solo De Lettres et de Mots.

Lettres
Novembre, premier jour.
Volière


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Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement,

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.
Charles Baudelaire




Elle doit monter ces marches. Ces marches qui la blessent à chaque pas. Car qu’est-ce qu’elle rencontrera au sommet de ces marches ? Haine, Douleur, Incompréhension, Peur.

Haine ?
Tes parents.
Douleur?
Toi.
Incompréhension ?
Tout.
Peur ?
Leurs Mots.

Un hibou est perché sur le bureau. Elle aime pas ces yeux oranges, vicieux, son bec affûté et tranchant, ses griffes s’enfonçant dans le bois comme s’il s’agissait d’une substance liquide.
Il hulule d’impatience.
Ce son la perce d’effroi.
Ce hiboux, elle le connaît.
Elle aurait jamais voulu le revoir.
Elle aurait voulu la chouette effraie douce et câline de sa grand-mère.
Mais non.
On n'a pas toujours ce qu’on veut dans la vie.

« Godric ? »

Le hiboux lève ses épouvantables yeux oranges vers elle. Il est répugnant avec ses plumes foncées comme noircies par des flammes, ses serres minces mais aussi coupantes qu’un couteau.
Elle ne comprends pas pourquoi son père l’a appelé comme le fondateur de Gryffondor. C’est idiot. C’est un hibou.

La créature suit le moindre de ses mouvements. Parée à attaquer.
Elle s’approche doucement.
C’est un combat entre eux deux.
Éternel.
Épuisant.

Ses mains vives comme un serpent se glissent jusqu’au parchemin et le détachent d’un coup sec puis reculent prestement.
Le plumage du hiboux se gonfle, ses yeux roulent de colère, son bec s’ouvre en un cri perçant qui lui déchire les oreilles, fait imploser ses pensées, crisper ses doigts, mordre sa lèvre pour ne pas répondre à ce hurlement bestial en retour.

Il fond sur elle comme si elle était sa proie.
Une entaille s’ouvre sur sa main.
*Sang*.

Orage dans sa poitrine.
*Haine*.
Larmes perlent à ses yeux.
*Douleur*.
Pensées tournoyantes dans sa tête.
*Incompréhension*.
Griffes lui lacérant le cœur.
*Peur*.

« Va-t-en ! »

Un cri. C’est plus le sien. C’est celui d’un animal blessé. D’un animal qui se défend car il sait pas comment réagir.
Ce rugissement qui naît dans sa poitrine, s’étire dans les airs, enfle, se cogne contre les murs, se répercute vers elle, la submerge, la noie.
C’est plus le sien.

Les hiboux s’envole et passe la fenêtre.
Ses larmes brûlent.
*Haine*.
Ses mains tremblent.
*Douleur*.
Elle tremble.
*Incompréhension*.
Elle s’écroule à terre.
*Peur*.

Combien de temps passe tandis qu’elle gît sur le dos, terrassée, faible ?
Combien de temps passe tandis qu’elle se recroqueville sur le sol comme hantée par un esprit ?
Combien de temps passe tandis que les larmes roulent sur son visage de poupée brisée ?
Combien de temps passe tandis que son corps brûle et se consume de l’intérieur ?
Combien de temps passe tandis qu'elle se perd dans les méandres de la Peur?

Elle doit lire la lettre. La lettre qui a causé tout ça.

Elle se relève et reste assise, au milieu de la volière, des plumes éparpillées autour d’elle ou coincées dans ses cheveux d’ébène, des plumes légères comme le vent et lourde comme un sentiment qu'elle préfère ne pas identifier mais pèse sur son cœur, douces comme le velours, tranchantes comme des lames.

Lames ?

*Larmes*.
Dernière modification par Alison Morrow le 20 févr. 2021, 17:55, modifié 3 fois.

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.

solo De Lettres et de Mots.
Jour 2

Elle est revenue.
A moins qu'elle ne soit jamais partie?
Elle doit la lire, cette Lettre.
Cette foutue Lettre.
Ils la lui ont envoyé, non?
Elle a été éraflée pour elle, non?
Elle a pleuré pour elle, non?
Alors elle a bien le droit de savoir ce qu'elle dit non?

Elle la tient. Cette Lettre.
Elle te retient.
De quoi?
De tomber.
Où?
Dans Folie.

Folie. Folie avec ses paroles caressantes, ses mots de velours pourpre, ses étreintes douces, ses paroles sans fin, ses mots perfides, ses pensées tournoyant à l'infini, ses visions monstrueuses, ses... NON!
Elle veut pas.
Elle veut pas la connaître.
Elle doit pas l'écouter.

De toute façon quoi qu'il se dise dans cette Lettre, c'est sa faute.
Pourquoi?
Parce que c'est toujours de sa faute.
Elle est pas assez bien.
Pas assez courageuse.
Pas assez comme Eux.

Elle fait sauter le cachet.
Ses mains tremblent.

Salut Ali!
Ici, tout va bien. Bien mieux depuis que t'es partie. Tout le monde est plus serein. Tout le monde rit. Tu devrais partir plus souvent!!! Mais bon, je suis pas sûre que grand-mère soit d'accord. D'ailleurs elle voulait pas que je t'écrive. Mais on s'en fiche non? De toute façon, elle peut rien faire de l'hôpital! J'espère que tu t'amuses bien à Gryffondor! Et que tu t'es fait plein de copains!
A une prochaine fois!
Connor.


Ce premier paragraphe lui déchire le cœur.
Son petit-frère est innocent. C'est pas de sa faute.
C'est de la sienne.

Si t'étais comme eux tu recevrais pas ça.
Si t'étais pas partie, ils seraient encore malheureux.
Si t'étais restée, grand-mère serait encore là.
Si t'étais comme eux, tu serais allée à Gryffondor.
Si t'étais comme les autres, t'aurais des copains.
Si t'étais normale.
Si t'étais pas...
Si t'étais...
Si...
C'est de ta faute.

*Haine*.

La lettre se poursuit. Une écriture ronde, un peu penchée. C'est celle de son grand frère.
Jack.
Elle le revit, sur le quai du Poudlard Express, les cheveux en bataille à cause des vapeurs écumeuses du train, sa montre à la main, faisant claquer son couvercle avec impatience.
L'impatience qu'elle parte.

Salut.
Je suis pas doué pour écrire des lettres.
Ici, tout le monde va bien, mieux depuis que t'es plus là.
Tu amènes trop de souvenirs, tu le sais.
Alors, comment est la salle de Gryffondor? Sympa, hein.
Tu verras, tous les gryffons sont sympas.
En espérant que tu nous revienne pour Noël quoiqu'en dise Connor.
On pourra mieux te surveiller. Et puis je suis sûr que t'auras des tonnes de choses à raconter!
Jack.


C'était probablement le mot le plus gentil qu'elle allait recevoir mais les larmes dévalèrent ses joues, les rendant encore plus fantomatiques qu'à l’accoutumée.


Si t'étais comme eux t'aurais pas mal comme ça.
Si t'étais pas partie, ils seraient encore silencieux.
Si t'étais restée, votre relation en serait encore là.
Si t'étais comme eux, tu serais allée à Gryffondor.
Si t'étais comme les autres, t'aurais des copains.
Si t'étais normale.
Si t'étais pas...
Si t'étais...
Si...
C'est de ta faute.

*Douleur.*

La lettre se clôt sur une écriture épineuse et rapide, habituée à écrire vite des paroles jetées en l'air mais faisant le tour du monde.
Sa mère.
Ses mots lui écorchent la bouche. Les mères devraient pas être comme ça.

J'ai pas le temps de m'occuper de t'envoyer des lettres stupides.
De toute façon, j'ai du temps pour rien, faut encore que j'aille amener ta sœur chez son copain, emmène Connor à son cours d'escrime, fasse le repas, le ménage, la vaisselle, les ourlets des pantalons de ta grande sœur...
Donc, j'ai pas le temps de m'occuper d'une lettre.
Surtout que t'es plus à la maison, c'est quand même un fardeau en moins! Vivement que vous soyez tous partis... Je vous aime, mais vous êtes épuisantes. Vous m'usez tous.
Pleure pas devant les Lettres, ça ne fait que montrer ce que t'es : faible.
Alors, j'espère que tu es à Gryffondor.
J'espère vraiment pour toi, parce que sinon n'espère même pas rentrer pour les vacances, quoiqu'en dise Jack.
Je lui ai toujours dit, à ce gosse qu'il était trop gentil...
Une âme de Poufsouffle, ces moins que rien, non mais vraiment.
Je te laisse.
Amuse-toi bien chez les Rouges et rapporte nous plein de souvenirs à partager !

Megan M.


Cette encre grasse, elle dansait devant ses yeux.
Elle se riait d'elle, lui brûlait la rétine jusqu'à la rendre aveugle, et alors, danser de plus belle, danser à l'infini, danser jusqu'à ce qu'elle en crève.
Mais c'était fini.
C'était la fin de la Lettre.
Alors pourquoi est-ce qu'elle avait toujours aussi mal?
Pourquoi elle pouvait pas être chez les Rouges?
Pourquoi elle pouvait pas être acceptée comme elle était?
Qu'est-ce qu'elle avait Poufsouffle, comme maison?
Elle a mal à la tête, et le cœur qui saigne.
Alors elle arrête de réfléchir un instant pour que la réalité lui hurle à la face.
*Incompréhension*

Si t'étais comme eux tu rirais devant cette lettre et la déchirerait.
Si t'étais pas partie, ils seraient encore débordés.
Si t'étais restée, Dégout serait encore là.
Si t'étais comme eux, tu serais allée à Gryffondor.
Si t'étais comme les autres, t'aurais des copains.
Si t'étais normale.
Si t'étais pas...
Si t'étais...
Si...
C'est de ta faute.

*Peur*.
Dernière modification par Alison Morrow le 20 févr. 2021, 17:58, modifié 1 fois.

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.

solo De Lettres et de Mots.
Jour 3

Elle devait leur répondre, elle le savait.
Après avoir reçu leurs lettres et chassé leur hibou affreux, elle devait le répondre.

Arrivée en bas des escaliers, l'odeur de la volière la prit à la gorge.
Lourde, épaisse, chargée de relents de plumes et de saleté.
Son estomac se retourne et elle lutte pour ne pas vomir le peu qu'elle a arrivé à avaler ce matin sur le sol.
Grimpant les marches une à une, elle arriva dans la volière.
Le parquet grinçait sous ses pieds, la faisant frémir, milles paires d'yeux jaunes étaient fixées sur son visage.
Ses mains portaient les griffures de la lutte contre le hibou de ses parents.
Elle s'efforça d'ignorer les hululements mécontents de la volière, et s'assit au bureau.

Alors, quoi?
Comment commencer cette lettre?
Ils étaient tous persuadés qu'elle était à Gryffondor.

Une crampe lui tordait l'estomac.
Elle avait les mains moites, le front en sueur et les joues brulantes malgré l'air frais de Novembre.
Ignorant le vent que certains qualifierait de frais mais qu'elle ne pouvait que ressentir de "doux", elle s'approcha de la fenêtre.
Le vent fit voltiger ses cheveux sombres autour de son visage, l'apaisant un instant.
Elle ferma les yeux, se laissant envahir de son murmure libérateur.
Pourtant, chaque inspiration était un supplice. Elle se sentait horriblement coupable.

T'as échoué. Tu seras jamais comme Eux. Je te l'avais dit, Petite.
*La ferme. J'suis...J'suis juste différente.*
Petite, il ne faut pas. Jamais être différente. Maintenant tu dois en assumer les conséquences.
*Mais j'voulais... J'veux pas être différente!*
Ça, Petite, il fallait le dire au choixpeau.
*Mais j'lui ai dit. J'l'ai supplié de pas faire ça! J'ai tellement demandé à être comme Eux!*
Tu sais vraiment rien faire. Gamine inutile, stupide, incapable, anorm...
*La ferme putain!*

Elle redressa la tête, ouvrit brusquement les yeux.
Le monde tournait, vite, fort. Elle avait mal au ventre, mal au cœur, mal à la tête.
Se reculant de la fenêtre, ses mains agrippèrent le dossier d'une chaise en bois destinée à ceux voulant écrire.
Elle s'y laissa tomber, trouvant sa chute infiniment longue, et le choc contre le bois extrêmement brutal.
Il lui coupa le souffle, vidant ses poumons sournoisement.
Elle ouvrit la bouche, essayant de happer de l'air.
Rien ne parvenait à rentrer.
Panique.

*J'v...J'vais mourir!

"M?"

Cette voix. Elle s'y raccroche, elle rouvre les yeux.
Cheveux roux, pointes noires, yeux de glace.
Par Merlin, ce qu'elle était belle.
L'Autre.


Elle s'assied négligemment sur le bureau, et sourit.
Aussitôt tout retourna à sa place.
Les hiboux se turent.
Le vent redevint calme.
La chaise fut de nouveau stable.
Son estomac arrêta de la torturer.

"Tu fais quoi ici? Tu veux leur écrire?"

Elle détourna les yeux, mal à l'aise.
En un réflexe protecteur pour sceller ses lèvres, elle se mordilla la lèvre.

"Arrête M. Tu vas te faire du mal."

Ses yeux s'embuèrent.
Personne lui parlait comme ça. Y avait que l'Autre. Et grand-mère.
En plongeant dans les yeux bleus océans, elle faillit se noyer.
*Noyée d'reconnaissance.*

"Tu penses que j'devrais faire quoi?"

L'Autre haussa les épaules.

"Dit rien. Dit que le courrier s'est perdu à cause de la guerre."
"J'peux pas... J'peux pas mentir."
"Et tu t'apprêtes à faire quoi, en leur écrivant?" déclara l'Autre d'une voix douce.

Sa main translucide se posa sur son épaule.
Elle commença à trembler.

"J'sais pas. J'vais trouver une solution. J'vais en trouver une. J'dois en trouver une."
"Tu vas leur mentir, M. Allez, viens. On s'en va. Tu trouveras une solution demain."

Se laissant guider comme un pantin désarticulé dépourvu d'âme, elle redescendit derrière l'Autre les marches de la volière.
Mais elle reviendrait.
Le lendemain même.
Elle le savait.
Elle le sentait.
Car elle aurait l'impression de trahir Eux si elle ne répondait pas.
Dernière modification par Alison Morrow le 20 févr. 2021, 17:59, modifié 1 fois.

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.

solo De Lettres et de Mots.
Elle avait monté les marches.
Elle les avait compté, pour se donner du courage, inlassablement, ne pensant à rien d’autres que les chiffres défilant dans son esprit.
*Dix, onze, douze*
C’était n’importe quoi de revenir dans la volière.
Elle haïssait cet endroit. Les hiboux, surtout.
Les chouettes lui faisaient un peu moins peur, et c’était pour ça qu’elle s’en méfiait le plus.
Elle aurait dû écouter l'Autre. Dire que le fichu courrier s'était perdu.
Ce serait peut-être passé?

Avec leurs têtes en formes de cœur, les chouettes effraies faisaient bruisser leurs plumes en se collant les uns aux autres pour se réchauffer.
Les hiboux grands ducs, les paupières tombantes sur leurs yeux globuleux, sommeillaient en claquant leur becs.
Les chouettes naines tendaient leurs longues pattes fines pour creuser un peu plus le bois des nichoirs de la volière.
Les chouettes harfangs étendaient leurs ailes de soie au soleil, pour clamer leur puissance face aux futures premières neiges, leurs yeux jaunes gratifiant leurs semblables de regards hautains.
Il y avait même dans un coin, enfoncée sous un petit tas de paille bien tassé et fraîchement arrangé, une coquille d’œuf brisée et un petit corps duveteux et laid piaillant de toutes ses forces pour réclamer à manger.

Dégoûtée, elle s’éloigna des animaux le plus possible.
Mais ils étaient comme la peste ou les humains traquant les sorciers : partout.
Respirant le moins possible et faisant glisser ses semelles lisses sur le parquet défoncé de milles serres et talons aiguilles, elle s’approcha du bureau de la volière.

Elle frissonna en imaginant toutes les plumes ayant frémi sur le dossier de la chaise, les fiente qui l’avaient recouvert, les griffures qui le maculaient de striures noires, les échardes extirpées du bois par des becs impatients.

Elle décida de rester debout, et prit une plume dans son sac; la trempa dans l’encre qu’elle portait toujours sur elle et sortit une feuille de parchemin.
Hésitante, elle se figea, cherchant les mots.

Elle avait mal.
Et c’est quand on a mal qu’on commence à jouer avec les Mots.
Elle s’en était brûlée les doigts, mais les avaient toujours marqués, les nouveaux Mots sortant de sa plume.
Ainsi, Mot devenait Mort.
Rêver devenait Crever.
Songe devenait Mensonge.
Battre devenait Abattre.
Donner devenait Abandonner.
Elle ouvrait continuer longtemps. Mais ce n’était pas pour ça qu’elle était ici aujourd’hui.

Lissant le parchemin, elle commença à écrire.
Ma chère famille...

Elle s’arrêta brusquement, effrayée.
Non. Ça n’allait pas.
Tordant les mots dans tous les sens, elle roula en boule la feuille pour essayer de démêler ses pensées.
Bonjour,
J’espère que vous allez bien.
Merci beaucoup pour votre précédente lettre. Elle m’a fait beaucoup de bien.
Elle eut un goût amer dans la bouche en écrivant cette dernière phrase et la raya sauvagement.
[...] précédente lettre.

Poudlard est un château immense, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi grand, aussi bruyant et peuplé !
Effectivement elle ne s’attendait pas à devoir côtoyer autant de personnes. Et elle détestait ça.
Tout se passe bien pour ma part. J’ai déjà fait la rencontre de plusieurs de mes camarades de classe notamment une fille très gentille, Anna Brown.
Elle est en première année à Gryffondor.
J’aurais bien aimé être sa camarade de dortoir mais la répartition ne s’est pas faite comme je l’avais espéré...
Oui. Anna lui était chère. Et oui, la répartition ne s’était pas du tout faite comme elle l’avait souhaitée. Elle était à Poufsouffle maintenant.
Ses mains tremblant un peu, elle se força à écrire la suite, un sourire figé plaqué sur le visage comme pour faire passer des émotions joyeuses sur les lettres.
Elle avait peur.
Si peur.
Jouer avec les Mots ne devait être utilisé qu’en dernier recours.
*C’est un dernier recours.*

Le pire était qu’elle le faisait facilement, ce jeu.
Elle atténuait certains mots, jonglait avec les émotions et les synonymes, dirigeait les phrases pour qu’elles soient justes de son point de vue et crédibles à Leurs yeux.
Elle voulait tellement qu’ils soient fiers.
Elle le voulait tellement.
Nos professeurs sont extrêmement bienveillant. J’ai beaucoup aimé les cours d’astronomie enseignés par Mr Briggs, le directeur des Rouges.


Des précisions, sans s’aventurer sur des pronoms possessifs.
Rien ne t’appartient Petite. Pas même toi. Pas même tes mots.
J’ai beaucoup de devoirs mais je suis contente de tout ce que l’on apprend en classe. Pour l’instant, je n’ai que des Optimaux et j’espère que cela restera ainsi !


Oui. Voilà. Elle aimait les cours et détestait les êtres peuplant le château même si elle admirait les adultes.
Les admirait ou les craignait ?
Un peu des deux.
Quelles sont les nouvelles ici?
Tout le monde va bien avec les décisions du nouveau gouvernement ?


Elle soupira avant d’écrire la question fatidique.
Comment va grand mère ?
Prenez soin de vous et à Noël !
Alison.


Elle ne se relut même pas.
Elle ignora les taches d’encres sur ses doigts.
Elle s’approcha avec réticence d’un gris hibou endormi, gris sale, aux yeux de braise et lui attacha rapidement la lettre cachetée à la patte.
Elle recula vivement lorsqu’il gonfla le poitrail et avant qu’il ne puisse vociférer dans tout la volière et déclencher une tempête de plumes, elle chuchota précipitamment

« Irlande, 200km au Nord de Cork, maison des Morrow. Arrive avant 19h. »

Nerveuse à l’idée d’en avoir demandé trop, elle recula tandis que la bête s’envolait avec un dernier claquement de bec.

Au lieu d’être soulagée d’avoir répondu, elle avait le cœur lourd et pesant, les idées noires et les reproches hurlants des hiboux lui vrillant les oreilles.
Elle s’enfuit sans se retourner.
Dernière modification par Alison Morrow le 20 févr. 2021, 18:02, modifié 1 fois.

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.

solo De Lettres et de Mots.
Encore. Monter. Les. Marches.
L’odeur infecte.
Le bois craquant et malodorant.
Puis la volière.

Dans toute sa splendeur de Novembre, ouverte sur le Parc et ses plaines enneigées.
L’air frais calma un peu son appréhension.
Elle l’avait vu dès qu’elle avait posé un pied sur le plancher.
Godric.

Les flocons tombaient en tourbillonnant, légers, minuscules valseurs dans toute cette immensité.
Elle tendit la main, laissant l’air froid lui picoter la peau, presque gentiment.
Un souffle frais caressa son visage offert aux vents.
Elle entendait des petits cris venant de dehors, des gamins courant dans la neige avec leurs grosses bottes et leurs capes noires, empoignant la poudreuse à pleine main et se la balançant allègrement à la figure.
Ils riaient, aussi, de ces petits rires perçants qui lui explosaient les tympans.
Leur joie lui était insupportable.
*Haine.*

Elle se détourna de la fenêtre, rasant toujours les pierres un peu humides.
Elle n’aimait que celles-là.
Les autres la dégoûtaient, pleines de fientes à moitié effacées et dégoulinantes sur les parois, encore chargée de l’odeur immonde de plumes et de crasse.
Et là, « bam », les plumes en plein dans le visage, les serres agrippant ses cheveux, la puanteur emplissant sa gorge, le cri vrillant ses oreilles, les ailes battant contre son crâne.
*Douleur. *

Elle remua les bras avec force, essayant de se dégager de la poigne du hibou.
Sa main trouva miraculeusement le chemin vers sa ceinture, empoigna sa baguette en tremblant, la pointa devant ses yeux tandis qu’elle hurlait un peu vainement « Lashlabask! » de toutes ses forces.

Un gros éclair fusa, et elle se releva passablement échevelée, des plumes dans les cheveux comme une parure indienne, sa baguette ferme dans ses mains moites.
Le sort avait été décuplé par sa peur.
Elle déglutit lentement, rangea la baguette et s’approcha du hibou au sol.
Il ressemblait à un paquet de plumes sans début ni fin, d’où perçait une serre crispée sur une lettre.
Soupirant légèrement, elle arracha la lettre à la patte, se faisant violence pour ne pas la lâcher.

Puis lentement, elle s’assit près de la bestiole, approchant sa main et tapota deux fois le paquet de plumes.

« Godric? Godric ? Merde... »

Elle ne savait pas spécialement comment annuler un Lashlabask.
Heureusement, le hibou dut trouver pour elle car il se releva brusquement, gonfla ses plumes, roulant des yeux épouvantés en les voyant désordonnés et après l’avoir gratifié d’un coup de bec sur le crâne, s’envola pour les remettre en place.
Elle soupira fébrilement, sentant son souffle trembler contre ses lèvres.
Elle l’avait échappée belle.

Se détournant du maudit oiseau, elle décacheta la lettre, et lut les quelques lignes en pattes de mouche qui s’y étalaient.
Connor.

[font=Lucida Handwriting] Si tu as touché à Godric, tu es morte. [/font]


Elle tressaillit, avala de nouveau sa salive et se força à continuer.

[font=Lucida Handwriting] [...] tu es morte.
Bon, ça c’était le premier message de maman.
Le deuxième :
Tu sais ce qu’il se passe dans le pays en ce moment où Poudlard est trop renfermé sur lui-même ?
C’est la G-U-E-R-R-E. (Maman m’a dit que tu connaissais pas).
En gros, les moldus arrivent, prennent leurs armes et tapent sur les sorciers, les emprisonnent et les torturent.
Les sorciers arrivent, prennent leurs baguettes et défoncent les moldus à coups de sorts, les emprisonnent et les torturent.
Et, comme c’est la Guerre, les sorciers prennent aussi leurs baguettes pour défoncer les sorciers qui seraient pas d’accord à coups de sorts, les emprisonnent et les torturent.
Et pareil du côté des moldus.
C’est un peu brouillon, hein. Et à la fin, il risque de plus y avoir grand monde.

Donc tout ça pour dire : pas la peine de nous répondre.
Maman m’a dit que c’était pour nous protéger, si jamais le courrier était intercepté par des moldus.
Je pense qu’en fait elle aime pas les lettres.
Elle a l’air plus calme quand elle en reçoit pas.
N’en envoie plus, du moins pas ouvertement. Tu pourras toujours essayer de m'en faire glisser une, hein?
Ah, et prépare-moi un dessin du dortoir des Rouges! J'veux tout savoir!

Sinon, les nouvelles sont plutôt bonnes pour nous. On est à l’écart de tout ce qui se passe, comme d’habitude.
En même temps, on est si bien planqués dans notre campagne qu’il faudrait vraiment vouloir nous trouver pour s’y aventurer.

Je suis pas rassuré quand même.
Disons que t’envoies plus de lettres, sauf pour nous dire que t’es blessée ou morte ?
Ah non. On peut pas écrire quand on est mort...

Bon, à Noël ?

Connor. [/font]


Elle essuya rageusement une larme qui avait eu le culot de s’échapper de son œil.
Elle leur avait fait quoi par Merlin ?
N’oublie pas que c’est de ta faute.
*Incompréhension*

Maman m’a dit que c’était pour nous protéger.
Elle tourne devant ses yeux, cette phrase. Elle n’arrive plus à lire autre chose que ces Mots, qui semblent avoir aspiré oit l’air et la regardent lentement crever.
Nous protéger. Nous protéger. Nous protéger.
Pas Elle. Eux.
Se protéger Eux.
Tant pis pour Elle.
Nousprotéger-Nousprotéger-Nousprotéger-Nousprotéger.
Sans elle.
Jamais, avec elle.
Toujours, excepté elle.
Elle était vue comme un danger.
Une bonne raison de ne plus lui écrire.
De ne plus donner de nouvelles.
De ne plus donner signe de vie.
De l’oublier.
De la laisser devenir *Rien*.

Elle essayait de se persuader qu’elle les verrait à nouveau à Noël.
Qu’elle pourrait les voir.
Et elle pensa à ses mensonges.
*Ils vont me haïr.*
Elle expira lentement, tâchant de faire ralentir les battements de son cœur.

Elle s’énerva, voulut prendre une Plume, commença à écrire rageusement, vit que Godric était parti, s’effondra au milieu de tous les yeux rouges et oranges qui la fixaient, déchiqueta la lettre de ses mains, trouvant une satisfaction mauvaise à la réduire en lambeaux, en poussière, à griffer, saccager, détruire, se sentant puissante et invincible.
Et elle se souvint qu’elle avait écrit la lettre.
Elle laissa retomber ses mains, tâchées d’encre humide.
Elle s’était détruite.

Se relevant comme un fantôme, elle descendit les marches lourdement, laissant simplement échapper un murmure.

 « J’suis tâche... »

Un hululement moqueur lui répondît.
Pistache.
*LA FERME !*

Elle se promit qu’elle remettrai jamais les pieds ici.
Ou le plus tard possible.

FIN

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.