À l'heure où la Nuit trompe le Jour
La Lune. Et Lui.

18 mars 2045
Au lever du soleil
TOUR D'ASTRONOMIE
Au lever du soleil
TOUR D'ASTRONOMIE
Combien de temps s'est-il passé depuis que je l'attends ? Enfin, Il se décide enfin à pointer le bout de son nez. Il a mis un temps fou, mais comme je ne pouvais pas dormir, cela ne m'a pas dérangée. Et puis après tout, la Nuit est une belle alliée elle aussi. Même si je sais que Lui va effacer toutes ces questions qu'Elle m'impose. La Lune n'a pas encore disparu, et je la voie devenir de plus en plus transparente. Elle est fatiguée, Elle va bientôt aller se coucher, Elle aussi. Elle accompagne la Nuit, qui s'en va tromper le Jour. Lui le représente, le Jour. Il l'éclaire de tous ses rayons, Il réchauffe la Terre de ses changements d'humeur. Aujourd'hui, Il ne semble pas particulièrement agité, mais Il a tout de même chassé les quelques nuages du début de la Nuit. C'est Lui qui m'émerveille.
Le Soleil.
Assise en tailleur, j'observe le Parc qui s'étale en bas de la Tour d'Astronomie. Un gros pull par dessus mon débardeur et un simple short me recouvrent, je n'ai pas pris mes chaussures. J'ai froid bien sûr, mais cela ne m'importe pas. Et puis l'Astre devrait bientôt me passer l'envie de rentrer. J'aperçois le Lac au loin, jusqu'à l'horizon. L'horizon souligne bien l'infini. Infinie ma Peine. Ma Peine, intarissable. Seul le Soleil parvient à l'assécher en partie. Mais Elle ne s'éteint jamais complètement, elle me hante et le fera sûrement jusqu'à la fin des Temps. Cette Étoile autour de laquelle nous sommes en orbite, si grande, si... *Belle.* La seule Étoile du Jour, la seule qui lui est fidèle, tandis que les autres préfèrent côtoyer la Nuit. Il ne me regarde jamais de haut, Lui, contrairement à la Lune qui me nargue depuis le Ciel. Il comprend, et il m'apaise.
Le Soleil.
Pourquoi ai-je à nouveau bravé le couvre-feu ? Je vais finir par me faire avoir un jour. Heureusement que la journée a maintenant commencé, ce qui m'évitera une retenue si je tombe sur un préfet, ou bien un professeur. Je me souviens être arrivée en haut de cette Tour aux environs de quatre du matin, pour y trouver le calme. Ce dernier était au rendez-vous, et j'ai pu savourer la sensation de la solitude et de la sérénité. Heureusement que je n'ai pas cours aujourd'hui, dans tous les cas je ne suis pas en état de travailler. Mes devoirs attendront, tant pis. Peut-être aurais-je le privilège de faire une sieste, tout à l'heure ? *Rêve pas non plus.* Mes yeux piquent et je sais que je suis exténuée. Pourtant, la simple pensée de mon lit à baldaquin dans mon Dortoir à Gryffondor me rouvre les paupières. Le sommeil m'est devenue de plus en plus compliqué, j'enchaîne insomnie sur insomnie. Le rythme est insoutenable, et je n'ai aucune idée du temps que je vais réussir à tenir.
Les frissons sur mes bras commencent à s'atténuer, et mes doigts glissés dans les manches de mon pull se dégèlent enfin. Je sais que c'est grâce à Lui, il m'aide, je l'apprécie de faire ça pour moi. D'un simple regard, on semble se comprendre. *Merci.* Pourtant, il ne fait aucunement partie des êtres vivants. Quand j'y pense, une certaine Vie l'habite, bien qu'elle soit différente de la nôtre. Cette Vie qui traverse mes veines à une vitesse affolante, et que je déteste tant. Elle est si dure, Elle m'oblige à affronter trop d'épreuves que cela en devient accablant, épuisant. Et Lui mène sa propre Vie, bien plus longue que la mienne certes, mais tellement plus facile. Je l'envie, Lui ne ressent aucune Douleur, et est toujours seul. La Solitude est parfois difficile à supporter, mais les Autres sont bien pires. Ils ont tous une vie parfaite, et aiment détruire la mienne. Lui n'a rien de tout ça, sa Vie est seulement rythmée par ses éruptions intempestives, de temps à autre. Comme un divertissement, qu'Il doit certainement apprécier, et provoquer. Si grand, si beau, perdu au milieu de l'univers, Il est sûrement heureux, Lui.
Le Soleil.
Dernière modification par Marie Paulia le 20 avr. 2021, 18:58, modifié 1 fois.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Un carré de ciel dans les nuages.
Des nuages noirs, masquant les couleurs et revêtant le monde d’un filtre monochrome.
Mais ce carré de ciel…
Il complétait les nuages. Il ne cherchait ni à s’étendre ni à dominer. Il voulait juste qu’on le remarque.
Il semblait même luire d’une lumière diffuse dans la pénombre.
Des formes étaient projetées sur les pierres grises, mordues par l’écume des plus bas nuages.
Et dans cette mer de brume, le carré de ciel délivrait ses couleurs.
Tout d’abord, ce ne fut qu’un gris pâle. Un jeu de lumière dans toute cette ombre.
Puis ses contours devinrent plus nets, nimbés d’un or foncé et brillant.
Des ondes dansantes vinrent percuter la pierre, lentement au début, encore engourdies par la Nuit, puis trouvant peu à peu leurs marques dans un rythme envoutant, uniquement compris de ce carré de ciel.
Elle aurait pu rester longtemps à contempler ces ondes.
Les ondes et leurs spectres.
Les ondes s’offrant à son être.
Les ondes et leurs bruissements.
Les ondes venant du soleil levant.
Elles étaient des fils d’ors emmêlés dans les ombres noires de la pierre brute, courant dans leurs veines, les faisant battre comme celles d’un immense cœur.
Le ruissellement de soleil vint presque lécher ses pieds, enfoncés dans des bottines noires.
Depuis combien de temps elle était là ?
Elle savait plus.
Y avait eu les bruits.
Y avait eu les cauchemars.
Y avait eu une course dans le noir.
Puis y avait eu les étoiles.
Une étendue glacée, semblable à un océan de coquillages d’argent, se noyant dans une immensité épaisse et d’un bleu tirant sur le noir.
Elle s’était tordue le cou à regarder ces étoiles, le dos calé contre les pierres, les genoux entourés de ses bras, les paupières lourdes mais le cœur assoiffé de poésie.
Puis y avait eu des pas.
Y avait eu une autre.
Une autre qu’Insomnie était allée voir.
Une autre tirée du lit par des pensées noires.
Une autre.
Elle avait rien dit depuis.
Elle avait attendu avec elle, sans la voir.
Et c’était très bien comme ça.
Maintenant, les pierres battaient contre son torse, un rythme lent et régulier, semblable à celui de l’astre levant. La lune était encore présente, entourée de ses plus belles nuances de bleus.
C’était l’heure.
L’heure à laquelle le jour trompe les étoiles, les caressant de ses lumières d’or et de sang, les berçants pour les enjoindre d’aller dormir.
Elle aurait bien voulu, elle aussi, avoir le soleil pour la réchauffer dans son lit glacé d’ombres moqueuses et grimaçantes, tendant de longs doigts fins pour lui caresser la tête, comme le bourreau le ferait au condamné à mort.
Ils l’étaient tous.
*Condamnés.*
Les étoiles, condamnées à être cachées par le soleil.
La nuit, condamnée, à être traquée par l’astre de feu.
Le jour, condamné à aimer la lune d’un amour fou, si fou qu’il la pourchasse en une boucle d’infini.
*Eux.*
Eux tous.
Condamnés à mourir.
Devant ce soleil levant effaçant les derniers chuchotis des ombres, les faisant danser sur les pierres, elle se sentait bien.
Elle se sentait à sa place, là, enveloppée par les rayons chauds, un ciel rose tirant sur le mauve au-dessus de la tête.
Les rayons étaient aussi fins que des traits de plume sur le papier multicolore du ciel.
Les Mots incompréhensiblement beaux s'enroulaient dans les Nuages vibrant de soleil, semblant hésiter avant de le laisser rebondit sur leurs corps duveteux, les renvoyant comme un immense jeu de ballon.
Et au milieu de toute cette beauté, deux âmes éperdues, deux têtes rêvant de liberté, deux cœurs sensibles à ce matin.
Elle ne pensait pas aux préfets.
Elle était sortie tous les soirs depuis décembre, sans dormir ou juste quelques minutes éparses pour pouvoir tenir.
Tenir jusque quand, d'ailleurs?
Jusqu'à ce que le soleil s'éteigne à son tour.
Alors, elle sortirait pour aller voir son homonyme, la Lune.
Mais les pensées ne devaient pas être tournées vers Nyx.
Aujourd'hui devait être consacré au soleil et à son éclatante lueur.
Elle restait assise, recroquevillée contre les pierres vivantes, à regarder le ciel évoluer comme un gigantesque kaléidoscope fissuré de nuages.
Peut-être que l'autre allait la voir.
Le soleil étendit ses rayons à son visage.
Elle arrêta de penser.
Elle se laissa inonder de soleil, le visage goutant à ce baiser infini.
Des nuages noirs, masquant les couleurs et revêtant le monde d’un filtre monochrome.
Mais ce carré de ciel…
Il complétait les nuages. Il ne cherchait ni à s’étendre ni à dominer. Il voulait juste qu’on le remarque.
Il semblait même luire d’une lumière diffuse dans la pénombre.
Des formes étaient projetées sur les pierres grises, mordues par l’écume des plus bas nuages.
Et dans cette mer de brume, le carré de ciel délivrait ses couleurs.
Tout d’abord, ce ne fut qu’un gris pâle. Un jeu de lumière dans toute cette ombre.
Puis ses contours devinrent plus nets, nimbés d’un or foncé et brillant.
Des ondes dansantes vinrent percuter la pierre, lentement au début, encore engourdies par la Nuit, puis trouvant peu à peu leurs marques dans un rythme envoutant, uniquement compris de ce carré de ciel.
Elle aurait pu rester longtemps à contempler ces ondes.
Les ondes et leurs spectres.
Les ondes s’offrant à son être.
Les ondes et leurs bruissements.
Les ondes venant du soleil levant.
Elles étaient des fils d’ors emmêlés dans les ombres noires de la pierre brute, courant dans leurs veines, les faisant battre comme celles d’un immense cœur.
Le ruissellement de soleil vint presque lécher ses pieds, enfoncés dans des bottines noires.
Depuis combien de temps elle était là ?
Elle savait plus.
Y avait eu les bruits.
Y avait eu les cauchemars.
Y avait eu une course dans le noir.
Puis y avait eu les étoiles.
Une étendue glacée, semblable à un océan de coquillages d’argent, se noyant dans une immensité épaisse et d’un bleu tirant sur le noir.
Elle s’était tordue le cou à regarder ces étoiles, le dos calé contre les pierres, les genoux entourés de ses bras, les paupières lourdes mais le cœur assoiffé de poésie.
Puis y avait eu des pas.
Y avait eu une autre.
Une autre qu’Insomnie était allée voir.
Une autre tirée du lit par des pensées noires.
Une autre.
Elle avait rien dit depuis.
Elle avait attendu avec elle, sans la voir.
Et c’était très bien comme ça.
Maintenant, les pierres battaient contre son torse, un rythme lent et régulier, semblable à celui de l’astre levant. La lune était encore présente, entourée de ses plus belles nuances de bleus.
C’était l’heure.
L’heure à laquelle le jour trompe les étoiles, les caressant de ses lumières d’or et de sang, les berçants pour les enjoindre d’aller dormir.
Elle aurait bien voulu, elle aussi, avoir le soleil pour la réchauffer dans son lit glacé d’ombres moqueuses et grimaçantes, tendant de longs doigts fins pour lui caresser la tête, comme le bourreau le ferait au condamné à mort.
Ils l’étaient tous.
*Condamnés.*
Les étoiles, condamnées à être cachées par le soleil.
La nuit, condamnée, à être traquée par l’astre de feu.
Le jour, condamné à aimer la lune d’un amour fou, si fou qu’il la pourchasse en une boucle d’infini.
*Eux.*
Eux tous.
Condamnés à mourir.
Devant ce soleil levant effaçant les derniers chuchotis des ombres, les faisant danser sur les pierres, elle se sentait bien.
Elle se sentait à sa place, là, enveloppée par les rayons chauds, un ciel rose tirant sur le mauve au-dessus de la tête.
Les rayons étaient aussi fins que des traits de plume sur le papier multicolore du ciel.
Les Mots incompréhensiblement beaux s'enroulaient dans les Nuages vibrant de soleil, semblant hésiter avant de le laisser rebondit sur leurs corps duveteux, les renvoyant comme un immense jeu de ballon.
Et au milieu de toute cette beauté, deux âmes éperdues, deux têtes rêvant de liberté, deux cœurs sensibles à ce matin.
Elle ne pensait pas aux préfets.
Elle était sortie tous les soirs depuis décembre, sans dormir ou juste quelques minutes éparses pour pouvoir tenir.
Tenir jusque quand, d'ailleurs?
Jusqu'à ce que le soleil s'éteigne à son tour.
Alors, elle sortirait pour aller voir son homonyme, la Lune.
Mais les pensées ne devaient pas être tournées vers Nyx.
Aujourd'hui devait être consacré au soleil et à son éclatante lueur.
Elle restait assise, recroquevillée contre les pierres vivantes, à regarder le ciel évoluer comme un gigantesque kaléidoscope fissuré de nuages.
Peut-être que l'autre allait la voir.
Le soleil étendit ses rayons à son visage.
Elle arrêta de penser.
Elle se laissa inonder de soleil, le visage goutant à ce baiser infini.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Un Bruit. Un Son. Un Seul.
Brusquement, je me détourne de l'Astre Solaire pour savoir qui est là. Une Fille. Une Autre. Qui empiette mon territoire. Telle une louve, je dois le défendre. Ne jamais laisser accès aux Autres. Jamais.
Petite, peut-être plus que moi. Assez mince, recroquevillée au sol. *L'a sûrement froid.* Peut-être. *M'en fous.* Des cheveux plutôt longs. Noirs. Noirs.
Noirs comme la Nuit.
Noirs comme le Jais.
Noirs comme l'Encre.
Noirs comme une Panthère.
Noirs comme mes pupilles dilatées.
Noirs comme ma Vie.
Noirs comme...
*Putain !* Pourquoi faut-il que je m'intéresse à cette Fille, cette Autre qui n'est rien ? Pourquoi suis-je obligée de l'étudier ?
Et puis je plonge mes yeux dans les siens, dans cette Profondeur Abyssale et Infinie. Sont-ils expressifs ? Je ne sais pas. Sont-ils tristes ? Heureux ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que ces yeux sont beaux. Mais je ne dois pas voir la beauté des Autres. Je ne veux pas me laisser attendrir par leurs têtes idiotes qui ne demandent qu'à êtres défigurées. Si je dois la frapper, je le ferais, il ne faut pas que je me perde dans Ses iris flamboyants. Je tourne violemment le visage vers ma droite, où je ne vois que du Vide. Je ne m'étais pas aperçue que j'étais si proche du bord. Je ne m'étais pas aperçue non plus que je m'étais levée, et dirigée ici. Cependant, je reste immobile, au bord du Gouffre, de la Fin. Je ne reculerais pas devant la Mort, si elle se décide enfin à venir me chercher. Un si beau cadeau, comment le refuser ? Mais ces faveurs ne me sont jamais accordées.
Je jette un dernier coup d’œil en bas, au sol à des centaines de mètres de moi, mais je n'ai pas le vertige. Vu d'ici, le sol paraît inaccessible, trop loin. Trop Loin Trop Loin.
Trop Loin pour tomber.
Trop Loin pour y arriver.
Trop Loin pour en finir.
Trop Loin pour rejoindre.
Trop Loin pour la rejoindre.
Trop Loin pour rejoindre la Mort.
Trop Loin pour mourir.
Trop Loin.
*Arrête ! Pense pas à ça !* J'aimerais oublier. J'aimerais tant. Être si léger que l'on peut s'envoler, délesté de ses pensées sombres. Rejoindre la Lune. Les Étoiles. Le Soleil. Les Nuages. Le Ciel. Ou même le Néant. Tant que je ne suis pas, plus ici, plus jamais, tout me conviendrait. Mais la Vie me pourchasse inlassablement, et ce pour encore de longues années. Je n'ai que onze ans - presque douze - et sauf accident, ce que j'espère réellement, je vais Vivre. Encore beaucoup de temps. Ce Temps qui ne meurt jamais, qui passe, simplement. Il passe, et rapproche inexorablement de la Fin tous les Êtres.
Je descends de la pierre sur laquelle j'étais. Surélevée, je me sentais grande, fière, courageuse, pas une Ombre. Pas. Une. Ombre.
Une Ombre.
Je ne suis qu'Ombre.
Une Ombre Sombre.
Je ne suis qu'Ombre.
Une Ombre Sombre et Éternelle.
Je ne suis qu'Ombre.
Mais les Ombres ne Vivent pas.
Je ne suis qu'Ombre.
Car Vivre signifie Mourir.
Je ne suis qu'Ombre.
Et je dois rejoindre la Fin.
Je ne suis rien.
Pourquoi est-ce que je me sens si... *Perdue ?* J'ai l'impression que je ne sais plus qui je suis, j'ai changé, trop changé. J'en souffre trop, tout ça me rend folle. Mes maigres certitudes ont volé en éclats. Je suis toujours sur les nerfs, je m'énerve pour un rien, et je me noie dans la peine. Parfois, quelques Larmes se décident à franchir la barrière qui les séparent du Monde, qui me sépare du Monde, et que je m'épuise à dresser tant bien que mal. Je déteste tout le monde, tous ces Autres sans intérêt, et je ne veux voir personne. Je veux me réfugier dans le Silence le plus souvent que je peux, et je n'aime pas ouvrir ma bouche pour parler. Et surtout, plus que tout ça encore, je ressens tellement de Douleur que j'y succombe. Cet Enfer, j'aimerais qu'il cesse. Mais ce n'est pas à moi de choisir, et je souffre. J'ai mal, si mal.
J'ai mal.
*J'ai mal putain !*
Je souffre.
*J'suis que Souffrance. Que ça bordel !*
J'en peux plus.
*J'en ai marre !*
C'est comme ça.
*C'est... C'est trop dur !*
Pas le choix.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Maintenant le ciel a une magnifique couleur abricot.
L'astre répand des ondes douces, qui caressent, qui veulent réparer.
Il est naïf, l'astre.
Il sait pas que ses rayons frappent comme des météorites les âmes, les faisant brûler dans d'atroces souffrances intérieures que personne n'oserait jamais avouer.
Elle semble ne pas t'avoir vu, l'âme dévorée de soleil.
Elle continue à discuter avec l'Astre.
Du moins c'est ce qu'elle pensait avant de la voir détourner les yeux.
Vers elle.
Vers elle, un lambeau de Nuit cloué au sol.
Vers elle, un corbeau se détachant sur les pierres battantes de Vie.
Vers elle, une Ombre au corps piétiné par d'autres, plus fortes.
Vers elle, une parcelle de Néant aux ailes brûlées par les vents.
Puis ses yeux la poignardent. Ils prennent longtemps pour la remuer, tout saccager en elle, avec un plaisir inexistant.
Elle cherche, l'âme.
Elle cherche des réponses mais elle en trouvera jamais, parce qu'elle a pas de réponses à offrir.
Elle voudrait pouvoir lui dire, Ça.
Elle voudrait pouvoir lui dire que Ça sert à rien de lui faire mal.
Si mal.
Elle voudrait pouvoir lui dire que Ça sert à rien de la cogner fort.
Si fort.
Elle voudrait pouvoir lui dire que Ça sert à rien de la torturer lentement.
Si lentement.
Elle voudrait pouvoir lui dire que Ça sert à rien de l'emporter dans la tempête de ses yeux, noire.
Si noire.
Mais elle s'en fout, l'âme.
Elle s'en fout et elle Danse près de l’abime.
Elle Danse...
pour attirer l'attention.
Elle Danse...
pour faire chuter ses pensées au fond du Néant.
Elle Danse...
pour avoir des réponses, pour hurler qu'elle est là, qu'elle existe.
Elle Danse...
Il s'en moque l'Astre brillant.
Elle Danse...
Il la cogne, il rit de sa Douleur.
Parce qu'elle a mal l'âme.
Elle avait mal avant que le soleil ne déverse son flot de Mots gras et dévastateurs sur elle.
Elle a encaissé l'âme.
Mais maintenant elle a mal.
Elle le voit dans ses yeux.
Ses yeux, se sont deux perles, deux saphirs profonds dans lequel elle menace de se noyer à chaque nouveaux pas.
Alors elle bouge plus dans cet abîme. Elle le laisse s'enrouler autour d'elle et la sonder.
Puis, l'âme se dégage de cette conversation.
Elle Danse encore sur la Pierre.
Elle brûle ses ailes d'immatériel.
Et ça fait mal.
Alors les larmes d'Invisibles s'évaporent dans l'air chaud, parce qu'elle veut pas les montrer.
Et elle, Alison, elle veut pas briser Silence.
Car, elle lui a fait beaucoup trop de Mal depuis son arrivée ici.
Et Silence l'évite.
Alors aujourd'hui, elle veut pas le briser.
Elle veut le garder jalousement pour elle seule, se battre pour lui, ne jamais abandonner.
C'est exactement ce que t'es incapable de faire.
Et y a encore l'Astre.
L'Astre qui la cogne, elle aussi, malgré les remparts de pierre.
L'Astre qui se moque d'elle aussi, qui a délaissé l'autre âme.
L'Astre qui lui vomit ses flots brûlants à la figure.
*Douleur.*
Alors elle se redresse.
Elle se redresse pour le défier, ce Soleil cruel.
Sa baguette dans sa main elle hurle intérieurement.
Elle lui hurle de s'éteindre.
Elle lui hurle de la laisser tranquille.
Elle lui hurle de Les laisser tranquilles.
Mais rien peut arrêter le Soleil. Rien peut contrer ses rayons.
Tant mieux.
Parce qu'elle est *Rien*.
Alors un filet de lumière coule hors de sa baguette et se noie dans les couleurs du matin.
Il ne se passe Rien.
Mais un nuage paresseux tend ses longs doigts effilés et apaise les brûlures.
Alors elle se soustrait à la fascination de l'Astre.
Elle va jusqu'à la fille. Elle lui attrape la main.
Elle la force à s'accroupir, dos aux pierres, dos à l'Astre, dans les Ombres mouvantes des nuages, qui mourront bientôt.
Après tout, elles ont embrassé le Soleil.
Après tout, il les a transpercées de ses lances de feu.
Après tout, elles vont mourir.
Alors, elle l'attend la grande Dame vêtue de Noire et son baiser glacial qui guérira les Maux.
Elle l'attend, ici, avec cet Âme.
Elle l'attend pour garder au moins une Plume de ses Ailes.
Elle l'attend, peut-être pour toujours.
Ça ne fait rien.
Elle a tout son temps.
Tout le temps pendant lequel la Nuit trompe le Jour.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
À toi, Plume d'Alison, Belle Plume, ou même à toi qui lit cette Danse. La musique que j'ai choisie pour accompagner ce Pas, ce n'est par son titre ou même son origine, le film dont elle provient. Elle s'est mise en lecture de son plein gré, parce que je n'en avais pas désactivé la fonction sur Youtube. Et sans même la connaître, la reconnaître, je l'ai écoutée, du début à la fin, en me faisant emporter. Si tu es sur un ordinateur, il faut que tu ouvres la musique dans un autre onglet, sans en connaître le titre non plus, puis que tu l'écoutes, en lisant ce Pas.
Laisse toi emporter.
౮
Laisse toi emporter.
౮
Les caresses de l'Astre Solaire ressemblent un court instant à des chatouilles agréables ; mais se muent ensuite en des lames aiguisées qui déchirent ma peau. J'ai mal, j'ai trop chaud, mais je ne veux pas me soustraire à cette horrible Douleur. Il me couve de son regard pesant et m'apaise autant qu'Il me brise.
Mille Éclats de Souffrance véhémente.
L'Autre lève sa baguette vers le Ciel. Quelques étincelles apparaissent dans la douceur du matin, et je ne comprends pas pourquoi elle fait ça. Et puis je ne vois aucun effet au sort qu'elle a lancé. *Fait n'import'quoi* Je vois surtout qu'elle va attirer des professeurs ou des préfets, ou même des Autres. Je crois qu'on a le droit d'être ici, puisque le couvre-feu doit s'être achevé, mais je ne veux voir personne. Je voudrais être seule, et déjà que la présence de cette Fille m'oppresse sensiblement, personne d'autre ne peut pénétrer mon sanctuaire. Je voulais être en sa compagnie, avec Lui et seulement Lui. Seul point à l'horizon, il se lève paresseusement et étire ses majestueux rayons.
*Contact.* Brûlure lancinante.
*Contact.* Chaleur agressive.
*Contact.* Lésion bouillante.
*Contact.* Folie fiévreuse.
*Contact.* Touché ardent.
*Contact.* Plaie calcinante.
Et puis, c'est le Noir.
Je ne comprends pas ce qui se passe, mais je suis soudainement tirée vers le bas, et forcée de m’asseoir sur la pierre encore froide. Que m'arrive-t-il ? Je n'ai même plus l'autorité nécessaire pour me mouver à ma guise ? Je suis dans l'ombre, recroquevillée sur moi-même. J'ai perdu quelque chose. Je n'ai plus... *le Contact.* Ma chair est soulagée, tout autant que mon Âme, mais je veux encore être mordue par les lances acérées du Soleil. Je veux qu'Il m'assaille, mais je suis retenue au sol. *Retenue au sol ?* Par quoi ? Pourquoi ai-je quitté le paradis de l'Ange Rougeoyant ? Ses bras qui m'entouraient étaient apaisants, réconfortant. Le Soleil est bien le seul à me réconforter, et voilà que l'on m'arrache de ce refuge, de ce soulagement.
Et enfin, je comprends avec effroi que c'est Elle qui a déchiré le lien qui me rattachait à l'Astre. Elle l'a coupé avec facilité interdite, comme on coupe le cordon d'un enfant qui le relie à sa mère. Comme on brise une Âme réunie avec son Corps.
*Qu'est-ce qu'Elle... fout, bordel ?* Ma main est dans la sienne, et j'ai l'impression qu'Elle veut détruire les os de mes phalanges. J'ai peur.
*Ma main...*
La sienne.
*Non !*
Lien Invisible.
*Lâche moi ! J'veux pas d'ce lien, putain !*
Indéniable.
*J'peux le détruire ! J'peux le briser !*
Tu ne peux pas.
*Je... Si !*
Peut-être, mais comment tu répareras après ?
*J'me... débrouillerais.*
Tu hésites.
*Tais-toi. Arrête. TAIS-TOI !*
Tu n'en ai pas capable.
*Si ! Et puis j'en ai rien à foutre si j'peux pas réparer ?!*
Tu vas la briser.
*Et alors ? ET ALORS ?*
Alors...
La Voix me fait peur, et je sers mes mains pour les empêcher de trembler. Et je me rappelle que l'une d'elles est dans celle de la Fille. Je ne veux pas. Je veux. Je me sens perdue. Fébrilement, j'observe ses doigts sur ma paume, et j'ai un haut-le-cœur. J'aspire une bouffée d'air frais, puis je retire violemment ma petite menotte de sa poigne. J'ai rompu le lien.
Je ferme les yeux pour essayer de dénouer mes Émotions, en vain. Les paupières closes, je suis soustraite à la vue de l'Autre, à la vue du Soleil, mais je revois instantanément nos mains entrelacées. J'ai un hoquet soudain et j'ouvre brusquement les yeux, pour découvrir le Monde. Infini de Noirceur.
Le chemin sinueux qui mène à mes cordes vocales est entravé, faussement obstrué. Celles qui aiment tant s'animer sans que j'ai voix au chapitre, sont aujourd'hui complètement éteintes. Elles se sont tuent avec les Étoiles. J'aimerais hurler au visage de cette Autre qu'Elle n'est rien, que ce Lien est obsolète, mais je ne peux pas, je suis aphone. Et c'est totalement faux. *Le Lien.* Pour aller en cours, en rentrant dans la Grande Salle, lorsque je me rends dans les Dortoirs... Bien malgré moi, j'ai le droit à énormément de contacts tout au long d'une journée. Pourquoi faut-il que celui-ci me fasse éprouver autant de choses ? Ce n'est qu'un contact comme les autres !
Le lien à la Vie est si fort qu'il se briserait d'un éclat de Voix.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Abritées par les pierres, dos au soleil, à regarder les Ombres danser sur les pierres de la tour.
C'est si calme.
Un léger souffle de vent vous tient compagnie, apaise presque les blessures.
Elle sent les doigts de la fille se refermer sur les siens.
*Elle comprend.*
Puis violemment, le son de sa respiration la heurte.
Une pensée effleure ses doigts, entrelacés dans ceux de l'autre.
*Elle a pas compris.*
Elle a pas compris qu'elle voulait l'aider.
Elle a pas compris qu'elle se détruisait.
Elle a pas compris que le Soleil fait mal.
Elle a pas compris que ses Ailes brûlaient.
Elle a pas compris que le Vide est dangereux.
Elle a pas compris qu'elle rejoindra jamais les étoiles.
*Elle a rien compris.*
Ses yeux sont emplis d'effroi. Elle ne la regarde pourtant pas, mais la Peur s'enroule autour de cet être qui est assis à-côté d'elle.
Les cheveux clairs sont parsemés d'ombres à présent, au fur et à mesure que leur faible refuge est dévoré par les rayons destructeurs de l'Astre.
Elle tremble de tout son corps. Elle a été arrachée au Soleil, et la fraîcheur encore humide des pierres brûle plus qu'elle n'apaise les anciennes caresses du soleil.
Puis sa main raffermit sa prise dans la sienne.
Elle les contemple, vos deux mains entrelacés, aussi étroitement que deux arbres aux larges branches emmêlés au gré du temps.
Elle lui avait offert un maigre réconfort à celui du Soleil, elle le savait.
Bien trop maigre pour que la fille ne s'en contente.
D'ailleurs elle se dégage avec force.
Elle attend l'avalanche de Mots, elle attend les coups, les poignards, les Larmes des Lames.
Elle attend de voir le Soleil sombrer sous la tempête de reproches qui s'apprête à s'écrouler sur elle.
Elle attend l'Ombre qui va s’amincir jusqu'à les livrer traitreusement à l'Astre.
Mais il n'y a rien.
Juste un hoquet sombre et Noir qui s'échappe des lèvres de la forme.
Elle n'a pas bougé. Elle n'a pas hurlé. Elle n'a pas blessé.
*Perdue.*
La fille l'est.
Les pierres, si solides, ne peuvent pas apporter de réconfort.
Le Soleil, si brûlant, ne peut pas apporter de chaleur.
Les Nuages, si éphémères, ne peuvent pas protéger.
Les Mots, si durs, ne peuvent pas aider.
Les Ombres, si mouvantes, ne peuvent pas guider.
Il n'y a qu'elles deux au final.
Elles, perdues dans la lumière éclatante du Soleil qui les fait sombrer, Ombres d'elles-mêmes, loin sous la surface du ciel perlé.
Les Mots sont lâches.
Ils se sont enfuis pour aller courir dans les rayons de l'astre, elle les voit se dessiner sur les pierres au lieu de fleurir sur les lèvres de l'autre.
Elle les voit danser dans le lointain, se riant de toute gravité, Libres.
Et cette Liberté lui fait mal.
Aussi mal que le Soleil.
Mais là aussi, les Mots se sont échappés de son être.
Rien ne gonfle ses poumons.
Toute éloquence dédiée à la Nuit s'est envolée.
Seul son corps meurtri de cloques et de brûlures reste.
C'est pour ça qu'elle a Peur.
Peur de ne plus retrouver ses Mots.
Peur de ne plus retrouver ses Ailes, comme elle, elle aime le dire.
Les Mots font bruisser des Plumes invisibles.
D'ordinaires, ils finissent par revenir.
Alors, pourquoi restent-ils à l'écart?
Pourquoi empêchent-ils de parler?
Il n'y a qu'une phrase qui trotte sur sa langue sèche.
Une phrase composée d'infimes lettres, qui ne veulent pas changer de place, une phrase composée de minuscules Mots assez forts pour lui imposer leur volonté.
Même les Voix l'entourant normalement en une étreinte glaciale s'étaient éteintes face au Soleil.
Il découpait finement les illusions, ce Soleil.
Etait-elle une illusion?
Et les Mots?
Des peintres d'illusions sans fin?
"Arrête de t'faire mal."
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Je lis dans les yeux de la Fille des milliards de choses. Je suis effarée par ce que j'ai fait, par ce que j'ai brisé. *Ce foutu Lien !* Je me rends même compte que ma bouche est entrouverte par la surprise et je me presse aussitôt de rassembler mes lèvres. Elles ne forment plus qu'un, elles sont Unies. Jusqu'à quand ? Je l'ignore. Le plus longtemps possible je l'espère. Closes par moi-même. Closes par la Vie. Closes par mes muscles. Closes sur ordre de ma tête. Définitivement closes.
L'Autre m'observe, Elle semble m'étudier, et je n'aime pas que l'on me regarde. Elle n'a pas le droit de Voir qui je suis.
Voir à travers les Ombres.
C'est un endroit banni, interdit et y pénétrer, c'est comme Braver. Et le seul effet que cela entraîne, c'est d'éveiller ma Colère destructrice. Elle...
- Arrête de t'faire mal.
...prend tous les risques.
*Elle... Elle... a... Brisé... BRISÉ ! Elle l'a détruit, défié, elle a tu le Silence.
Elle a parlé, elle ose dire que je me fais du mal. *Non, non, NON ! C'EST FAUX ! DES CONNERIES !* Pourquoi Elle me transperce le cœur avec des flèches de Vérité ? C'est Elle qui me fait mal. C'est Elle qui a brisé le Silence. C'est Elle qui a parlé. Et moi, je fais mal. Je brise, je torture, je châtie, je tue. Je fais mal, mais je ne blesse que les Autres.
Tu ne fais mal à personne d'autre que toi. Tu ne sais pas briser les Autres, seuls Eux savent le faire sur toi. Tu es faible.
Je suis tant emportée par le torrent de mes Émotions que je ne réponds pas à la Voix. Mais ses Mots sonnent dans mon esprit comme une litanie sans fin. *'Suis pas FAIBlE !* Elle réplique immédiatement mais je ne l'écoute pas.
Pourquoi les Mots de l'Autre sont-ils si percutants ? Ils me font mal à eux seuls. Les miens sont prêts à sortir, sur le bout de ma langue, prêts à s'engager sur le chemin sinueux de l'extérieur. Mais pour l'instant, mes lèvres sont fermés très hermétiquement. Je lutte pour les empêcher de se mouver d'elles-mêmes, je refuse qu'elles s'animent contre mon gré. Elles sont maintenant crispées, si serrées que j'en souffre. La Douleur pulse dans ma mâchoire mais je n'en ai cure. Je la préfère aux Mots. Il vaut mieux me faire du mal que de m'exprimer face à cette Fille. *Qu'est-ce qu'tu dis, là ? Merde, je ne fais pas de mal, c'est n'import'quoi.* Je ne l'avouerais jamais, et pourtant c'est évident que je m'inflige la Douleur.
A l'ombre, cachée du Soleil, je me sens frêle, à nouveau, Il me brûlait, mais cette chaleur était si douce, je prenais plaisir à sentir l'Astre déchirer ma chair en lambeaux. Et c'est fini. Parce que la Fille m'a arraché des ses rayons qui me caressaient paresseusement. Elle a mis un terme au... *Contact.* Petit à petit, je la sens enfler, grossir en moi, vouloir chanter, résonner dans l'aube. Cette Colère que je ne sais pas - plus - contrôler, que je ne mène plus à la baguette. Elle ne veut pas exploser tout de suite, elle veut d'abord être plus forte, elle veut s'élever dans la Nuit, elle veut dompter ma propre voix pour la faire cracher les Mots qui seront si durs, de plus en plus cruels et puissants, jusqu'à l'apothéose. Mais je ne veux pas atteindre ce stade, Elle ne le mérite pas. Elle n'est rien, Celle-qui-a-peur-de-l'Astre. C'est ça, une peureuse, rien d'autre. Qu'Elle aille donc dans le château si le Soleil lui inspire une telle frayeur. Je me demande d'ailleurs qui est-Elle, soudainement. Comme si je ne découvrais que maintenant que c'était une élève. Mais c'est évident, si Elle est ici. Je ne crois pas qu'Elle est à Gryffondor parce que je ne l'ai pas croisée depuis le début de l'année. Et je ne sais pas si Elle est en première année ou non. Mais je ne vais pas lui demander, à quoi cela me servirait-il ? Je ne veux rien savoir des Autres.
- C'est... C'est toi qui... Qui me fait mal.
Je devrais me taire, mais la Colère est parvenue à franchir la barrière de mes lèvres. Elle me fait sombrer. Pour toujours.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Le soleil continue sa lente montée vers les cieux.
Elle n'aperçoit que les ombres des flammes rousses glissant sur la pierre lissée de lumière.
Dans tout ce calme et ce nouveau jour, elles ont sorti les armes.
Elles ont Défié la Nuit.
Et elles continuent à Défier le Jour.
La poussière se mêle à ce bal enchanteur.
Des petits grains, minuscules, transparents, valsant dans le Silence, portés par la lumière, légers comme le vent.
Des tourbillons frénétiques les emprisonnent parfois, les collant entre eux en une longue étreinte passionnée, les arrachant les uns aux autres, et recommençant en une valse infinie.
Les partenaires changent toujours, miroitent un instant sous l'Astre, disparaissent dans un éclat gris, reviennent brusquement en une brève étincelle de feu.
Captivée, elle en a oublié jusqu'aux rayons brûlant caressant ses pieds sous ses bottes brunes.
Chaud, presque doux.
Il essaye d'attendrir.
Le ballet des poussières l'a conquise.
Elle vogue au même rythmes qu'elle, les laissant planer dans l'air ambiant chargé d'une odeur encore un peu humide, rappelant la rosée du matin.
Sa main se tend vers les Danseuses du Soleil.
Encore un peu, et elle les effleurera.
Elles chantonnent, doucement, les Danseuses.
Écoute-nous...
N'aie pas peur...
N'aie plus jamais peur...
N'aie pas peur...
N'aie plus jamais peur...
Elle n'est plus que l'âme piégée par les flots de clarté se déversant de la chapelle pastel du ciel.
Ses doigts touchent une poussière gorgée de feu.
- C'est... C'est toi qui... Qui me fait mal.
Elle sursaute, retire sa main, les doigts piquants, comme brûlés.
Elle l'avait oubliée.
Sa voix avait vomi les mots dans l'air pur, l'alourdissant, le rendant collant et noir.
Les Mots avaient fait s'éteindre les couleurs.
Autour d'elle, ne flottait que quelques lambeaux sombres de nuages.
L'Astre de feu c'était dissimulé une épaisse couche de brume, comme indigné par les propos crachés devant lui.
Elle se releva doucement, la tête haute, le regard fier, embrasé de poussières d'or.
Ses lèvres formaient un pli dur et étaient blanchies par la force avec laquelle elle les serrait.
*Est stupide ou quoi?*
La magie du moment s'était effacée avec le soleil.
Au loin, il lui semblait entendre un craquement de mauvaise augure.
Elle secoua la tête.
Certainement une illusion.
Enveloppée de Nuages, on aurait dit un spectre, même si elle ne s'en rendait pas compte.
Le vent s'était levé, faisant battre ses cheveux contre sa nuque et sa tête, impitoyables, lui griffant le visage.
Elle ne Dominait pas.
Elle ne Dominait rien.
Elle était juste là, entre ciel et terre, devant l'autre, à peine rassurée par le cocon de Nuage, la tête pleine d'Illusions perdue et de rêves naufragés.
Elle laissa le Soleil la transpercer, violent, flamboyant.
La lance de lumière se ficha loin dans son cœur, dévastant tout sur son passage.
Elle était cruellement petite, face à l'astre.
Cruellement banale, face à l'autre.
Cruellement elle-même, perdue face à l'océan du ciel.
"Tout le monde s'fait mal, tu sais. Y en a juste pas beaucoup qui Osent se l'avouer."
Elle voulait plus parler.
Voulait plus voir l'autre.
Voulait plus voir son visage.
Voulait plus voir du tout.
Plus d'autre.
Plus de Soleil.
Plus de Flammes.
Plus de couleurs.
Plus de Monde.
Plus de Soleil.
Plus de Flammes.
Plus de couleurs.
Plus de Monde.
Juste le Vide flottant sous ses pieds.
Et des étoiles de poussières sur la langue.
Et des étoiles de poussières sur la langue.
Dernière modification par Alison Morrow le 16 juin 2021, 11:24, modifié 1 fois.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
Cette Danse s'est donc trouvée sur ton chemin ? Alors je te propose quelque chose : te laisser emporter, encore. Pour cette mélodie soyeuse, une seule obligation : des écouteurs. Ils sont indispensables. En effet, la musique que je t'offre aujourd'hui est en "8D". Le principe est simple, il te faut l'écouter avec 2 écouteurs pour que la Magie opère.
Laisse toi emporter à nouveau ; c'est si beau.
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Laisse toi emporter à nouveau ; c'est si beau.
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Le Soleil choisit de s'élancer vers le Ciel, de plus en plus haut, toujours plus haut. Et puis soudain, comme s'il savait que je mentais au monde entier, mais surtout à moi-même, il disparaît. Il ne veut pas me voir lancer des bêtises de ce genre. Bien sûr que je me fais du mal, plus que tous les Autres ne pourront le faire. J'ai presque honte, il me tourne le dos de cette manière, et ça me fait mal. Je veux qu'il revienne, plutôt que de se cacher derrière la petite brume qui profile à l'horizon. J'ai comme l'impression qu'il m'observe par le trou d'une serrure sans que je puisse l'apercevoir. Il veut me prouver que j'ai tort. Alors, chose que je ne me pensais pas capable de faire : j'abdique. Je baisse la tête, je me sens minuscule. En plus, l'Autre Fille, que j'avais presque oubliée, s'est relevée, et me surplombe. Je ne me sens que plus petite face à elle ; je me demande ce qu'elle en pense.
Close your eyes to let the Tears flow silently.
Et puis Celle-qui-a-peur-de-l'Astre me répond. Ses Mots semblent sortir difficilement, comme si elle voulait tarir la conversation pour éviter de se risquer sur les chemins que trop sinueux de la Souffrance.
- Tout le monde s'fait mal, tu sais. Y en a juste pas beaucoup qui Osent se l'avouer.
Et ses paroles me transpercent comme une aiguille passe à travers le tissu ; comme un soldat se fraye un chemin sur le champ de bataille pour Tuer. Tuer. *Putain de Douleur.* Ma colère est devenue calme, mais pas moins enragée. C'est comme si elle se mêlait aux voix de ma Peur et de ma Douleur. Elle s'est transformée en une colère sourde et meurtrière. Mais elle se dilapide soudainement, sans que je ne comprenne. Cependant, je sais qu'elle veille et qu'elle peut revenir au galop à tout instant. Le monde n'a qu'à bien se tenir face à cette terreur déchaînée.
Bien sûr que je ne me l'avoue pas, que je me fasse du mal, uniquement en vivant, ou plutôt en survivant coûte que coûte, alors que la Mort paraît si proche. Mais je sais au fond de moi que c'est vrai, pas besoin d'Aveu ; l'Autre a juste fracassé ce fait devant moi et me l'a enfoncé violemment dans le crâne. Oh, rien de grave, j'en suis complètement retournée. Juste un petit, tout petit Chamboulement. *Pourquoi faut toujours que les Autres foutent tout en l'air, bordel ?* Bien sûr qu'elle a tout foutu en l'air, et moi, j'ai putain de mal.
Et là, le miracle improbable se produit. Qui aurait pu le prévoir, ou même le Croire ?

Je la vois, elle pense s'élever ainsi debout, mais je sais qu'elle ne fait que Rêver. Elle songe sûrement à tout ce qu'elle pourrait faire si elle savait voler. Mais les Ombres se fondent dans la masse, vivent cachées, et jamais ne s’Envolent. Le Soleil choisit cet instant pour montrer le bout de son nez ; il ressemble à un petit orphelin que l'on aurait abandonné sur le coin de la Galaxie.
*Imbécile.* Oh oui, quelle idiote je fais ! Les premiers rayons de l'Astre Solaire dévalent le Ciel pour arriver jusqu'à la Tour d'Astronomie. Je contemple un court instant ce spectacle avant de me rendre compte de mon erreur. L'Autre Fille est là, debout, et elle va se faire lécher les bras, ses bras si frêles, par les griffes lancinantes de cette boule de feu meurtrière. D'un mouvement brusque et désordonné, je lui attrape le bras sans ménagement et je la tire vivement à terre. J'ignore si elle s'est fait mal ; et à vrai dire je m'en fous pas mal. Et puis, on serait sur un pied d'égalité.
Mais le plus important pour moi, c'est que j'ai compris. *P'tain...* Je revois inlassablement les images de sa peau comme... Brûlée au Contact de la Lumière chaude. Je transpire la peur de sa réaction, mais je supporte également de moins en moins cette Douleur anéantissant tout sur son passage. La colère, quant à elle, semble être partie en vadrouille, ou être écrasée par la Souffrance. Un peu de remords, aussi, mais pas tant que ça. Recroquevillée sur moi-même, je médite : ai-je bien fais de faire ceci ? Ne méritait-elle pas de s'apercevoir de la Douceur du Soleil, même si elle était mêlée à une Brûlure ? Peut-être pas. Mais je ne peux pas savoir, je ne la connais ni d'Adam ni d'Eve. Qui est-elle pour oser braver mon Sanctuaire ? *Elle n'est rien. Rien du tout. DU-TOUT-BORDEL* Oui, ça sert à rien de réfléchir à tout cela, je n'ai aucune envie d'apprendre à la connaître. Elle ne signifie rien. Du tout. On dirait presque que j'essaie plus de me convaincre moi que les Autres. Mais est-ce que j'y crois vraiment...?
Breathe me. With all your Soul.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
À l'heure où la Nuit trompe le Jour
"Je connais un endroit
où le soleil s'attarde et se recueille
où le vent passe comme une caresse
où
loin du monde
le silence a une âme."
*I'm sure we are there.*
______________________________
ღ
où le soleil s'attarde et se recueille
où le vent passe comme une caresse
où
loin du monde
le silence a une âme."
*I'm sure we are there.*
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ღ
Elle n'ose pas encore regarder la fille au sol.
Elle préfère fermer les yeux, se l'imaginer. Tout est tellement plus beau quand on ne le regarde pas en face. Les Autres sont si... Décevants. Ce sont tous des copies les uns des autres.
Au final, seul le rêve permet de les redorer un peu. Peut-être que l'autre au sol est différente, peut-être est-elle même une copie un peu plus prononcée que les Autres.
Mais ça, elle préfère se le figurer.
Elle préfère revoir face au soleil, immense boule de feu qui bat comme un cœur, les cheveux d'ors semblables aux rayons.
Elle préfère voir dans le ciel encore un peu gris à certains endroits les yeux bleus océans qui l'ont au fond, quelque part, bien plus touchée que ce qu'elle voulait faire paraître.
Peut-être parce que leur trop-plein de souffrance y était bien trop lisible pour qu'elle puisse ne pas y être sensible.
Une sensible. Comme la septième note d'une corde.
Sept. Un chiffre censé porter bonheur.
Bonheur. Est-ce que ce n'était pas éphémère?
Éphémère. Quand savoir que ce qu'on avait allait disparaître?
Disparaître. Et où disparaît le soleil lorsqu'il s'efface pour laisser place à la Lune?
Lune. Et son Soleil à elle, Lena, il était où?
Pfuit.
Même pas un chuintement de porte, même pas un souffle pour prévenir ce qui allait se passer.
Le. Soleil. Disparaît.
Merlin, le-soleil-avait-disparu !
Fronçant les sourcils, elle essaye de percer la couche nuageuse.
C'est tout doux les nuages, c'est moutonneux.
Saviez-vous que les nuages peuvent être aussi durs et impénétrables que toutes les pierres du monde?
Le monde... Il avait commencé à se recolorier, et voilà qu'il basculait à nouveau dans les ténèbres.
Un frisson parcourut son dos, tandis que les muscles de sa mâchoire se contractaient pour empêcher ses dents de trembler.
Elle avait froid d'un coup, très froid, en haut de cette Tour dépouillée par les vents, avec une inconnue.
Le Vide qui lui semblait attirant devenait meurtrier.
Et toujours ce froid, si grand, si intense, comme si une horde de détraqueurs allaient prendre d'assaut le château.
Le Soleil lui manquait.
Il lui avait paru menaçant, brouillé, inconstant et complètement dépourvu de compassion.
Mais comment déterminer la frontière entre bien et mal?
Tout était si compliqué, cette frontière était aussi constante qu'un ciel d'aurore : il se déclinait en une immense palette de nuances grises.
Maintenant, elle recherchait quelques uns de ses rayons brûlants pour se mêler à leurs lueurs ocres.
Et peut-être que ses quelques prières à Morgane poussent le Soleil à montrer timidement le bout de son nez.
Un microscopique sourire vint fleurir sur ses lèvres.
Bientôt, les griffes du froids s'en iront, elle sentira le feu lointain réchauffer chaque molécule de sa peau, faire circuler un elle-ne-savait-quoi de nouveau et de doux.
Aussi doux que les couleurs pastels des nuages.
Si proches, qu'elle pourrait les effleurer du d...
*CHOC*
Puis brusquement, le sol.
Tombée de son nuage.
Hébétée, elle resta immobile de longues secondes, le visage fixé sur le ciel qui ne voulait pas arrêter de tourbillonner.
Les pierres lui rentraient dans les omoplates, et toujours, cette présence à-côté d'elle, inexplicable.
Un faible lien l'empêchant de s'envoler totalement pour se faire illuminer de soleil.
Tournant la tête, elle constata avec surprise une main sur son bras.
Remontant le poignet auquel elle appartenait, elle vit à nouveau les cheveux d'aurore et les yeux de mer. La fille avec elle était un monde à elle seule.
Elle le savait, à présent.
La fille n'était pas une autre. Pourquoi l'avoir faîte échappée au soleil, sinon, sans explications?
Une autre se serait emmêlée dans des bouts de phrases à peine articulés et certainement pas finis.
Une autre l'aurait regardée se consumer face au soleil en louchant et en ouvrant la bouche bêtement.
Une autre n'aurait simplement... Pas fait ça.
Alors simplement, elle lui jeta un regard nouveau.
Un regard de connivence, un peu reconnaissant, un peu souriant.
Comme pour lui dire "tu vois, toi aussi tu t'fais mal. Mais tu peux aller plus loin qu'ça."
Comme si elles partageaient un moment unique, qui n'était qu'un lever de soleil semblables, effacé le lendemain par un nouveau qui viendra recouvrir le précédent.
Comme des minuscules touches de peintures apposées jours après jours les unes sur les autres, sans jamais vraiment former un tableau complet.
Demain, elles ne seraient plus là.
Demain, le Vide les remplacerait.
Elle sonda doucement le regard de l'autre, avant de relever la tête vers le ciel, cou contre les pierres.
Le soleil était dans son dos, invisible, diffusant ses couleurs dans tout le ciel.
*C'est beau, hein.*
*C'est beau.*
Ça m'avait manqué, Plume, de voir tes Mots se coucher sur le papier et y répondre.
Ça m'avait manqué.
Ça m'avait manqué.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.