Lettre J'ai besoin d'aide W.B

24 Avril 2045,
Londres.
Avec @William Barckeley


Il avait hésité trois bonnes heures, à penser à qui il devait envoyer sa lettre, ou ce qu’il devait y mettre, ou même si en envoyer une était une bonne idée. Au final, il trouvait que c’était une particulièrement mauvaise idée, mais ce serait simplement à l’image de toutes les idées qu’il n’avait jamais eu. Alors il se retrouvait, penché sur son bureau, à gribouiller derrière un papier déjà utilisé. Pas n’importe lequel, une des affiches, parce que sa mère n’avait trouvé soutient que chez une de ses amies. Sa maison avait brûlé, et ses journées étaient trois fois pires depuis, pas qu’elles aient été bonnes depuis un bon bout de temps. Il avait gribouillé au feutre noir sur l’affiche, pour essayer d’effacer la preuve flagrante de ses conneries, et puis il avait commencé à écrire. A William, parce qu’il n’avait pas souvenir d’un autre sang pur que lui qui ne lui avait pas balancé à la gueule qu’il n’était rien de plus qu’une merde. Et là, il avait cruellement besoin de quelqu’un qui ne serait pas d’accord avec lui, qui ne le prendrait pas en pitié, et William était la seule personne que lui donnait son esprit qui ne le prendrait pas comme la victime de l’histoire. Parce qu’il ne l’était pas, loin de là, et que ça le tuait.

Envoyer la lettre avait été le plus compliqué, parce qu’il n’avait aucune idée de comment le faire. Alors il avait patienté pendant deux jours, à se balader les yeux vers le ciel. Et puis il avait simplement choppé le premier hibou qu’il avait pu voir, se disant que la lettre qu’il devait porter était bien moins importante que son appel à l’aide, parce que c’était de ça qu’il s’agissait, cette lettre enfoncée dans une enveloppe salie, rayée de partout. Un appel à l’aide, parce qu’il était perdu et qu’il ne savait plus rien faire de bien pour lui ou pour les autres.
Salut William,

C’est Edwin, normalement tu me remets. Logiquement en tout cas, sauf si tu es devenu amnésique entre temps. Je suis désolé, c’est toujours pas une bonne situation, j’aurais bien voulu te dire que tout allait bien, mais je crois que c’est pas possible.

Quand j’ai parlé à Loewy avant de rentrer chez moi, elle m’a dit que tous les sorciers étaient pas des monstres, et que les moldus c’était pareil. J’suis entouré de monstres, et j’ai peur. Je m’en veux tellement, tu sais, parce que j’ai été un connard avec les sorciers, et certains le méritaient pas, et là j’ai besoin d’aide et je sais pas à qui demander parce que je suis sûr de pas le mériter, alors je t’envoie ça à toi parce que tu vas pas hésiter à me dire que j’ai été un pauvre con.

Ma mère est affreuse, l’école est horrible. Je sais pas quoi faire, j’ai aucune idée de quoi dire ni à qui, parce que si je parle de ça à Londres, maintenant, je sais pas ce qui va arriver. J’ai tout le temps peur que quelqu’un se rende compte que je suis un sorcier, ou que les flics toquent à ma porte après s’être rendu compte que c’était bizarre que j’ai quitté la maison si longtemps, et qu’ils ont compris que c’est parce que les sorciers vont dans un internat à onze ans. J’ai jamais voulu être un sorcier, et j’ai jamais voulu me retrouver dans cette merde, mais maintenant j’y suis et c’est de ma faute. J’aurais jamais dû demander à la directrice de rentrer chez moi, mais je pensais bien faire sur le coup, tu sais ? J’avais l’impression que ma mère m’aimerais si je rentrais, qu’elle arrêterait de penser que je suis un monstre. Et j’avais l’impression qu’elle avait besoin de moi, et que moi je devais rentrer parce que je lui ai jeté un sort et que c’est de ma faute si elle déteste autant les sorciers. Je pensais pouvoir changer ça, et je me suis trompé, parce que c’est encore pire. Elle me fait peur, j’arrête pas de crever de peur, encore pire depuis que ma maison a brûlé. Je peux pas lui dire que c’est de ma faute, parce que je suis un sorcier, sinon elle va encore me frapper. Et si je lui dis que c’est pas les sorciers qui me frappent et que c’est les moldus à l’école, elle va me dire que je suis un menteur.

J’ai mal. C’est infernal, je veux m’en aller de là, et je sais pas quoi faire. Personne n’est là pour moi. J’ai tellement fait de conneries à Poudlard, et en dehors aussi. Tous les moldus me font peur, les sorciers aussi. J’aurais aimé être sang pur, ça aurait été tellement plus simple si je pouvais les détester sans en faire partie, tu sais ? Ou juste être un moldu, et ça aurait été tellement facile, tellement moins douloureux.

Je suis sûr que quelqu’un va finir par me tuer ici. J’ai peur que la maison de l’amie à ma mère prenne feu aussi. Je suis désolé pour le papier sur lequel j’écris. J’ai affiché des trucs comme ça dans les rues de Londres. Au début c’était parce que ma mère voulait, et après je me suis dis que je faisais la bonne chose, et au final je me déteste. J’ai peur, je sers à rien à part faire du mal aux gens, mais même si toi tu me trouves con, est-ce que tu peux m’aider ? Je veux plus être un né-moldu, ça fait mal. Je veux plus rester là. Si personne me tue, je vais finir par mourir de tristesse, ou de je sais pas quoi. J’arrête pas de me regarder dans le miroir et de me dire que je suis naze, une grosse merde même et que personne viendra jamais m’aider parce que tout le monde en a rien à foutre, vu que c’est de ma faute tout ça. Je savais pas à qui envoyer ma lettre, mais t’es la seule personne qui peut comprendre je crois.

J’ai besoin d’aide, vraiment vraiment besoin d’aide, s’il te plait.
Ed’.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)