Mèche par mèche
Samedi 6 mai 2045, 19h.
Je me dirige à toute vitesse vers les toilettes. Je me déteste, je me hais, et ça me tue. Je ne peux plus me regarder dans un miroir, car je n’y vois qu’une petite fille faible, brisée et lâche. J’aimerais hurler de toutes mes forces, détruire tout ce que qui m’entoure ; au lieu de ça, je reste silencieuse et terne. Mais je ne pleure pas, ah çà non, plus question. La vie s’est toujours acharnée sur moi, et à la limite, je pouvais le supporter.
Néanmoins, tout ce que j’avais jamais osé réclamer, c’était « pas lui ». Jusqu’à présent, mon souhait avait été exaucé. Et maintenant, la vie a décidé de me tourner à nouveau le dos, me laissant sombrer dans un chaos noir d’encre. Elle s’en est prise à mon frère, et je ne lui pardonnerai jamais cela, ça me broie, ça me mange de l’intérieur, à présent de moi il ne reste plus que des miettes. J’en veux au monde entier. Mais c’est aussi de ma faute. Je m’étais juré qu’il ne lui arriverait jamais rien ; voilà que je ne sais même pas tenir une putain de promesse ! Menteuse.
Une nouvelle moi. Cette moi pleine de rage et de haine, elle va prendre vie. Malgré tout ce que j’ai pu endurer, jamais je ne m’étais mise en colère. Je me disais sûrement que je méritais mon sort. Mais même la plus mauvaise des personnes ne mérite pas ce que l’on a fait de moi. Ça fait trop longtemps. Je suis toujours restée calme, forte, bravant la tempête le menton haut. Mais ça n’a servi à rien. Ça n’a jamais servi à rien, je suis inutile et je me sens impuissante car je ne peux jamais rien contre cette destinée cruelle, mes efforts ne payent pas et je finis toujours par perdre !
Je ne désire plus incarner cette fillette de porcelaine. Je veux devenir pierre. Pour cela, il n’y a qu’un seul moyen. Je vais couper, mèche par mèche, ces foutus cheveux. On est samedi. C’est bientôt l’heure du dîner. Et personne ne viendra me déranger. Personne n’a intérêt.
Je fouille rageusement dans mon sac et en sors une paire de ciseaux de fer. Pendant un instant, j’hésite, et je jette un coup d’œil à mon reflet dans l’outil. Pendant un instant, je me vois telle que je suis. Elle a mal. Elle souffre. Elle est perdue. Elle est et sera toujours faible.
Plus jamais. Alors je coupe, je coupe, je retiens mes larmes et ne cille pas. Plus personne ne pourra jamais me dire que je suis hypersensible. Car une nouvelle moi vient de naître.
Les ciseaux
Tombent
A terre.
J’ai envie de crier, mais ma gorge est en feu, elle est sèche comme le désert, et le résultat n’est pas du tout celui que j’espérais, c’est inégal, c’est moche, c’est affreux. Comme toi.
J'ai. Mal.
@Welmina MacMaulan
Je me dirige à toute vitesse vers les toilettes. Je me déteste, je me hais, et ça me tue. Je ne peux plus me regarder dans un miroir, car je n’y vois qu’une petite fille faible, brisée et lâche. J’aimerais hurler de toutes mes forces, détruire tout ce que qui m’entoure ; au lieu de ça, je reste silencieuse et terne. Mais je ne pleure pas, ah çà non, plus question. La vie s’est toujours acharnée sur moi, et à la limite, je pouvais le supporter.
Néanmoins, tout ce que j’avais jamais osé réclamer, c’était « pas lui ». Jusqu’à présent, mon souhait avait été exaucé. Et maintenant, la vie a décidé de me tourner à nouveau le dos, me laissant sombrer dans un chaos noir d’encre. Elle s’en est prise à mon frère, et je ne lui pardonnerai jamais cela, ça me broie, ça me mange de l’intérieur, à présent de moi il ne reste plus que des miettes. J’en veux au monde entier. Mais c’est aussi de ma faute. Je m’étais juré qu’il ne lui arriverait jamais rien ; voilà que je ne sais même pas tenir une putain de promesse ! Menteuse.
Une nouvelle moi. Cette moi pleine de rage et de haine, elle va prendre vie. Malgré tout ce que j’ai pu endurer, jamais je ne m’étais mise en colère. Je me disais sûrement que je méritais mon sort. Mais même la plus mauvaise des personnes ne mérite pas ce que l’on a fait de moi. Ça fait trop longtemps. Je suis toujours restée calme, forte, bravant la tempête le menton haut. Mais ça n’a servi à rien. Ça n’a jamais servi à rien, je suis inutile et je me sens impuissante car je ne peux jamais rien contre cette destinée cruelle, mes efforts ne payent pas et je finis toujours par perdre !
Je ne désire plus incarner cette fillette de porcelaine. Je veux devenir pierre. Pour cela, il n’y a qu’un seul moyen. Je vais couper, mèche par mèche, ces foutus cheveux. On est samedi. C’est bientôt l’heure du dîner. Et personne ne viendra me déranger. Personne n’a intérêt.
Je fouille rageusement dans mon sac et en sors une paire de ciseaux de fer. Pendant un instant, j’hésite, et je jette un coup d’œil à mon reflet dans l’outil. Pendant un instant, je me vois telle que je suis. Elle a mal. Elle souffre. Elle est perdue. Elle est et sera toujours faible.
Plus jamais. Alors je coupe, je coupe, je retiens mes larmes et ne cille pas. Plus personne ne pourra jamais me dire que je suis hypersensible. Car une nouvelle moi vient de naître.
Les ciseaux
Tombent
A terre.
J’ai envie de crier, mais ma gorge est en feu, elle est sèche comme le désert, et le résultat n’est pas du tout celui que j’espérais, c’est inégal, c’est moche, c’est affreux. Comme toi.
J'ai. Mal.
@Welmina MacMaulan
Dernière modification par Ella Davis le 9 oct. 2020, 09:17, modifié 6 fois.
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Mèche par mèche
Samedi 6 mai 2045.
J’ai jamais osé retourner dans les Toilettes Abandonnées. Depuis un an. Trop de mauvais souvenirs. Trop peur d’affronter de nouveaux cette ambiance. Trop peur de repenser à la lettre. Et à cette Fille de Serdaigle.
J’sais pas non plus pourquoi j’y vais aujourd’hui. Juste aujourd’hui. Mes pas m’y guident, pourtant. Aveuglement. A peine descendue de la Tour de Gryffondor pour aller manger, ils ont changés leur destination. Et mon corps tout en entier sait ce que je pense de cet endroit. Pourtant il y est allé.
Je l’écoute. Il pense avoir raison. Je l’écoute. J’espère qu’il a raison. Il ne se trompe plus. Heureux. Il croit avoir trouvé le bonheur. Moi aussi. Mais cette douce mélancolie. Ces pensées dévastatrices. Cette nostalgie pesante. Savent que ça n’est pas le cas.
P’tet finalement que c’est pour ça qu’on retourne dans ses fichues toilettes. Pour retrouver le semblant de joie qu’on a laissé la dernière fois. Pour être seule. Rien qu’un instant. Même si la dernière fois je pensais que je serais seule. Mais ça ne fut pas le cas.
Guidée vers l’entrée des toilettes, ma respiration s’accélère. En dépit de tout mes efforts pour la calmer, elle me nargue en ordonnant à mon cœur de la suivre. Et de battre toujours. Plus. Fort.
Pas seule. Sur le pas de l’entrée, je vois une Fille. Personne ne vient ici par plaisir. Elle va pas bien. Et pas besoin d’être mentaliste pour comprendre ce qu’il se passe.
Une paire de ciseaux gît par terre. A sa vision, mon cœur prends un coup.
Qu’est-ce t’as fait, Toi ?
Et puis je vois les cheveux. Coupés. Je comprends en regardant la Fille. Qu’elle les a coupés Elle-même.
En comprenant ceci, je me rappelle. Qui elle est. Avec les cheveux longs c’était plus simple à voir. Mais je la reconnais. Ella. En première année. À Gryffondor aussi. Je commence à connaître le nom de toutes mes camardes féminines de ma maison. Mais c’est plus simple avec des cheveux.
Discrètement, j’observe sa coupe. Sauvage. Pas vraiment réussie. Mais le rendu ressemble à une crinière de lion déchaîné. C’est pas moche.
J’hésite à parler. Mais elle veut être seule. C'est certain. Personne ne veut discuter après s’être coupé les cheveux sois-même. Et ses yeux disent qu’elle ne l’a pas fait par coquetterie.
T’es dévastée, Ella, hein ?
Mais j’peux pas fuir. Lâchement. Je ne suis pas un fantôme. Qui s’en va. Et disparaît sans laisser de trace. Si je ne le fais pas pour ma camarade. J’le ferais pour moi.
Alors je le fais. Je m’approche. A tel point que mes pieds effleurent le ciseau. Dans un élan de folie, je me penche vers lui. Mes doigts tremblants effleurent le métal. Et se referment sur la partie tranchante. Mon autre main choisit de prendre une mèche de cheveux tomber par terre.
Je n’ose pas regarder Ella. Mes actions me surprennent moi-même. Par Merlin, qu'est-ce qu'j'fait ?
« Hé. Pourquoi t’as fait ça à cette belle chev’lure ? »
Je lui tends la mèche. Tandis que j’éloigne le ciseaux de sa portée. Il ne faudrait pas qu’elle s’en resserve. Et le regrette.
Le tas de cheveux s’effritent dans ma main. C’est vrai qu’ils sont beaux. Des ondulations marrons. Colorées de roux. Ils sont. Rayonnants. Elle semble l’être aussi. Mais son visage est terne. Lumineusement terne.
Cette fois-ci. Je cherche ses yeux. J’ai gagné de l’assurance. Peut-être parce que ses cheveux m’ont donné celle qu’ils ont perdus.
Perdu.
Qu’est-ce qu’elle. Ella. A bien put. Perdre. Pour faire une telle chose ?
Lumineusement. Angoisse. Ici.
J’ai jamais osé retourner dans les Toilettes Abandonnées. Depuis un an. Trop de mauvais souvenirs. Trop peur d’affronter de nouveaux cette ambiance. Trop peur de repenser à la lettre. Et à cette Fille de Serdaigle.
J’sais pas non plus pourquoi j’y vais aujourd’hui. Juste aujourd’hui. Mes pas m’y guident, pourtant. Aveuglement. A peine descendue de la Tour de Gryffondor pour aller manger, ils ont changés leur destination. Et mon corps tout en entier sait ce que je pense de cet endroit. Pourtant il y est allé.
Je l’écoute. Il pense avoir raison. Je l’écoute. J’espère qu’il a raison. Il ne se trompe plus. Heureux. Il croit avoir trouvé le bonheur. Moi aussi. Mais cette douce mélancolie. Ces pensées dévastatrices. Cette nostalgie pesante. Savent que ça n’est pas le cas.
P’tet finalement que c’est pour ça qu’on retourne dans ses fichues toilettes. Pour retrouver le semblant de joie qu’on a laissé la dernière fois. Pour être seule. Rien qu’un instant. Même si la dernière fois je pensais que je serais seule. Mais ça ne fut pas le cas.
Guidée vers l’entrée des toilettes, ma respiration s’accélère. En dépit de tout mes efforts pour la calmer, elle me nargue en ordonnant à mon cœur de la suivre. Et de battre toujours. Plus. Fort.
Pas seule. Sur le pas de l’entrée, je vois une Fille. Personne ne vient ici par plaisir. Elle va pas bien. Et pas besoin d’être mentaliste pour comprendre ce qu’il se passe.
Une paire de ciseaux gît par terre. A sa vision, mon cœur prends un coup.
Qu’est-ce t’as fait, Toi ?
Et puis je vois les cheveux. Coupés. Je comprends en regardant la Fille. Qu’elle les a coupés Elle-même.
En comprenant ceci, je me rappelle. Qui elle est. Avec les cheveux longs c’était plus simple à voir. Mais je la reconnais. Ella. En première année. À Gryffondor aussi. Je commence à connaître le nom de toutes mes camardes féminines de ma maison. Mais c’est plus simple avec des cheveux.
Discrètement, j’observe sa coupe. Sauvage. Pas vraiment réussie. Mais le rendu ressemble à une crinière de lion déchaîné. C’est pas moche.
J’hésite à parler. Mais elle veut être seule. C'est certain. Personne ne veut discuter après s’être coupé les cheveux sois-même. Et ses yeux disent qu’elle ne l’a pas fait par coquetterie.
T’es dévastée, Ella, hein ?
Mais j’peux pas fuir. Lâchement. Je ne suis pas un fantôme. Qui s’en va. Et disparaît sans laisser de trace. Si je ne le fais pas pour ma camarade. J’le ferais pour moi.
Alors je le fais. Je m’approche. A tel point que mes pieds effleurent le ciseau. Dans un élan de folie, je me penche vers lui. Mes doigts tremblants effleurent le métal. Et se referment sur la partie tranchante. Mon autre main choisit de prendre une mèche de cheveux tomber par terre.
Je n’ose pas regarder Ella. Mes actions me surprennent moi-même. Par Merlin, qu'est-ce qu'j'fait ?
« Hé. Pourquoi t’as fait ça à cette belle chev’lure ? »
Je lui tends la mèche. Tandis que j’éloigne le ciseaux de sa portée. Il ne faudrait pas qu’elle s’en resserve. Et le regrette.
Le tas de cheveux s’effritent dans ma main. C’est vrai qu’ils sont beaux. Des ondulations marrons. Colorées de roux. Ils sont. Rayonnants. Elle semble l’être aussi. Mais son visage est terne. Lumineusement terne.
Cette fois-ci. Je cherche ses yeux. J’ai gagné de l’assurance. Peut-être parce que ses cheveux m’ont donné celle qu’ils ont perdus.
Perdu.
Qu’est-ce qu’elle. Ella. A bien put. Perdre. Pour faire une telle chose ?
Troisième année RP.
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"Vous dites que c'est si beau la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre." -Antigone.
Un bruit. Un bruit de pas me parvient au-loin, mais tout est flou. Comme s’il l’on avait dressé un voile entre moi et le monde. Un voile de sang. Car je vois rouge. Y’a quelqu’un. Cette personne, elle n’aurait jamais dû entrer. J’ai envie de lui hurler de dégager, de me laisser seule, elle ne peut pas comprendre, personne ne peut comprendre. Et j’ai tout sauf envie de voir de la pitié dans ses yeux. Pauvre Ella. Elle est si fragile. Si petite. Le trou béant dans ma poitrine s’intensifie, et je dois retenir les larmes qui me piquent les yeux.
Je me retourne. Une fille. Cette fille, mon esprit n'arrive même pas à lui attribuer un pauvre prénom. Ce n’est pas mon plus grand problème pour le moment. Elle n’a pas d’autres choses à faire que venir faire une petite balade dans les toilettes abandonnées ? Sérieusement ? Elle n’a pas mal comme ça, elle, et là, tout de suite, je n’en ai plus rien à faire des autres. J’ai passé ma vie à être gentille et compréhensive. A l’écoute. Mais à présent, la seule que personne ne peut écouter, c’est moi. La fille ramasse les ciseaux. Et une mèche de cheveux. Ils lui ont fait quoi, mes cheveux ; de quoi elle se mêle ? Maman, j’ai tellement mal. Viens me bercer, prends-moi dans tes bras, dis-moi que tout va bien aller.
- Hé. Pourquoi t’as fait ça à cette belle chev’lure ?
Je ne lui réponds pas, me contentant de la fusiller du regard et de lui arracher la mèche qu’elle me tend, qui retombe à nouveau au sol. Verra-t-elle, derrière la colère qu’exprime mes yeux, l’incompréhension, le désespoir, la peur, tous ces sentiments que je m’efforce de vaincre et d’anéantir ? Froisser, compresser, écraser. Bouillie. Je pourrai lui parler, à cette inconnue, mais je n’en ai ni la force, ni le courage, ni l’envie.
Je ne veux pas m’apitoyer plus longtemps sur mon sort. Ma « belle chev’lure », comme elle dit, n’existe plus. Et je n’ai pas le droit de regretter. Il y a des choses tellement plus importantes qu’une coupe de cheveux ratée. Comme un frère qui va sûrement mourir, par exemple. Je sens qu’elle cherche mes yeux, mais elle ne les trouvera pas, car je lui arrache les ciseaux des mains avant de lui tourner le dos, afin d’éviter d’éclater en sanglots. Et qu’elle s’aperçoive que j’ai mal. Trop mal. Je ne veux plus être faible. Je ne veux plus pleurer. Il faut que je tienne le coup, pour lui. Seulement je glisse, je tombe, la pente est trop raide pour moi. Et je suis incapable de parler car un mot a pris toute la place dans ma tête, un mot qui m’étouffe et me fait mourir à petit feu. Injustice.
Dernière modification par Ella Davis le 27 mai 2020, 11:29, modifié 2 fois.
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Plonger. Ravagée. Au-delà.
Tout me dit que je ne devrais pas être là. Les souvenirs que dégagent cette pièce. La Fille de Gryffondor. Tout. Peu importe. J’bouge pas. Ma conscience me dit d’y aller. Je sais ce que ça fait de vouloir être seule. Mais parfois même si on pense que c’est pas le cas, on est mieux entouré.
Ella me fusille du regard. Les regards peuvent tuer. Ceux des Inconnus. Comme ceux des personnes qu'on aime. S’ils sont lourds de sens. Les regards savent poignarder. Et même quand ils sont beaux. Ils envoûtent. Et puis tuent. Comprendre un regard est si souvent impossible. Par ce qu’ils dégagent. Et, moi, j’essaie pourtant.
Je ne peux comprendre celui de la Fille. Et j’essaie pourtant. Je ne vois que la colère de celui-ci. Dans ma vision, cette colère est accentuée ma culpabilité d’être là. Mais ce regard est trop puissant pour être cerné.
Pourquoi ton regard est si puissant, Fille ?
Ses yeux ne me le disent pas. Mais tout indique qu’elle va mal. Elle est pas juste en colère. Elle s’en veut. Sinon elle n’aurait pas détruit ses cheveux. Elle-même. Elle aurait voulu détruire le monde. Si sa colère venait de quelque chose autre. Qu’Elle-même.
Elle ne parle pas. Ses yeux. Ses mouvements. Le font pour Elle. La mèche de cheveux passe de ma main à la sienne. Puis elle finit sa course en tombant au sol. J’aurais pas du la ramasser. J’sais même pas pourquoi j’l’ai fait. Je la regarde piteusement, giser sur le sol froid.
Son regard. Que je cherchais. Ne me laisse même pas le trouver. Il ne me transmettra pas les réponses que je cherche. Et ses mots non plus. Silencieuse.
Elle reprend le ciseau que j’ai ramassé. Brusquement. Dans ma bêtise, je l’ai pris sur le côté. Tranchant. Ma main a la sensation que celui-ci la coupe. Mais c’est furtif et une simple sensation. Je constate que ma main n’a rien. Mais c’est pas important. En fait.
Elle, s’est tournée. Me tournant le dos. Je n’ose plus la regarder. C’est le moment de m’en aller. Alors pourquoi je ne pars pas ? Pourquoi j’reste là ? Parce que si j’reste pas, j’aurais l’impression. D’avoir laisser. Quelqu’un. Se noyer.
Alors j’essaie de plonger. Et la ramener à la surface.
Tu crois que j’peux me le permettre, Fille ?
Ça ne me concerne pas. Mais peu importe. Elle préférerait que je parte. Mais peu importe. Je n’bouge pas. Je parle. Simplement.
« Laisse pas la colère t’noyer. »
J’tremble. Je me fais la promesse que si elle ne comprend pas. Si elle récidive. Si elle m’ignore. Je m’en vais. Je me promet que je partirais. Mais pas maintenant. Elle a un ciseau dans la main. Et une blessure dans le cœur. J’peux pas partir maintenant.
J’aimerais au moins lui enlever le ciseau. Si j’peux rien faire pour sa blessure. J’peux peut-être au moins lui prendre le ciseau.
Mais elle m’en a interdit une première fois. Alors elle me l’interdira une seconde fois. Si elle s’adoucit, je le ferais. Et si elle m’ignore, j’m’en vais.
« Elle fait des ravages. Elle nous détruit tous, t’sais. »
Oui, la colère détruit. La douleur détruit. Et même le bonheur détruit. Simplement, si Elle comprend. Que j'veux l’aider. L’empêcher de se noyer. Peut-être juste pour quelques secondes.
J’essaierai.
Troisième année RP.
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Qu’est-ce que t’en sais, que je me noie ? Hein ? Rien. Avec un pauvre R majuscule. La colère nous détruit ? Vrai. Et je ne peux rien y faire.
Elle pourrait sortir, la fille. Elle pourrait m’oublier ici, elle pourrait aller dîner et me laisser mourir. Elle pourrait. Mais elle ne le fait pas. Elle n’a pas pitié, la fille.
Et je comprends, tout d’un coup. Je me revoie. Je revoie Ella, assise sur l’herbe, essayant en vain de maintenir Elfie à la surface. Elle ne le pouvait pas, et elle le savait. Mais elle est restée plantée là, alors qu’Elfie lui gueulait dessus. Elle est restée. Et je me souviens de ce qu’elle a pensé. Si moi j’ai trop mal, si je suis brisée, je peux essayer d’aider les autres à aller mieux. La douleur, je la connais. Et c’est pour ça que je ne la souhaite à personne.
Mais maintenant, c’est plus Elfie, c’est moi. C’est moi, d'accord, mais alors pourquoi je ne parviens plus à savoir qui je suis ? La personne qui me ressemble le plus de nous deux dans cette pièce, en cet instant, c’est elle. La fille. Qui ne veut pas que je me noie. Parce qu’elle n’est pas égoïste comme je le suis.
Je relève les yeux, j’essaie de lui faire comprendre. Que je ne peux pas lui en vouloir, à elle. Je ne lui en veux pas. J'en veux au monde entier. C'est pas juste.
Elle ne peut rien pour moi, comme je n’ai rien pu faire pour Elfie. Enfin. Si.
La fille
Peut
M’aider.
Doucement, je lui montre du doigt mes cheveux massacrés. Je désigne les ciseaux.
Puis elle.
Mon regard est dur, j’en ai conscience. D’un côté, j’ai envie de la voir reculer. Ça me prouverait que je suis forte. Que je lui fais peur. Mais elle n’a pas peur, la fille. Elle veut aider. Et en fait, je ne veux pas qu’elle s’en aille.
Parce que je ne peux pas laisser mes cheveux mourir. Et moi avec. Je veux qu’ils soient beaux. Même courts. Même si moi, je suis laide.
Mes mains lui tendent les ciseaux. Un geste, net et précis. Pourtant, j’ai l’impression que tout se passe au ralenti. Et si… et si ça n’était qu’un cauchemar ? La fille n’existerait pas. Mon frère irait parfaitement bien. J’aurais les cheveux longs. Mais le fer froid du petit outil contre ma paume me ramène violemment à la réalité. Parce qu’on est dans un cauchemar réel, ici.
Elle peut partir. Elle peut encore.
Va-t’en, file, va-t’en avant qu’il ne soit trop tard. Et ne reviens jamais. Ton âme, elle est jolie. Elle est claire comme de l’eau. Flip, flop. Et tu peux la garder. Pas moi. Pourtant, j’aimerais bien être translucide, moi aussi. J’aimerais bien.
Vole,
Petit
Papillon.
Elle pourrait sortir, la fille. Elle pourrait m’oublier ici, elle pourrait aller dîner et me laisser mourir. Elle pourrait. Mais elle ne le fait pas. Elle n’a pas pitié, la fille.
Et je comprends, tout d’un coup. Je me revoie. Je revoie Ella, assise sur l’herbe, essayant en vain de maintenir Elfie à la surface. Elle ne le pouvait pas, et elle le savait. Mais elle est restée plantée là, alors qu’Elfie lui gueulait dessus. Elle est restée. Et je me souviens de ce qu’elle a pensé. Si moi j’ai trop mal, si je suis brisée, je peux essayer d’aider les autres à aller mieux. La douleur, je la connais. Et c’est pour ça que je ne la souhaite à personne.
Mais maintenant, c’est plus Elfie, c’est moi. C’est moi, d'accord, mais alors pourquoi je ne parviens plus à savoir qui je suis ? La personne qui me ressemble le plus de nous deux dans cette pièce, en cet instant, c’est elle. La fille. Qui ne veut pas que je me noie. Parce qu’elle n’est pas égoïste comme je le suis.
Je relève les yeux, j’essaie de lui faire comprendre. Que je ne peux pas lui en vouloir, à elle. Je ne lui en veux pas. J'en veux au monde entier. C'est pas juste.
Elle ne peut rien pour moi, comme je n’ai rien pu faire pour Elfie. Enfin. Si.
La fille
Peut
M’aider.
Doucement, je lui montre du doigt mes cheveux massacrés. Je désigne les ciseaux.
Puis elle.
Mon regard est dur, j’en ai conscience. D’un côté, j’ai envie de la voir reculer. Ça me prouverait que je suis forte. Que je lui fais peur. Mais elle n’a pas peur, la fille. Elle veut aider. Et en fait, je ne veux pas qu’elle s’en aille.
Parce que je ne peux pas laisser mes cheveux mourir. Et moi avec. Je veux qu’ils soient beaux. Même courts. Même si moi, je suis laide.
Mes mains lui tendent les ciseaux. Un geste, net et précis. Pourtant, j’ai l’impression que tout se passe au ralenti. Et si… et si ça n’était qu’un cauchemar ? La fille n’existerait pas. Mon frère irait parfaitement bien. J’aurais les cheveux longs. Mais le fer froid du petit outil contre ma paume me ramène violemment à la réalité. Parce qu’on est dans un cauchemar réel, ici.
Elle peut partir. Elle peut encore.
Va-t’en, file, va-t’en avant qu’il ne soit trop tard. Et ne reviens jamais. Ton âme, elle est jolie. Elle est claire comme de l’eau. Flip, flop. Et tu peux la garder. Pas moi. Pourtant, j’aimerais bien être translucide, moi aussi. J’aimerais bien.
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Papillon.
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Paumée. Droiture. Couper.
Je ne peux pas rester. Je ne dois pas. Et peut-être que même si Elle en a besoin. Je ne dois pas. Je ne peux pas l’aider. Il est impossible de réparer une faille ouverte. Et même si elle est recouverte. Elle est toujours là. Alors c’est inutile que j’essaie de juste la recouvrir. De toute façon, j’y arriverais pas.
Ses yeux se relèvent vers moi. Elle me regarde. Et cette fois-ci, c’est moi qui baisse les yeux. J’suis faible. J’aurais put essayer de lire dans ces yeux, encore une fois. Mais j’ai peur que sa douleur. Sa colère. M’affaiblisse encore plus. J’suis. Impuissante.
Je ne regarde pas ses yeux mais la voir bouger. Me montrer les cheveux. Les ciseaux. Et enfin Moi. Moi, qui ne peut rien faire. Moi, qui essaie. Moi, qu’elle aurait dû rejeter.
Elle aurait du le faire. Elle commençait à le faire. Qu’est-ce qui a changé ? Est-ce qu’elle avait vraiment besoin de moi ? Ses yeux sont menaçants. La colère ne s’en va pas. Mais pour moi, elle s’est adoucie. P’tet qu’elle a pas besoin de moi. Peut-être qu’elle a juste besoin de. Quelque chose.
Mais je ne veux plus partir. Pas avant de savoir ce qu’elle veut. Et si c’est mes services. Qu’elle veut. Elle me tend les ciseaux, qu’elle avait arraché. Mais après tout, ils sont à Elle. Elle est libre de décider. Où ils vont. A qui ils servent.
Elle ne parle toujours pas. Je ne suis pas sûre de vouloir comprendre ce qu’elle me demande même si au fond de moi je sais. Peut-être qu’elle veut me laisser couvrir la faille irréparable. Juste la couper. Juste couper les pointes de cheveux rebelles.
« Est-ce que .. ? »
La fin de ma phrase ne veut pas sortir. Ella a choisit le silence. Faire de même serait un moyen de lui montrer que je la respecte. Que je peux me montrer digne d’être là.
Le. Silence. Il m’obsède et me fait mal. Parfois je l’aime. Mais aujourd’hui. Maintenant. J’ai juste besoin qu’on me dise quoi faire. Parce que j’ai pas envie de faire une bêtise.
Ses gestes parlent mais pas Elle.
Pourquoi tu parle pas, Ella ?
Ma main tremblante prend la paire de ciseau. J’essaie de croiser son regard. Pour qu’il me dise ce que je dois faire. Et ce que je ne dois pas faire. Si Elle veut que je couvre la faille. Mais sans la réparer. Que je la sorte des profondeurs. En la laissant dans l’eau.
Mon silence n’est pas assez parlant. Pour que je me permette de l’utiliser. Et j’ai bien trop peur pour laisser parler mes actions. Plus je la regarde, plus j’ai peur de ce qu’elle me demande. Plus je regarde le ciseau, plus j’ai peur de m’en servir.
« J’pense que ce sera plus simple si tu t’assois. S’il-te-plaît. »
Ma voix veut se faire claire. Douce et posée. Comme si j’étais pas effrayée. Comme si tout était normal. Mais non. Je flippe. C’est une réelle épreuve. Et je m’en voudrais si je rate ce que je dois faire. Alors je peux toujours partir. M’enfuir comme une lâche. Pour éviter de faire quelque chose que je regretterais.
Mais m’enfuir. Serait une chose que je regretterais.
Troisième année RP.
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Mèche par mèche
Je guette. J’attends un mouvement de recul. Je n’arrive pas à lire dans ses yeux, je n’y arrive plus. Je ne peux pas savoir. Mais les ciseaux
Ne tombent
Pas
A terre.
Elle les tient dans sa main. Elle les sert fort. Aussi fort que j’aimerais pouvoir le serrer dans mes bras. Aussi fort que l’air autour de moi m’écrase et m’oppresse.
Fort
A en crever.
Mes yeux ne voient peut-être plus les couleurs. Y’a un problème avec moi, je le sais. Mais les formes, elles, sont toujours là.
Et ses paroles, je les entends. Elles me vrillent les oreilles. Soudain, j’ai envie de lui hurler dessus. De lui hurler de se taire, je ne veux pas entendre, je ne veux plus écouter. J’ai eu tort de lui montrer, de lui demander, j’aurais dû partir, m’enfuir loin, pour ne pas lui faire mal. Là, c’est elle qui me fait mal. Et je n’arrive même pas à comprendre pour quoi. J’ai envie de leur faire mal à tous, pour ce qu’ils m’ont fait, pour ce qu’ils lui ont fait, et ça me fait peur. Alors je sers les poings, et j’obéis. Je n’ai pas besoin d’elle. Mais j’ai besoin des ciseaux qu’elle tient dans sa main. J’ai besoin de faire croire au reste du monde que tout va bien.
En
Surface.
Quand j’observais le lac, de loin, il paraissait pur et clair. Mais quand je me suis approchée plus près, je me suis aperçue qu’il y avait des algues. Et des déchets. Dedans. Pas pur. Sale. Cette eau, c’est moi maintenant. Et si personne ne m’approche, nul ne verra les déchets. Mais pour ça, j’ai besoin qu’elle coupe. Droit.
Je m’assois par terre. Le sol est froid. Mes paumes sont brûlantes. Je brûle. Fille solitaire. Fille de feu. J’ai toujours été seule. Et dès que j’y ai cru, dès que j’ai cru avoir trouvé des gens sur qui compter, on m’a éloigné d’eux. Crac. On a déchiré ces liens si précieux à mes yeux. Et j’ai beau crier, m’époumoner à m’en casser les cordes vocales, ils ne m’entendent pas, mais qui peut entendre dans le silence ? Je m’éloigne d’eux à une vitesse vertigineuse. Et quand ils s’en apercevront,
Ça sera
Trop tard.
Je suis de dos. Je ne sais pas ce qu’elle va leur faire, à ces cheveux. Mais franchement. Ça ne peut pas être pire. Alors je ferme les yeux. J’attends. J’attends un miracle qui ne se produira pas. Peut-être que si je ferme les yeux, comme ça, je pourrais m’endormir ? Peut-être que je ne me réveillerais pas ? Je m’en fous. Je veux juste qu’il vive, merde ! Ma vie est partie en vrille il y a bien longtemps. Mais la sienne, elle était parfaite.
Digne
D’un conte
De fées.
Je me demande s’il a peur, des fois. S’il pense à moi. J’aimerais lui écrire, mais dès que je me retrouve confrontée à mes pensées, les mots dans ma tête s’effacent, se raturent, s’enfuient et refont surface. Tu sais Ella, à l’état liquide, les molécules sont désordonnées et compactes. Merde. Tout ce que j’arrive à faire, c’est déchirer.
J'aimerais
Que le soleil
Se lève.
Ne tombent
Pas
A terre.
Elle les tient dans sa main. Elle les sert fort. Aussi fort que j’aimerais pouvoir le serrer dans mes bras. Aussi fort que l’air autour de moi m’écrase et m’oppresse.
Fort
A en crever.
Mes yeux ne voient peut-être plus les couleurs. Y’a un problème avec moi, je le sais. Mais les formes, elles, sont toujours là.
Et ses paroles, je les entends. Elles me vrillent les oreilles. Soudain, j’ai envie de lui hurler dessus. De lui hurler de se taire, je ne veux pas entendre, je ne veux plus écouter. J’ai eu tort de lui montrer, de lui demander, j’aurais dû partir, m’enfuir loin, pour ne pas lui faire mal. Là, c’est elle qui me fait mal. Et je n’arrive même pas à comprendre pour quoi. J’ai envie de leur faire mal à tous, pour ce qu’ils m’ont fait, pour ce qu’ils lui ont fait, et ça me fait peur. Alors je sers les poings, et j’obéis. Je n’ai pas besoin d’elle. Mais j’ai besoin des ciseaux qu’elle tient dans sa main. J’ai besoin de faire croire au reste du monde que tout va bien.
En
Surface.
Quand j’observais le lac, de loin, il paraissait pur et clair. Mais quand je me suis approchée plus près, je me suis aperçue qu’il y avait des algues. Et des déchets. Dedans. Pas pur. Sale. Cette eau, c’est moi maintenant. Et si personne ne m’approche, nul ne verra les déchets. Mais pour ça, j’ai besoin qu’elle coupe. Droit.
Je m’assois par terre. Le sol est froid. Mes paumes sont brûlantes. Je brûle. Fille solitaire. Fille de feu. J’ai toujours été seule. Et dès que j’y ai cru, dès que j’ai cru avoir trouvé des gens sur qui compter, on m’a éloigné d’eux. Crac. On a déchiré ces liens si précieux à mes yeux. Et j’ai beau crier, m’époumoner à m’en casser les cordes vocales, ils ne m’entendent pas, mais qui peut entendre dans le silence ? Je m’éloigne d’eux à une vitesse vertigineuse. Et quand ils s’en apercevront,
Ça sera
Trop tard.
Je suis de dos. Je ne sais pas ce qu’elle va leur faire, à ces cheveux. Mais franchement. Ça ne peut pas être pire. Alors je ferme les yeux. J’attends. J’attends un miracle qui ne se produira pas. Peut-être que si je ferme les yeux, comme ça, je pourrais m’endormir ? Peut-être que je ne me réveillerais pas ? Je m’en fous. Je veux juste qu’il vive, merde ! Ma vie est partie en vrille il y a bien longtemps. Mais la sienne, elle était parfaite.
Digne
D’un conte
De fées.
Je me demande s’il a peur, des fois. S’il pense à moi. J’aimerais lui écrire, mais dès que je me retrouve confrontée à mes pensées, les mots dans ma tête s’effacent, se raturent, s’enfuient et refont surface. Tu sais Ella, à l’état liquide, les molécules sont désordonnées et compactes. Merde. Tout ce que j’arrive à faire, c’est déchirer.
J'aimerais
Que le soleil
Se lève.
| Avatar réalisé par ~ en commun avec ~ l'incroyable Eugène Harlow. "Laissez passer les queen !" |
Mèche par mèche
Ok. Battement. Se taire.
Qu’est-ce que je fais là ? Ici. Dans cette pièce. Qui me rappelle tellement. Les mensonges de Maman. Qui me rappelle tout simplement Maman. Qu’est-ce que je vais faire ? Ciseaux à la main. Devant cette Fille. Que j’connais que de nom. Que j’connais pas du tout.
Elle m’écoute et s’assoit. Toujours sans bruit. Elle ne parle pas. Et mes mots dans cette pièce troublent ce silence. Il faut que je me taise. Que je laisse le. Silence. Dominer cette pièce. Dominer le monde.
Derrière elle, je m’accroupis. J’essaie de faire le vide dans ma tête. Mais une tornade de pensée se prépare. Elle m’empêche de me concentrer. Elle me fait peur.
J’ai peur. De ne pas réussir. De rater sa coupe. De ne pas être digne de cette épreuve que le Destin m’a donné. N’importe qui aurait put être là. Et le faire. Bien mieux que moi. N’importe qui aurait put couper les cheveux d’Ella. Et bien plus rapidement. Bien plus proprement.
Mais c’est moi. Et même si c’est raté. Même si le faire ne m’apporte rien. Même si Elle n’a pas vraiment besoin de moi en particulier. Je le ferais. Pas pour Elle. Pas pour Moi, non plus. Juste pour montrer que je suis capable. De réaliser les missions que me donne le Destin.
Je passe une main dans les mèches de cheveux à couper. De l’autre main, je tend le ciseaux. Mes doigts s’écartent. Je les regarde, pas rassurée de ce qu’ils vont faire. Ils s’approchent des cheveux. S’éloignent. Un peu. S’éloignent. Encore plus. Et se ferment. Dans le. Vide.
Les cheveux n’ont pas étaient coupé. Premier essai raté. Mon cœur s’accélère, probablement pour me dire que c’est bon. Je peux le faire. Je dois le faire. Je le ferais.
Mais la tempête de pensée est là, ravageant ma tête. Détruisant ma concentration. La vision des cheveux de ma camarade. Du ciseaux. Me rappellent Maman. C’était toujours Elle. Qui coupait mes cheveux. Ma frange. S’était toujours Elle qui s’arrangeait pour qu’ils soient bien coupés. Droits.
Et Elle n’est plus là pour le faire. La dernière fois, c’était Julia qui l’a fait. Mais c’est pas pareil. Julia, c’est pas Maman.
Mais peut-être que cette Fille se sent pareil que lorsqu’on me sort de mes habitudes. Parce que je suis personne pour Elle. Parce que peut-être que la personne qui lui coupe les cheveux est pas là. Peut-être que ça, ça fait mal.
De nouveaux mes doigts s’approchent d’une mèche. Irrégulière. Et j’ose. Les ciseaux le font. Ils coupent. Je ne tremble plus. Seul mon cœur bat. Je ne pense plus. Ma concentration a pris le dessus. Les ciseaux se referment. Et laisse enfin tomber la première mèche.
J’ai peur qu’Ella s’impatiente si je ne suis pas rapide. Mais si je me dépêche. Ce sera raté. Alors tant pis. Je prend mon temps. Si le temps s’offre à moi.
J’peux les laisser tomber doucement ?
Je prend une respiration. Pour me sentir vivre. Pour que l’air balaie la peur. J’essaie de contrôler mon inspiration qu’elle n’entre pas en contact avec la Fille. La proximité me fait peur, j’avoue.
Mais les ciseaux sont devenus plus rudes. Et moi, j’ose. J’ose couper les mèches irrégulières de la Fille. J’ose essayer d'lui enlever un poids inutile sur le cœur. J’ose.
Les mèches tombent une par une. Lentement. Sur le sol, elles créent un petit tas éparpillé. Je ne réfléchis plus, je coupe juste. En silence. Pour respecter son propre silence. Pour ne plus polluer la pièce de mes mots.
Après m’être détendu les membres, je remarque qu’il ne reste plus que quelques mèches à égaliser. En trois coups. C’est réglé. Mais ce sont les coups finaux. Le final est plus dur. Si je coupe trop haut. Le rendu sera trop cour. Si je coupe pas assez droit. Le rendu sera irrégulier. Les dernières actions sont les plus dures.
Clac. J'respire , ça va.
Clac. J'me tais, la Fille veut le Silence.
Clac. J'lai fait.
Je n'ose pas parler, je m'écarte, faisant mine d'observer le résultat. C'est fini. C'est pas parfait. Mais c'est fini.
Troisième année RP.
happy to be a l i v e
Mèche par mèche
J’attends qu’elle commence. J’attends que les ciseaux entrent en contact avec eux. Et rien qu’en repensant au résultat, ça me donne envie de pleurer. Merde.
Je ne devrais pas pleurer pour des cheveux. Y’a plus important. Mais pourtant, ils ont vécu des trucs, ces cheveux. On a tiré dessus, huit fois. On a collé du chewing-gum sur les racines, trois fois. On les a saisi, d’une poigne ferme, pour mieux me diriger dans les couloirs. On a renversé de l’eau dessus, aussi. On les a colorié au fluo. Et j’ai l’impression qu’en les coupant, non seulement j’exprime ce bordel qu’est devenu ma tête. Mais pas que. Je les libère. Ils peuvent mourir. Et comme ça,
Ils ne se rappelleront
Pas de l’horreur.
Quand ils sont morts, est-ce qu’ils ont oublié ? J’espère. L’horreur, je ne veux pas m’en rappeler non plus. Mais à y réfléchir, l’esprit ça se coupe pas aux ciseaux. Le cœur non plus, mais
Le cœur quand il saigne
N’a pas besoin de ciseaux.
Je ne sais pas ce qu’elle attend, la fille. Mais j’ai tout mon temps. Parce qu’ici, je ne peux rien faire. Il va peut-être mourir, je n’en sais rien, mais s’il le fait je n’aurais pas pu le voir. Car les gens semblent penser que
Les études,
C’est important.
Alors ne meurs pas. Tu dois me promettre d’être fort. Je sens mes yeux briller, et je me mords la joue. Très fort, pour que les petites gouttes d’eau ne viennent pas se confondre avec mes taches de rousseur. Le goût du sang dans ma bouche ne me fait pas peur.
Et soudain, je les sens. Les ciseaux. Ils me font frémir, et je bloque ma respiration. J’attends. Un coup de ciseaux, puis deux, puis trois. Je vois ces flammes brunes et roussies qui tombent au sol. Puis elles s’éteignent. Et ça me fait peur, parce que ça me rappelle que je ne veux pas que lui s’éteigne.
Je suis un lion, le feu, le rouge de Gryffondor. Mais le lion,
N’est-il pas censé
Être courageux ?
J’essaie, maman, j’essaie. Mais je ne suis pas comme toi. Toi aussi, tu as eu mal, maman. Et ce n’est que maintenant que je me rends compte que tu as toujours mal. Tes yeux, ils sont tristes même quand tu souris. Et en fait, de nous deux, je ne crois pas que tu sois la plus forte. Parce que tu as trop mal pour être heureuse. Tu n’essaies même plus.
Tu as lâché
Ma main.
Et ta main, j’en avais besoin, maman. Celle de papa est là, mais il n’ose pas me la tendre, il a peur pour son cœur et il préfère me faire croire qu’il est fait de pierre. La pierre, maman, c’est froid. Le tien, il était brûlant, et pourtant tu as dépéri doucement sans que je m’en aperçoive. J’étais petite, maman. Je ne pouvais pas savoir qu’ils te manquaient. Je ne pouvais pas savoir que c’était dur pour toi de faire semblant. Je suis désolée, maman.
Les ciseaux ont arrêté de me réparer. Je me lève, me dirige vers celui qui m’offrira mon reflet.
Mes yeux s’ouvrent en grand. Et ils sont très grands, mes yeux. Je m’observe, sous tous les angles possibles. J’observe aussi cette inconnue, dont les mèches semblent hésiter entre le court et le carré. Ça n’est pas droit. C’est sauvage.
Mais j’aime bien. Et je me retourne vers la fille. Je ne peux pas lui sourire. J’aimerais la remercier. Mais les mots, les mots, tout s’embrouille. Alors mon pouce se lève. Doucement, certes, mais il est là. Il lui dit à ma place que c’est joli. Je peux partir à présent.
Et maintenant je n’aurai plus peur du noir, maman.
Merci pour ce merveilleux rp Welmina, j'ai adoré écrire avec toi
Je ne devrais pas pleurer pour des cheveux. Y’a plus important. Mais pourtant, ils ont vécu des trucs, ces cheveux. On a tiré dessus, huit fois. On a collé du chewing-gum sur les racines, trois fois. On les a saisi, d’une poigne ferme, pour mieux me diriger dans les couloirs. On a renversé de l’eau dessus, aussi. On les a colorié au fluo. Et j’ai l’impression qu’en les coupant, non seulement j’exprime ce bordel qu’est devenu ma tête. Mais pas que. Je les libère. Ils peuvent mourir. Et comme ça,
Ils ne se rappelleront
Pas de l’horreur.
Quand ils sont morts, est-ce qu’ils ont oublié ? J’espère. L’horreur, je ne veux pas m’en rappeler non plus. Mais à y réfléchir, l’esprit ça se coupe pas aux ciseaux. Le cœur non plus, mais
Le cœur quand il saigne
N’a pas besoin de ciseaux.
Je ne sais pas ce qu’elle attend, la fille. Mais j’ai tout mon temps. Parce qu’ici, je ne peux rien faire. Il va peut-être mourir, je n’en sais rien, mais s’il le fait je n’aurais pas pu le voir. Car les gens semblent penser que
Les études,
C’est important.
Alors ne meurs pas. Tu dois me promettre d’être fort. Je sens mes yeux briller, et je me mords la joue. Très fort, pour que les petites gouttes d’eau ne viennent pas se confondre avec mes taches de rousseur. Le goût du sang dans ma bouche ne me fait pas peur.
Et soudain, je les sens. Les ciseaux. Ils me font frémir, et je bloque ma respiration. J’attends. Un coup de ciseaux, puis deux, puis trois. Je vois ces flammes brunes et roussies qui tombent au sol. Puis elles s’éteignent. Et ça me fait peur, parce que ça me rappelle que je ne veux pas que lui s’éteigne.
Je suis un lion, le feu, le rouge de Gryffondor. Mais le lion,
N’est-il pas censé
Être courageux ?
J’essaie, maman, j’essaie. Mais je ne suis pas comme toi. Toi aussi, tu as eu mal, maman. Et ce n’est que maintenant que je me rends compte que tu as toujours mal. Tes yeux, ils sont tristes même quand tu souris. Et en fait, de nous deux, je ne crois pas que tu sois la plus forte. Parce que tu as trop mal pour être heureuse. Tu n’essaies même plus.
Tu as lâché
Ma main.
Et ta main, j’en avais besoin, maman. Celle de papa est là, mais il n’ose pas me la tendre, il a peur pour son cœur et il préfère me faire croire qu’il est fait de pierre. La pierre, maman, c’est froid. Le tien, il était brûlant, et pourtant tu as dépéri doucement sans que je m’en aperçoive. J’étais petite, maman. Je ne pouvais pas savoir qu’ils te manquaient. Je ne pouvais pas savoir que c’était dur pour toi de faire semblant. Je suis désolée, maman.
Les ciseaux ont arrêté de me réparer. Je me lève, me dirige vers celui qui m’offrira mon reflet.
Mes yeux s’ouvrent en grand. Et ils sont très grands, mes yeux. Je m’observe, sous tous les angles possibles. J’observe aussi cette inconnue, dont les mèches semblent hésiter entre le court et le carré. Ça n’est pas droit. C’est sauvage.
Mais j’aime bien. Et je me retourne vers la fille. Je ne peux pas lui sourire. J’aimerais la remercier. Mais les mots, les mots, tout s’embrouille. Alors mon pouce se lève. Doucement, certes, mais il est là. Il lui dit à ma place que c’est joli. Je peux partir à présent.
Et maintenant je n’aurai plus peur du noir, maman.
Merci pour ce merveilleux rp Welmina, j'ai adoré écrire avec toi
| Avatar réalisé par ~ en commun avec ~ l'incroyable Eugène Harlow. "Laissez passer les queen !" |
Mèche par mèche
Songe. Incertaine. Beautiful.
Je n’ose plus observer le résultat. Plus observer la Fille. Mais je ne peux pas regretter. C’est fait. Mes yeux observent le sol, sentant les battements de mon cœur.
Ces quelques secondes durent une éternité. Et j’ai vraiment peur qu’Ella ne soit pas satisfaite. Mais après tout, elle ne pourrait rien faire. Après tout, elle parle même pas.
Lorsque je relève les yeux, osant enfin regarder le résultat, je la vois. Les cheveux courts lui vont bien. J’aurais put faire mieux. J’aurais put faire pire. Mais c’est déjà mieux qu’avant.
Est-c’que tu trouves aussi que c’est mieux ?
Elle me regarde. Ça lui va. Son pouce qui se lève, le prouve. Elle ne sourit pas. Mais c’est tout comme. Elle ne parle pas. Mais son silence transmet ce qu’il doit transmettre.
Elle semble satisfaite. Je suis assez rassurée. Et lui sourit en retour. J’aimerais parler. Mais je n’ai rien à dire. Alors je me tais. Et la regarde sans aller. Elle s’en va, sans demander son reste.
Elle voulait juste que quelqu’un égalise ses cheveux. C’est chose faîte. Elle cherchait juste à ce que sa coupe soit régulière. C’est fait. Elle ne voulait rien d’autre. Alors elle est partie.
Je la regarde s’éloigner. Je regarde sa coupe brune et ses reflets bruns. Les pointes, que j’ai coupé. Et je sais. Qu’à chaque fois que je verrais cette Fille. Ella. Dans un couloir. Dans la salle commune. Dans la Grande Salle. Je sais que je me reverrais. Devant ses cheveux. Tenant le ciseau.
Et coupant. Je ressentirais ces battements de cœur. Qui ont peur. Et si un jour, elle me regarde de nouveau. Si elle se souvient de mon visage. De mes mains coupant ses cheveux. Je lui sourirait. Pour me sourire à moi. Parce que je suis fière de ce que j’ai fait.
Peut-être finalement que je n’ai rien fait. Peut-être que tout cela était un mirage. Que la Fille était irréelle. Que ce lieu, chargé de souvenirs. M’a envoûté.
Les cheveux éparpillés par terre. Et le métal froid dans ma main me prouve que non. Elle n’a pas pensé à le reprendre. Je ne sais pas vraiment quoi en faire. Et une curieuse force m’oblige à rester ici. De toute façon, elle doit être bien trop loin pour que je lui rende maintenant. Tant pis, je les laisserai ici. Elle viendra peut-être les récupérer.
Assise sur mes genoux, je me surprend à penser à Julia. Si je n’imagine pas Papa ou Arthur dans ce genre d’endroit. Je suis persuadée que Julia y est déjà allé. Peut-être pas pour couper les cheveux d’une Fille. Peut-être avec un ciseau. Mais je l’imagine bien, se réfugiant ici. Comme l’a fait Ella. Comme je l’ai fait, l’année dernière. Comme l’ont sûrement fait plusieurs élèves.
Quels souvenirs sont cachés, Ici ?
Mon ventre proteste, me rappelant que c’est l’heure du dîner. Je me lève, d’un pas traînant. Et me retourne, en jetant un dernier regard à la pièce. Je vois les cheveux d’Ella. Qui finiront probablement balayer par les pas. Et le temps.
Mais le souvenir, lui, restera intact. Toujours.
Tu me promets qu’on oubliera jamais ça, Moi-même ?
D’un pas légèrement perdu, je m’avance hors des Toilettes Abandonnées. Je ne sais pas si je reviendrais ici. Un jour. Je ne sais pas si je reverrais. Ella. Je ne sais même pas si c’était. Réel.
Et c’est ce même métal. Qui me rappelle. Que c’est réel. Sans m’en rendre compte. J’ai gardé la paire de ciseau d’Ella. Il est trop tard pour faire demi-tour.
Tant pis. Je lui rendrais. Si je la revoit un jour. Et si j’ose le faire. En attendant, je les glisse dans une poche de ma chemise. Jusqu’à ce qu’ils retournent auprès de leur propriétaire, ils seront avec moi. Comme preuve. Que tout ça était réel. Pour ne pas. Oublier.
Fin de cet Écrit
Plaisir partagé ! Merci beaucoup à toi !
Troisième année RP.
happy to be a l i v e