30 mai 2020, 00:43
15H30 ⊱ Le Vitrage
Dans le champ des brins herbeux, seul le pâle est visible à mes yeux. Il est celui qui prédit le futur, cet hiver qui va être encore plus fort que celui de l’année dernière.
Le petit brin pâle n’est pas dressé comme tous ses frères verts ; il se tient courbé, avec le poids de l’avertissement sur son dos fragile : « Attention bande d'abrutis, l’hiver arrive ». Il tremble. Il a du mal à faire passer son message au milieu de ses frères dressés, aussi hauts que les plus grands arbres. *Tss…*.
— Les gens changent, Charlie.
Mon regard se dilate brusquement. *J’t’l’ai d’jà dit*. Le brin-pâle disparaît au milieu de sa famille, pendant que le vent fait valser l’énorme masse verte au rythme de ses souffles.
À cause des mots de Nora, j’ai perdu le-brin-qui-averti, mais je n’en ai rien à foutre ; c’est bien trop simple de voir ces trucs qui avertissent. Alors je préfère me prendre la difficulté de tout-ce-qui-n’avertit-pas. *Ouais*. Même si j’ai du mal à l’accepter, je me rends compte que j’aime les blizzards.
— Ils grandissent, évoluent. Ils s'adaptent, en fonction des choses vécues.
Mes yeux ne se détournent pas de l’esplanade du Parc. Je suis concentrée à écouter les idées de Nora sur le comportement des Autres. « Je trouve ça très immature de ta part de me demander des comptes de cette manière... ». Mon esprit est silencieux. *Non*. Ou bloqué. *Demander des comptes ?*. Mais il se réveille d'un coup. Tordu. Malaxé.
Mes sourcils se joignent dans l'incompréhension, pendant que j’essaye de me rappeler à quel moment j’ai critiqué son changement. *Mais…*. « Je suis désolée si la personne que je suis aujourd'hui ne te convient pas, mais je ne peux pas grand chose pour toi ». Et ses mots continuent à me reprocher une chose que je n’ai pas faite. *Si ?*. Je n’ai jamais dit que je n’aimais pas son changement. J’ai juste remarqué son blizzard. En plein été, quand la chaleur crame chaque petit bout de la peau, un blizzard est une belle surprise ; qui arrive sans que personne ne l’ait demandée. C’est juste une image pour dire que son changement est extérieur et qu’il n’est pas inté… *Bien…*. Mon esprit se tait.
Une inspiration rappelle les couleurs dans mes yeux, elles s’injectent en courants contraires qui se mélangent pour donner la brillance du lac, encadré du grand arbre-double qui dort sur cette couette d’eau.
À l’orée de ma vision, la Septième Année est debout comme un poteau, sans la moindre curiosité pour mes mots qu’elle prend comme une attaque.
*Bien*. La forme de sa volonté est informe. Vide. Elle n’est pas un blizzard, mais juste une petite pluie entre les rayons du soleil brûlant. Nejma s’est trompée ; et moi avec.
Demander des comptes… *’t’arracher tes muscles avec mes dents*. Elle ne sait pas ce qu’est une vraie attaque. Mais sa présence disparaît déjà comme une odeur portée par le vent, laissant la place à l’élément le plus central. *Alice*. C’est la plus importante ; et cette importance tourne sans fin dans mon crâne.
Mes deux mains se posent contre l’herbe humide.
Il faut vraiment que je bouge, peut-être même que le petit Blaze est dans la Grande Salle.
*Vite*. Je pousse d’un coup sur mes muscles pour atterrir sur mes jambes, douloureuses. Mes yeux volent jusqu’aux pupilles sombres, couronnées d’un vert tout aussi sombre. Vide.
— Tu peux partir.
Et je me lance vers la Grande Porte. Mes jambes s’alternent tranquillement. Mon regard se plante sur une silhouette au loin.
Pour la première fois avec Nora, j’avais utilisé une intonation sèche, alors je me demande comment elle va prendre mes mots cette fois-ci. Encore comme un jugement, ou une attaque ? *Rien à foutre*. La Douleur traine ses crochets dans mon dos, tout en tirant sur mes mollets. Ce n’est pas grave, elle est moins forte qu’avec Aodren.
*’que j’me grouille*. Le plus important arrive.
Le petit brin pâle n’est pas dressé comme tous ses frères verts ; il se tient courbé, avec le poids de l’avertissement sur son dos fragile : « Attention bande d'abrutis, l’hiver arrive ». Il tremble. Il a du mal à faire passer son message au milieu de ses frères dressés, aussi hauts que les plus grands arbres. *Tss…*.
— Les gens changent, Charlie.
Mon regard se dilate brusquement. *J’t’l’ai d’jà dit*. Le brin-pâle disparaît au milieu de sa famille, pendant que le vent fait valser l’énorme masse verte au rythme de ses souffles.
À cause des mots de Nora, j’ai perdu le-brin-qui-averti, mais je n’en ai rien à foutre ; c’est bien trop simple de voir ces trucs qui avertissent. Alors je préfère me prendre la difficulté de tout-ce-qui-n’avertit-pas. *Ouais*. Même si j’ai du mal à l’accepter, je me rends compte que j’aime les blizzards.
— Ils grandissent, évoluent. Ils s'adaptent, en fonction des choses vécues.
Mes yeux ne se détournent pas de l’esplanade du Parc. Je suis concentrée à écouter les idées de Nora sur le comportement des Autres. « Je trouve ça très immature de ta part de me demander des comptes de cette manière... ». Mon esprit est silencieux. *Non*. Ou bloqué. *Demander des comptes ?*. Mais il se réveille d'un coup. Tordu. Malaxé.
Mes sourcils se joignent dans l'incompréhension, pendant que j’essaye de me rappeler à quel moment j’ai critiqué son changement. *Mais…*. « Je suis désolée si la personne que je suis aujourd'hui ne te convient pas, mais je ne peux pas grand chose pour toi ». Et ses mots continuent à me reprocher une chose que je n’ai pas faite. *Si ?*. Je n’ai jamais dit que je n’aimais pas son changement. J’ai juste remarqué son blizzard. En plein été, quand la chaleur crame chaque petit bout de la peau, un blizzard est une belle surprise ; qui arrive sans que personne ne l’ait demandée. C’est juste une image pour dire que son changement est extérieur et qu’il n’est pas inté… *Bien…*. Mon esprit se tait.
Une inspiration rappelle les couleurs dans mes yeux, elles s’injectent en courants contraires qui se mélangent pour donner la brillance du lac, encadré du grand arbre-double qui dort sur cette couette d’eau.
À l’orée de ma vision, la Septième Année est debout comme un poteau, sans la moindre curiosité pour mes mots qu’elle prend comme une attaque.
*Bien*. La forme de sa volonté est informe. Vide. Elle n’est pas un blizzard, mais juste une petite pluie entre les rayons du soleil brûlant. Nejma s’est trompée ; et moi avec.
Demander des comptes… *’t’arracher tes muscles avec mes dents*. Elle ne sait pas ce qu’est une vraie attaque. Mais sa présence disparaît déjà comme une odeur portée par le vent, laissant la place à l’élément le plus central. *Alice*. C’est la plus importante ; et cette importance tourne sans fin dans mon crâne.
Mes deux mains se posent contre l’herbe humide.
Il faut vraiment que je bouge, peut-être même que le petit Blaze est dans la Grande Salle.
*Vite*. Je pousse d’un coup sur mes muscles pour atterrir sur mes jambes, douloureuses. Mes yeux volent jusqu’aux pupilles sombres, couronnées d’un vert tout aussi sombre. Vide.
— Tu peux partir.
Et je me lance vers la Grande Porte. Mes jambes s’alternent tranquillement. Mon regard se plante sur une silhouette au loin.
Pour la première fois avec Nora, j’avais utilisé une intonation sèche, alors je me demande comment elle va prendre mes mots cette fois-ci. Encore comme un jugement, ou une attaque ? *Rien à foutre*. La Douleur traine ses crochets dans mon dos, tout en tirant sur mes mollets. Ce n’est pas grave, elle est moins forte qu’avec Aodren.
*’que j’me grouille*. Le plus important arrive.
« [...] qui sont je crois davantage destinées à me faire rire Nerveusement qu'à me camoufler des Mots ou des Pensées [...] »
31 mai 2020, 19:33
15H30 ⊱ Le Vitrage
Charlie avait l'air pensive, l'espace d'un instant. Nora ne savait pas si elle devait poursuivre ou tout simplement attendre que son interlocutrice se réveille. Celle-ci bougea soudainement et clôtura l'entrevue avec trois petits mots avant de déguerpir en direction du château. Elle n'aurait su dire quel effet avaient réellement eu ses mots sur sa cadette Gryffondor. Etait-elle énervée ? Contrariée ? Déçue ? S'en fichait-elle ? Comprenait-elle ? Nora n'aurait su le dire. En revanche, elle était perpétuellement agacée par son comportement, laissant croire qu'elle pensait pouvoir la convoquer et la faire disposer comme elle le voulait.
La septième année retint un soupir en serrant les dents, une fois de plus, puis tourna les talons vers sa propre destination. Elle regarda l'heure sur sa montre, et eut la satisfaction de constater qu'elle ne serait pas en retard à son rendez-vous. Elle était en revanche contrariée de remarquer que cette entrevue l'avait laissé avec une humeur de chien, qui mettrait sans doute un peu de temps à la quitter. Avec de la chance, le reste de son après-midi lui ferait oublier cette conversation fort désagréable.
Nora marcha tranquillement dans l'herbe, les mains dans les poches et le regard froid et dur rivé sur le sol, un peu dans le vague. Elle se demandait de quoi les gens se mêlaient, rouspétant mentalement.
La septième année retint un soupir en serrant les dents, une fois de plus, puis tourna les talons vers sa propre destination. Elle regarda l'heure sur sa montre, et eut la satisfaction de constater qu'elle ne serait pas en retard à son rendez-vous. Elle était en revanche contrariée de remarquer que cette entrevue l'avait laissé avec une humeur de chien, qui mettrait sans doute un peu de temps à la quitter. Avec de la chance, le reste de son après-midi lui ferait oublier cette conversation fort désagréable.
Nora marcha tranquillement dans l'herbe, les mains dans les poches et le regard froid et dur rivé sur le sol, un peu dans le vague. Elle se demandait de quoi les gens se mêlaient, rouspétant mentalement.
FIN
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