Une Part de ce Monde
Et si, finalement, tout ceci n’était qu’un rêve ? Et si les Mots de l’Autre n’étaient qu’un mirage ? Et si sa seule présence ici n’était pas réelle ? Et si elle n’existait pas, en fait ? Et si elle n’était qu’une création de ton esprit détraqué ? Et si tu ne l’avais créée que pour te faire du mal à toi-même ? Et si tu étais allongée dans ton lit, en train de pleurer pour une choses qui ne se déroule que dans le dédale de tes pensées ?
Et si tes larmes étaient, elles aussi, fictives ? Et si tu ne te sentais mal que parce que ces terribles créatures qui portent l’odieux nom de Cauchemars avaient décidé de malmener ton cœur ? Et si en fait, tu étais une Gamine en parfait état, même pas brisée ?
Et si donc, Petite Ombre n’existait nulle part ailleurs que dans ta tête ? Et si la Nuit n’était tienne que dans tes Rêves ? Et si elle ne se dérobait à toi que lorsque venait l’heure des Démons ?
Et si ses rassurantes ténèbres n’étaient en fait rien d’autre que de simples ombres froides, un peu inquiétantes ? Même pas vivantes, seulement mouvantes lorsque le bon vouloir de la Lune leur permet ?
Et si les échos de tes souvenirs ne retentissaient que lorsque les ténèbres s’emparaient de ton corps pour le faire devenir Folie ? Et si l’Appel du Vent qui a sifflé dans tes oreilles il y a une éternité n’était qu’un simple courant d’air ?
Et si tu étais complètement folle ?
*Et si.* Ils tournoient dans ta tête, t’assaillant de mille doutes. Ils remontent des tréfonds des brisures de ton âme, et t’enfoncent le fil effilé de leurs sonorités dans le cœur. Tu ne sais plus qui tu es.
*Et si.* Éphémères réminiscences. Ce « s » qui siffle, qui roule sur ta langue. Qui aurait pu paraître séduisant s’il n’était pas porteur d’autant de ténèbres. Ce « et » qui danse aux racines de ta conscience, promesse de beaux jours emplis de bonheur. Ce serment qui est fait inconsciemment, qui assure qu’il y aura un après. Quelque chose de beau à la fin, une jolie Mort pour un agréable Renouveau.
*Et si.* Désagréable frissonnement qui parcourt ta colonne, terrible augure dont tu ne sais discerner les contours.
Ouais Gamine, et si t’étais totalement dingue ?
Et si tu crevais, et si tu te noyais, dans tes doutes ? Ça ne gênerait personne, de toute façon.
Pas même Petite Ombre – elle avait dû pressentir que tu étais odieuse. Odieuse avec toi-même, avec les Autres et avec ceux qui Comprennent.
Pas même la Famille – elle n’existe même plus.
Si tu mourrais, tout le monde s’en foutrait, toi la première. Et tu n’aurais plus à supporter cette Fille-qui-croit-savoir et ses paroles débiles.
Tu n’aurais plus à supporter son sang, macabre présage, mêlé au tien.
Tu n’aurais plus à supporter ses… *QUOI ?!* Larmes qui s’écrasent près de la tâche écarlate, reflétant les cieux.
Tu serais enfin Libre, et ce serait si agréable ; après tant de temps passé à attendre que la Nuit te cueille et t’emporte à jamais.
Tes cheveux dégoulinent sur tes épaules. Reflets de la glace qui habite ton regard, leur feu s’étend à la périphérie de ta vision et flamboie dans les ténèbres qui vous entourent. Ils t’éblouissent même, ravivant la lueur des étoiles qui te paraît bien terne.
Jamais tu ne leur as accordé beaucoup d’attention mais désormais ils te paraissent être la touche de couleur qui éclaire un monde trop sombre. Et tu les trouves presque beaux, avec la Nuit pour les rendre encore plus éclatants.
Tu as un mouvement de recul lorsque retentit dans le silence le bruit soudain de la goutte d’eau qui s’écrase sur le sol. Elle n’a pas le droit de tomber. Elle n’a pas le droit de se laisser attirer par la gravité.
Et surtout, l’Autre n’a pas le droit de pleurer. Les pleurs, c’est pour les Ombres. Pour les vraies Ombres. Pour les enfants comme ton Amie-des-Ténèbres, qui méritent la Nuit.
Pas pour elle, et encore moins pour toi. Vous n’avez pas le droit d’être faibles.
Son injonction, Brisant à nouveau, te fait presque sursauter. Trop forte, trop violente, trop vraie.
Ta moue est toujours plus haineuse. Tu enterres tes remords loin, le plus loin possible pour ne pas qu’ils viennent t’accabler et craches :
Et si tes larmes étaient, elles aussi, fictives ? Et si tu ne te sentais mal que parce que ces terribles créatures qui portent l’odieux nom de Cauchemars avaient décidé de malmener ton cœur ? Et si en fait, tu étais une Gamine en parfait état, même pas brisée ?
Et si donc, Petite Ombre n’existait nulle part ailleurs que dans ta tête ? Et si la Nuit n’était tienne que dans tes Rêves ? Et si elle ne se dérobait à toi que lorsque venait l’heure des Démons ?
Et si ses rassurantes ténèbres n’étaient en fait rien d’autre que de simples ombres froides, un peu inquiétantes ? Même pas vivantes, seulement mouvantes lorsque le bon vouloir de la Lune leur permet ?
Et si les échos de tes souvenirs ne retentissaient que lorsque les ténèbres s’emparaient de ton corps pour le faire devenir Folie ? Et si l’Appel du Vent qui a sifflé dans tes oreilles il y a une éternité n’était qu’un simple courant d’air ?
Et si tu étais complètement folle ?
*Et si.* Ils tournoient dans ta tête, t’assaillant de mille doutes. Ils remontent des tréfonds des brisures de ton âme, et t’enfoncent le fil effilé de leurs sonorités dans le cœur. Tu ne sais plus qui tu es.
*Et si.* Éphémères réminiscences. Ce « s » qui siffle, qui roule sur ta langue. Qui aurait pu paraître séduisant s’il n’était pas porteur d’autant de ténèbres. Ce « et » qui danse aux racines de ta conscience, promesse de beaux jours emplis de bonheur. Ce serment qui est fait inconsciemment, qui assure qu’il y aura un après. Quelque chose de beau à la fin, une jolie Mort pour un agréable Renouveau.
*Et si.* Désagréable frissonnement qui parcourt ta colonne, terrible augure dont tu ne sais discerner les contours.
Ouais Gamine, et si t’étais totalement dingue ?
Et si tu crevais, et si tu te noyais, dans tes doutes ? Ça ne gênerait personne, de toute façon.
Pas même Petite Ombre – elle avait dû pressentir que tu étais odieuse. Odieuse avec toi-même, avec les Autres et avec ceux qui Comprennent.
Pas même la Famille – elle n’existe même plus.
Si tu mourrais, tout le monde s’en foutrait, toi la première. Et tu n’aurais plus à supporter cette Fille-qui-croit-savoir et ses paroles débiles.
Tu n’aurais plus à supporter son sang, macabre présage, mêlé au tien.
Tu n’aurais plus à supporter ses… *QUOI ?!* Larmes qui s’écrasent près de la tâche écarlate, reflétant les cieux.
Tu serais enfin Libre, et ce serait si agréable ; après tant de temps passé à attendre que la Nuit te cueille et t’emporte à jamais.
Tes cheveux dégoulinent sur tes épaules. Reflets de la glace qui habite ton regard, leur feu s’étend à la périphérie de ta vision et flamboie dans les ténèbres qui vous entourent. Ils t’éblouissent même, ravivant la lueur des étoiles qui te paraît bien terne.
Jamais tu ne leur as accordé beaucoup d’attention mais désormais ils te paraissent être la touche de couleur qui éclaire un monde trop sombre. Et tu les trouves presque beaux, avec la Nuit pour les rendre encore plus éclatants.
Tu as un mouvement de recul lorsque retentit dans le silence le bruit soudain de la goutte d’eau qui s’écrase sur le sol. Elle n’a pas le droit de tomber. Elle n’a pas le droit de se laisser attirer par la gravité.
Et surtout, l’Autre n’a pas le droit de pleurer. Les pleurs, c’est pour les Ombres. Pour les vraies Ombres. Pour les enfants comme ton Amie-des-Ténèbres, qui méritent la Nuit.
Pas pour elle, et encore moins pour toi. Vous n’avez pas le droit d’être faibles.
Son injonction, Brisant à nouveau, te fait presque sursauter. Trop forte, trop violente, trop vraie.
« Vas-y quoi ? Tu veux que j’te frappe ? Et pourquoi j’le ferai ? »
Ta moue est toujours plus haineuse. Tu enterres tes remords loin, le plus loin possible pour ne pas qu’ils viennent t’accabler et craches :
« Parce que t’es pas capable de t’faire mal toute seule ? »
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Une Part de ce Monde
Enfer-mée
Je ne sais pas ce que les yeux de l'Autre veulent dire. Je n'arrive pas à discerner ses émotions, ses pupilles ont l'air emplies de trop de sentiments différents. Mais Elle, ne pleure pas. A-t-elle déjà succombé au Chagrin, celui qui prend aux tripes, tord le ventre, secoue le cœur jusqu'à qu'il soit en miettes, et détruit ? Celui qui atomise un être jusqu'au plus profond de lui, pour qui ne soir plus jamais le même, pour qu'il ne soit que Douleur ?
Je ne sais par quel miracle j'arrive à mettre des Mots sur ce que je ressens, mais c'est bien plus fort que ce que je peux exprimer. Plus... *Dévastateur. Puissant.* Oui, d'une Puissance Noire. Noire de Haine et de Peine. Et puis soudain, je me rappelle que ce n'est pas possible. Il n'y a qu'à moi que la vie à pu infliger cette Souffrance, et que moi qui doit la répandre avec une Rage discontinue.
Moi seule qui mérite d'être brisée.
Moi seule qui mérite de blesser.
Moi seule qui mérite d'être vivante.
Moi seule qui mérite de tuer.
Moi seule qui mérite de pleurer.
Moi seule qui mérite de hurler.
Moi seule qui mérite d'être ici.
Mais tout ceci, ce n'est pas moi. Ce n'est plus. Je ne veux plus. Pourquoi ces griffes acérées continuent de me mutiler sans me tuer ? Pourquoi mon cœur transpercé de toutes parts bat-il encore ?
*Putain de Questions ! Ta gueule, dégage, abandonne-moi, Toi ! Va-t’en la Nuit !* Je veux plus te voir, plus t'entendre, plus être à tes côtés. Tu m'as aidée, mais c'est fini. Avec toi viennent toujours les Questionnements, les Interrogations, et j'en ai marre. Seul le Jour t'arrête, tu n'as pas de limites. Jusqu'où iras-tu ? *Laisse-moi, Merde ! Va dont voir les Autres ! Fais les souffrir comme tu le fais avec moi !* Mais non, jamais tu ne négligeras ta tache, assidue. Pourquoi moi ? Parce que c'est de ma faute.
Moi seule qui mérite de regretter.
Moi seule qui mérite de provoquer.
Moi seule qui mérite de détester.
Moi seule qui mérite de faire aimer sans l'être.
Moi seule qui mérite de subir.
Moi seule qui mérite d'être seule.
Moi seule qui mérite de me noyer dans le Passé.
La Fille me parle, Elle est agressive, mais je m'en fous. De toute manière, je me fous de tout. Je n'écoute pas ce qu'elle me raconte, ses paroles qui s'envolent dans la Nuit avec ardeur. Je ne tente pas de les retenir, et Elle non plus. Mais la fin de sa phrase retient mon attention, alors que je me refuse à accueillir ses paroles.
- Parce que t’es pas capable de t’faire mal toute seule ?
*Non, t'as pas le droit ! T'as pas le droit de dire ça ! Pas le droit ! PAS LE DROIT PUTAIN ! Pas le droit ! Pas le droit. Pas le droit. Pas. Le. Droit. Pas le droit. Pas le...* Trois Mots. Tranchants, intransigeants, nets. Ils résonnent dans ma tête, semblent se cogner contre mon crâne, afin de trouver un issue. Mais il n'y en a pas, et je ne compte pas en créer. En espérant que l'on respecte mon choix.
Je tremble. De Froid, de Rage, de Peur ou de Peine ? De toutes ces émotions, et bien d'autres même. Enfin je crois. Mes membres semblent avoir retrouvé la faculté de se mouver, mais ils ont aussi gagné un libre arbitre nouveau. Je me dégoûte, je ne suis même pas capable de me contrôler. Et une voix me répète en boucle, inlassablement que je suis... *Faible.* Tellement Faible. La faiblesse m'a accaparée, emportée, à jamais. Je suis destinée à le rester jusqu'à la Fin. *NON !* Je devrais être forte, je le serais peut-être un jour, je l'espère. Mais je n'y arriverais pas aujourd'hui, la Nuit en a décidé autrement. Elle ne me laisse jamais la voix au chapitre, et Elle m'impose sa Vie. Je dois embrasser son propre Destin. Et le mien alors ? Relayé aux oubliettes, sûrement pour toujours. La Nuit, fait la Loi. C'est Elle la Reine. La Nuit, que j'ai espérée, aimée, touchée, remuée, et qui m'a attirée. Elle m'a attrapée, et je sais qu'Elle ne lâche jamais, ô grand Jamais, ses victimes. Elle les torture de toutes ses Questions, de toutes ses Secrets. Mais surtout de son Silence. Et Elle a osé jeter son dévolu sur moi maintenant, j'en suis devenue muette. J'ai l'impression d'être détruite, de n'être plus rien, mais Elle continue de me consumer, de me tuer à petit feu chaque fois qu'Elle se lève. Je pense toujours que mon Âme est explosée en milles morceaux de Vie, mais la Nuit trouve toujours quelque chose à abattre. Elle parvient toujours à m'ébranler plus que je ne le suis. Jusqu'à ce que je m'écroule, et m'éteigne. Mais Elle veut me faire ressentir toute la Souffrance dont je suis capable, avant.
Pourquoi est-ce qu'Elle m'a choisie ? Pourquoi avoir décidé de m'achever si durement ? Pourquoi me désintégrer, moi ? Pourquoi moi ? Pourquoi moi parmi tant d'Autres ? Les Autres qui ne méritent que la Souffrance, pourquoi ne connaissent-ils pas la Douleur ? *Putain de Questions !* S'il en existe une à laquelle je peux répondre, bien que je refuse de me l'avouer, c'est elle : Pourquoi moi ? Parce qu'il n'y a que moi qui la mérite. La Douleur. Cette Putain de Douleur !
Moi seule qui mérite de faire face à la Mort sans jamais l'atteindre.
Moi seule qui mérite d'être cloîtrée dans le plus grand Silence.
Moi seule qui mérite d'être toujours torturée par la Nuit.
Moi seule qui mérite de me perdre dans le Néant.
Moi seule qui mérite de n'être plus Rien.
Moi seule qui mérite d'abandonner.
Moi seule qui mérite d'être.
Moi seule qui mérite.
Moi seule.
Moi.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
Une Part de ce Monde
Dans ton cœur s’étend un vide terrible. Un vide abyssal qui était auparavant habité par Petite Ombre, un Néant infini qu’elle a déserté lorsque s’est terminée la Nuit.
Elle a t’a abandonnée, elle te laisse seule, n’habitant plus que tes rêves emplis d’espoirs, oubliant l’incommensurable affection que tu lui portes. Elle a sans doute réalisé que tu ne valais plus la peine. Que ton âme était détruite de manière irréversible, que plus rien ne pourrait t’empêcher de mourir. Que même son amour de ténèbres, que même ses mots, ne pourraient plus soigner ces contusions bien trop profondes. Elle s’est peut-être rendue compte que tu n’étais rien d’autre qu’une enveloppe charnelle abîmée par la souffrance.
Petite Ombre a disparu, elle s'est envolée. Et tu n’as retrouvé l’univers que tu voyais dans ses yeux dans aucun Autre que tu as pu croiser depuis. Tu aurais voulu lui parler. Même de jour, tu n’aurais pas été difficile. Voir enfin ses cheveux d’ébène éclairés par la violence du Soleil t’aurait déplu, mais tu te serais accommodée – Petite Ombre te manquait bien trop.
Et pourtant, nulle part. Pas de chevelure de nuit. Pas de regard de ciel. Pas de sourire-promesse. Pas de rire cristallin. Et pas de Mots-qui-guérissent. Alors même que tu en aurais eu plus besoin que jamais. Alors même que tu serais prête à déchaîner ta haine contre cette Autre qui s’est simplement trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.
Dans tes phalanges pulse encore une douleur terrible, qui remonte jusqu’à ton coude. Tu sens le liquide écarlate s’écouler des plaies, tu le vois glisser sur ta peau claire et tu l’entends tomber sur le dallage froid. Tu as mal, mais il ne te vient pas à l’idée de le dire. De laisser une larme couler, ou de lâcher à la Fille-qui-ose-Être que tu souffres. Annihilées par un orgueil et une fierté sans doute trop grands, les pensées se terrent et n’osent pas se montrer, laissant simplement la colère s’imposer.
Non, plutôt que d’avouer ta faiblesse à l’Autre, tu préfères laisser monter la haine froide qui emprisonne ton cœur dans une gangue de glace. Tu préfères la contempler de toute ta puissance, de toute ta colère redoutablement violente. Tu préfères la briser plutôt que de dire que tu as mal.
Surtout, tu préfères te dire qu’Elle t’a volé Nuit. Que cette Fille-qui-en-sait-trop s’est emparé de ta possession la plus précieuse, trésor plus inestimable encore que ton violon, et l’a fait devenir sienne. Tu préfères sentir ton cœur submergé par la jalousie, acide corrosif qui pourrit les entrailles. Songer qu’elle n’est qu’une voleuse. Qu’elle a eu l’audace de te dérober Nuit et qu’elle le regrettera, qu’elle le regrettera terriblement. Tu préfères te dire que tu lui feras du mal. Avec tes mots, comme l’a si bien fait *Aelle*. Sans tes poings, comme pour te prouver que tu es capable de briser sans frapper. Que tu sais détruire rien qu’avec ton regard. Que tu n’es pas dépendante de tes poings comme tu aurais parfois aimé le croire.
Qu’ils ne sont qu’un moyen de plus pour leur prouver à tous que tu es puissante. Violente. Supérieure malgré ton désespoir.
Tu préfères te dire qu’elle n’a rien à faire ici, cette Enfant-trop-présente, qu’elle n’est qu’une putain d’Autre seulement ici pour te faire du mal. Tu préfères dégager tes remords maintenant et la haïr de tout ton soul. *C’est une Ombre*
Tu jettes un regard par la fenêtre qui te toise, contemple l’étendue aux différentes nuances de sombre qui se déroule au-dehors. C’est beau la Nuit. Tu l’as dit à Petite Ombre, le premier Soir, lors de votre rencontre. C’est beau la Nuit, mais ça détruit de l’intérieur. Ça tue le cœur, tu l’as dit à l’Autre-au-violon, Aelle, avant qu’elle ne ferme la parenthèse hors du temps. Ça arrache les Ailes, tu l’as dit à celle qui a Brisé, en haut de la Tour.
C’est beau la Nuit, clament les étoiles.
C’est beau la Nuit, hurle la Lune.
C’est beau la Nuit, sans les Ombres qui n’en sont pas, murmure ton cœur.
Dans la pénombre du couloir, rien n’est discernable. Tu ne vois rien. Aucune mèche de cheveux, aucun éclat de regard. Mais sa silhouette est là. Sa silhouette se fond parmi les ombres de Nuit. Sa silhouette ; en parfaite harmonie avec le Chant du Vent qui siffle contre les pierres. Tu ne vois rien mais sa seule présence te fait trembler.
Elle te fait ouvrir les yeux sur ta véritable nature, te fait une nouvelle fois douter de ta légitimité à demeurer dans ce monde.
Tu caches derrière ta voix cassante un infini de douleur, de jalousie. Elle est bien plus à sa place ici que toi ; petit être vide de sens. Elle a fait de Nuit son amie, elle aussi, elle t’a privée de son harmonie pour la récupérer et l’emprisonner dans son propre esprit. Tu n’as plus de Refuge.
Elle a t’a abandonnée, elle te laisse seule, n’habitant plus que tes rêves emplis d’espoirs, oubliant l’incommensurable affection que tu lui portes. Elle a sans doute réalisé que tu ne valais plus la peine. Que ton âme était détruite de manière irréversible, que plus rien ne pourrait t’empêcher de mourir. Que même son amour de ténèbres, que même ses mots, ne pourraient plus soigner ces contusions bien trop profondes. Elle s’est peut-être rendue compte que tu n’étais rien d’autre qu’une enveloppe charnelle abîmée par la souffrance.
Petite Ombre a disparu, elle s'est envolée. Et tu n’as retrouvé l’univers que tu voyais dans ses yeux dans aucun Autre que tu as pu croiser depuis. Tu aurais voulu lui parler. Même de jour, tu n’aurais pas été difficile. Voir enfin ses cheveux d’ébène éclairés par la violence du Soleil t’aurait déplu, mais tu te serais accommodée – Petite Ombre te manquait bien trop.
Et pourtant, nulle part. Pas de chevelure de nuit. Pas de regard de ciel. Pas de sourire-promesse. Pas de rire cristallin. Et pas de Mots-qui-guérissent. Alors même que tu en aurais eu plus besoin que jamais. Alors même que tu serais prête à déchaîner ta haine contre cette Autre qui s’est simplement trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.
Dans tes phalanges pulse encore une douleur terrible, qui remonte jusqu’à ton coude. Tu sens le liquide écarlate s’écouler des plaies, tu le vois glisser sur ta peau claire et tu l’entends tomber sur le dallage froid. Tu as mal, mais il ne te vient pas à l’idée de le dire. De laisser une larme couler, ou de lâcher à la Fille-qui-ose-Être que tu souffres. Annihilées par un orgueil et une fierté sans doute trop grands, les pensées se terrent et n’osent pas se montrer, laissant simplement la colère s’imposer.
Non, plutôt que d’avouer ta faiblesse à l’Autre, tu préfères laisser monter la haine froide qui emprisonne ton cœur dans une gangue de glace. Tu préfères la contempler de toute ta puissance, de toute ta colère redoutablement violente. Tu préfères la briser plutôt que de dire que tu as mal.
Surtout, tu préfères te dire qu’Elle t’a volé Nuit. Que cette Fille-qui-en-sait-trop s’est emparé de ta possession la plus précieuse, trésor plus inestimable encore que ton violon, et l’a fait devenir sienne. Tu préfères sentir ton cœur submergé par la jalousie, acide corrosif qui pourrit les entrailles. Songer qu’elle n’est qu’une voleuse. Qu’elle a eu l’audace de te dérober Nuit et qu’elle le regrettera, qu’elle le regrettera terriblement. Tu préfères te dire que tu lui feras du mal. Avec tes mots, comme l’a si bien fait *Aelle*. Sans tes poings, comme pour te prouver que tu es capable de briser sans frapper. Que tu sais détruire rien qu’avec ton regard. Que tu n’es pas dépendante de tes poings comme tu aurais parfois aimé le croire.
Qu’ils ne sont qu’un moyen de plus pour leur prouver à tous que tu es puissante. Violente. Supérieure malgré ton désespoir.
Tu préfères te dire qu’elle n’a rien à faire ici, cette Enfant-trop-présente, qu’elle n’est qu’une putain d’Autre seulement ici pour te faire du mal. Tu préfères dégager tes remords maintenant et la haïr de tout ton soul. *C’est une Ombre*
Tu jettes un regard par la fenêtre qui te toise, contemple l’étendue aux différentes nuances de sombre qui se déroule au-dehors. C’est beau la Nuit. Tu l’as dit à Petite Ombre, le premier Soir, lors de votre rencontre. C’est beau la Nuit, mais ça détruit de l’intérieur. Ça tue le cœur, tu l’as dit à l’Autre-au-violon, Aelle, avant qu’elle ne ferme la parenthèse hors du temps. Ça arrache les Ailes, tu l’as dit à celle qui a Brisé, en haut de la Tour.
C’est beau la Nuit, clament les étoiles.
C’est beau la Nuit, hurle la Lune.
C’est beau la Nuit, sans les Ombres qui n’en sont pas, murmure ton cœur.
« Tu… Tu m’as volé la Nuit. Tu m’as volé Petite Ombre. »
Dans la pénombre du couloir, rien n’est discernable. Tu ne vois rien. Aucune mèche de cheveux, aucun éclat de regard. Mais sa silhouette est là. Sa silhouette se fond parmi les ombres de Nuit. Sa silhouette ; en parfaite harmonie avec le Chant du Vent qui siffle contre les pierres. Tu ne vois rien mais sa seule présence te fait trembler.
Elle te fait ouvrir les yeux sur ta véritable nature, te fait une nouvelle fois douter de ta légitimité à demeurer dans ce monde.
« T’as pas l’droit d’être là et… de me voler mon cœur comme ça. »
Tu caches derrière ta voix cassante un infini de douleur, de jalousie. Elle est bien plus à sa place ici que toi ; petit être vide de sens. Elle a fait de Nuit son amie, elle aussi, elle t’a privée de son harmonie pour la récupérer et l’emprisonner dans son propre esprit. Tu n’as plus de Refuge.
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that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
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Une Part de ce Monde
Sombrer dans l'Espoir.
La Nuit s'est éteinte. Définitivement.
Et pourtant, le Temps n'a pas ralenti, il court loin devant moi. Je peux l'implorer, le supplier, il ne m'attendra pas. Il s'écoule lentement dans le sablier, il traverse avec assurance la clepsydre, il encourage les aiguilles de l'horloge à avancer sans relâche. Seul mon cœur s'est arrêté.
Qui est cette Fille, cette Ombre qui brave la Nuit et le Temps ? Pourquoi déferle-t-Elle sa Colère somptueuse sur moi ?
*Pourquoi moi ?*
Toi.
*Et mon Cœur ?*
Brisé.
*Et mon Corps ?*
Déchiré.
*Et mon Être ?*
Explosé.
*Et... mon Âme ?*
Spasmes de Douleur. Envolée.
J'ai envie qu'Elle me laisse pleurer, qu'Elle me laisse seule, qu'Elle m'abandonne à mon sort. Qu'Elle aille briser ailleurs. Quelqu'un d'autre que moi. Les Autres.
Mais pas moi. J'ai cru savoir. J'ai cru Comprendre. Ce n'était rien. Elle n'est pas l'Autre Unique. Elle est l'Autre. L'Autre Ombre.
Mais Elle n'est rien, elle a sombré dans le néant. Elle a choisi la Caverne des Ombres, et ce soir Elle a même basculé dans l'Antre des Hurlements, alors que je me suis penchée vers celle des Murmures.
Mais que fait une Ombre ici ? Que faisons-nous ici ? On ne peut pas, on n'en a pas le droit. Les Ombres n'ont pas de place dans le Monde, jamais.
∝
Soudain, la Lune est cachée par un glorieux nuage. Les Ténèbres me dévorent, leur Noirceur englobe tout mon corps. Ma peau frissonne, mes poils se hérissent brusquement. Je n'aime pas cette sensation d'insécurité. Je ne distingue plus l'Autre qui a disparu parmi les tréfonds d'une obscurité âpre. Des volutes de la Nuit me chatouillent les bras et le visage, puis descendent vers mes cuisses , mes jambes, mes chevilles pour rejoindre mes pieds, jusqu'au bout de mes orteils. Je ne suis qu'un Être frêle qui sombre lentement vers la Fin sans l'atteindre. Je ne suis rien.
Mes yeux sont aveugles, et j'ai beau les frotter par réflexe, ils se perdent indéfiniment dans le noir. *Noir.*
Et je tombe
Telle une Ombre,
À jamais dans les Décombres.
Une menace, une Bombe
Qui finira par exploser,
Si on ne vient pas m'aider.
Mais d'aide je n'en veux pas,
Et mon Âme se brisera.
Telle une Ombre,
À jamais dans les Décombres.
Une menace, une Bombe
Qui finira par exploser,
Si on ne vient pas m'aider.
Mais d'aide je n'en veux pas,
Et mon Âme se brisera.
- IMPLOSION -
La Lumière finit par revenir, la Lune parvient toujours par percer à jour ses ennemis. J'ai les yeux qui me piquent, l'impression que je viens de me réveiller subitement. Cependant, ce qui m'a sortie de ma torpeur, ce n'est pas la clarté soudaine, mais sa Voix. La Fille parle, Elle prétend que je lui ai volé la Nuit *N'importe quoi !* et que je lui ai pris Petite Ombre. *C'quoi « Petite Ombre » ? C'est qui ?* C'est ce que je m'apprête à lui répondre lorsqu'elle ajoute dans un aveu ultime :
- T’as pas l’droit d’être là et… de me voler mon cœur comme ça.
- EXPLOSION -
Volé son cœur ? Je n'en crois pas mes oreilles. Qu'ai-je encore fais ? Ai-je brisé une personne de plus ? *Foutaises !* Non. C'est impossible, ce qu'Elle dit dans la Nuit ne peut pas être sensé. Et pourtant, il est plus facile de parler, de se confier et surtout de dire la Vérité la Nuit. Cette dernière force à dire les choses telles qu'elles le sont, parfois même à trahir. Et surtout, elle pousse à souffrir et à faire du mal. L'Autre me fait ressentir toute sa Douleur, ce fardeau qu'Elle ne peut sans doute plus porter, à moins qu'Elle n'en ai marre. J'ai envie de déguerpir, tout de suite, et mes jambes s'animent toutes seules. Je me relève difficilement en étirant mes muscles endoloris. Mais c'était sans compter mes Mots qui s'échappent une nouvelle fois contre mon gré, encouragés par la Nuit.
- Pourquoi... Pourquoi t'es...
Le dernier Mot de cette phrase est si infâme qu'il doit rester coincé dans ma gorge, il n'a pas le droit de s'envoler, il ne peut pas, et je met toute ma volonté à le retenir. Bien trop faible, cette volonté, et je ne suis rien face à la puissance invincible de la Nuit.
- ... brisée ?
- DESTRUCTION -
Je m’effondre lourdement sur le sol. Mes jambes flageolantes croulent sous le poids de mes paroles, et je plonge mes yeux dans ceux de l'Autre. Je sais que je ne devrais pas, que je m'aventure sur un chemin interdit et trop dangereux. Je sais parfaitement que cela ne va que me faire souffrir plus, j'ai conscience qu'Elle va se mettre encore plus en colère ; mais c'est inéluctable. Mes propres iris expriment tout ce que je suis. C'est-à-dire des milliards d'émotions que je n'arrive pas à démêler, mais toutes sombres. À la fois Destructrices et Douces, à leur manière. Pas Douces comme la Joie ou la Compassion, sûrement pas, mais ce sont des caresses qui m'agressent lentement. Douces comme la Souffrance.
Devrais-je fuir ce regard de braise ? *J'y... J'y arrive pas.* Je n'aime pas ces pupilles, la vue des yeux de cette Fille provoque en moi une tension insoutenable et contracte tous les muscles de mon corps. Je veux à tout prix me détourner de cette vision. Mais j'aime aussi me perdre dans ce trou noir. Mon cœur rate un battement. Puis un autre. Et il repart de plus belle en tambourinant violemment contre ma poitrine, tel une bête enragée. J'ai le souffle coupé, je suis au bord de l'inconscience.
- LIBÉRATION -
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.
Une Part de ce Monde
Seconde après seconde, tu t’enfonces. Tu plonges dans la colère, pour dissimuler ta douleur. Tu hais pour ne pas avoir à faire face à ton véritable reflet dans le miroir, pour ne pas avoir à contempler ton mal-être qui bouffe chaque instant un peu plus ton humanité. Tu dissimules derrière des apparences détestables et violentes un impérieux besoin de reconnaissance, d’affection. Une terreur infinie de la solitude qui creuse en toi un gouffre, qui t’entraîne vers la mort.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu meurs à petit feu. Tu te consumes lentement, ta vie s’échappant de chacun de tes pores, fuyant ton corps à chacune nouvelle erreur, à chaque mot indigne de toi.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu vois Nuit s’éloigner de toi un peu plus chaque fois que le jour cède place aux ténèbres. Tu la sens te libérer de ses filaments doux et rassurants.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu fermes doucement les yeux pour t’abandonner à la douleur de t’être perdue. Tu laisses tes paupières tomber sur une glace maudite, empoisonnée par un orgueil éternel et incommensurable.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu sens la Larme fuir et tacher de son éclat la pâleur de ta joue. Tu ne la vois pas, mais ta peau frémit à son contact.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu vois la lumière s’effacer petit à petit pour laisser avancer la Noirceur. Les éclairs déchirent tes paupières, comme un millier d’éclats de verre, seuls témoins de la lueur des étoiles qui scintillait juste avant.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu n’es plus qu’une Autre ; une faible. Tu te sens devenir folle, oppressée par le feu qui te ronge et te brûle de l’intérieur.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tout disparaît. Tes souvenirs s’envolent, tes sanglots se déchirent, ta Famille implose et les morceaux de ton cœur se dispersent aux quatre vents.
*Ferme les yeux*
*Ferme les yeux*
*Ferme les yeux*
*Ferme les yeux*
*Ferme les yeux*
Les Ombres ne te veulent plus.
*Ferme les yeux*
Ces larmes qui dégringolent sur tes joues te mèneront à ta perte.
*Ferme les yeux*
Pleure, petite étoile. Pleure et laisse ta vie t’échapper. Pleure et regarde toi mourir lentement. Pleure et vois ton âme partir en lambeaux, éventrée par une jalousie sortie du plus profond des ténèbres.
*Ferme les yeux*
*Pour toujours.*
Les mots coulent sur l’épave de ton cœur mutilé. Ils l’emplissent d’un nouveau poison, recouvrent ses brèches d’un voile sur lequel les ombres se meuvent. Ils le glacent et l’empêchent de battre.
Les mots détruisent tout ; comme toujours. Sur leur passage tout se fige, tout devient pierre et plus rien ne vit.
Tu recules d’un pas, puis d’un autre, te tournes pour appuyer ton dos contre le mur de pierre.
Sous tes paupières closes, les éclairs se sont éteints depuis bien longtemps. Ils n’illuminent plus ta vision d’illusions fugaces. Il n’y a plus aucune lueur pour te ramener à la vie, plus rien pour te maintenir à la surface. Ils ont disparu en ne laissant dans ta mémoire qu’une trace éphémère, une brûlure qui s’estompera.
Tu te mets à trembler. De longs frémissements qui agitent tout ton corps, qui hérissent une nouvelle fois ta peau. Tu as froid à cause des courants d’air, tu es en colère à cause de cette Autre, tu voudrais dormir mais tu en es incapable à cause de ces foutues pensées. Tu as envie de pleurer mais les larmes ne viennent pas, tu as envie de frapper mais tes poings restent collés contre tes jambes.
Ta conscience est envahie d’une succession de contradictions plus opposées les unes que les autres. Et toi… toi tu es perdue. Perdue entre ton désir grandissant de fuir et celui qui tiraille ton cœur et t’implore de lui envoyer ta main dans sa figure d’ange.
*Elle mérite rien d’autre.*
Tu recules d’un pas, puis d’un autre. Les ombres se déplacent en même temps que toi, puis s’immobilisent lorsque ton dos vient frapper le mur. Le choc se répercute dans tout ton corps aux muscles tétanisés et tu serres les dents quand tes mains viennent s’appuyer sur la pierre.
*Elle mérite rien de… rien d’autre*
Les ténèbres se meuvent une nouvelle fois quand ton dos glisse sur le coté et que tu continues à t’éloigner de l’Autre.
Tu serres tes bras contre toi, dissimulant tes phalanges défoncées dans le tissu doux de ta robe. La peau arrachée t’arrache un sifflement de douleur lorsqu’elle frotte contre l’étoffe, mais tu l’oublies bien vite. Ta concentration est obnubilée par la Fille-qui-veut-savoir, et tes yeux ne la quittent pas.
Ta voix tremble. Elle n’a pas cette assurance qui la rend si menaçante. Elle est seulement emplie de doutes, de terreurs, et tu ne peux pas l’empêcher de flancher.
Tu fais encore un pas de côté, augmentant davantage la distance qui te sépare désormais d’elle.
Tu jettes un dernier regard à sa chevelure de neige sur laquelle se reflète la lueur incertaine de Lune. Tes yeux se fixent brièvement dans ce que tu supposes être les siens, perdus dans l’ombre, et tournes les talons.
Le son de tes pieds frappant contre le sol résonne dans le couloir, mais tu ne l’entends pas. Tes oreilles bourdonnent.
Tu fuis.
Tu cours le plus vite possible pour t’éloigner de cette Autre-Ombre qui ose te voler la Nuit. Tu martèles la pierre de tes pas retentissants pour qu’elle disparaisse. Pour que la brûlure de son regard à peine perceptible dans la noirceur te laisse en paix.
Tu fuis parce que, Kyana Lewis, tu es plus lâche que tu n’oserais l’admettre.
Bien plus lâche.
C’est… je ne m’attendais pas du tout à ce que la fin arrive tout de suite. Vraiment, vraiment pas. C’est terrible, tu sais ? Parce que j’aurais voulu que Kyana soit amie avec Marie, qu’elle l’apprécie. Et pourtant, elle en a décidé autrement. Je ne sais pas si je suis déçue ou pas. Heureusement, son état d'esprit n'enlève rien au plaisir que j'ai pris à écrire ces textes avec toi.
Peut-être qu’elles finiront par devenir amies ? Seul l’avenir nous le dira. En tous cas, j’étais réellement ravie d’écrire ceci, c’était quelque chose d’unique, que je n’hésiterais pas à recommencer – si tu es d’accord bien entendu.
A nos Danses futures, chère Plume.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu meurs à petit feu. Tu te consumes lentement, ta vie s’échappant de chacun de tes pores, fuyant ton corps à chacune nouvelle erreur, à chaque mot indigne de toi.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu vois Nuit s’éloigner de toi un peu plus chaque fois que le jour cède place aux ténèbres. Tu la sens te libérer de ses filaments doux et rassurants.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu fermes doucement les yeux pour t’abandonner à la douleur de t’être perdue. Tu laisses tes paupières tomber sur une glace maudite, empoisonnée par un orgueil éternel et incommensurable.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu sens la Larme fuir et tacher de son éclat la pâleur de ta joue. Tu ne la vois pas, mais ta peau frémit à son contact.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu vois la lumière s’effacer petit à petit pour laisser avancer la Noirceur. Les éclairs déchirent tes paupières, comme un millier d’éclats de verre, seuls témoins de la lueur des étoiles qui scintillait juste avant.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tu n’es plus qu’une Autre ; une faible. Tu te sens devenir folle, oppressée par le feu qui te ronge et te brûle de l’intérieur.
Seule contre cette Ombre-trop-Ombre, tout disparaît. Tes souvenirs s’envolent, tes sanglots se déchirent, ta Famille implose et les morceaux de ton cœur se dispersent aux quatre vents.
*Ferme les yeux*
The sun goes down ;
*Ferme les yeux*
You’ll be alright ;
*Ferme les yeux*
No one can hurt you now ;
*Ferme les yeux*
Come morning light…
*Ferme les yeux*
Les Ombres ne te veulent plus.
*Ferme les yeux*
Ces larmes qui dégringolent sur tes joues te mèneront à ta perte.
*Ferme les yeux*
Pleure, petite étoile. Pleure et laisse ta vie t’échapper. Pleure et regarde toi mourir lentement. Pleure et vois ton âme partir en lambeaux, éventrée par une jalousie sortie du plus profond des ténèbres.
*Ferme les yeux*
*Pour toujours.*
« Pourquoi t’es brisée ? »
Les mots coulent sur l’épave de ton cœur mutilé. Ils l’emplissent d’un nouveau poison, recouvrent ses brèches d’un voile sur lequel les ombres se meuvent. Ils le glacent et l’empêchent de battre.
Les mots détruisent tout ; comme toujours. Sur leur passage tout se fige, tout devient pierre et plus rien ne vit.
Tu recules d’un pas, puis d’un autre, te tournes pour appuyer ton dos contre le mur de pierre.
Sous tes paupières closes, les éclairs se sont éteints depuis bien longtemps. Ils n’illuminent plus ta vision d’illusions fugaces. Il n’y a plus aucune lueur pour te ramener à la vie, plus rien pour te maintenir à la surface. Ils ont disparu en ne laissant dans ta mémoire qu’une trace éphémère, une brûlure qui s’estompera.
Tu te mets à trembler. De longs frémissements qui agitent tout ton corps, qui hérissent une nouvelle fois ta peau. Tu as froid à cause des courants d’air, tu es en colère à cause de cette Autre, tu voudrais dormir mais tu en es incapable à cause de ces foutues pensées. Tu as envie de pleurer mais les larmes ne viennent pas, tu as envie de frapper mais tes poings restent collés contre tes jambes.
Ta conscience est envahie d’une succession de contradictions plus opposées les unes que les autres. Et toi… toi tu es perdue. Perdue entre ton désir grandissant de fuir et celui qui tiraille ton cœur et t’implore de lui envoyer ta main dans sa figure d’ange.
*Elle mérite rien d’autre.*
Tu recules d’un pas, puis d’un autre. Les ombres se déplacent en même temps que toi, puis s’immobilisent lorsque ton dos vient frapper le mur. Le choc se répercute dans tout ton corps aux muscles tétanisés et tu serres les dents quand tes mains viennent s’appuyer sur la pierre.
*Elle mérite rien de… rien d’autre*
Les ténèbres se meuvent une nouvelle fois quand ton dos glisse sur le coté et que tu continues à t’éloigner de l’Autre.
Tu serres tes bras contre toi, dissimulant tes phalanges défoncées dans le tissu doux de ta robe. La peau arrachée t’arrache un sifflement de douleur lorsqu’elle frotte contre l’étoffe, mais tu l’oublies bien vite. Ta concentration est obnubilée par la Fille-qui-veut-savoir, et tes yeux ne la quittent pas.
« J’suis brisée… »
Ta voix tremble. Elle n’a pas cette assurance qui la rend si menaçante. Elle est seulement emplie de doutes, de terreurs, et tu ne peux pas l’empêcher de flancher.
« J’suis… j’suis brisée à cause de-d’Autres comme toi. »
Tu fais encore un pas de côté, augmentant davantage la distance qui te sépare désormais d’elle.
« Comme t-toi. »
Tu jettes un dernier regard à sa chevelure de neige sur laquelle se reflète la lueur incertaine de Lune. Tes yeux se fixent brièvement dans ce que tu supposes être les siens, perdus dans l’ombre, et tournes les talons.
Le son de tes pieds frappant contre le sol résonne dans le couloir, mais tu ne l’entends pas. Tes oreilles bourdonnent.
Tu fuis.
Tu cours le plus vite possible pour t’éloigner de cette Autre-Ombre qui ose te voler la Nuit. Tu martèles la pierre de tes pas retentissants pour qu’elle disparaisse. Pour que la brûlure de son regard à peine perceptible dans la noirceur te laisse en paix.
Tu fuis parce que, Kyana Lewis, tu es plus lâche que tu n’oserais l’admettre.
Bien plus lâche.
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C’est… je ne m’attendais pas du tout à ce que la fin arrive tout de suite. Vraiment, vraiment pas. C’est terrible, tu sais ? Parce que j’aurais voulu que Kyana soit amie avec Marie, qu’elle l’apprécie. Et pourtant, elle en a décidé autrement. Je ne sais pas si je suis déçue ou pas. Heureusement, son état d'esprit n'enlève rien au plaisir que j'ai pris à écrire ces textes avec toi.
Peut-être qu’elles finiront par devenir amies ? Seul l’avenir nous le dira. En tous cas, j’étais réellement ravie d’écrire ceci, c’était quelque chose d’unique, que je n’hésiterais pas à recommencer – si tu es d’accord bien entendu.
A nos Danses futures, chère Plume.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Une Part de ce Monde
« Il y a des moments où les Mots s’usent. Et le Silence commence à raconter. »
Et si le Vent qui s'engouffre en chuchotant par la fenêtre pouvait m'emporter ? Et s'il pouvait me balader loin d'ici, loin de tout, loin de cette vie, loin des Autres, loin de tout le monde, et loin de moi ?
Mes yeux se perdent dans la contemplation du Vide. Presque exorbités, rien n'existe d'autre que le sol sur lequel je suis assise. Mes pensées enivrantes me transportent dans une autre réalité, sombre et noire, mais si belle. Je ne suis plus en colère, seul la Peine me serre les côtes, mon diaphragme se soulève lentement jusqu'à enfermer mon cœur dans ma cage thoracique, pour qu'il ne puisse en sortir. Il est opprimé par des forces intransigeantes que sont la Vie.
Little Moon.
Les quelques Mots que prononce la Fille... *Putain !?* J'ai peur. Je me sens mal. Elle est brisée par le Monde, la Part de ce Monde que sont les Autres. Mais je ne suis pas comme Eux. Je le veux, mais je ne peux. Je crois qu'Elle Sait que je ne suis pas comme Eux, mais Elle me met dans la même catégorie, ou plutôt sa Colère m'y inclut. Je ne dis rien, et Elle s'enfuit. Elle court à toutes jambes à l'autre bout du couloir, et je l'observe jusqu'à ce qu'Elle disparaisse entièrement. Elle semble avancer au ralenti, et ma bouche close témoigne de mes Émotions. À l'instant où cette Autre Unique tourne dans un couloir adjacent, une Larme s'écoule sur ma joue, telle une rivière dans la plaine vaste. Elle tombe, elle tombe, elle tombe. Et lorsque je baisse les yeux, j'ai le temps de l'apercevoir diluer le Sang. Elle explose la goutte rouge vermeille qui se trouvait au sol ; un mélange rosé se forme. Un cercle plus élargi, qui ruisselle lentement sur le carrelage. Même les plus grands lacs dans les plus grandes montagnes ne peuvent rivaliser. Cela veut dire tant de choses. Mes pensées noires, je les dissous, sans jamais les oublier. Elles finissent toujours par revenir, jusqu'à la fin des Temps.
Temps Morts.
Je suis enfin seule. Et je hais cette Autre de m'avoir laissée. Je voudrais hurler, je voudrais pleurer, mais le Silence me l'interdit. Pendant de longues minutes, j'ai tant voulu revoir mon amie Solitude, mais celle-ci me fuyait. Enfin, je me trouve en sa compagnie ravageuse, et je ne souhaite rien d'autre que de la quitter, de partir de cet endroit qui me paraît désormais affreux.
D'un mouvement presque brutal, je me lève en m'appuyant contre le mur de pierre. Je me souviens du regard qu'Elle m'a lancé avant de tourner le dos à la réalité. Ses yeux si expressifs... Des Lames. Aussi aiguisées que les couteaux les plus tranchants. Elle m'a détruite de tout son soûl, puis a quitté la Vérité, pour ne pas avoir à l'affronter. Elle est lâche, comme toutes les Ombres de ce château. *Comme moi ?*
Parfois, j'hésite entre regarder en face ou se fondre dans la masse, ou même attaquer par derrière. Et puis je me résigne, je ne suis capable d'aucun de ces choix. Alors j'erre. Et je me perds en Enfer. Que faut-il de plus ?
Je me remémore les quelques instants passés avec l'Autre Fille et je me dis qu'ils sont presque irréels, et en même temps si vrais. Je n'y crois pas vraiment, je ne sais plus vraiment où j'en suis. L'encre qui a tracé cette rencontre plus que tumultueuse semble avoir bavé. Elle s'est étalée sur le parchemin pour ne former plus qu'une tache sombre et difforme. Tout comme le Sang dilué sur le sol.
Soudain, j'ai peur. Ce couloir me parait inconnu, voire dangereux. Je recule lentement en restant accolée à la paroi. Où suis-je vraiment ? J'arrive enfin devant les escaliers, qui sont gigantesques. Et sans un seul regard en arrière, je me met à courir loin de cet endroit qui ne m'est plus familier, où des Mots tranchants ont été clamés. Somme toute, j'ai quitté la Vérité, pour ne pas avoir à l'affronter. Comme la Fille-qui-s'est-enfuie. Comme les Ombres.
Je sais que je ne pourrais jamais me rendormir mais je me dirige tout de même vers mon dortoir. Je ne fais pas attention aux paroles de la Grosse Dame et je monte les marches qui mènent vers mon lit, sans aucun bruit. Je pousse doucement la porte, puis m'allonge sur mon matelas drapé de blanc. Je fixe le plafond, et ce jusqu'à ce que l'Aube pointe le bout de son nez.
Illusions perdues.
∞
Et voilà une parenthèse enchantée qui se ferme, Plume.
Si tu savais à quel point j’ai été heureuse de partager cette Belle Danse avec toi... Merci infiniment pour tes Mots qui m’ont toujours procuré des émotions très puissantes, très intenses.
Je ne crois pas que j’aurais voulu que nos Protégées soient amies, ni ennemies. Je voulais absolument qu’elles décident par elles-mêmes. C’est ce qu’elles ont fait, et cela me plaît, beaucoup.
Oh, tu parles déjà de nouvelles Valses, et cela me ravit. J’en est envie dès maintenant ! Je suis sûre que Marie et Kyana se recroiseront.
Merci, Plume. Merci.
Le cœur vibrant ; la vague se déferla sur elle pour la noyer de ses Notes dégoulinantes et voluptueuses.