un souvenir.
Comme une chatouille dans mon ventre.

[font=Trebuchet MS]F I N[/font]

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